Le Roi écrivit le ij septembre une lettre auxgowftf
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Guitàut, capitaine des gardes de la Reine, et ayant couché dans le Louvre, fut conduit le lendemain au donjon de Vincennes, où il a demeuré cinq ans. Le soir qu'il fut pris, le maréchal d'Estrées !e vint dire à Phôtel de Vendôme, où j^étois. Cela me toucha comme l'on peut penser. Le duc de Vendôme étoit depuis peu de jours à Conflans, entre Paris et Charenton, pour quelque légère indisposition. La duchesse se mit en pleurs et alla pour parler à la Reine, qui refusa de la voir.
Je consultai avec les sieurs de Lié et de Brillet , et leur proposai que nous allassions trouver le duc de Vendôme, pour agir comme il le jugeroit à propos. De Lié, qui n'avoit paru qu'à la première assemblée, à cause de sa blessure, demeura; mais nous partîmes aussi-tôt, Brillet et moT, et, sortant par la porte Saint-Honoré, de peur d'être arrêtés, fûmes par-dessus le fossé faire le tour de la ville jusqu'à la porte Saint-
neurs des provinces et aux généraux d'armée sur le sujet de l^ emprisonnement de M. de Beaufort. On y lit ; « J'ai été contraint, de l'avis de mon oncle, le duc d'Orléans, et de mon coasin, le prince de Condé, de m'assnrer de la personne dudit sieur de Beaufort et de commander à quelques autres de se retirer en leurs maisons , afin d'assurer par ce moyen le repos de mes sujets, qui ne m*est pas moins cher que ma propre vie, et qui enfin n'eût pas pu éviter d'être troublé si je n'eusse coupé le mal par la racine en dissipant les entreprises et factions qui se forment dans la Cour, lesquelles dégénèrent ordinairement en guerres civiles et dont les moindres causent en fort peu temps la désolation entière des peuples. » M. ide Beaufort avoit été arrêté dans les derniers )Ours du mois d'août. Voir la lettre 77e d'Alexandre Campîon à M. Du Parc Ronsenay, et la lettre 78e à M. de Beaupuy.
Antoine , près de laq^uelle nous rencontrâmes le duc de Vendôme, qui, sur cette nouvelle, venoU à Paris. Je lui dis que le Duc, son fils, étant prisonnier, nous venions prendre ses ordres pour les suivre en toutes choses. Il répondit que nous n'avions qu'à rentrer dans Paris avec lui. Je m'approchai de son oreille et répliquai que nous nous étions trouvés à quelques assemblées, lesquelles , quoique sans mauvais dessein de aqtre part, feroient peut-être du bruit. Il repartit incontinent, sans s'informer davantage, quenous^ allassions à Anet, où nous aurions de ses nouvelles. Nous le quittâmes à l'heure même , et comme nous passions à une heure après minuit vers le Marais, en un lieu tout-à-fait désert et dans un chemin où il falloit que nos chevaux fussent à la file, je vis venir vers moi, qui étois devant, dix ou douze cavaliers. L'heure et le lieu me firent croire que c'étoient des gens c^ nous vouloient prendre. Je me tournai vers Brrllet et lui dis qu'il falloit savoir mourir, et, mettant la main au pistolet, allai droit à eux, qui passèrent outre sans dire mot. Je ne sais ce qu'ils pouvoient chercher en ce lieu si écarté et en pleine nuit. Nous poursuivîmes notre route sans nous arrêter jusqu'à Anet, où le duc de Vendôme eut ordre le lendemain de se retirer avec sa famille.
Tous les gentilshommes qui avoient. été par mon invitation aux assemblées qui s'étoient faites à Paris vinrent à Anet ', à la réserve d'Avan-
!.. « Brillet, Fouqueret, Lié et d'autres, au nombre de vingt-quatre; se sont enfuis. On croit qu'ils sesontcmbar-
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court et de Brassi qui s'en allèrent chez eux. La crainte que Lié, leur ami, eut qu'ils fussent pris où dissent quelque chose de ce qu'ils savoient, l'engagea à découvrir au duc de Vendôme le dessein du duc de Beaufort contre le cardinal Mazarin. Le prince me demanda alors ce que i'ensavois, et que je ne pus dissimuler après raveu de Lié. Il manda à Avancourt et à Brassi dé venir à Anet; mais eux ^ qui avoient déjà été
Qois pour l'Angleterre sur un vaisseau qui les attendoit oepuis trois semaines. » Quatrième Carnet de Mazarin. Un peu plus tard , le cardinal , mieux informé , écrit sur le même carnet : « Faire arrêter Campion et de Lié , qui ne sont pas partis de France. » Ses espions lui avoient en effet mandé dans le mois de septembre : « Campion sitôt averti monta à cheval , et de Paris s'en vint à Versailles où il fut deux jours «n attendant les ordres de M. de Venddme... M. de Ven> dôme est parti d'Anet à cheval avec Beauregard et trois autres de ses gentilshommes pour aller parler audit Campt^; et pour cela envoya devant ledit Beaure^jard trouver ledit Campion en son logis à Vert, qui est à trois ou quatre lieues d'Anet, à une lieue à côté de Dreux, pour que ledit Campion eût à s*en venir au-devant de M. de Vendôme sur te chemin du rendez-vous, entre Anet et Vert; ce qui fut fait; et là se parièrent fort, M. de Vendôme, Beauregard et Campion seulement , les trois autres gentilshommes s'étant éloignés d'eux et n'étant pas de la conférence. Ledit Campion ne va point assurément à Anet, parce que M. de Vendôme craint que cela ne soit su... Ledit Campion est toujours en crainte. Il a conférence par lettres avec madame de Chevrèuse. Il est toujours en visite dans le voisinage , tantôt d'un côté, tantôt de l'autre... M. de Vendôme envoya en grande dUigence à cheval donner avis à Campion qu'il n'eAt à se tenir en sa maison à Vert et qu'il avoit eu avis qu'il y avoit ordre à le prendre. Ce fut jeudi 23 septembre. Le courrier le trouva dînant avec sa femme et Beauregard. Aussitôt il monta à cheval avec deux de ses gens , chacun sur bons chevaux avec pistolets et fiisil... M. de Vendôme prend assurément grand soin de sa personne ; et dit-on que si on le prenoit, il feroit tous ses efforts pour le sauver. » Avis de
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gagnés par un nommé Boissi , gouverneur de Pontdormi » et attaché au cardinal , se firent prendre en chemin. On les mena à la Bastille, où ils déposèrent que je les avois fait assembler plusieurs fois de la part du duc de Beaufort pour les intérêts de madame de Montbason , à ce cjue je leur avois dit ». Cela ne donnoit point matière d'interroger le Duc, puisqu'ils avouoient qu'il ne leur avoit pas parlé; ainsi il n'eût pas
ce qui se fûisoit et disoit à A net et touchant Campion, « Campion a été à Anet et y a couché. Il y arriva fort tard et monta à cheval de grand matin pour s'en aller. Il est toujours accompagné de deux de ses gens biens montés à l'avantage, avec deux' pistolets et un msil; et il ne couche point deux nuits en un lieu, étant grandement dans l'ap-
{)réhension. » Avis touchant l'affaire de M, de Beaufort, On it enfin cette note sur le troisième Carnet du cardinal : « L'évèque de Lizieux a dit que Campion s'étoit enfiii sur un cheval de Thôtel de Vendôme; qu'on avoit envoyé tout de suite un exprès à madame de Montbazon et que j'eusse à me garder mieux que jamais. » Voir les lettres 78 et 79< d'Alexandre de Campion à MM. de Beaupuy et Des Resvintes.
