‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 11 sur 150 · Léon Le Bouthillier, comte de Chavigny · texte numérisé non relu

Léon Le Bouthillier, comte de Chavigny

(. Joseph Le Clerc Du Tremblay, d'abord soldat, puis capucin , né le 4 novembre i $77, mort le 18 décembre i6j8.

Année 1634. 29

de Richelieu, étant venus mettre la dernière main au traité qui avoit été fait , tout ce qui étoit resté d'indécis n'eut pas été plutôt conclu et arrêté , que le prince se rendit à Blois. Il en revint un mois après à Saint-Germain , et de-là à Paris , où le mariage de Puilaurens avec la parente du Cardinal s'acheva le 28 novembre ; il fut ensuite reçu au Parlement Duc et Pair d'Aiguillon , sous le nom de Puilaurens, le 7 décembre.

Je me trouvai à toutes ces cérémonies, et en remarquant que la cour de ce nouvel Icare étoit en quelque manière plus grosse que celle du Roi et du Cardinal, je m'apperçus dès-lors que l'ivresse de se voir tout d'un coup si élevé commençant à lui faire oublier son devoir et le rendant déjà inaccessible à ses amis, il y avoit à craindre potir lui quelques revers de fortune qui les vengeroit, ainsi aue cela ne manqua pas d'arriver ; car le Cardinal, qui fit durant ces fêtes tout ce qu'il put pour le gagner entièrement, voyant qu'il n'avoit pu y réussir, crut (}ue pour sa sûreté il ne devoit pas tarder à détruire ce colosse qu'il avoit élevé, s'il ne vouloit s'exposer à en être lui-même renversé. La santé du Roi, qui étoit chancelante, avoit engagé le Cardinal à donner sa parente et un duché à Puilaurens, dans l'idée que Sa Majesté venant à mourir, il gouvemeroit par son moyen le noiïveau roi, comme il faisoit par lui-même Louis XIII, dont il étoit plutôt le maître que le ministre; mais ayant bientôt reconnu, par les entretiens qu'ils eurent ensemble , qu'autant son ambition étoit sans bornes, de même aussi sa fidélité pour le duc d'Orléans étoit incorruptible , en ce que , bien qu'il l'eût

30 MÉMOIRES DE CaMPION.

prié de se servir de tout son crédit auprès de ce Prince pour l'engager à consentir à la (fissolution de son mariage, qu'il soutenoit être» lable, et que lui Cardinal avoit ses vues pour faire rompre, il avoit découvert néanmoins qv Puilaurens avoit écrit de la part de son naitR à Rome pour détourner le Pape d'y donner les mains ; et il prit dès-lors ses mesures pour n'tot pas plus long-temps la dupe du favori.

Je ne puis que louer beaucoup la fidélité do duc de Puilaurens ; mais je crois impossible d'eicuser l'imprudence qu'il eut de s'imaginer pouvoir se maintenir avec le Cardinal sans se donner absolument à lui. Il devoit bien juger qu'D ne lui avoit accordé sa parente avec une dignité si élevée et des biens proportionnés pour b soqtenir, que pour se l'attacher intinfement, et le rendre participant de ses desseins, la haine (]ui avoit été entre eux jusques^à devant lui faire connoître assez clairement que l'intérêt et non l'amitié étoit l'unique nœud de leur union. Le Cardinal voyant donc que tous les honneurs et les avantaps qu'il avoit procurés à Puilaurens, loin de lui acquérir une créature et un ami qui lui fût tout-à-fait dévoué, lui avoient donné un compétiteur à craindre dans la suite, résolut, pour y obvier, comme je viens de le dire , de se servir à son ordinaire d^ remèdes violens pour s'en délivrer, quoique de plus doux eussent été aussi assurés et plus convenables, puisque le duc ne pouvant lui nuire que dans un changement de règne qui étoit incertain , il auroit pu , en le décréaitant peu à peu, sans le perdre toutà-fait, éviter le blâme étemel que la mort préci-

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pitée du malheureux Puilaurens a répandu sur sa mémoire. Aussi-tôt donc qu'il eut résolu sa ruine, il commença par persuader au Roi que, le duc n'ayant point perdu l'inclination de fomentenles Drouilleries qui troubloient le royaume, il continuoit toujours, malgré les bienfaits dont il avait été comblé, ses intelligences avec les Espagnols, et entretenoit le duc d'Orléans dans les mêmes sentiments qu'il avoit eus parle passé ; si bien que cette accusation se joignant à l'aversion naturelle de S. M. contre ceux qui s'attachoient au Duc son frère, et à la foiblesse qu'il avoit de n'agir que par l'instigation de son ministre, il consentit sans peine à ce qu'on s'assurât au plutôt de Puilaurens, et de ceux qu'il croyoit être dans sa confidence; de sorte que, pour y réussir plus facilement et avec plus de certitude , lui et le Cardinal concertèrent de proposer un ballet où la plupart des princes et des seigneurs seroient admis, et par conséquent le nouveau duc , pour lequel le piège étoit tendu. Le duc d'Orléans, qu'on avoit fait venir de Blois, s'étant rendu au Louvre le 14 février 1635, P^^ marqué pour le ballet, Puilaurens s'y fit attendre si longtemps qu'on craignit qu'il n'eût eu quelqu'avis secret de ce qu'on tramoit contre lui ; mais enfin il y vint, fut arrêté et conduit au bois de Vincennes, pendant que d'un autre côté , du Fargis , du Coudrai , Senantes, son frère, Saint- Quentin et plusieursautres l'ayant été aussi, furent menés pour la plupart à la Bastille. Cette expédition ainsi faite,^ le Roi l'apprit lui-même à Monsieur, qui en fut troublé au point qu'on peut se l'imaginer; mais

