‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 183 sur 235 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

aller tous les jolir^ au couvent Iiii montrer âa lettré, et je f^ecerrais quarante sous chaque fois. Jusqu*à présett j'ai gagîié Vingt livrée ; mais j*ai peut* qii'eilé né se lasSë, et 11 île tient qti'ô Vdtlâ, mdn bon nidûsielif , dé ine Étiré gâgûél* deux sequins en répondant deux mots à la letti^ë.

— OÙ est cette lettre?

-^ Chez moi, Sous feléf, car j*ai toujours Jetlr de la perdre.

-^ Comtnent veux-tu donc que je t*ëpondôf

— Ajez la bonté de m'attendre ici, vous nié Verï»é2 avec la lettre en moins d'un quart d'heure.

— Je ne t'attendrai pas, car cette réponse ne m'ihtéresse point. Mais dis-moi comment tu aâ pu flatter là religieuse de l'espoir de me retrouverï Tu es un Mpon, car il n'est pas vraisembable qu'elle t'eût confié la lettre si tu ne Itii avais fait espérer de me retrouver,

— Je ne suis pas un fripon, car j'ai fait exactement de que voiis m'aviez dit ; mais il est vrai que je lui ai dépeint votre habit. Vos boucles, votre taillé; et je voué assure que, depuis dix jours, je regarde attentivement tous les masques de votre taille, mais en vain. Voilà bien vos boucles que je reconnais, mais je ne crois pas que vous ayez le même habit. Hélas I monsieur, il ne vous en coûte rien d'écrire une seule ligne. Ayez la bonté de m'attendre un instant dans ce café*

Je ne pouvais plus résister à ma curiosité, et je me détermine, non à l'attendre, mais à l'accompagner chez lui. Je n'étais obligé que d'écrire : Tai reçu la lettre^ et je me satisfaisais en même temps que je feiisais gagner les deux sequins au Fourlan. Le lendemain, je changeais de boucles et de masques et je rendais vaines toutes les recherches.

Je suis donc mon Fourlan jusqu'à sa porte, il entre, et me remet la lettre. Je le mène dans une auberge où je me fais donner une chambre avec un bon feu, et je fais attendre mon homme, je décachette le volumineux paquet, et la première chose qui frappe mes regards, ce sont les deux lettres que je lui avais renvoyées pour la tranquilliser sur les suites de son étourderie.

il. 83

386 lIÉtfOIRBS DB CASANOVA.

Cette yae me donna une palpitation de cœur si yioiente que je fus obligé de m^asseoir : c*était un signe certain de ma défaite. Outre ces deux lettres, j*en vois une petite signée S. ; elle était adressée à M* M. Je la lis, elle contenait ces mots :

« Le masque qui m*a accompagnée et reconduite n*aurait, je crois, pas ouvert la bouche, si je ne m*étais avisée de lui dire que les charmes de ton esprit sont encore plus séduisants que ceux de ta figure. Il m'a répondu : « J*ai vu Tun et je crois Fautre. » J*ai ajouté que je ne comprenais pas pourquoi tu ne lui avais pas parlé, et il in*a répondu en souriant : « Je n*ai pas voulu lui être présenté, elle m'en a puni en ne voulant pas savoir que j'étais lÀ. » C'est tout notre dialogue. Je voulais t'envojer ce billet ce matin, mais il m'a été impossible. Adieu. »

Aprôs avoir lu ce billet, qui rapportait l'exacte vérité et qui pouvait servir de pièce justificative, mon cœur palpita moins. Enchanté de me voir au moment d'être convaincu d'iigustice, je prends courage etje lis la lettre suivante :

« Par une faiblesse que je crois très-pardonnable, curieuse de savoir ce que vous auriez dit de moi à la comtesse en venant de me voir, je saisis un moment pour lui dire de m'en informer dès le lendemain au plus tard ; car je prévoyais que, dans l'après-midi, vous viendriez me faire une visite d'office. Son billet, que je vous envoie et queje vous prie de lire, ne m'est parvenu qu'une demiheure après que vous fûtes reparti.

I» Première fatalité.

» N'ayant pas encore reçu le billet lorsque vous me fites appeler, je n'eus pas la force de vous recevoir. Faiblesse affreuse et seconde fatalité, mais que vous jugerez aussi pardonnable, je l'espère. J'ordonnai à la sœur converse de vous dire que fêtais malade pour toute la jour» née ; excuse très-légitime, soit qu'elle fôt vraie ou fausse, car c'était un mensonge officieux dont les mots,^our toute la Journée^ devaient être le correctif. Vous étiez déjà parti, et il ne m'était pas possible de vous faire courir

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après, qnand la yieille imbécile vint me dire qu'elle yoqs avait dit que j'étais occupée,

n Ce fut la troisième fatalité.

