‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 54 sur 150 · I . Jacques , marquis de Castelnau-Mauvissière , Heute · texte numérisé non relu

I . Jacques , marquis de Castelnau-Mauvissière , Heute

général du 12 septembre i6io. Il fut blessé moneller

u siège de Dunkerque en i6î8, et mourut le i> jui!

uinze jours après avoir reçu le bâton de maréchal de Frani

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bataille , n'en risqueroient pas une pour dégager Rocroi, et qu'ils préféreroient d'attaquer une de ses places qu'ils pussent prendre aussi-tôt que lui Rocroi, il supposa qu'ils se porteroient entre Sedan et Stenai pour attaquer Mouson , à douze lieues de lui. Avant de marcher vers Rocroi, il envoya donc en diligence à Mouson deux régimens d'infanterie, pour le défendre en cas de siège.

Les maréchaux n'eurent pas plutôt avis du décampement du Prince et de la route qu'il prenoit, Qu'ils marchèrent du même côté. Un capitaine ae notre régiment vint promptement m'en donner avis, le jour même que je commençai à me lever. Il pensa, de même qu'un autre qui m'avoit accompagné à Ham pour me faire soi-

fner, que ma foiblesse ne me permettant pas 'agir, il falloit achever de me guérir avant de quitter Ham. Mais je jugeai que si je laîssois éloigner l'armée, j'aurois difficulté à la rejoindre ; que s'il y avoit quelque chose à faire de toute la campagne , ce seroit dans cette circonstance; que beaucoup de capitaines du régiment ne s'y tenant qu'à ma considération, il imiroit par se débander si je n'y étois, je me décidai à partir. On me mit à cheval aussi-tôt , et j'allai joindre l'armée vers la Fère , où elle campa ce soir-là. Une pluie très-abondante qui tomboit me redonna la fièvre , malgré laquelle je ne laissai pas de suivre le lendemain et les jours suivans, que, sans s'arrêter que pour passer la nuit, on alla en huit marches de Ham camper à la vue de Mouson , qui en est éloigné de plus de quarante lieues.

266 Mémoires de Campion. |

1^ prinœ de Cimdé arant bien prévu k des- Ji sein de nos généraux, ks deux régantm qrï J avoh détadiés enti èie nl dans M ouson la mut qui précéda notre arrivée. Le lendemain on fit les approches, et ensiûtelemarédialde Turemie conunenca une attaque da cftté de Sedan, et k maréchaf de la Ferté une antre da côté de Stenai. J'arrivai si foible ^ue Pon fit ce que Pon pot j pour que je me retirasse à Sedan, mais je iren { voulus rien fiûre. Le riment de Picardie ouvrit ^ la tranchée à l'attaque de Turenne, et celui de Piémont à celle de la Ferté. L'on attaouoit des dehors escarpés , bien fraisa et palissade. Qjni* que les assiégés fussent au nombre de plus de quinze cents hommes , ils ne firent nulle sortie. J'entrai en garde avec notre r^iment le trdsi^me jour du siège, et fis avancer le travail jusqu'au fossé des oehors : je perdis plus de trente soldats cette nuit-là. Le marcjuis de Castelnau , lieutenant-général ', fit en vain ce qu'il put pour que je me retirasse à ma tente ; mais je voulus toujours agir nonobstant le mauvais temps, qui fut si violent et si long, qu'en dix-huit jours que dura le siège il ne cessa point de pleuvoir. Sur la fin de notre première garde, le sieur des Moulins, notre major, eut toute la chair du bras droit emportée d'un coup de canon, sans hasard de la vie; et le sieur de Longuemare, lieutenant, un coup d'une pièce de six livres au travers du corps, qui ne l'empêcha pas de vivre encore huit jours. On

1 . Jacques , marquis de Castelnau-Mauvissière , lieutenant général clu 12 septembre 1650. Il fut blessé mortellement au siège de Dunkerque en i6{8, et mourut le 15 juillet, •quinze jours après avoir reçu le bâton de maréchal de France.

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les porta à ma tente , d'où , après avoir été pansés, je les envoyai à Sedan par la Meuse.

