CHAPITRE Xln
ta ifoîeiit À peu près de ce goût-là. L*homme, da plus au moins, rapporte tout à soi, et chacun est tjran & ta façon. J*aime à vous voir en train de devenir philosophe.
— Comment fait-on pour le devenir?
— On pense,
— Faut-il penser longtemps?
— Toute sa vie.
— On ne finit donc jamais?
— Jamais ; mais on gagne ce qu*on peut, et on se pro cure toute la somme de bonheur dont on est susceptible.
— Et ce bonheur, comment se fait-il sentir?
— Il se fait sentir dans tous les plaisirs que le philoso^ phe se procure, lorsqu*il a la conscience de se les être procurés par ses soins, surtout en se dépouillant de cette foule de préjugés qui font de la plupart des hommes une troupe de grands enfants.
— Qu*e8t-Ge que le plaisir? et qu*entend-on par préjugés?
— Le plaisir est la jouissance actuelle des sens ; o^est une satisfaction entière qu'on leur accorde dans tout ce qu^ils appâtent; et lorsque les sens épuisés veulent du repos, ou pour reprendre haleine, ou pour se refaire, le plaisir devient de rimagination ; elle se plaît à réfléchir au plaisir que sa tranquillité lui procure. Or, le philosophe est celui qui ne se refuse aucun plaisir qui ne produit pas des peines plus grandes et qui sait s'en oréer^
-^ Et vous dites que cela, se fait en se dépouillant des préjugés? Dites^-moi donc ce que c'est que des préjugés, et comment on parvient à s'en défaire.
— Vous me faites-là une question, ma chère, à laquelle il n'est pas aisé de répondre, car la philosophie morale ne connaît pas de question plus grande, c'est-à-dire de plus difficile à résoudre; aussi cette leçon dure-t-elle toute la vie. Je vous dirai en raccourci que l'on appelle préjugé tout •oi^sant devoir dont on ne trouve pas la raison dans la nature.
^ he philosophe doit donc faire sa principale étude do la nature?
2d0 MÉlffOIEBS DB CÂSANOYA.
— G*est Ià toute sa besogne, et le plus savant est celui qui se trompe le moins.
— Quel est, selon vous, le philosophe qui s*est le moins trompé?
— C*est Socrate,
— Mais il 8*est trompé?
— Oui, en métaphysique.
— Oh ! je ne m'en soucie pas, car je crois bien qu'il pouvait se passer de cette étude.
— Vous vous trompez, car la morale môme n*est que la métaphysique de la physique ; car tout est nature, et je vous permets de traiter de fou tout homme qui viendra vous dire qu'il i^ fait une nouvelle découverte en métaphysique. Mais en continuant, ma chère, je pourrais bientôt vous paraître obscur. Allez doucement. Pensez ; ayez des maximes en conséquence d'un raisonnement juste, et ayez toi\jours en vue votre bonheur ; vous finirez par être heareuse.
— J'aime beaucoup plus la leçon que vous venez de me donner que celle que me donnera demain M. Baletti, car je prévois que je m'y ennuierai, et je ne m'ennuie pas actuellement avec vous.
— A quoi vous apercevez-vous que vous ne vous ennuyez pas?
— Au désir que j'ai que vous ne me quittiez pas.
— En vérité, ma chère Yesian, jamais philosophe n*a mieux défini l'ennui que vous ne venez de le faire. Quel plaisir! d*où vient que j'ai envie de vous le témoigner en vous embrassant I
— C'est parce que notre âme, sans doute, ne saiyuît être heureuse qu'autant qu'elle se trouve d'accord avec nos sens.
— Comment, divine Vesian? votre esprit m'enchante.
— C'est vous, mon cher ami, qui l'avez fait éclore, ot je vous en sais gré, au point que je partage votre désir.
— Qui nous empêche de satisfaire un désir ai natureit Embrassons-nous bien.