‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 98 sur 150 · LETTRE XLIX · texte numérisé non relu

LETTRE XLIX

'ai vu Monsieur cette nuit, et je lui ai feit vos excuses sur ce que, le quartier de janvier étant fait, vous ne pouviez donner à M. Guilmin que celui d'avril. Je l'ai entretenu ensuite de votre désordre à la Cour, dont il est bien fâché , non pas jusqu'à s'esposer pour prendre vos intérêts ouvertement, n'étant plus dans la pensée de s'embarquer dans ces sortes de grandes af^es , mais témoignant d'ailleurs toute la t '

[ . Premier valet de chambre du cardinal.

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rissible pour vous. Il m'a conseillé de retourner Sedan ^ vu la grande haine que M. le Car- •dinai a contre moi; vous me le commandez aussi ; mais, comme je crois être nécessaire ici, pour m'assurer de tous vos amis et serviteurs, je ne suis pas résolu d'en partir. Toutefois , afin que vous ne soyez pas persuadé que je veuille entrer dans la Bastille comme un fou , je vous dirai que j'ai fait agir la dame aue vous savez >, qui est entrée en négociation de votre part , et qui fait espérer que vous prendrez confiance en la parole de M. le Cardinal et que vous vous accommoderez infailliblement, mais que, comme je n'y suis pas porté, il me faut cacher le traité, pour lequel elle attend une lettre de créance de vous. Cependant je fais ici ce que je veux pour vos affaires, M. le Cardinal n'ayant garde de s'assurer de moi tant qu'il espérera vous pouvoir avoir vous-même ; et j'ai si peu d'appré-

I . L'abbé de Campion parle de cette dame dans le neuvième Entretien , celui qui est intitulé : Du plus sûr appui de l'autorité souveraine; mais il ne la nomme pas non plus. Ezicrate (Alexandre de Campion), pressé de fuir par ses amis, qui ont appris que son nom avoit été prononcé dans le cabinet du ministre , refuse d'abord , parce que « nous avons , dit-il , affaire à un prince de l'Église, qui fait profession d'être ami de la justice, et qui , du moins , en conserve toujours les apparences d ; puis parce que , « envoyé par un prince du sang pour justifier sa retraite contre la calomnie de ses ennemis et pour traiter des moyens de sûreté qu'on lui peut donner contre la puissance de ceux qui le veulent opprimer», il ne peut s'éloigner sans compromettre les intérêts de son mattre; enfin il annonce qu'il a été trouver une dame « qui fait la zélée pour le prince et qu'il sait gagnée par le ministre , pour consulter avec elle sur les moyens de renouer quelques propositions de traité dont il a feint que la rupture apparente avoit fort étonné le prince. »

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hensions que j'ai même été à la comédie de Mi-rame dans le carrosse de madame la princesse, où étoient mademoiselle de Bourbon * et made^ moiselle votre nièce •, que j'avois Phonneur de mener. Là première étoit si belle et si triomphante que, si vous l'aviez vue en cet état, je ne doute pas que vous ne lui donnassiez l'avantage sur toutes les beautés que vous avez jamais connues. Je me suis trouvé assis assez près de M. le Cardinal , qui avoit tant d'attention au récit de sa comédie qu'il ne pensoit qu'à s'admirer soimême en son propre ouvrage. Je vous expli- Juerai toute cette affaire à mon retour, et je vous irai seulement, en attendant, que j'y trouve quantité de défauts , qu'il faudroit être bien hardi pour publier ici , vu qu'il s'intéresse plus à l'honneur de cette pièce qu'il n'a jamais fait à l'événement de toutes les campagnes passées 5. Je ne doute point du déplaisir que vous avez eu de l'éloignement du Père de Gondy et des deux présidents ; je me doutois bien qu'on sauroit qu'ils seroient venus à Thôtel de Soissons , et que madame votre mère , pour votre justification , diroit à ses serviteurs que vous n'aviez rien fait que par l'avis de ces trois personnes. J 'a vois eu cette

1. Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, plus tard duchesse de Longueville.

2. Marie d'Orléans, connue d'abord sous le nom de mademoiselle de Longueville, et puis sous celui de duchesse de Nemours. Elle étoit fille de Henri II d'Orléans, duc de Longueville , et de Louise de Bourbon-Soissons.

3. Alexandre de Campion exprime son opinion sur Mirame dans le onzième Entretien recueilli par l'abbé, celui (}ui a pour titre. De la conduite du ministre : « Mirame , où il a dépeint avec tant d'art les plus tendres sentimens d'une

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solation que, depuis près de cinq ans que is me faites l'honneur de me confier vos afes, l'on n'a découvert aucun de ceux avec j'ai conféré de votre part. Madame votre re est à présent tout à fait persuadée du tort M. le Cardinal et de la justice de votre restiment ; elle fera ce qu'elle pourra pour nous •e avoir de l'argent , et vous avez bien des vîteurs ici qui vous en envoient. La dernière ture part demain; je ne vous écrirai plus, et, ^t que j'aurai vu encore deux hommes, je me irerai sans dire adieu.

)e Paris, ce 21 janvier 1641.

AU MÊME

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