‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 48 sur 231 · C'étoit un cabaret · texte numérisé non relu

C'étoit un cabaret

2. On lit dans le troisième Carnet du cardinal Mazarin : « M. de Bellegarde m'a dit avoir su que si, en |evenaht de liaisons, je n'avois pas été dans le carrossent S. A. R.,

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puis exprimer, et j'allai représenter au duc de Beaufort qu'il devoit s'appercevoir que Dieu n'approuvoit pas son projet, puisqu'il s'y trouvoit tant d'oostacles. Cela l'ébranla et le fit rêver; puis il me dit qu'il penseroit à mes réflexions, mais qu'il en vouloit conférer avec quelques personnes qu'il ne me nomma point, et qu'après il me communiqueroit sa dernière résolution. Je crois qu'il alla trouver les duchesses de Chevreuse et de Montbason, qui assurément lui avoient mis cette entreprise en l'esprit, et qu'elles le réprimandèrent de ce qu'il tardoit tant à faire ce qu'il leur avoit promis; car il revint si animé contre le cardinal, qu'il me déclara qu'il ne pouvoit plus attendre, et que , puisque de jour il se rencontroit toujours des obstacles, il étoit résolu d'exécuter le coup de nuit; que le cardinal alloit tous les soirs au Louvre, qu'il le falloit attaquer au retour, avoir des chevaux prêts dans quelque hôtellerie voisine, et que quand le ministre seroit chez le Roi, il s'y tiendroit aussi avec Beaupuis et moi, et que sitôt qu'il sortiroit, nous nous avancerions pour faire venir les autres, qui, en attendant, se tiendroient à cheval sur le quai, le Ions de la rivière et tout auprès du Louvre : que cela se pouvoit la nuit sans soupçon < ; que tout ce que

l'assassinat de Beaufort contre moi auroit été exécuté.» Et encore : «Plessis Besançon a dit qu'autour de l'hôtel de Vendôme, il y avoit plus de quarante personnes armées. » I . « Comme nous parlions de l'affaire , le sieur Du Buisson de Bemav nous dit ^u'il savoit de bonne part que la supposition ae j'entreprise étoit que Ganseville , avec un autre que je croiv^e nommer Giquet, tous deux appartenant à

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Pon avoit à Craindre étant les gardes ^ui s'opposeroient peut-être à l'entreprise , qui ne pouvoit s'exécuter qu'en leur présence, à cause du peu de distance du logis du cardinal au Louvre, il se résolvoit à mettre dans sa confidence le sieur des Essarts ^ capitaine au régiment des Gardes, et absolument à lui, afin de choisir le jour de sa garde, et de le prier de commander à ses soldats que, quoi qu'ils vissent faire, ils ne s'en mêlassent pomt, et ne songeassent qu'à garder le Roi. Je ne pus ôter ce dessein au Duc,

M. de Beaufort, ayoient exprès feint une querelle, pourquoi ils montèrent à cheval de grand matin ; et en même temps tous ceux de la maison en firent de même, feignant de les chercher pour trouver l'occasion de rencontrer Son Éminence, et pour ce sujet passèrent plus de dix fois dans la rue où demeuroH mondit seigneur. » Avis touchant l*affaire de M. de Beaufort, « Le comte d'Orval a dit gue ses gens, trois ou quatre jours durant, avoient vu quinze ou vingt hommes armés de pistolets entre l'hôtel de Créquy et le sien, de sorte ^ue j'aurois été pris au milieu. » Troisième Carntf de Mazarm.

I . « Nous avons vu très-assurément que les nommés Beauregard, Brillet, Fouqueret et GanseviUe y étoient (à Anet), et vu Brillet, avec le baron Desessart, monter à cheval avec pistolets et fusil , étant à la chasse au chien couchant, d*où ils retournèrent à deux heures de là, et n'allant qu'à un quart de lieue d'Anet. Le baron Desessart l'a Suitté six jours par mécontentement de l'avoir refusé d'un iieval de M. de Beaufort.» Avis touchant l'affaire de M, de Beaufort.

Des Essarts étoit de la branche de Lignières et de Maigneux. Lieutenant aux gardes en 1638, il se distingua dans le combat du 2 5 juin devant Saint-Omer. Il fut tué au siège de La Motte en 1 64 j. « Le 18 juin, ceux de la ville tirèrent une volée de canon sur le réj^ment des gardes, à la tète duquel étoit le sieur des Essarts, qui le commandoit,... duquel coup il fut tué sur son cheval. » Gazette, extraordinaire in 24Jum.

