I. Le 24 octobre
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milieu de son camp, et rencontra le sieur de Guébriant', commandant les troupes irançoises jointes à son armée, auquel il dit à l'oreille que les choses étoient quasi désespérées, mais qu'il Esdloit mourir de bonne grâce. L'autre lui ayant répondu que les sixrégimens du duc de Longueville passoient le pont et entroient dans le camp, il lui ordonna de les faire avancer en diligence; et allant lui-même rassembler ce qui lui restoit de monde , plein d'espérance et de résolution , il chargea les ennemis, qui s'avançoient droit à Brisach. Ils soutinrent le premier choc fort courageusement, tuèrent beaucoup d'hommes et en perdirent encore plus; mais, dans la chaleur du combat, l'infanterie françoise nouvellement arrivée donna si hardiment sur celle des Allemands, qu'à la première décharge cette dernière se mit en déroute, et repassa les retranchemens pour se rallier derrière les troupes restées au-delà. La cavalerie fit la même chose , et le duc de Weimar, les voyant hors de ses lignes, ne jugea pas à propos de les pousser plus loin , se contentant de les avoir chassés avec perte de deux mille de leurs meilleurs soldats. Cet échec mit Goetz hors d'état de rien entreprendre avant l'arrivée d'un grand renfort.
Cependant le duc de Lorraine s'avançoit avec ses troupes pour attaquer les retranchemens du duc de Weimar sur la rive cauche du Rhin, et qui étoient gardés par peu ae monde; mais le
I. Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, depuis maréchal de France, tué en 1643. Il ^^^^ ^^^^ maréchal de camp du ler avril 16)7.
Poligni, au pié d'une montagne couverte de bois qui ont plus de demi-lieue de traverse. Il falloit minchir ces bois pouf aller aux ennemis, postés à leur débouché, entre Poligni et le lieu où nous étions. Ils étoient aussi mal avertis que notre général; car comme nous les croyions la moitié plus foibles que nous, ils nous supposoient deux rois plus forts qu'eux, et se retranchèrent dans leur camp, qui étoit si près du bois que les forts qui défendoient les ailes et le milieu de leurs hgnes en étoient à la portée du mousquet.
Le duc de Longueville, qui avoit le sieur de Feuquières ' pour lieutenant-général, et lessTeurs de la Motte-Houdancourt *, et de Sauvebeuf?
pour maréchaux de camp, tint conseil le soir, et mit en délibération si Ton hasarderoit de traverser le bois et la montagne, malgré l'incommodité du défilé, pour s'aller mettre en bataille sous les forts des ennemis , et y essuyer le feu de leur artillerie et de leur mousqueterie. Les uns furent d'avis d'attendre le reste des troupes, pour tourner le bois et la montagne , afin d'aller aux ennemis avec égal avantage; mais les autres, dans la croyance de la foiblesse et de la crainte du duc de Lorraine , ou qu'on l'étonneroit en marchant droit à lui, et que sa défaite rendroit la conquête
1 . Manassès de Pas , marquis de Feuquières. Il avoit été nommé lieutenant général le 14 juillet de Tannée précédente.
2. Philippe, comte de La Motte-Houdancourt, maréchal de camp du 31 mars 1637; plus tard maréchal de France, duc de Cardone et vice-roi de Catalogne; mort en 16(7.
3. Charles-Antoine de Ferriéres, marquis de Sauvebœuf, nommé maréchal de camp le 12 mai 1637. Il a joué un rôle assez considérable pendant la Fronde.
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de la Franche -Comté infaillible, firent prendre la résolution d'aller le lendemain les attaquer, ce que l'on exécuta sans remise.
Le régiment de Normandie, et celui de cavalerie d'Enghien, comme les premiers corps de l'armée, ayant le choix des postes, prirent l'aile gauche , sachant que les ennemis avoient à leur aile droite leurs meilleures troupes, et qu'elle étoit beaucoup plus près du bois que la gauche > qui s'en trouvoit hors de la portée du mousquet. Les régimens d'infanterie de Conti, de Sus, de Serré, de Rebais et plusieurs autres, les suivirent avec le tiers de la cavalerie. Les sieurs de Feuquières et de la Motte se mirent à leur tête. On posta à l'aile droite les régimens d'infanterie û'Enghien, de la Motte, de Vendi, de Melun, de Roncherolles et plusieurs autres, avec ceux de cavalerie de Beauregard ,* Champeron, Saint-André-Montbrun, etc., faisant les deux tiers de la cavalerie , à cause que le lieu où ils dévoient donner étoit une belle plaine où les troupes à cheval pouvoient s'étendre sans peine. Le sieur de Sauvebeuf commandoit cette aile. Le duc de Longueville, à la tête des compagnies franches , et ayant ses gardes devant lui , se tint entre les deux ailes , pour se porter où il seroit nécessaire.
