Il est dans le canton d'Anet. Expiily n-en parle pas
2. Village situé au confluent de l'Eure et de l'Aure , dans le pays Mantois en Beauce. On connott assez son château bâti par Henri II pour Diane de Poitiers. Anet est aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Dreux, département d'Eure-et-Loir.
j. Bercherj sieur de Monthavrel et de Saint-Germain, mort le 9 avril 1 666.
58 MÉMOIRES DE CaMPION. I
plusieurs fois des ordres du Roi , que les offidttl tec conduisant les troupes leur apportoient pourtal àar^ loger. Croyant que Berchère ne m'aimoitj*! îvec à cause d'un démêlé que j'avois eu avec»! à ce frère , je le soupçonnai de vouloir me fcl set essuyer un affront. N'ayant guère que de n»! fee veaux soldats et presc[ue sans autres armes (fil Hc leur épée , cela me mit en peine , sans néanmoBl dercr" qiie je le témoi^asse. Je demandai à Berdiè|l si le bourg étoit fermé. Il répondit que oi\ mais qu'il y avoit un gros hameau ouvert, des! dépendance , appelé les Vignes , et qui n'enétti I séparé que par une petite pLaine. Je résolus avec 1 Orgemont, oui me laissoit agir à ma fantaisie, (k | loger en ce lieu en cas de refus , ou que nousiK ' pussions être les plus forts. En approchant (k Bu , nous entendîmes sonner le tocsin et vîmes revenir ceux que nous avions envoyés préparer le loeement. Nous nous avançâmes , Orgemont, Berchère et moi , jusqu'à la porte , où l'on nous fit demeurer, et quoi qu'e nous pussions dire, Ton répondit toujours qu'on ne nous recevroii pas. Nous tournâmes alors le bourg avec nos soldats et prîmes le chemin des Vignes , où nous entrâmes, et tandis qu'on régloit le logement, la troupe étant encore au-dehors dans la petite plaine , l'on nous avertit que les habitans ae Bu venoient en armes pour nous chasser du hameau, où étoient leurs fermiers et leurs vignerons , de manière qu'ils nous eussent autant aimés chez eux que dans ce lieu. Nous allâmes promptement nous mettre à la tête des soldats, qui furent partagés en deux petits bataillons : j'en laissai un à Orgemont , pour longer le chemin , et pris
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l'autre , avec lequel je me jetai sur la droite pour charger en flanc les habitans , qui s'avançoient avec résolution. Berchère étoit resté pour avoir, à ce que je croyois , le plaisir de nous voir chasser honteusement; mais voyant que la chose devenoit sérieuse, et se croyant engagé d'honneur à courir les mêmes hasards que nous , il me vint demander ce que je prétendois faire avec des hommes à peine armés contre d'autres bien équipés. Je répondis qu'en me réduisant à loger dans le hameau , j'avois assez témoi^é que je ne cherchois pas les méchantes affaires; mais que puisque le peuple de Bu avoit l'insolence de venir en armes pour s'opposer à l'exécution des ordres du Roi , il devenoit indispensable de tout risquer, pour leur donner une correction si rude qu'ils s'en souvinssent long-temps. Je continuai à m'avancer ainsi qu'Orgemont , et tout en marchant je dis aux soldats qu'il ne s'agissoit que d'essuyer une seule décharge , qui seroit même peu à craindre, s'ils vouloient me suivre et courir l'épée à la main sur nos insolens adversaires , que cette boutade déconcerteroit et empêcheroit d'ajuster ; qu'alors on feroit main-basse sur eux , et que notre troupe auroit ensuite le pillage du bourg. Ce discours anima nos soldats, qui ne paroissoient pas d'abord trop résolus.
Berchère , après avoir prié Orgemont de faire halte , me vint dire qu'il demandoit un moment pour parler à ces gens-là , et que s'ils n'entendoient pas raison, il se joindroit à nous pour courir la même fortune. Je répondis que la manière obligeante dont il parloit m'engageoit à attendre, quoiqu'avec regret, mais que je le
6o MÉMOIRES DE CaMPION.
priois de se hâter, étant résolu de donner s'il ne réussissoit pas à convaincre ce peuple de sa folie et des hasards auxquels il s'exposoit. Pendant ce temps, nos soldats, rassurés et encouragés par l'espoir du butin , témoi^oient une gaieté qui intimida les mutins au pomt de les faire chan^ d'avis. Ils assurèrent Berchère qu'ils s'alloiem retirer et nous laisser la liberté de nous loger et d'en user comme nous voudrions. Nous nous établîmes donc dans le hameau , fort satisSaits de ce qu'en évitant le combat que nous étions résolus de livrer, il n'en avoit coûté la vie à personne.
