‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 85 sur 235 · II · texte numérisé non relu

II

182 BfÉMOIRES DB CÂfiANOTA.

tends à chaquo instant le comte de Holstein, ftère de Télectear de Majence. Il m'a écrit de Francfort; il en est parti et il doit être maintenant à Venise. Il Tiendra me prendre pour me conduire À la foire de Reggio, et si mon prétendu s'avisait de faire le méchant, il le rosserait en lui payant ma dépense, mais je yeux qu'il ne soit ni rossé ni payé. Au moment de partir, je lui dirai doucement à l'oreille que je reviendrai, et tout sera fini, car je le rendrai heureux en lui promettant de l'épouser À mon retour.

— C'est à merveille I tu as de l'esprit comme un ange ; mais moi je n'attendrai pas ton retour pour t'épouser : nos noces doivent avoir lieu de suite.

— Quelle folie ! attends au moins la nuit.

— Point du tout, car il me semhle déjà entendre la voiture du comte. S'il n'arrive pas, nous n'y perdrons rien pour la nuit.

— Tu m'aimes donct

— A la folie, et quand même I mais ta piôce vaut bien qu'on t'adore. Ne perdons pas de temps.

— Tu as raison; c'est un épisode, pt d'autant plus joli qu'il est impromptu.

Je me souviens encore que je le trouvai charmant.

Vers le soir toute la société vint nous trouver, et on parla d'aller prendre Fair. On s'y disposait lorsqu'on entendit le bruit d'un équipage à six chevaux qui arrivait en poste. Catinella, ayant regardé par la fenêtre, dit à tout le monde de se retirer, que c'était un prince qui venait pour elle ; qu'elle en était sûre. Chacun s'en va, elle me pousse dans ma chambre et m'y enferme. La berline s'arrête effectivement devant l'auberge, et j'en vois sortir un seigneur quatre fois plus gros que moi, soutenu par quatre domestiques. Il monte, il entre chez la future épouse, et il ne me reste pour tout amusement que la satisfaction d'avoir saisi la fortune par le toupet, le plaisir d'entendre tous leurs discours et la commodité de voir par une fente tout ce que Catinella parvenait à faire avec cette lourde masse. A la fin ce sot amusement finit par m'ennuyer, car il dura

lJ

Page 1