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prié de se servir de tout son crédit auprès de ce Prince pour l'engager à consentir à la dissolution de son mariage, qu'il soutenoit être valable, et que lui Cardinal avoit ses vues pour faire rompre, il avoit découvert néanmoins que Puilaurens avoit écrit de la part de son maître à Rome pour détourner le Pape d'y donner les mains; et il prit dès-lors ses mesures pour n'être pas plus long-temps la dupe du favori.

Je ne puis que louer beaucoup la fidélité du duc de Puilaurens ; mais je crois impossible d'excuser l'imprudence qu'il eut de s'imaginer pouvoir se maintenir avec le Cardinal sans se donner absolument à lui. Il devoit bien juger qu'il ne lui avoit accordé sa parente avec une dignité si élevée et des biens proportionnés pour la soutenir, que pour se l'attacher intinlement, et le rendre participant de ses desseins, la haine cpiï avoit été entre eux jusques-là devant lui faire connoître assez clairement que l'intérêt et non l'amitié étoit l'unique nœud de leur union. Le Cardinal voyant donc que tous les honneurs et les avantages qu'il avoit procurés à Puilaurens, loin de lui acquérir une créature et un ami qui lui fût tout-à-fait dévoué, lui avoient donné un compétiteur à craindre dans la suite, résolut, pour y obvier, comme je viens de le dire , de se servir à son ordinaire d€ remèdes violens pour s'en délivrer, quoique de plus doux eussent été aussi assurés et plus convenables, puisque le duc ne pouvant lui nuire que dans un changement de règne qui étoit incertain , il auroit pu , en le décréditant peu à peu , sans le perdre toutà-fait , éviter le blâme éternel que la mort préci-

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pitée du malheureux Puilaurens a répandu sur sa mémoire. Aussi-tôt donc qu'il eut résolu sa ruine, il commença par persuader au Roi que, le duc n'ayant point perdu l'inclination de fomenteiies Drouilleries qui troubloient le royaume, il continuoit toujours, malgré les bienfaits dont il avait été comblé, ses intelligences avec les Espagnols, et entretenoit le duc d'Orléans dans les mêmes sentiments qu'il avoit eus parle passé ; si bien que cette accusation se joignant à l'aversion naturelle de S. M. contre ceux qui s'attachoient au Duc son frère, et à la foiblesse qu'il avoit de n'agir que par l'instigation de son ministre, il consentit sans peine à ce qu'on s'assurât au plutôt de Puilaurens, et de ceux qu'il croyoit être dans sa confidence; de sorte que, pour y réussir plus facilement et avec plus de certitude , lui et le Cardinal concertèrent de proposer un ballet où la plupart des princes et des seigneurs seroient admis , et par conséquent le nouveau duc , pour lequel le piège étoit tendu. Le duc d'Orléans, qu'on avoit fait venir de Blois, s'étant rendu au Louvre le 14 février 16} 5, jour marqué pour le ballet, Puilaurens s'y fit attendre si lon^emps qu'on craignit qu'il n'eût eu q^uelqu'avis secret de ce qu'on tramoit contre lui ; mais enfin il y vint , fut arrêté et conduit au bois de Vincennes, pendant que d'un autre côté, du Fargis, du Coudrai, Senantes, son frère. Saint- Quentin et plusieursautres l'ayant été aussi, furent menés pour la plupart à la Bastille. Cette expédition ainsi faite,, le Roi l'apprit lui-même à Monsieur, qui en fut troublé au point qu'on peut se l'imaginer; mais

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S. M. le rassura, et lui dit c^u'il n'avoit rien à craindre , étant instruit au'il n'avoit aucune part aux mauvais desseins de Puilaurens, qu'on lui feroit connoltre clairement être criminel de lèze-majesté ; à quoi le Prince répondît que, n'ignorant pas ce au'il devoit à sa personne et à l'État, il retireroit la protection qu'il avoit donnée jusqu'alors à Puilaurens , du moment au'on lui feroit voir que ce duc avoit failli contre l'une et l'autre. Après quoi il se retira à l'hôtel de Guise, où il s'étoit logé en arrivant à Paris. La fin de cette affaire fiit la mort du prisonnier, qui arriva Quelques mois après S avec grande apparence de poison , à ce qu'on dit alors. La détention de ses amis dura peu ensuite y on les mit en liberté, et ce fut un préjugé qu'on ne leur avoit point trouvé d'autre crime que leur zèle pour Puilaurens, dont la mort étant tout sujet d'inquiétude, les rendoit pour lors innocens. L'on fit courir le bruit parmi le peuple qu'il avoit voulu faire assassiner le Roi par Vieuxpont 2, lequel, pour avoir dit quelque chose de

1 . Le ler juillet au château de Vincennes. Nous avons déjà dit qu'il avoit été arrêté le 1 4 février.

