Mémoires de J.-B. Boussingault
Lors de Finvasion des Français en Espagne, un esprit d'émancipation se manifesta dans toutes les possessions espagnoles. Carthagène' d'abord, ensuite Quito, déclarèrent, dans des actes solennels, se séparer de la mère patrie. D'autres, au contraire, lui restèrent fidèles.
i. Ville de TAmérique du Sud de la République de la Nouvelle Grenade, chef-lieu de l'État de Bolivar, un des huit de cette République, à 590 kil. N. de Bogota, sur la mer des Antilles, près de l'entrée du golfe de Darien.
Ainsi commença la lutte entre l'Espagne et ses colonies américaines, qui continua pendant des années, avec des alternatives de succèa^et de revers entre les deux partis et le plus souvent caractérisée par de grands excès commis par le vainqueur.
Les forces militaires dont disposaient les vice-rois de la Nouvelle-Grenade, en y joignant celles de la vice-royauté du Pérou, ne suffisaient pas pour contenir les indépendants, qui eussent sans doute triomphé sans les discordes intestines nées de chefs ambitieux et incapables. Néanmoins ils avaient fini par occuper Santa Fé.
Les Espagnols furent exilés de la capitale, dépouillés de leurs biens, en un mot traités avec la dernière rigueur. Un capitaine, Francisco de Alcantara, chargé de conduire à Carthagène quarante déportés, en fit mettre seize à mort, sous prétexte qu'ils étaient trop fatigués pour faire la route.
Ces actes de cruauté se reproduisirent fréquemment de part et d'autre.
Pendant que les patriotes étaient divisés par de mesquines prétentions personnelles, ou par
leurs opinions sur la forme à donner au gouyernement républicain, on apprit qu'une armée espagnole de 12000 hommes, commandée par le général Pablo Morillo, venait de débarquer au Venezuela et qu'il dirigeait ces forces sur Carthagène et sur Santa Fé.
Après un blocus, Carthagène capitula;. le« troupes espagnoles marchèrent alors vers Tintérieur. Dans le cours de Tannée 1845, Morillo parvint à la capitale de la Nouvelle-Grenade; les patriotes se retirèrent dans les llanos de Casanare où, disséminés dans ces plaines interminables, ils pouvaient braver leurs ennemis.
La République naissante était déj& anéantie que ses partisans discutaient encore si elle serait centrale ou fédérale.
Le lieutenant général Morillo avait fait, en Espagne, contre les Français, la guerre de montagnes; c'était un soldat parvenu, sans éducation aucune ; il avait, pour le seconder, le maréchal de camp Pascual Eurile, né à la Havane, officier de marine distingué, mais ne cédant rien à son supérieur pour la cruauté.
Les Américains, se fiant pour la plupart à l'amnistie qu'on leur avait accordée, eurent
rimprudence de ne pas chercher leur salut dans la fuite. Les hommes les plus recommandables par leur position, leur talent, furent jugés sommairement par un œnseil de purification et fusillés. Parmi eux José Caldas, dont les travaux avaient attiré l'attention du monde savant. On espéra un moment qu'une communauté d'études lui mériterait Tindulgence, la pitié d'Eurile ; il n'en fut rien. Eurile s'empara des manuscrits, des admirables dessins, de l'herbier contenant de nombreuses plantes rassemblées à grand'peine par Mutis, avec le concours de son élève Caldas, et des cartes topographiques dressées par ce jeune ingénieur *.
Les prisons regorgeaient de proscrits et, durant le séjour de Morille et d'Eurile à Santa Fé, on en mit à mort 125. Ceux qui échappèrent
1. La magnifique Flore de la Nueva Granada, due aux grands travaux du docteur Mutis et de ses élèves, comprenant de belles figures sur vélin, dessinées par des artistes créés à Santa Fé, est aujourd'hui déposée au Muséum d'histoire naturelle de Madrid.
Eurile, qui l'apporta en Europe, se présenta à l'Observatoire pour offrir ses hommages à l'illustre directeur de cet établissement. Arago le mit à la porte en lui disant qu'il ne pouvait serrer la main de l'homme qui avait laissé périr José Galdas, quand il aurait pu le sauver.
au supplice furent condamnés aux travaux forcés. La persécution s'étendit dans tout le pays. On alla jusqu'à soumettre à la torture ceux qui refusaient de révéler la retraite de leurs parents ou de leurs amis.
