Il étoh gouverneur du Pont-de-1' Arche
2. village sur la Seine , auprès de la fontaine de ce nom , avec un château qui comtnandoit le passage du fleuve , aujourd'hui commune de la Bouille ,' canton de Grànd'-douronne, arrondissement de Rouen.
On trouve, sur le séjour des frondeurs normands à Moulineaux , le couplet suivant dans le Chansonnier de Maarepas :
A notre camp des Moulineaux Où tous manchons furent de mise.
On ne joua point des couteaux A notre camp de Moulineaux; En juste au. corps fourré de peaux Ftmes la guerre au vent de bise A notre camp de Moulineaux Oït tous manchons furent de mise.
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en ayant avis, résolut de jeter six cents mousquetaires et deux cents chevaux dans Evréux, sous la conduite du sieur de Coméni >, maréchal de camp, donnant le commandement de la cavalerie au sieur d'Heudreville, mestre de camp, et à moi celui de l'infanterie. Je détachai cent mousquetaires de chaque régiment, comme major de brigade, le Duc m'ayant donné cet emploi, et je partis à minuit avec Coméni. Nous menions aussi beaucoup de munitions de guerre très-embarrassantes, et tant pour cela que pour les neiges qui étoient hautes, nous ne fûmes hors de la lorêt qu'à la pointe du jour. Nous' avions encore huit grandes lieues de plaine à passer, ce qui nous exposoit à être défaits dans notre mardie; mais connoissant le pays, et sachant le comte de Harcourt à deux lieues sur notre droite, j'engageai Coméni à prendre sur la gauche, pour gagner les bords de la rivière d'Eure à Aquignî», d'où nous arrivâmes tranauillenient à Evreux , nous étant, par ce détour de deux bonnes Heues, mis à couvert des ennemis. Le comte de Harcourt, ayant appris trop tard notre marche et le retour du duc de Longueville à Rouen, s'a[>procha alors d'Evreux; mais sachant ce qu'il y
1. Guidon des gendarmes de Tavannes en 1640; il en commandoit un escadron le 1 5 juillet au siège de Turin. Il avoit été volontaire au siège de Gravelines en 1644. La Gazette ie cite « comme ayant fait vaillamment. » On peut croire pourtant qu^il n'étoit maréchal de camp que de la Fronde. Le Chansonnier de Maurepas le nomme, à la suite du triolet que nous venons de citer, Cuménil.
2. Ancienne baronnie à vingt kilomètres d'Évreux, sur TEure, au confluent de l'iton. Commune du canton et arrondissement de Louviers.
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avoit de monde , il ne jugea pas à propos de l'attaquer». J'avoîs, comme commandant de l'infanterie, fait barricader les faubourgs, oui n'étoient point fermés, établi de bons corps-ciegarde partout, et ne manquant point chaaue nuit de Eure une ronde à cheval autour des feuDourgs, et une à pié sur les murailles de la ville. Nous fûmes un mois de cette sorte , au bout duquel la paix se fit. La Cour retourna à Paris, nos troupes furent licenciées, et le duc de Loneueville alla voir le Roi , après qu'on l'eut assuré du gouvernement du Pont-de-l'Arche, outre ceux de Dieppe et de Caen qu'il avoit déjà.
Je retournai à Rouen, où je passai encore trois mois , parce que ma femme y accoucha le 2 de mai de son premier enfant, qui fut une fille ap» pelée Louise-Anne, si belle et si agréable qut dès le moment de sa naissance je raimai avcT, une tendresse que je ne puis exprimer. Après que ma femme fut rétablie, nous retournâmes au Boscferei, où j'appris que le duc de Beaufort, dont j'attendois toujours des nouvelles, avoît un grand démêlé avec le duc de Candalle *, le comte de Bouteville?, le commandeur de Sou-
1 . Ce récit confirme celui que la Fronde publia , notamment dans le Courrier français; mais la cour avoit une autre version. On la trouve dans le Siège mis devant le Ponteau de mer par Vordre du duc de Longueville que le gouverneur et Us habitans du lieu lui ont fait lever, le Te Deum chanté pour ta ratification de la paix avec l'Empire, et ce qui s'est naguères passé à la cour. Imprimé à Saint-Germain-en- Laye, le 9 mars 1649.
