TROISIÈME PARTIE
Dans l'année i6â6^ et au commenceiaent de février > la princesse d'Orange viat à Paris voir la Reine sa mère; Son Altesse royale le due d'York alla à sa rencontre oitre Péronneet Cam-^ brai^ et revint avee elle à Pa^is. Elle y fut reçue avec beaucoup de civiLité par la coui? , qui alla au devant d^elle hors de la ville^ et l'ainena au Palais^Royal ^ of^^Uc demeura avec la Reine sa mère* •
Quelques jours a près ^ sur la nouvelle que le roi d'Angleterre allait passer de Cologne em Flandre , tous les colonels Irlandais^ qui avaient servi dans les armées françaises st^usMi deTurenoe etM» de La Ferté^ écrivirent au due pour lui offrir leurs services et recevoir ses ord]:^S9 prêts ^ disaient* ils^ à lui obéir en tout comme il connnenait à des gens d'honneur et à de fidèles sujets.^ Son Air tesse royale les en retnercia , et leur recommanda d'avoir sain de retenir leurs soldats^ soos
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le drapeau , et de ne leur permettre , en aucune maaière^ de passer en Flandre un k un ^ ou en petits eorps* Comme ceux-ci pourraient von* dans le séjour de Sa Majesté au milieu d'eux un iBN>tîf pour les y engager^ il leur fit ebserv^r qfue ceia ne leur serait nullement avantageux et leur ôleraifl aïk contraire les moyens de servir Iteur rot avec la totalité de leurs regimens cfnand ils en troUTeraient Toecasiôn. Le duc d'York leur re-» préisenta qvté s^ils s'en allaient de cette manière ^ cela nuirart beaucoup à ses affaire? tant qu'il demeurerait en France^ et <fie lorsqu'il serait temps de profiter de leur offre ik pourraient être certaiiis d'avoi'i^ dé ses noùveHes, si du motus il» écoutaient le conseil qilr'it leur donnait d^e teniv leurs régimens eM4ers^ et au complet.
Son^Alfessé'^oyéle fkif îidi uiie mention partfctt*^ lièr^, dàns^séë iMemoives, dei^sc>H(uii^^ conduite d'ttii deces'colbnels'lorsqu^il quitta le service es«^ pagnoL Ce geriif illiotnme , AUn^mé' le colonel Ri^ ckard<k*ace^ a'près avoir servi le feu roîCharlesP' jusqu'à la redditit5tl d^Oîfcrd , était alors t^ tourné' en Irlande e*y avait servilei*oi*€hàrtesîI, aûsfsilong^femjfe-qttMt ^aît été ï*ecohhUîdansiuti coin en pB^s. La guerre finie , il' avait obtenu > ded rebelles- anglais, la peifiiiission db ct^ndniré €ù Ispagne un^régiment^de se* compatriotes. Ce réginient étiàrt composé dfe plus de douze cents hommes auxquels ii procura des capitulations
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que Son Altesse royale devait aussi les aller trouver. A celte occasion^ comme il s'enfff'etena:ït nu jour avec M, de Tarennê^ à qui ri: avait coàfùme de parler tTes^librément dé sels tfffàîréâ , celiri-ci Im* conseilla d'écrire âtt ftoi sôh frèli'e, ef de lui reprësenterqu^ayaiit ierti si tong-féftips eii'Fi^àiicè, et y ayant été eik grauEide pafrtiè élevé âépuiâ son départ d'Angleterre ^ il pouvait êl'retrôg-uftlie au ser'vice de Sa Majesté, dte l«ui pei^m'eUre' df'y demeurer , afin d^ei¥frèteii4r Ittfe rélâÉîonls' qu'il y ffvai* forttaée» et? tes Kaî^onSd'anïhîë'iiû'a avait cootlractëes *ve« ^lusietirs^ pëk^sotiriéS ébiisMerablei^de là cour efèe Tai^inéfe, et dbftt le' secours pouwait-ydatasr Foccâtsiori', lé meltrfe en ëfei: dé sepvii* utileirtiEffit^Sal Majesté; taridis- ^uë, sHl allait eu FlaKdré'^ dil» il ne lui sei^aiif paîs Bod à grand^cho^^ il» cbtti^ît gràrid risqua de^ perdre 1-ap^i^def âes ««irfs'et toUg léàmoyéns qu'il pourrait* avoir de s^^ r^rid^^^ titile soît au AoV sfoit à M-ifièAie* II» lui i^f^^éfitàif que son frê^é, le duedfeÔtetèiâ»^^*, (étiaffilt déjà w^êt lui*, c'en devait . êttre sÈSsî&r pdUi* s?atfefeîré les E^'^agHolsV dt'atiïant plusqttHbtfàVà?