Nous poursuivîmes ensuite notre route sans aucun accident, et conduisîmes douze cents hommes au régiment de Normandie , qui avoit ses quartiers d'hiver aux environs de Sens. Le cardmal de la Valette l'ayant demandé pour servir sous ses ordres , il marcha en Lorraine, où étoit le rendez-vous des troupes. Quant au cardinal , il se trouvoit déjà en Alsace avec un corps de cavalerie et quelqu'infanterie , pour empêcher, conjointement avec le duc de Weimar, le général Galas, qui avoit ses quartiers à la rive droite du Rhin, de pénétrer en Alsace et de rien entreprendre contre les villes de Colmar, Schelestat, Benfeld et Haguenau. Ces deux généraux attendoient le reste de leurs troupes pour attaquer Saveme , dont on a dit que Galas s'étoit emparé à la fin de la campagne précédente.
Le vicomte de Turenne ', maréchal de camp,
I. Henry de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne. H étoit maréchal de camp de Tannée précédente.
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étoit à Pont-à-Mousson pour assembler l'infanterie qui s'y rendoit de divers endroits , et d'où il avoit déjà envoyé en Alsace des compagnies détachées et ce qu'il avoit de cavalerie , en attendant qu'il y pût marcher lui-même avec les troupes qui n'étoient pas encore arrivées. Le duc de Weimar, que l'inaction fatiguoit , surprit un fort au-dessus du faubourg de Saveme , et ayant fait pointer le lendemain son canon contre la basse ville, dont les murailles sont assez foibles , l'on y fit brèche. De l'infantierie françoise et allemande , aux ordres de Nétancourt », mestre de camp, fut aussi-tôt commandée pour donner l'assaut. Il marcha fort résolument, monta à la brèche sans résistance ; mais quand les troupes furent au-delà , elles se trouvèrent environnées de bonnes traverses bien flanquées, et si accablées du feu qui en partoit , que deux cents hommes des plus avancés furent contraints de se mettre à couvert entre la brèche et les traverses , dans une maison où l'on porta Nétancourt blessé d'une mousquetade au travers du. corps. Beaucoup d'officiers et de soldats furent aussi blessés et tués, et on compta au nombre des derniers le comte de Hanau, seigneur allemand. Le comte de Guiche*, alors
1. François-Nicolas, comte de Nettancourt, cadet du' comte de Vaubecourt, lieutenant général, de la maison d'Haussonvilie. Il ne mourut pas de sa blessure, puisque la Gazette le nomme parmi ceux qui se distinguèrent dans la journée de Fribourg en 1644. Extraord. du 19 août.
2. Antoine de Grammont, comte de Guiche, depuis maréchal de Guiche et maréchal et duc de Grammont. Il avoit été nommé maréchal de camp le 17 avril 1635.
£x M ÉKCIlïES D£ CaMPIOV.
Pmcarn ce mrgr, oii iubs cfimes plos de deoL Tnife hnminps met, rsmiée op^Bole des Paji-iiaii. niiimund ée par le prince Tbomasde Savcôe, prii la Capril^, k Cjctdei, Corbîe, Roje ft MoBUcBdicr^ ce ^n icpaDdit ^épouvante dœsk raranme. Le coDUe de Sgîskios, qui ooiatnandoBt en Picardie, aroit si pea de tnMipes, qarïi ne pooroôt esopédier ks ptoffè^ des enoemis. Ce motif obËaeak prince de Condé*, qui aroit attaqué D6k en Francbe- Comté, d'en kver k si^; mais on prétendit qnH eût touîoors pris ce parti, pnuqu'il aroit d^ perdu beaiicoiq> de monde sans nen avancer. Aussi-tôt qu'il fut décampé de devant Dôk, il envoya ses troupes au comte de Soissons. Cette retraite engagea Galas à venir joindre k duc de Lorraine en Francbe-Comté , où leurs forces réunies roontoient à quarante mille hommes , avec lesquels ils passèrent la Saône pour attaquer le duché de Bourgogne. Galas se posta, avec trente mille hommes, à Sainte-Seine 2, près de Fontaine- PVançoise ), et le duc alla assiéger Saint-Jean-de- Lône, ville mal fortifiée et encore plus mal munie.
