CHAPITRE TI
— Pourquoi rare?
— Vous ne savez donc pas que don Philippe est arrivé, et que Madame de France, son épouse, est en chemin?
— Je vous en fais mon compliment. Cela doit faire aller le commerce, l'argent doit rouler et Ton doit trouver de tout.
— C'est vrai ; mais tout est cher, et nous ne pouvons pas nous faire à ces nouvelles mœurs. C'est un mauvais mélange de liberté française et de gêne espagnole qui nous &it tourner la tête. Quel linge désirez-vous?
— Avant tout, je dois vous avertir que je ne marchande pas; ainsi prenez garde à vous. Si vous me surfaites, je ne viendrai plus. Il me faut de belle toile pour vingt-quatre chemises de femme, du basin pour des jupons et des corsets, de la mousseline, de la batiste pour des mouchoirs et d'autres articles que je voudrais bien que vous eussiez ; car, étant étranger. Dieu sait dans quelles mains je vaiâ tomber 1
— Vous ne tomberez .qu'en de bonnes mains si vous voulez me donner votre confiance.
— 3e juge que vous la méritez ; je me livre donc à vous. D faut aussi me trouver des couturières qui travailleront dans la chambre même de la dame, qui a besoin de se faire faire rapidement tout ce qui lui est nécessaire.
— Et des robes?
— Des robes aussi, des bonnets, des mantelets, enfin tout; car figurez-vous qu'elle est nue.
— Si elle a de l'argent, je vous réponds qu'elle aura tout ce qu'elle peut désirer. Est-elle jeune?
— Elle a quatre ans de moins que moi et elle est ma femme.
— Ahl que Dieu vous bénisse. Vous avez des enfants?
— Non, ma chère dame, mais cela viendra, car nous travaillons en conséquence.
— Cela s'entend. Que je suis contente I Allons, monsieur, je vais envoyer chercher la perle des couturières. En attendant amusez- vous à choisir.
Je pris ce qu'elle avait de mieux, je la payai, et dans ces