‹ Mémoires de Jaques II (volume 2)Chapitre 15 sur 15 · H MEMOIRES · texte numérisé non relu

H MEMOIRES

diligence pour y arriver avant nous; mais ce n'était pas là notre intention; nous ne voulions que l'amuser et lui donner cette pensée; afin de pouvoir ainsi lui échapper, et ^ retournant sur nos pas 9 tomber à Timproviste sur Calais , que nous espérions emporter en peu d'heures , connaissant un côté faible par où nous croyions pouvoir aisément nous en rendre maîtres.

Ce n'était pas seulement de ce moment que les Espagnols y avaient pensé; on s'était occupé de ce projet avant que l'archiduc quittât la Flandre. Celui-ci avait dans le temps envoyé à Calais des ingénieurs déguisés qui avaient reconnu le côté faible dont je parle. Le plan de l'entreprise , tel qu'on l'avait enfin arrêté, ne pouvait être meilleur, et il y avait toutes les probabilités imaginables de succès , car la chose fut conduite avec tant de secret et d'habileté que l'ennemi n'en eut pas le moindre soupçon. En quittant Mons , nous avions laissé derrière nous un corps de cavalerie suffisant ^ en y ajoutant quelque cavalerie tirée des garnisons voisines , pour exécuter la première partie du projet. Nous avançâmes donc du côté de Montmédy jusqu'à Philippeville ; et, voyant par la marche de M. de Turenue qu'il nous croyait dans l'intention de secourir cette ville,, nous changeâmes la nôtre, et le 26 marchâmes directement sur Calais.

Pon Juan, le prince de Condé et Caracena

prirent^ à la tête de la cavalerie , le plus court chemin 9 et me laissèrent avec M. de Marsin avec l'infanterie pour les suivre le plus promptement que nous pourrions. Le bagage et l'artillerie avaieijit ordre de prendre une route plus enfoncée dans l'intérieur des possessions espagnoles. Le prince de Ligoe fut choisi pour l'exécution de cette entreprise et pour porter les premiers coups et les plus importaos. Il fut donc envoyé la veille du départ pour rejoindre les troupes que nous avions laissées en arrière.

A là fin de la première journée de marche , j'atteignis Tilly avec mon infanterie; le lendemain 37^ les faubourgs de Mons ; le 28/Bruxelles ; le 2Q je passai l'Escaut h Tournai et arrivai à Pont-à-Bouvines. De là^ le 3r^ je passai sous les murs de Lille; et, traversant la Lys à Armentières y nous primes dos quartiers à Nieukerke. Le lendemain y premier juillet , nous. arrivâmes à Hasebrouck, et le 2 à Arques, à une lieue de Saint-Omer. J'y étais arrivé le matin de bonne heure, pensant atteindre Calais avant la nuit, lorsque je reçus de don Juan une lettre pour m'apprendre que l'entreprise avait manqué, et m'ordonner de demeurer à Arques jusqu'à ce que je reçusse de ses nouvelles. Voici en peu de mots le récit de ce qui s'était passé.

Le prince de Ligne était parti de Gravetines dès qu^il avait fait nuit pour exécuter ce dessein

Si bien combiné. Il devait au moment de la marée basse s'emparer de cette portion de la TÎHe qui est située bors des murs et joignant au quai* Une fois qu'il en aurait été maître ^ la ville ne pou« vait tenir plus de douze heures, ca.r la garnison était peu considérable et la place faible de ce coté; mais il arriva une demi^heure trop fard; en sorte que Feau se trouva si haute qu'il lui fat impossible de passer, et qu'il se trouva forcé de se retirer sans avoir rien fait que de donner à la ville une chaude alarme , et d'avoir indiqué par sa marche sur le bord de la mér le point qu'il voulait attaquer, ce qui avertit le gouverneur de la faiblesse de ce point. Celui-ci , reconnaissant le danger qu'il venait de courir, se fortifia de ce côté de manière à n'avoir plus à craindre une semblable surprise. Ainsi nous manquâmes notre entreprise après avoir faft pour rien une trèslongue marche.

Le 4 juillet notre cavalerie et notre infanterie se rendirent ensemble à Qnernes à one lieue d'Aire, et un jour ou deux après nous arrivèrent aussi notre canon et notre bagage. Le 6 nous marchâmes à Bouré, tout contre Lillers , ou nous séjournâmes quelques jours. Vers le 12 nous nous rendîmes à Brouay, et le lendemain à Hâni; le jour suivant, à Roeux, sur la Scarpe, un peu an-dessus d'Arras. Le i5 nous arrivâmes à Sauchy-Cauchy, entre Arras et Cambrai ; nous y de-

mettrâiBCS jusqu'au 21 , et de là marehàmes à Marceiiig.

Pendant que nous perdions ainsi le temps en marches et contre^-^march^ inutiles^ M. de La Ferte Continuait le siège de Mostmëdy. La place était forte^ et la garnison , composée de braves gens 9 se défendait yaillamment ^ et tint plus loDg^temps que les Français ne s'y étaient attendus. Pendant ce temps M. de Turenoe s'occupait à observer nos mouvenaens^ ou bien se tenait à portée deMontmédy pour empêcher qu'on m'y fît entrer aucun secours. Ainsi » durant toute cette pren:iière partie de la campagne ^ nous eûmes beaucoup de marches mais pas d'affaires. De Marcoing ^ uous marehâmes le aj sur le Catelet ; le lendemain , à Ferraques , et le 29 , à Orignysur-Oise. Nous n'y demeurâmes qu'un jour, puis rararcbâmes à Eglancourt ^ près de Guise ^ où nous campâmes jusqu'au 8 août. De là nous marchâmes à Féron , le lendemain à Maçon ^ près de Cbimay, et le 10 à Aublin, environ une lieue en aTant de MàHenbourg.

Là nous reçûmes la nouvelle de la prise de Moritmédy« La place avait été si bien défendue ^ qu'on ne commença à parlementer que lorsque les ennemis se furent logés dans le bastion. Nous apprinies en même temps que M. de Turenne s'ér* tait mis en marche pour la Flandre avec l'intention d'y entreprendre quelque siège. Sur cet avis

nous noas mîmes en marche Ters le même point , et nous ne nous arrêtâmes pas jusqu'au :29 que nous arrivâmes à Calonne-sur-la Lys ^ à une lieue de Saint- Venant, où M. de Turenne avait mis le siège avant notre arrivée. Ses lignes étaient si avancées, qu'attendu leur force et notre faiblesse nous ne jugeâmes pas devoir essayer de secourir cette ville en attaquant de vive force les retranchemens, mais pensâmes qu'il valait mieux essayer de couper les vivres à nos ennemis, et d'empêcher quatre ou cinq fourgons qu'il avait à Béthune de lui apporter le pain et les munitions dont il avait besoin pour le siège. Nous avions reçu avis que ses fourgons devaient partir le lendemain de Béthune , sous une escorte , pour se rendre au camp qui se trouvait à environ la distance de trois lieues.

Il fut donc décidé que toute l'armée se mettrait en marche le lendemain matin pour s'aller porter au village de Montbernenchon , par où le convoi était absolument obligé de passer, afin de lui couper le chemin. Comme le lieu où nous nous trouvions , aussi bien que la plus grande partie du pays que nous devions traverser le lendemain , était fort coupé de petits enclos , on ordonna qu'à la tête de chaque régiment un détachement muni des outils nécessaires fut chargé, de préparer les passages; de manière que , lorsque nous arriverions sur la plaine qui se trou-*

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Vait à portée de canon des lignes de l'ennemi ^ nous pussions nous trouver proinptement en ordre de bataille. Le lendemain j '11 , nous fûmes prêts à partir aussitôt après le lever du soleil , ainsi qu'il avait été ordonné la veille. Cependant il était près de midi lorsque nous nous mimes en marche. Je ne puis imaginer quelle fut la raison de ce délai. Il n'était pas difficile de prévoir qu'il jiQUS mettait en danger de perdre l'occasion favorable et de donner au convoi le temps d'arriver dans les lignes. Ce dont je suis assuré, c'est que quelques personnes, et moi entre autres, ne manquâmes pas de le faire observer à .don Juan ; mais nous n'en partîmes pas un instant plus tôt pour cela. ,

A la fin , qiielque peu avant midi , nous nous mimes en marche rangés eh bataille. Le prince de Ligne, général de la cavalerie, à la tête de l'aile droite, le prince de Condé à la gauche, et moi , que don Juan avait prié de faire ce jour^à les fonctions de mestre-de-camp-général, h la tête de l'infanterie.

Quant à don Juan et au marquis de Caracena, ils marchaient en avant avec leurs trois compagnies des Gardes ^ jusqu'à ce que , arrivant près de la plaine, ils s'arrêtèrent pour faire la sieste comme à leur ordinaire. Nous marchions lentement à cause des clôtures. Je n'en avais plus qu'une à passer à la tête de mon, infanterie pour

arriver à la plaine^ lorsque j'aperçus le convoi ennemi qui commençait à descendre de Montbernenckon ^ et se hâtaitle plus qu'il pouvait pour gagner le camp. Je passai donc la dernière hiîie et con^mençai à ranger mon infanterie en bataiilo à mesure qu^elle sortait de Tenelos j et Toyant que le prince de Ligne était déjà arrivé avec quatre ou cinq escadrons dans la plaine sur mon flanc droit , qui était le plus proche de rennemi^ j'envoyai lui donner avis de l'approche du convoi, lui faisant remarquer qu'il était absolument entre ses mains. Il n'avait autre chose à faire qu'à marcher dessus, et à s'en emparer avant qu'il" pût gagner les lignes , car il n'y avait pour toute escorte que trois escadvons. Il me fit réponse qu'il voyait cela aussi bien que moi, et n'ignorait pas combien il lui était facile d'enlever ce convoi ; mais qu'il n'osait pas l'attaquer sans l'ordre de don Juan ou du marquis de Caracena.

Je me rendis vers lui au galop et le pressai aussi vivement qu'il me fut possible, <deiïe pas perdre , par cet excès de scrupule, une aussi belle occasion. Il me répondit que je necoiinai^atspas la ponctualité espagnole , et que , s'il attaqpuait l'ennemi sans ordre , il pourrait lui en cojiiter la tête, surtout s'il échouait dans son entreprise ou s'il essuyait le moindre échec. Je lui répondis qu'il n'avait pas lieu de craindre aucune mésa-

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ventare; que quand M. deTurenne faisait sortir quelque cavalerie de ses lignes^ jamais il n'y hasardait son infanterie ; que ^ si les Espagnols le redierchaient pour cette action , je consentais à en prendre«ur moi tout le blâme , et qu'ail aurait tout lieu de s'excuser en disant qu'il m'avait obéi en ma qualité de mestre-de-camp général ; mais^ malgré tous les argumensdont je pus m^aviser ^ je ne parvins pas à lui persuader de ckarger. Ainsi nous perdîmes l'occasion, car, pendant notre dispute, le convoi, sentant l'excès du danger , avait fait toute la diligence possible et nous avait dépassés.

Enfin , lorsqu'il n'y eut plus de remède, et que déjà les premiers fourgons étaient entrés dans les retranchemens de l'ennemi , les trois compagnies des Gardes vinrent joindre le prince de Ligne et lui apportèrent l'ordre de tomber sur le convoi, ce qu'il fit aussitôt. Il n'ajouta à ces trois conipagnies que la sienne, et j'y envoyai aussi la mienne. Les quatre premières, qui avaient à leur tète un neveu du marquis de Caracena, le comte de Colmanar , jeune homme sans expérience, s'avancèrent si préçipitammentet avecsi peu d'ordre , que si les trois escadrons ennemis qui faisaient l'arrièrç-garde du convoi eussent tenu ferme, ils les auraient mises en déroute; maïs Berkley, quiisommandait mes gardes, voyant leur imprudence , les suivit en bon ordre et leur épar-

gna ainsi un affront ; car^ après avoir charge et mis en, fuite ces trois escadrons , ils les poursuivirent avec autant d'ardeur et de désordre quHls en avaient mis à s'avancer sur eux, tellement que quelques uns d'entre eux entrèrent dans les lignes des ennemis qui n'avaient pas eu le temps de fermer encore, leurs barrières et se trouvèrent engagés pêle-méie avec eux ; mais ils revinrent bientôt aussi vite qu'ils étaient allés, et ne s'arrêtèrent pas jusqu'à ce qu'ils se fessent mis en sûreté derrière ma compagnie des gardes qui était alors à portée de mousquet des retranchemens. Là , ils se rallièrent. Une fois reformés , ils se refroidirent pour laisser à mes gens la conduite de l'arrière-garde sans essayer > comme ils en auraient eu le droite de leur enie-* ver ce poste d'honneur.

Ils retournèrent en cet ordre joindre l'armée rangée en bataille sur la plaine, à portée de canon des retranchemens ennemis. Après avoir demeuré ainsi quelque temps , nous nous retirâmes un peu en arrière et campâmes à Montbernenchon. Le convoi échappa ainsi sans avoir perdu un chariot ni un fourgon. Il n'en coûta à l'ennemi que quelques hommes pris ou tués par les gardes: du nombre de ceux-ci fut le marquis de Reoty , homme de qualité, qui mourut de ses blessure» quelques jours après, et un nommé Quérino, qui commandait le régiment de Gesvres.

'Le soir du jour où le convoi nous avait échappé, tandis que nous nous retirions à Montbernenchon, je m'entretins. sur parole avec le marquis d'Humières et quelques autres officiers de l'armée française qui sortirent de leurs retranchemens pour me venir parler. Avec moi se trouvait un nommé Tourville^ qui commandait un régiment de cavalerie dans les troupes du prince de Condé. Ce régiment devait être de garde le lehdémain avec, un régiment espagnol d'infanterie^ au pied de la colline dont j'ai parlé, et qui se trouvait à portée de canon des lignes. Tourville , pensant que le. canon commencerait le lendemain à tirer dès le point du jour sur le poste qui lui était destiné, demanda à un officier de l'armée française , du nombre de ceux qui s'entretenaient.avec moi , le nom des officiers d'artillerie qui servaient dans l'armée française» L'autre le lui ayant dit, Tourville le pria de le rappeler au souvenir d'un de ces officiers, son ami particulier , et de l'engager, lorsque le, lendemain matin il verrait deux escadrons au pied de la colline , de pointer ses canons sur celui qui se trouverait à ]a droite du grand chemin, c'était le. régiment espagnol , et non pas sur celui de gauche, qui devait être son régiment. En conséquence , le matin arrivé, les Français adressèrent tous leurs boulets au régiment espagnol auquel ils tuèrent plusieurs hom- .mes et chevaux avant qu'il reçût l'ordre de se I.. 28

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retirer, et ne tirèrent pas un seul coup contre

celui de Tourvîlle.

J'aî appris depuis, de quelqu'un qui était bien informe , que, lorsque nous arrivâmes à Calonne , Reynolds, qui commandait la cavalerie anglaise envoyée par Cromwell, offrit à M. de Turenne, s'il voulait lui donner deux mille clievaux, d'aller avjec cela et ses six mille hommes d'infanterie attaquer notre armée dans sa position, pensant que deux mille chevaux lui suffiraient dans ce pays coupé de cl6tures, et comptant d'ailleurs sur la bravoure de son infanterie anglaise, accoutumée à se battre derrière les haies, pour suppléer au nombre. M. de Turenne refusa d'y consentir, et né jugea pas prudent de risquer un corps si considérable dans une entreprise si hasardeuse.

L'affaire du convoi manquée, comme nous ne nous jugions pas en état d'entreprendre de forcer les lignes de l'ennemi, nous examinâmes quelle marche il fallait prendre pour les obliger à lever le siège, ou bien quel siège nous deviens entreprendre nous-mêmes avec la probabilité d'en venir à bout avant qu'ils se fussent rendus maîtres de Saint-Venant. Enfin on décida que nous marcherions aussitôt pour attaquer Ardres. Cela fut résolu au conseil de- guerre tenu le lendemain de notre arrivée à Montbernenchon ; mais l'exécution du projet fut différée jusqu'au ^5 , et , à mon

avis^par dis très-mauTais^s raisons* On craignait, à ce qu'il parait , que l'ennemi 5 qui n'avait pas encore commence ses appt'ôckes , ne levât le siëge pour nous suivre, et ne nous forçât malgré nous à Itrrer bataille. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce dëiai noua fut extrêmement nuisible; car M. de Turentie , sans perdre de temps , âtait ouvert ées t^aochëes la nuit du jour oil nous arrivâmes à Montbemenchon , d'où nous ne partîmes pas avant le ^5 au matin. Le l'j , nous àrrÎTâîneB devant Ardres,

Arrivés* avant midi ^ nous nous hâtâmes de retrantfaer nos quartiers de manière à empêcher qu'on ne jetât du secours dans la place, oii il n^ avait pas plus de trois cents soldats* Nous nous hiîmes donc aussitôt à travailler à nos lignes de circontallation : nous y employâmes tout le jour et la huit suivante , Ce qui , dans l'opinion de presque tout le monde, fut absolument du teaips perdu, comme le prouva l'événement; car il est probable que si nous eussions attaque la première nuit, nous aurions emporté la place.