Le lendemain, Picardie emporta les dehors que les ennemis abandonnèrent sans résistance. Ensuite le régiment des Gardes arriva, de sorte gue nous n'allâmes à la tranchée que de cinq jours l'un. J'en fus encore deux fois avec notre régiment, ^ui perdit bon nombre de soldats.

Pour moi , je fus si heureux , qu'agissant continuellement dans les pluies et la fange, j'achevai de me guérir. Le sieur d'Eclainvilliers», commandant de la cavalerie, disoit que j'étois le premier homme qui s'étoit sauvé où les autres se fussent perdus. Nous gagnâmes pié àpié le fossé, et après avoir fait une galerie, l'on attacha le mineur à la muraille. Le maréchal de la Ferté fit la même chose; sa mine étant la première prête, il la fit jouer, et se logea sur la brèche , ce qui obligea les ennemis, sachant notre mine en état, de capituler le dix-neuvième jour du siège ^. Ils sortirent le lendemain avec armes et bagages, tambour battant et mèches allumées.

Nos généraux marchèrent vers Rocroi, qui n'étoit pas encore rendu. L'armée étoit diminuée de moitié par les fatigues du sié^e, les pluies et le manque de fourrage, qui avoit ruiné la cavalerie. Nous allâmes en trois jours camper près de Mézières et de Charleville , où nous apprîmes la reddition de Rocroi. Alors lesgénérauxnousme-

1 . Timoléon de Séricourt d'EdainvilUers. Il étoit mestre de camp d'un régiment de cavalerie quHl avoit levé par commission du I $ octobre 164$.

2. Et le 28e de septembre 1653. ^'^^ ^ ^^ siège que Louis XIV fit sa première campagne.

268 MÉMOIRES DE CaHPIOM. |

fièrentrqNMcrhniioadisîoandocAcédeRiiéld, J etpewiamcetemptaH£Ktt¥oirkRQi, quîélHt ji à Laon avec le couâL Là on léioiiit que k maréchil du Plessis irait attifgff Saiiile4f éofr* hould ivec kt troimes de U nudson dn Roi et celles qui veuoient ae Guienne, et que ksmsié' chaux de Turemie et de la Ferté s'opposeraient à l'araiéedes emieiiiis. M. de Turemie, sachant . qu'ils se portoieiit vers la Picardie comme pour | y entreprendra auekioe siège, envofa notre r6* ^ giment et cehii de Gevres, moi les commandant tous deux, avec le comte de Beanjeu >, lieutenant-fénéral, qui avoit à ses ordres un cm^ volant, afin qu'il nous jetât dans la place qui seroh menacée. Nous fumes plus d'un mois à marcher vers toutes les villes d'où les ennemii approchoient , avec des fatigues continuelles ; nous «filmes à toutes les places de l'Artois et des frontières de Picardie, ce qui empêcha d'en attaquer aucune, les ennemis n'osant s'y embar* quer dans l'hiver, sur-tout y sachant assez de monde. Après cette promenade le lone des frontières, nous fûmes quelques jours à Hédin, d'où, sur l'avis que les ennemis étoient en corps aux environs de Saint-Omer, l'on m'envoya avec notre régiment gagner Montreuil, pour essayer de me jeter dans Ardres, à laquelle on croyoit qu'ils en vouloient ; ce que j'exécutai fort heureusement, quoiqu'il y eût beaucoup de monde aux environs. Les ennemis, voyant cette ville en état de soutenir un siège, ne l'attaquèrent pas.

t . Claude-Paul de Beaujeu de vilUers, comte de Beaujeu» lieutenant général du lo juillet 16$ 2.

