CHAPITRE Vtl
he &tal Dubois vint le lendemain de son joli sonper nous remeroiep et recevoir les éloges que nous lui fîmes de son concert, de son souper et du choix de la réunion. ^ Je prévois, madame, dit-il à Henriette, la peine que j'ai à mù défendre de Tempressement avec lequel on me priera de vous être présenté.
' — Votre peine, monsieur, ne sera pas grande : vous savez que je ne reçois personne.
Dubois n'osa plus parler de présentation.
Je reçus ce jour-là une lettre du jeune Capitani, dans laquelle il me disait qu'étant possesseur du couteau et de la gaine de saint Pierre, il était allé chez Franzia avec deux savants magiciens qui promettaient d*extraire le trésor, et qu'il avait été bien surpris qu'il ne l'eût pas voulu recevoir. Il me priait de lui écrire et d'y aller moi-même en personne, si je voulais avoir ma part du trésor. On sent que sa lettre resta sans réponse; maûs ce que je me plais & certifier à mes lecteurs, c'est que j'éprouvai le plus grand plaisir d'avoir réussi à mettre cet honnête et simple cultivateur à l'abri des imposteurs qui l'auraient ruiné.
Depuis le célèbre souper de Dubois, il s'était écoulé un mois, et nous l'avions passé dans le bonheur de l'esprit et des sens; car jamais un seul instant vide ne venait nous présenter ce triste échantillon de la misère qu'on appelle bâillement. Notre seul divertissement extérieur était une promenade en voiture hors de la ville lorsque le temps était beau. Ne descendant jamais, ne fréquentant aucun lieu public, personne n'avait pu chercher à nous connaître, on n'en avait au moins trouvé l'occasion, malgré la curiosité que mon amie avait pu exciter parmi les personnes que le hasard nous avait fait rencontrer, surtout au souper de Dubois. Henriette était devenue plus courageuse et moi plus sur, après avoir vu que personne ne l'avait reconnue ni au théâtre ni au souper. Elle ne craignait que la haute noblesse.
^ jour que nous nous promenions hors la porte de Colorno, nous rencontrâmes le duc avec son épouse qui retournaient en ville. Un instant après voilà une autre
TOttare dans laquelle était Dubois avec un seigneur que nous ne connaissions pas. A peine notre yoiture avait-elle dépassé la leur qu*un de nos chevaux s'abattit. La personne qui était avec Dubois fait arrêter sa voiture pour nous envoyer du secours. Pendant qn*on relevait le cheval, il s'approcha noblement de notre voiture et fit un compliment de circonstance & Henriette. M. Dubois, fin courtisan et jaloux de se faire valoir aux dépens d*autrui, ne perdit pas de temps pour lui dire que c'était M. Dutillot, ministre de France. L'inclination d'usage fut la réponse de mon amie. Le cheval étant sur pied, nous poursuivîmes notre chemin après avoir remercié ces messieurs de leur courtoisie. Une rencontre aussi simple ne devait dans l'ordre avoir aucune suite : mais souvent les plus grands événements tiennent & de si petites choses !
Le lendemain Dubois vint déjeuner avec nous. Il débuta par nous dire sans le moindre détour que M. Dutillot enchanté de l'heureux hasard qui lui avait procuré le plaisir de nous connaître, l'avait chargé de venir nous demander la permission de venir nous voir.
— Madame, ou moi! lui dis-je sur-le-champ.
— L'un et l'ajutre.
— A la bonne heure, mais un & la fois; car madame, comme vous le savez, a sa chambre, et moi la mienne.
— Oui, mais elles sont si voisines I
— D'accord; cependant je vous dirai que, pour ce qui me regarde, c*est moi qui courrai chez Son Excellence, s'il a quelque ordre À me donner ou quelque communica- 4ion à me fitire : je vous prie de le lui dire. Quant & madame, elle est présente : parlez-lui; car je ne suis, mon cher monsieur Dubois, que son très-humble serviteur.
Henriette alors, d'un air gai et poli, lui dit :
— Monsieur, je vous prie de remercier M. Dutillot, et de lui demander s'il me connaît.
— Je suis sûr, madame, dit le bossu, qu'il ne vous connaît pas.
— Voyez-vous, il ne me connaît pas et il veut me faire une visite. Convenez que si je le recevais je lui donnerais