Je ne pui« ici m'em pêcher de rapporter un fait pottil* montrer à quel point les Espagnols sont disposés à se flatter de la certitude du succès. Le trompette du marquis de Garècena, en revenant de l'ariuée française devant Saint- Venant , avèift assuttf son maître que la ville n'était pas si

vivement pressée par les ennemis qu'on l'aVait cru et qu'elle Tétait en effet ^ et ce fut sur ce rapport que le marquis se fonda pour ne pas pousser avec plus de diligence les travaux du siège d'Ardres* Inutilement je leur rapportai ce que j'avais su d'un de mes valets, qui avait passé plusieurs jours dans le camp ennemi ^ et en était revenu avec ce même trompette. Il avait été dans les tranchées et m'assura que les opérations françaises étaient tellement avancées , que ce jour-là ou le jour suivant au plus tard ils seraient maîtres de la place. Ni don Juan, ni le marquis de Caracena n'en voulurent rien croire, disant que cela était impossible. C'était si parfaitement d'accord avec la négligence qui Leur avait fait manquer le convoi de Saint- Venant, lorsqu'ils auraient pu si facilement s'en emparer, qu'il me fut impossible de n'être pas très-choqué de leur conduite dans ces deux occasions. C'était la première année que je servais avec les Espagnols, et je n'étais pas encore accoutumé à leur façon de faire. Je me souviens que lé soir du jour où nous laissâmes passer le convoi, comme je me plaignais au prince de Condé de cette première bévue , il me dit qu'il voyait bien que j'étais étranger aux manières ^d'agir de l'armée espagnole ; qu'il fallait me préparer à voir bien d'autres et. de plus grandes fautes avant la fin de la campagne : et la suite

justifia cette prédictioD , ainsi qu'on aura occasion de le remarquer. .

Pour faire comprendre la cause de toutes ces erreurs de conduite , il ne sera pas hors de propos de douner ici une idée de leur manière de vi^re. Doii Juan observait en campagne les mêmes formiés de gravité et, de réserve qu'il avait coutume de suivre à Bruxelles. Il était aussi difficile d'arriver jusqu'à lui : tellement qu'au moment'où le convoi dont j'ai parlé passait près de nous ^ lui et le marquis de Cafacenà étant à faire la sieste dans un enclos voisin de la plaine , ou qui n'en était séparé que par. un autre, jamais ceux qui les entouraient y et qui voyaient le convoi descendre la colline^ n'osèrent les éveiller pour les en avertir. Certainement , si on l'eût fait , le convoi eût été pris. Ce qui me paraît le plus extraordinaire^» c'est que des hommes aussi braves et d'aussi bon sens que don Juan et le mavT quis de Caracena s'enveloppassent de cette ma* nière dans de telles formalités; car il était impossible qu'ils ne comprissent pas qu'elles leur faisaient perdre un grand nombre d'occasions favorables et. étaient extrêmement préjudiciables au service de leur maître aussi bien qu'à leur propre réputation.

Le marquis était certainement un très-bon officier ; il avait servi long-temps et passé par tous les grades; en sorte que c'était à son propFe mé-

rite qu'il devait le poste dont il jouissait alors: et si don Juan n'eût pas eu le malkeur , car ou peut Vdppeler ainsi , d'être élevé comme im fils d'Espagne, c'eût été ua homme véritablement extraoïrdinaiFe, car il possédait, cmlre le courage, die hautes. qualités naturelles; mais, comme je l'ai dit, ni lui ni le marquis ne changeaient rien en carapace à la manière de vivre qu'ils avaient coutume de suivre à BiriixcUed. Loi^que Tarmée était en marche, jamais ils n'étaiefità sa tête, si ce n'est peut-être e» présence de l'ennemi , et quand la moitié de l'armée était sortk du camp; alors ils montaient à cbeval , et à la tête de leur com pagaie des Gardes, ils se rendaient tout droit à leurs quartiers, sons paiser nullement à l'armée, sans marcher en avant poor examiner la manière dont on avait tracé le camp, . ni. reconnaître la position choisie par l'dSciergénéral; en» sorte qu'ea cas d'alerte, ou à l'approche de L'esmemi^ ils n'avaient pa&kt moindre idée du terrain , et ne savaient pas même oàétaieat placés la grand'gajrde et les postes avancés. Quant à à(m Juan, la pliuf)art du temps, quelque heure qift'il fàt^ en arrivant au quartier, il se mettait sur^le-chaoïp au lit ; il y soupait et ne se rele^ vait que le lendemain matin. Le jour ^ Farmée n'était pas, em marche , il était rare qu'il sortit QU mioia^tàt à ckeva^l ; ea sorte que les majors-généraux &isaieBl eSeetivemenI l'oifice de général*

Pour reTentr au siège d'Ardres , le 28 août un conseil fat assemble au quartier du marquis de Caracena j oh l'on prit la résolution de commencer les attaques. Yoîci comment la chose se passa : quand nous fûmes tous réunis chez le marquis^ on Doits conduisit au haut d'une tour , d'où nous obserrâioes la ville avec des lunettes d'approcke. Après quoi , et sans être aidé d'aucun autre renseignement ^ le conseil décida le pian d'atlaque y ordonna que 1^ Espagnols attaqueraient la demi-luœ située entre les deux bastions^ que j'attaquerais le bastion dedroite ^et le prince de Condé celui de f;auche ^ et ^ comme il n'y avait pas de temps à perdre^ on résolut ^ si cela était possible 9 qu'on attacherait le même soir le mineur au corps de la place.

Les choses ainsi ordonnées , moi et le prince de Condé ^ ne jugeant pas que ce que nous avions vu du haut de la tour bous suSlt pour diriger notre entreprise , nous allâmes de plus près recoQoaitre les diOerens points d'attaque. Don Juan €t le marquis de Caracena n'y allèrent point en personne ^ car ce n'était point la coutume des généraux espagnols de s'exposer en de semblables occasions; ils se contentèrent d'y envoyer un major de Battaille charge de leur rendre compte de la situation des poijQ^ts qu'ils devaient attaquer. Tout fut donc préparé ^ et aussitôt qu'il commeoca à faire nuit ^ à un signal parti du quartier

de don Juan , nous attaquâmes tous ensemble sur • tous les points^ et ayançâmes sans nous arrêter jusqu'au bord du fosse'. Il faut dire que les ouvrages extérieurs nous avaient offert peu de résistance , attendu qu'ils n'avaient pas assez de monde pour les défendre. Arrivés au bord du fossés nos gens se mirent immédiatement à l'ouvrage pour y pratiquer des logemens avant d'essayer d'attacher le mineur.

De mon côté , l'attaque se fit par lord Muskerry à la tête de mon régiment , qui était renforcé d'un capitaine et d'un détachement de chacun des autres bataillons. Je n'attaquai point avec eux , mais demeurai en arrière pour veiller à ce qu'ils fussent fournis de fascines et autres choses dont ils avaient besoin ; ensuite j'allai les retrouver avec le duc de Glocester. Je vis avec satisfaction que lord Muskerry avait tout conduit le mieux possible. Il avait presque terminé un logement sur le bord du fossé, vis-à-vis la pointe d'un bastion qu'il commandait des deux côtés 9 et avait logé le gros de son bataillon dans le fossé du ravelin qui couvrait la pointe du bastion.

Voyant toutes choses en si bon état, je pensai qu'il était temps de s'occuper à attacher le mineur à la muraille. La clajzté de la lune m'ayant fait apercevoir un peu d'eau au fond du fossé, j'envoyai un sergent pour en sonder la profon-

deùr. Il revint me rapporter qu'elle était peu profonde et ne générait en rien les mineurs. Alors je les envoyai avec un sergent et quelques soldats porter les madriers^ à Tabri desquels ils se logèrent. Ensuite moi et mon frère nous en retournâmes à notre quartier.

Je ne raconterai point en détail ce qui s'est passé sur les autres points de l'attaque^ parce que je n'y étais pas. Je dirai seulement en général qu'on eut partout le même succès, et qu'on attacha le mineur au corps de la place ; en sorte que nous ne faisions aucun doute d'être maîtres de la place dans les vingt-quatre heures. Je ne puis m'empêcher de rapporter ici un mot de don Juan. Lui et le marquis de Caracèna étaient dans leur voiture à une assez grande distance en arrière du point qu'attaquaient leurs troupes , et hors de la portée du canon de l'ennemi , lorsqu'on vint lui dire que le prince de Condé et moi étions allés sur les travaux. Il répondit : No hazen ben ( cela n'est pas bien fait à eux ).

* Le lendemain matin , comme le soleil venait de se lever, don Juan apprit que Saint- Venant s'était rendu aux Français, et que M. de Turenne marchait sur nous. Alors il rassembla la junte, et l'on résolut aussitôt de lever le siège. La grande affaire était de retirer nos gens des travaux pratiqués sous les murs de la ville, attendu que nous n'avions pas eu le temps de faire entre

eux et nous une tranchée pour servir Je comnau-' nicatîon ; de nia»îère qu'en se retirant ils élaîent nécessairement exposés k toute rartiilerie de la TÎtle. On s'occupa d'abord de retirer les mineurs. Ce fcrt^ de mon coté^ lord Muskerry qui s'en chargea. Avant de communiquer aux officiers les ordres qu'il avait reçus , il eavoiya dire aux mineurs de tâcher de se vetirer du mieux qu'ils pourraient, tandis que, pour fayo^riser leur re* traite, il ferait faire grand feu sur les assiégés. Il dit à ses soldats qu'il reilirait ses mineurs parce qu'il avait su que cette partie du mur était cou* tremînée. Us tirèrent ai Imcd , que les mineurs , prot^és par leur feu , vinrent nous trouver aans avoir reçtsk le Uftoindire mal.

Ensuite il communiqua ses orrdres aux effîcters , et leur ordonna , au momeat où il leur docinerait le Hkùi, de se retirer avec toute la diligence possible , et de se reformer à l'endroit qu'il leur înrdiquait à quelques pas de pwtée de mousquet de la ville. Pendant ce tcmpsrlà j'envoyai uo détachement d'environ treote cavaliersi commandés par un lieutenant avec l'ordre de se porter aussi prèsr delà ville qu'il le pourrait sans exposer son monde 9 et^ lorsqu'il verrait okes gens se retirer des travaux, de galoper vers eux : s'il voyait tc^mber quelque officier ou soldat,, il devait le faire retever et emporter. Je suivris raoi*mé«ie le détachement pour veiller à l'exécution de mes ordres.

Le lieutenant s'était contenté de se mettre avec son détachement à couvert derrière une haie, à portée de n^ousquet de la ville ^ mais sans exécuter^ lorsqu'ils virent venir nos gens^ la dernière partie du commandement. Je galopai vers lui y et lui ordonnai d'avancer. Il obéit, et galopa avec ses hommes épars de différens côtés jusqu'au hoird du fossé ji réparant ainsi le tort qu'il avait eu de ne pa&e2;écuter d'abord ses ordres. Quoique les s^ssiégés fissent de la place un feu très*nourri, il n^y eut de blessé, parmi les officiers, qu'un ca*» pitaine Keith^ et très*peu de soldats. Pas un ne mourut de ses blessures : ce qui fut très-heureux et trè%-^traordiaaire, car ils n'avaient eu rîeu pour se i^ettre à l'abri jusq^'ji ce qu'ils se trou-* va.$s^nt hors de portée.

Je ne sais $'iU eurent le même bonheur de l'autre côté; j'^i seulement appris que l'ennemi leur avait tu^ quelques uns de leurs mineurs.

Après avoir fait retirer notre monde sans beaucoup de peinte , ntxvLS soc^eâmes à faire partir nos bâti^^es pour CrraveUnes, et nous les suivîmes aussitôt a^ec toute l'armée. Nous eûmes une miarche ■e^trêm^ement peVible. En arrivant sur les bords des blesses terres, nous fûmes obligés de faire halte jusqu'à, ce que notre bagage et notre artillerie eussent passé la seu^e chaussée qui conduise de Graivelinies à Folincove, e\ que l'abondance des. pluÂçs avait rendue presque impraticable. Ce

chemin , d'où il était fort difficile de se retirer, la pluie qui continuait , Touragan , Tobscurité de la nuit , car ce ne fut guère qu'au soleil couché que notre ayant-garde entra sur la chaussée , enfin les haltes fréquentes que nous étions forcés de faire à cause du bagage qui marchait devant nous 9 mirent un tel désordre parmi.nos soldats qu'ils n'obéissaient plus aux officiers, mais que chacun songeait seulement à se mettre à l'abri le plus tôt qu'il pourrait. Le matin il ne se trouvait dans aucun régiment dix hommes ensemble, et ce fut tout ce que nous pûmes faire que de les rallier le lendemain.

Le 5o , au soir y nous logeâmes à Broukerke. L'armée française avait aussi sa part des rigueurs du mauvais temps ; car, pendant toute cette même nuit, elle avait traversé, marchant vers nous, la plaine de Saînt-Omer presque aussi en désordre que nous. Le 5i, nous passâmes la Colme, et logeâmes à Drincham et dans les villages circonvoisins. Le pays était tellement coupé de clôtures , qu'il nous eût été très-difficile de camper en ordre de bataille,* d'ailleurs cela n'était pas nécessaire , car l'ennemi était à Watten ; mais nous jugeâmes devoir donner ce reposa nos troupes fatiguées des marches intolérables qu'elles avaient eu à supporter durant cette campagne.

Nous ne demeurâmes que deux jours dans ces quartiers, et le i septembre nous logeâmes .dans

les villages situes au-dessous de Mônt-GasseL Nous y demeurâmes jusqu'au 7; alors ^ apprenant que M. de Turenpe était aux environs de la Motte aux-Bois^ nous nous retirâmes le même jour sur Wôrmhout, où nous apprîmes ^ le i^^ que les Français avaient pris la Motteraux-Bois , et marchaient de nouveau sur nous. Alors nous repassâmes le lefndemain la Golme^ et nous logeâmes le long de cette rivière ^ résolus d'en défendre le passage. Les Espagnols étaient postés depuis le fort.de Linck presque jusqu'à Spiker. Je venais ensuite > et étais chargé de défendre la portion qui s'étendait depuis leur position jusqu'à Bergues- Saint-Vînox; et le prince de Condé s'étendait depuis mes quartiers jusqufà Bergues« . On avait ronipu tous les ponts , et construit des travaux derrière les gués. Le 17 nous apprîmes que M. de Turenne marchait vers nous pour nous prendre en flanc^ après avoir passé la Colme au-des3us de Linc.k. Alors on envoya la plupart des régimens espagnols ^ j'entends des natifs d'Espagne^ se jeter, avec quelque. cavalerie dans Gravelines. Les trois régimens italiens commandés par don Tito del Pratoeurept ordre d'entrer dans le fort de Mardyk^ Le reste de Tarmée se retira, et campa derrière le canal qui va de Biergues à Dunkerque. Le prince de Coudé avait sçs quartiers à Bergues; ceux de don Juan étaient à Dunkerque , et les mi^s à

Ondezeele^ irillage à mi-chenini entre les deux Tilles. Nous plaçâmes tibtrè Cânon sur de^ batteries que nous trouTàmé^ toutes faites le long du canal.

Ub ou deux jours apfiàs que fious eûmes quitté }a Colme et pris là position que je viens de dire y Farmée française yint mettre le siège devant Mardyk. C'était la ^ule plaèè maritime quMIs pussent attaquer en cette Saison de rannëê ; et le traité qu'ils avaient fait avec Cromvrell lei ùbli* geait à en mettre entre ses mains quelqu'une avant la fin de la campagne. Ce filt en partie ce qui les décida. Quant à Dunkerque et à Gravelines , on avait pris toute l^année tant dé soin de pourvoir à leur défense^ et cette dernière siïrtout venait de recevoir un renfort si considérable ^ qu'il leur était impossible d'espérer s'en rendre maîtres^ et surtout notre armée postée comme elle l'était. Le fort de Mardyk était donc le seul qu'ils pussent attaquer.

