Voir la Préface
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pour être Pun des ju^es-commissaires qui deiroîent former l'échiquier qu'il établit en Nortnaoïdie; honneur dont fut aussi revêtu Mahi de Campion, son fils, en 1 364; depuis lequel temps je n'ai pas trouvé qu'aucun de nos ancêtres se soit mêlé des affaires publiques.
Si mes enfans veulent être instruits plus particulièrement de leur ori^ne, ils peuvent avoir recours à d'autres mémoires que je leur laisse et dont les originaux sont entre les mains de nos cousins de Campion-Montpoignant > , qui demeurent dans la campagne de Neubourg^. Ils y verront la généalogie exacte et suivie de nos pères, depuis 1420 que Gui de Campion, dit Lancelot, seigneur du Bôis-Hérout, s'étant marié à Marie de Fréné , dont il eut Robert de Campion, celui-ci épousa Louise de Thibouville, héritière d'une très -ancienne maison et qui lui apporta beaucoup de biens et de grandes terres. Ayant eu d'elle plusieurs enfans, nous en sommes descendus, de père en fils, par Hémeri de Campion^ mon père, lequel ayant épousé, en septembre 1607, Louise de Pilliers ie Moselle 3, a'une très-bonne et ancienne mai-
1. Emery de Campion, père de Henri, étoit le second fils de Louis de Campion , écuyer, seigneur de Montpoignant et de Thuit-sur-Mer ou Thuitsimer. On voit encore au Montpoignant les ruines d'un vieux château et un château du dernier siècle.
2. On appeloit ainsi le pays autour de la petite ville de Neubourg, aujourdhui chef-lieu de canton dans l'arrondislement de Louviers , département de l'Eure.
). Les pièces conservées au dépôt des titres de la bibliothèque impériale portent qu'Emery de Campion épousa, par traité du 26 juillet 1607, reconnu le 11 mars 1608, denoiselle Louise de Pilliers, fille de feu Louis de Pilliers,
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j'ai jamais eu de bons sentimens à cet excellent auteur, lequel est, selon moi, le seul qui peut nous apprendre à bien vivre , comme Montaigne à nous bien connoltre et Sénèque à bien mourir. La lecture fiit donc l'étude et en mène temps le divertissement de mon enfance, que je passai prescjue toute entière chez M. Edme de Pilliers, seigneur du Parc-Ronceraî « , frère de
I . Roncenay et non RonceraL Après l'arrestation du doc de Beaufort en 1643, le sieur Du Parc eut de fréquents relations avec le duc de Vendôme , qui, retiré à Anet, vdlloit sur les complices de son fils et s'efforçoit de retenir 1b restes du parti. On lit dans les Avis ( adressés à Mazarin) de ce qui se faisait et disait à Anet et touchant Campio», sous la date de septembre : « M. de Vendôme a force visites à Anet... M. Du Parc Roncenay, oncle de Campiofi,? est souvent. » Appendice du livre de M. Cousin : Maiamu Chevreuse et madame de Hautefart.
Le sieur Du Parc est auteur d'un très-médiocre sonnet sur les Hammes illustres de M. de Campion. Nous n'en dteroiB que le premier vers :
Illustre en tes vertus, illustre en ta naissance.
C'est à Alexandre de Campion que cela s'adresse.
Nous ne connoissons rien de plus du sieur Du Parc. U général de Grimoard a relevé sur le manuscrit des Mimoins la note suivante : « Il est parlé de lui fort avantageusement dans les Conseils d*un ban père à ses enfants, par M. deU | Hoguette. » Nous avons compulsé avec soin les trois édi- 1 tions de 1648, 165 1, 16$ 3, et nous n'y avons trouvé ricD qu'il nous parût possible de rapporter à la note , si ce n'est le passage qui suit du chapitre De ta conversation : « Dieu m^ fait cette grâce , étant en cour, d'avoir été reçu depuis vingtsix ans dans une conversation dont deux frères d'un non, ) d'un mérite et d'une vie illustre en sont les principaux ttnans. Il se fait tous les jours , sur le soir, un certain concert d'amis en leur maison , où toutes choses se passent avec une telle harmonie et avec tant de douceur et ae discrétiofl que je n'ai jamais eu de trouble en l'esprit qui ne se soit ■
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ma mère, homme rempli d'excellentes qualités, lequel me faisoit rendre compte de ce que j'avois lu, m'obligeoit à dire mon opinion sur ce que je lui racontois y avoir trouvé de plus remarquable, en raisonnoit avec moi, et m'en faisoit conférer encore avec la bonne compagnie qui se trouvoit ordinairement chez lui , ann que je fusse mieux instruit. Voilà, pour dire la vérité, les seules études auxquelles je m'ap|)liquai jusau'à Tâge de dix-huit ans, qu'il y avoit peu de livres françois que je n'eusse lus et dont je ne susse ce qu'ils contenoient de plus essentiel, particulièrement ceux qui traitent d'histoire, que j'ai toujours préférés aux autres, excepté Sénèque et Montaigne, qui sont toujours mes^ véritables favoris.