» Vous ne sauriez vous. imaginer ce qu'il me vint envie de dire et défaire à cette sotte de sœur; mais ici on ne doit rien dire ni faire ; il faut avoir patience et dissimuler, en remerciant Dieu que les fautes naissent de Tignorance et non de la malice, ce qui n'est pas rare dans les couvents. Je prévis d'abord, au moins en partie, ce qui est arrivé ; car la raison humaine, je crois, n'aurait jamais pu le prévoir entièrement. Je devinai que, vous croyant joué, vous vous révolteriez; et j'en éprouvai une peine inexprimable, car je n'imaginais pas la possibilité de vous faire connaître la vérité avant le premier jour de fête. Mon cœur appelait ce jour^là de tous mes vœux : aurais-je pu deviner que vous prendriez la résolution de n'y plus venir 1 Je pris mon mal en patience jusqu'au premier dimanche; mais quand je vis mon espérance déçue, ma douleur devint insupportable, et elle sera mortelle si vous refusez d'admettre ma justification. Votre lettre m'a rendue corn» plétement malheureuse, et je ne résisterai pas à mon désespoir si vous persistez dans la barbare résolution que votre cruelle lettre m'exprime. Vous vous êtes cru joué, voilà tout ce que vous pouvez dire; mais cette lettre vous convaincra-t-elle de votre erreur? Et même, en vous croyant indignement trompé, convenez que, pour m'écrire votre terrible lettre, vous avez dû me supposer un monstre abominable et tel qu'il est impossible de le supposer dans une femme qui a de la naissance et de l'éducation. Je vous renvoie les deux lettres que vous m'avez renvoyées dans l'idée d*apaiser mes alarmes que vous avez cruellement supposées d'une nalure bien différente de celles qui me consument. Je suis meilleure physionomiste que vous, et soyez certain que ce que j'ai fait, je ne l'ai point âtit par étourderie ; car je ne vous ai jamais supposé capable, je ne dis pas d'une noirceur, mais simplement d'une action déloyale. Vous devez n'avoir vu sur ma ûgure que l'&me d'une impudente étourdie » et je ne le suis pas. Vous

388 ICÊMOIRES DB CASANOVA.

serez peut-être cause de ma mort, oa poar le moins tous me rendrez malheureuse pour le reste de mes jours, si vous ne vous souciez pas de vous justifier; car» pour ce qui me regarde, je crois Tétre pleinement.

n J^espôre que, quand bien même ma vie ne vous inté- ^es8erait pas, vous jugerez que votre honneur exige que vous veniez me parler Venez en personne vous dédire de tout ce que vous m*avez écrit : vous le devez et je le mérite. Si vous ne connaissez pas le funeste effet que votre lettre a produit sur moi, effet qu^elle opérerait sur le cœur de toute femme innocente et qui n*est pas insensée, malgré mon malheur je dois vous plaindre, car alors vous n'auriez pas la moindre connaissance du cœur humain. Mais je suis sûre que vous reviendrez, pourvu que Thomme auquel je remets cette lettre puisse parvenir à vous trouver. Adieu ; j'attends de vous ou la vie ou la mort. »

Je n'eus pas besoin de lire deux fois cette lettre, j'étais confus, désespéré. M. M. avaitraison. Jefis de suite monter le Fourlan et je lui demandai s'il lui avait parlé le matin et si elle avait l'air malade. U me répondit qu'il la trouvait chaque jour plus abattue et qu'elle avait les yeux rouges.

— Va m*attendre.

Je me mis à écrire et je ne terminai mon verbiage qu*à la pointe du jour, et voici mot pour mot la lettre que j'écrivis à la plus noble des femmes, que, dans un accès de dépit, j'avais si mal jugée.

« Je suis coupable, madame, et dans l'impossibilité de me justifier, en même temps que je suis parfaitement convaincu de votre innocence. Je sefais inconsolable, si je n'avais le doux espoir d'obtenir mon pardon ; et vous ne me le refuserez pas si vous daignez réfléchir à ce qui m'a rendu criminel. Je vous ai vue ; vous m'avez ébloui, et je ne pouvais contenir un bonheur qui me semblait chimérique : je me croyais en proie à une de ces illusions délicieuses que le réveil fait évanouir. Je ne pouvais soHir de Tespède de doute où j'étais que vingt-quatre heures après; ot qui pourirait exprimer llmpatience que j'éprouvais dans

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