LETTRE LXXXVI
Vous ne devez pas douter que je n'aie eu une extrême joie quand j'ai appris votre retour en France, et bien du déplaisir de ne l'avoir pas su plus tôt, puisque j'aurois eu l'honneur de vous voir à la campagne , où l'on m'a dit que vous avez séjourné quelque temps. Vous vous étonnerez peut-être de mon ignorance, et aurez raison de me prendre pour un Allemand , d'être si peu informé de ce que tout le monde sait dans notre province ; mais, depuis que j'y suis retiré , je me suis tellement accoutumé à n'avoir aucune curiosité, que je ne sais même jamais. les nouvelles les plus importantes qu'après qu'elles sont publiques pour tout le peuple. Si l'entrée de Paris m'étoit libre, j'irois vous y trouver, tant pour vous renouveler les assurances du service (jue je vous ai voué et de l'amitié que je vous ai promise , qu'aiin d'avoir votre avis sur des affaires qui m'embarrassent, dans lesquelles je suis assuré que vous ne me dénierez pas votre assistance, que j'ai droit d'espérer par la part que vous m'avez fait l'honneur de me promettre en votre amitié , et par l'oppression que des personnes puissantes prétendent me faire du c6té le plus
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sensible , puisqu'ils me veulent attaquer à l'hon- | neur. Je m'étois accoutumé dans mes disgrâces à souffrir la mauvaise fortune assez modérément ; mais, sur cet article, je vous avoue que je ne suis pas capable de raison. Ayant perdu les princi- ' paux appuis que j'avais à la Cour, je suis obligé de demander celui de mes amis pour m'y justifier, particulièrement jusqu'à ce que j'obtienne la permission d'y aller; auquel cas j'espère si bien éclaircir tout le monde que les auteurs de mon embarras auront honte de l'avoir été. Cependant , Monsieur, quoique votre ami et votre serviteur, je ne prétends aucune grâce de vous
3ue celle de dire ce que vous pensez , sans vous emander aucune faveur; c'est assez pour la justification de votre A Vîrl, ce j novembre 16^8. i