1. Pont-de-Remy sur la Somme, élection d*Abbeville; aujourd'hui canton d'Ailly-4e-Clocher, arrondissement d'Abbeville .
Boissy étoit capitaine au régiment de Conty.
2. Il y a une lettre de Brassy, écrite de la Bastille, le 4 mars 1644, au cardinal Mazarin. Brassy demande qu'on ne lui fasse pas entériner une abolition au parlement « ou il faut que je dise que je vous ai voulu assassiner; ce qui sera enregistré et l'on verra tant que le monde vivra et qui m'attirera la haine de tous mes parents... Déplus, monsei> gneur, vous savez que ceux qui attentent sur les personnes de votre dignité sont inscrits sur le livre rouge et ne peuvent jamais, eux ni les leurs, espérer aucune grâce du Saint- Siège; ce qui me fait supplier votre Éminencede commander que l'on me sorte d'ici sans caution, aimant mieux la mort que de perdre ce que je me suis conservé en vous sauvant la vie. » Madame de Chevreuse et madame de Hautefort, par M. Cousin.
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manqué de nier d'avoir donné les ordres que je leur avoîs portés de sa part. L'on connut alors ûue l'on ne pouvoit travailler à son procès avant de me prendre, afin de trouver matière à l'interroger d'après mes propres dépositions, et de nous si bien embarrasser tous deux, que l'on pût découvrir le fond de î'afFaire. La preuve de cette con^iration importoit essentiellement au cardinal, qui, ne faisant que de s'établir dans le gouvernement, et affectant de le faire par la douceur, avoit été assez malheureux d'être contraint, en débutant, de faire une violence contre un des j)lus grands du royaume, pour son intérêt particulier, sans qu'il parût nulle conviction qui l'obligeât à traiter le Duc avec cette rigueur. Le Cardinal, désespéré de ne pouvoir persuader les autres de ce dont il étoit entièrement assuré, avoit un grand désir de m'avoir entre ses mains ' . Il jugea néanmoins qu'il falloit me donner le
I. Le 16 avril 1644, le cardinal Mazarin écrivoit à Beringhen, alors en mission spéciale auprès du prince d'Orange: « On m'a donné avis que Brillet et Fouqueret, qui sont les deux personnes qui ont eu le plus de part dans la confidence de M. de Beaufort et auxquelles il s'est le plus ouvert dans la conspiration qui s'est faite contre ma personne, sont, allés servir dans les troupes en Hollande, ayant pris de grandes barbes qu'ils ont laissées crohre , afin de n'être pas connus, et qu'ils ont changé de noms, Brillet se faisant appeler La Perrière^ Je vous prie de faire toutes les diligences possibles pour vérifier si cela est, et de donner ordre , quand vous reviendrez, à quelque personne confidente de veiller de près à leurs actions , parce que nous songerions au moyen de les avoir. » Madame de Chevreuse et madame de Hautefort^ par M. Cousin. L'avis étoit faux; mais la lettre prouve combien Mazarin tenoit à avoir H. de Cam-pion.
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temps de me rassurer, afin de me prendre avec plus de facilité.
Le duc de Vendôme , jugeant par ce qu'il avoît appris de Lié et de moi que de ma sûreté dépendoit celle de son fils, me pria de ne bou^çr du château , prenoit lui-même le soin de me isure divertir et me traitoit d'une façon très-obligeante. Il fit aussi demeurer à Anet ceux qui avoient été de nos assemblées. Nous passâmes ainsi quatre mois pendant lesquels j'eus divers avis, par le sieur de Pihalière, capitaine des gardes du maréchal de la Meilleraye > et commandant de son régiment d'infanterie, mon ami particulier et qui avoit de bonnes habitudes à la cour, que l'on tentoit toutes sortes de voies pour me faire arrêter; il vint même» à Anet pour me conter tout ce qu'il avoit appris sur ce sujet. J'en informai le duc de Vendôme; et comme je lui avois promis de faire tout ce qu'il seroit nécessaire â ta sûreté de son fils , il songea d*abord à me f^ire sortir de France; mais la crainte que cela ne flt croire le crime que tout le monde croyoit supposé, l'engagea à me faire rester, s'imaginant que j'aurois toujours le temps de me retirer s'il en étoit besoin. Dans ces circonstances, je songeai à achever le mariage dont j'ai déjà parlé, et que la prise du duc de Beaufort avoit retardé. C'étoit un projet de Ganseville, qui, ne faisant que de s'installer à son service et voyant (jue j'étois mieux avec lui que nul de ceux qui l'^^pro-
1. Charles de La Porte, marquis, puis duc de La MeiK lefaie, fait maréchal de France sur la brèche de.Hesdii^f. te 30 juin 1639; né en 1602, mort en 1664.