ïehtpafedèWahdéqûe le dtfc Vîtit trouver son frère; qu'ili* riiet' Favàîéni! p(a§' iriêtiie nottime ni Mt là rtfoîridté irièiWioti de luPdrfns tbPtit ce qui afVàît e'ïé attêté etitrè' éùret Sa Mk^ jesrtë; que, dàhâ le* cà^ où-ilà deniatidèrrfîehf alï Rbl d' ordonner au diife de se' réndi'é eri Flàtfdî-e, Sa} Majesté^ pf^WfVfeif Côhsêfalît^ isfétrêtement à ce
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qu^il demeurât en France; ipais en mênoie temps ^ pour demeurer eu bqnç termes iivec les Ëspagaols ^ se flioutreren public très-irrile' <le ce qu'il n'au* rait pa3 obéi à cet or^re prétendu. Le duc pro-* mettait de te^ir cet arraqgem^lit si secret qu'il ne lierait pom^u de peraçnn^., si ce n'est celui qu'il enyerrait en faire la propdsiti^u au Roi/
Ce conseil de M. de Tur^pne plut tellement au dac^ qu'après l'ayoir coxumuniiqué à la Reine s^ mère^ qui l'^pprouTa également.^ il résolut d'eu*» Toyer en to,i;ite diligence^ au Rpi^ Cbarles fierkley pour ^ui faire cette pii^oposiition. Il le chargea aus»i d'ioformer Jlç Roi de 3a situiaiioin, actuelle. Quant aux moyens d'ex^lstence > ilis étaient^ tout cousi* déré, tr^s-sui]&saQs. Spu Altesse royale avait à cet^e époque ^q^ peiiiaiïOA de six mÂUe pîatole« bien payée., ^»)^s compter lies avaciteges qu'ii tirait 4e son ^ég^i^éç^t driû&»îtsrW.^^de troupe de gçiT/^njb^ ;éQ9^^iai3> ce qui , avjdc ^ traitement qu'oi^ devait: v4g\er paur lui q'Uand il irait en Piémont , le mettrait en état de vivre à l'aise et déceiflme^t jiji^qji'à ÇQ qwe Sa Majesté' eût l'occasion (fe reîflplpyw dç^n^. q^olquC' aâfaire relative à l'^flglaterrç.
hf 4^<? 9kifi^}^ ^i*it $^, le^ttre et instruit à fond Q\Br)ips,Bef)^py4§ tput ce. qu'il avait à dit^en ce^teoqcasifKi^;9;l9;i^u'au.mpm!6^^ù.celui-ci était prêt à. pf^r^R }} - ^ fi!^^^^ malbeui^eusement la jaq^ : jCQ q^i objijgeit le^ duC; à diarger de ses
lettres le docteur Fraiser qui se rendait auprès de Sa Majesté , car il n'avait alors auprès de lui personne à envoyer qui fût aussi propre à cette aflaire ou plus dans sa confidence que ie docteur. Celui-ci remplit sa commission avec toute l'exactitude possible y et représenta à Sa Majesté , alors à Bruges , les raisons qui engageaient Son Altesse royale à lui faire cette proposition ; mais rien de ce que put dire le docteur ou de ce qu'avait écrit le duc ne réussit à produire l'effet désiré. Sa Majesté ni ses ministres ne voulurent entendre en aucune manière à laisser Son Altesse royale en France et au service de France. Le Roi fut si éloigné de consentir à cet égard à aucun arrangement secret, qu'il enToya sur-le-champ au duc l'ordre positif de le venir trouver aussitôt en Flandre avec toute la promp titude imaginable 9 Men que, comme on Ta déjà dit, lés Espagnols ne l'eussent pas demandé, n'eussent pas même dit un mot du duc à Sa Majesté.