Ce fut dans la soirée qu'ils s'établirent sous ses murailles. Comme ils arrivaient pour prendre * position , je sortis avec le poste de cavalerie placé hors de la porte de Dunkerque pour aller voir passer leur armée. Lorsque je ftis à environ une portée de canon de Dunkerque , je laissai mes cavaliers derrière moi pottr assurer ma retraite, dan& le cas oti je serais poussé pai* l'ennemi ; et, accompagné de quinze offircters et quelques autres

personnes ternies bien montées, je m'approchai si près d^ larraée française que, tout en marchant , quelques uns des officiers qui étaient à la tète du régiment de Picardie sortirent à tme petite distance hors des rangs , et tirèrent sur moi avec leurs fusils qu'ils portaient devant eux en travers sur leurs chevaii:x. Us arrivaient précisément alors à l'endroit oh ils devaient camper. Aussitôt que les soldats eurent mis bas les armes , et que ceux qui étaient de corvée eurent commencé à dresser leurs baraques à Fendroit marqué pour leurs logemens^ plusieurs officiers du régiment de Picardie et quelques autres sortirent de nonveau pour 'me pousser. Alors je me relii'aî vers ma cavalerie^ et ^ comme ils me pressaieM^ quelques uns d'entre eux, arrivés tout pirèà de moi , reconnurent uii grand chien courant qu'ils m'avaient vu lorsque j'étais dans Farmée française; alors ils élevèrent la voix, et demandèrent si le duc d'York n'était pas là. Gomme on leur dit que j'y étais, et qu'au même moment je me retournai vers eux, ils crièrent aussitôt : surpa-rôle I désirant s'entretenir avec moi.

Je m'arrêtai donc, ils s'approchèrent et descendirent de cheval pour me saluer. Il y aTàit parmi eux plusieurs homiiïes de la première qualité et tous de mes anciennes connaissances. Je descendis aussi de cheval et nous nous entretînmes plus d'une heure, jusqu'à ce que M. de

Tutenne leur fît dire de revenir. Il y avait là deux ou trois cents oiOSciers français^ entre autres le marquis d'Humières^ le comte de Guiche^ Castelnau, enfin presque tous gens de qualité. Je n^en avais pas avec moi plus de vingt, parmi lesquels se trouvait un officier de cavalerie espagnole qui, me voyant me retourner lorsque je m'entendis nommer et appeler par les Français^ me demanda ce que je prétendais faire. Je lui re'pondis qu'il l'allait voir et lui ordonnai de se tenir tout près de. moi, l'assurant qu'il n'y avait aucun danger ni pour l'un ni pour l'autre. Je rapporte tous ces détails pour faire voir avec quelle civilité se comportent entre eux les ennemis dans ce pays et pour montrer aussi que j'avais autant d'amis dans l'armée française > lorsque je servais contre elle, que dans le temps où je servais avec elle. Cette honnêteté des officiers français à mon égard produisit un tel effet sur quelques Anglais qui se trouvaient avec eux^ qu'ils ne purent se dispenser de se conduire de même, ce qui leur coûta cher comme on le verra par la suite.

Je ne saurais dire positivement si cet entretien que j'avais eu avec l'ennemi donna de l'omhrage aux Espagnols; mais, après la campagne , M. de Marsin me conseilla comme de lui-même denepas me laisser aller à ces rencontres aussi'souvent que je l'avais fait ces années-là ; car les Espa-

gnols étaient excessivemeDt méfians^ et que^ quoiqu'ils n'en eussent rien dit, elles avaient fort bien pu leur déplaire. Je lui répondis qu'ils auraient tout-à-fait tort de concevoir contre moi le moindre soupçon ou de se formaliser de cette man ière d'agir; qu'ils ne pouvaient méconnaître la fidélité avec laquelle j'avais servi cette campagne; que j'étais déterminé à continuer de faire ce qui convenait à un homme d'honneur, et que si l'occasion s'en présentait, ils me verraient charger mes connaissant ces de l'armée française d'aussi bon cœur que le pourraient faire les Espagnols; mais que quanta profiter aussi des occasions qui se présentaient de m' entretenir avec elles , je ne me refuserais pas cette petite satisfaction; car il ne pouvait en aucune manière nuire aux intérêts des Espagnols, que je conservasse les relations que j'avais dans l'armée française où j'avais servi tant d'années : et , pour leur faire voir que je n'avais pas d'autre intention, je leur promis de ne jamais permettre qu'aucun des officiers du prince de Gondé m'accompagnât dans ces rencontres ; ce qui, j'en convenais, aurait pu leur déplaire et leur causer une juste méfiance. Je me conformai à cette promesse avec la plus grande exactitude, toutes les fois que dans l'année suivante il m'arriva de m'entretenir avec quelque officier de l'armée française.

Pour en revenir à mon récit, la nuit qui sui- I. 29

45o MÉMOIAES

vit leur arrivée devai^t Mardyk^ les Français se mireot à travailler à cette portion de leur ligne qui regaixlail; notre coté et s'occupèrent en même tempis à pousser les travaux dufort. Lelendemaip matin ^ comme ils étaient en grande disette de fourrage^ car nous avions tout consommé durant le temps que ùgus avions campé le long de la colline y ils vinrent fourrager dans deux ou trois l^randes fermes situées à demi- portée de canoa de nos ligues. C'était le seul endroit à une distance raisonnable de leur camp où ils pussent espérer de trouver quelque chose. Ces fermes avaient été j usqu'alorsgaran ties par des gardes que nous y avions mis pour empêcher qu'on n'y tou- ^hât, parce qu'elles appartenaient à des paveas de quelques uds de nos ofiiciers. Nous y avions aussi na poste de cavalerie d'environ cent hommes , atteudu que c'était la seule route .par ou Von eût pu arrivera notre camp de ce côté* Ce poste > voyant arriver l'înlantearie et la cavalerie de l'ennemi qui maKchaient^n avantdes fourrageurs^ fut obligé (de.se retirer; mais^ conformém(eDt à la louable coutume des Espagnols y l'officier qui commandait le détachement^, qpoiqn'il vît bien ce qu^ l'ennemi venait faire ^ n'osa mettre le £&a à la f^rme^ ce qui aurait été très-aisé , par la raisoo qu'il n'en avait pas reçu l'ordre.

Lorsque l'avant-garde de ce convoi de fourrageurs fut arrivée à portée de canon^e notice 1 igne^

DE JACQUES II. 45l

notre artillerie eomtnenca à tirer dessus. Comme nos logemens n'étaieat pas à un dLemi -raille' ((ie là , aussitôt que j'entendis lé canon je me i*endis de ce cote pour savoir ce qui se pas&ait. En arri^ vant^ je trouvai Tavant-^gàrde ennemie qui commençait à se loger dans les b&timens des fermes et travaillait à s'y retrancher du mieux qu^elle pou*»vait^ en cas que nous vouliissions entreprendre de l'en chasser. Je rencontrai le prince de Ligne , charge alors des fonclioiïs de mestre de camp gé« nëral. Je lui demandai sur-le-champ ce quil comptait faire et s'il laisserait les ennemis four«' rager ainsi tranquiliement à notre barbe. Il me répondît, comm*e à l'ordinaire^ qu'il n'osait rien entreprendre sans l'ordre du niârquis ou de dou Juan. Je lui répliquai que, sUl attendait des nouvelles de Dunkerque, les Français auraient le temps de 3e mettre si bien en sÀi*etë qu'il nous serait impossible de les déloger et de prendreleurs fourrageurs. Il me répliqua qu'il voyait bien que j'avais raison, mais qu'il né hasarderait rien sans un ordre exprès. Je lui dis que puisqu'il ne l'osait pas, j'en courrais l'aventure avec mes gens , et je ne lui demandai d'autre secours que de ranger son infanterie le Icmg de la ligne ; mais il me répondit que, comme le pont était dans les quàr^* tiers espagnols, il ne pouvait me permettre d'aller en avant, parce que. Vil se faisait quelque chose , c'était aux Espagnols à le fai re.

Après cette discussion , qui n'eut aucun résultat, les ennemis fourragèrent , sans que rien les en empêchât le moins du monde , pendant que nous e'tions là à attendre les ordres de Dunkerque; seulement notre artillerie continua dé tirer sur eux sans interruption. Bientôt après , le duc de Condé arriva de Bergues. Je lui contai ce qui s'était passé; il avoua que ce que j'avais proposé était praticable, et qu'on aurait du l'entreprendre , mais ne s'étonn^ nullement que le prince de Ligne n'eut pas voulu y consentir, et me dit que, quand j'aurais servi autant que lui avec les Espagnols, je serais fort accoutumé à leur voir commettre beaucoup de fautes de celte nature. Les ennAnis, après avoir fourragé aussi long-temps qu'il leur convint , se ' retirèrent , laissant une centaine de chevaux tués par notre canon. Quant aux hommes , nous ne pûmes savoir ce qu'ils en avaient perdu; il fallait qu'ils les eussent emportés avec eux ou les eussent enterrés de manière à ce qu'on ne les pût découvrir, car nos troupes qui sortirent ensuite n'en trouvèrent point.

Deux ou trois jours après , le fort de Mardyk se rendit aux Français. Le lendemain, conformément à leur traité avec Cromvvell , ils le remirent entre les mains de Reynolds , commandant les troupes anglaises. Aussitôt que les Français eurent réparé le fort et comblé les tranchées , ce

qui ne leur prit que très-peu de temps , ils se mirent en marche pour retourner en France et prendre des quartiers où ils pussent s'approvisionner de fourrages. Quant à nous , nous demeurâmes campés où nous étions^ disant toujours que nous voulions reprendre Mardyk.

Ces quartiers furent excessivement malsains pour notre armée. Excepté les natifs d'Espagne^ très-peu d'officiers et de soldats échappèrent à la fièvre. Nous avions toujours plus de la moitié de nos gens hors de service. Les troupes que je commandais furent celles qui en souffrirent le plus; car, excepté moi , à peine y eut -il un officier ou un volontaire de qualité ou un de mes domestiques qui ne ffit attaqué de la fièvre. Mon frère le duc de Glocester quitta l'armée , malade. Le prince de Condé le fut à tel point que les médecins rabandonnèrent , et que ce fut à grand peine qu'il en échappa. Peu de temps après. Sa Majesté se rendit à Dunkerque pour sollicitëp don Juan relativement à quelques affaires qui lui étaient personnelles , et lui rappeler aussi les promesses qu'on lui avait faites relativement à l'Angleterre.

A cette époque, les Anglais qui se trouvaient à Mardyk , coramerfijèrept à en réparer les anciennes fortifications , ce qui leur était d'autant plus aisé que les fossés étaient demeurés intacts , et qu'une petite partie seulement du parapet

avait été rcaTcfsée. Don Juan Fayant appris , résolut d'y marcher une nuit avec toute son ar^*mée pour détruire dans- l'espace d'une nuit tout l'ouirrâge d'un mois; ce qu'il fit plutàl par o^ tentation ou pour faire Croire qu'il avait toujours un projet sur ce fort, que dans la pensée quMl valut réellement là peine d'eipo5er tant de monde pour un résultat si peu important.

Le jour marqué pour cette entreprise, sur le soir, don Juan sortit de Dunkerque à la tète de l'armée. Le roi d'Angleterre était dvec lui. Il faisait si sombre que noiis fûmes nécessairement forcés de faire usage de fanaux pour reconnaître notre cheniin. L'ennemi les aperçut et se prépara à uû assaut; car il croyait que nous venions dans cette intention , où du moins pout* mettre le mé^ devant la plaèe^ On mltuma donc aussitôt de grands fanaux sur toute l'eneei.nte dufoH. Arrivés à tnoius de portée de canon , nous éteignîmes les nôtres. Sa Majesté^ dén Juàn et le marqtiis de Ca racena s'arrêtèrent avec la cavalerie et laissé reat l'infanterie marcher en avant. L'infanterie espa-' gnole, commandée piàr..».., maréchal de bataille, marcha vers cette partie des ouvrages extérieurs qui regarde Dunkerque. Le comte de Marsin s'avança avec l'infanterie du prince de Coudé, du côté qui regarde Gra vélines, et moi , à la tète de mon infanterie> entre les deux. Tandis que nous marchions vers eut^ ils firent sur nous un grand

feu cVartiUerie et de mausquelerte ^ et les petites frégates en station dans le bassin^ firent^ de leur cote 9 un feu terrible. Tout cela cependant ne. fit pas grand mal à l'infanterie ^ qui se mit bientôt à l'abri sons les anciens debtnrs de la place; mais les escadrons deraearésen arrière ne s'en tirèrent pas à si bon marche y car les balles et les boulets passaient par-dessus l'infanterie et allaient tomber an milieu de la cavalerie^ oà ils tuèrent plusieurs hommes et plusieurs chevaux. Sa Majesté étant venue visiter les travaux de l'infan-r terie y lord Ormond^ qui était avec elle^ eut son cheval tu^ son^ lui par un boulet de canon^

Aussitôt que l'in&nterie eut pris son poste y chaque corps envoya ses travailleurs aTCcdesdétachemens pour les soutenir. A l'endroit où je me trouvais^ le fossé était si profond que je ne pns y faire passer mes gens y et je fus obligé de les envoyer faire le tour du côté où attaquaient les Espagnols ; mais y afin de pouvoir communiquer arec eux pendant leurs travaux 5 je comblai le fossé de fascines et fis un passage, afin que si l'ennemi les attaquait, je pusse aller vers eux pour les soutenir. Dès que les travailleurs furent placés y les détachemens qui les accompagnaient commencèrent à tirer sur le fort, et continuèrent ainsi tout le temps que nous y demeurâmes, c'est-à-dire presque jusqu'au point du jour. Alors nous nous retirâmes en très'bon ordre après avoir

détruit les dehors de la place. Ile'tait grand jour

quand nous arrivâmes à Dunkerque.

Je suis convaincu que les ennemis furent beaucoup plus surpris de notre de'part qu'ils ne Tavaient été de notre arrivée. Us avaient tant de peine à croire que nous étions partis^ que , bien que nos gens eussent cessé leur feù au moment où nous commençâmes à nous retirer y ils continuèrent le lourde dedans la ville pendant une demi-heure au moins après notre départ ^ nous croyant toujours ' là. Je ne saurais dire certainement ce que nous perdîmes de cavalerie ; mais je n'ai jamais entendu parler de plus de vingt hommes tués. L'infanterie ne perdit qu'un capitaine du régiment du duc de Glocester. Il n'y eut guère que trois ou quatre soldats tués sur la place ^ et huit ou dix blessés. Les Anglais ^ qui étaient dans le fort, n'eurent, à ce que j'ai su depuis , qu'un homme de tué. Ils croyaient si bien que nous venions les attaquer, qu'à notre première approche ils dépêchèrent un messager à M. de Turenne , alors dans. ses quartiers de fourrages ^ pour l'avertir qu'ils étaient assiégés. Il se mit en marche aussitôt pour venir les secourir; mais, sur de nouveaux avis, il retourna dans ses quartiers. • Quelques jours après, nous fîmes une tentative sur les petites escadres anglaises qui mouillaient dans le bassin. Nous avions eu d'abord le projet d'y mettre le feu au moyen de deux bru-

lots que Ton avait construits pour cet effet à Dunkerque; mais, lorsqu'ils furent prêts à partir, les marins trouvèrent des difficultés à Texécution de cette entreprise qui, à raison des sables, ne pouvait avoir lieu que par un yent d'est au prîn^ temps. Alors ils proposèrent, au lieu de brûler ces fre'gates , de surprendre les deux plus avancées, la Rose y et le Véritable Amour, de six ou huit canons chacune. On arma pour cela douze chaloupes, et une nuit, par un temps très-calme et un peu brumeux, ce qui leur était très-favorable, ils sortirent, et don Juan fut avertir Sa Majesté qui , avec les gens de qualité et officiers qui se trouvaient à l'armée , se rendit sur le bord de la mer pour voir l'issue de cette tentative. Lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit où. se trouvaient les frégates , nous entendîmes un marin anglais crier de l'une d'entre elles : « De quel bord est la chaloupe? « N'ayant point reçu de réponse, et voyant une autre chaloupe venir pour aborder son vaisseau , il donna Talarme et tira sur une des chaloupes un coup de canon qui cassa la jambe d'un des rameurs. Cet accident et quelques coups de mousqueterie firent prendre la fuite à nos chaloupes; elles se sauvèrent le plus honteusement du monde sans pousser plus loin leur entreprise. Ainsi se termina cette expédition, après quoi on ne tenta plus rien, ni contre le fort, ni contre les vaisseaux.

45d ME MO m ES

MaisÀeynoldsy qui commandait les Anglais ^ voyant de quelle manière ks officiers français avaient coufinme de d'entretenir aveé moi ^ et la civilité dont Ils usaient à mon égard y sentit un grand désir d'en faire autant y et en conséquence chercha toutes les occfistens possibles de me parler ou à mes domestiques y lorsqu'ils se prome^ naient du côté de Afbrdyki' ce qui leur arrivait presque tous les jours. Une fois apnt vn près de la place quelques hommes de notre pays y il leur lit demander de s'aoïtretenir avee eux. Il se trouva que ceux à qui il s'adressait étaient lord Newburgh et le colonel Richard Talbot. Reynolds avâit^ en différentes occasions y témoigné au premier beaucoup d'obligeance en Aiygieterre> et il atait Sauvé la vie de l'autre en Mande ; en e»rte que toU8^ les deux ne demandaient pas mieux que de savoir ce qu'il avait à leur dire. Us vinrent donc et entrèrent eb conversation avec lui»

Après avoir causé quelques momens^ il leur demanda si je ne venais pas rtic promener quelquefois de ce côté. Ils répondirent que oui. Alors il demanda s'ils peifsaient que je voulusse lui faire rhonneur de m'entretenir avee lui, ajoârta^t qu'il aspirait vivement à l'obtenir. Us lui dirent qu'ils pensaient que je ne m'y refuserais pas, et afussirôt qu'ils furent rentrés à Dnnkerque, ils infortfièrent le Roi et moi de ce qui s était passé.