L'on passa le bois sans trouver nulle opposition de la part des ennemis; mais sitôt que notre aile gauche en sortit , ils firent grand feu du fort le plus proche , tant de leurs canons que de leurs mousquets. Cela ne nous empêcha pas de nous mettre en bataille , et d'aller à eux fort résolument. En abordant le fort de leur aile droite»
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nous essuyâmes encore une décharge qui tua la Fosse , capitaine de notre régiment , et quelques autres de ceux qui nous suivoient. Epeville» et plusieurs officiers furent blessés. On entra dans le tort, qui n'étoit pas encore en défense, et après avoir fait lâcher pié à l'infanterie des ennemis, nous nous saisîmes de trois pièces de canon qui défendoient leurs li^es; mais le duc de Lorraine , voyant notre mfanterie s'avancer dans la plaine , détacha trois gros escadrons de cavalerie, dans l'espérance qu'ils nous passeroient infailliblement sur le ventre ; ce qu'ils eussent peut-être fait , quoique nous les attendissions de pié ferme, si le régiment de cavalerie d'Enghien , qui avoit passé les lignes après nous, ne se fût avancé au grand trot pour les aller choquer; ce qu'il fit si hardiment, soutenu de nous qui donnâmes avec lui , que les trois escadrons , après avoir été rompus , se retirèrent derrière le reste de leur aile droite, que nous allions charger avec la même vigueur, si le désordre de la nôtre ne nous eut obligés de nous contenter de garder les trois pièces de canon qu^ nous avions prises. Pendant que nous faisions ce que je viens de dire, le sieur de Sauvebeuf, après avoir mis l'aile droite en bataille à la sortie du bois , alla donner avec son infanterie aux retranchemens
I. Il étoit déjà capitaine en 1637. « Le sieur de Sévigny, qui commandoit le corps , et les sieurs Du Breuil et d'Epeville, capitaines , maintinrent leur logement avec tant de fermeté et de courage qu'ils ôtèrent l'envie aux ennemis de les attaquer pour une troisième fois. Le sieur d'Epeville fiit blessé. » Gazette du 30 juin 1638. Nous le trouvons en 1642 gouverneur de Nice de la Paille.
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^haïssois à emprunter, mais la nécessité m'y con- ''traignoit souvent, ce que je faisois par lettres, •^ne Posant faire de vive voix. Mes amis ne m'ont ^^iamais abandonné, mais il me fâchoit de les im- ^'portuner, ce que ma mauvaise conduite m'obli- 'gea de faire jusqu'en 1640 au siège de Turin, f Qu'après avoir souvent fait serment inutilement de ne plus jouer aux dez, j'en formai la résolution sans jurer, et l'ai si bien tenue jusqu'à présent , qu'il n'y a pas apparence que je la change. Oepuis ce temps, j'ai toujours beaucoup joué aux cartes et au trictrac , mais comme j'y suis bon joueur, j'en ai subsisté long-temps. L'argent que je perdois aux dez empêcha mon avancement dans le régiment de Normandie, à cause que je ne pouvois venir passer les hivers à la Cour pour y faire des amis qui fissent, valoir mes services; de sorte que toute l'estime dont je jouissois dans le régiment et dans l'armée étoit inutile à ma fortune, les généraux et ceux qui me pouvoient servir parlant pour les présens, et oubliant, faute de me voir, ce qu'ils témoignoient vouloir faire en ma faveur pendant la campagne; ce qui, joint à ce que j'ai toujours plus cherché à faire de bonnes actions qu'à les faire valoir, pensant, je crois avec raison, qu'il y a de la honte à parler de soi, ont été les deux principales causes (jue je n'ai fait nulle fortune. J'ai mis cette digression tout de suite, pour n'être plus obligé de parler de ma façon de vivre dans la guerre, et des motifs de mon peu d'avancement.
Le duc de Longueville avant eu l'ordre de secourir le duc de Weimar, if partit d'auprès de
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Beaune où nous étions, et nous mena en Lorraine, où il joignit le vicomte d'Arpajon, lieutenant-général », qui avoit avec lui les régimens de Picardie, de Navarre et plusieurs autres de cavalerie et d'infanterie. De Nanci, où se fit la jonction , nous marchâmes pour attaquer Lunéville, que le duc de Lorraine avoit repris audques années auparavant. Le marquis oe Ville S maréchal de camp de ce prince, y commandoit deux mille cinq cents hommes de pié. L'on fit les approches et trois attaques, les régiments de Picardie, Navarre et Normandie en ayant chacun une. L'on ouvrit la tranchée, que la gelée empéchoit d'avancer beaucoup et que les grandes neiges remplissoient, de sorte que l'on y souffroit des incommodités insupportables. Dans ce temps, M. le duc de Weimar ayant envoyé Roqueservieres ^, maréchal de bataille, au duc de Longueville, pour lui demander, en termes toutà-fait civils, le secours qu'il avoit ordre du Roi de lui donner, le Duc résolut de lui envoyer de l'infanterie; et pour le faire plus facilement, il laissa ce qu'il ralloit de troupes pour garder le camp et les tranchées , qui étoient peu avancées, et marcha jusqu'à Fenestrange , frontière d'All^ magne. Là, il détacha cent hommes de chaque
1 . Louis , vicomte d'Arpajon , marquis de Sevrac. Il fut nommé lieutenant général le 14 juillet 1637. Pendant la Fronde , il joua assez habilement son rôle pour se faire donner en i6$o un brevet de duc et pair, qui ne fiit pas enregistré au parlement.