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Pendant les trois semaines que je passai à Ardres, le couvemeur espaenol de Saint-Omer, ayant détaché quatre cents chevaux sous la con* duite d'un de ses parens pour aller piller des villages aux environs de Boulogne, où étoit le maréchal d'Aumont, cette entreprise s'exécuta; mais en qualité de gouverneur ae la ville et du pajs, il manda la noblesse et les milices, poursuivit cette cavalerie, et envoya en diligence prier le sieur de Rouville > , gouverneur d'Ardres , car il falloit aue les ennenus passassent près de cette place, a'en sortir avec ce qu'il pourroit de forces pour leur couçer la retraite. Le gouverneur commanda aussi-tôt sa compagnie ae Chevaux-Légers, me priant d'y joindre quelquesuns de nos officiers de bonne volonté. J'en fis sortir vingt des mieux montés, avec lesquels, et deux cents soldats de la garnison conduits par un de nos capitaines, nous allâmes du côté où dévoient passer les Espagnols, qui croyoient se retirer par la seule coupure qu'on trouve à un fossé qui traverse toute la plaine d'Ardres. Je me saisis de ce débouché avec mon infanterie , et les ennemis, qui étoient à la portée du mousquet, se voyant exclus du passage, se jetèrent sur la droite pour arriver à l'extrémité au fossé, et se retirer par les bois, quoique fort incommodes pour la cavalerie; mais le maréchal d'Aumont, paroissant alors à leur queue avec quelques cents chevaux , et la troupe à cheval du sieur de Rouville quittant notre infanterie pour les aller at-

I. Hercule-Louis, marquis de Rouville, lieutenan général et gouverneur d'Ardres et du comté de Guines.

270 IftHOIRES DB CaMPIOM. I

toquer par h gn che, ib fact wMidbfB tkm .^ deux prcnûos acadim entre des bois, tndb Ique k troniène tint fcme ponr leor dbnBcrk temps de monter mi petit ootemi; mais aaa^

ploya, cpKwine cim^osé de six im^i^ à la première dédiaige» se wjmit anaoné es lêieetenllanc. Le am w M u danl dn parti, nisMt ce qiill ponvoit pour le rallier^ tut pris jpv | Baure s hentenant des dhevanz-MBers du sKor de RonviDe. En même temos le maréchal nom mena après les antres escaorans, ^ nous loifldmes an passa^ dVme petite cnrière» ot ib forent défiuts si entièrement, cpie de ipiatit cents dievauz il ne s'en sanva pas trente; mais \ comme fls se déien&ent pen, et qu'ils n'encnt i afiûre qu'à des officiers et de la noblesse, très» I peu furent tnés, et on les fit qoasi tons prison- " niers. On leur prit quantité de bons dievanx; les officiers de notre réçment en eurent beaucoup, et il n'y eut que moi qui n'en voulus point. Le marécoal d^Aumont fit merveille dans cette occasion, mais lorsqu'on lui amena le comman-

I. François de Banre, sieur de Chargej. Les Espagnob avoient investi Ardres le 26 août 1657. « Le sieur de Banre éunt arrivé i leurs quartiers à six heures du matin, après avoir été mêlé plus de deux heures parmi eux, se jeta oans la (dace avec non moins de bonheur que de courage, et confioma an gouverneur le dessein qu'on avoit de l'assKger.» Mais l'armée de Turenne parut le 28. Les Espagnols alors « délogèrent avec une telle précipitation, que le sieur de Baure s'éunt jeté du haut du rempart sur les fuyards à la tête des nôtres, Tépée à la main, tua ou 6t prisonniers les mineurs qui étoient encore dans les trous. » Gazette du 7 septembre 1657.

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espagnol avec les officiers prisonniers , il le d^ brûleur de maisons, à cause d'une qui

ivoit été par ses gens près de Boulogne.

'autre ayant répondu assez fièrement qu'il étoit imt d'honneur, le maréchal s'emporta jus- ^'à lui faire tomber son chapeau avec sa canne , <t à lui en donner dans le visage, accompagnant cette violence de paroles aussi offensantes que ks coups. Cela me toucha si fort, que le maréchal, près duquel j'étois , voyant à mon air que je désapprouvois son action, me dit pour s'excuser que les Espagnols lui avoient autrefois donné cent coups en le faisant prisonnier; ce que je trouvai une mauvaise raison, n'y en ayant pas là un seul de ceux qui l'avoient maltraité. Il prétendit aussi que l'officier dont je parle n'avoit pas rendu assez de respect à sa dignité ; mais je crois qu'il n'y a nulle excuse pour un homme qui en maltraite un autre sans armes, hors de la chaleur du combat. Le prisonnier témoigna le ressentiment que peut faire paroltre un homme délicat hors d'état de se venger. On le mena avec ses compagnons à Ardres.