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choient, s'imagina, par la connoissance qu'il avijit de mon humeur, que s'il pouvoit trouver les moyens de m'obliger, je le rendrois considérable dans la maison. Il connoissoit une demoiselle ' de son pays, (}ui étoit le mien, et qu'un procès retenoit à Paris dans le temps que j'y étoîs moi-même. Elle n'avoit ni père m mère, et étoit entre les mains d'un oncle, pauvre, oui avoit des fils en à^e , et intime ami de Ganseville, qui lui persuada si bien que je ferois leur fortune, quHl eut autant d'envie que lui de conclure ce mariage, qu'il me proposa, en m'en faisant si bien connoitre les avantages que je résolus de m'en occuper, après avoir acquis la certitude que la demoiselle avoit plus de cent mille livres de bien présent. M'étant embarqué de la sorte, je gagnai si bien son affection que l'afTaire alloit s'achever auand le duc de Beaufort fut arrêté. Son oncle la ramena peu de temps après chez lui, son procès étant vidé. Je ne manquai pas d'écrire à l'oncle et à la nièce, qui, quoiqu'ils vissent ma fortune changée, ne laissèrent pas de demeurer dans les sentimens où je les avois laissés. Nous allâmes à la fin de l'année. Ganseville et moi, chez l'oncle , avec la permission du duc de Vendôme, qui eut cependant de la peine à l'accorder. Le succès de ce voyage fut tel (^ue nous convînmes d'achever ce mariage incontinent après les Rois. Je retournai à Anet afin de donner ordre à tout ce qui étoit nécessaire pour cela.
li Henri de Campion la nomme plus loin. Elle s'appeloic aiademoisetle Duquesne.
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' J'avois, à Paris et depuis notre dis^ace, gagné quantité d'argent au trictrac et à toutes sortes de jeux , contre les ducs de Mercœur et de Nemours et plusieurs autres. Le duc de Nemours étoit souvent à Anet, à cause qu'il avoit épousé mademoiselle de Vendôme, peu avant la pnse de son frère. J'avois plus de six cents pistoles de gain, ce qui m'avoit permis de refuser pension j Quand le duc de Vendôme me pressa d'en rece^ voir une, je lui dis que quand les affaires des siens seroient changées, ils me traiteroient comme je les aurois servis. J'acceptai seulement, au cas que je fusse contraint à sortir de France pour leurs intérêts, deux mille francs par an pour subsister dans les pays étrangers. Le duc s'en-* gagea de me les fournir, ainsi qu'à tous ceux qiû seroient obligés de s'en aller pour la même affaire. Il avoit voulu aussi que mon frère, con?* traint de se retirer de la cour avec les duchesses de Chevreuse et de Montbason , reçût huit cents écus de pension. Mais mon frère l'en ayant remercié', il conçut une telle haine contre lui, qu'il ne lui a point pardonné depuis, et ajouta plus aisément foi au bruit ^ue l'on fit courir qu'il avoit trahi son fils le duc de Beaufort. ■' Cependant le cardinal Mazarin ayant ordonné au prévôt de l'Ile de France de trouver les moyens de me prendre avec quelques-uns de ceux qui avoient été aux assemblées de M. de
I . On lit dans la lettre déjà citée du père Carré : « Campion étoit de la maison de Vendôme, d'où il a toujours tiré mille écus de pension. On a feint qu'il en fût disgracié; et madame de Chevreuse Pa donné à la reine pour servir à elle et à la maison de Vendôme. »
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Beaufort, le prév6t ménagea une intelligence avec une demoiselle de bonne composition , nommée la Le Bret, qui demeuroit à Vextrémité du bourg d'Anet. Ganseville et plusieurs gentilshommes de la maison étoient tous les jours chez eUe; mais je n'y allois jamais, pour l'aversion que j'ai toujours eue pour toutes sortes de débauches. Elle dit au prévôt qu'elle lui en livreroit aisément d'autres y mais que pour moi elle y voyoit de la difficulté , néanmoins qu'elle en chercheroit les moyens. Pour les trouver, elle dit à Ganseville qu'elle avoit une parente en religion qui devoit venir chez elle, et que pourvu qu'il voulût être discret , elle la lui feroit voir ; mais que comme elle craignoit madame de Vendôme , dont il connoissoit la sévérité en ces matières, elle ne vouloit point qu'il amenât personne aue moi , dont tout le monde louoit la discrétion. Il lui promit ce qu'elle voulut.
Le lendemain des Rois de l'an 1644, la Le Bret fit venir deux des plus belles et des plus débordées filles de Paris , fit cacher dans une de ses chambres hautes dix archers du prévôt , lequel convint d'être la nuit, avec cinc^uartte autres et les chevaux des dix , dans un jardin derrière le logis , hors du bourg. Tout cela concerté, la Le Bret manda à Ganseville que sa parente étoit arrivée, et qu'elle l'attendoit. Il m'en parla aussitôt, et me pria d'y aller. J'eus assez de peine à le faire; néanmoins j'y consentis par complaisance et par curiosité. Nous vimes cette parente prétendue, que nous trouvâmes fort belle; mais je connus bien vite, tant à ses yeux qu'à ses actions , qu'elle ni sa compagne ne venoient point
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de religion , comme elles le vouloient persaadçf. Je ne pris cependant aucun soupçon, ne croyant pas que la Le Bret osât choquer une maison comme celle de Vendôme, dont son bien et son existence dépendoient absolument. Je crus seulement qu'elle vouloit faire valoir sa marchandise; et après m'être diverti une heure , je sortis. La Le Bret nous pria de revenir souper; mais je lui dis que je ne croyois pas le pouvoir, et sur ce qu'elle me pressa fort , je promis de retourner avanLoù après le repas. Ganseville Passura de revenir. Je lui dis , en nous en allant , (^u'on le trompoit, et Que la femme que nous avions vue avoit plus d'expérience qu'une fille de couvent : il ne fat pas démon sentiment, étant devenu amoureux.
