CHAPITRE X
Mon passage à Ferrare et ateature comique qae j'y ai. -- Mon arrivée'
à Paris.
A midi précis la péotte me débarque au pont du Lac- Obscur, et je prends de suite une chaise pour aller dîner à Ferrare, où je descends à Tauberge de Saint-Marc. Je monte précédé d'un valet, quand tout à coup un bruit de gaieté qui se faisait entendre dans une salle ouverte m'inspira la curiosité de voir ce que c'était. J'avance ma tête dans la salle et je vois une douzaine de personnes, hommes et femmes, assis autour d'une table abondamment servie. C'était tout simple, et j'allais continuer mon chemin, quand je me vis arrêté par un : Ah I le voild, prononcé par une jolie voix de femme ; et au même instant cette même femme, s'étant levée de table, vient à moi les bras ouverts, et m'embrasse en disant : — Vite, mettez un couvert auprès de moi, et qu'on mette sa malle dans cette chambre. Un jeune homme s'étant approché pendant ce temps, elle lui dit : — - Eh bien, je vous l'avais dit qu'il arriverait aujourd'hui ou demain.
Elle me mène asseoir près d'elle après avoir été salué par tous les convives qui s'étaient levés pour ma faire
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hoineiiF. Mon cher consin, me dit-elle, tous devez avoÎTbon appétit. Et en disant cela, elle me marchait sur lu pied. VoUft mon futur qne je toos présente, et voilA mon beau-père et ma belle-môra. Tout ]e reste de la société sont des amis de la maison. Mais, mon cher cousin, d'où vient que ma mère n'est pas arrivée aveo rons !
VoU& enân le moment de parler I
— Votre mère, ma chère cousine, sera ici dans trois oo quatre jours au plus tard.
Je ne croyaiB paa conn^tre cette singulière personne ; mais en la regardant bien, je crois me rappeler ses traits. C'était la Catinella, danseuse trôs-connae, mais & laquelle je n'avais jamais parlé. Je vis facilement qu'elle me faisait jouer un rôle impromptu dans une pièce de sa compûsition, et qne je devais Ini être nécessaire pour le dénoâment. Le singulier m'a toujours plu, et comme ma cousine était jolie, je me prêtai au jeu de bonne grâce, ne doutant pas de la Fécompenae qui m'attendait. U s'agissait de bien jouer mon rôle et surtout sans me compromettre; ainsi, aous prétexte d'avoir besoin de manger, je lui laissai tout le temps de parler i. demi mots, pour savoir & quoi m'en tenir a&a de ne pas &ire quelque bévue. Sentant mes besoins et le motif de ma réserve^ elle me donna an échantillon de son esprit en disant tantôt & l'un, tantôt A l'autre, tout ce qu'il m'était nécessaire de savoir. Je sus qne le mariage ne pouvait se ffûre qu'A l'arrivée de sa mère, qui devait lui apporter ses habits et ses diamants. J'appris aussi que j'étais le mûtre de chapelle qui allait & Turin ponr composer la musique de l'opéra que l'on devait jouer pendant les noces du duc de Savoie. Cette dernière découverte me fit grand plaisir; car je vis que je n'éprouverais aucune difficulté pour partir le lendemain, et cela me donna du goût pour mon râle. Cependant, sans la ré- ""mpense sur laquelle je comptais, j'aurais bien pu dire à
oompaguie que ma prétendue cousine était folle, mais
oique Catinella frisât la trentaine, elle était fort jolie et
èbre par ses intrigues : que de motifs pour me rendre
Aple comme un gant I
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La prétendae belle-mère était assise vis-à-vis, et pour me faire honneur elle remplit un verre qu'elle me présenta. Déjà identifié avec mon rôle, j'étends la main pour le prendre ; mais s'apercevant que je la tenais un peu courbée : — Qu'avez-vous donc, monsieur? me dit-elle.
— Rien, madame, une entorse légère que je me suis donnée et qui guérira avec un peu de repos. A ces mots, Catinella, éclatant de rire, dit qu'elle en était fâchée, puisque cela priverait la compagnie de m'entendre jouer du clavecin.
— Je trouve singulier, ma cousine, que cela vous fasse rire.
— Je ris, parce que cela me rappelle une entorse de commande que je me suis donnée il y a deux ans pour ne pas danser.
Après le café, la belle-mère, femme qui connaissait sans doute les convenances, dit que M"* Catinella devait sans doute avoir à me parler sur ses affaires de famille ; qu'ainsi il fallait nous laisser en liberté : tout le monde sortit.
Seule avec Catinella dans la chambre que cette intri* gante m'avait fait préparer auprès de la sienne, elle se jfta sur un canapé pour se livrer à un rire immodéré. Quoique je ne vous connaisse que de nom, me dit-elle, je suis sûre de vous ; mais vous ferez fort bien de repartir demain. Je suis ici, continua-t-elle, sans le sou depuis deux mois. Je n'ai que quelques robes et du linge que j'aurais été obligée de vendre pour vivre, si par bonheur je n'avais rendu amoureux le ôls de l'hôte. Je l'ai flatté de l'espoir de devenir sa fename en lui apportant une dot de vingt mille écus en diamants que je dois avoir à Venise et que ma mère doit m*apporter. Ma mère n'a rien et ne sait rien de cette intrigue : elle ne bougera donc pas de Venise.
— Mais, belle extravagante, dis-moi, je t'en prie, quel sera le dénoûment de cette farce? Je prévois qu'il sera kagique.
— Tu te trompes ; il sera comique et trôfihrisible. J'at^