2. Jean, baron de Vieux-Pont, gentilhomme du duc d'Orléans. Il fut en effet, comme Campion le dit plus loin, excepté de la Déclaration du mob d'oaobre 1634. Mais après la mort de Richelieu, il commanda le régiment de Gaston an siège de Dunkerque en 1 646 , et fut tué en 1 648 dans la tranchée devant Ypres. Voici comment sa mort est racontée dans la Gazette : « Le 23 mai, le régiment de S. A. R. entra en garde à l'attaque du prince de Condé... le sieur Arnault, maréchal de camp, qui venoit d'entrer dans la tranchée pour y passer la nuit , fut blessé , à l'ouverture de la sape, d'une mousquetade a la main droite qui perça la manche du pourpoint du sieur de Vieux-Pont... Deux henres

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trop insolent contre S. M., pendant le séjour du duc d'Orléans à Bruxelles, avoit été excepté de son traité; mais comme cette accusation n'avoit de fondement que dans l'imagination de ses inventeurs, qui vouloient le rendre odieux au public , on n'en parla plus après sa mort.

J'étois parti de la Cour aussi-tôt après les premières fêtes dont j'ai parlé, pour venir voir ma famille et me mettre en état de prendre une compagnie dans un régiment d'infanterie, que du Coudrai comptoit lever, ce qui en ce temps là étoit un parti assez considérable pour un jeune homme tel que j'étois ; mais comme je me préparois à en aller chercher le brevet, j'appris le malheur de mes amis, ce qui me fit rester sans emploi jusqu'à peu de temps après, que j'en trouvai un auquel je ne pensois point. Claude de Pilliers-la-Coudrelle, cousin-germain de ma mère et premier capitaine du régiment de Normandie ' , ayant perdu son fils a)né , c^ui étoit lieutenant de sa compagnie, eut du Roi, pour récompense de cette charge, une enseigne, avec permission de la vendre. Quoiqu'elles valussent ordinairement quatre millelivres, il me l'offrit pour six cents écus, par rapport à notre pa-

après, le sieur de Vieux-Pont descendit à la sape, où en remontant il reçut un coup de mousquet au haut de la cuisse , qui lui étant coulé jusque dans la vessie, il en mourut deux jours après. »

I. Capitaine en 1617, il étoit premier capitaine de 1634. En 1644 il fut major, le onzième depuis la formation du régiment. La Gazette le cite parmi les officiers de Normandie qui se distinguèrent au siège de Salces en 1639. Extraord. 4u 28 novembre. On trouvera plus loin de très-intéressans détails sur ce siège.

Mémoires de Campion,

rente; et comme les vieux régimens, tels qi^ 1 celui dont je parle, étoient en une haute répultftfl tion, et regardés comme la véritable école deH' guerre et le chemin le jjlus apparent de la fiM^ lune militaire ' , je n'hésitai pas de profiter de H bonne volonté de mon parent, me voyant su appui. C'étoit au commencement d'avril 1635] et l'avois vingt-deux ans. Je partis aussi-iôî pM me faire présenter au Roi, selon la coutume,) . sous le nom deCampion', qui est celui de notre ' famille, abdiquant en cette occasion celui de du Feuguerei, que j'avois porté jusqu'alors, dans la crainte que j'eus que S. M., venant à se souvenir que j'étois du nombre des gentilshommes reveç 1 nus en France avec Monsieur et avec Puilauren^f"^ ne m'accueillit défavorabiemeni. Aussi-tôt q j'eus mes lettres du Roi, je me rendis en diB gence à Nanci et de-là dans le comté de Moffl belliart : j'y joignis le régiment, qui étoit can^ proche d'une petite ville appelée Héricourt située à une lieue de Honlbelliart.

1. Le régiment de Normandie fut levé en lÉif pi^tL-^ maréchal d'Ancre. Après avoir porté le nom de ce maréchij^ et celui àe son Als, il prit en 1617 le nom de la province où il avoit et* farraé.

I. ]l continua pourtant d'élre connu sous celui de du Fcugrcy ou du Feogueray. Voy. la loie lettre d'Aleiandre de Campion, sous la date de iû|o. Le cardinal Maurin ûtos ifs Cara/li l'appellt! toujours Fouijuertl.

