‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 29 sur 235 · CHAPITRE TV · texte numérisé non relu

CHAPITRE TV

B8 reçut pas eet ordre avec rëpugnanoe, car il lui tardait de me donner cette preuve d'obéissance ; et, de mon côte, me regardant comme son débiteur, je me sentais pressé de lasatis&ire.

L'heure étant venue, j'ordonnai au père et à Gapitani de se tenir sur le balcon, soit pour être prêts & mes ordres si je venais à les appeler, soit pour empêcher que personne de la maison pût rien voir de ce qui allait se passer. Je me dé&is alors de tout habillement profeine, et je revêts lô grand surplis, ouvrage des mains pures d'une vierge ; puis je laisse tomber mes longs eheveux épars, je place ma singuliôra couronne sur ma tête, le cercle maœime sur mes épaules, et, empoignant le sceptre d'une main, le merveilleux couteau de l'autre, je descends dans la cour. Là j'étends mon cercle en proférant des paroles barbares, et, après en avoir feit le tour par trois fois, j'y saute au milieu I

La, accroupi, immobile pendant deux minutes, je me lève et je fixe mes regards sur un gros nuage blafard qui «6 levait h l'horizon de l'occident, pendant que le tonnerre grondait du même côté avec force. Que j'aurais paru sublime aux yeux hébétée de mes deux idiots, si, examinant an peu avant l'état du ciel de ce côté-là, je m'étais avisé d'annoncer ce phénomène 1

Le nuage s'étendit avec une rapidité extrême, et la yoûte céleste ne parut bientôt que couverte d'un drap mortuaire ^ue les éclairs les plus vifii sillonnaient dans tons les sens.

Gela étant fort naturel, je n'avais pas la moindre raison d'en être surpris; cependant un commencement de peur me fa,isait éprouver le besoin d'être dans ma chambre. Bientôt ma frayeur augmenta en voyant les éclats de la foudre, mêlés aux éclairs, se succéder et m'entourer de tous les côtés. J'éprouvai alors ce que peut opérer sur l'esprit une grande frayeur, car je me figurai que, si les feudres qui sillonnaient le terrain autour de moi et qui éclataien sans cesse sur ma tête ne m'anéantissaient pas, «'était simplement parce qu'elles ne pouvaient point entrer

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dans mon c«rele magique. Ainsi j'adorais mon propre on- ! CeU« sotte raison m'empêchait d'en sortir, malgré ir qui m'y faisait frissonner. Sans cette croyance, l'une frayeur pusillanime, je n'y ger&is pas reste une a, et ma fiiite précipita aurait dessillé les yeux & »ux dupes, qui auraient bien tu que, loin d'être an ien, je n'étais qu'un poltron. La violence du vent, ata retentissants du tonnerre, un froid pénétrant et yeur me usaient trembler comme la feuille. Mon le, que je croyais & toute épreuve, s'était évanoui ; annaissais nn Dieu vengeur qui m'avait attendu là ne punir d'un seul coup de toutes mes scélératesses, ir mettre fin & mon incrédulité en m'anéautissant. lobilité absolue dans laquelle je me trouvais me perit que mon repentir était inutile, et cela ne fiùsait roitre ma profonde consternation, endant le tonnerre cesse, une pluie abondante com-

& tomber, le danger disparaît et je sens renutre lourage. Tel est l'homme I ou tel an moins je tas

La plnie tombait avec une tells abondance, qu'elle

inondé la contrée si elle avait duré plus d'an quart e. Dés qne la pluie eut cessé, il n'y eut plus ni vent ige, et la lune se montra dans toute ea beaufë au

d'un firmament de l'azur le plus beau. Je ramasse ûe, et, après avoir ordonné aux deux amis d'aller se ar sans me parler, je rentrai dans ma chambre. L'esncore préoccupé, je jetai les yeux sur Javotte, et je ivai si jolie, que j'en eus peur. Je me laissai docilejBsuyer; ensuite, d'un ton pitoyable, je Ini dis d'aller cher dans son lit. Le lendemain, dès qu'elle me vit, e dit qu'en me voyant arriver tout tremblant, mal- V chaleur qu'il foisait, je lui avais inspiré de la a.

as un sommeil de huit heures, la tête reposée, je luvai dégoûté de cette comédie, et, & l'apparition de iéve, je lus tout surpris de n'éprouver aucun senti- Ce n'était pas qne la docile Javotte eût changé, e n'étais plus le même. Me sentant dans an état

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