Dès que Galas eut passé le Rhin , le duc de Wcimar et le cardinal de la Valette partirent
1 . Henri II de Bourbon , prince de Condé,' père du grand Condé. Il leva le siège de Dole le 1 5 août 1636.
2. Ou plutôt Saint-Seine, bourg dudfocèse de Langres,i « kilom^trrsdela source delà Seine, sur la rivière d'Ougne, a pris son nom d'une abbaye de l'ordre de Saint-BcnoS. Il fit aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Dijon.
?. Mourfl en Hourgognc , fameux par le combat du 5 juin MOT ('liff litu (le canton de l'arrondissement de Dijon.
des environs de Strasbourg^ où nous étions campés, et vinrent à grandes journées se poster à Montsaugeon », petite ville entre la Champagne et la Bourgogne, et peu distante de Langres. Nous y restâmes assez long-temps. Tandis que les ennemis se mettoient en mesure d'attaquer Saint-Jean-de-Lône, Galas étoit résolu de nous faire tête pendant le siège, ce qui lui étoit d'autant plus facile, que nos deux armées n'excédoient pas seize mille hommes. En arrivant à Montsaugeon , on donna des logis particuliers à notre régiment, parce qu'étant le premier corps de l'armée, il gardoit les généraux : un capitaine entroit en garde chez le cardinal, et un lieutenant chez le duc de Weimar; ce qui se faisoit ainsi , tant à cause de la dignité de cardinal que parce qu'il commandoit l'armée du Roi, et le second seulement une armée étrangère. Cet arrangement me fut avantageux, en me donnant le moyen, pendant mes gardes, d'étudier les actions privées de ce grand prince, selon ma croyance le premier capitaine de son temps.
Les logis qu'on nous donna ayant été partagés, nous nous trouvâmes, le chevalier de Goût, enseigne de la compagnie dont j'étois lieutenant, et moi, dans une maison où il y avoit eu la peste sans que nous le sussions. Le lendemain, ^n valet qu'il aimoit fort tomba malade sur le soir ; la nuit il cria tant pendant deux ou trois heures, que nous ne pûmes dormir; ;ious le
. . Ou Montsaujon , petite ville dans le Bassigny , en Champagne, avec grenier à sel. Elle fait maintenant partie du canton de Prauthoy, arrondissement de Langres.
Pendant ce siège, où nous eûmes plus c deux mille hommes tués, l'armée espagnole d< Pays-Bas, commandée par le prince Thomas ( Savoie, prit la Capelle, le Catelet, Corbii Roye et Montdidier, ce qui répandit Tépouvan dans le royaume. Le comte de Soissons, qui coi mandoit en Picardie, avoit si peu de troupe qu'il ne pouvoit empêcher les progrès des enn mis. Ce motif oblieea le prince de Condé', c avoit attaqué Dôïe en Franche -Comté, d" lever le siège; mais on prétendit qu'il eût to jours pris ce parti, puisc^u'il avoit déjà per beaucoup de monde sans rien avancer. Aussi-^ qu'il fut décampé de devant Dôle, il envoya î troupes au comte de Soissons. Cette retra engagea Galas à venir joindre le duc de Lorrai en Franche-Comté , où leurs forces réunies mo toient à quarante mille hommes, avec lesqw ils passèrent la Saône pour attaquer le duché > Bourgogne. Galas se posta, avec trente mi hommes, à Sainte-Seine*, près de Fontain Françoise 3, et le duc alla assiéger Saint-Jean-d Lône, ville mal fortifiée et encore plus n munie.
Dès que Galas eut passé le Rhin , le duc ' Weimar et le cardinal de la Valette partirc
1 . Henri II de Bourbon , prince de Condé ," père du gn Condé. Il leva le siège de Dole le 1 5 août 1636.
2. Ou plutôt Saint-Seine, bourg dudrocèse de Langres 8 kilomètres de la source de la Seine , sur la rivière d*0ug a pris son nom d'une abbaye de Tordre de Saint-Benoit est aujourd'hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement Dijon.
