‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 8 sur 150 · I . C'étoit alors une petite place; mais elle fut démantelée · texte numérisé non relu

I . C'étoit alors une petite place; mais elle fut démantelée

Quelques années après. Maubert-Fontaine n'est plus aujour- *hui que le chet-lieu d'une commune rurale, canton et arrondissement de Rocroy, département des Ardennes.

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fit arrêter sur le champ, et l'ayant interrogé devant le gouverneur qui venoit d'arriver, il confessa, sans se faire beaucoup presser, tout ce qu'il avoit dit aux bourgeois, aliénant pour s'excuser que c'étoit moi qui l'avois mené à Chimai; sur quoi le gouverneur, selon son devoir, en donna aussi-tôt avis à celui de Rocroi. Mais comme Chantemèle, qui étoit mon ami, envoya son enseigne en grande diligence m'avertir de ce qui se passoit, il prévint l'exprès du gouverneur, et j'eus le temps de me sauver avec deux de mes camarades que j'avois déjà engagés à remettre aussi leur emploi , pour venir avec moi servir le même parti. Nous passâmes donc pardessus la cérémonie de remettre nos brevets à notre mestre de camp, selon notre dessein, et partant de Rocroi dans le moment, nous gagnâmes au plus vite Bruxelles, où nous apprîmes, peu de jours après, que le soldat, convaincu par sa propre confession, avoit été pendu; mais que comme il n'avoit pu rien déposer de certain contre moi, qui ne lui avois en effet rien dit, on n'avoit point travaillé à faire mon procès, non plus que celui de mes camarades.

Le duc d'Orléans nous ayant fort bien reçus tous trois et promis de l'emploi , nous attendions de jour en jour qu'on délivrât de l'argent pour faire des levées; mais on retardoit à cause aue le marquis d'Aitona étoit à l'armée espagnole, avec laquelle il avoit investi Maêstricht; ce qui avoit engagé Puilaurens, pour contenter l'impatience de ceux qui ne savoient pas son dessein, et pour mieux empêcher qui que ce fût d'y pénétrer, de se rendre auprès du Marquis avec une

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troupe de volontaires, qui s'empressèrent de l'accompagner à cette expédition. Il partit donc de Bruxelles suivi de cj^uarante gentilshommes, du nombre desquels j'étois, et, passant par Louvain et par le pays de Liège, nous nous rendîmes devant Maêstricht. Le marquis d'Aitona s'étoit contenté de bloquer cette place, et même d'assez loin, avec une armée de vingt-cinq mille hommes de pié et de quinze mille chevaux, qu'il avoit eu soin de bien faire retrancher; mais outre que la place étoit munie de toutes les choses nécessaires pour se bien défendre, le prince d'Orange ' y avoit mis une forte garnison d'infanterie et de cavalerie, et pour gouverneur le duc de Bouillon*, son neveu, jeune prince dont la valeur s'étoit déjà fait remarquer, et qui laissoit dèslors entrevoir l'habileté et les grands talens qu'on ne peut nier qu'il a fait paroitre dans la suite, dans les différens états de fortune où il s'est trouvé ; de sorte que Maêstricht n'étoit pas un morceau bien aisé à emporter, à moins que d'y employer beaucoup de temps, de troupes et d'argent.

Le marquis d'Aitona ne s'étoit décidé à ce blocus , après que le prince d'Orange eut dispersé ses troupes dans des quartiers, aue dans l'espérance que, ne pouvant les rassembler sitôt, il auroit le temps de faire de bons retranchemens autour de son camp ; que comme on ne pourroit alors l'en déloger, il emporteroit la place par

1. Frédéric-Henri, prince d*Orangc, stathoudcr des Provinces-Unies des Pays-Bas. Il mourut le 14 mars 1647.

2. Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon ; celui de la Fronde, mort en 1652.