D'après cela nous eûmes soin d'aller plus sou-

DK JACQUES IL 4^9

vent de ce côté afin de lui doDoer l'occasion qu'il d&irait; et, environ deux ou troia jours après > milord Newburgk demanda à Sa Majeélé la pei^ > Ufiissioft d'aller causer avec Reynolds. L'<iyant obteoftt , il prit avec lui M. George Hamiltoo , alla à la sentinelle de cavalerie ennemie et la pria de dire à son général qn^'û élait là ^ et deman* dait à lui parler. Reynolds vint aussitôt accompagné ëeulement d'un M. Crevîr. Etant arrivé près de lord Newburgh) il luiden^anda quelles étaient les personnes qu'il voyait k peu de distance de lut au-^-deasotis des dunes. Lord Nevrburgh ne nomma que moi ^ en aorte que Reynolds lui demanda s'il ne pourrait pas y aller et me parler ; alors milord Newbùrgh envoya M. Hamiltoo au R&i et À moi pour me faire savoir le désir de Reynolds > et Sa Majesté m'ordonna d'aller le trouver.

Je ptia atec moi lôrd Hamilton et Berkley , eapiiaioede mesgardes. Aussitôt que Reynolds me vît arriver, ilvinl à ma rencontre et voulut descendra de cheval pour me saluer* M. €rew l'en dissuada | mats dans tout le reste il se conduisit envers moi avec beaucoup de civilité et dé respect.

11 commença par me faire beaucoup de cornplinwns, me donnant toujours le titre d^Altesse, et me pria de ne pas le regarder conlme un homme envoyé parCromtell^ mais seulement comme^u service du roi de France ^ m'assurant qu'il serait

toujours prét^ autant qu'aucun officier français, à. me rendre les respects qui m'étaient dus. Je lui répondis aussi obligeamment qu'il me fût possible^ le regardant comme un homme qui pourrait être utile dans l'occasion ^ et il était aisé de voir^ par le ton de son discours ^ qu'il aurait eu à me dire quelque chose qu'il n'aurait pas voulu que M. Crew entendit, mais celui-ci se tenant toujours près de lui , il laissa seulement échapper quelques expressions par lesquelles il me donnait à entendre qu'il espérait qu'un temps viendrait où il pourrait peut-être m'être utile. Au bout d'une demi-heure , nous nous séparâmes très-satisfaits l'un de l'autre. Reynolds, à compter de ce moment, me fit plusieurs honnêtetés. 11 donna ordre aux vaisseaux qui mouillaient dans la baie de ne point tirer lorsque le Roi ou moi nous nous promènerions. Sa défense fut ponctuellement exécutée. En outre , il envoya à lord Ne^burgh plusieurs présens de vin, le priant de l'offrir aux personnes pour lesquelles riiilord connaissait tout son respect : cela et l'entrevue lui coûtèrent bien cher. Quelques uns des officiers anglais, qui servaient sous ses ordres, en conçurent une telle méfiance, qu'ils écrivirent à Cromwellpoûr IHnformer de ce qui s'était passé. Un colonel White loua un betit bâtiment pour âlter l'accuser en Angleterre. Reynolds, qui en fut averti, s'embarqua sur le même bâtiment

que Whité^ afin d'aller se justifier; mais leurs projets à tous deux furent déjoués d'une manière bien funeste^ par la négligence de leur pilote; Comme ils faisaient voile pour l'Angleterre, une frégate qui le rencontra lui fit observer qu'à la marche qu'il tenait il allait s'ensabler sur les goodwins , et tira plusieurs coups de canon pour l'avertir de s6n danger. Soit qu'il. ne le crût pas ou ne comprît pas les signaux qu'on lui faisait , il continua sa route ; en sorte que le vaisseau et tous ceux qui le montaient se perdirent sur les sables.

Pai su depuis que Cromwell avait été tellement irrité de ce qui s'était passé à Mardyk,' qu'il était résoluà mander Reynolds, et, dans le cas où celui-ci n'aurait pas détruit ses soupçons, à lui ôter son commandement; m£^is ce malheureux événement mit fin à toute l'affaire. Peu après, un colonel Lockart, Ecossais, qui avait épousé une parenté de Cromwell , fut envoyé pour commander à la place de Reynolds; et, quelque temps après l'entrevue. Sa Majesté, n'ayant plus rien à faire à Durikerque , retourna à Bruxelles. Don Juan et le marquis de Caracena quittèrent aussi l'armée, retournèrent à Bruges et de là à Gand., me laissant le commandement de l'armée. Ils faisaient toujours croire dans le pays qu'ils avaient l'intention i d'assiéger Mardyk aussitôt que l'armée française serait entrée dans

ges quartiers cFliiver. Ils espéraient ^ an moyen de ce faux brutt^ tirer quelque argent des provinces de Flandre; et, poar les mieux entiietenir dans cette opinion , ils firent de grands laagasias de fascines , de gabions et de toutes les antres choses nécessaires à un siège.

ilp tinrent l'armëe à Dnnkerqne dans cet état jusqu'au premier jour de Fan. Alors je reçus l'ordre d^envoyer nos troupes dan^ leurs différons quartiers. Après que je les eus ainsi distribuées, je me rendis à Bruxelles , on don Juau et te mar* quis arrivèrent quelques jours après moi.

J'arrivai à BruieUes au commenceoient de 1 année i656. Je n'y fis pas un long séjour ; mai^^ après avoir dépêché mes petites affaires, j'aUai trouver ma sœur à Bréd^ , oîi mon frère , le due de Glocester, était déjà depuis quelque temps pour se guérir de sa fièvre. EUe yjenait de U quitter quand j'arrivai. Je demeurai à Bréda jusqu'au milieu du mois de février que nous al-* lames tous tes trois trouver Sa Majesté à Bruxelles.

Tandis que nous y étions , on pa^rlait beaucoup de quelques entreprises qui devaient se faire sur l'Angleterre. On disait que tout était prêt, 6t qu'aussîtal que la gelée aurait cessé, lorsque les six ôûtes qu'on avait amenées eu Hollande ])ourraient être coiiduiteis à Ostende, elles seraient aussitôt équipées, et se réuniraient à quel ques vaisseaux de guerre qu'on tenait prêts k

Ostende et à Duiâkerque pour aller débarquer sur quelqu'une des c6(es de TAngleterre, où» disftit"Op y nous âious assurés d'éire joints à notre arrivée par le^ gens du pays* Il y avait cepen^ dunt des geQ3 fort éloignés de donner créance à ces bruits y et qui pensaient qu'on ne ferait rien du tout ; car, en y regardant bien , il leur pfirais^ çait évident qu'ils étaient iiépandos également par le Roi et les Esp^^pls dans la seule intention de se di^pen;ser d'raécuter le traité qu'ils avaient fkit epsembk. Il eM certain , au reste > qu'eu n'observait pas ce qu'ils avaient proinis , les Espagnols uiettaieot le Roi^ de son colé^ dans l'inçipossibiUté .dVccomplir les engagemens qu'il avait seulea]iei;it pris av^p tux, ou^ du moins ^ de faire ce qu'il atU fait saoscela.

Au moment qù Vçfx s'oijeupait le plus de ces bruil^^ le <;oj^te de Rris^ol^ ^ui s'était presque entièr^juieut perdu auprès 4es ministres eapa-* guol§^ Ifigait tous^ ses efforts pour se mettre dans les bonn^^ ^âces du prince de Condé^ qui n'a** yait noo plus m beau^^up d'asUme ui beaucoup da goût pou^I^i. JlampU da ce projet^ il s'ap-* prooba un j^ur de moii chw la princesse , et com* meuça à m'ent^reteoir des affaires d'Angleterre* ^près q^e nous en eûmas loog-*temps c^usé en« semble > il me dit q^e^ bien ^u'il ne doutât pas que pas pr^ijets p'obtim^aot la succès désiré , ce-pendant il ne serait pas mal d'avance de pens^* k

ce qui pourrait nous être utile en cas de mesàvenlure, et qu'il lui paraissait qu'une des choses les plus importantes , et à laquelle j'étais aussi le plus intéresse' y c'était de nous occuper des moyens de conserver ce que nous avio^is de troupes, et même de les augmenter par toutes les voies dont nous pourrions nous aviser : ce qui augmenterait beaucoup ma considération auprès des Espagnols, et serait d'ailleurs d'un grand avantage au parti du Roi; que, pour le présent, il n'avait rien à jne proposer à cet égard, mais qu'il m engageait à y penser sérieusement , et qu'il en ferait autant de son côté; et que, si je le lui permettais, il m'en reparlerait lorsqu'il lui serait venu quelque chose. Là-dessus nous nous séparâmes , et il ne m'en parla plus pendant deux ou trois jours.

Cependant ce discours n'avait pas manqué que de m'alarmer singulièrement. Je ne doutais pas qu'il ne tendit à quelques propositions que voulait me faire le comte , et qui ne seraient nullement à mon avantage. Je me mis donc à chercher de quelle nature elles pouvaient être, et il arriva que, tandis que je roulais ces pensées dans mon esprit, un de mes domestiques me rapporta un discours que lui avait tenu quelques jours auparavant un des officiers du prince de Condé, et qui m'aida à deviner ce qu'on me voulait. En conséquence j'en parlai sur-le-champ à ma sœur, et me consultai avec elle sur la réponse que j'aurais

à £siire dans le cas où la proposition aurait lieu* Un jour ou deux après, le comte de Bristol revint me trouver, commença, comme Tautre ibis, par un éloquent préambule, me protesta que ce qu'il avait a me proposer n'intéressait pas seulejnent le service du Roi , mais encore mon service particulier, et me dit enfin qu'il fallait que Sa Majesté joignît ses troupes à celles du prince de Condé , ce qui formerait un corps assez considérable ; et qu'il leur serait ensuite aisé de forcer les Espagnols à tenir les promesses qu'ils avaient faites au Roi d'augmenter le nombre de ses troupes , ce à quoi ils ne paraissaient pas fort disposés.d'après le. peu de. soins et d'égards qu'Us témoignaient à celles qu'il avait déjà. Quant au commandement que j'aurais dans cette année ainsi réunie y on aurait soin d'arranger la chose avec le prince de Condé qui était très-aisé à vivre, et avait d'ailleurs une grande estime pour moi.

11 ajouta à cela beaucoup d'autres argumens pour me persuader. Je répondis que c'était une affaire très-importante, et qui demandait à être mûrement examinée ayant de prendre une résolution ; que j'y penserais donc et lui en parlerais. Je ne lui eu dis pas davantage pour lors, afin qu'il ne s'aperçût pas de mon éloignement pour la chose. Il me laissa extrêmement embarrassé sur la manière

dont je devais me conduire en cette artaire. Je I. 3o

voyais bien que c'était un piège qu'on me tendait ; car, si j'approuvais la proposition, je me perdais certainement auprès desEspagnols, qui m'auraient su très-mauvais gré de les mettre dans l'embarras d'avoir à refuser quelque chose au prince de Condé ^ alors très*fort de troupes ^ et dont ils avaient un très-grand besoin. Quant à moi ', je ne pouvais que répugner beaucoup à une chose si préjudiciable à ma réputation; car^ bien que j'eusse servi sous M. deTurenne en difTérens grades, il ne me paraissait pas qu'après avoir fait la guerre si long-temps, et avoir commandé l'année précédente les troupes du Roi mon frère y il me convînt de servir sous un autre. D'un autre côté , si j'avais témoigùé ouvertement mon éloignement pour ce projet , je me serais exposé aux mauvais offices qu^on eut pu me rendre en cette occasion auprès de Sa Majesté. On n'aurait pas manqué de lui représenter que ^ par une susceptibilité qui m'était personnelle, je m'opposais à ce que demandait le bien de son service; et j^aurais eu aussi le prince de Condé pour emiemi. Toutes ces considérations, et la confiance où j'étais que les Espagnols ne consentiraient jamais à une telle proposition, me fortifièrent dans la résolution de demeurer complètement passif dans cette afiaire^ sans y pousser ni l'empêcher en rien. Quelque temps après Sa Majesté retourna à Bruxelles et moi à Bréda avec ma sœur. J'y demeurai quel-

que temps avec elle, puis allai rejoimlinî le Roi à Bruxelles. Aussitôt que je ïiis arrivé, on recommença à me parler de la proposition du comte. Un jour, entre autres, le Roi me fit entrer avec lui , le lord Bristol et le chancelier, dans son cabinet oÎL l'on débattit la chose. Depuis mon retour j'étais plus que jamais convaincu que les Espagnols n'y consentii^îent jamais. Je patlàt donc fort peu , et ils décidèrent à la fin que lo comte de Bristol se consulterait avec lord Berkley sur la manière de faille là proposition auk Espagnols ei sur toute là bouduite à tenir dans cette octasion. Us eurent une ou deux conférences à ce sujet , mais pas davantage ; car lord Bristol commença à s'âp'erc'evoiSr que cela était inexécutable. Le prince de Cotidé ayatlt réfléchi que cela donnerait beaucoup d'ombrage aux Espagnols ^ et que d'ailleurs cfela ne pourrait 8'arran{3;er, alla lui-même trouVer don Juàn , et lui rendit compte de la proposition qui lui avait été faite par le comte de Bristol en lui faisant connaître le peu de penchant qu'il avait à l'accepter* Cette conversation finit tout, et mit un tek*me au faible reste de crédit que pouvait conserver lord Bi*istôl auprès de don Juan et des ministres espagnols : en même temps elle les disposa fatorabicuient pour moi; car, lorsqu'ils se furent enquis du fond de l'afiaire^ ils découvrirent aisément à quel point elle m'avait déplu; maî*^ en ménîts

temps ^ cela me nuisit beaucoup auprès du prince de Gondé qui ^ à compter de ce moment ^ changea totalement de manières avec moi , et se rapprocha beaucoup plus que l'année. précédente de tous ceux qu'il reconnut pour n'être pas de mes amis et dans mes intérêts.

Au commencement du printemps , aussitôt après le dégel ^ les six flûtes dont j'ai parlé furent prises par les Anglais entre la Hollande et Ostende; ce qui mit un terme pour cette année à tous les bruits d'entreprise sur l'Angleterre.

Nous ne pensâmes plus ^.à Bruxelles^ qu'à nous préparer à la campagne suiyante. Comme le temps de l'ouvrir approchait^ les Espagnols s'appliquèrent surtout à munir les places qui leur parurent les plus exposées à être assiégées par .Tarmée française ; car nous étions informés de partout que l'ennemi voulait , cette année ^ entreprendre des sièges considérables. Cela inquiétait beaucoup les Espagnols , attendu que n'ayant pas assez d'infanterie pour garnir suffisamment toutes leurs places frontières un peu importantes, ils étaient obligés de ne mettre dans quelques unes que de très-faibles garnisons.