Nous trouvâmes le duc de Vendôme prêt à souper, et je me mis à table avec lui sans iné soucier de la Le Bret. Ganseville pria alors le sieur de Beauregard ', mon intime ami, qui étoît dans ce temps tout-à-fait bien avec lé Duc, et le sieur de Saint-Filbert , jeune gentilhomme que le Prince aimoit fort , d'aller souper avec lui à ma place. Je leur fis signe que j'irois eh sortant de table; ce que j'exécutai, après avoir lon^emps entretenu le Duc sur ses affaires, ainsi que je faisoîs tous les jours. Je trouvai ces.
I. Honorât Benjamin de Beauregard, écuyer, seigneur de Frcsne, cornette de la compagnie de chevau-Ségers du duc de Vendôme et maître-d'hôtel du Roi. Il est désigné sous le nom d*Hidomène, dans les Entretiens sur divers sujets d'histoire, de morale et de politique. - Est-ce le même Beauregard qui avoit été capitaine des gardes du comte de Soissons ? ■ ^
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messîeucs et les filles prêts à danser. Je leur parlai un moment, et me préparois à 6iire comme les autres , lorsque le fils du sieur de Beauregard, qui étoit page du Duc, vint demander une lettre que son maître lui avoit donnée à lire. Beauregard, à cause Qu'elle étoit importante, n'osa la bailler à son fils, quoique je le lui conseillasse : il se détermina à sortir fort fâchéf et moi, par un mouvement qui ne rpartoit pas de ma volonté, je dis que je m'en ^loîs. La Le Bret vint quasi jusqu'à la violence pour me retenir; mais cela fut inutile, et comme les archers attendoient qu'elle les allât avertir, et qu'elle n'en eut pas le temps, je sortis avec Beauregard et m'en retournai au château. Elle, voyant que nous étions partis, fiit dire aux ar- .chers qu'ils se hâtassent pour prendre ceux qui étoient restés : ils la suivirent; et cette femme , .ai)pelant Ganseville à la porte de la salle, et lui faisant tourner le dos aux archers, leur donna moyen de le saisir. Trois ou quatre allèrent à Saint-Filbert lui commander, de la part du Roi, de ies suivre; mais, quoiqu'il n'eût point d'épée, iLse défendit si bien qu'après avoir été blessé en vingtH:inq endroits, on eut encore peine à le prendre, pour le lier sur un cheval en croupe derrière un archer. Le prévôt vînt en même temps; de sorte qu'on emmena Ganseville, Saint-Filbert, la Le Bret et les deux filles. Le bruit des coups que l'on tira sur le second fit que l'on nous vint avertir au château, où nous ne faisions qu'entrer, Beauregard et moi. Nous courûmes sur le lieu à pié , avec la plupart des gens de la maison; mais nous ne trouvâmes
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ilus personne. Nous revînmes monter à cheval; le duc de Vendôme lui-même en voulut être; nous suivîmes les archers trois lieues; mais l'obscurité de la nuit nous empêcha de les rencontrer, et il se retirèrent à Montfort-PAmauri, où le lendemain les Gendarmes et les Chevaux- Légers de la Garde du Roi allèrent prendre les prisonniers pour les conduire à la Bastille. On y porta Saint-Filbert sur un brancard , et il sortit incontinent aj>rès sa guérison, n'ayant eu nulle part aux affaires du duc de Beaufort^ Ganseville demeura à la Bastille jusqu'après la sortie du Prince, sans qu'il eût nen dit, sinon que je l'avois fait trouver avec d'autres, de la part de son maître , pour les intérêts de madame de Montbason.
Ensuite de cet accident, dont Dieu me sauva, et d'un encore plus dangereux, à cause de la répuenance que j'avois eue à l'injuste dessein du duc de Beaufort et des obstacles aue j'y avois apportés, qui assurément en empêcnèrent l'exécution, le duc de Vendôme eut avis qu'il partoit des troupes de Paris pour me venir prendre avec tous ceux oui avoient été à nos assemblées. Cela nous ooligea à nous retirer d'Anet, et le duc de Vendôme promit de nous faire tenir tous les ans deux miUe livres à chacun, en quelque lieu que nous allassions. Je menai tous ces messieurs chez un de mes parens, dans la forêt de Breteuil en Normandie >,
I . On voit par un mémoire du sieur de Cangé , le 2 juillet 164J, qu'à cette date Saint-Filbert et Heudeville étoient «ncore dans la Bastille. . 2. Entre Evreux et Laigle.
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pour attendre ce aue les troupes du Roi auroicnt fait àAnet, afin ae prendre ensuite notre résolution. J'écrivis à ma maîtresse le désordre qui étoit arrivé, la suppliant d'être constante, et de croire que si je voyois mon affaire sans remède, je lui ferois connoître que ses intérêts m'étoiejit plus cliers que les miens. Elle me fit une réponse tout*à-feit obligeante, et son oncle de même, m'assurant tous deux de ne jamais changer.
Pendant que nous étions dans la forêt de Breteuil, le sieur de Troisville», maréchal de camp et lieutenant des Mousquetaires du Roi, vint avec cette compagnie^ les Gendarmes et les Chevaux-Légers, le réciment de Picardie et deux autres, investir le bourg et le château d'Anet. Le sieur de Basoche 3, lieutenant des Gardes du corps du Roi, vint au château, et faisant tenir à la porte six gardes , demanda le duc de. Vendôme, qui étoit sorti avec le duc de Mercœur, sur l'avis de l'arrivée des troupes. La Duchesse se présenta, et il lui montra un ordre qu'il avoit de nous prendre et de nous mener à la. Bastille. Elle commanda au concierge d'ouvrir toutes les portes, et après nous avoir cherchés inutilement, l'on alla dans la prison du bourg, prendre un valet-de-charabre que j'y avois fait mettre deux mois auparavant, parce que m'ayant volé vingt-deux pistoles qu'il avoit
1. Armand-Jean de Pe^e, comte de Troisvillc, plus .communément appelé Tréville. U étoit capitaine-lieutenant des mousquetaires du } octobre 1634 et maréchal de camp du 2( décembre 1(13$.
