CHAPITRE IV. T
d*apafhie qui m'était inconnu jusqu'alors, par une suite des idées superstitieuses que la frayeur m'avait inspirées la veille, je crus voir que l'état d'innocence de cette jeune file était protégé par le ciel, et que je n'aurais pas échappé &la mort la plus prompte et la plus terrible si j'avais osé la lui ravir.
Au reste, avec ma tête de vingt-trois ans et mes idées exaltées, je ne voyais dans ma résolution que le père un peu moins dupe et la ûlle un peu moins malheureuse, à moins qu'il ne lui arrivât ce qui était arrivé à la pauvre Lucie de Paséan.
Dès que Javotte ne fut plus à mes yeux qu'un objet d'une sainte horreur, je me décidai à partir sur Theure ; et ce qui contribuait à rendre cette résolution irrévocable, c'était une appréhension que quelque pieux paysan ne m'eût vu faire mes jongleries dans mon soi-disant cercle magique, et que la très-sainte ou très-infernale inquisition, informée par son pieux zèle, ne se mit à mes trousses pour me donner en spectacle par un bel auto-da-fé dont je ne me souciais aucunement d'être l'acteur principal. Frappé de cette possibilité, je fis appeler le père Franzia et Capitani; et, en présence de la vierge, je leur dis que j'avais obtenu des sept gnomes gardiens du trésor tous les renseignements possibles, mais que j'avais été obligé de faire un accord avec eux j)our suspendre l'extraction du précieux dépôt qu'ils étaient chargés de garder. Je dis & Franzia que j'allais lui remettre par écrit tous les renseignements que j'avais contraint ces esprits à me donner. Je lui remis effectivement un écrit pareil à celui que j'avais fabriqué à la bibliothèque publique de Mantoue, et dans lequel j'ajoutai que le trésor consistait en diamants, rubis, émeraudes, et en cent mille livres de poudre d'or. Je lui fis jurer sur mon portefeuille de m'attendre ou de n'ajouter foi à aucun magicien, à moins qu'il ne lui rendît un compte pareil en tous points à celui que je lui faisais la grâce de lui laisser par écrit. Je fis ensuite brûler la couronne et le cercle, et, lui remettant le reste, je lui ordonnai de le garder soigneusement jusqu'à mon retour.
— Quant à TOUS, Capitanî, rendez-vous de suite & Ce-
aéae, h rauberg;a où nous avons logé, et attendez-y rbomme
que Franiùa Tft J envoyer avec nos effets.
~ int lit pauvre Javotte inconsolable, je la pris à part
es lui avoir dit avec tendresse qu'elle me reverrait
ongtempe, je crus devoir la prévenir ([u'e, la grande
ition étant heureusement liùte, sa virginité devenait
et qu'elle pouvait se marier dès qu'elle le voudrait
l'occasion s'en présenterait.
:e rendis de suite & la ville, où je trouvai Capitani ! à retourner & Mantoue après qu'il aurait été & la i Lugo. Il me dit en pleurant comme un benêt que re serait an désespoir quand il le verrait retourner couteau de saint Pierre.
e vous le rends, lui dia-je, avec la gaine, si tous m'en donner les mille écus romains que porte la le change.
ivant ce marché-U trôs-avantageui, il y consentit le. Je lui rendis la lettre, et je lut ûa signer un bil- ' lequel il s'engageait & me rendro ma g^ne dès lui apporterais la mémo somme, qu'il attend en-
e savais que faire de la merveilleuse ga^ne et je pas besoin d'argent, mais j'aurais cru me désboin la lui donnant pour rien ; et puis je trouvais plaie mettre & contribution l'ignorante crédulité d'un palatin par la gr&ce du pape. Plus tard cependant aurais volontiers rendu l'argent qu'il m'en avait mais le hasard a voulu que nous ne nous soyons ]ue bien longtemps après et dans un moment où il it été difficile de lui en faire la restitution. Je n'ai n le gain de cette somme qu'au hasard, et certes ai ne s'avisa pas de s'en plaindre; car, en possé- 'adium cum vaginâ, il était dans la pleine confiance séder tous les trésors ca«hés dans les États du Sre.
tani partît la lendemain et j'allais prendr la route lies, ukais voici encore ce qui m'en empêcha.