Sir Henry Bennet, alors secrétaire du duc, et très-avant dans l'intimité de ceux qui étaient en faveur auprès du Roi , fut le porteur de cet ordre. Sitôt que le duc l'eut reçu, il répondit sur-lechamp qu'il était prêt à obéir sans délai aui ordres de Sa Majesté. En conséquence, il fît savoir à la cour de France , alors à Compiègne, le commandement qu'il avait reçu du Roi son frère,
et fit demander la permission de Taller trouver. ta cour y consentît de bonne grâce, et Son Altesse royale se prépara à se mettre en route.
Ce qui engageait le duc à se hâter le plus possible, c'était le désir qu'il avait de se justifier auprès de Sa Majesté concernant quelques rapports qui lui avaient été faits contre Sou Altesse et qui avaient obtenu tant de crédit auprès d'elle et de ses ministres : c'était là surtout ce qui l'a^ ^ait déterminé à lui envoyer sir Henry Bennet pour hâter son voyage. Une des instructions verlaies de sir Henry était de savoir dû duc s'il était -vrai , comme on l'avait dit au Roi, que Son Altesse royale eût intention d'envoyer Tuke en Angleterre> et que la princesse d'Orange dût fournira celuici l'argent nécessaire pour son voyage. Lorsque sir Henry s'acquitta de son message , il dît au duc que, s'il ne s'y fiit pas ôpposey^^x Majesté voulait mettre cet article dans les instructions écrites, tant elle était persuadée de la vérité du rapport : d'où l'on peut aisément conclure quelles étranges histoires on débitait et l'on croyait alors sur le compte du duc , et quelles absurdes méfiances avaient conçues dé lui ceux qui environnaient le Roi. Il n'avait jamais eu la moindre pensée d'envoyer en Angleterre ni Tuke ni personne, et n'avait jamais essayé d'y entretenir aucune correspondance, pensant que ce n'était pas 'son affaire. Il n'avait pas même cherché à profiter de la bonne
volonté des sujets fidèles qui avaient eovoyë à Sa Majesté des secours d'argent pour s'en procurer de son coté. Le duc n'avait jamais eu la moindre part à ces envois ^ si ce u'est une fois que la dachesse de Devon^hire fit passer a^^Roi deux cent cinquante livres par R, Njcholas ^ priant Sa Majesté d'en donEiier uoe partie au duc.
Quelque peu fondés que fassent de pareils soupçons^ il est^certain qu'ils obtenaient confiance^ et il est nécessaire de Eiontrer ici à quoi le duc put avoir des raisons de les attribuer. Il sera né* cessaire pour cela de renoionter^ aÎDsi que le fait Son Altesse royale dws $e$ mémoires^ au temps où &» Atajesté revint en France après s'être si miraquleusement échappée de la bataille de Worciester.
Dans les premiers te^ps de son arriiirée a Paris le Roi avait eu^^y^ lord Jefmyn dans la plupart de ses affaii^s ,. et s'était fi;é à kû autant qu'à personne de la conduite de ses intérêts les plus seeireta* Il continua de lui accorder la mênûie confiaueie pesidant quelque temps après Tarri?^ da chancelier de l'Echiquier^ sir Edouard Hyde^qui gagna enfin par degrés la faveur et La confiance absolue de Sa Maj^sté^ Il y avait été fi)rt aidé par les amis et serviteurs du Roi en Angleterre qui levaient désiré que leurs relations avec Sa Majesté passassent par le chancelier plutôt que par aucun autre. Quelques autries incident se joi*
gnireat à £eUe wson prôicipala pour porter à tel point sa £iiy0ar auprès du Roi ^ qu'ioseusi- Me^ent il retira sa caniiaoce à lord Jermyn » et enfîoi?^ iui donoa plu$ de part à d'autres affaires qu'à celles dont la connaissance lui était commune avec ^put 1^ coB^il; c# iqui peu k peu éleva une as$^ grande fnéswf^iligewe eiatre lui /U sir jMQuard Hyde.