2. Il avoit fait les fonctions de capitaine aux obsèques de Louis Xin , en l'absence du comte de Charost. Gazette,
jouées, sur ce que je le gourmandai, il dit à des valets de pié du Duc que si je le maltrairtois il me peraroit, à cause que c'étoit lui qui m'avoit mené un cheval et porté des pistolets à toutes les réunions de Paris , sans néanmoins qu'il sût autre chose. Le Duc, informé de ses discours, voulut le faire pendre comme voleur, puisqu'il confe^oit m'avoir pris de l'argent; mais je le suppliai de se contenter de le tenir prisonnier tant que l'on croiroît qu'il pourroit nuire, ce qu'il m'accorda. On conduisit cet homme à la Bastille , où il resta jusqu'après la sortie du duc de Beaufort du bois de Vincennes.
Lorsque l'on sut à la Cour que nous nous étions retirés, l'on envoya commandement au duc de Vendôme d'aller se justifier de la croyance qu'on avoit qu'il nous eût fait sauver ; mais comme il vit qu'on le vouloit arrêter ou le faire sortir de France, il se résolut au dernier, comme le plus sûr, prit une perruque noire, se peignit ae la même couleur la barbe, qu'il avoit blonde, et, suivi de deux des siens ^ traversa ainsi déguisé toute la France, se rendit à Genève, où il resta six mois, et alla ensuite e;n Suisse, d'où il passa en Italie. Sitôt que je sus que l'on nous avoit demandés , je dis à mes camarades qu'il falloit sortir de France, et que pour y réussir plus facilement nous devions nous retirer deux à deux. Je partis avec Rochette-Freselière. Nous allâmes par le Maine, en Anjou, à la maison de son père, logeant toujours chez des gentilshommes de notre connoissance. De là nous traversâmes toute la Bretagne, pour nous embarquer au-delà de Saint-
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Ériet^x, àTile de Bréhat >, appartenant au duc de Vendôme, d'où nous passâmes à l'Ile de jersei, dépendante de l'Angleterre, et assez proche des côtes de Normanoie. Le gouverneur de Jersei, qui étoit vice-amiral d'Angleterre, nous reçut fort bien, et nous assura de sa pro* tection/ll s'appeloit Carteret, homme d'une hauie estime et très-zélé pour son roi ,1 qui en ce tieîhps-là disputoit encore sa couronne contre ses sujets rebelles . Carteret avoit ôté cette lie aux parlementaires, et la tenoit pour-le roi Charles 1er, sans opposition. Je fis si grande amitié avec lui, qiie nous mangions presque toujours ensemble. Il avoit une femme fort aimable et très-sociable avec laquelle j'avois souvent de douces et honnêtes conversations. Je passai dans les pays étrangers les années 1644 «^ >^4S> «^ pendant
Ju^e je fus à Jersei je fis venir de France quantité e bons livres auxquels je donnois la moitié du temps; l'autre, je l'employois partie avec le gouverneur, sa femme et ceux qui étoient conversables, et le reste à la promenade le lon^ de la grève, ou dans les rochers solitaires qui environnoient ma demeure, laquelle, tournée vers la mer, me donnoit la vue sur ce vaste et changeant élément.
Je voyois en repos la tempête cotnme la bonace: Je trouvois en ce lieu belle matière de pen-
. I. Sur les côtes de la Manche , à jo kilomètres N. N. O. 4t Saint-Brieuc et 10 de Paimpol. C'est aujourd'hui une Iplate de guerre de quatrième classe. La commune de Brehat, qui se compose de plusieurs petites îles, fait partie du canloti de Paimpol, arrondissement de Saint-Brieuc, département des CÔtâHJu-Nord.
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ser à la fragilité des choses humaines, dont j'apprenois toujours quelques effets. Je considé-
rois aue dans une lie de trois lieues de long et une oe large, où j'étois étranger, et sans nulle possession, je ne laisserois pas, si j'avois assez
de sagesse, d'être plus heureux et plus tranquille que ceux qui causoient ma disgrâce. Je pensois que si j'étois exilé de mon pays par leur autorité, ils l'étoient de celui de leur naissance par leur bonne fortune; que s'ils se trouvoient dans leur éloignement avec plus d'éclat, je me voyois dans le mien avec plus de calme. Ces pensées me faisant connoître que mon bonheur dépendoit de moi, m'ôtoientle désir de le cher^ cher ailleurs. Je me fortifiai si bien dans ce sentiment, que je passai sept mois dans ce lieu sauvage, sans nulle inquiétude ni impatience d'en sortir. Freselière, à qui je ne pouvois donner de tels sentimens, pensa mourir d'ennui. Je cherchai au commencement à le consoler, mais quand je connus que mes efforts étoient inutiles, je ne songeai plus qu'à l'eneager de retourner dans son pays, qui, étant âoigné de la Cour, où il étoit peu connu , il y avoit apparence aue l'on ne songeroit pas à le chercher. Au bout de deux mois, je le résolus à retourner en Anjou. Je crois que l'ennui et la mélancolie y firent plus que mes raisons. Il s'en alla si à propos, qu'en arrivant chez lui il trouva à l'article ae la mort son père, qui eut ainsi la satisfaction de le voir. Il lui laissa quinze mille livres de rente, dont il a foùi en: repos, sans recevoir aucun trouble de là Cour. . Je restai deux mois seul sans en éprouver aucune peine. Après ce temps, le sieur de Bril*^
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let et deux autres dans le même cas, dont étoit Héricourt, me vinrent joindre, et me dirent u'en l'état qu'^toient les affaires de la maison e Vendôme, il ne falloit pas espérer de retour avant la majorité du Roi : c'étoit près de neuf ans à attendre, et je m'y résolus aisément pour mon particulier; mais je ne jugeai pas raisonnable que mademoiselle du Quesne, ma maltresse, fit la même chose. Je lui avois tant d'obligations de sa bonne volonté, que je crus ne la pouvoir mieux reconnoître qu'en la portant moimême à ne pas passer sa jeunesse à attendre le retour d'un exilé. Mon frère le bénéficier, qui avoit plus de soin de ma fortune que moi , l'avoit vue depuis mon départ, et l'avoit trouvée d'une fermeté tout-à-fait généreuse. Elle m'avoit déjà assuré deux fois par ses lettres qu'elle ne chanceroit jamais, et ses parens avoient fait de même, lorsque je pris la résolution de lui conseiller le contraire. Je lui écrivis une lettre q[ui fut approuvée de tous ceux qui la virent; |e n'ai conservé ni celle-là, ni quantité d'autres qui ne seroient peut-être pas tout-à-fait indignes d'être lues. La paresse de ne jamais faire de copie et de les envoyer toutes raturées , m'a causé cette perte. Je me rappelle qu'après avoir dit que )'avois appris quasi avec certitude que mon exil seroit de plus de dix années, je l'engageois de chercher avec un homme plus heureux le bonheur qu'elle ne trouveroit pas avec moi; que je la priois de croire que ce conseil m'étoit fâcheux à donner, mais que l'affection qu'elle m'avoit témoignée m'y contraignoit ; que c'étoit une )uste reconnoissance de ses bontés qui m'obli^
