‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 48 sur 235 · CHAPITRE Vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vr

par leçon d'une heure, et le double pour deux heurafi, et U ge Mt payer par leçon.

— Mon ami, me dit Henriette, veux-tu qu« ja preimf ce maître?

— Je t'en prie, ma chère; cela t'amusera,

— Le cordonnier sortit en promettant de lui envoyer 1$ Flamand le lendemain matin.

Les couturières allaient leur train : Jandis que la» môre coupait, la fille cousait; mais une seule ne pouvant pap faire beaucoup de besogne, je dis à la mère qu'elle me ferait plaisir de nous procurer une seconde ouvrière qui parlât français. Vous Taurez, me dit-elle, aujourd'hui même. En même temps elle m'oflft*it son fils pour nom servir. Vous n'aurez, me dit-^elle, ni un voleur ni un espion auprès de vous, et il s'explique passablement en français. Je crois, mon ami, me dit Henriette, que nous ferions bien de le prendre. C'en était assez pour que j'y eon* sentisse, car pour un homme qui aime, le moindre désir de l'objet aimé est un ordre suprême. La mère ftjla le chercher, et la couturière semi^française vint en môme temps : c'était un soulagement, un vrai passe-temps pour ma déité.

Le fils de la maîtresse couturière était un jeune homme de dix-huit ans, assez instruit, doux, modeste et d'une physionomie agréable. Je lui demandai son nomi U me répondit qu'il s'appelait Caudagna.

Le lecteur sait que mon père était Parmesan, et il n'ft pas oublié peut-être qu'une de ses sœurs avait épousé un Caudagna. H serait plaisant, me dis-je à moi-même, que cette couturière fut ma tante, et mon valet mon aousin germain! Taisons-nous. Henriette me demanda si je voulais que cette couturière dînât avec nous. Je te supplie, mon adorable Henriette, de ne point me mortifier à l'avenir en faisant dépendre ces petites choses de mon oonsentement. Sois sûre, ma tendre amie, que mon approbation précédera, s'il est possible, tes moindres actions. Elle sourit et me remercia. Tirant alors une bourse de ma poche, je lui dis : Tiens, voilà cinquante sequins, et pa,ye

toi-même toutes les petites dépenses que tu auras besoin de faire et que je n*aurais pas l'esprit de deviner. Elle Taccepts^ en nk'assurant que je lui faisais un grand plaisir.

Un moment avant de nous mettre à table, voilà le bon capitaine hongrois qui vient. Henriette court Tembrasser en rappelant son cher papa, et moi j'imitai son exemple en rappelant mon ami. Ma chère épouse le pria de venir dîner tous les jours /kvec nous. Ce brave militaire, voyant toutes ces femelles à travailler pour Henriette, éprouvait une satisfaction extrême qui se peignait vivement dans tous ses traits : il se félicitait d'avoir si bien placé son aventurière, et il fut au comble de la joie quand je lui dis que je lui devais mon bonheur.

Nous dînâmes délicatement et joyeusement. Je m'aperçus qu'Henriette était Mande et mon vieil officier gourmet. Je n'étais pas mal l'un et Tautre, et je me sentais en état de leur tenir tête. Ainsi, voulant goûter de plusieurs Tins excellents que M. d*Andremont m'avait vantés avec raison, nous fîmes un très-joli dîner.

Mon jeune domestique me plut par le respect avec lequel il servait tout le monde, et sa mère aussi bien que ses maîtres. Sa sœur et l'autre couturière avaient dîné

seules.

Au dessert on nous annonça la marchande lingère avec une autre femme, et une marchande de modes qui parlait français. L'autre avait des échantillons pour toutes sortes de robes. Je laissai Henriette commander les bonnets, les coiffes, les garnitures, etc., qu'elle voulut; mais pour le choix des robes je voulus absolument m'en mêler, me conformant cependant au goût de mon adorable amie.

Je la forçai de choisir pour quatre robes, et je sens que je lui dus de la reconnaissance pour la complaisance qu'elle eut de les accepter ; car plus je captivais le cœur de cette femme charmante, plus je sentais que j'ajoutais â. mon bonheur. Nous passâmes ainsi la première journée, pendant laquelle il n'était pas possible de faire plus que nous ne fîmes.

Le soir, soupant tête à tête, il me sembla découvrir

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