CHAPITHB IV. 79
En rentrant à Tanberge, après une courte promenade, Iliôte me remit Tafflche du théâtre, qui annonçait quatre représentations de. la Didone de Metastaslo au thé&tre Spada. Voyant qu'aucun aoteur ni aucune actrioe n'étaient de ma connaissance, je me détermine à voir la représen* tation du soir, et à partir le lendemain par la poste. Une petite peur de Finquisition me talonnait, et il me semblait déjà avoir des mouches II mes trousses.
Avant d'entrer dans la salle, je vais dans la chambre où les actrices s'habillent, et la première me semble assez avenante. Elle était Bolonaise et on l'appelait Nariei. Je la salue, et, après quelques propos de circonstance, je lui demandai si elle était libre. Je ne suis, me dit-elle, engagée qu'avec les entrepreneurs.
— Avez-vous un amant?
— Non.
— Je m'offî^e & l'être, si vous vous sentes disposée. Elle me sourit d'un air goguenard, et me dit : Tenez,
prenez^moi quatre billets pour les quatre représentations. Je tire deux sequins, ayant soin qu'elle vit ma bourse bien fournie, je prends les quatre billets, et les donnant à la fille qui la servait et qui était plus jolie qu'elle, sans lui rien dire de plus, je m'en vais. Elle me rappelle; je fais semblant de ne pas l'entendre et je vais prendre un billet de parterre. Après le premier ballet, trouvant tout du dernier médiocre. Je me lève pour m'en aller, lorsque, portant mes regards sur la grande loge, j'y vois, à mon grand étonnement, le Vénitien Manzoni avec la fameuse Juliette, dont le lecteur se rappellera le fameux bal et le soufflet.
Voyant qu'on ne m'observait pas, je demande à mon voisin qui était cette belle dame couverte de diamants. C'est, me dit-il, la dame Querini, Vénitienne, que le général com+e Spada, maître du théâtre et que vous voyez près d'elle ik conduite ici de Faônza, sa patrie. Charmé que M. Querini l'eu nfin épousée, mais ne pensant pas À l'approcher p ^ les raisons que le lecteur n'aura pas ou* hliées, non plus que nos débats lorsqu'elle voulut que je
8" HÉMOIREB DB CABANOTA.
l'habillasse en atibé, j'allais sortir ; mais au moment mémo, elle m'aper^it et m'appelle. Je m'approchô, et, ne voulant DOS Atro connn, je lui dis tout has que je m'appelais F&ini me dit aussi que je parlais & Son Eïxcâlîuerini. Je le sais, lui dis-je, par une lettre qas e Venise, et j'en fiûs mes sincôres félicitations 3tte qui m'entend, me fait Bur-le-ch&mp baroo, ente au comte de Spada. Ce seigneur m'invitd actueusemeut A entrer dans sa loge, et après nandd d'où je venais, ofij'allais, etc.,Umeprie Itionnenr de souper avec enx.
it dix ans qu'il aviùt été ami de Juliette k sque Maiie-Tbérèse, voyant la mauvaise istes charmes, crut devoir l'en faire sortir. Elle ivelé connaissance avec Inî & Venise, od elle tgé & la condoire & Bologne en partie de plai- Manzoni, son ancien suivant, qui me conta accompagnait ponr pouvoir rendre témoignage i conduite & M Querini. Ce n'était pas ft la vé- [^ron des mieux choisis, ait & Venise qne tout le monde crût qu'il l'avait i secret ; mids & cinquante lieues de I& elle ne cette formalité utile, et le général l'avait déj& omme M*" Querini Papozze & toute la noblesse Au reste, M. Querini aurait eu tort d'avoir été énéral ; car c'était une connaissance de trop D, qui ne devait pas tirer ft conséquence. Il est 3QU parmi certaines femmes qu'un amant der- ][ni se montre jaloux d'une ancienne connaisut être qu'un sot, et au'on peut le traiter comme ■£, craignant sans doute mon indiscrétion, 9 appelé; mai?, voyant que j'avais également & sienne, elle se rassura. Je la traitai politiquee principe avec tous lea égards dus à sa qoa-
à chez le général nombreuse compagnie, et des ses jolies. Ne voyant pas Juliette, je la de- . Manzoni, qui me dit qu'elle était à la table