Bourg dans le canton de Rivesaltes
Ç>8 MÉMOIRES DE CaMPION.
bières. Salces est bâti dans la plaine du Roussillon, hors de la portée du canon des montagnes. Ses murailles ont trente-six pies d'épaisseur, et les parapets seize, de sorte qu'ils sont à l'épreuve du canon. Il y a aux quatre coins quatre tours de la même épaisseur, et un donjon ou réduit entre deux de ces tours , le tout contreminé quasi partout. Le fossé , des plus larges et des plus profonds, est sec et revêtu de briques; il y a une excellente contrescarpe. Enfin, pour une place sans nulle fortification de terre , je la tiens la meilleure de l'Europe ' .
Nous, commençâmes l'attaque du côté du bourg, et le régiment d'infanterie d'Enghien celle d'en haut. Le vicomte d'Arpajon, très-bon homme de guerre, et fort entendu aux sièges, fit faire de si bonnes tranchées et de si bonnes places d'armes et logemens de cent pas en cent pas, que les ennemis nous tuèrent peu de monde. Ce qui obligea à faire ces travaux avec tant de précaution, fut que le prince de Condé ne manquant point de venir deux fois la semaine visiter la tranchée , on ne crut point le désobliger de la rendre la moins périlleuse possible.
La garnison étoit de cinq cents hommes, qui ne firent aucune sortie pendant tout le siège, de sorte que nous avançâmes assez vite nos travaux
I . « La forteresse de Salces , située en une plaine , est si bien munie et fortifiée qu'elle semble mépriser les efforts de l'ennemi. Aussi ses forces sont-elles tellement disposées qu'elle ne semble pas être une seule forteresse, mais plusieurs, étant tellement séparées par ses voûtes et galeries que l'une étant prise , les autres n'en reçoivent point de dommage. »> Gazette^ extraord. du ler août 1639. Salces n'est plus qu'une commune du canton de Rivesaltes.
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jusqu'au fossé; mais quand il fut question de le percer, on trouva de grandes difficultés, parce que les Espagnols tenoient du monde dedans pour en défendre l'entrée. A la fin, nous établîmes des logemens sur la contrescarpe, à l'aide desquels nous les chassâmes du fossé; et, après l'avoir percé, on commença une galerie pour s'attacher à la muraille; mais les ennemis la rompirent plusieurs fois de leurs flancs bas, ce qui n'empêcha pas qu'après y avoir perdu quelques hommes, nous ne la missions en état de n'être plus rompue ni brûlée, ayant couvert les madriers de fer blanc. L'on attacha ensuite le mineur, qui se rencontra heureusement entre deux contremines; et après avoir long-temps travaillé dans cette muraille si dure, si bien liée et si épaisse, la mine se trouva chargée et prête à jouer le matin du quarantième jour du siège, en présence du prince de Condé qui s'y étoit rendu.
Notre régiment , soutenu de ceux de Navailles, de Tonneins et autres, se mit en état de donner après l'effet de la mine. L'on avoit détaché deux sergens de notre corps avec chacun dix hommes, soutenus de deux lieutenans avec chacun vingtcinq : j'en étois l'un, et Labadie ' l'autre. Nous étions soutenus de du Breuil et de d'Alvimar, alors capitaine, avec chacun cinquante hommes, et ensuite de tout le corps et des autres régimens. Nous étions un peu reculés pour être à
I . La Gazette le nomme d'Abadie, extraord. du icr août. Elle le dte dans la relation du siège de Tortone, en 1642, comme ayant été blessé d'un coup de mousquet.
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couvert des effets du jeu de la mine : elle fit un trou quasi à fleur de terre, à passer trois hommes de jfront^ remplissant toute la cour du château de fomée et de ruines,' aussi bien ^ue le fossé. Troisviile, notre major, qui s'étoit trouvé en <)uantité de pardlles occasions, où il avoit toujours emporté le principal honneur,* ne témoignant jamais tant de ^eté que quand il étoît dans le péril, se trouva ce jour-4à moins déitbéré qu'à Pordinwe. Il avoit employé une partie de la nuit à se confesser et à faire son testament, ce qui ne lui étoit jamais arrivé; il s'étoit anné d'une cuirasse à l'épreuve , ce qu'il n'avoit jamais fait, et parla à tout le monde comme un homme qui dit le dernier adieu. Il ne l^sa pas, sitôt que la mine eut joué, de venir où j'étois, et marcha avec les autres jusques dans le fossé, où, voyant que les deux sergens qui étoient devant nous ne passoient point au-delà de la brèche, à cause des décharges que les ennemis y faisoient, il s'avança Pépée d'une main et sa canne de l'autre. Nous le suivhnes, Labadie et moi, avec nos piques, et trouvâmes un des sergens avec l'épaule cassée auprès de plusieurs soldats morts, et çue la peur empèchoit l'autre d'avancer.
