CHAPITRE Vn
une singulière opinion de moi. Dites-lui que, quoique personne ne me connaisse et que je ne me fasse connaître de personne, je ne suis pas une aventurière, et que par conséquent je ne saurais avoir Tbonneur de le recevoir.
Dubois, sentant qu*il avait fait un faux pas, resta muet; §t les jours suivants nous ne lui demandâmes pas conmient le ministre avait reçu notre refus.
Trois semaines après, la cour étant à Colorno, on donna une superbe fête et tout le monde pouvait se promener librement dans les jardins, qui devaient être illuminés pendant toute la nuit. Dubois, le fatal bossu, nous ayant beaucoup parlé de cette fête, l'envie d'y aller nous vint : c'est la pomme d'Adam. Dubois nous y accompagna. Nous nous y rendîmes la veille, et nous logeâmes à Fauberge.
Vers le soir nous allâmes nous promener dans les jardins, et le basard voulut que les souverains s'y trouvassent avec leur suite. Madame de France fut la première qui, suivant l'usage de la cour de Versailles, ût la révérence & mon Henriette, sans cesser de poursuivre soncbemin. Mes yeux se portèrent alors sur un cavalier qui se tenait â côté de don Louis, et qui ûxait attentivement mon amie. Bientôt, revenant sur nos pas, nous rencontrâmes ce même cavalier qui, après nous avoir fait une profonde révérence, pria Dubois de l'écouter une minute. Ils furent un quart d'heure ensemble à s'entretenir en nous suivant ; et nous allions sortir, lorsque ce monsieur, allongeant le pas, et après m'avoir très-poliment demandé excuse, demanda à Henriette s'il avait l'honneur de lui être connu.
— Je ne me rappelle pas d'avoir jamais eu l'honneur de vous voir.
— Cela suffit, madame ; je vous supplie de me pardonner. Dubois nous dit que ce monsieur était l'ami intime de
l'infant don Louis, et que, croyant connaître madame, il l'avait prié de le lui présenter. Il lui avait dit qu'elle s'appelait d'Arci, et que s'il la connaissait il n'avait pas besoin de lui pour lui faire une visite. M. d'Antoine lui avait répondu que le nom d'Arci ne lui était pas connu et qu'il n'aurait pas voulu se tromper. Dans cette incertitude, ^'outa
mlant s'éclftircir, il s'est présenW lai-m^nM; Uemeot il doit être persuadé qu'il s'est trompé, nper, Henriette me paraissait Inquiète, Je lui i elle n'av^t point fait semblant de ns pas «nl'A.ntoine.
de semblant, mon ami, je t'assnre. Je connais 'est celui d'une lllnstre famille de la Provence; ■sonne m'est tout à bit inconnue.
Dt^il qu'il te connaisse?
possible qu'il m'ait Tue, mais certainement je mais parlé, car je l'aurais reconnu, rencontre m'lnquiët«, et il me parait qne tn n'j lërente.
'oue.
ms Parme, si tu veux, «t allons à Gènes. Lors- Ifeire sera accommodée, nous irons à Venise, ion cher ami ; nons serons alors plus tranquilles. je crois qu'il n'est pas nécessaire que nous nous
oum&mes & Parme le surlendemain, et deui mon domestique me romit une lettre en me dicoureur qui l'avait apporté attendait dans l'an-
lettre, dis-je & Henriette, me trouble les sens. •end, l'ouvre, et aprâs l'avoir lue elle me la rend nt : Je crois que M. d'Antoine est un homme ainsi J'cspâre que nous n'avons rien à craindre, était conçue en ces termes :
z vous, ou chez moi, ou en tout autre lieu qu'il m'indiquer, je vous prie, monsieur, de me fourra de m'entretenir un instant aveo vous sur on lit beaucoup vous intéresser, inneur d'êtro, etc. D'Antoiui,
3 était à M. de Famsi.
is, dis-je &mon amie, que je dois le voir, mais oùt , ni chez lui ; mais au jardin de la cour Ta rélit contenir que l'heure et le lieu du rendez-vous.