3 . Bourg en Bourgogne , fameux par le combat du 5 j 1J95. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dijon.
des environs de Strasbourg^ où nous étions campés , et vinrent à ^andes journées se poster à Montsaugeon >, petite ville entre la Champagne et la Bourgogne, et peu distante de Langres. Nous y restâmes assez long-temps. Tandis que les ennemis se mettoient en mesure d'attaquer Saint-Jean-de-Lône, Galas étoit résolu de nous faire tète pendant le siège, ce qui lui étoit d'autant plus facile, que nos deux armées n'excédoient pas seize mille hommes. En arrivant à
entroit en garde chez le cardinal, et un lieutenant chez le duc de Weimar^ ce qui se faisoit ainsi , tant à cause de la digmté de cardinal que parce qu'il commandoit l'armée du Roi, et le second seulement une armée étrangère. Cet arrangement me fut avantageux, en me donnant le moyen, pendant mes gardes, d'étudier les actions privées de ce grand prince, selon ma croyance le premier capitaine de son temps.
Les logis qu'on nous donna ayant été partagés, nous nous trouvâmes, le chevalier de Goût, enseigne de la compagnie dont j'étois lieutenant, et moi, dans une maison où il y avoit eu la peste sans que nous le sussions. Le lendemain, |in valet qu'il aimoit fort tomba malade sur le soir ; la nuit il cria tant pendant deux ou trois heures, que nous ne pûmes dormir; nous le
I . Ou Montsaujon , petite ville dans le Bassigny, en Champagne, avec grenier à sel. Elle fait maintenant partie du canton de Prautiioy, arrondissement de Langres.
68 MÉMOIRES DE CaMPION.
aussi croyant qu'on la considéreroit davantage quand les ennemis, en état de nuire à la France, rendroient ses services plus nécessaires à celle-ci. Je pense qu'il fut bien aise que le général allemand n'essuyât pas d'échec; car malgré les avis que le prince de Condé et le cardinal, qui étoient à Dijon, lui donnèrent de sa retrait^ il resta deux jours dans l'inaction à Nuits, entre Dijon et Beaune; retardement qui permit aux ennemis de faire filer leurs bagages et leur artillerie au
Î)ont d'Apremont, où ils repassèrent paisiblement a Saône, notre général n'osant, à cause de son peu de cavalerie , les pousser avant l'arrivée du duc de Weimar. Après le départ de Galas, l'on ne songea plus qu'aux quartiers d'hiver, le Roi ayant chassé les Espagnols de la Picardie, repris Roie ainsi que Montdidier, et le comte de Soissons Corbie. L'on nous envoya en Bourgogne , du côté d'Auxerre , d'où g[uelques mois après )e vins à Paris, où une inclination que je Vais raconter me rappeloit.
Alexandre de Campion , mon frère aîné , avoit épousé depuis quelques années la veuve du sieur de Fontaine, notre parent, et, comme lui, l'un des gentilshommes du comte de Soissons, lequel avoit laissé deux filles assez riches, et dont l'aînée étoit en âge de se marier, trèsaimable et d'un caractère enjoué et fort engageant. J'avois pris de l'amour pour elle, l'année d'auparavant, et m'imaginois qu'elle n'avoit pas d'aversion pour moi. Je la croyois trouver à Paris, sa mère y demeurant les hivers; mais la petite vérole qu'elle eut en ce temps-là, et qui la gâta extrêmement, l'obligea de se retirer à la
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ï camp, pour essayer de jeter du monde dans
Slace, quoique l'on ne crût pas la chose pose. Rantzau ayant pris un ^and détour pour er passer la Saône à Auxone, entra dans Saintan--de-Lône le 2 novembre, par le côté de la •anche-Comté, avec les troupes qu'il conduiit. Ce secours, joint à la résolution que les bourois firent paroitre dès le commencement de ttaque, et aux pluies abondantes qui inonrelit la vallée où la ville est construite, conlignirent le duc de Lorraine à lever le siège e 3 novembre), après un assaut où il fut relusse. Ses tranchées et ses batteries étoient lyées, au point qu'il eut les plus grandes peines retirer son canon. La fermeté des habitans de lînt-Jean-de-Lône et le mauvais temps sau- ^rent la Bourgogne, où les ennemis auroient ris