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Seoit à la préserver de prendre part à mes valeurs, ou de la honte de m'abandonner dans ma disgrâce ; qu'elle s'assurât qu'encore que ses intérêts ne fussent plus mêlés avec les miens, ils ne laisseroient de m'être toute ma vie encore plus chers. Enfin, après la protestation d'une amitié étemelle , je prenois congé d'elle pour toujours. Elle reçut ma lettre avec une tendresse non pareille, et me manda qu'elle ne croyoit pas pouvoir se servir de mon conseil, mais qu'elle m'en savoit le plus grand gré. Ses parens m'écrivirent à-peu-près sur le même ton , et elle fiit un an sans vouloir se marier, à ce que j'ai appris depuis ; mais me voyant dans une situation sans espérance d'accommodement, elle déféra à mon avis en épousant un de ses voisins, et mou^ rut Pannée survante en accouchant, et son mari la suivit la même année. J'appris tout cela pendant mes disgrâces, avec un regret très-sensiblç. Après avoir passé sept mois à llle de Jersei. avec assez de tranquillité, je reçus au mois d'août, de Genève, une lettre tout-^-fait obligeante de la main du duc de Vendôme. Il lîje mandoit que n'ayant point su jusques-là le lieu où je m'étois retiré, il n'avoit pu me donner de ses nouvelles, et me prioit d'aller passer mon exil avec lui, nh'assurant qu'il partageroit avec moi tout ce qu'il auroit. Le sieur de Beauregard ,. mon intime ami, et que j'avois laissé entièrement dans sa confidence, me mandoit en même temps de venir joindre le Duc, son maître, duquel il m'annonçoit que j'aurois toutes sortes de satisfactions. Ces lettres me donnèrent de l'inquiétude par la connoissance que j'avois de l'humeur de
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ce prince et de la mienne ; je le savois gouverné par de jeunes valets qui, selon l'opinion commune , se maintenoient en ses bonnes grâces par des moyens honteux et infâmes. Je les avois toujours méprisés en France, sans que cela eût fâche le Duc, à cause que, n'étant point son domestique, il ne prétendit pas m'assujettir à faire comme les siens ; mais je jugeois que si je m'attachois à lui en des lieux où il n'avoit nul sujet de se contraindre, il voudroit que j'eusse commerce avec ses favoris, pour que cela aidât à autoriser sa façon de vivre, ou s'il ne m'y pouvoît résoudre, que je serois alors mal avec lui, et n'y aurois aucune satisfaction. Je considérai que tous ses gentilshommes, et Beauregard même , avoient fait amitié avec les mignons pour se maintenir ; que je ne pourrois me déterminer à les imiter, le trouvant honteux et répugnant à ma manière d'être ordinaire. Je jugeai, d'un autre côté, que si je n'allois trouver le Duc comme il le souhaitoit, je serois haï de lui et blâmé de tout le monde, pour ne pas suivre les ordres de celui à qui seul je devois obéissance pendant la prison du duc de Beaufort. Cette considération, et la crainte d'être abandonné dans un temps où je neme pouvois passer de la maison de Vendôme , me clécidèrent d'aller à Genève contre mon inclination , avec le dessein de n'avoir aucun rapport avec les mignons du Duc, mais de vivre fort civilement avec eux, et de chercher à me divertir dans la société de Beauregard et des autres gentilshommes, sans me mêler de nulle autre chose* Je partis de Jersei avec cette détermination
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bien prise >. Le gouverneur me bailla un de ses vaisseaux, vint me conduire au port, et passa une partie de la nuit avec moi, en attendant la marée. Pendant ce temps, je gagnai plus de cent pistoles à un riche gentilhomme de l'Ile, avec lequel il étoit de moitié, à un jeu anglois appelé le nadé; mais ne jugeant pas raisonnable d'emporter l'argent d'un homme auquel j'avois tant d'obligations, et qui étoit là par honnêteté, je dis à l'autre ^ue je ne voulois plus jouer contre lui, et engageai le gouverneur à prendre sa revanche. Il étoit SI piqué de sa perte qu'il y consentit, quoiqu'il me sût meilleur joueur que
I . Les espions de Mazarin furent-ils avertis de ce départ ? Le sieur de Cancé écrivoit le ii septembre 1644: «Le nommé Brillet a fait divers voyages vers le duc Charles, de la part du duc son maître ; comme aussi les sieurs Campion par plusieurs fois sont allés à Vendôme, puis ont pris leur route par la Guyenne. » Et le 18 septembre : «Un gentilhomme du duc d'Épemon, nommé Molière, me dit que le jeune Campion étoit arrivé depuis trois jours à Paris, en habit d'anglois, qui venoit chercher le nommé Craft, (jui étoit près de la reine d'Angleterre, lequel ne voulut pomt qu'il fût vu de ladite reine ni connu en la Cour. Il m'assura qu'il étoit logé à l'hôtel de Nemours; et dans l'étonnément que je feignis avoir de sa hardiesse, il me dit qu'il ne sortoit point de cet hôtel que sur un cheval de mille écus , et qu'un homme qui méprise sa vie est capable d'entreprendre de grandes choses... et comme je feignois un extrême regret de laisser partir de Paris le jeune Campion, il m'assura qu'il lui avoit assuré d'être à Agen dans la fin d'octobre. »
« Il m'a assuré que l'un des Campion, mais il ne m'a pas voulu dire si c'étoit Feugueret, étoit venu avec lui trois journées, qu'il l'avoit laissé sur les confins d'Allemagne, en volonté de venir jusqu'à Anet par la Flandre , et en sa maison qui est proche ; ce qu'il eût déjà fait s'il ne fût tombé malade. » Madame dt Chevreuse et madame de Hautefort, p«r M. Cousin.
