CHAPITRE m
grande. Je lui dis qu'il était indispensable qu'il me procurât une couturière vierge de quatorze à dix-huit ans ; mais que cette fille devait être fidèle au secret, ainsi que tous les gens de sa maison, afin que Tinquisition ne pût avoir Tant de rien, parce que, dans ce cas, toutes les opérations seraient inutiles.
— Je viendrai, lui dis-je, loger chez vous dès demain ; je ferai deux repas par jour, et je ne puis boire à mes repas que du jevôse. Quant au déjeuner, je ne dois prendre que d*un chocolat que je fais moi-même et dont je suis pourvu. Je vous payerai toute la dépense que vous pourrez faire si je manque mon entreprise.
Vous ferez de suite transporter le chanvre assez loin pour que. son odeur n'inconamode pas les esprits que je dois évoquer, et vous ferez purifier l'air avec de la poudre à canon. Maintenant, assurez-vous d'un homme de confiance qui aille prendre demain nos effets à l'auberge, et ayez cent bougies neuves et trois torches prêtes à mes ordres.
A ces mots je quitte Franzia, et je prends avec Capitani le chemin de Césène ; mais je n'étais pas à cent pas de chez lui que je l'entends courir après nous.
— Monsieur, me dit-il, tenez, je vous prie, reprenez les quarante écus que vous avez donnés à ma femme pour le chanvre.
— Non, monsieur, je n'en ferai rien, car vous ne devez ahsolument éprouver aucune perte.
— Reprenez-les, je vous en prie, car je vendrai facilement le chanvre dans la journée pour les quarante écus.
— J'y consens, lui dis-je, confiant sur votre parole. Ces procédés de ma part firent sur cet homme la plus
grande impression, et il ne me considéra qu'avec la plus grande vénération. Mais cette vénération augmenta encore quand, malgré l'avis de mon compagnon, je refusai ohstinéinent d'accepter cent sequins qu'il voulait m'obliger à prendre pour mes frais de voyage. Je le ravis d aise quand je lui dis qu'à la veille de posséder un trésor on ne iiaisait pas attention à de pareilles bagatelles.
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placer it&e baignoire, dans laquelle il fallait que je lavasse mon convive une demi-heure avant qu'il pût se mettre à table, ordonnant aussi qu'il fût à jeun.
Je fis une liste de tous les objets dont je prétendais avoir besoin, et, l'ayant remise à Pranzia, je lui dis d'aller luimême à Cësône le lendemain et de tout acheter, mais sans marchander. C'était une pièce de toile blanche de vingt A trente aunes, du fil, des ciseaux, des aiguilles, du storax, de la myrrhe, du soufbe, de l'huile d*olive, du camphre, une rame de papier, des plumes, de Tencre, douze feuilles de parchemin, des pinceaux, une branche d'olivier bonne à faire un bâton d'un pied et demi.
Après avoir donné mes ordres de la manière la plus grave et sans éprouver le moindre besoin de rirô, ravi de mon rôle de magicien, dans lequel j'étais tout étonné de me trouver si habile, j'allai me coucher.
Le lendemain, dès que je fus levé, je fis appeler Gapitani, et je lui prescrivis de ee rendre chaque jour à Césène, d'aller au grand café et d'y recueillir soigneusement tout ce qui s'y dirait, et de me le rapporter. Franzia, docile à mes ordres, revint de la ville avant midi avec tous les objets que j'avais demandés.
— Je n'ai pas marchandé, me dit-il, je suis sûr que les marchands m'ont pris pour fou, car j*ai bien payé un tiers de plus que les choses ne valenti
— Tant pis pour eux s'ils vous ont trompé ; mais Vous auriez tout gâté si vous aviez marchandé. Envoyez-moi votre fille et laissez-moi seul avec elle.
Dès qu'elle ftit venue, je lui fis couper la toile en sept morceaux, quatre de cinq pieds chacun, deux de deux pieds et un de deux pieds et demi : ce dernier devait former le capuchon de la robe qui m'était nécessaire pour faire la grande conjuration,
-- Asseyez- vous près de mon lit, lui dis-je, et commencez à coudre. Vous dînerez ici et vous y resterez jusqu'au soir. Quand votre père viendra, vous nous laisserez seuls, mais vous reviendrez vous coucher dès que je l'aurai laissé partir.