J'étois, au reste, d'un naturel assez réfléchi, mais impatient, mécontent d'être repris ou obligé de demander ce que je ne savois point, m'imaçinant qu'il y a de la honte à convenir qu'on Ignore quelque chose; ce qui m'a empêché d'en apprendre beaucoup, que je reconnois bien à présent qui m'eussent été iFort utiles. J'avois, en outre, l'humeur plus altière qu'il ne convenoit; je paroissois suffisant et présomp-
dissipé en cette compagnie. » Page 227 de Tédition de 165}.
Mais le sieur Du Parc avoit-il un frère ? s'il en avoit un , quel étoit-il ? nous n'avons point de réponses à ces questions. Nous ne saurions donc affirmer que le passage de La Hoguette réponde effectivement à Tidée de la note.
Si pourtant il en étoit bien ainsi, il y auroit à faire cette remarque : que les réunions oui ont donné naissance aux Entretiens de l'abbé de Campion étoient une tradition de famille.
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tueux, ce qui ne venoit toutefois pas tant de trop bonne opinion que j'eusse de moi, que de mépris pour ceux avec qui j'étois en commerce, desquels je remarquois, avec une facilité étonnante, les bonnes et les mauvaises qualités; et comme en la plupart je trouvois plus des dernières que des premières, j'aurois cru me faire tort si je leur eusse témoigné de l'estime. A dire la vérité, je n'étois pas plus satisfait de moi que des autres; mais je m'attachois tellement à le paroître qu'on avoit lieu de me croire l'enfant du monde le plus présomptueux; ce qui étoit cause que je n'étois point aimé de ceux de mon âge, à moins que je n'eusse demeuré çiuelque temps avec eux; car alors la fréquentation raisant connoitre que ma suffisance n'étoit qu'extérieure , et que mon humeur étoit accommodante et dénuée de malice , on ne pouvoit guère s'empêcher de m'accorder de l'amitié.
L'ambition et l'envie d'acauérir de la réputation ne me laissoient point de repos, et furent ma plus forte passion dès ma tendre jeunesse; mais le manque d'expérience m'empêchant de faire réflexion qu'il faut commencer par les petites choses pour pouvoir parvenir un jour aux grandes, la prévention où j'étois que j'avois une partie des qualités qui peuvent procurer de l'estime à ceux qui les ont, faisoit que je prétendois l'obtenir par la seule envie ae faire des actions qui la font mériter ; mais puisque je fais ici une espèce de confession générale, je ne puis m'empêcher d'avouer que, si d'un côté .mes mœurs ont été assez bonnes selon la morale, en ce que j'ai toujours regardé l'équité comme
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ie point essentiel selon lequel Phomme doit se gouverner, et que j'ai été l'ennemi déclaré du vice, de l'autre je me suis trouvé plus enclin que personne du monde à l'amour, avec cette circonstance assez extraordinaire que, bien qu'en l'absence des femmes qui me l'ont inspiré j'aie souhaité leurs dernières faveurs, je me suis trouvé tout autre étant avec elles , et la timidité qui m'a dominé, et quelquefois aussi les réflexions, m'ont fait éviter jusqu'à présent de les presser de m'accorder ce qu'elles n'auroient pu avouer sans honte. Que ceux qui liront ceci se moquent de moi s'ils veulent, mais voilà la vérité sur cet article , en quoi je suis persuadé que peu d'hommes voudront m'imiter. Enfin, je me puis dire le plus licencieux de tous en pensées et quelquefois en paroles dans le particulier, et le moms en effets.
J'ai déjà observé que l'ambition étoit de tout temps ma passion dominante; elle m'a harcelé de telle sorte, que l'étude, mes malheurs et beaucoup de combats intérieurs ne me l'ont pu faire vaincre qu'à quarante ans; encore suis-je contraint d'avouer que ma mauvaise fortune y a plus fait que tout le reste. Une des choses qui a le plus contribué à mon peu d'avancement, est que je ne pouvois me résoudre à obéir à ceux qui n'étoient pas plus que moi en qualité, et que jecroyois moindres en suffisance; ce qui étoit peu judicieux, puisqu'il est impossible qu'un homme s'élève au-dessus de saspnère sans avoir été soumis à beaucoup d'autres. Les rois et les casaniers sont les seuls qui n'obéissent à personne ; les uns pour être nés maîtres de
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tous ceux qui les approchent, et les autres par paresse, ann de passer leur vie inutilement et sans contrainte, çmoique M. de Pilliers du Parc, mon oncle, dont fiai parlé ci-dessus, fût à-peuprès de ce caractère, c'étoit néaîmioins un nomme rempli d'excellentes qualités ^ et trèscapable d'être admis aux affaires publiques, mais qui, pour n'avoir jamais voulu de supérieur, est demeuré inutile à lui-même et à sa patrie ; au lieu que s'il avoit pu se résoudre à obéir à quelqu'un, j/e suis persuadé qu'il auroit à la fm commandé à plusieurs. Comme il avoit beaucoup de lecture, il devoit avoir remarqué que César, avant de s'être rendu maître du monde, avoit obéi au préteur Thermus et aux autres magistrats de Rome, et que, de notre temps, le duc Bernard de Saxe-Weîmar », ayant commencé par être capitaine d'infanterie en Hollande, s'est rendu par la suite un des plus grands hommes de guerre de son siècle.
