‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 47 sur 150 · Cet ouvrage est perdu. {Note du général Grimoard · texte numérisé non relu

Cet ouvrage est perdu. {Note du général Grimoard

224 MÉMOIRES DE CaMPION.

lieux où s'étoient faites tant de grandes actions et formés des desseins encore plus illustres.

Pendant le Carnaval, nous vîmes de belles comédies en musique et à machines, et les courses publiques qui se font les derniers jours gras. Nous étions souvent avec le duc de Bouillon, qui s'étoit réfugié à Rome avec sa fisunille {)arce qu'il étoit mal à la cour de France. Nous ogions près de la Trinité-du-Mont , chez un François où il j avoit quantité de gentilsh<Hnmes de la même nation , avec lesquels nous nous divertissions. Je n'étois connu d'aucun, mais Beaupuis l'étoit de plusieurs. Le sieur de Grémonville > arriva peu avant nous à Rome de la part du Roi, afin d'essayer d'obtenir le chapeau pour le frère du cardinal Mazarin, qui étoit général des Jacobins >, avec promesse, s'il réussissoit, qu'on le laisseroit ambassadeur à Rome, sinon, qu'il se contentât de l'être à Venise. Nous le rencontrions souvent au Cours pendant le Carnaval. Je n'en étois pas connu , mais Beaupuis avoit eu grand cojnmerce avec lui en France, et me disoit toujours qu'il croyoit jqu'à moins d'un ordre particulier il ne lui donneroit aucun déplaisir. Nous l'avions vu tant de fois, que nous ne songions plus qu'il y eût matière d'en rien craindre.

Au commencement du Carême , le Pape ayant fait une promotion de neuf cardinaux sans que le Père Mazarin en fût, le sieur de Grémon-

1 . Nicolas de Bretel , sieur, puis marquis de Grémonville. Il étoit commandeur de Malte.

2. Michel Mazarini, cardinal le 7 octobre 1647, sous le titre de Sainte-Cécile.

Année 1645. 225

ville, désespéré que sa négociation eût si mal réussi, crut qu'il consoleroit en quelque façon le cardinal Mazarin s'il faisoit arrêter Beaupuis, qu^il savoit être accusé d'avoir voulu tuer le ministre'. Il demanda audience au Pape, et lui dit qu'il y avoit dans Rome un gentilhomme qui avoit comploté contre la personne du cardinal, et qu'il le supplioit de le lui faire remettre entre les mains , afin qu'il l'envoyât prisonnier en France. Le Pape, bien aise de donner cette petite consolation au cardinal, promit de faire arrêter Beaupuis , et ajouta qu'u ne le (3ouvoit envoyer en France sans faire tort à son autorité; mais que l'on pourroit faire venir à Rome les preuves que l'on avoit contre lui. Après quelques contestations, Grémonville se réduisit à ce que Beaupuis fût arrêté, jugeant qu'il auroit du temps pour solliciter le reste. Le Pape ordonna aussi-tôt de s'assurer de Beaupuis; et un soir, à onze heures, comme je l'entretenois dans sa chambre, un de ses gens lui vint dire qu'un gentilhomme françois le demandoit. Nous sortîmes aussi-tôt pour savoir c^ui c'étoit. Le valet qui portoit le flambeau revint vers moi, et cria à son maître qui me suivoit qu'il se sauvât et que des archers le cherchoient. Je lui dis de monter par un degré qui étoit près de nous, pendant que j'allois les amuser, et en même temps je m'avançai vers eux. Le lieutenant du Bangello, qui est

I . On trouve , dans Madame de Chareuse et Madame de Hautefort^ par M. Cousin, plusieurs lettres écrites par le cardinal Mazarin au cardinal Grimaldi, à son beau-frère Vincent Martinozzi, à Paul Macarani, à Zongo Ondedei , pour presser le pape de lui accorder l'extradition de Beaupuis.

comme en France le grand prévte de Ph6tel, me demanda si j'étoîs le comte de Beaupiiîs. Je répondis, pour donner le temps à mon ami de se sauver, que je n'entendoispas l'italien, quoique cela ne fût pas. Nous contestâmes un pçu, lui en itaUen et moi en françois, au milieu des sbirres, qui sont des archers. Il appela lemattie du logis, pour savoir ri j-étois celm. qu'il àn&H choit; ma» le. pauvre Beaupuis, qui avoit 9^péré se cacher en haut, trouva plusieurs sbirres occupant l'extrémité du degré, par l'imeUΣ^noe< de 1^6te, oui étoit gagnée et iut obligé de doi^cendre. Le lieutenant, qui me parldt encore , lui demanda son nom , qu'il né cacha point, jugeant celte précaution inutile. L'autre lui comnumdb aussi-tôt de le suivre, et comme je demandai: de la part dé qiii, il répondit ^ue c'était par ordcB de Don Tadeo S préfet de Rome. Je me pbô* gnis fort devant ceux qui étoient logés avec nous et qui s'étoient tous assemblés, de ce que l'on viôioit ainsi le droit des gens à notre égard; mais voyant que cela n'empèchoit pas que l'on, n'emmenât Beaupuis , je dis que je le voulois acr compagner, pour être témoin du traitement qu'on lui leroit. L'on y consentit, et je me mis avec lui dans un carrosse qui attendoit à la porte, et que plus de cent sbirres environnèrent. L'on nous mena à la tour de None, qui est comme le Châtelet à Paris, et l'on nous fit entrer dans une chambre assez mal préparée. Je représentai qu'on ne traitoit pas Beaupuis en homme de sa qualité. Le lieutenant répondit que le lendemain on le

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