des quartiers d'hiver s'ils se fussent rendus laitres de cette place, notre armée n'étant pas ssez forte pour les en empêcher, et le reste des •oupes de France se trouvant trop occupé à hasser les Espagnols de la Picardie, pour venir ous secourir. Mais Galas , voyant le siège de »aint-Jean-de-Lône levé, le pays où il étoit •resqu'entièrement inondé , et l'hiver approchant, le songea plus qu'à la retraite, qu'il nt en fort Kïn ordre, et sans autre perte que trois pièces le canon , c[ue les mauvais chemms , plutôt que los entrepnses, le forcèrent d'abandonner. L'o- >inion commune fut que le duc de Weimar, nécontent de ce aue la Cour lui donnoit dans le :ardinal de la Valette un compagnon avec lequel il n'étoit pas en trop bonne intelligence , aissa retirer tranquillement Galas , et peut-être
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aussi croyant qu'on la considéreroit dayanta{ quand les ennemis , en état de nuire à la Frano rendroient ses services plus nécessaires à celto< Je pense qu'il fut bien aise que le général aU mand n'essuyât pas d'échec; car malgré lesa^ que le prince de Condé et le cardinal , qui étoie à Dijon, lui donnèrent de sa retraité^ il ra deux jours dans l'inaction à Nuits, entre Diji et Beaune; retardement qui permit aux ennen de faire filer leurs bagages et leur artillerie i
f)ont d'Apremont, où ils repassèrent paisiblone a Saône, notre général n'osant, à cause de»
peu de cavalerie, les pousser avant l'arrivée i duc de Weimar. Après le départ de Galas, i'( ne songea plus qu'aux quartiers d'hiver, le R ayant chassé les Espagnols de la Picardie, r pris Roie ainsi que Montdidier, et le comte ( Soissons Corbie. L'on nous envoya en Bourg gne , du côté d'Auxerre , d'où quelques moisapr je vins à Paris, où une inclination que je r* raconter me rappeloit.
Alexandre de Campion, mon frère aîné, av< épousé depuis quelques années la veuve ( sieur de Fontaine, notre parent, et, comme k l'un des gentilshommes du comte de Soisson lequel avoit laissé deux filles assez riches, dont l'aînée étoit en âge de se marier, trê aimable et d'un caractère enjoué et fort eng ceant. J'avoispris de l'amour pour elle, l'ami d'auparavant , et m'imaginois qu'elle n'avoit i d'aversion pour moi. Je la croyois trouver Paris, sa mère y demeurant les hivers ; mais petite vérole qu'elle eut en ce temps-là , et ( la gâta extrêmement, l'obligea de se retirer à
Année 1637. 7I
lerai plus, ayant présentement trop d'aversion pour ce faux point d'honneur pour en vouloir raconter les succès. Ce n'étoit pas que je fusse querelleur ; mais j'étois bien aise que mes amis eussent des démêlés pour les servir, pensant, selon la coutume de ce temps-là, me faire valoir ar le duel et les procédés auxquels il donne ieu. C'est une foiblesse; mais je l'avoue ingénument.
Au printemps de 1637, j'appris que notre régiment avoit marché en Franche-Comté, pour servir sous le duc de Longueville ', qui y commandoit une armée assez foible. Cela me fit prendre congé de ma maîtresse pour aller à la guerre, après qu'elle m'eut donné beaucoup de témoignages honnêtes de son affection. Je pris congé de la mère sans lui dire mon dessein, et je laissai Une lettre pour mon frère, entre les mains de Nicolas de Campion, mon frère le bénéficier*, dans laquelle je lui découvrois ma passion, et le priois de faire réussir mon mariage. Il arriva bientôt après mon départ, et soit qu'il ne voulût pas fâcher sa femme, parce qu'elle espéroit un nomme plus riche que moi pour sa fille, ou qu'il crût que, si cette affaire-là ne se faisoit point, peut-être l'emploi que j'avois m'empêcheroit de me marier dans k suite , ce qui seroit avantageux à ses enfans , il m'écrivit que la chose étoit impossible, et que s'il en
1. Henri II d'Oriéans, duc de Longueville, le beau-frère du grand Condé; mort en 166).
2. Il étoit prieur de Vert. De quel ordre étoit le prieuré ? Le général de Grimoard ne Ta pas su, et nous ne l'avons pas trouvé dans le Gallia christiana.