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lui et qu'il ignorât mon dessein. Je fus plus de trois heures à combattre ma bonne fortune sans la pouvoir vaincre, à la vue de ses amis et des miens, qui ne pouvoient s'empêcher d'en rire. Enfin je perdis avec bien de la peine, quelques instants avant de partir. Je m'embarquai trois heures avant le jour, et abordai le matin à Coutainville, à deux lieues de Coutance, chez un gentilhomme que j'avois pratiqué pendant mon séjour à Jersei. J'avois mené dans mon vaiseau un cheval pour mqi et un pour mon valet. Je traversai la Basse^ Normandie sans passer par nuUe ville, logeant toujours dans des villages écartés, et me rendis en quatre jours chez mon firère le bénéficier, avec lequel ma mère s'étoit retirée quelque tetnps auparavant,, après nous avoir partagé son bi^ à mon frère aîné et à moi) ne se réservant que ce qui lui étoit nécessaire pour subsister le reste de ses jours chez son troisième fils, qui ne voulut rien du bien de mon père, disant qu'il en a voit assez. Le sieur du Parc, mon oncle, se trouva là avec ma mère , mes frères et mes sœurs , qui eurent une très-grande joie de me voir. Je me tins enfermé dans une chambre, et fis savoir à la duchesse de Vendôme et au duc de Mercœur, qui étoient à Anet, à trois fieues de là, l'ordre que j'avois du duc de Vendôme, afin de me charger de ce qu'ils auroient à lui mander. Ils furent fâchés de ce qu'il m'avoit fait revenir, craignant qu'il ne m'arrivât accident dans mon voyage. Ils m'informèrent que le Duc avoit été contraint de sortir de Genève, qu'il ne leur avoit point encore appris où il se nxeroit, et qu'en attendant qu'ils le sussent pour m'en instruire, il
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étoit nécessaire que je me cachasse en quelque lieu secret. J*avois prévenu leur volonté.
Ma sœur ainée avoit épousé, dix ou douze ans auparavant, le sieur de Vacueil ', vieux gentilhomme, cadet du sieur de Martinville, près de Rouen, homme riche de plus de quinze nïille livres de rente en fonds de terre, et qui possédoit les plus belles maisons de la province. Il étoit mort et sa femme aussi, depuis deux ans, laissant cina fils et cinq filles, dont l'alné ayant quasi tout le bien, à cause qu'il y avoit sept mille livres de rente en Picardie, du côté de la mère, et le reste étant en Normandie, il y avoit eu par-tout de grands avantages; ainsi les cadets et les filles ne pouvoient être riches. Cet aîné s'iétoit marié, incontinent après la. mort de son père», à une fille de ville, qui, vivant fort mal avec la famille de son mari, avoit forcé ceux de ses frères et sœurs qui étoient en âge de chercher retraite hors de la maison paternelle- Cuillemotte-Magdelaine de Martinville, l'aînée
1. Charles de Martinville , sieur de Vacueil, Vascueil ou Vascuœil, fils aîné du beau-frère de Campion, étoit en 1671 tuteur des nobles enfans .mineurs de ce dernier. Il signoit de Vaqueil. Au xiie siècle on écrivoit Vascoil. Vascuœil, paroisse de l'ancienne province du Vcxin, est une commune du canton de Lyon-la-Forèt, arrondissement des Andelys , département de l'Eure.
2. N. de Martinville, marquis d'Estouteville, mort le 7. août 1668. Les Martinville s'appelèrent Le Pelletier jus-
3 n'en 1 570, qu'ayant obtenu un quart de fief sur la paroisse e Martinville, ils obtinrent du roi Charles IX la permission d'en prendre le nom.
Martinville est une commune du canton de Dametal, «r-^ rondissement de Rouen. Son vieux château, encore en jiKHt état de conservation, est figuré dans la NormandU pittoresque^
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dés filles, ne voyant point de maison où elle pût être plus honnêtement que chez son oncle de Vacueil, s'y étoit retirée en pension, et y avoit fait grande amitié avec ma sœur. En la voyant chez celle-ci quelques années auparavant, j'avois trouvé, comme tous ceux qui la connoissoient, que c'étoit la fille du monde qui possédoit le plus toutes les qualités que l'on peut souhaiter pour le mariage. Sa beauté étoit très-passable, sa taille belle et noble, sa douceur merveilleuse, sa bonté non pareille, sa conduite bonne, sa vertu entière, et son esprit judicieux. Elle n'avoit ni dans le visage ni dans le caractère 'cette vivacité qui charme la plupart des hommes; mais si c'étoit une personne à ne les pas surprendre d'amour, elle leur inspiroit du moins toujours de l'estime et de l'amitié.