Le Roi les pressait beaucoup de renforcer celle de Dunkerque ; car il était assuré par les lettres qu'il recevait d'Angleterre , et par quelques autres du même pays, qu'il avait trouvé moyen d'intercepter, que la première entreprise des

Français serait sur cette ville , que Cromwell les preslsait d'assiéger^ et qu'on préparaît tout /soit en France^soit en Angleterre^ pour cette expédition. Le Roi ne se contenta pas de le dire une fois aux Espagnols , il le leur répétait chaque semaine , après avoir reçu ses lettres d'Angleterre , 'qui , toutes^ lui confirmaient la même nouvelle; mais tous ses avis demeurèrent sans elSet. Le conseil espagnol y ajouta peu de foi , persuadé que les renseignemens étaient faux et que c'était des bruits artificieusement répandus par l'ennemi pour les engager à dégarnir Cambrai où quelque autre place de l'intérieur des terres. L'entreprise qui avait été faite l'année précédente sur cette place , les avait si fort effrayés, que cette crainte remporta sur toutes les raisons que leur put donner le Roi. Ils supposaient d'ailleurs que le cardinal conservait toujourc la même passion de prendre cette ville; que ni son traité arec Cromwell, ni aucune autre considération ne l'empêcheraient d'en entreprendre le siège , à moins que la place ne fût si bien approvisionnée et si bien défendue, que la chose ne fût par trop difficile. Ces raisons , et quelques autres plus plausibles que fortes, leur persuadèrent que Dunkerque ne courait aucun danger d'être attaquée cette année. Ainsi donc, non-seulement ils laissèrent cette ville trèsmal gardée , mais ne la pourvurent pas même d'une quantité suffisante de munitions. £n même

4?^ MIÈMOIRES

temps , îk distribuèrent la plus grande partie de leur infaatevie d^^s les. Tilles de l'Artois^ eamme Ayre, Saint-Qm^er et Iç»; places fronlières duHai- Qaut^ et r^nfcarçàrent U garnisoi^ de Cambrai d'un corps çonaidérable d^e ca\alerie et d'infanterie. Quant à Dqnkerque , ils n'ajoutèrent r4en à sa gamispA ordinaire. Qe ne ft^t pas tout : ils négligèrent mêna^ de terminer deux forts de c^uatre bastions chacun qi^'ils avaient comniencé à coiis* trwre si»r le çansil entre DitM^àerque et Bergoes. Si «ne fois oes d^u^ ijov^s euss^ent été achevés > ils aiibir^ie^t rendu h ^i^'ge de Du^kçrq^e difficile^ car il 9ur^it fallu que l'ennemi se vendit maître de Wi^ deS( de^% siv^tnt de mettre le siège en forme. J^ m pui$ } à çe>|te ecoasion ^ m'emfècher de rs^ppor<i^ W^ obfier^ïatiQa que j'ai faite lcir& de m^^ servies Sï|Ç!<i;^$$tf'd9»$ h^arniées françaises et espagoolea^ qiji'wcu*^ des. :&rtifî€ations de c^tte !>ati^r^ oievéest par c^a derçiers ijie leur ont jaiiaiia,is é*é fovt ulil^,. soit parce qu'ils i^ Içs fii>iss^i^,t pj^s, ^sjsez k t^ïups pour qu Wee leur seçyia^nt de défeiJMse (i) , soit parce que hes Firançals; leS; r^ndatieBt ifI^^tiies eii ^Eiisaïut le tour et les j^eoai&t e<k ^Wy. c^^m^ je l'ai déjà rarppoirté «n i6^ ôi^ M. de.Twenne ft'es^aiy^j poi<nt de fojrcer le grand irçt^sM^lt^enpi^nlv qVUs aidaient fa^it le loi^g de \s^ riviè^^ en^tre Ci^ndé et Saint-Guiih^iii,»

(i) Le manuscnt du duc de BouiJloD. porte : u Soit parce

mais fit un circuit et alla prendre Condé, ren^ dant par conséquent tout leur travail inutile. Il est au fait très*dii&cile y dans de tels pays y de faire des retranchemens dont on puisse tirer aTantage; car une armée une fois maîtresse de la campagne^ trouvera bien les moyens j avec un peu de temps et de patience^ ou de forcer les passages de quelques lignes ou de quelque rivière, ou bien en faisant des détours d'arriver par quelques autres routes dans le pays ennemi. Ainsi y dans mon opinion 5 bien qu'il puisse être joéeessaire d'avoir quelquefois recours à de pareilles constructions, en général on n'y devrait jamais compter pour sa sûreté*

Les Français, selon leur coutume, furent cette axuiée Les premiers en campagne. En marchant vers Dunkerque, ils prirent, dans Cassel, le régiment d'infanterie du duc de Glocester, consistant en quatre cents hommes. Mi de Bassecour,, maréchal de bataille, qui commandait toutes les troupes en activité dans ces environs , l'avait mis imprudemment dans cette place impossible à défendre. En même temps, il avait envoyé à Saint-Omer, pensant que les Français voudraient l'assi^er , mon régiment composé de

qu'ils ne les achevaient point à temps, soit parce qu'ils n'avaient point assez d'hommes pour les défendre. »

( Note de V Éditeur, )

cinq cents hommes^ et quelques autres petits ré- ^imens d'infanterie, en quartier à Hondscôote, auquel iljoignit quelque peu de:cayàlerie; mais lorsqu'il les vit passer près de. lui, il reconnut .par là qu'ils- avaient quelque dessein sur Dunkerque. Il essaya , mais trop tard , d'y jeter des. renforts : tout ce qu'il put faire fut d*y entrer avec un peu de cavalerie. Vers . le même temps , le marquis de Leede , gouverneur de Dankerque , ^parvint à y rentrer .avec beaucoup de .peine. Il était à Bruxelles à solliciter des renforts d'hommes et des m^unitions , lorsqu'on y reçût la première nouvelle de la marche des Français sur Dunkerque. Alors, et seulement alors, toutes les .troupes qui se trouvaient à Nieuport , Dîxmude et Furnes , dont les Espagnols s'étaient méfiés sans raison, parce qu'elles étaient toutes composées d'Anglais, d'Écossais et d'Irlandais, eurent ordre de marrhier vers Dunkerque.. On ne garda que le régiment d'infanterie du Roi formant plus de quatre cents hommes, cantonnés à Dixihude. Ces troupes arrivèrent trop tard , car la ville était déjà bloquée. Le marquis deLeedese trouva donc assiégé dans une place dont la principale force consistait en ouvrages extérieurs consti*uits en terre et très-aisés à approcher. Sa garnison n'était nullement proportionnée à l'étendue de terrain qu'il avait à défendre. Il n'avait que mille hommes d'infanterie et huit cents chevaux, et n'avait

pas même la poudre et les munitions suffisantes pour ce petit nombre d'hommes.

La nouvelle certaine du siège de Dunkerque arriva à Bruxelles vers la fin de mai. Les Espagnols n'en furent pas médiocrement troublés. Ils avaient perdu toute espérance de pouvoir secourir la place par mer; caria flotte anglaise^ sous le commandement du général Montagne^ était arrivée devant le port. Il n'y avait donc que Farmée de terre qui pût la délivrer. Il fut arrêté dans un conseil de guerre, où assistèrent tous les officiers généraux^ que l'armée se rassemblerait à Ypres avec là plus grande promptitude. L'ordre de s'y rendre fut sur-le-champ dépêché à toutes les troupes.

' En conséquence , le 7 juin l'armée et les officiers généraux s'y trouvèrent tous réunis. On résolut de marcher sur -le ^ champ à Furnes, et le g on campa à Nîeuport; lè lendemain on campa entre Odekerh et Furnes, oii le maréchal d'Hocquincourt vint nous joindre. Il était sorti de France par la route d'Hesdin, ville d'Artois d'une grande importance, située sur la rivière de Couches. Le gouverneur de cette ville étant mort, le maréchal , par le moyen du lieutenant de roi son beau-frère , avait obtenu de la ville de se soustraire à l'obéissance du Roi son maître, et d'appeler les Espagnols. On convint de la leur livrer moyennant une somme d'argent, après le

paiement de laquelle ils furent mis en possession

de la place. "

Qnmt au maréchal 9 il avait ^ eu secret ^ combiné depuis Ippg-teiups avec le lieutenaut de roi ce projet d^ révolte dan^ lequel il comptait entrainar une grande partie de la noblesse du pays de Ve^i^ et de la basse Normandie; mais comme i\ arrWe assez d'ordinaire en de semblables entreprises^ celui-ci fut découvert avant d'être mûr pour Ue^iécatioa^ et le inaréchal fut obligé de pourvoir à sa sûreté et de se sauver le plus diligemment qu'il lui fut possible. On crut cependant que si cette campagne n'avait pas été aussi malheureuse pour l'Espagne ^ il y aurait eu quelques troubles dans cette partie de la France. Pour revexiir à ce qui nous occupe , on tint un conseil de guerre a^uquel furent présen&don Juao, le prince de Cox^dé^ le marquis de Caracena, le maréch;)! d'Hoçqu incourt et le prince de Ligne: Dion £stevau Gamarra et moi n'étions, pas ce jour* là avec l'armée. Il y fut résolu que le 1 5 nous* irions camper dans les dunes aussi près que nous le pourrions des lignes ennemies^ afin d'être à portée de les attaquer dès que nous en trouverions l'occasion. U fut également décidé que le 12^ veille du jour marqué pour cette opération, tous les^ généraux ennemis se rendraient avec un détachement de deux mille hommes d^infanterije et quatre mJUe de cavalerie pour recon-

naître Iç terrain et marquer la place du camp.

M ai$^ avaat d'aller plq^s loin , je dois rapporter en détail ce qui se passa da^s le conseil ^ parce que la plupart de ceux qui y assistèrent ont cher-^ ché depi;^is à se décharger ^ sait d'avoir donné un semblabl€f conseil ou d'avoiir consenti à la résp'lution qijki ^'en suivit. Jç Iji^os ce que j'ai à rapporter d'ui^ de ceux qui se trouvèireat présens et qui piait ^, comme lea autr^^ savoir dopné sou avis ou son consentement dans le sens de la résolution qu'on prit alors.

A^U|Ssitot q\ie ceux qi^ j'ai nominés furent rassewbilés^ 49*9$ le cou^^il^ don Jiuà.n leur dit qu'on le^ avs^it convoqués po\ir consulter sur les meilleurs mayen3 d$ Siccourir Punkerque. \l l^nv exposa Fétat de la place qni demandait uu prompt secours 3 et, exprès s'être é^ndu sur ce point , il proposa de f^ire marcher Targuée à Zudcote et de camper dana les dw^es 9.^ssî p^ks, qu^on pourrait des liguejs de rewemîi^.afin d'épier l'occasion de l'att^qv^r^ Auprès cette proposition, il se fit un long silei^ce, e^ personne ne s'étant levé pour s'yoppcfse^T^ il reprit : ((Çomcme je V0I5 que vous « ^pprouvfzi tous ma, pyopositiou, il ue reste « plys. quj'à délit^çi^er s.i;i^r l'ordre et le teiidps de (t la iparçlve. » U f^t dwc décidé que tous les officiers généraux iv^içnt le leudepçisvii^ reconnaître la pl^ce du çan^p e^ les lîgp,es de reqnemi.

Je ne me permettrai pas d'accuser ou d'excuser

aucune des personnes qui se trouvèrent présentes à cette discussion précipitée. J'ai lu la relation imprimée et publiée par un ami du mafquis de Caracena , et dont Fauteur s'est efforcé de jeter sur don Juan tout le blâme del'afTaire. J'ai également lu la réponse dans laquelle on justifiait don Juan , et dont le but était de prouver que si le marquis l'avait voulu ^ il pouvait aisément empêcher cette marche par sa simple opposition^ comme il l'avait fait en des choses beaucoup moins importantes; car s'il eût dit seulement qu'il regardait cette résolution comme contraire au service du Roi , ce que l'Espagnol exprime plus énergiqucment par ces mots : No sera de serçicio del Rey, don Juan était obligé de céder. Il avait fait usage de ce pouvoir l'année précédente à la Capelle.

Quoi qu'il en soit , la chose fut décidée , et le 12 nous marchâmes avec nos quatre mille chevaux et Ica détachemens d'infanterie* pour reconnaître les lignes enneàiies et choisir le lieu du campement. Arrivé à Zudcote, nous fîmes halte et choisîmes d'abord notre terrain avant d'approcher plus près de l'ennemi pour le reconnaître. Ce fut le marquis de Caracena , don Estevan de Gamarra et moi qui nous chargeâmes de cette reconnaissance. Nous prîmes avec nous quelque cavalerie, traversâmes les dunes et avançâmes jusque sur les bords de la mer. Pendant ce tempslà, M. de Bouteville avait suivi avec nos Cra-

vates le grand chemin qui passe entre les dunes et les prairies^ et s'était tellement approché des postes avancés de cavalerie, qu'il avait escarmouche avec eux et les avait obligés de céder un peu de terrain , ce qui lui avait donné la facilité d'avancer assez près de leurs lignes pour les reconnaître.

Comme il revenait pour aller rendre compte aux généraux de ce qu'il avait observé , il rencontra le maréchal d'Hocquincourt qui le pria instamment de retourner sur ses pas, disant qu'il voulait char- ^ ger les postes de cavalerie ennemis. M. de Bouteville , qui avait fait tout ce qu'il voulait et emmenait avec lui deux ou trois prisonniers qu'il avait pris dans les dunes , fit tout ce qu'il put pour dissuader le maréchal. Celui-ci s'obstina et obligea en quelque sorte M. de Bouteville à retourner sur ses pas. Par là, non-seulement eux, mais tous les officiers généraux se trouvèrent engagés à une grande distance de leurs troupes; car le prince de Condé , les voyant de ce côté , se mit à les suir vre. Don Juan apprenant que le prince allait vers les lignes, en fit autant; et enfin, après avoir* observé tout ce qu'il y avait à voir sur le point ou le marquis et moi nous étions rendus ensemble, j'appris , le dernier de tous , en revenant par là , que les autres avaient poussé en avant. Alors je mis mon cheval au grand galop pour les rejoindre et arrivai au moment où M. cÛHocquin'-

•court venait de forcer les p<>stes de cavaterie ennemie à âe retîl^er. Dans cette petite affaire Henry Jertnyû dé notre côté, et de celui des Prahçais , le marquis de Blaiiquefort, neveu de M. de Turenne et maintenant comte de Fevershâm , reçurent chacun un coup de feu dans la cuisse.

Le maréchal d'Hocquincourt e'talt hlors à portée de mousquet d'une redoute que les eUnemis avaient poussée un peu en avant de léuns lignes sur Une hauteur. An moment où j'arrivai près de lui , il reçut de la redoute une balle dans le ventre, dont il mourut presque aussitôt. Alors* nous nous retirâmes, d'autant que l'ennemi eommençuit à s'avancer sur tiôus. ht prince de Côndé et ses gens, ne sachadt pas s'ils pourraient emporter le corps du mare'chal , étaient fort occupés à tirer de sa pothe Ifes papiers qui pouvaient s'y trouver , lorsqu'un gentilhomme appartenant au maréchal me pria de faire volte-face pour lui donner le temps d'enlever le corps de son maître. Je fis ce qu'il demandait, et Ton parvînt avec quelque peine à emporter le corps ; mais si Feniiemi nous eût pressés un peu vivement, nonseulement on aurait été forcé de le laisser, mais tout ce que nous étions là d'officiers généraux nous aurions couru le risque d'être faits prisonniers j car nous n'avions d'autre cavalerie que des Cravates qui n'étaient pas en état dé soutenir une charge vigoureuse : tout le reste de nos troupes

était à plus d'an mille. Quand tout fut Gni , le marquis de Caracena arriTa à notre secours arec trois compagnies des gardes, et nous réprimanda tous de nous être exposés comme nous l'avions fait.

Nous retournâmes alors vers les gens de l'armée, mais tellement consternés du malheur arrivé au maréchal d'Hocquincourt, que nous revînmes à notre camp près Fumes y sans reconnaître la ligne des ennemis, ni rien examiner relativement à Tordre de marche que nous devions suivre. Le lendemain , nous nous rendîmes au lieu dé- « signé pour le campement , ayant à notre droite . la mer, à notre gauche le canal de Furnes. Motre infanterie occupa une seule ligne qui s'étendait depuis la mer jusqu'au fossé qui est plus proche du canal , et notre cavalerie formait deux lignes. On avait laissé notre bagage à Furnes. Quant à notre artillerie , le bonheur faicaît qu elle n'était pas encore arrivée à l'armée ; en sorte que nous n'avions ni canons , ni outils , ni à peine ce qu'il fallait de poudre pour notre infanterm. Ge fut ainsi dépourvus de toutes les* choses nécessaires que noQs vînmes camper à moins de deux portées de canon des lignes ennemies*

L'avant-garde de notre armée y arriva vers onze heures du matin , et j'ai su depuis que jusqu'au soir M. de Tnrenne n'avait pu se persua<dei* que nous fussions là avec toute notre arméey

OU que nous y vinssions avec l'intention d'y camper j mai& alors un prisonnier qui lui fut amené l'ayant assure qu'il en était ainsi^ sans délibérer un moment avec personne , il prit sur-le-champ la résolution de venir à nous le lendemain nous livrer bataille.

Il donna ordre à ses troupes d'être prêtes , et fit dire aux Anglais^ qui étaient à Mardyk, de venir le rejoindre. Ils obéirent sur-le-champ, marchant toute la nuit; et^ quoiqu'ils eussent à faire un grand tour ^ ils furent^ à la pointe dii jour, rendus à son camp. Pour nous, tandis que les Français se préparaient à marcher sur nous, « nous ne prîmes pas plus de précautions dans . notre camp que si nous n'avions à attendre aucun ennemi. Le soir, on ne défendit point, comme c'est d'usage en pareil cas , d'aller au fourrage sans en avoir reçu l'ordre du général. On permit de sortir comme si nous n'avions point eu l'ennemi près de nous; et ce qui fera voie combien quelques uns de nos officiers généraux étaient éloignes de croire que les Français eussent l'intention de nous attaquer, ou du moins voulaient faire penser qu'ils ne le croyaient pas, me trouvant à souper ce soir-là avec le marquis de Caracena , et la conversation étant tombée sur la position que nous venions de prendre, et sur ce que les Français pourraient probablement tenter contre nous, je dis que pour ma part je

n'aimais pa$ à nous voir si près d'eux sans retranchemens^ ni la moindre chose pour nous mettre à couvert, et que s'ils ne nous attat[uaient pas cette nuit, j'e'tais persuadé qu'ils nous livre- ^ raient bataille le lendemain. Le marquis et don Estevan de Gamarra ayant réponduquec'ëtait tout ce qu'ils de'siraient, je leur répliquai que je connaissais assez bien M, de Turenne pour pouvoir les assurer qu'ils auraient satisfaction.