Quoique mon oncle m'eût donné beaucoup d'excellentes instructions et de bons exemples, je meplaindrois cependant, s'il m'étoit permis, de ce qu'ayant presc|[ue toujours demeuré avec lui jusqu'à l'âge de dix-huit ans, il m'a, pour ainsi dire, si bien imprimé dans l'esprit cette aversion qu'il a toujours eue d'obéir, que ce n'a été qu'avec une peine infinie que je l'ai surmontée; aussi fut-ce lui qui en ressentit les premiers effets; car après que, selon la coutume de la
I. Bcraardj duc de Saxe-Weimar, né le 4 août 160^, mort le 18 juillet 1639. Il fut l'un des plus grands capitaines de son temps. Il se donna à la France avec son armée en 1635, par un traité daté du 26 octobre.
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jeune noblesse d'alors, j'eus fini mes exercices et porté le mousquet dans le régiment des Gardes, je pris contre sa volonté ^ en 1632, une enseigne dans celui du sieur de Cargret », vieux guerrier fort estimé, avec qui je restai deux ans, après lequel temps Gaston de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, lassé de l'exil volontaire qu'il s'étoit imposé à Bruxelles à la suite de l'exécution du duc de Montmorenci ^ , dont il ft'avoit pu obtenir la grâce, témoigna vouloir s'en ressentir et rentrer encore une fois en France à main armée. Je quittai mon emploi en 1634, ^6 1^ manière que je vais raconter.
Ce prince, malgré l'aversion qu'il devoit avoir contre le cardinal de Richelieu, l'auteur de ses malheurs, avoit.intérèt, pour plus d'une raison, de revenir dans le royaume d'une manière ou d'autre; et pour y réussir, il voulut avoir deux cordes à son arc. D'un côté, le sieur du FargisJ,
1 . Il est du nombre des gentilshommes dont l'espion de Mazarin signale la présence a Anet en septembre 1643 : Avis de et qui sefaisoit et disait à Anet et touchant Campion. Le cardinal Ta inscrit en conséquence sur son troisième carnet : « Ha tre relassi dà qui à Aneto ; e si fanno grandi assemblée di gente... Cargret y Clincian con unpaggio. »
Cette même année 1643, le sieur de Cargret fut employé avec son régiment au siège de Rothweil , qui se rendit le 19 novembre. Il fut à Touverture de la tranchée le 8, rentra en garde le 12 et fit un logement à la descente du fossé. Le 17, il fit charger les fourneaux de la mine qui ouvrit la brèche. Gazette^ Extraordinaire du 10 décembre.
2. Henri II, duc de Montmorency, fait prisonnier à la bataille de Castelnaudary le i septembre 1632, et décapité à Toulouse le ^0 octobre suivant.
3. Charles (TAngennes, comte du Fargis. Il avoit étéambanadeorde France en Espagne depuis 1618 jusqu'en 1629.
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qui paroissoit être son homme de confiance, négocioit avec le marquis d'Aitona, gouverneurgénéral des Pajs-Bas Espagnols, ann d'obtenir du roi Catholique, son maître, des secours d'hommes et d'argent pour former une armée capable, avec les intelligences qu'il avoit en France, de chasser le cardinal et de se rétablir auprès du Roi , son frère , dans l'état où naturellement il devoit être. D'un autre côté , Puilaurens ', favori de Gaston, et du Coudrai-Montpensier >, qui étoit aussi de son conseil , ménageoient un autre traité avec les ministres confidens du Cardinal pour le retour du Prince dans le royaume; mais si secrètement que personne n'en avoit connoissance, à l'exception des intéressés et de ceux qu'ils employoient^ lesquels, sous divers prétextes, alloient et revenoient sans obstacle, par la paix qui étoit alors entre la France et l'Espagne. Cette affaire fut si bien ménagée que , moyennant l'assurance d'un duchépairie pour le sieur de Puilaurens, et du mariage ae ce favori de Gaston avec la plus jeune des filles du sieur de Pontchàteau 3 , dont la femme étoit cousine-germaine du Cardinal, et de beaucoup d'autres avantages très-considérables, il détermina le Prince son maître à retourner en France.
Comme pendant qu'on négocioit ce traité , qui n'étoit su, ainsi que je viens de le dire, que de ceux que j'ai nommés, le sieur du Fargis avan-