î. Petite ville, chef-lieu d'une seigneurie en Comlé, i à kilomètres au nord de Montbéliard. Ellea[ lenoil alors au duc de Wurtemberg , qui l'avoii reçue d , mfison de Neuchâlel. C'est aujourd'hui un chef-lku '1 canton dans l'arrondissement de Lure, d^artemenl de|| Hauie-SaSne. "

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L.'armée ayant pris en fort bon ordre la route Lorraine, comme je viens de le dire, le marquis de la Force, qui étoit de jour, conduisit Pawant-garde, composée de huit cents chevaux et de trois ou quatre mille hommes de pié, vers Meiissai > , situé une lieue plus près des montagnes que Lure , autre petite ville gue nous occupions. Comme il fut dans une plaine cjui avoit sur la miroite un grand bois, il découvrit, après avoir poussé quelques coureurs, toute l'armée du duc de Lorraine en bataille au bout de la plaine, qui alloit en haussant ; de sorte que quoiqu'il n'y eût que le nombre que j'ai dit, elle paraissoit beaucoup plus forte. Le Marquis fit halte, et consulta avec ceux qui étoient auprès de lui sur ce qu'il y avoit à faire. La plupart furent d'avis qu'il se retirât vers l'arrière-garde, qui étoit encore fort éloignée , et que , se couvrant de Lure , il se tînt en état d'éviter le combat, s'il ne jugeoit pas à propos de le risquer contre des forces infiniment supérieures aux siennes. Mais il leur représenta que reculer, selon qu'ils le proposoient, c'étoit ôter le cœur aux nôtres, le donner aux ennemis, et les engager à les charger et à reconnoître que, comme il n'y avoit que l'avant-garde d'arrivée , ils pouvoient l'attaque.r et la défaire ; qu'il falloit donc faire bonne contenance, et mander, sans perdre de temps, au Maréchal de s'avancer en diligence avec le reste de l'armée , et que peutêtre les ennemis croiroient qu'elle étoit là toute entière , et remettroient le combat au lendemain,

I . Aujourd'hui Mlflisay, chef-lieu de canton dans Parrondisscment de Lure , département de la Haute-Saône.

i',zii irreî c,:: rôrrâsK: fen rcdssa&îe. mais cuizfun: rrîscue rr^e cccrosée «juede nouveL» if-rees- -e ieTcrît ras ôôsrer beu d'espérer ces 5^cc*s rien jTjstage^ix.

Cepsr.d2r.: . le surecâiT de la Force n'ayant pas cercj de T-^e sor. dessein d'entrer en Lorrafr.e. après avcîr rzuni Monibdiiart de ce qui éto:: r.éces5aire. pziz sa ssarche de ce côté-là. menant avec Ld pour marédiaux de camp le marquis de la Force, son tîls = . et le colonel Hébron^. écossois. J^étois arrivé au régiment depuis quelques jours, et j'y avois été reçu par le sieur de la Coudrelîe , qui le commandôit en l'absence du marquis de Manicamp), alors à Colmar en Alsace, dont il étoit gouverneur, et de Bellefonds^, lieutenant-colonel, qui servoitdans l'armée de Flandre en qualité de maréchal de camp. Le corps où j'entrois étoit composé des meilleurs officiers qu'on eût jamais pu voir, et dont la plupart sont parvenus depuis aux premiers grades militaires ; en sorte que si je ne me suis pas bien instruit dans le métier que j'entreprenois, ce n'a pas été manque d'avoir été à Donne école.

1 . Armand Nompar de Caïunont , marquis de la Force. Il fut également maréchal de France en i6(2.

2. Jean Hebron, entré au service de France le 6 mars 1 6) ^ tué le 8 juillet i6}6 au siège de Saveme, où il faisoit les fonaions de maréchal de camp.

}, Achille de Longueval, comte de Manicamp, quatrième mestre de camp du régiment de Normandie de 1617 i 164}.

4. Charles Gigault de Bellefonds; capitaine en 161 6, il avott été nonuné lieutenant-colonel en 1627. Il ^toit le troiliéme depuis la formation du régiment.

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nemis, dont on n'étoit éloigné au plus que d'une portée de mousquet, sans aucun défilé entre les deux armées.

Pendant que ces ordres se donnoient et s'exécutoient , il y eut de part et d'autre plusieurs escarmouches, sur-tout vers le soir, que les ennemis détachèrent environ deux mille chevaux pour venir nous t^ter de plus près. Le Maréchal, armé de toutes pièces, à l'exception de son bras droit, s'étant mis à la tête de notre régiment, envoya ordre à la cavalerie, qui étoit sur notre droite, de ne faire aucun mouvement, et nous prescrivit de ne point tirer que le canon n'eût commencé, de sorte que les ennemis approchèrent jusqu'à la portée du pistolet, et voyant que nous n'étions pas encore retranchés, ils se préparèrent à nous attaquer; mais le canon commença à jouer si à propos, et notre décharge suivit si promptement, qu'il en resta sur la place un nombre assez considérable; ce qui mit en désordre leurs escadrons, qui furent poussés par notre cavalerie jusqu'à leur camp.