Il Mrriy,a auss^ dans le m^P^ temps un autre iijucidei^t iqui atigi^eptfi engoue k brojuiilerie. Le cb^ui^eUe^ dis^wda la comites^e de Morton^ alors gpuT.erB#n'te de la pr^Q^^^^^mtiette, d'épouser s^ J^^ :6€^kAey^ ji^^»ant pQur plusieurs raisons que la chose ^e i^rait coçiy^^hAe .et ayan^tageuse ni pour l'un ni pour î^'a^tue^ et «e croyant obligé de les coiji^ille^ ai^si comm§ ami de tous deux; Sir fol^ ^r^ley ;n'en jugea pus 4e même, tt se broHilW^i^c^têoccâ^sioo avec lexJiancelier, dont il se.qiçiati^^ d^^ moment^ en toujte occasiom r^crmemi ie pius iiwyétécé, «t il n'iCn perdiA pas ^ne seule pour animer, co9ti;e Aui lord Jermyn.
X^Qtte.a^imasité du lord chancelier et de lord Jtermtyn , cr^i^pa^nt q^aque jç^Utr, finît par causer quelque froidqur.entre Jte^Hpki .et la Reine sa mère. î^ fim se croyait obligé d'-^uppêohcir que le ctan- C£ilier »n'eâ:t à souffrir de la copfiA»ce qu'il lui ayivit açça;cdée,, et J|a A^ioe pen^t qu'àUe ne pa^.v^rit fivpiï' itort de soutenir le lojçd Jermyn qui la servait 4eppis Sîi longitemps., a,vptt toute sa I. 25
confiance et la conduite de toutes ses affaires. Il s'éleva donc dans cette malheureuse cour deux factions qui ne furent entièrement réconciliées que quelque temps après l'heureuse restauration de Sa Majesté.
Il fut pendant ce temps extrêmement difficile au duc de ménager sa conduite de manière à remplir également ses devoirs envers le Roi et envers sa mère. Sa tâche eût été encore bien plus fâcheuse sans le bonheur qu'il eut^ telles sont ses expressions , de se trouver à Tarmée dans l'année i652 y époque où se passa en grande partie tout ce qu'on vient de djre; en sorte que, quand il revint^ les choses avaient pris leur pli y et il n'y avait plus lieu d'espérer qu'on parvînt à s'entendre.
Dans l'année suivante, on fit quelques efforts pour écarter le chancelier en l'accusant de trahir le secret du conseil de Sa Majesté, et d'entretenir une correspondance avec Cromwell. De telles accusations étaient si plates et si ridicules, qu'elles parurent clairement ce qu'elles étaient, l'effet de la haine des accusateurs , et qu'elles produisirent un effet tout contraire à celui qu'ils attendaient. Elles fortifièrent l'affection du Roi pour le chancelier, lui donnant juste raison de croire que tout ce qu'op disait contre lui provenait d'une seule et même cause, l'ambition de quelques personnes qui espéraient, si elles parvenaient à l'écarter, prendre sa place auprès de Sa Majesté.
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En i654 Sa Majesté quitta la France et se rendit à Cologne. Pendant ce temps le dac se tint aussi éloigne qu'il lui, fut .possible de toutes ces fâcheuses intrigues^ et ses longs et fréquens séjours aux armées lui furent > sous ce rapport, d'un très-grand soulagement; mais les hommes qui lui étaient attachés ne demeurèrent pas toutà'fait aussi exempts que lui de préventions et de partialité. Us y étaient entraînés, chacun de son côté, par quelques relations ou quelque intérêt d'un genre ou d'un autre : ainsi son secrétaire , sir Henry Bennett, qui avait été employé en la même qualité par le comte de Bristol, grand ami du chancelier, prit le parti de celui-ci, et y fut ^ confirmé par quelques petites querelles survenues entre lui et sir John Berkley. Quant à M. Charles Berkley et à M. Henry Jermyn , ils se mirent du côté de lord Jermyn , en sorte que , bien que le duc de sa personne n'entrât point dans ces in-« trigues, comme il montrait plus d'amitié à Charles Berkley et Henry Jermyn qu'à qui que ce fût , quelques personnes en prirent occasion de le croire et de le dire ennemi du chancelier ; de plus il vivait très -amicalement avec lord Jermyn , liaison à laquelle il s'était livré d'abord par les ordres de Sa Majesté, mais qui donna ensuite plus de consistance aux bruits dont on vient de parler. Ils firent une telle impression sur les personnes le plus en crédit auprès du Roi ^ '
qu'au moment où le duc se rendit à Bruges, elles croyaient fetm^iitent à plusieurs histoires me'chamment inventées sur son compte^ et toutes de la même nature que celle du voya:ge de Tufce. C'était en conse'quence de cela qu'on avait formé le projet d'écarter d'autour de Son Ahessfe royale, aussitôt qu'elle serait arrivée à Bruges , tous ceux qui n'étaient pas entièrement dans les intérêts des hommes en crédit auprès du Roi.