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famine, la quantité de monde qui étoit dedans faisant juger qu'elle ne tiendroit pas jusqu'au printemps, et qu'ainsi les Hollandois neseroient point en état ae rien entreprendre avant qu'il s'en fût rendu maître et mis en mesure de s'opposer à leurs desseins. Il y a même apparence qu'il eût réussi dans le sien, si le prince d'Orange, quoiqu'on fût presque à la fin du mois d'août, n'eût pas rassemblé son armée avec une si grande diligence, qu'il le fit avorter; car sans s'amuser à vouloir aller forcer les retranchemens des Espagnols, il marcha promptement à Bréda, et en fit faire la circonvallation, pour réduire le marquis d'Aitona à lever son blocus ou à laisser prendre cette importante place ; ce qui lui réussit ; car le Marquis , sur l'avis que le Prince se retranchoit devant Bréda , qu'il n'ignoroit pas être hors d'état de soutenir un siège, ne trouva pas à propos de continuer une entreprise incertaine , au risque de perdre une ville aussi considérable, décampa promptement et arriva à portée des lignes des Hollandois avant qu'elles fassent hors d'état d'être forcées. Puilaurens, dans la pensée qu'il y auroit une bataille , voulut accompagner le général espa^ol , et nous marchâmes dans cet espoir, trois petites journées d'armée, vers Bréda; mais le prince d'Orange n'eut pas plutôt appris notre décampement de Maëstricht , qu'il £n usa de même , et se confiant assez aux connoissances sur l'art militaire qu'il avoit communiquées aa duc de Bouillon tandis qu'il avoit servi sous lui, pour ne pas douter qu'il n'eût fait combler les travaux aes Espagnols aussi-tôt qu'ils les eurent abandonnés, il s'en retourna par le même che-

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min qu'il étoit venu, sans néanmoins séparer son armée que lorsqu'il sut que le marquis d'Aitona, se voyant hors d'espérance de rien faire le reste de la campagne, avoit ramené ses troupes en Brabant, où il les avoit laissées sous le commandement du duc de Lerraa, pour revenir à Bruxelles , où nous nous étions retirés aussi du moment que nous avions connu qu'il n'y avoit phis d'apparence de bataille.

Le retour du Marquis ayant donné lieu de croire qu'il alloit enfin faire délivrer incessamment l'argent après lequel on àttendoit pour les levées dont j'ai parlé, le bruit s'en répandit avec d'autant plus de vraisemblance, que le prince Thomas de Savoie • étoit arrivé quelques jours auparavant, pour être lieutenant-général de l'armée qu'on devoit former, et que tous les gentilshommes françois attachés au duc d'Orléans étoient pareillement venus; de sorte qu'il n'y avoit personne qui ne crût qu'on alloit commencer incessamment la guerre; mais tout cela se faisant par politique et par dissimulation, le traité du auc d'Orléans avec le Roi son frère n'avoit pas laissé d'aller son train ; si bien qu'ayant été entièrement conclu vers ce temps-là*, il n'étoit plus question que de chercher des voies pour

1 . Thomas-François de Savoie , général d'abord au service de l'Espagne, puis au service de la France. Il fut le père du comte de Soissons , qui épousa Olympe Mancini , nièce du cardinal Mazarin , et l'aïeul du célèbre pnnce Eugène.

2. La Déclaration du roi en faveur de monseigneur le duc d'Orléans est datét du mois d'octobre 1634; vérifiée en parlement le 27 novembre. On la trouve dans le Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XIII, etc.

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qu'il pût se retirer de Bruxelles sans quel»

Espagnols le soupçonnassent de vouloir les qutP^^ ter. Pour le faire plus sûrement, il crutqtfï ^^ falloit les accoutumer à le voir sortir de tenp en temps de la ville, et il commença par aller i Anvers, comme étant un endroit hors de poitie des frontières de France, d'où il n'y avoit p» lieu de croire qu'il pût avoir aucun dessein i) passer, et je l'y suivis avec quelques-uns de sa domestiques. Il fit ensuite le projet d'aller à Namur quelques jours après son retour, con^ tant pouvoir gagner aisément de là le pays b^ geois, d'où il seroit passé en France; mais le Marquis d'Aitona y étant venu avec une partie des troupes qu'il avoit assemblées, pour recevoir le cardinal Infant', qui devoit arriverai de remplir sa place de gouverneur général des PaysrBasetde commandant en Flandre, cet incident fut cause que le duc d'Orléans abandonna son projet, étant revenu avec le Marquis à Bruxelles, sans avoir osé hasarder sa retrahe.