La nuit étant venue, nous l'employâmes à nous retrancher, et l'on posta cent mousquetaires de chaque régiment dans l'espace qui séparoit les deux armées. Je fus du nombre des officiers destinés à les commander, et ne dissimulerai pas que je n'eus aucune envie de dormir; car les ennemis nous ayant opposé du monde, il en résulta une escarmouche continuelle pendant toute la nuit, sans néanmoins qu'aucun des deux partis s'éloignât du terrain qu'il occupoit, ni qu'il y eût beaucoup de perte de part ni d'autre. A la pointe du jour, chacun se retira à son armée, et comme

fit payer les dettes , étant venus le joindre la Fère, où j'ai dit que nous nous étions dé rendus , nous le suivîmes tous par Soissons , Nanteuil ' et Ecouen', à Saim-Germain-en-Laye^ où il alla, le 21 octobre, trouver le Roi), dont i! fut tout-à-fait bien reçu, et d'où il repartit Iç lendemain pour se rendre à Orléans, sans passai par Paris, suivant son traité. A mon égard* comme je n'étois attaché à lui par aucun emplà dans sa maison, je suivis Puilaurens, qui fut eif cette dernière ville saluer le Roi et le Cardinalj de la réception desquels il eut tout lieu d'ètr content , sur-tout du dernier, qui l'assura qu'a ne manqueroil à rien de ce qu'on lui avoit pro mis. Après quoi, n'ayant séjourné que deux ]ouri| à Pans, il prit aussi la route d'Orléans pour J rejoindre son maître. Je l'y accompagnai encort avec plusieurs autres gentilshommes qui , comiM moi , espéroient parvenir à quelqu'emploi par 11 faveur oii il étoit auprès du duc d'Orléans. Ce fn là que Chavigni*, secrétaire d'Etat, et le pèr Joseph , capucin ! , ministre favori du caraini

n chet-lii

, de Ci

MRient de Si

z. Chef-llïu d'une châiellcnle dam l'Ile de Franccj il E soi! panie du duché d'Engtiîen et appartenoil au prince Condé. Ëcouen est aujourd'hui chet-lieu de cintop dl l'arrondiïsemeni de Pontoiie, diparleinent de Seine-«-Oi .

). La Cantli dit en eSu que le duc d'Oiléani fut re(H — 1. r..: -, jour-IJ, el qu'illuiprfscdla sa maison â Saint-

'mbre ii;7.in4rt1»M4hnitRi-t«|

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de Richelieu, étant venus mettre la dernière main au traité qui avoit été fait , tout ce qui étoit resté d'indécis n'eut pas été plutôt conclu et arrêté, que le prince se rendit à Blois. Il en revint un mois après à Saint-Germain , et de-là à Paris , où le mariage de Puilaurens avec la parente du Cardinal s'acheva le 28 novembre; il fiit ensuite reçu au Parlement Duc et Pair d'Aiguillon, sous le nom de Puilaurens , le 7 décembre.

Je me trouvai à toutes ces cérémonies, et en remarquant que la cour de ce nouvel Icare étoit en quelque manière plus grosse que celle du Roi et du Cardinal, je m'apperçus dè&-lors que l'ivresse de se voir tout d'un coup si élevé commençant à lui faire oublier son aevoir et le rendant déjà inaccessible à ses amis, il y avoit à craindre potir lui quelques revers de fortune qui les vengeroit , ainsi que cela ne manqua pas d'arriver ; car le Cardinal, qui fit durant ces têtes tout

ce qu'il put pour le gagner entièrement , voyant qu'il n'avoit pu y réussir, crut que pour sa sûreté il ne devoit pas tarder à détruire ce colosse qu'il

avoit élevé, s'il ne vouloit s'exposer à en être lui-même renversé. La santé du Roi, qui étoit chancelante, avoit engagé le Cardinal à donner sa parente et un duché à Puilaurens, dans l'idée que Sa Majesté venant à mourir, il gouvemeroit par 'son moyen le noiîveau roi, comme il faisoit par lui-même Louis XIII, dont il étoit plutôt le niidtreque le ministre; mais ayant bientôt rei, par les entretiens qu'ils eurent ensemble , ion ambition étoit sans bornes, de ■4 sa fidélité pour le duc d'Orléans ytible, en ce que, bien qu'il l'eût