Le lendemain , vers cinq heures , nos postes de cavalerie vinrent nous avertir qu'ils voyaient de la cavalerie sortir des lignes ennemies, probablement dans l'intention de les repousser dans le camp. Toute l'armée prit aussitôt les armes, et les généraux sortirent pour reconnaître l'ennemi. Je fus le premier qui atteignis nos postes de cavalerie; et, en m'avançant jusqu'à la dernière sentinelle, je vis clairement que toute l'armée sortait dés lignes. La cavalerie s'avançait avec quatre petites pièces de canon sur le grand chemin qui passe entre les Dunes et le^ prairies, et l'infanterie française était rangée à la gauche et avait tiré des lignes quelques* pièces de canon , et aplani le terrain pour pouvoir marcher au moins sur un bataillon de front; plus à la gauche encore et plus près delà meravançaientles Anglais, que je reconnus aisément à leurs habits rouges. Après avoir pris de loin le coup d'oeil de toute cette, armée , je vins Fendre compte de ce que j'a-

4ââ MÉMOIRES

vais VU ; et, avant d'atteindre notre camp , je rencontrai don Juan qui me demanda quelles étaient les intentions des Français. Je lui répondis qu'ils venaient pour nous livrer bataille. Il ne parut pas le croire , et me dît qu'ils avaient seulement l'intention de cha^er nos postes avances. Je répliquai que ce n'était pas l'habitude des Français de marcher avec un corps d'infanterie comme celui que j^avais vu ( il était composé de Gardes Françaises et Suisses des régimens dePicardieetde Turenne » que j'avais reconnus à leurs enseignes aussi-bien que les Anglais à leurs habits rouges) et de faire sortir une si grosse troupe de cavalerie^ uniquement pour forcer un poste de cavalerie.

Mais avant que je pusse ajouter d'autres raisons à l'appui de mon opinion , ou que don Juan eût eu le temps de nie répondre, arriva le prince de Coudé , qui venait aussi d'un de nos postes de cavalerie , et rendît le même compte que moi. Apercevant le duc de docester, il lui demanda s'il avait jamais vu une bataille^ et le duc ayanf repondu qu'il n^en avait jamais vu^ leprince l'assura qu'avant une demi-heure il allait en voir une (i). Comme il n'y avait plus moyen de douter des intentions de l'ennemi^ tous les oiEciers généraux

(i) Dans le manuscrit du duc de Bofiillon la réponse du prince est ainsi qu'on k voit partout : Dans une demi-^ heure vous verrez comment nous en perdrons une.

iNole de TEdîteut.l

se séparèrent et allèrent à leurs postes respectifs, resoliis à attendre les Français et à les combattre où nous étions. Nous avions l'avantage du terrain que nous aurions perdu en avançant vers eux.

Notre armée était ran^'e de la manière suivante : notre inianterie^ composée d'environ six mille hommes, était divisée en quinze bataillons, tout sur une même ligne , à l'exception de deux. Elle s'étendait depuis une des plus hautes dunes jusque dans les prairies adjacentes au canal de Furnes. Les natifs Espagnols, composant quatre régimens, avaient la droite. Le régiment de don Gaspard Boniface était placé sur la haute dune qui se trouve le plus près de la mer. Derrière nous était le régiment de Francisco de Menesès, faisant face à la mer pour empêcher qu'on ne vînt nous prendre en flanc. A la gauche du régiment de don Gaspard était celui de don Diego de Gomez, commandé par dontAiHenio de Cordoue, et à la gauche de celui-ci le marquis de Seralvo à la tête de son régiment. Ensuite ve-» naient les régimensdu Roi et de lord Bristol , qui ne composaient qu'un seul bataillon ; ensuite celui du duc d'York, formant un bataillon , commandé par lord Muskerry ,• derrière et formant la réserve était le r^inienl de Richard Gray et celui de lord Newburgh (i) , ne faisant également

^i) Le manuscrit du cardinal dit : de lord TVilloughbj^

{Note de V Editeur.)

qu'un bataillon. A la gauche du régiment d'York étaient trois bataillons wallons > puis trois bataillons allemands composés de quatre regimens. Ensuite sur la dernière dune^ du côté du canal de Furnes , était placé le régiment allemand de Guitau^ le premier d'infanterie du prince de Condé; le reste de cette infanterie^ composé de trois bataillons y était rangé entre les dunes et le canal ^ dans les prairies près de la grande route.

Les dunes sur lesquelles nous avions posté notre infanterie nous donnaient un grand avantage sur I%lnemi. Elles formaient une arête qui s'étendait d'un cpté à l'autre; en sorte que l'ennemi était forcé de nous charger sur des hauteurs^ ce que tout le monde sait être beaucoup plus désavantageux sur un terrain de sable qui cède sous le pied que sur un sol plus ferme. Quant à notre cavalerie^ qui aurait dû être d^ huit mille hommes^ maïs dont nous avions alors à peine la moitié y le reste étant allé au fourrage, d'où il ne revint qu'après notre défaite,. la cavalerie espagnole fut rangée en deux lignes derrière notre infanterie dans l'intervalle des dunes; celle du prince de Condé, en plusieurs, lignes derrière son infanterie, entre les dunes et la prairie. Comme en plusieurs endroits il n'y avait de place que pour trois ou quatre escadrons de front, je ne pourrais pas dire précisément sur combien de lignes fut rangée cette cavalerie.

Ce fut ainsi que nous attendîmes rennemi dont Tarmee, autant que je m'en souviens^ était rangée de là manière suivante. I/infanterie marchait sur deux lignes^ chacune de sept bataillons. La première était commandée par le lieutenantgénéral^ M. de Gadagne^ et composée d'un bataillon de Gardes^Françaises qui avait la droite^ et s'avança au-dessous des dunes situées le long du grand chemin; ensuite venait un bataillon des Gardes*Suisses qui s'avança par le haut des dunes^ également près du 'grand chemin. Â la gauche était le régiinent de Picardie formant un seul bataillon : sur le même front ^ celui de Turenne^ qui était le dernier des bataillons français de la dernière ligne. A leur gauche venaient trois, des régimens anglais formant chacun un bataillon , et dont le dernier s'étendait jusqu'aux dunes avoisinant la mer. Devant chaque bataillon de cette première ligne marchaient en çivaatles mousquetaires.» C'est la seule bataille , sur le continent , où j'aie vu employer les enfans perdus. Lorsque M. de Turenne s'avança , voyant que nous avions quelque infanterie dans les prairies, il prit le premier bataillon de droite de la seconde ligne , et le fit marcher dans ces prairies à la droite de sa cavalerie. Ce bataillon était commandé par M. de Montgommery, un de ses neveux. La seconde ligne d'infanterie était commandée de la

même manière qne la première. Il y en avait trois

Anglais et le reste Français.

Quant à la cavalerie^ ils ayaient entre leurs deux lignes d'infanterie cinq; eti six escadrons^ et leur aile droite s'avançait le long de la grande route, à l'endroit précisément au-dessous des dunes. Elle était commandée par le marquis de Créquî , lieutenant-général^ et s'avançait sur un front aussi étendu que le permettait le terrain. Quelquefois il n'y avait de place que pour trois ou quatre escadrons. A la tête de cette cavalerie marchaient quatre pièces de campagne. L'aile gauche commandée par M* de Gastelnau marchait le long de la mer avec des pièces de campagne. Plusieurs des petites frégates anglaises ^ ayant l'avantage de la marée, se tenaient aussi près du rivage qu'il leur était possible , et tiraient sur tout ce qu'elles pouvaient apercevoir de troupes espagnoles dans les dunes. L'armée française, dans cet ordre, continua d'avancer vers nous taudis que nous Tattendions dans bos positions*

Les premiers qui nous attaquèrent forent les Anglais commandés par le major général Morgan. Lockart , leur général, était ^ je ne sab pourquoi 9 avec M^ de Gastelnau, à la tête de Fa lie gauche. Au moment où ils allaient charger, don Juan me fit prier de me rendre à notre aile droite, et de veiller particulièrement sur le point

où il voyait que s'avançeient les Anglais* J'y allai , ne prenant de troupes dm milieu de la ligne où j'étais que ma eoropagaiedes gardes et un détachement de cent hommes avec deux capitaines et un nombre d'officiers proportionné que je tirai de mon bataillon le plus yotein pour eti renforcer les natifs Espagnols. Je les joignis au ré^ giment de Bonifaee, contre lequel je jugeai que les Anglais feraient leur plus grand effort , et dont le poste était de la plus grande importance; car c'était de ce côté la plus élevée des dunes : elle s'a<vançait d'ailleurs un peu plus que les autres^ et commandait toutes celles du voisinage.

Ce fut tout ce que j'eus le temps de faire avant que les Anglais commençassent l'attaque. Us vinrent sur nous avec beaucoup de vigueur et de courage. Leur ardeur même fut telle que dans la marche ils dépassèrent les Français, et que si on eût saisi cet avantage , ils auraient payé cher leur imprudente bravoure ; mais ceux qui pouvaient en profiter, ou n'y prirent pas garde , ou par quelque autre raison que je ne connais pas, négligèrent d'envoyer de la cavalerie les prendre en flanc. L'occasion fut manquée, et les Anglais vinrent sans être inquiétés exécuter leur charge.

Boniface était, comme je l'ai dit, posté sur la plus haute dune et la plus avancée sur ce point. La bataille commença donc par lui. Ce fut le régiment de Lockart qui chargea les Espagnols. Il

était commande jfar le lieutenant-colonel Fen— wich, qui, en arrivant au pied de la colline , et voyant qu'elle était escarpée et excessivement difficile à monter ^ ordonna à ses gens de faire halle et de prendre haleine pendant deux ou trois minutes afin d'être plus en état dé gravir la hauteur et de bien faire leur devoir.

Tandis qu'ils se préparaient^ leurs enfans perdus s'écartèrent à droite et à gauche pour laisser passer le gros du bataillon et se mirent à faire un feu continuel sur Boniface. Aussitôt que le bataillon fut en état de monter^ il se mit en mouvement avec un grand cri auquel répondit toute l'infanterie; mais tandis que les Anglais grimpaient du mieux qu'ils pouvaient ^ le lieutenant-colonel tomba à moitié chemin atteint d'une balle au travers du corps. Cela n'empêcha pas le major nommé Hinton, et depuis capitaine dans le régiment d'Albemarle , de conduire en haut le bataillon , officiers et soldats; ils ne s'arrêtèrent pas jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à la longueur de la pique. Là , malgré la résistance des Espagnols, malgré l'avantage du terrain et celui qu'ils avaient d'être frais et reposés , au lieu que les Anglais étaient presque épuisés d'avoir monté, ceux-ci emportèrent la hauteur et en chassèrent les autres y qui laissèrent morts sur le champ de bataille sept capitaines des onze qui servaient dans le ré-

giiTient^ ainsi que Slaughter etFarrel, deux autres capitaines que je venais d'adjoindre à ces régimens et plusieurs officiers réformés qui composaient la plus grande partie de leurs postes de piquiers. Le terrain avait été si bien disputé que les Anglais 5 outre leur lieutenant-colonel 9 y perdirent plusieurs officiers et soldats.

Après ce premier succès , sitôt qu'ils se furent remis en marche et eurent repris haleine^ ils commencèrent à descendre la dune : alors je m'avançai pour les charger à la tête de mes gardes et de ceux de don Juan; mais^ lorsque je fus arrivé presque à la hauteur de la pique, je reconnus que la disposition du terrain ne permettait guère que je pusse espérer de les enfon-r cer. Cependant , résolu de le tenter, je les char- * geai , mais inutilement ; car, outre l'avantage du terrain, leur résistance fut telle, qu'ils me repoussèrent , et tout ce qui jse trouvait à la tête de la troupe que je commandais fut tué ou blessé. Je l'aurais été sans la bonté de mes armes. Les principaux officiers de ma compagnie s'en tirèrent mieux que ceux de la compagnie de don Juan , car il n'y eut parmi eux dç blessé que Charles Berkley, capitaine de mes gardes ; et des autres, il n'y eut que le capitaine , le comte de Colmenar, qui revint sans blessure. Les soldats ne furent pas plus heureux. La perte tomba si rudement sur eux, que malgré tous mes efforts, il me fut

impossible de les rallier. Je réussis mieux avec mes gardes. Je parvins à rassembler tous ceux qui se trouvaient encore en état de service: il n'y en avait pas plus de quarante.

Quand j'eus rallié ce petit parti , j'allai Ters les gens de Boaiface. Don Jitan d'abord ^ et ensuite le marquis de Caracena ^ s'étaient efforcés de les rallier; mais^ ne pouvant en venir à bout^ ils s'étaient retirés. En arrivant ^ il me fut d'abord impossible de les engager à tenir; mais, pendant que j'essayais sar eux mon autorité , j'aperçus un nommé Ëlvige , lieutenant du régiment duRoi, qui était venu avecle détachement décent hommes que j^avais euToyé pour renforcer le bataillon de Buniface. Je lui demandai ce qu'^étaient devenus les deux capitaines. H me répondit qu'ils avaient été tués tons les deux y ainsi que la plupart de leurs soldats; qu'il était le seul officier du détachement qui ne fut pas blessé. Je lui ordonnai de demeurer avec moi et de rappeler ses gens pour les rassembler. Alors il leur cria que le duc était là , et ceux qui l'entendirent firent aussitôt volte-face et vinrent nous rejoindre. En même temps voyant le major du régiment espagnol , je l'appelai et lui dis qii'il devait engager ses gens à suivre l'exemple des Anglais , et que ce n'était pas la coutume des Espagnols de fuir quand les autres tenaient ferme. Le major leur ayant répété ce reproche , ils s'arrêtèrent et se remirent en

bon ordre. Le marquis de Caracena revint alors vers moi et me demanda pouix^uoi je ne chargeais pas l'ennemi à la tête de ma cavalerie. Je lui répondis que je l'avais déjà fait, et que j'avais été battu pour ma peine ; mais j'ajoutai que, vu la position actuelle des ennemis , cela était impossible , et le lui fis voir de derrière la dune la plus voisine.

Le marquis se retira ; et aussitôt après le régiment de Lockart, celui qui, comme je l'ai dit , venait de mettrçnotre cavalerie en déroute , commeoçu à avancer non pas directement , mais en appuyaat on peu sur la .gauche. L'inégalité du terrain fit que nous nous perdîmes de vue , et nous nous trouvâmes séparés par une dune; en sorte qu'au moment ob je venais de remettre en ordre le régiment de Boniface et le peu de cavalerie que j'avais avec moi , j'aperçus le bataillon anglais précisémeot à notre droite, à la même hauteur que nous, une dune seulement entre nous deux. Je fis volte-face du côté de la mer y et , marchant à la tête de mon infanterie , comme j'arrivais au sommet de la dune, je vis les Anglais qui la montaient de l'autre côté. Je me retirai alors de devant mon infanterie, et ordonnai au major, qui était avec moi à la tête du régiment de Boniface, de les charger de front, tandis que je les prendrais en flanc avec ma cavalerie. ,

49^ MËMOlttES

Aussitôt me mettant à la tête des quarante gardes, je chargeai ee bataillon si heureusement ^ que je le rompis y lui tuai l)eaucoup de monde 9 et le chassai jusqu'au sommet de la dune la plus Toisine de la mer. Quant au bataillon de Boniface, voyant que j'avais déjà rompu les Anglais , il ne chargea point; mais du haut de la dune où îl se trouvait , voyant toute notre arme'e en déroute j il se dispersa et chacun chercha à se sauver comme il put : mais bien peu eurent ce bonheur.

C'est une chose à remarquer ^ que lorsque nous eûmes enfoncé ce bataillon et que nous y fumes entrés, pas un seul homme ne demanda quartier ni ne jeta ses armes , mais tous se défendirent jusqu'au dernier moment; en sorte que nous courûmes autant de danger des coups de crosses de leurs mousquets que de la décharge qu'ils avaient faite sur nous. Un d'eux nà'aurait infailliblement jeté à bas de mon cheval si je ne l'avais prévenu, au moment où il allait me décharger un coup de sa crosse, en l'étendant à terre d'un coup d'épée dans la figure.