CftAWTRaitt. 71
Elle dtna près de mon lit, où la mèrô lai sortit eu ai lence tout ce que je lui envoyai, ne lui laissant boire que du vin de Saint-Jevèse. Vers le soir, son père étant venu, elle sortit.
tTeus la patience de laver ce bonhomme dans le bain, ensuite je le fis souper avec moi ; il mangea comme un ogre, m'assurant que c'était la première fois de sa vie qu'il avait passé vingt-quatre heures sans rien prendre. Gris de vin de SainWevèse, il se coucha et dormit d'un profond sommeil jusqu'à l'apparition de sa femme, qui vint m'apporter mon chocolat. Javotte vînt comme la veille et cousut toute la journée. Elle disparut â l'arrivée de Capitani, que je traitai comme Pranzia ; le lendemain ce fut le tour de Javotte, et c'était là le but de mes travaux.
Quand ITieure fut venue : Allez, Javotte, allez, lui dis- )e, vous mettre dans le bain, et vous m'appellerez dès que vous y serez, car je dois vous purifier comme votre pore et Capitani.
Elle obéit, et un quart d'heure après, elle m'appela. Je loi fis de nombreuses ablutions dans tous les sens et dans toutes les postures, car elle était d'une docilité parfaite ; mais dans ce manège, craignant de me trahir, je soufltais plus que je ne jouissais, et mes mains indiscrètes, parcourant toutes les parties de son corps et s'arrêtant plus volontiers et plus longtemps en certain endroit très-irritable, la pauvre fille se trouvait agitée d'un feu qui la brûlait, mais qui s'apaisa par l'irritation môme Je la fis sortir du bain un instant après, et, devant l'essuyer dans toutes les positions, je fus bien près d'oublier la magie pour me li- TTer à la nature ; mais la nature, plus prompte dans son action, s'étant soulagée d'elle-même, je fus en état d'achever cette scène sans toucher au dénoûment, et la quittant je lui dis de se rhabiUer et de rentrer de suite après.
Elle était â jeun, et, la faim la pressant, sa toilette ne fat pas longue. Elle mangea d'un appétit dévorant, et le Tin de Saint-Jevèse, qu'elle but comme elle aurait bu de Teau, anima tellement son teint, qu'on ne s'apercevait plus qu'elle fat hâlée. Resté seul avec elle après le souper :
7B MÉMOIRBS DB GASAMOYA.
— Ma chôre Javotte, lai demandai-je, ce que je t*al obligée
à&IretVt-ildéplu?
•^ Au contraire, cela m*a fait grand plaisir.
— J'espère donc que demain tu ne seras pas fâchée d'entrer dans le bain après moi, et de me laver À ton tour comme j*ai fait.
— Bien volontiers, mais saurai-je le faire t
— Je vous instruirai; et, à Tavenir, vous coucherez toutes les nuits dans ma chambre, car je doism'assurer par moi-même que la nuit de la grande opération magique je vous trouverai dans Tétat où vous devez être.
Dès cette heure la jeune allé prit avec moi une contenance assurée, sa gène disparut, et elle me regardait souvent, en souriant d*un air de confiance. La nature avait opéré, et Tesprit d'une jeune ûlle agrandit fortement sa sphère du moment où le plaisir a été soz^ précepteur. Elle alla se coucher, et, comme elle savait bien n'avoir rien de nouveau à me montrer, sa pudeur n'eut pas a souffrir de se déshabiller devant moi ; et comme la chaleur rend les moindres voiles importuns, elle se mit &son aise et s'endormit. J'en ûs de même, mais avec une sorte de repentir de m'être engagé & n'exploiter le terrain que la nuit de la grande conjuration des esprits. L'opération de l'extraction du trésor devait manquer, je le savais ; mais je savais aussi qu'elle ne manquerait pas par la raison que Javotte aurait été manquée.
Au point du jour, la fillette se love et se met & l'ouvrage. Dès qu'elle eut fini la robe ou surplis, je la mis & me faire une couronne de parchemin à sept grandes pointes sur laquelle je peignis des figures et des caractères effroyables.
Le soir, une heure avant souper, j'allai me mettre dans le bain, et Javotte y vint dès que je lui dis qu'il était temps qu'elle y entrât. Elle mit le plus grand zèle â me faire les mêmes ablutions que je lui avais faites la veille, et elle y mit toute la douceur et toute l'aménité dont elle était capable. Je passai dans ce bain une heure charmante, jouissant de tout, mais respectant l'essentiel.