‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 124 sur 235 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quelle leçon de philosophie ! Elle nous parut si douce, notre bonheur fat si parfedt, qu*aa point du jour nous nous embrassions encore et que ce ne fîit qu'en nous séparant que nous nous aperçûmes que la porte était restée ouverte toute la nuit.

Baletti lui donna quelques leçons, elle fut reçue & rOpéra; mais elle n'y figura que deux ou trois mois, se réglant soigneusement sur les préceptes que je lui avais insinués et que son esprit supérieur lui avait fait reconn^dtre comme seuls bons. Elle n'admit plus de Narbonne : et elle accueillit, à la fin, un seigneur difërent de tous les autres, puisqu'il commença par lui faire quitter le théâtre, ce qu'aucun autre n'aurait fait, car ce n'était pas le bon ton du temps. C'était M. le comte de Tressan ou Tréan, car je ne me rappelle pas bien son nom. Elle se comporta fort bien et resta avec lui jusqu'à sa mort. Il n'est plus question d'elle, quoiqu'elle vive fort à son aise; mais elle a dnquante-six ans, et à cet âge une femme est à Paris comme si elle n'existait plus.

Dès l'instant où elle sortit de l'hôtel de Bourgogne, je ne la vis plus. Quand je la rencontrais couverte de diamants, nos âmes se saluaient avec joie ; mais j'aimais trop son bonheur pour hasarder de lui porter atteinte. Son frôre fut placé, mais je le perdis de vue.

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