Enorgueilli par les succès obtenus dans la Nouvelle-Grenade, Morillo conçut le projet de pacifier toute TAmérique Espagnole, en conduisant son armée au Pérou, à Buenos-Ayres et même au Mexique où Ton s'était soulevé contre l'autorité de la péninsule.
Cependant ces espérances chimériques furent bientôt dissipées, lorsqu'on apprit que de vaillants chefs, patriotes, bravant tous les périls, les plus grandes privations, continuaient la guerre de l'Indépendance dans l'tle de la Margarita, dans les plaines arrosées par l'Orénoque, et que Bolivar, alors retiré à Saint- Domingue, organisait une expédition destinée à la côte ferme. Les forces royalistes devaient donc être, sans retard, dirigées vers le Venezuela.
En décembre 1816, 4000 hommes descendirent la Cordillère pour entrer dans les llanos
de Casanare et de Yarinas, en passant par Sogamoso et Chita.
L'armée espagnole courait à sa perte, elle allait avoir à combattre le climat et rencontrer les mêmes obstacles qui avaient décimé les bandes des conquistadores allant à la recherche du fantastique Dorado. Les chevaux du brillant escadron des hussards de Fernando, de l'artillerie, les mules des équipages furent promptement hors de service. Sans les cavaliers indigènes au service du roi, qui procuraient du bétail, cette armée serait morte de faim. Officiers et soldats ne tardèrent pas à être atteints de fièvres: ce ne fut bientôt plus qu'une armée de malades, opérant dans un pays ennemi, car il y eut une insurrection générale dans les llanos de Casanare et on y proclama l'indépendance.
Un moine, Fra Ignacio Marino, de l'ordre des prédicateurs, commandait les guérillas harcelant sans cesser les troupes royales. La cavalerie espagnole ne résistait pas à ces llaneros presque nus, armés d'une lance, montant des chevaux nés dans la plaine, dont le cavalier type était destiné à devenir un des héros de l'indépendance, le général Paez, qui, dans presque toutes
les rencontres, mit en déroute la cavalerie de Morillo.
Cette supériorité des llanet^s se soutint durant toute la campagne de 1816 à 1818. La guerre se faisait avec la cavalerie, fort peu d'infanterie. La mobilité des escadrons indiens, la promptitude de leurs mouvements, leur habitude de traverser à la nage les rivières grossies par les pluies, la connaissance des moindres accidents de terrain, l'abondance du bétail, dont la chair était l'aliment unique des hommes, et dans certains cas celle des chevaux, l'absence d'ambulances, de parcs, de provisions, de munitions, présentaient aux troupes de Tindépendance des avantages appréciables.
Les chevaux et le bétail se prenaient partout où on les rencontrait. On les considérait comme biens communs.
Le llanero n'avait pas besoin d'être vêtu; le plus souvent il s'habillait aux frais de l'ennemi. Plus d'un soldat de Paez, après une action meurtrière, apparaissait sous l'uniforme d'un hussard de Fernando. Habitués à se nourrir de viande, d'autres aliments ne leur étaient pas indispensables; nageurs exercés, dès le premier
âge, dans les eaux de l'Orénoque, de TApuro, du Casanare, aucune rivière ne les arrêtait.
Les souffrances des llanosy résultant du climat, étaient réservées à ceux qui n'y étaient pas habitués. Toute personne capable de tenir une arme était incorporée dans un escadron; il n'y avait aucune exception; c'est ainsi que, dans les combats de Yagual, de Mucuritu, on voyait; parmi les lanciers, des avocats, des ecclésiastiques; les populations suivaient l'armée; pour un patriote il n'y avait pas de sécurité hors des rangs. Tous marchaient réunis, la plupart sans chaussures et à peine vêtus; hommes, femmes, vieillards, enfants, tous se nourrissaient de la même façon : de la chair de bœuf sans sel.
