CHAPITRE ni
Mes baisers lui faisant plaisir, elle se mit & m'en couvrir dès qu^elle vit que je ne le lui défendais pas. Ravi de la voir jouir, je la mis à son aise en lui disant que le succès de la grande opération magique dépendait du degré de plaisir qu'elle prendrait sans contrainte. Elle ât des eâbrts incroyables pour me convaincre qu'elle était heureuse, et, sans avoir franchi la borne que je m'étais posée moimême, nous sortîmes du bain trôs-satisfaits Tun de l'autre.
Au moment d'aller nous coucher :
— Est-ce que nous gâterions l'affaire si nous couchions ensemble? me dit-elle.
— Non, ma chère ; pourvu que tii sois vierge le jour de la grande opération, c'est tout ce qu'il faut. A ces mots, elle vint se jet^r dans mes bras, et nous passâmes une nuit charmante, pendant laquelle j'eus lieu d'admirer la richesse de son tempérament et la retenue du mien ; car je fus assez modéré pour ne pas rompre l'obstacle.
Je passai une bonne partie de la nuit suivante avec le père Franzia et Capitani, pour voir de mes propres yeux les phénomènes dont ce bon paysan me parlait. Placé sur le balcon de la cour, j'entendis distinctement des coups souterrains à des intervalles égaux, trois ou quatre par minute. Le bruit ressemblait à celui que produirait un énorme pilon vigoureusement chassé dans un fort, mortier de bronze. Je pris mes pistolets et j'allai me placer avec eux auprès de la porte mouvante, tenant une lanterne sourde à la main. Je vis la porte s'ouvrir lentement, et, trente secondes après, se refermer avec violence. Je l'ouvris et la refermai moi-même & plusieurs reprises, et, n'ayant pu découvrir aucune raison physique occulte à ce singulier phénomène, je me déterminai à croire en moimême qu'il y avait quelque friponnerie adroite et cachée ; mais je ne me souciai pas d'en rechercher la cause.
Nous remontâmes, et, m'étant mis de nouveau sur le balcon, je vis dans la cour des ombres qui allaient et venaient. Ce ne pouvait être que l'effet d'un air humide et
épais ; et pour ce qui était des flammes pyramidales qu^ n. 7
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le Tojaid planer dans la campagne, c'était un phënomône que je connaissais. Je laissai cependant mes deux compagnons dans ridée que c'étaient les esprits qui veillaient sur le trésor.
Ce phénomène est commun dans toute Tltalie méridionale, où la campagne est quelquefois couverte de ces météores que le peuple prend pour des diables, et que la crédule ignorance désigne sous le nom d'esprits follets.
Vous verrez, lecteur, dans le chapitre suivant comment mon entreprise magique se termina, et peut-être rirezvous un peu à mes dépens, sans que cela me blesse.