Je m'étois borné à ces sentimens pour mademoiselle de Martinville, jusqu'à ce oue, sur des baise-mains qu'elle me fit dans une lettre de ma soeur, peu avant mon départ de Jersei, je fis réflexion sur ses excellentes Qualités , et par un mouvement qui ne partoit ni a'amour ni entièrement de ma volonté, je résolus, si j'étois jamais en mesure de me marier à ma fantaisie , d'épouser cette demoiselle. Cette pensée^ m 'occupoit au point que, lorsque je vis qu'il me falloit tenir quelque temps enfermé, je voulus aller chez mon beau-frère de Vacueil, quoique mes proches n'en fussent pas d'avis, à cause que sa maison étoit sur le grand chemin de Paris à Rouen, dans le milieu de la plaine du Vexin. Je finis par leur faire approuver mon dessein, sans leur en dire le motif, et me rendis une nuit chez ma sœur.
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OÙ je fiis un mois à attendre des nouvelles du duc de Vendôme. Je passai tout ce temps caché dans une chambre, sans voir que mon beaufrère, ma sœur et mademoiselle de Martinville, à laquelle j'achevai de reconnoître tant de bonté, de véritable vertu, de complaisance pour moi et de soin de me distraire, que je me décidai entièrement à ce mariage , si je me vojois jamais en état de la rendre heureuse. Je lui découvris mes sentimens, en lui faisant comprendre les difficultés de l'exécution, mais c[ue comme je croyois mon projet une inspiration d'en-haut^ sans mélange d'amour sensuel, j'espérois que Dieu acheveroit ce que je croyois commencé par sa seule volonté. Comme cette déclaration n'étoit pas commune, elle fiit reçue aussi d'une manière conforme; mademoiselle de Martinville n'y répondit point avec cette feinte sévérité que les femmes ont coutume d'employer, ni avec ces apparences toutes contraires à leurs sentimens, et qui devroient, ce me semble, être bannies des discours de mariage, qui ne doivent avoir rien aue de solide. Elle dit qu'elle m'étoit obligée ae l'honnête affection que je lui témoignoîs; que si elle se soutenoit, et que la situation de mes affaires changeât, elle me témoigneroit volontiers sa reconnoissance. Je ne lui demandai rien de plus, ne jugeant pas juste de l'engager à attendre la fin de mes voyaées, qui étoit si incertaine. J'appris que le duc de Vendôme étoit à Saint- Gai en Allemagne, du côté de Constantz. Je pris congé de celle pour qui j'avois une véritable amitié, avec promesse de lui écrire souvent. Elle assura qu'elle en auroit de la joie, et me
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feroit réponse en m'appfenant les petites nouvelles qu^elle sauroit. Je m'acheminai par la Beauce à Sens, d'où, prenant par la Bourgogne, je passai la Saône à Châlons, et, traversant la Bresse, j'allai par Pont-d'Ain et les montagnes passer le Rhône de l'autre côté, pour éviter le Pas de la Cluse, où l'on s'informe du nom des voyageurs, et me rendis à Genève, où je sus que le duc de Vendôme s'étoit retiré à Venise ; ce qui me mit dans un extrême embarras, à cause de la longueur du chemin, qui ne pouvoit se fistire sans péril et grande dépense, ayant quantité de montagnes et de nvières âcheuses à passer chez différentes nations, parlant la plupart la langue allemande que je n'entendois point, et les autres l'italienne, dont j'avoîs peu de pratiaue, n'ayant été dans ces deux régions qu'avec les armées françoises, sans avoir nul commerce avec les habitans du pays. Néanmoins l'habitude de vouloir achever tout ce que je commaice me fit résoudre , malgré cei oifficukés, à continuer mon voyage, quoique, par un pressentiment qui ne paroissoit pas fondé en apparence, mais ^ue Dieu m'a toujours donné dans les âcheux acadens qui me sont arrivés, je n'en espérasse nulle satisfaction.
Je pris un truchement à cheval qui savoit lé pays, et avec lequel je fis marché à cinquante pistoles pour me mener jusqu'à Venise : un banquier de ma connoissmce m'avoit répondu de lui. Je perdis un cheval avant que d'arriver à Genève, et le remplaçai; de sorte qu'en ayant encore deux bons pour mon valet et pour moi , je partis en cet équipage. J'allai à Lausanne,
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Morat, Soieure, Baden, Zurich, Coire,.p^&89ai le dangereux lac de-Wallenstat, le Rhin près de sa source, celles du Rhône et du Danube, les Alpes par la Splugen, et entrai dans la Vake* Une, a'où, par Chiavenna, j'allai m'embarquer sur le lac de Côme, près le fort de Fuentes, et entrai ensuite dans le Milanois. J'allai de là par Bergame, Brescia, Vérone et Vicence à Padpue, où je sus que le duc de Vendôme étoit parti de Venise pour aller demeurera Rome. Mon voyage ainsi achevé avec mon truchement, il me restoit encore cent lieues à faire, J'avois déjà couru de grands hasards, particulièrement dans l'Etat des Vénitiens, tant par les bandits qu'à cause ^ue c'étoit dans le temps que les Princes d'Itahe, après avoir eu quelque temps la guerre avec le Pape, avoient fait la paix et licencié leurs troupes, dont la plupart des soldats étoient sur les grands chemins à commettre des vols et des^ as-; sassinats continuels. Je résolus cependant d'achever ma route , n'y ayant guère moyen de reculer. Je fus, par Rovigo et Ferrare, à Bologne, d'où je me mis en devoir de passer les Apennins pour
§agner Florence, où j'appris que le duc de V«iôme , ayant eu défense du Pape d'entrer ^ur ses terres, parce qu^il avoit été autrefois accusa d'avoir attenté à la personne du cardinal de Richelieu, s'étoit mis sous la sauvegardie du grand-duc de Toscane » , qui l'avoit reçu de bonne grâce. Cela me donna u^e joie non pareille, tant parce que j'étois presque à la fin de mon argent^ que fatigué comme un homme qui a été qua-