Ce n'étoit pas sans raison qu'il se défioit de a gouverneur, lequel , ajant pris du soupçon sur des avis qu'on lui avoit donnés, n'avoit pu s'empêcher de le témoigner Quelques jours auparavant à du Coudrai, en lui aisant, sur ce que, pour mieux dissimuler, il le pressoit fort de faire délivrer de l'argent aux officiers qui depuis si longtemps attendoient après, qu'il ne convenoit pas de lui parler ainsi de guerre, lorsiqu'il étoit bien instruit que le duc d'Orléans faisoit ménager son

I. Ferdinand d'Autriche, fils de Philippe III, roi d'Espagne. U étoit cardinal-archevêque de Tolède.

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accommodement avec le Roi, son frère; à quoi, comme on peut bien juger, du Coudrai ne manqua pas de répondre que les bruits dont il parloit étoient faux , hors de toute raison et sans doute une pure raillerie de sa part. Mais il en profita dès le moment qu'il eut quitté 1# Marquis, et alla dire à son maître qu'il n'y avoit plus à retarder, à moins qu'il ne voulût risquer d'être arrêté, étant à présumer que ceux oui composoient le conseil d'Espagne , jugeant bien que le cardinal de Richelieu ne vouloit le retirer d'entre leurs mains que pour déclarer la guerre au roi Catholique, ne manqueroient pas de s'assurer de sa personne ; d'après la conviction que la France n'entreprendroit rien contre le Roi leur maitre tant qu'ils auroient en leur puissance l'héritier présomptif de la couronne, Louis XIII n'ayant point encore d'enfant, quoiqu'il y eût dix-huit ans qu'il fût marié; qu'enfin il n'étoit peut-être redevable de la liberté qu'on lui laissoit encore qu'au doute où étoient les Espa-

fnols Qu'il osât jamais se mettre entre les mains u cardinal de Richelieu, son ennemi déclaré.

Ces raisons, qui étoient plausibles, ayant fait leur effet, il fut conclu entre le Prince, Puilaurens et lui , de partir dès le lendemain , et pour cela de sortir de la ville sous prétexte d'aller à la chasse aux renards dans la forêt qui en est voisine. Cela se dit exprès tout haut le soir dans le palais; et que, pour avoir plus déplaisir, ilfalloit que chacun menât un bon cheval de main, afin de le monter quand celui sur lequel on auroit commencé la chasse seroit fatigué; ce que tous ceux qui voulurent être de cette partie ne manquèrent pas

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de faire. Du Coudrai, auprès duquel j'avois acquis quelqu'estime , me pressa beaucoup de venir aussi avec eux, sans me rien dire du véritable dessein; mais comme je n'ai jamais pris de goût à cet exercice, je le refusai opiniâtrement et je ne sortis point de la ville, non plus que beaucoup d'autres gentilshommes françois qui s'y étoient rendus depuis peu.

Le duc d'Orléans monta donc à cheval le dimanche premier octobre de grand matin , sans avoir rien dit de son projet à la Reine sa mère ■ qui s'étoit aussi retirée à Bruxelles, non plus qu'à la Duchesse sa femme * qui étoit venue l'y trouver. Il étoit accompagné de Puilaurens, de du Coudrai, de du Fargis, de la Frette^ et de quelques autres gentilshommes françois au nombre seulement de vingt-cina , sans qu'aucun , excepté les trois premiers et le sieur de la Frette, qu'ils avoient averti la veille, afin d'avoir de ses chevaux qui étoient excellens, songeât à rien autre chose qu'à s'aller divertir. Ils ne furent pas plutôt arrivés à l'entrée de la forêt, proche d'une chapelle où le Duc avoit ordonné qu'on vint lui dire une messe , qu'il déclara à ceux qui l'avoient suivi que cette partie n'étant qu'une feinte pour se retirer plus sûrement en France, ceux cjuivoudroient faire comme lui n'avoient qu'à piquer et

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