42 MÉMOIRES DE CaMPION.

peu éloignée du camp» où l'on avoit abandonné divers objets difficiles à transporter. Dès que ie maréchal de la Force fut certain du déoart duduc de Lorraine, il fit marcher l'avant-garae, forte de

cèrent jusqu'au poste du régiment de MerOi sans découvrir les ennemis; mais en arrivant à cette hauteur, on apperçut l'arrière-garde oui ne marchoit pas en trop bon ordre. Notre cavalerie, s'étant avancée, essuya de la butte une décharge qui lui fit d*abord tenir bride en main, jusqo'à ce que nous eûmes ordre d'attaquer de tous cotés le bois , dont les avenues étoient assez difficiles. Les ennemis, après nous avoir tué beaucoup de monde par leur feu, se défendirent vigoureusement à coups de piques et de hallebardes; mais ils furent si brusquement attaqués, qu'après un demi-quart d'heure de résistance, on les tailli tous en pièces. Plusieurs des nôtres crièrent au lieutenant-colonel ennemi de se rendre, et qu'A auroit (quartier; mais lui, sans répondre, sejeta tète baissée sur un sergent de Picardie, Qui retendit mort sur la place d'un coup de hallebarde. Le major, blessé en plusieurs endnnts, demeura parmi les morts, d'où on le retira pour lui donner des secours, qui ne l'emptehèrent pas de mourir au bout de Quelques heures. Je crois qu'il ne se sauva pas ae ce régiment cent hommes, que des officiers et des soldats prirent en pitié et firent prisonniers. Le maréchal de la Force, les voyant, demanda ce qu*on en vouloit faire, comme ne les jugeant bons qu'à tuer, ce que je trouvai contraire à sa modération ordi-

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naire; mais il finit par leur donner la vie, et ils en furent quittes pour la peur.

Pendant le combat de la butte , notre cavalerie, qui étoit passée outre, poussa celle de l'arrièregarde des ennemis , et la mit dans un tel désordre , qu'elle se réfugia à toute bride au-delà d'un village, où quelc^u'infanterie qui y étoit arrivée auparavant avoit mis le feu pour couvrir sa retraite ; mais la nôtre, emportée par l'ardeur qui l'animoit, traversa les flammes, et auroit achevé de la mettre en déroute, si le duc de Lorraine, prévoyant ce qui alloit arriver s'il n'y mettoit promptement obstacle , fit mettre pié à terre à ses gardes, qui bordèrent une naie près de laquelle il falloit que passât notre cavalerie. En même temps qu'elle essuya une décharge, le

f)rince fit aonner deux escadrons qu'il avoit sous a main, dont elle s'étonna au pomt que le colonel Hébron , qui la commandoit, et le cardinal de la Valette', venu là comme volontaire, quoiqu'ils fissent leur possible pour la retem'r, ne purent l'empêcher de repasser au grand trot le village brûlé, et furent contraints de suivre euxmêmes , après avoir perdu plusieurs officiers et gentilshommes, et couru ^and hasard d'y demeurer morts ou prisonniers. Notre cavalerie ainsi repoussée, les ennemis rejoignirent leur canan et leurs bagages, qui, pendant l'action , avoient passé un mauvais pas , et monté un coteau qui terminoit le défilé, au-delà duquel ils se

I . Louis de Nogaret d'Épernon, archevêque de Toulouse et cardinal, puis général d'armée. U étoit second fils de Jean Louis de Nogaret de La Valette , duc d'Épemon.

mirent en bataille dans une plaine , sans craindre que nous les suivissions plus loin , et convaincis que le manque de pain nous obligeroit à régaler promptement la petite ville de Lure, et qu'aioa nous les laisserions achever paisiblement leor retraite.

Nous arrivâmes avec l'in£anterie auprès di village brûlé, au moment que notre cavalerie venoit de le repasser. Elle se remit en ordre auprès de nous , et le maréchal de la Force, voyant qu'il n'y avoit plus rien de bon à tenter contre les ennemis, nous ramena au camp d'où nous étions partis , et le jour suivant alla assiéger Montjoie ^ , assez bon château dans le Porentnii, au-delà de Montbelliart, afin de mettre cette ville plus au large. Nous employâmes cinq jours à k prendre, après quoi nous tournâmes du côté de la ville de Porentrui , où il y a un évêché , à cinq lieues de Bâle, et l'ayant prise en deux jours, le Maréchal, qui connoissoit le besoin que nous avions de nous rafraîchir, nous mena en Lorraine, dans le dessein de recommencer la campagne aussi-tôt que nous aurions pris un peu de repos, et de profiter des beaux jours du mois de juin, où nous étions encore, pour faire quelque chose de mieux que ce que nous avions exécuté.

Comme il s'agissoit de répartir les troupes «lans des lieux commodes pour subsister et se remettre

I . Ou Froberg , dans le Sundgaw, en Alsace , entre Porentruy, Montbéliard et Bedfort. Ce n'est plus qu'un village du canton de Saint-Hippolyte , dans rarrondissement ce Montbéliard (Doubs).