Pour en revenir à l'endroit oh, nous étrons^ Son Altesse royale ^'étaut préparée, conformémeut aux ordres de Sa Majesté, à se mettre en route au 'commencement de septembre, résolut d'abord d'aller à Compiègne prendre congé de la cour. 11 ai^îva à cette époque tm incident qui, en tout atitfe pays, eût pu causer à Son Altesse de grands embarras. Le roi d'Angletere avait, à la requête des Espagnols, envoyé le marquis d^Ormond devant la ville de Condé qu'ils bloquaient alors, et qui devait lui éftî*c fendue peu de jours après. Le marquis , lof sqtte la garnison eut capitulé, !fit passer au nom de Sa Majesté à son neveu Muskerry, qui commandait: dans la ville un régiment irlandais, et à sir James Darcy, lieittenant-Colotiel du duc, l'ordre de quitter, aussitôt qu'il sor- ^tirait de la "VÎHejle service de France, et de venir le Rejoindre. Muskerry répondît que, bien qu'il eût *pottr Sa Majesté 'toute la soumission que lui devait un fidèle sujet, se trouvant engagé au
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service de FraQce> il se croyait obligé en honneur de De point quitter sans avoir dei[nandé la permission de passer, ce qi^'il comptait faire aussitôt qu'il aurait rejoint l'ariviée française. Ce message , comme on peut bien le croire j[ fit grand bruit à la cour j» mais n'çnjipécha pas poi^rtant le duc d'y être trè^-biea rççu lorsqu'il vint prendre congé. On l'assura qu^^ malgré ce qu'avait fait le roi d'Angleti^rr^ coptre la cour de France en envoyant 1q marquis d'Ormond à Condé pour un pareil motif^ la pension de Son Altesse serait toujours exactement payée tant qu'il ne s'engagerait pas à servir actuellemeut contre la France. Le duc 9 revenu à Paris ^ se prépara à partir trois ou quatre jours après pour la Flapdre. Il reçut avant de partir plusieurs lettres du Roi son frère 9 dans lesquelles le Roi lui manifestait 1q désir qu'il laissât à Paris sir John Berkley* La chose n'était paç dite ouvertement^ mais il fut imppssiblç au duc de ne s'en pas apercevoir. Le Roi, en Lç pressant de veuir leplus promptement possible f lui disait^ entr^ autres phpses^ dans une de ses lettres ^ qu'il était très- important aif bien de son service que Sop Altesse royale vint le trouver sur-le-champ, et que , dans le cas oîi elle aurait encore à Paris quelques aflTaires d'argent ou autres à termiper^ elles ne devaient p^s l'empêcher de p3r<tir , et qu'il pouvait laisse^ après lui sir John Berkley pour les finir. D'après
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^ ces expressions et plusieurs autres , le duc reconnut clairement le projet formé par quelques personnes d'éloigner de son service sir John Berkley, et d'y faire entrer sir Georges Ratcliff, l'âme damnée de ceux qui étaient le plus ayant dans la confiance de Sa Majesté. Mais ce projet ne put leur réus^ir^ car les affaires du duc furent si promptement terminées^ qu'il put obéir à Sa Majesté en se rendant vers elle le plus promptement possible^ et cependant amener avec lui sir John Berkley ; car il était bien assuré que , s'il le laissait en arrière, il lui serait très-dîfficilç de le r'avoir auprès de lui : cette opinion fut pleinement justifiée parce qui se passa après son arrivée à Bruges. Le duc partit de Paris le lO septenibre; ses équipages et ses domestiques, à la réserve de deux ou trois, s'étaient mis en route deux jours auparavant. Ce soir-là, il