Le duc de Glocçster, qui durant toute cette journée m'avait secondé et avait combattu avec autant de bravoure que pas un de ses ancêtres , laissa échapper son épée, soit qu'elle eût sauté de sa main par l'effet d'un coup qu'il reçut ou d'un coup qu'il avait porté, je ne me rappelle pas bien lequel des deux. Un gentilhomme, nommé Ville-

neuve, écuyer du prince de Ligne , qui se trouvait près de lui, voyant cet accident, sauta en bas de son cheval , ramassa l'épëe et la rendit à mon frère, qui, durant tout ce temps, se tint le pistolet à la main près de lui pour le garantir, jusqu'à ce qu'il fût remonté; mais aussitôt après ce gentilhomme reçut un coup de feu dans le corps. Cependant il fut assez heureux pour se retirer de la mêlée et guérir de sa blessure.

Aussitôt après cette charge, je fus obligé de me retirer le plus promptement qu'il me fut possible. Un escadron français, veûant par le bord de la mer, était entré dans les dunes pendant que je chargeais, et était arrivé sur. mon flanc; en sorte qu'il m'aurait infailliblement coupé, moi et mou petit détachement, s'il n'eût été chçirgé lui-même par le prince de JLigne. Le prince ne put les rompre, mais il les força de s'arrêter; je profitai de l'occasion pour passer « et le prince, après sa charge , s'échappa par une autre route.

En ce moment la cavalerie avait non-seulement taillé en pièces tout le régiment de Boniface , mais pris , dans leurs différens postes, tous les régimens des natifs d'Espagne. Les Anglais ne les chargèrent point comme ils auraient dû le faire en marchant directement sur eux; mais lorsqu'ils virent la résistance du régiment de Boniface, ils prirent tous la même roule , marchant sur le flanc des Espagnols et tirant seulement des-

SUS en passant sur la dune> à la suite du régiment de Lockart.

L'aile gauche avait en même temps sa rude part des malheurs de la journée. Les quatre pièces de campagne qui^ comnre jel'ai dit^ s'étaient avancées le long de la grande route au dessous des dunes , avaient fait une terrible exécution parmi ceux de nos corps de cavalerie et d'infanterie qui se trouvaient devant elles. On plaça sur la prairie les gardes à pied, et à leur droite le régiment de la couronne, commandé par M. d'eMontgommery^^et tiré par M. de Turenne de sa seconde ligne. Us s'avancèrent sur trois petits bataillons que nous avions entre les dunes et le canal : ceux-ci ne firent qu'une faible résistance et prirent la fuite; alors la cavalerie française, commande'e par M. de Créqui, lieutenant-général, s'avança devant l'infanterie siir un front aussi large que le pouvait permettre l-© terrain. La cavalerie du prince de Condé la chargea d'abord si vigoureusement , qu'elle fut obligée de se retirer de nouveau derrière l'infanterie j mais enfin, malgré tous les efforts du prince, comme il avait contre lui de la cavalerie et de l'infanterie , et avec lui seulement de la cavalerie, il futenfin obligé de céder leterrain et de s'enfuir aussi vite que l'avaient fait les autres avant lui; mais ce ne fut qu'après avoir J&it tout ce qu'il était possible de faire, soit comme général , soit comme soldat, à ce point même que

DFJACQDESII. 4g5

dans sa troisième, charge il courut grand risque d'être fait prise i nier.

Venons maintenant à ce qui sepassa a Taile droite du prince de Condé sur les dunes situées entre son poste et celui des natifs Espagnols. Le régiment de Guiscarda^ posté sur la dune voisine de la grande route par où s'avançait Taile droite de la cava^ lerie française^ n'attendit pas la charge des Suisses^ mais, après avoir fait feu de trop loin, prit aus-^ sitôt la fuite. Les quatre bataillons suivans en firent autant. Aucun u'attendit la charge. Cette lâcheté et la défaite du régiment de BoniÊice je-* tètent une telle épouvante dans notre cavalerie > rangée sur les dunes derrière rinfanterie, que la plus grande partie, surtout celle de seconde ligne, prit la fuite sans avoir été chargée, sans même avoir vu l'ennemi, bien que la plupart des officiers n'épargnassent aucun effort pour arrêter leurs soldats. Le petit nombre de eeux qui eurent le courage de tenir se battirent en gens d'honneur , comme on le verra en son lieu.

Après ces trois régimena dont je viens de parler, se trouvait le mien qui tint ua peu plus long-temps que ses voisins degauche; mais une voix, partie de derrière la ligne, ayant crié que l'infanterie n'a- Tait plus qu'à se sauver > ce bataillon se rompit comme les autres, et les soldats, abandonnant leurs officiers , prirent tous la fuite. Le colonel Grâce , dont le régiment était rangé derrière ceux-ci ^

jugea qu'il était grand temps de songer à la retraite. Il s'e'loîgna en bon ordre en trois divisions, marchant d'un bon pas^ maintenant une telle discipline et tenant ses hommes si bien ensemble , qu'il eut le bonheur de gagner à travers la grande route le canal de Furnes, le long duquel il se retira sans perdre un seul homme. Mon régiment n'eut pas une telle fortune. Quoique M. de Saint- Roc^ à la tête de son régiment de cavalerie, eut chargé les gendarmes du cardinal^ tué de sa main M. Dubourg qui les commandait et mis l'escadron en fuite' , abandonné de ceux qui auraient dû le soutenir ^'et voyant d'autre cavalerie revenir sur lui à la charge, il fut forcé de chercher à s'échapper du mieux qu'il put. La cavalerie qu'il avait battue atteignit bientôt mon régiment; et, excepté milord Muskerry, qui fut assez heureux pour trouver par hasard un cheval , il ne s'en sauva pas un officier ni un soldat.

A peu près dans le même temps, un vieux colonel allemand, nommé Michel, chargea, à la tête de son régiment de cavalerie , le bataillon de Turenne, qui venait de descendre la colline sur laquelle avait été postée notre infanterie, mais il ne put jamais l'enfoncer. Le bataillon soutint sa charge en bon ordre , le tua, ainsi que la plus grande partie des officiers , et mit en fuite son régiment de cavalerie, sans avoir perdu qu'un seul homme, le lieutenant - colonel Betbesé, qui fut

tué à la tête des piquiers d'un coup de pistolet. Exeepté ces deux régi mens , je ne sache pas qu'aucun corps de caTalerie espagnol ait fiait son devoir dans cette bataille, ou^ s'il y. en a eu d'autre > cela n'est pas venu à ma connaissance.

Il fiiut maintenant reprendre d'un peu plus haut pour rendre compte de ce qui m^arriva. Aprèsl avoir chargé et enfoncé le régiment anglais , je pensai qu'il était raisonnable de songer à me mettre en sûreté , car la cavalerie française m'entourait de tous côtés ^ et aucun de mes gens ne tenait plus ; mais ne sachant pas ce qui s'était passé à l'aile gauche 9 où était lé prince de Condé, je résolus d'abord d'y aller pour connaître l'état de nos affaires^ Il ne restait pas autour de moi plus de vingt chevaux; le reste de mes gardes et mon lieutenant m'avaient quitté au moment oîi je m'étais retiré du milieu des Anglais. Ce fut là, en grande partie, ce qui me sauva ; car , avec ce que j'avais de monde, j'étais en état de faire tête à tout ce que je pourrais rencontrer d'hommes éparpillés et séparés de leurs corps > et je n'eu avais pas assez pour attirer à ma poursuite une troupe copsidérable. Il arriva même que les ennemis nous prirent pour être des leurs : comme je m'en allais je vis cinq ou six de leurs cavaliers tomber sur un de mes officiers , le lieutenant Victor, depuis capitaine à Tanger. Les prenant moi-même pour des cavaliers à nous, je leur

49S MÉMOIBES

criai en français de le laisser, que c était un de nos Anglais. Us le relâchèrent donc^ lui rendirent son épée qu'ils lui avaient ôtee , et se retirèrent, me prenant pour un de leurs officiers. Eux et moi demeurâmes dans notre erreur^ et je ne fus détrompé qu'ensuite 9 lorsque le lieutenant Victor m^apprit ce qui en était.

Je continuai ma route et trouyai moyen de passer au travers des Français , au trot et en bon ordre : je rejoignis le colonel Grâce et son régiment avant qu'ils fussent sortis des dunes. Je passai près des régimens de Picardie et de Turenne^ qui étaient déjà sur le terrain où nos gens avaient campé la nuit précédente. En arrivant au grand chemin qui passe sons les dunes, je trouvai le prince de Condé qui venait d'être battu dans sa charge, et obligé de s'enfuir avec ses gensy et, comme je l'ai dit, en grand danger d'être pris. La foule éiaîi très-grande dans le village de Zudcote, à travers lequel passait la grande route. Comme l'ennemi nous poursuivait très-vivement , je n'eus pas d'autre moyen, pour éviter d'éti^e pris , que de me dégager de la presse et de prendre une autre route autour du village, que je laissai h ma droite. Ce qui prouve combien je l'échappai de peu, c'est qu'un colonel des troupes du prince de Condé, nommé Morîeul, que je rencontrai en sortant des dunes, et qui ne prit pas comme moi le chemin autour du village, mais s'était mêlé

clans la foule ^ tomba ^ aiissitôt que nous fûmes séparés, au pouvoir des ennemis. Quant à moi, je regagnai sans accident la grande route de Taulre côté du village. Don Juan, le prince de Condé, le marquis de Caracena et d'autres e'taient déjà arrivés : quelques momens après nous fûmes obligés de nous arrêter et de faire volte-face h l'ennemi, pour donner, à don Juan le temps de changer de cheval; le sien, par je ne sais quel accident, était devenu boiteux. Lorsqu'il fut remonté, nous donnâmes des éperons et ne nous arrêtâmes plus que Tennemi ne se fût lassé de ttoûs poursuivre.

Je ne me permettrai pas de donner un compte détaillé des actions de nos oiRciers généraux durant cette journée, n'ayant pas reçu, i cet égard, de renseîgnemens assez particuliers; mais j'ai su en gros que tous, excepté don Estevau de Gamarra , s'étaient conduits anrec beaucoup de bravoure > et avaient tellement payé de leur personne, quMls avaient couru les pins grands dangers. J'ai déjà dît ee qui notis était arrivé au prince de €on dé et h moi; et quant à don Juan, je saisqu^il demeura si long-temps sur le champ de bataille, qu'il courut grand risque d'être fait prisonnier. Pour le marquis de Caracena , x)n ne saurait en être plus près qu'il ne le fut; car, comme il était encoi^e dans les dunes, un ca^^ valier ennemi saisit la bride de son chevâl; le

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marquis n'avait à la main que sa canne, il lui en donna un si grand coup sur la figure qu'il l'étourdit; en sorte que l'autre lâcha la bride et que le marquis prit ce moment pour s'échapper. J'ai déjà parlé de la belle charge qu'avait faite le prince de Ligné , mais je n'ai pas su certainement de quelle manière il s'était sauvé. Quant à don Estevan de Gamarra , qui commandait en qualité de mestre-de-carop général , et était à la tête de l'infanterie, il se sauva des premiers, et courut, sans s'arrêter, jusqu'à Nieuport.

Je n'ai point encore parlé du bataillon composé du régiment du Roi et de celui du comte de Bristol : ce serait faire grand tort au premier que de s'en taire. Ces deux régimens étaient postés, comme je l'ai dit , après les natifs espagnols. Le premier, quoiqu'il vit tout en déroute à sa droite et à sa gauche , continua de tenir ferme; car il était entièrement composé d'Anglais. Celui de milord Bristol, tout entier Irlandais, s'enfuit quand il vit autour de lui tous les nôtres battus. Les oflBciers essayèrent vainement de le retenir, mais, voyant leurs efforts inutiles, s'enfuirent aussi par compagnie, excepté le capitaine Stroud , gentilhomme anglais, lieutenant-capitaine dans ce régiment, qui alla se rejoindre à ses compatriotes du régiment du Roi et se mit à leur tête. La fuite des Irlandais ne fut pas le seul découragement quieussent à vaincre les Anglais; car, même

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auparayant^ leur lieutenant-colonel et leur major les avaient abandonnés , le premier sous pre'texte d'aller chercher les ordres , l'autre pour quelque cause qui ne lui faisait pas plus d'honneur. Le lieutenant -colonel fut payé de cette conduite comme il le méritait. Quelques cavaliers français écartés , qui avaient déjà gagné le derrière de son régiment , le rencontrèrent et tirèrent sur lui-. Une balle lui entra un peu au-dessous d^l'œil et ressortit derrière le cou; il eut grand'peine à échapper de cette blessure. Il fut aussi démonté. Un de mes gardes ^ le seul de tous qui se fût mal conduit dans. cette affaire^ et qui n'était pas An-* glais ^ le trouva en cet état et l'aida à en sortir.

Rien de tout cela n'ébranla le courage du régimentduRoi. Chacun demeura ferme à son poste^ bien qu'ils se vissent déborder à la gauche par 1b ligne française ^ à la droite par les Anglais de Cromwell : enfin la seconde ligne avança sur eux. Ce fut le régiment de Rambure qui vint pour les charger^ le colonel à la tête. C'était ce colonel qui commandait la ligne. Voyant toutes nos troupes en déroute^ excepté ce seul, petit corps, il s'avança, de sa personne, un peu au devant de ses gens pour leur offrir quartier. Les Anglais répondirent qu'ils avaient été postés en ce lieu par le duc , et étaient déterminés à y tenir aussi loogtemps qu'il leur serait possible. Le colonel leuv dit qu'il serait tout-à-fait inutile de tenir, puis-

que leur armée tout entière était en fuite > et qu'il ne restait personne sur le champ de ba^ taille. Ils rëpliquèi'ent que ce n'était point un ennemi qu'ils devaient en croire. Alors il leur offrit 9 s'^ils voulaient leur donner on ou deux of-* ficiers> de les conduire lui-même sur une des dunes placées derrière eux, et d'où ils pourraient reconnaître qu'il leur avait dit la vérité. Us envoyèrent donc deux officiers, le capitaine Thomas Cooke et Aston. Le colonel les conduisit, comme il leur avait promis, sur la dune, d'où il leur fut aisé de voir que de toute notre armée il ne restait plus qu'eux sur le champ de.bataille. Ensuite il les ramena vers leurs gens. Alors les An- {;lais lui dirent que s'il voulait promettre qu'on ne les remettrait pas entre les mains du gouvernement anglais, qu'ils ne seraient point dépouillés, et qu'on ne fouillerait pas dans leurs poches, ils mettraient has les armes et se rendraient leurs prisonniers. Il y consentit sur-le-champ, et leur donna sa parole pour sûreté. Us se rendirent donc^ et on leur tint exactement ce qu'on leur avait promis. Ainsi, par Teffet de leur honorable conduite, ils furent beaucoup plus heureux que ceux qui les avaient abandonnés, dont la plupartfurent tués, et le reste pris et dépouillé.

Après avoir, le mieux que je Tai pu, rendu compte de cette affaire, il ne me reste plus qu'à dire quelque chose du nombre des morts des

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tieux cotés 9 et des prisonniers* Nous n'eûmes pas plus de quatre cents hommes de tués : on y compta un Français, le comte de Lamotterie; et parmi les Espagnols le colonel Michel , la plapart des capitaines du régiment de Boniface, un du régiment de Seralvo, un autre de Go* niez» et don Francisco Romero, gouverneur des deux, compagnies des Gardes , avec deux ou trois de ses officiers. Parmi ceux que je commandais^ nous eûmes trois capitaines tués, Slaughter, capl*taiue du régiment du Roi, du mien..*, y et Fareil de celui du lord Bristol ^ sans compter quelques lientenans ou enseignes et deux brigadiers de ma compagnie des Gardes. Je ne me rappelle pas que, des troupes du prince de Condé, il ait péri on seul homme de qualité , si ce n'est le comte de Meille, lieutenant-général , et un petit nombre de capitaines. Des officiers espagnols, furent pris le marquis de Seralvo , Risbourg , Conflans , fieileveder, le prince de Robec, don Antonio de Cordoue, don Juan de Tolède, don Joseph Manriquez, don Louis de Zuniga, le baron de Limbeck, Darchem, Baynes, tous les colonels, tant de cavalerie que d'infanterie , et M. de Montmorency, capitaine des gardes du prince de Ligne. La plupart, abandonnés de leurs soldats*, furent pris parce qu'ils ne voulurent pas s'enfuir aussi vite qu'eux. Je ne saurais dire ce qu'on prit de capitaines et d'autres officiers inférieurs. Je sais

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seulement que des rëgiraens d'io&nterie natifs espagnols 9 il en. échappa peu ou points parce qu'ils se conduisirent en gens d'honneur. Quant k la cavalerie espagnole , le nombre des capitaines et officiers inférieurs faits prisonniers ne fut point h comparer à ce que je perdis dans moti corps. Tous les officiers de mon rëgimeiit furent pris ^ à l'exception de lord Muskerry qui le commandait; il n'échappa pas une vingtaine de soldats. Le régiment du Roi fut pris entièrement. Le régiment du comte de Bristol fut traité comme le mien. Il n'en revint guère ou pas du tout; mais on ne lui prit que cinq ou six de ses gardes. Quant aux officiers généraux qui commandaient sous le prince de Condé , MM. de Coligny et de Bouleville^ tous deux lieulenans généraux^ furent faits prisonniers ainsi que M. de Meille^ qui mourut de ses blessures , et M. Des Roches /capitaine des gardes du prince. H «e perdit pas beaucoup de ses gens de pied qui firent mal leur devoir de soldats; et^ se trouvant près du canal ^ eurent de grandes facilités pour s'échapper. Sa cavalerie , bien qu'elle se fût comportée vaillamment^ ne fut pas si maltraitée que la cavalerie espagnole et ne perdit pas un seul colonel.

