CHAPITRE XII
Mm balourdises dans la langue française, mes succès, mes nombreuses connaissances. — Louis XV. — Mon frère arrife à Paris*
Tous les comédiens italiens à Paris voulurent me fêter pour me faire voir leur magnificence. Je fus somptueusement fêté par tous. Carlin Bertinazzi, qui jouait les rôles d'Arlequin, acteur chéri de tout Paris, me rappela qu'il m'avait vu il y avait treize ans à Padoue en revenant de Pétersbourg avec ma mère. Il me donna un superbe dîner chez M'"^ de la Caillerie, où il logeait. Cette dame était amoureuse de lui. Je lui fis compliment sur quatre enfants charmants qui voltigeaient autour de nous. Le mari, présenty me répondit :
— Ce sont les enfants de M. Carlin.
^ Cela se peut, monsieur, mais en attendant c'est vous qui en avez soin ; et comme ils portent votre nom, c*est vous qu'ils doivent reconnaître pour père.
— Oui, cela sera en droit; mais Carlin est trop bon* nète honomepour ne pas s'en charger le jour où il me con-
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viendra de m*en défaire. Il sait bien qu'ils sont à loi, et ma femme serait la première & s'en plaindre s'il n'en convenait pas.
Cet homme n'était pas ce qa*on appelle un bon homme, tant s'en faut ; mais comme il voyait la chose très-philosophiquement, il en parlait avec calme, et même avec une sorte de dignité. Il aimait Carlin en ami, et des affaires de cette nature n'étaient pas rares & Paris, dans ce temps-là, parmi les gens d'une certaine classe . Deux grands seigneurs, Boufflers et Luxembourg, avaient troqué de femme en toute bonne amitié, et tous deux en avaient des entants. Les petits Boufflers s'appelaient Luxembourg, et les petits Luxembourg portaient le nom de Bouffîers. Les descendants de ces tiercelets sont connus aujourd'hui en France sous le même nom. Eh bien, ceux qui savaient le mot de Ténigme en riaient avec raison, et la terre ne se mouvait pas moins selon les lois de la gravitation.
Le plus riche des comédiens italiens était Pantalon, père de Coraline et de Camille, et usurier reconnu. Il voulut aussi me donner à dîner en famille, et ses deux filles m'enchantèrent. La première était entretenue par le prince de Monaco, fils du duc de Valentinois qui vivait encore; et Camille était amoureuse du comte de Melfort, favori de la duchesse de Chartres, devenue dans ce temps-là duchesse d'Orléans par la mort de son beau-père,
Coraline était moins vive que CamiUe, mais elle était plus jolie. Je conamençai à lui faire ma cour aux heures indues, comme un homme sans conséquence ; mais ces heures-là appartiennent aussi à Tamant en titre. Je me trouvais donc chez elle quelquefois à l'heure même où le prince venait la voir. Dans les premières rencontres, je tirais ma révérence et je partais ; mais dans la suite on me pria de rester; car ordinairement les princes, tête à tête avec leurs maîtresses, ne savent que s'ennuyer. Nous soupions ensemble, et leur rôle était d'écouter, tandis que le mien était de manger et de conter.
Je crus devoir faire ma cour à ce prince et j'en fus parfaitement bien reçu; mais un matin, aussitôt qu'il me vit
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