Le dttc d'Enghien prit congé du roi le i ) avril i
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gnies qui les venoient relever, sans permettre que les autres s'en allassent. Il ordonna aux Gendarmes et aux Chevaux-Légers de se tenir tous dans la cour du vieux château avec lui; il étoit encore accompagné de tous ses amis, qui en ce temps étoient en grand nombre , des créatures de la Reine et de ceux directement attachés à la personne du Roi, ce qui faisoit quasi toute la Cour. Tandis que nous nous promenions dans la cour du vieux château , en attendant ce qui arriveroit au neuf, le Roi revint de sa foiblesse, et parut en si bon état que les médecins assurèrent qu'il vivroit encore quelques semaines. La Reine resta auprès de lui, et le duc d'Orléans, ainsi que le çrince de Condé, revinrent au vieax château, où ils logeoient, et furent fort surpris de voir les gardes sous les armes, et plus fortes qu'à l'ordinaire, sans qu'on leur en eût rien communiqué. Leur étonnement augmenta lorsqu'ils apperçurent les Gendarmes et Chevaux-* Légers avec la plupart de la noblesse de la Cour, environnant le duc de Beaufort, qui, les voyant arriver, ne bougea du lieu où il étoit. Le duc d'Orléans monta à son appartement avec un vidage fort chagrin, et le prince de Condé, voulant s'approcher du duc de Beaufort, remarqua qu'il toumoit d'un autre côté, feignant de ne le pas voir, ce qui le fitretirer très-interdit. Quand le duc <i'Orléans et lui surent que la Reine avoit donné la garde de ses enfans au Duc, et commandé aux troupes de lui obéir , ils furent sensiblement touchés, et ne visèrent plus qu'à le perdre. Le cardinal Mazarin et les ministres, ayant le même dessein, se joignirent à eux; de sorte qu'en un
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jour toutes les puissances se trouvèrent contre lui , à la réserve de la Reine, près de laquèUe ils commencèrent à chercher les moyens de le mettre mal.
Le cardinal, par son adresse et sa libéralité, gagna d^abord plusieurs des femmes de cette princesse, à laquelle elles dirent que le duc de Beaufort, tout en tirant vanité d'être bien avec Sa Majesté, ne se soucioit réellement que de madame de Montbason, avec laquelle il avoit une intelligence si entière, qu'il ne s'attachoit qu'à lui plaire et faisoit gloire de tout mépriser pour elle. Ces discours touchèrent sensiblement ta Reine ^ et quoiqu'ils ne lui Àtassent pas la confiance qu'elle avoit au Duc, ils eurent assez de force pour la préparer au dégoût qu'elle prit depuis pour lui. Elle remarqua ou'il faisoit trop le ^ familier avec elle devant toute la Cour; même un matin, qu'elle étoit dans le bain, et qu'il n'en* troît nul homme dans sa chambre, nous étions dans la pièce précédente avec la plupart des seigneurs qui attendoient l'heure de la voir : le Duc, devant tout le monde, s'approcha de la porte de la chambre, que l'huissier entr'ouvrit, et dit qu'on ne voyoit^oint la Reine; mais lui, le poussant, entra de force; action dont elle se fâcha si fort, Qu'elle le fit sortir avec des termes d'extrême colère. Je le vis revenir fort interdit, quoiqu'il fit le railleur. La Reine savoit, outre cela, qu'il ne bougeoit d'avec la duchesse de Montbason , logée dans le château , ce qui ne lui plaisoit nullement; enfin il sembloit qu'il prit à tâche de se perdre. L'applaudissement général qu'il avoit reçu avoit tellement augmenté sa
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fierté naturelle, qu'il mécontentoît la plupart de ses amis, sans qu'ils le'pussent avertir de tout cela , tant il se retiroit de ceux qui avoient eu familiarité avec lui. Il s'assuroit tellement en la Reine qu'il croyoit n'avoir besoin de personne, et se fondoit sur ce qu'elle lui avoit dit qu'elle ne vouloit pas qu'il eût d'autre attachement que le sien ; mais il devoit prévoir que, tout le monde butant à faire changer une femme qui l'eût peutêtre fait d'elle-même, ç'auroit été un miracle si l'on n'en fût venu à bout.
Trois semaines se passèrent de la sorte, pendant lesquelles le Roi ordonna qu'après sa mort la Reine auroit la garde de ses enfans, ^ouverneroitl'Ëtat avec le duc d'Orléans, le pnnce de Condé, le cardinal Mazarin, le chancelier >, les sieurs de Bouthillier^ et de Chavigni, sans que nul des sept pût être changé pendant la minorité du Roi, et aue les choses se régleroient entre eux à la pluralité des voix. Le Roi mourut le 14 mai, jour de l'Ascension, auquel étoit mort Henri IV, son père, trente-trois ans auparavant. Sa fin fiit la plus constante et la plus chrétienne dont j'aie ouï parler, et l'on peut dire que sa mort a été beaucoup plus iUustre que sa vie. Le lendemain, la Reine mena le nouveau roi Louis XIV à Paris, et ensuite au Parlement, où elle fut déclarée Régente , avec pleine puissance; ainsi, ce .que Louis XIII avoit ordonné devint inutile. Le duc de Beaufort la servit bien en cette occasion, de même que le duc de Ven-