Peu de jours après, j'eus ordre d'en partir pour marcher vers Sainte-Ménehould, que Ton croyoit encore en état de tenir long-temps ; mais en passant à Montreuil j'en appris la prise < . Comme toutes les troupes avoient leur route pour les quartiers d'hiver, elles s'y acheminèrent. Le nôtre étoit à Reims, mais sachant que l'on re-

I. Sainte -Menchould se rendit au maréchal Du Plessis- Praslin le 26 novembre 1653.

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tranchoit beaucoup de compajapiies des régiments de cavalerie et d'uiâmtoie, |e voulus aller indiquer au duc de Lon^eviUe les càiûtaiiies de son régiment oui étoient les plus dignes, d'être maintenus. J'allai par AbbeviQe à Okppt, oùjek trouvai ; il m'accueillit parfidtement et m'assura de feire sur cette réforme ce que je lui conseiilerois. Nous revînmes à Rouen , où il ai^xrit que vingt compagnies étoient retrandiées de son régiment: ce qui le Acha, sadiant que Pon avoit traité plus fiavorableiipent d'autres corps. Iliuffea que l'on en usoit ainsi avec lui afin qu'il oemandât le licenciement entier de ses troupes, soupçonnant que le Roi, c'est-à-dire le cardmal, seroit bien aise qu'il n'en eût point à lui. Il voulut cependant maintenir les dix compagnies qu'on lui Udssoit, espérant feire rétablir les autres. Je lui nommai les huit meilleurs capitaines de son régiment , qu'il conserva sur mon rapport avec la compagnie colonelle et celle du mestre-de-camp. Peu de temps après le duc de Lon^eviUe eut ordre d'aller à la Cour, où il n'avoit point paru depuis la majorité du Roi. On lui fit dire par le sieur de la Croisette, son agent, que ce voyage étoit nécessaire, tant pour témoigner son obéissance au Roi, que pour faire cesser les bruits que l'on faisoit courir, qu'il n'osoit aller à la Cour de peur d'y être arrêté ; méfiance et discours préjudiciables au repos de la province de Normandie. Ce comn^ndement l'inquiéta; mais voyant qu'il ne pouvoit désobéir sans se perdre , en l'état où étoient les affaires , il résolut de faire bonne mine et de partir, suivi de peu de gentilshommes, pour ne point donner

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d'ombrage; mais il ordonna à mon frère et à moi de l'accompagner. Il fut très-bien reçu du Roi, de la Reine et du cardinal, demeura dix jours à Paris, après lesquels on lui permit de retourner à son gouvernement, et il fut congédié avec de grandes marques de confiance. Il revint donc bien vite en Normandie , pour, selon ma croyance , y passer le reste de sa vie , ayant alors aversion pour la Cour, et son âge, de près de soixante ans , lui faisant chercher le repos . Peu après son retour, son régiment de cavalerie fut cassé, ce qui l'empêcha de demander l'augmentation de celui d'infanterie. Je lui dis qu'après avoir commandé les deux dernières campagnes un corps de trente compagnies, où il y avoit quatre-vingt-dix gentilshommes officiers et beaucoup de soldats , l'on se moqueroit

que {'allasse à l'armée que le régiment ne fût rétabli sur le même pié qu'auparavant; mais au'il me prioit de mettre les dix compagnies en oon état , d'établir pour les commander le sieur de Thuitsimé ' , mon cousin germain et premier capitaine, m'assurant qu'après la campagne il demanderoit le rétablissement des vingt compagnies supprimées ou le licenciement total du

I . Nicolas de Campion , chevalier, seisneur et patron de Thuitsimer; il étoit premier capiuine depuis Torigine du régiment. U appartenoit à la branche de Montpoicnant.

Thuitsimer est une commune du canton d'Amfreville-la- Campagne, arrondissement de Louvien, département d^ l'Eure.

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