Je n'ai pas su certainement ce qui périt da coté des ennemis : tout ce que je puis dire , c'est •que leur perte fut peu considérable quant au nombre et à la qualité; car je n'ai jamais entendu

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pommer parin i les Français que M. de la Berge qui avait été capitaine des gardes de M. de Turenne et était alors major général de l'infanterie, ce qui est un peu moins que lieutenant général et maréchal de camp; M. deBetbesé, lieutenant colonel du régiment d'infanterie de M; deTurenne, et Dabourg, lieutenant des gendarmes du cardi-^ nal. Des Anglais envoyés par Cromwell , furent tués Fenwich , lieutenant colonel du régiment de Lockart, deux capitaines , quatre lieutenans et quatre enseignes. Il y eut environ cent soldats anglais tués et blessés, le major du régiment de Lockart , deux capitaines et quelques lieutenans et enseignés.

Quant au bagage et aux canons, nous n^en avions point à perdre. Notre artillerie, par bonheur, n'était point arrivée et notre bagage avait été laissé à Furnes ou nous allâmes rallier les débris de notre armée.

Je ne dois pas oublier ici ce que fît pour moi M. de Gadagne, lieutenant général dans l'armée française où il conimandait ce jour-là l'infanterie; Après la déroute totale de notre armée et lorsqu'il ne restait plus aucun des nôtres sur le champ de bataille , on lui dit que j'avais été pris par les Anglais^ Alors il prit avec lui deux ou trois escadrons français dont les capitaines étaient de ses amis particuliers, et, traversant à leur tête le champ de bataille , vint à l'endroit où se trou-

vaieDt alors les Anglais, détermine ^ si j^avais eu ce malheur^ à me tirer par force de leurs mains; mais trouvant, après s'être informe avec soin parmi eux, que ce n'était qu'un faux bruit , il s'en retourna très-joyeux à son poste.

Lorsque nous arrivâmes à Furnes , et durant quelques jours après la bataille, notre perte parut d'abord plus considérable qu'elle ne se troura l'être en définitif; car la plupart de nos officiers d'in* fanterie, aussi bien que les soldats, revinrent l'un après l'autre. Les uns s'étaient échappés des mains de l'ennemi , les autres , et particulièrement les officiers, s'étaient rachetés pour un peu d'argent de ceux qui les avaient pris. De ce nombre fut don Antonio de Cordoue, ainsi que quelques autres colonels et personnes de marque; en sorte que, lorsque nous partîmes pourNieuport, vers le 26 du mois, tous nos régi mens d'infanterie^ excepté celui du Roi et des natifs Espagnols , étaient presque aussi complets qu'avant la bataille.

M» de Turenne, après nous avoir défaits , rentra dans ses lignes et continua le siège de Dankerque, qu'on lui rendit quelque temps après. Il ne l'eût pas eu sitôt, si le marquis de Leyde, le gouverneur de la ville, n'eût été atteint d'une blessure dont il mourut peu de jours après.

Ce fut le 26 environ que nous apprîmes à Furnes que la ville était rendue et que nous nous retirâmes sur Nieuport. En y arrivant, nous eûnes

DE JACQUES II. 5o7

une autre junte pour consulter dar ce c(ue bous avions à faire actuellement que Dunkerque était tombé au pouvoir de Teonemi. Don Juan proposa de poster notre armée le long du canal enii^ Nieuport et Dixmudc, et d'essayer de le défen-dre. Quelques uns de ceux qui parlèrent après lui furent de. son avis , et les autres ne s'y opposèrent pas directement ; mais > quand ce fut mou tour à parler^ je me déclarai contre, cette propor sition , et donnai pour raison que nous n'avions pas une infanterie assez nombreuse pour tenter de défendre ce poste contre une armée victO'^ rieuse > tandis que la nôtre était abattue- de sa défaite. Je priai que Ton considérât le déplorable état où nous serions réduits si l'ennemi venait à forcer le passage ; qu'il serait trop tard alors pour essayer de conserver nos grandes villes et peut-être impossible d'y réussir; que l'ennemi serait maître d'attaquer à son choix et même de prendre celles qui lui plairait : à quoi il fallait ajouter toutes les chances malheureuses et inconnues qui pouvaient résulter d'une aussi hasardeuse tentative*

À ces raisonnemens^ j'en ajoutai d'autres encore et proposai de diviser notre armée > pour la distribuer 5 selon que nous le jugerions le plus utile ^ dans les grandes places de cette portion du pays où nous nous trouvions alors ^ et dont il fallait prendre un soin particulier^ parce qu'il était

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probable qu'elles seraient bientôt assiégées ; que lorsque nous les aurions mises ainsi en état dé défense^ quelle que fût celle de ces places qu'on Tînt attaquer^ elle pourrait résister avec vigueur ou du moins se défendre si long -temps, que le &iége terminé, il serait trop tard pour en entreprendre un autre; que, pendant ce temps, nous aurions le loisir de rassembler le reste de nos troupes et d'épier l'occasion favorable d'entreprendre quelque chose contre l'ennemi.

Sur cette proposition, on remit toute l'affaire en discussion et oii résolut enfin dé partager notre armée. Je fus laissé, par le marquis de Caracena, dans Nieuport, la première place qu'on pensait que les en^nemis viendraient assiéger. Nous avions environ deux mille hommes d'infanterie et autant de chevaux. Le prince de Condé se rendit à Ostende avec un corps de troupes suflSsant pour la défense de cette forte placé. Don Juaa entra daiis Bruges avec quelque cavalerie et un corps considérable d'infanterie , et le prince dé Ligne dans Ypres avec le reste. En sortant de la junte, le prince de Condé me denianda comment je m'étais hasardé à contredire don Juan ainsi que je l'avait fait. C'est que je n'ai pas envie, lui dis-je, que nous soyons obligés de nous sauver encore comme nous venons de le faire devant Dunkerque.

Les troupes se mirent en marche le même jour

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pour se rendre aux diffërens postes qu'on leur avait assignes.

. Peu de jours après , M. de Tarenne arriva avec le gros de l'armée française à Dixmude , et le marquis de Crëqui vint avec l'avant-garde campier à un peu plus de portée de canon de Nieuport^ entre cette place et Dixmude, dans l'in-» tention de passer le lendemain le canal qui va de Nieuport à Ostende , et de nous ôter toute communication avec cette place. L'armée devait alors venir nous assiéger; mais le lendeniaia matin M. de Turenne , comme il allait se mettre en marche , reçut du cardinal l'ordre de ne pas attaquer ni tenter aucune autre entreprise jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouvelles instructions, attendu que le Roi son maître venait de tomber très-dangereusement malade à Calais. Cet acci-: dent nous sauva un siège, et, comme on pouvait le croire alors, le danger d'être pris : car telle était la négligence des Espagnols , qu'au moment où le marquis de Créqui vint camper dans notre voisinage , nous n'avions pas de munitions pour quinze jours. Ainsi, malgré la force de notre garnison, nous ne pensions pas pouvoir défeqdre long-temps la ville.

Cependant, un ou deux jours après, nous reçûmes d'Ostendç une abondante provision de poudre et de plomb ; en sorte que dans le fait si nous eussions été attaqués, nous étions en état

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de nous bien défendre. Pour y mieux réussir encore, nous entreprîmes une nourelle contrescarpe , cinq demî-lunes , et construisîmes de Tautre côté du canal une langue de serpent qui enfermait tous les anciens dehors. Tout cela fut fini dans Tespace de huit jours. Après quoi nous lâchâmes les écluses pour inonder le pays autour de nous ; mais cela ti*eut pas l'effet que nous en attendions^ parce que le terrain qui environne la ville se trouva plus élevé que nous ne l'avions ci*u. Cependant ce ne fut pas sans utilité.

Le gros de Tarmée française demeura à Dixmude, et M. de Créquî à portée de canon de la place tout le temps que la fièvre du Roi donna des inquiétudes pour sa vie. Dans les intervalles nos généraux se réunirent à Planquendal, village situé sur le canal entre Bruges et Nteuport. On résolut dans cette conférence qu'aussitôt que l'armée française s'éloigneraiidcDixmude, don Juan, le prince de Condé et le marquis de Caracena réuniraient à Bruges tout ce qu'ils pourraient retirer des autres villes où ils avaient distribué leur armée , et en formeraient un corps à la tête duquel ils observeraient tous les mouvèmens de M. de Turenne. Je fus chargé de demeurer à Nieuport avec un autre corps de troupes moins considérable que le premier, et de veiller comme je le pourrais à la sûreté de cette place , d'Ostende et de Briiges. Comme je retournais à Nieuport,

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après celte conférence , ivec le marquis de Caracena^ nous eûmes une chaude aterte qui nous oUigea de mettre nos chevaux au trot peni^ant deux on trois railles^ de pieur qu'on ne nous cotipât }e chemin de cette ville avant que nous eussions pu l'atteindre. L'alarme venait de-ecr que M. de Varennes^. lieutenant-ge'ne'ral de, l'armée française^ ëtait venu au bord du canal pour le reconnaître, et l'avait fait passer à quelques uns de ses cavaliers. Peu après , le gros de Tarmée française quitta Dixmude, mais laissant M. de Créqux avec les troupes qu'il commandait campe dans la position qu'il avait prise. Le marquis de Ca racena l'ayant appris, sortit de Nieuport comme il avait été convenu à la dernière conférence, prenant avec lui quelques escadrons et ceux des fantassins natifs d'Espagne , qui , après avoir été faits pnsonniers à la dernière bataille, s'étaient sauvés ou rachetés des mains de l'ennemi, et marcha à leur tête au rendez-vous indiqué pour s'y réunir à don Juan et au prince de Condé.

Il serait sans intérêt de rapporter ici toutes les petites escarmouches qui se passèrent entre nos postes et ceux de M. de Créqui ; les petits stratagèmes que nous mîmes mutuellement en usage pour prendre ou chasser nos gardes avancés de cavalerie et d'infanterie que noua éU^ns obligés de tenir à portée de mousquet les un&cies autres. U se passait à peine un jour sans quel-

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que affaire > mais il n'y en eut pas d'assez çonsi-*

dérable pour mériter d'être rapportée.

Assez peu de jours après le départ du marquis deCaracena ^ M. deCréqui s'éloigbsi de notre Toisinage pour aller joindre M. de Turenne à... (i); çt sans un accident y il est probable qu'il ne se serait pas retiré si tranquillement qu'il le fit. Vers midi , mes postes avancés m'avaient donné avis que l'ennemi se préparait à s'éloigner , et que son bagage commençait déjà à sortir du camp. J'allai aussitôt pour reconnaître par moimême la vérité de ce rapport et donner ordre en même temps qu'un détachement de six cents hommes d'infanterie tiré de chaque régiment vînt me trouver aussi promptement qu'il serait possible. J'ordonnai aussi à la cavalerie de se préparer en toute diligence et de ^e rendre dans la contrescarpe du côté de la ville le plus proche de l'ennemi. Je voulais voir ce que je pourrais tenter sur sou arrière-garde pendant «a;-retraite. Arrivé dans les ouvrages extérieurs > je trouvai que l'avis était véritable, et que uon« seulement le bagage était déjà parti, mais que les troupes

(i) M. de Turenne était à Dixi^ude, « et fît marcher « M. le marquis de Crëqui a^ec son corps qui était proche « de Nieuport à la Fintelle, pour se tenir à la tête de « Tarmée de Ténnemi qui était à Poperingue. >» { Mémoires sur la vie de Turenne. )

{Note de l'Editeur.)

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même commençaient à se mettre eu marche* Je renvoyai donc pour hâter le détachement d'in-> fanterie, et lui &iire dire^ ainsi qu'à ma compagnie des gardes et à deux ou trois autres escadrons , de venir me trouver sur-le-champ, La cavalerie vint et non pas l'infanterie ; elle tarda si long-temps 9 qu'avant qu'elle arrivât l'ennemi s'était tellement éloigné de la ville y qu'il ne me parut pas prudent de rien entreprendrj^ contre lui. Il ne se passa donc rien qu'une légère escarmouche entre quelques soldats d'infanterie isolés tant d'une part que de l'autre > et une charge de cavalerie que quelques uns de nos volontaires firent sans ordre sur un petit parti de cavalerie ennemie qui couvrait l'arrière-garde sur la chaussée. Un hardi petit page à moi y alla de si bon cœur qu'il se fit prendre.

Cette lenteur de l'infanterie , qui m'empêcha d'exécuter mon projet, avait eu pour cause le malheur arrivé à un petit bâtiment qui , ayant échoué avant le jour sur la côte tout près de la ville y au moment de la haute marée ^ s'y était perdu , de manière que lorsque la mer se fut retirée, il demeura à sec sur le sable. Nos gens allèrent aussitôt pour le piller ; et y comme il était chargé de vin et d'eau-de-vie, la plupart des fantassins s'enivrèrent si bien que lorsque l'ordre arriva de prendre les armes , il ne fut pas possible aux oificiws de les retirer de là et de I. 35

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les rassembler assez à temps pour arriver à Feù-

droit où je les attendais.

Je ne dortrtéraî point de détails sur ce qui s'est passé dans le teste de la éampâgne , attendu que je n'y étais pas. Jef dirai seulement, eil peu de mots, que le corps qui était auprès d'Ypreà , ëôus les ordres du comte de Ligne , ftlt défait par M. deTurenne , qui tomba sur ce corps à la tête de son avant-garde près de Graves, où Ton tie s'attètidait pas à le trouver, le tailla en pièceà, le suivit à Ypres , qu'il asèiégea et prit èii peu de jours, marcha de là à Oûdenairde, plàèe située sût' l'Escaut, très-importante , niais alôi^s peu îbtté. Il y laissa une forte garnison ainsi que dàiis !a viilé de Ûéynsé , et dans la plupart dés places ÈMt la Lys. Cet échec du prince dé Lîghe fut eiicôrfe plus funeste aux Espagnols que ne TàVâit itè notre défaite de Dunkerque, car sans éelk il est probable que le temps rfu^^valent été obligée dé pei-di^é les Français pendant la maladie de léùt Roi à Calais les aurait empêchés de faire autre chose durant le reste de cette campagne que de prendre Gravelines. IVIais cette nouvelle défaite lès mit en état de prendre plusieurs villes qu'autrement ils n'auraîeirt pas osé attaquer. J'êïi parle avec connaissance de cause, l'ayant appris depuis d^une personne bien informée.

JPour revenir à Nieuport, où j'étais peu de temps après que le marquis de Créquî eut quitte

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les environs , M. dé Ttitetsùe ayftfit mai^ché vers Thielt^ je rassemblai tout ce qtti mé Mstaik ée troupes et me portai sur lé faubâhti^gde Bruges •> gouvernant mes mouvemens d'après les avis que je recevais de ceux des ennemis ^ et me tenant toujours derrière un des canaux afin d'éviter d'être obligé de combattre à inégalité de forces et de m'exposer à quelque échec. J'eus soin aussi que l'ennemi ne pût me couper la conimunication avec aucune des villes qui m'étaient particulièrement confiées.

Le 16 septembre, je retournai àNieuport, où je reçus l'agréable nouvelle de la mort de Cromw^ell. Je la fi& savoir aussitôt à doa Juan, priant en même temps d'envoyer quelqu'un pour me remplacer dans mon commandement, attendu que ce changement arrivé dans les affaires d'Angleterre m'obligeait à me rendre sur-le-champ à Bruxelles auprès du Roi mon frère. Don Juan envoya pour me relever M. de Marsin , qui arriva à Nieuport le 21 septembre. Je me rendis aussitôt en toute diligence à Bruxelles , et ne retournai plus à l'armée, l'année étant trop avancée lorsque je quittai le Roi pour que ma présence y fût nécessaire. Quand l'armée française fut retournée en France, et nos troupes distribuées dans nos quartiers d'hiver , je me rendis à Brçda, auprès de la princesse ma sœur, et y demeurai quelque temps.

5i6 MEMOIRES

Ici sé termine le compte rendu par Son Altesse royale de la campagne de i65d ^ la dernière qu'il fit au service 4e TEspagne.

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