coucha à Verneuil, chez M. de Metz, et le lendemain se rendit dans sa voiture à Clermont où il comptait prendre la poste et arriver le même soir à Abbeville oii il devait retrouver ses équipages et ses gens; mais, en arrivant à la poste de Clermont, il vit venir le domestique qu'il avait envoyé en avant pour lui faire préparer des chevaux de poste, et apprit de lui que Lockhart^ ambassadeur de Cromwell , se trouvait à Clermont et logeait à la maison de poste qui était la meilleure auberge de la ville. Le duc renvoya le même
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homme avec Tordre de faire amener les cheyaux à la porte delà maison de poste. En y arrivant, il fît arrêter sa voiture^ monta à cheval au milieu de la rue et continua sa route sans s'arrêter que le temps qu'il lui fallut pour mettre ses bottes quUl avait dans sa voiture. S'il fut surpris de trouver là Lockhart y celui-ci ne le fut pas moins de Farrive'e de Son Altesse royale , craignant très-fort Tevénement d'une pareille Rencontre; car il savait quelle affection le peuple , aussi-bien que les gens d'un rang plus élevé y portaient généralement au duc et quelle était leur aversion pour tous ceux de son parti. Il eut une telle peur qu'il fit rassembler tous ses domestiques dans l'auberge où il était , leur fit prendre leurs épées et leurs pistolets^ et ordonna que tous leurs chevaux fussent sellés et bridés. Qaant à lui , il se tint à une fenêtre de la cour de l'auberge ayant vue sur la porte d'entrée. 11 avait autour de lui la plus grande partie de sa suite et était sans chapeau; en sorte que tous ses gens demeurèrent la tête découvecte.Uest probable qu'il prit ce moyen pour éviter d'avoir à l'ôter et ne se pas exposer au blâme qu'il aurait encouru en ne Tôtant pas. Ses valets de pied et une troupe assez nombreuse de gens résolus se tenaient dans la cour au bas de l'escalier. Comme la voiture du duc s'arrêta précisément devant la porte en face de laquelle donnait la fenêtre où se trouvait
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Lockhart, Son Altesse i-byal^ le vit à cette fenêtre. Ce n'était pas sans raison que l'envoyé avait peur; car^ avant que le doc eût ^u monter à cheval^ tout le peuple de là ville était rëuût autour de lui ^ et il y a tout lieu de croire que s'il eût dit le moindre mot , on serait tombé sur l'ambassadeur.
L'effroi de celui-ci ne fut pas de longue durée* Le duc, une fois à cheval^ partit sur-le-champ et le soir, comme il y avait compté > rejoignit ses équipages à Abbeville*
Il arriva en ceci> comme eu bealicoup d'autres ehoses 3 que ce que la e^ur avait fiiit par égard pour Son Altesse royale et pour éviter tout acci-* dent , était précfSémeM ce qui avait failli en amener un. Lockhart^ se trouvant alors à Compiègne, avait été envoyé à Clermont^ ville peu éloîgnée, afin qu'il ne se trouvât pas à la cour aU moment ou le duc 3^ viendrait! mais Son Altesse royale étant demeurée à Paris > après avoir pris congé de la cour moins de temps qu'on ne l'avait Gi7U> LockbàH n'était point repiarti de Ctermont quand elle y arriva;
D'Abbeviltei, Son Ah€«se royale «e rendit à Montreuil, de là à Boulogne, puis à Calais, et fut reçue dans tous ces endroits avec une gt^ndie civilité. De Calais elle alla dîner à <rravelihe8 ^ la première place de la côte appartenant aut fopagnols. Le marquis d'Ormond vint l'y recevoir.