Si les llaneros détruisaient, par des charges impétueuses, la cavalerie espagnole, ils échouaient contre l'infanterie formée en carré, présentant aux assaillants un mur d'acier. Il se passait ainsi des scènes rappelant certains épisodes de la guerre d'Egypte, où quelques bataillons de fantassins bien disciplinés résistèrent à une multitude de mameluks. C'est en effet l'infanterie qui sauva ou plutôt retarda la
perte des divisions espagnoles, si imprudemment engagées dans les steppes.
Bolivar, retiré à Saint-Domingue par suite des dissensions intestines, depuis le débarquement de Morillo, arriva en décembre 1816 à Barcelona, avec quelques officiers, une cargaison d'armes et de munitions.
Du littoral il s'interna dans les llanos de TApuro et passa sur la rive droite deTOrénoque, le 2 mai 1817, où il se réunit à la cavalerie de Paez.
On le proclama chef suprême.
La ville d'Angostura (8^ lat. N., 66<> long.) devint le centre de la République de Venezuela.
Les missions du Caroni, dans le haut Orénoque, desservies par vingt-deux Pères capucins très dévoués à la cause royale, furent prises par le colonel Piar. On en tira de grandes ressources pour l'armée indépendante, en hommes, en chevaux, en bétail. Les capucins furent envoyés prisonniers dans le couvent de Carache.
Bolivar, dans son quartier général d'Angestura, organisait et concentrait l'armée patriote,
quand il fut informé que Morillo, à Chaparro, voulait soustraire la Guyane aux républicains.
En conséquence, on donna Tordre à Tofficier qui commandait à Carache de conduire les capucins confiés à sa garde dans une mission située au delà du Rio Caroni ; cet officier, imaginant qu'il s'agissait de faire passer la barque à Caron aux malheureux prisonniers, les fit mettre à mort. Ils furent massacrés par leurs néophytes indiens.
La campagne des llanos continua très activement. Morillo fut grièvement blessé d'un coup de lance dans l'abdomen, et Bolivar atteint des fièvres.
C'étaient essentiellement des combats de petites guérillas et on ne peut, sans sourire, voirie chef suprême d'une République, en partie encore au pouvoir de l'Espagne, organiser sa maison militaire composée de tirailleurs, de grenadiers, de dragons de la garde; plus tard on eut un régiment des guides.
C'était une manie du général Bolivar de chercher à imiter Napoléon I®^. Il en résulta, dans un pays où il eut si longtemps une grande
et légitime influence, une tendance à un militarisme nuisible.
Bolivar était enthousiaste du grand Empereur. Se trouvant à Paris en 1803 et 1804, il assista à une revue que le Premier Consul passait dans la cour des Tuileries. On le vit, les jours suivants, se promener avec le petit chapeau légendaire et la redingote grise. Humboldt et Gay-LussaCy ses amis, le crurent atteint de folie.
J'ai vu Bolivar, bien des années après, porter un uniforme bleu, à revers, rappelant, par sa coupe, celui qu'affectionnait particulièrement l'Empereur.
Dans ses proclamations, passablement ampoulées, le Libertador cherchait à imiter le style également ampoulé de Napoléon. Cette manie de rimitation, chez un homme d'une valeur^ d'un courage incontestables, était assez curieuse.
Dans son entourage, on eût trouvé de bons divisionnaires, Paez, Sucre, etc.
Le militarisme, créé dès le commencement de la guerre de l'indépendance, reçut un jour, dans la personne du Libertador, une rude leçon.
Dans un banquet diplomatique quelqu'un l'ayant comparé, dans un toast, à Washington, un Américain du Nord, blessé de la comparaison, prit son verre en mains et déclara qu'au point de vue de la liberté, Washington mort valait mieux que Bolivar vivant.
Au milieu des événements d'une guerre incessante, on installa un congrès constituant à Angostura. Les forces espagnoles, restées dans la partie montagneuse de la Nouvelle-Grenade, avaient été nécessairement affaiblies. Bolivar pensa qu'il convenait de tenter une campagne dans la Cordillère, pendant que Paez continuerait à opérer dans l'Apuro.
Les troupes conduites par le Libertador étaient principalement formées de Uaneros; aussi purent-elles, malgré l'époque de la saison pluvieuse, les inondations, triompher de tous les obstacles; mais aussitôt qu'on atteignit la région froide, un grand nombre de ses soldats, accoutumés aux climats ardents des Uanosj succombèrent.