Année 1635. 45

de leurs fatigues, le baron de la Croix », capitaine de notre régiment, étant amoureux de madame de Saint-Blin, très-belle chanoinesse de Remiremont, où l'on ne reçoit que des filles de grande condition issues des maisons qu'on appelle en ce pays-là d'ancienne chevalerie , persuada à ses camarades de demander pour quartier Remiremont ^, sur la frontière d'Alsace. Cette ville est foible, mais agréable, et on y vit à bon prix. Les chanoinesses y jouissent de prébendes assez riches, en attendant des partis pour se marier : elles sont sous la direction d'uneabbesse qui a fait des vœux , qui est d'un âge convenable et d'une vertu hors de doute. Cette passion de la Croix pensa nous coûter cher; car sitôt que le duc de Lorraine sut notre armée dispersée dans des quartiers assez éloignés les uns des autres , il rassembla promptement la sienne, et, marchant en diligence, vint investir Remiremont, qu'il croyoit prendre en un jour, pour aller de-là enlever les autres Quartiers établis derrière, dans les meilleures villes de Lorraine. Le maréchal

de la Force et les officiers-généraux étoient à

1. François Bérard, baron de La Croix fil fut en 1643 le septième lieutenant-colonel. Son père ClaudeBérard, chevalier, puis baron de La Croix, avoit été lieutenant-colonel en 1 6 1 $ . Il se distingua au siège de Turin en 1 640 ; il eut deux chevaux tués sous'luidans la seconde journée de Fribourg en 1 644, et fut tué lui-même, peu après, au siège de Lichtenau.

2. Chdf-Ueu d'une sénéchaussée et d'un bailliage royal en Lorraine. Son chapitre de dames chanoinesses, diontla fondation remonte à l'année 620 , suivoit une règle approuvée par Louis le Débonnaire et publiée en 816 au concile d'Aixla-Chapelle. Remiremont est aujourd'hui le chef- lieu de l'un des arrondissements du département des Vosges.

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mirent en bataille dans une plaine , sans craindre que nous les suivissions plus loin , et convaincus que le manque de pain nous obligeroit à regagner promptement la petite ville de Lure, et qu'ainsi nous les laisserions achever paisiblement leur retraite.

Nous arrivâmes avec l'infanterie auprès du village brûlé, au moment que notre cavsderie venoit de le repasser. Elle se remit en ordre auprès de nous , et le maréchal de la Force , voyant qu'il n'y avoit plus rien de bon à tenter contre les ennemis, nous ramena au camp d'où nous étions partis , et le jour suivant alla assi^er Montjoie > , assez bon château dans le Porentrui, au-delà de Montbelliart , afin de mettre cette ville plus au large. Nous employâmes cinq jours à le prendre, après quoi nous tournâmes du côté de ta ville de Porentrui , où il y a un évèché , à cinq lieues de Bâle, et l'ayant prise en deux jours, le Maréchal, qui connoissoit le besoin que nous avions de nous rafraîchir, nous mena en Lorraine , dans le dessein de recommencer la campagne aussi-tôt que nous aurions pris un peu de repos, et de profiter des beaux jours du mois de juin, où nous étions encore, pour faire quelque chose de mieux que ce que nous avions exécuté.

Comme il s'agissoitde répartir les troupesdbms des lieux commodes pour subsister et se remettre

I . Ou Froberg , dans le Sundgaw, en Alsace , entre Porentruy, Montbéliard et Bedfort. Ce n'est plus qu'on vilUse du canton de Saint-Hippolyte , dans rarrondissement ae Montbéliard (Doubs).

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de leurs fatigues, le baron de la Croix > , capitaine de notre régiment, étant amoureux de madame de Saint-Blin, très-belle chanoinesse de Remiremont, où l'on ne reçoit que des filles de grande condition issues des maisons qu'on appelle en ce pays-là d'ancienne chevalerie , persuada à ses camarades de demander pour quartier Remiremont *, sur la frontière d'Alsace. Cette ville est foible, mais agréable, et on y vit à bon prix. Les chanoinesses y jouissent de prébendes assez riches , en attendant des partis pour se marier : elles sont sous la direction d'une abbesse qui a fait des vœux , qui est d'un âge convenable et d'une vertu hors de doute. Cette passion de la Croix pensa nous coûter cher; car sitôt que le duc de Lorraine sut notre armée dispersée dans des quartiers assez éloignés les uns des autres, il rassembla promptement la sienne, et, marchant en diligence, vint investir Remiremont, qu'il croyoit prendre en un jour, pour aller de-là enlever les autres Quartiers établis derrière, dans les meilleures villes de Lorraine. Le maréchal

de la Force et les officiers-généraux étoient à

1. François Bérard, baron de La Croix fil fut en 1643 le septième lieutenant-colonel . Son père Claude Bérard , chevalier, puis baron de La Croix, avoit été lieutenant-colonel en 1 6 1 $ . Il se distingua au siège de Turin en 1 640 ; il eut deux chevaux tués sous'luidans la seconde journée de Fribourg en 1 644, etfiittué lui-même, peu après, au siège de Lichtenau.