70 MÉMOIRES DE CaMPION.
eu ensemble , que pour un complot que le ni- 1 '^ nistre lui imputoit, et dont on se parloit H ^ l'oreille : il s'agissoit, disoit-on, d'un projet I ^2 d'assassinat contre le cardinal, tramé par k M comte de Soissons, de concert avec le duc d'Or- 1 ^ léans, et qui devoit s'exécuter à Amiens.
Je passai trois mois fort gaiement avec made moiselle de Fontaine, sans q^ue sa mère parût s'appercevoir de mes intentions. Pendant ce temps, je tirai l'épée en duel contre un gentilhomme du pays, appelé Malicome», pouron sujet fort léger. Nous nous servîmes chacun d'un de nos amis; leurs épées étant plus courtes que les nôtres, je baillai la mienne à son second , et nous nous battîmes lui et moi avec de petites épées. J'eus la msdn gauche percée, et un coup aans le bras droit, et lui un au-desr sus des yeux, qui lui fit tomber du sang dans la bouche; ce qui le força à me demander haleine, et à me prier que nous allassions séparer n(K5 amis qui étoient aux prises. Je repartis qu'il étoit l'offensé, qu'il avoit désiré satisCaction, et que s'il étoit content, j'avois sujet de l'être aussi, pourvu qu'il avouât ciue c'étoit lui qui avoit demandé la cessation du combat ; ce qu'il promit, et à quoi il ne manqua pas. Nous séparâmes nos seconds , qui étoient tous deux blessés , allâmes nous faire panser ensemble, et ftimes depuis bons amis. Il m'est arrivé avant et depuis plusieurs de ces sortes d'affaires dont je ne par*
1 . Gaspard du Plessis, seigneur de Malicome, fils d'Edme du Plessis , seigneur de Périgny, HautefeuiUe et Malicome. C'est récuyer du duc de Guise qui supplanta son maître auprès de mademoiselle de Pons.
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lerai plus, ayant présentement trop d'aversion pour ce faux point d'honneur pour en vouloir raconter les succès. Ce n'étoit pas que je fusse querelleur ; mais j'étois bien aise que mes amis eussent des démêlés pour les servir, pensant, selon la coutume de ce temps-là, me faire valoir
{>ar le duel et les procédés auxquels il donne ieu. C'est une foiblesse; mais je l'avoue ingénument.
Au printemps de 1637, j'appris que notre régiment avoit marché en Franche-Comté, pour servir sous le duc de Longueville ' , qui y commandoit une armée assez foible. Cela me fit prendre congé de ma maîtresse pour aller à la guerre, après qu'elle m'eut donné beaucoup de témoignages honnêtes de son affection. Je pris congé de la mère sans lui dire mon dessein , et je laissai une lettre pour mon frère, entre les mains de Nicolas de Campion, mon frère le bénéficier*, dans laquelle je lui découvrois ma passion, et le priois de fiaire réussir mon mariage. Il arriva bientôt après mon départ, et soit qu'il ne voulût pas fâcher sa femme, parce qu'elle espéroit un homme plus riche que moi pour sa fille, ou qu'il crût que, si cette affaire-là ne se faisoit point, peut-être l'emploi que j'avois m'empêcheroit de me marier dans k suite, ce qui seroit avantageux à ses enfans , il m'écrivit que la chose étoit impossible, et que s'il en
1. Henri II d'Orléans, duc de Longueville, le beau-frère du grand Condé; mort en 166).
2. Il étoit prieur de Vert. De quel ordre étoit le prieuré? Le général de Grimoard ne Ta pas su, et nous ne Pavons pat trouvé dans le Callia christiana.
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disoit un mot, la comtesse de Soissons, douairière ', qui étoit marraine de sa belle-fille, et la vouloit marier ailleurs, le perdroit auprès de son fils ; et qu'ainsi il me prioit de changer de pensée, puisqu'aussi bien le parti ne m'étoit pas avantageux. Je reçus cette lettre en arrivant à l'armée , et en fus sensiblement touché. Je voyois bien que ce n'étoit pas pour sa fortune que mon frère craignoit, puisqu'il savoit que le comte de Soissons affectoit de ne croire sa mère en nulle chose; je voyois aussi que ce n'étoit pas mon intérêt qui le faisoit agir, puisc[ue la mie avoit beaucoup plus de bien que je n'en pouvois espérer. Le dépit m'empêcha de lui faire réponse. Je pris congé de la demoiselle, parle moyen de ma jeune sœur, qui étoit sa bonne amie, et ne lui écrivis plus, étant mécontent de ce qu'elle ne témoigna pas en cette occasion la fermeté que j'attendois d'elle.