Bolivar s'empara de Tinya, où il put se ravitailler. Une bataille décisive, remportée à Boyaca
par les indépendants, leur ouvrit les portes de Santa Fé. Le vice-roi Samano s'enfuit à Hundo, si précipitamment, qu'il n'eut pas le temps d'emporter le trésor: 700000 piastres.
Bolivar fut reçu comme un libérateur, avec l'enthousiasme que l'on accorde toujours aux vainqueurs.
Ainsi se termina cette campagne devenue célèbre, qu'on avait conçue et exécutée avec une décision et une intrépidité remarquables.
La déroute de Boyaca jeta dans l'armée espagnole une panique que justifiait l'acte commis par le général Santander chargé du gouvernement de la Nouvelle-Grenade en faisant passer par les armes trente-huit officiers de la garnison royaliste de Santa Fé.
C'étaient, après tout, de tristes représailles; mais ce qu'il y eut d'odieux dans ces exécutions, ce fut celle d'un négociant espagnol ayant eu l'imprudence d'exprimer un sentiment de compassion, en voyant les apprêts du supplice de ses compatriotes. Il fut arrêté et fusillé avec eux.
Après sa victoire, Bolivar marcha sur le Véné-
zuéla pour paralyser les efforts que Morillo aurait pu tenter en vue de reprendre Santa Fé. Il se rendit à Pamplona pour organiser l'armée du nord, puis à Angostura, où il apprit l'arrivée à Margarita de la légion irlandaise, forte de 5 000 hommes, commandés par le général
reux
d'Év
Le congrès d'Angostura, ayant réuni la Nueya Granada à la capitainerie générale du Venezuela, proclama, le 17 décembre 1819, que la République de Colombie était constituée. .
Bolivar avait reçu, à Cuenta, où il avait vu le général Morillo, la proposition d'une suspension des hostilités pendant un mois.
Les chefs espagnols comprenaient les impossibilités de remettre les Américains sous le joug.
Les Espagnols perdaient successivement du
i. Le général d'Évreux fat un enthousiaste de Tindépendance de rAmérique espagnole. H recruta la légion irlandaise. Dans tontes les transactions, il fit preuve d'un grand désintéressement.
La légion était habillée et armée sur le pied de l'infanterie anglaise.
Chaque soldat revint à la République à 300 piastres fortes (1 500 francs). Ce prix détermina le général à ne plus demander de soldats à l'Europe.
terrain. La province de Cumana était libre. Les patriotes avaient repris Merida et Truxillo. Des officiers royalistes passaient au service colombien : c'était un symptôme de profond découragement.
Néanmoins Morillo avançait dans la Cordillère. Son quartier général était à Caracha, quand Bolivar se retira pour prendre une forte position à Savanalarga.
Avec des troupes formées de recrues, n'osant faire de mouvements offensifs, il resta en expectative. Ce fut alors que le général espagnol proposa un armistice de six mois, s'étendant à tout le territoire de Colombie. Les négociations commencèrent; la suspension d'armes fut déclarée. Ensuite eut lieu, dans le village de Santa Ana, la célèbre entrevue de Bolivar et de Morillo. La guerre fut régularisée.
Ces généraux passèrent une journée sous le même toit. Ce fut un curieux spectacle de voir ces deux hommes, ennemis implacables pendant des années, couchés dans un môme hamac ou échangeant, dans un repas, des toasts empreints des plus nobles et des plus généreux sentiments, en faveur de la paix.
On oublia, pour un instant, la lutte cruelle dans laquelle tant de sang avait été répandu.
Un mois après, le général Morillo, relevé, sur sa demande, de son commandement, retournait en Espagne, laissant comme son successeur le général Latorre, tandis que Bolivar gagnait la province de Quito, pour faire accepter, dans le sud, les conditions de l'armistice.
Une difficulté se présenta lorsqu'une colonne essaya de passer par la ville de Pasto ou plutôt de la tourner. Toute la province était en insurrection par rinfluence de Tévêque de Popayan, Ximenès de Padillo, faisant prêcher son clergé contre les patriotes hérétiques et schismatiques.
La province de Los Pastos, par les accidents de terrain, présente des positions inabordables, et il fallut du temps pour s'en emparer.