2. Louis-Charles-Gaston de Nogaret de la Valette, duc de Candale, mort en i6$2.
3. François-Henri de Montmorency , comte de Bouteville, depuis maréchal et duc de Luxembourg, mort en 1695.
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vré S et plusieurs autres personnes de condition , pour avoir, dans un repas qu'ils faisoient ensemole, été faire affront au marquis de Jarzé *, qui étoit avec eux, et s'être permis des raillenes sur son compte ?. Je partis aussi-tôt pour aller à Paris m'onrir à lui, et lui fis dire le sujet de ma venue par Vaumorin , G[ui faisoit profession apparente d'amitié pour moi, et par le sieur de Ganseville. Il les envoya me trouver aux Jacobins de la rue Saint-Honoré, et me dire qu'il m'avoit des obligations non pareilles du passé ainsi que du présent, et qu'il chercheroit toute sa vie occasion de m'obliger ; mais que je considérasse qu'étant au point où il étoit avec mon frère , il ne pouvoit me voir. Voilà mot pour mot le discours, je ne sais pas si l'ordre étoit pareil. Je dis à ces messieurs que, quoique le procédé du Duc fût rempli d'injustice et d'ingratitude, je ne m'en étonnois point, le connoissant, de même que toute Sa famille; que j'étois bien aise qu'il ne m'eût point fait perdre davantage de temps, et me consolois du passé par la contrainte où je mettois le plus ingrat prince du monde d'avouer qu'il m'avoit de grandes obligations; que je les priois de lui dire que je ne serois jamais
I. Jacques de Souvré, commandeur de Malte, a. François-Réné du Plessis de la Roche Pichemer, marquis de Jarzé ou Jarzav, capitaine des gardes du corps da roi depuis la disgrâce du comte deCharost, le 19 août 1^48. * 3. Le 18 juin 1649, le duc de Beaufort étant entré dans le jardin de Renard, où alloit se mettre à table le marquis de Jarzay avec plusieurs gentilshommes du parti du' roi, prit la nappe et la renversa. Cette aventure a tourni le sujet de cinq ou six pièces assez médiocres aux poètes et aux pamphlétaires de la Fronde.
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son serviteur, mais que je ne m'amuserois point à éclater en plaintes, trouvant cela foible et inutile; étant d'ailleurs résolu de ne parler jamais de lui, et d'essayer de m'ôter le souvenir de l'avoir connu. Je crois que ceux qui liront ce que je viens d'écrire avoueront que j'ai été mis à la plus rude de toutes les épreuves. Ce sera à eux à juger si je m'en suis tiré comme j'ai dû , n'étant pas juste que je décide de mes propres actions \ aussi m'en rapportai-je au jugement des gens d'honneur et de vertu.
Je revins chez moi, où j'appris, l'hiver, que mon frère s'étoit attaché entièrement au duc de Longueville , aux intérêts de qui je me liai aussi, ayant toujours eu pour lui une inclination particulière, depuis les deux campagnes que j'avois faites sous ses ordres. Je sus peu de jours après que le Duc avoit été arrêté chez le Roi avec les princes de Condé et de Conti, et conduits tous trois au château de Vincénnps». Comme les causes de leur détention ne sont pas de mon dessein, qui n'est que d'écrire les choses où j'ai eu part ou dont j'ai été témoin, et que je n'ai pas la pensée de composer une histoire, je me contenterai de dire que pendant la prison du duc de Longueville je me tins toujours prêt à le servir, me trouvant où il étoit nécessaire pour cela, notamment à Rouen lorsqu'on le mena au Havre avec les autres Princes, pour examiner avec les plus zélés pour ses intérêts s'il y avoit lieu d'attaquer les troupes qui les conduisoient. Le sieur de Bertheville, son capitaine des Gardes, sait
i. Lei8 janvier 1650.
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que notre assemblée se tint chez lui et en sa présence.
Je passai le temps chez moi avec une grande douceur, avec ma femme et mes voisins, avec oui j'ai toujours été bien , m'occupant une partie du temps à la lecture, ou à jouer avec ma fille, qui, malgré son bas âge, étoit si divertissante que ceux qui la voyoient y prenoient un plaisir extrême, et moi plus que tous ensemble. Je ne parlerois pas de ces choses, que beaucoup trouveront indignes d'être écrites, si la perte que j'en ai faite depuis, et dont j'ai pensé mourir de déplaisir, ne me faisoit chercher cette consolation que l'on ne me doit point envier. Si l'on croit (^ue c'est par innocence que j'ai des sentimens 51 tendres, peut-être me fait-on tort; mais je cherche si peu à présent l'approbation générale, c[ue je ne me donnerai pas la peine d'ôter cette impression à ceux qui la vouaront prendre, et ne laisserai pas de parler à ma mode de ce que j'ai eu et aurai toujours de plus cher.
Les Princes sortirent de prison treize mois après y avoir été mis ^, et furent rétablis dans toutes leurs charges et gouvernemens. Le duc de Loneueville acheta peu de temps après la charge de major au gouvernement de Rouen, pour la donner à mon frère, dont il étoit et est encore très-satisfait. Il l'a toujours possédée 'depuis, et l'exerce avec l'estime générale de la ville. Le Duc me promit la lieutenance-colonelle de son régiment d'mfanterie qu'il vouloit mettre sur pié ;, mais il fut plus d'un an sans réaliser ce projet.