Troisviiie le poussa ae sa canne en le maltraitant de paroles; et, sans marchander, passa hardiment la brèche, comme je fis aussi, suivi des plus résolus de nos soldats. Un capitaine des ennemis qui en gardoit l'entrée avec beaucoup d'hommes vint fort brusquement à nous; mais ayant été renversé mort avec les plus déterminés des siens, le reste lâcha le pié au travers de la cour du château. Nous les poussâmes vigoureu-
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sèment; mais en traversant la cour, ceux du donjon firent une décharge, dont une mousquetade donna sous te bras droit de Troisville, qu'il avoit levé , et passant entre le devant et le aerrière de la cuirasse, l'étendit mort sur le pavé, sans qu'il dit autre chose sinon : donnez! ce que nous nmes si bien, qu'ayant poussé les ennemis jusqu'au bout de la cour, l'on en tua une partie, tandis que l'autre se jetoit dans le donjon. Le Breuil et d'Alvimar, bien accompagnés d'officiers et de soldats, tant de notre régiment que des autres, nous joignirent, tandis que d'Espanelle et le vicomte d'Arpajon se saisirent des tours qui étoient au-dessus de la brèche. Nous en flmes de même de celles qui se trouvoient de l'autre côté de la cour, où ceux qui se montroient étoient tués ou blessés par le feu du donjon ' .
Le vicomte d'Arpajon et d'Espanelle firent signe au Breuil qu'il leur envoyât quelqu'un. Je m'ofiris d'y aller, n'y ayant pas de presse, et,
Quittant ma pique, ]e montai dans une galerie écouverte, qui conduisoit du bout de la coui où nous étions à celui où ils étoient. Sitôt que je parus, courant pour les aller trouver. Ton me tira force coups, dont l'un fit sauter un éclat de pierre qui me blessa légèrement à la jambe, et en même temps le vent emporta mon chapeau derrière moi. Je crus qu'il iroit du mien Je le laisser, et revins sur mes pas le quérir, quoique nos officiers, qui étoient à couvert, criassent que je
I . Cet assaut eut lieu le 19 juillet 1639. Campion est cité dans la Gazette parmi les officiers qui s'y sont distingués ; mais , par une faute de l'imprimeur, son nom y est écrit Compain.
couvert des effets du jeu de la mine : elle fit un trou quasi à fleur de terre, à passer trois hommes de front, remplissant toute la cour du château de fiunée et de ruines, aussi bien ^ue le fossé. Troisville, notre major, qui s'étoit trouvé en j quantité de pareilles occasions, où il avoit tou- ! jours emporté le principal honneur,* ne témoignant jamais tant de ^eté que quand il étoit dans le péril, se trouva ce jour-là moins d^ béré qu'à l'ordinaire. Il avoit employé une partie de la nuit à se confesser et à faire son testament, ce qui ne lui étoit jamais arrivé; il s'étoit armé d'une cuirasse à l'épreuve , ce qu'il n'avoit jamais fait, et parla à tout le monde comme un homme qui dit le dernier adieu. Il ne laissa pas, sitôt que la mine eut joué, de venir où j'éuûs, et marcha avec les autres jusques dans le fossé, où, voyant que les deux sergens qui étoient devant nous ne passoient point au-delà de la brèche, à cause des décharges que les ennemis y faisoient, il s'avança l'épée d'une main et sa canne de l'autre. Nous le suivîmes, Labadie et moi, avec nos piques, et trouvâmes un des sergens avec l'épaule cassée auprès de plusieurs soldats morts, et que la peur empèchoit l'autre d'avancer.
Troisville le poussa ae sa canne en le maltraitant de paroles; et, sans marchander, passa hardiment la brèche, comme je fis aussi, suivi des plus résolus de nos soldats. Un capitaine des ennemis qui en eardoit l'entrée avec beaucoup d'hommes vint fort brusquement à nous; mais ayant été renversé mort avec les plus déterminés des siens, le reste lâcha le pié au travers de la cour du château. Nous les poussâmes vigoureu-
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Saint-Ange. Après cela, le maréchal de Schomberg fit assiéger et prendre Estagel ^ à l'entrée de la vallée de Conflans, et ensuite Tautaveh, bon château bâti sur un roc, dans les montagnes. Nous perdîmes du monde à ces deux sièges, et sur l'avis que les ennemis assembloient une armée considérable en Catalogne, le Maréchal revint à Salces au commencement du mois de septembre. Il fit faire un camp retranché pour l'infanterie entre Salces et l'étang. Les lignes alloient du fossé de la place jusqu'à un pré que l'on croyoit un marais, et dont l'étendue du retranchement jusqu'à l'étang étoit d'une portée de mousquet. L'on s'étoit si bien persuadé que c'étoit un marais tremblant, pour l'avoir ouï dire aux habitans du pays, qu'on ne l'avoit point sondé, dans la persuasion qu'il ne pouvoit passer personne entre nous et l'étang.
Sitôt que les retranchemens furent achevés , l'on envoya notre cavalerie se rafraîchir dans les montagnes de Languedoc, et nous demeurâmes à la garde de nos lignes , tandis que l'on raccommodoit la brèche de Salces, et que l'on combloit les travaux faits pendant le siège. Mais l'armée ennemie rassemblée en Catalogne, se trouvant encore en ce temps-là, forte de quatorze mille hommes de pié et de trois mille chevaux aux ordres du marquis de Spinola , fils de celui qui s'est rendu illustre dans les guerres
1 . Bourg sur la rivière d*Égly. Il y avoit un bureau des traites foraines. Aujourd'hui Estagel est dans le canton de la Tour de France, arrondissement de Perpignan.