Le duc de Longueville n'ayant point d'armée ennemie qui lui fût opposée, et la sienne n'étant
f)as assez forte pour attaauer Dôle, Grai ni Salins, es trois seules bonnes places du comté de Bourgogne, résolut de prendre toutes les autres villes et châteaux de la province, puisqu'il étoit maître de la campagne. Il avoit pris Saint-Amour * avant que j'arnv^sse , et défaut quelque cavalerie du pays. Je vis attaquer et prendre le château de
1 . Anne comtesse de Montafié , dame de Bonnestable et de Lucéf mariée le 28 décembre 1601, à Charles de Bourbon , comte de Soissons.
2. Petite ville aux confins de la Bresse; chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Lons-le-Saulnier.
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Laurent -de -la -Roche', bon château que nous primes en six jours ; après nous en soumîmes plusieurs autres 2, et allâmes assiéger Bletterans, bonne place qui soutint dix jours de siège et fut emportée d'assaut comme lés autres 5 . Troisville 4, notre major, monta le premier sur la brèche, et fit merveille. L'on y mit notre régiment pour quelque temps, la campagne finissant et la place étant importante.
Dans la fin de l'été , la peste se mit si violente dans l'armée (k cause de la multitude de femmes et d'enfans qui y étoient et du pillage, et, à ce que je crois, en punition de tous les maux que l'on faisoit), qu'il mourut plus de la moitié des soldats et quantité d'officiers. D'Alvimar J, mon camarade , mort depuis maréchal de camp à la
- I. Il y avoit autrefois un prieuré en commende à la nomination du pape. Saint-Laurent-de-Ia-Roche est dans le canton de Beaufort, arrondissement de Lons-le-Saulnier.
2. Entr'autres le château du Pin, devant lequel il commanda les enfants perdus , le if juillet. Gazette, extraord. du 4 août 1637. Le Pm est une commune du canton de Voiteur, arrondissement de Lons-le-Saulnier.
z. Attaquée le 26 août, la ville fut prisé le 31 . et le château capitula le 3 septembre. Bletterans n'étoit déjà plus ni une place forte ni même une ville au temps d'ExpiUy, qui la qualifie de paroisse au diocèse de Besançon , sur une petite rivière à 8 kilomètres N. 0. de Lons-le-Saulnier. Elle appartient au canton et à l'arrondissement dont cette ville est le double chef-lieu, département du Jura.
4. Pierre-Arnaud de Peyre, sieur de Troisville. Il étoît le neuvième major du régiment. On verra plus loin comment il fiit tué devant Salces en Roussillon.
5. Pierre d'Alvimar, soldat et diplomate, fiit sdus-gouverneur du duc d'Orléans, frère de Louis XIV, sous le maréchal du Plessis-Praslin.
76 MÉMOIRES DE CaMPION.
bataille de Réthel», eut cette maladie, et fut abandonné de tout le monde, hors de moi, ^ui le fis mettre en lieu où je l'allai voir tous les jours jusqu'à ce qu'il fût hors de danger. La plupart des domestiques du duc de Longueville moururent; enfin la perte d'une bataille n'eût pas tant ruiné l'armée. Je tombai moi-même malade d'une dyssenterie, et me retirai à Mâcon où j'avois habitude. Mon mal fut si violent que , nonobstant tous les remèdes, je n'en pus guérir entièrement. Au bout de trois mois, j'allai encore, tout malade, joindre le régiment, qui étoit en garnison à Ganat et Saint-Pourcin 2, en Auvergne. Après y avoir été deux mois, j'assemblai plusieurs bons médecins, qui me dirent que si l'air du lieu de ma naissance ne me remettoit, il ne falloit point que j'espérasse de guérir. Cela me fit partir, contre la résolution que j'avois prise de ne point retourner au pays que mes chagrins contre mon frère ne fussent passés. Je revins chez ma mère, toujours fort mal; mais huit jours après mon arrivée je me trouvai en une santé qui m'a duré plus de quinze ans.
Je passai tout le printemps en Normandie, et à l'entrée de la campagne je me rendis à Chàlonssur-Saône. Le duc de Longueville assembloit son armée à la fin du mois de mai, entre cette ville