‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 124 sur 150 · LETTRE LXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVII

J'étois dans* l'incertitude lorsaue je vous écrivis ma dernière lettre, et je aoutois encore de l'état de mes affaires , qui paroissoit presque cer-

I. Catherine-Françoise de Breugne, fille de Claude de Bretagne, comte de Vertus.

d'Alex, de Campion. 391

lain du côté de rétablissement. A présent je ne doute plus, et il s'est passé deux choses qui me persuadent mon malheur, et je vous proteste que je ne crois pas passer le mois ici sans qu'il nousarrive quelque échec. Ma pensée, dont je ne vous puis expliquer les raisons par lettre , est que nous serons exilés. Si c'étoit ailleurs que chez moi , je vous conjure de prendre soin de ma famille, et de la protéger et aimer à votre ordinaire. Vous direz peut-être que je suis un oiseau de mauvais augure, et qu'il vaut mieux espérer; mais mes conjectures sont fondées sur des apparences si vraisemblables que je n'ai point de lieu d'en douter, et, comme je prévois la disgrâce de nos amis infaillible, la seule chose que je désire est la conservation de madame de Chevreuse, à la fortune de qui je dois être attaché , lui ayant l'obligation de mon établissement. Je lui conseille autant que je puis de se conserver, pour elle et pour eux. Si l'on y peut réussir, je ne serai pas enveloppé dans le malheur des autres ; mais on n'a guère vu à la Cour des gens demeurer les maîtres sans détruire tout le parti qu'ils ont cru leur être contraire. J'ai été voir cette nuit un de nos principaux amis » , pour lui conseiller de ne venir point au Louvre , sur quelques discours que j'entendis hier dans le cabinet de la Reine. M. ae Beaupuis étoit avec lui, qui fut de mon avis. Je ne sais s'il nous croira; mais, s'il ne le fait, je parie sa perte. L'on fait courre le bruit

I . Le duc de Beaufort. C*étoit à propos de ce projet d'assassiner le cardinal Mazarin que Henri de Campion raconte si curieusement dans ses Mémoires,

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au Loimie qull y avoit quantité de cbevanxoette nuh sur le Pont-Neuf» et que c'étmt une entreprise contre M. le cardinal Mazarin. S^ est vnî, ceux ou'on en soupçonne sont en grand hasard , et» a r est une pièce fidte à plaisir, M. le cardinal aura Inentftt des gardes. Enfin il est constutt qu'il demeurera le mattre, et que^ quand ie pourrois me tirer du pair, je neferai neninoij^de votre exemple, et qui ne soitapi»miv6 dç vous et de tous les gens d'honneur. Ciesttout ce que vous peut dire avec prédintadon votre.

A Paris, ce.... d'aoAt 164). '

A M. DE BEAUPUIS.

LETTRE LXXVin.

Je n'ai pas le temps de vous faire un long discours ; il suffit que vous sachiez que M .de Beaufort vient d'être arrêté au Louvre par M. de Guitaut «. S'il avoit reçu mon avis cette nuit comme il le devoit, et qu'il eût cru le vôtre, il n'en seroit pas là ; mais je vous avoue que cette considération ne détruit pas le déplaisir que j'en ai. Je voulois aller au Louvre à l'ordinaire, me confiant en ce que je ne suis coupable d'aucune faute ; mais madame de Chevreuse, qui vient d'en arriver, ne me l'a pas voulu permettre, et MM. de Guise, d'Epemon et de Retns », qui s'y sont trou-

1. François de Comminges, seigneur de Guitaut, capi> taine des gardes de la Reine.

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