LETTRE L
vant que de vous rendre compte de ce qui ^ s'est passé depuis que je suis ici , je vous ai que j'ai trouvé cette cour bien différente celle de France, et que l'on y agit par des mières tout à fait contraires. Un seul homme uveme en France, et ils sont ici plusieurs. Ce
slon qui n'est divine que pour les poètes profanes, et où, se fiant pas à ses propres lumières , il a mendié les sers de tous nos plus délicats versificateurs, à la réserve de r^êtc, notre ami (Corneille), qui a été exclu de la sodés artisans de ce clieWoeuvre pour n'avoir pas pu Bjettir la force et la sublimité de ses pensées toutes libres ef conceptions si délicates et sispiritualisées qu'elles n'acnt pas assez de corps pour se soutenir elles-mêmes , et il vouloit toujours taire servir de fondement aux vers iUatres qu'il lui demandoit. »
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ministre y quand il n'est pas question de sa fortune, a de la parole et de la fermeté, et ceux-ci n'ont ni l'un ni l'autre. L'on obtient bien souvent les choses raisonnables en France , pourvu qu'on se rende agréable au ministre, et qu'on le prie : à Bruxelles, il &ut menacer et parler haut. La raison persuade là, et id il n'y a que la nécessité. Mais la -plus grande difiiérence est que le ministre de France gouverne seul, et qu'ils sont id pludeurs , qui ont jalousie les uns contre les autres, de sorte qu'à cause que Dom Antonio Sarmiento a fait votre traité, les autres le buttent en beaucoup de choses qui vous regardent, et lui-même n'amt pas de trop bonne foi. Il avoit soustrait une feuille du traité, et il me le montra de cette sorte, lorsque je lui demandai quelque chose qui ne s'y trouvoit plus : je m'en aperçus aussitôt, mais je n'en fis aucun semblant, parce que M. de Guise devoit arriver ce jour-là, et j'étois bien aise que nous fussions ensemble pour le convaincre de friponnerie , s'il vouloit maintenir qu'il n'y eût que cela ; et, comme il n'y avoit que vous, lui, M. de Bouillon et moi lorsque nous le signâmes tous trois, je crai* gnois de n'être pas assez fort seul pour l'emporter sur lui. Sitôt que M. de Guise fut arrivé, ]e l'entretins sur ce sujet, et j'y fus le lendemain avec lui , où , lui demandant le traité pour en examiner les particularités, je lui dis que son secrétaire en avoit laissé une feuille par mégarde. Il rougit, et nia d'abord; mais, voyant que M. de Guise et moi le soutenions fortement, il nous quitta disant qu'il alloit voir, et la rapporta aussitôt après, si en colère contre son
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crétaire , en apparence , que nous fûmes réduits , pour Pobliger, à lui demander sa grâce, et ce secrétaire m'a avoué aujourd'hui, en dînant à mon logis, qu'il n'avoit rien fait que par l'ordre de son maître. Celui que ie trouve le plus homme de parole d'eux tous est le marquis de Malvezzi, et c'est aussi celui à qui le Comte Duc < a le plus de confiance. J'ai eu audience de M. le Carainal in&nt, où j'ai été traité comme vous l'avez déâré, et il ne s'y est rien oublié, même contre les formes ordinaires; de sorte qu'il n'y a eu aucune différence entre la réception qu'ils m'ont faite et celle qu'ils font à tous ceux qui viennent de la part des ducs de Savoie , de Lorraine et des autres princes souverains d'Allemagne ; même dans vos lettres ils vous traiteront d'Altesse Sérénissime, et M. de Bouillon d'Altesse. J'ai eu beaucoup de peine sur ce dernier point, et sans quelque manière d'emportement que j'ai eu sur ce sujet jamais M. de Beauvau^, qui étoit ici de sa part, n'eût eu la satisfaction qu'il désiroit tant sur ce sujet, que dans l'audience; cela vous doit Éadre juger de leurs bontés, vu qu'ils n'ont fort résisté que sur le chapitre de M. de Bouillon , auquel ils savent qu'ils ont toute l'obligation de votre engagement. J'ai assez de créance à présent avec tous ces ministres. Ce n'est pas que j'y aie beaucoup contribué ; mais ils font un bon jugement de moi par le pouvoir que vous m'avez Éait l'honneur de me donner, tant pour re-
1. Gasparo Gusman, comte-duc d'Olivarès, premier ministre du roi d'Espagne Philippe IV.