La province de Los Pastos a été, de tout temps, par ses montagnards aguerris et fanatiques, la Vendée de l'Amérique méridionale.
Le général Sucre finit cependant par y imposer l'armistice.
Les hostilités recommencèrent dans le Venezuela à l'expiration de la trêve. Les Espagnols,
battus à Carabobo, se réfugièrent à Puerto Cabello, dont le blocus, commencé en 1822 par Paez, continuait, lorsque je me rencontrai avec lui à Maracay en février 1823.
Le 15 avril, les patriotes s'emparèrent successivement de la vallée de Borburato, du fort du Trincheron et de plusieurs autres points importants; mais la place ne capitula que le 10 novembre.
La garnison espagnole s'embarqua pour Cuba.
La reddition de Puerto Cabello et l'expulsion des restes de l'armée expéditionnaire que conduisait Morille en 1815 sur les plages américaines, laissèrent libre le territoire de Colombie formé alors du Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et de la province de Quito.
Sur quelques points seulement, on rencontrait des guérillas royalistes pillant, assassinant aux cris de : Vive le roi I
Les vues du Libertador tendaient déjà à l'émancipation du Pérou.
Telle était la situation de la Colombie, lorsque je quittai le général Paez pour me rendre à Santa Fé.
Plateau de Bogota. — Constitution géologique. — Sel gemme. — Salines. — Houille. ~ Mines d'émeraode.
Le plateau de Bogota, sur lequel s'était développée la civilisation muysea, entravée par l'arrivée des Européens, a, comme je Tai dit, une superficie d'environ 40 lieues carrées.
Le terrain dominant consiste en dépôts de grès et de calcaire qui recouvrent, sur une étendue considérable, la chaîne des Andes et ses ramifications.
Des montagnes du littoral de Venezuela, formées de granit, de gneiss et de micaschiste, de schiste argileux, on aborde, en avançant vers le sud, la cordillère orientale. C'est vers Guibor Barquisimeto qu'apparaissent les roches stratifiées, arénacées et calcaires, reposant sur un
schiste bleu fortement carburé, ayant Taspect de Tardoise et dans lequel sont disséminées des staurotides, des macles, figurant assez bien la forme d'une croix et, par cela même, étant un objet de vénération chez les Indiens. Le schiste, rappelant lagrauwacke, est adossé à du gneiss, à du micaschiste granitifère. On suit le calcaire, le grès, avec indice de charbon jusqu'au pied de la Sierra Nevada de Merida, où Ton retrouve les roches du littoral.
Après avoir franchi le point culminant du pdramo de Mucuchies, d'une altitude de 4241 mètres, on revoit les roches cristallines que l'on avait observées pendant l'ascension, puis les terrains stratifiés que l'on ne quitte plus qu'à l'esplanade de Bogota, si ce n'est, çà et là, pour traverser des zones peu étendues, où apparaissent les schistes, le gneiss et le granit. Le grès prend alors une grande extension ; formant de puissants massifs, s'étendant vers le sud jusqu'à la vallée de la Magdalena; à l'est le grès, les calcaires et les schistes carbures recouvrent les pentes orientales et constituent le sol des steppes du Meta, de Cassiquiare \ 1. Vue des couches prise à Agua-Orispa, Journal, tome I;
— ÎO —
L'idée que fait naître l'exploration de la cordillère orientale, c'est que les couches arénacées plus ou moins inclinées, quelquefois contournées, plissées, brisées, ont été soulevées par Texhaussement du granit, du gneiss, du micaschiste, dont elles occupent les pentes et le fond des vallées formées par le soulèvement.
A l'occident du plateau de Bogota, on voit un schiste très carburé, dont les assises, presque verticales, se prolongent de Villeto à Carachi. On y a exploité du cuivre pyriteux et il est probable, comme je l'établirai bientôt, qu'elles renferment le gisement des émeraudes de Muzo.
A l'esté on reconnaît le même schiste dans le pâramo de la Summa Paz.
Si l'on considère la configuration du plateau, le cours du Rio Funza, les lagunes, on en tire cette conséquence que le plateau de Bogota est le fond d'un lac mis à sec par la rupture des roches qui en forment la limite sud, précisément là où l'on admire aujourd'hui l'étonnante cascade de Tequemada.
aspect des couches au lieu nommé Gueva de la Iglesia. Journal, tome H, p. 79.