2 . Chdf-Ueu d'une sénéchaussée et d*un bailliage royal en Lorraine. Son chapitre de dames chanoinesses, diont la fondation remonte à l'année 620, suivoit une règle approuvée par Louis le Débonnaire et publiée en 816 au concile d'Aixla-Chapelle. Remiremont est aujourd'hui le chef- lieu de l'un des arrondissements du département des Vosges.

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Lunéville, à quatre lieues de Nanci. Le sieur de la Coudrelle, commandant à Remiremont, eut nouvelle de la marche de l'armée ennemie la veille de son arrivée devant la place. L'on employa ce peu de temps à élever une espèce de petit fort sur un coteau quasi attenant la muraille de la ville, et duquel on la découvroit si bien , qu'elle étoit assez dangereuse à occuper. Après qu'on eut mis ce poste en état de n'être pas emporté d'emblée, on y fit entrer, pour le défendre, Grammont, lieutenant, et d'Orgemont >, enseigne, avec cinquante soldats , ce qui parut suffisant pour son peu d'étendue.

A leur arrivée, les ennemis commencèrent par pointer leur canon contre ce fortin, où ils n'eurent pas grande peine à faire brèche; ils donnèrent l'assaut dans l'espérance de se rendre maîtres de ce poste sans q^u'il leur en coûtât beaucoup ; mais , repoussés vigoureusement avec perte de leurs meilleurs soldats , ils se retirèrent à l'entrée de la nuit, remettant la partie au lendemain, qu'ayant augmenté la brèche et donné un second assaut dans lequel Grammont fiit tué, d'Orgemont eut ordre de se retirer dans le fossé de la ville , où il rentra ensuite avec le reste de ses soldats, et les ennemis occupèrent le fort quand on l'eut abandonné. Sitôt que le duc de Lorraine en fut maître, il attacjua la ville , qui, n'ayant que de mauvaises murailles sans tours ni

I. Nous l'avons trouvé capitaine en 1642 dans les Essais historiques sur les régimens d'infanterie, cavalerie et dragons, par de Roussel. Paris, Guillyn 1767. La Gazette le cite dans la journée du 14 septembre 1640, devant Turin, et dans celle du i ^ novembre 1 642 devant Tortone.

terre derrière, et la plupart en mines, il ne fut pas difiBdle d'y £ure brèche. Pendant ce tempslà y j'étois fort malade d'une fièvre contîmie qui m'avoît mis si bas que j'avois peine à me remuer. La garnison consistoit en six cents excdlens soldats, dont la Coudrelle et les ca{Htaines mirent une paitie en garde dans les places et les principales rues y pour contenir les halmans ouvertement dévoués à leur prince. On défendit aux hommes, sur peine de la vie, de sortir de leurs maisons, et on commanda en même temps aux femmes d'apporter les matériaux nécessaires pour réparer la brèche.

Quoique tout eût été dispNosé pour une vigoureuse défense, le quatrième jour du sièçe la brèche se trouva si grande, que les ennemis ne crurent pas que la garnison eût la pensée de résister plus long-temps; de sorte qu'après avoir disposé leurs troupes pour l'assaut, ils l'envoyèrent sommer de se rendre à discrétion; mais outre que la Coudrelle n'étoit pas homme à se décourager, les officiers se montrèrent décidés à le bien seconder, à ne pas déférer aux propositions du duc de Lorraine, à se bien défendre s'il les faisoit attaquer, et s'ils le repoussoient, de ne recevoir d'autre composition que la plus honorable que puissent ootenir des gens de guerre.

Cette détermination prise, ils firent dire au Duc qu'ils périroient plutôt sur la brèche que d'accepter ses conditions. Alors ce Prince ordonna, vers dix heures du matin , de tenter réellement l'assaut.

J'étois dans un vrai désespoir que ma maladie me rendit inutile, tandis que mes camarades

Duc, aussitôt qu'un des siens seroit venu < otage dans la ville. Cet échange fait, il di manda d'abord nos drapeaux , ou du moins ' blanc ', prétendant qu'il nous faisoit grâce i nous laisser les autres; mais Ventaux ayant n pondu que, nonosbtant le mauvais état de place , nous étions résolus à mourir tous , plut que de n'en pas sortir avec ce que nous y avioi apporté, le Prince, qui n'avoit aucun intér d'en venir à l'extrémité avec nous , consentit qi nous sortissions avec drapeaux, armes ei baà ges, tambour battant, mèche allumée pari deux bouts ei balle en bouche '. Nous abando nâmes la ville dès le soir même, sur les d heures, pour nous retirer à Epinal, où étoie; déjà en garnison le régiment de Menillei et i autre dont j'ai oubhé le nom, laissant les haï tants occupés à préparer des feux de joie poi célébrer le retour de leur Duc, duquel noi n'eûmes que sujet de nous louer, par l'exafl tude avec laquelle il fit observer ce qu'il noi a voit promis.

Nous ne fûmes à Remiremont que quai

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