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qui parla à des Essarts, lequel lui promit tout ce qu'il voulut. Les ordres se donnèrent pour quand il seroit de ^arde. Je mourois de peur

3 lue Pon ne fit de nuit ce que l'on avoit manqué le jour; mais il arriva, heureusement pour le cardinal, que ce soir>là des Essarts devoit être au poste derrière le Louvre , et la compagniecolonelle devant. Cela pensa désespérer le Duc ; néanmoins madame de Chevreuse, Beaupuis et

trop

de la Cour, ne feroit pas de difficulté, sans entrer plus avant dans l'affaire, de commander au premier sergent de la colonelle que. Quelque omit qui survint, il empêchât les solaats de prendre parti pour personne, et leur fit seulement garder la porte du Louvre.

Cet expédient fut trouvé si bon que la duchesse de Chevreuse parla le jour même au duc d'Epemon, qui, je pense, se douta bien, par la connoissance qu'il avoit des affaires, de ce que cela signifioit. à moins que la duchesse ne le lui dit, comme il y a plus d'apparence, par l'amitié qui étoit entre eux. Quoi qu'il en soit, le Duc promit ce qu'elle désiroit. Je ne sais s'il lui tint parole; mais je suis bien assuré que ce soir-là, tous ceux qui étoient des assemblées étant venus avec moi aux deux Anges , sur le quai près du Louvre, il se trouva force cens qui nous observèrent, quoiaue ce fût un heu où l'on ne se dût pas étonner de voir des chevaux, surtout n'y en ayant que huit ou dix. Cela se dit néanmoins chez la Reine comme une chose extraor-

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dinaîre ^ ; mais ce qui fait mieux voir que le cardinal étoit averti, est qu'il ne vint point au I^ouvre comme il avoit accoutumé, et que l'on dit tout haut qu'il s'agissoit d'une entreprise sur sa personne. Cela me fait tenir pour assuré, ne pouvant en soupçonner d'autres, (et paroîssant assez par la suite des choses que le cardinal n'a jamais su les circonstances du complot, ni ceux qui en savoient le fond et qui y étoient employés), que le duc d'Epemon, qui n'avoit appris qu'en gros le dessein du duc de Beaufort, et i^orant ceux en qui il se confioit pour cette affaire, rapporta seulement au cardihal la proposition de madame de Chevreuse et ce qu'elle lui avoit appris, ce qui engagea le ministre à feire épier ce qui se passoit à l'hôtel de Vendôme, et à ne bouger de chez lui. Une autre raison qui me fait tenir cette opinion pour infaillible , est que le duc d'Epemon, qui alors n'étoit pas bien avec le cardinal, a depuis été tellement bien uni avec lui, que ce ministre a mieux aimé quie la Guienne se révoltât que de lui en ôter le eouvemement, comme tout le conseil le vouloit, jusqu'à ce que M. d'Epemon lui-même, quand les choses ont été à l'extrémité, a demandé ce changement pour son intérêt et sa sûreté '. De

1 . « L'Argentière rencontra Beaufort et Beaupuy^ui rentroient au Louvre, d'où le premier étoit parti au moment où la reine s'étoit retirée dans son oratoire; l'Argentièrc lui dit : Mon maître, il faut qu'il y ait quelque querelle ; car j'ai rencontré quinze ou vingt gentilshommes a cheval, bien montés , avec des pistolets. » Beaufort répondit : « Que veux-tu que j'y fasse ? » Troisième Carnet de Mazarin.

2. Le duc d'Epemon céda en 16 j i son gouvernement au prince de Condé, qui lui céda le gouvernement dé Bourgogne.

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plus, l'affaire, qui avoit duré deux mois sans que l'on en eût rien soupçonné, fut divulguée deux ou trois heures après que l'on en eût parlé à M. d'Epemon.

Quoi qu'il en soit de mes conjectures , l'on dit hautement à la Cour que le duc de Beaufort avoit voulu tuer le Cardinal; et il persévéra toujours dans la même pensée, quoique je lui conseillasse d'aller faire un tour à la campagne. Le lendemain il ne laissa pas de se montrer au Louvre, et de se trouver ensuite à une collation que faisoit la Reine au bois de Vincennes, chez M. de Chavigni ». Je ne le vis point ce jour-4à, à cause ^uc je le passai avec une fille très-riche que j'étois près d'épouser. Le soir je l'entretins long-^emps, sans lui pouvoir persuader de se retirer. Il me dit que le bruit commençoit à s'appaiser, et qu'il espéroit dans peu exécuter son dessein. Je le laissai dans cette idée et ne le vis point depuis ; car la reine ayant assemblé le duc d'Orléans, le prince de Condé et tous les ministres, leur apprit les soupçons qu'il y avoit contre le duc de Beaufort, lesquels furent trouvés si graves, qu'ils opinèrent tous d'une voix qu'il le falloit arrêter, tant pour juger si l'accusation étoit bien fondée, que pour la haine qu'ils avoient contre lui. Cela étant résolu et les ordres donnés en conséquence, le Duc alla seul au Louvre le soir d'après celui où je lui parlai, quoique la plupart de ses amis l'eussent averti de prendre garde à lui. Là il fut arrêté ^ par le sieur de

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