Dans la vallée de Futscha, à Tendroit nommé el Campo delos Gigantes (le Champ des Géants) , en creusant à une très petite profondeur, on met à découvert des ossements de mastodontes et d'éléphants. A Zipaquira, un amas de sel gemme repose sur un schiste carburé ayant des couches de fer spathique.
Le grès consiste le plus ordinairement en grains de quartz agglomérés. Sa structure, assez souvent schisteuse, est alors divisible en plaques minces remplies de lamelles de mica ; fréquemment, le grès, entièrement siliceux, est en couches puissantes, avec cailloux de quartz blanc comme le grès des Vosges, ou bien encore teinté de nuances variées du jaune au rouge fortement micacé. On le prendrait alors pour du grès bigarré.
Le calcaire ayant l'apparence d'une marne carburée, du lias, alterne, à n'en pas douter, avec le grès en stratification concordante. Les coquilles fossiles sont abondantes dans certaines couches calcaires, plus rares dans le grès. Près de Duytama, on découvre des débris de tiges.
Un caractère propre aux deux roches, c'est d'être en strates dépassant rarement un mètre
d'épaisseur. Il a été réellement impossible d'assigner une position indépendante à Tune ou l'autre de ces roches sédimentaires, bien que, près de leur point de superposition, de leur con* tact avec les terrains anciens, le calcaire paraisse être plus développé que le grès.
Dans le schiste argileux, tel que celui de Villeto ou de Carachi, supportant le terrain stratifié, il n'est pas rare de voir des rognons ellipsoïdes de calcaire coquillier, dont on a même retiré des ammonites bien conservées, enchâssées dans la masse schisteuse.
Les caractères minéralogiques sont insuffisants pour assigner la place qu'un terrain sédimentaire occupe dans la série géologique. 11 faut, pour classer une formation, avoir recours à la paléontologie. Grâce aux fossiles rapportés des régions équinoxiales par de Humboldt et à la collection que j'ai eu le bonheur de rassembler, de Buch et Alcide d'Orbigny ont pu discuter l'Age des dépôts arénacés et calcaires qui dominent dans la Cordillère des Andes.
Il est résulté de cette discussion que les calcaires et les grès appartiennent à la partie inférieure du groupe crétacé, au calcaire néocomien,
au Quadersandstein. Près Bogota, à Sogamoso, à Zipaquira, Carachi, las Palmas, Socorro, Duytama, les coquilles rencontrées dans le grès sont celles du Quadersandstein \
Le charbon de terre de Canoas, celui des environs de Zipaquira^ n'appartiennent pas au terrain houiller proprement dit. On n'y rencontre pas d'indices de fougères ni de lycopodiacées, de conifères, mais des impressions de feuilles de dicotylédonées, et qui, d'après de Buch, rappelleraient les feuilles de Credneria, si communes dans le grès inférieur crayeux de Blackenbury.
La masse énorme de sel gemme de Zipaquira semble avoir été déposée après la formation de craie et, de même que le sel de Wieliczka, représenter le terrain tertiaire.
Ainsi il résulterait de la nature des fossiles
1. Hamites degenhardoiii — Trigania absformis — Exogia BoussingauîtU, Exogia Couloni...
Dans le calcaire : espèces décrites par d'Orbigny : Ammonites Boussingaultii — A. Dumasianus. — A. Santa ferintis. = Rostellaria Bousêingaultii — R, angulosa — A. americana. = Cardium colombianum — lellina Bogotina — Trigonia BoussingauUH, T. abrupta, — Cuctdea dilatata. — C. Toeaymnensis Ostrea abrupta...
dont les restes sont disséminés dans le terrain stratifié, que la Cordillère orientale des Andes a été soulevée, non seulement après le dépôt de la formation crétacée, mais encore après Talluvion ancienne où sont ensevelis les ossements des grands pachydermes.
Je décrirai maintenant les richesses minérales exploitées par les Muyscas avant la conquête et dont les travaux sont encore aujourd'hui en pleine activité : le sel de Zipaquira, les salines de Nemocon et de Chito, les émeraudes de Muso. L'or qui circulait sur le plateau de Bogota provenait des territoires voisins, particulièrement des lavages de Giron ^