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comme le duc en e'tait coaveDU aTee le Roi son frère« Le soir même du jour^ il se rendit à Dunkerque et le lendemain arriva à Bruges. Sa Majesté et le duc de Glocesler vinrent à sa rencontre jusqu'à FurneSé
Le duc 9 arrive à Bruges ^ n'eut besoin que de quelques jours potir se confirmer tout-^à-^fait dans Topinien qu'il avait eu raison d'amener avec lui sir Jobn Berkiey j car^ si Son Altesse royale était bien traitée pour son compte^ Sa Majesté au contraire et tous ceux qui l'entouraient témoignaient à sir John une excessive froideur^ et il était clair que les gens le plus en crédit auprès du Roi épiaient le premier prétexte qu'il pût leur donner pour le renvoyé]!^ ; l'orage ne mesaçait pas seulement sir John ^ mais aussi sou neveu Henry Jermyn ^ auxquels on n'avait rien à reprocher si ce n'est la parenté qui les unissait de si près à sir 'John et à lord Jermyn^ leur fidélité au duc et son entière confiance en eux. En sorte qu« si l'on eût pu réus-^ sir dans le dessein formé contre ces trois dômesti<|ues du duc 9 il en aurait souffert encore plus qu'eux; car^ eti quelle milsérable condition ne se serait-il paâ trouvé y après s'être laissé enlever ceux à qui il accordait le plus de confiance et d'afifection^ ne se trouvant plus alors entouré que de personnes à qui ii «e pouvait se fier et qu'il n'aurait pu méconnaître ffoux ies principaux au« teurs d'une pafc*eille mesure?
Ceux-ci étaient tellement aveuglés et emportes par leurs passions^ leurs animositës et leurs intérêts personnels qu'ils ne comptaient pour rien les intérêts de leurs maîtres dès qu'ils se trouvaient en concurrence avec celui qui dirigeait alors toutes leurs actions. Dans le nombre étaient sir Henry Bennet et Henry Killigrew , qui , outre la haine qu'ils avaient conçue contre leurs anciens camarades 9 espéraient^ lorsqu'ils auraient pu les faire écarter , obtenir, de concert avec sir Georges Ratcliff, la direction des aflFaires pécuniaires de Son Altesse et parvenir avec le temps à sa faveur. " .
Ce n'était pas le seul projet qu'on eAt alors formé pour mortifier le duc. Plusieurs des serviteurs et ministres du Roi commencèrent à parler d'une prétendue vieille coutume d'Angleterre d'après laquelle le duc n'aurait pas été le maître de choisir ses propres domestiques , mais aurait été obligé de déférer ce choix au Roi. Ils donnaient , en ceci , dans une grande erreur de fait, le cas n'étant nullement le même d'un frère à un frère que d'un père à son fils , ni lorsqu'il s'agissait d'un prince arrivé à l'âge d'homme que lorsqu'il était question d'un enfant. . Et pour ne rien oublier de ce qui pouvait nuire à Son Altesse royale, les mêmes hommes obtinrent de Sa Majesté de lui ordonner d'écrire à sir James Darcy de se rendre en Flandre avec son ré-
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giment. JEn .vain le duc représenta au Roi que cette démarche serait inutile , et que Muskerry et les autres colonels irlandais obéiraient ^ niais qu'il était assuré que sir James n'en ferait rien ; et qu'ainsi , sans produire aucun résultat utile , cela ne servirait qu'à faire mauvais effet en France et à donner au cardinal un prétexte pour retirer au duc sa pension ; ce qui lui serait assez incommode tant qu'il ne saurait pas ce qu'on devait faire pour lui dans le pays où il venait d'arriver. Il ajouta qu'il n'était nullement assuré d'y trouvei: du service , les Espagnols n'ayant encore prêté l'oreille à aucune proposition de ce genre. Tout ce que put dire Son Altesse royale fut inutile. Il fallut écrire , et il fut évident qu'on n'avait eu en ceci d'autre motif que celui 4'attirer ce régiment au service d'Espagne; car on prit si peu de soin de faire parvenir sa lettre à sir James Darcy, que celui-ci ne la reçut qu'au bout de six semaines, et encore ne la recut-il que par l'entremise de Charles Berkley, qui n'avait pas encore quitté Paris , n'étant pas toutà-fait remis de son accident. Le cardinal fut donc averti de la lettre avant qu'elle parvînt à son adresse , et eut tout îe temps d'affermir sir James Darcy dans sa résolution de demeurer en France; en sorte que, lorsqu'enfin la lettre lui arriva, non ^seulement il s'excusa d'obéir, mais en empêcha plusieurs officiers. Le reste se ren-
dit aux ordres de Sa Majesté lorsqtie M. Muskerry et les autres colonels quittèrent le service de France.
On demanda encore au duc^ durant son séjour à Bruges 5 plusieurs choses de la 'même nature , toutes sans avantage pour le Roi et qui pouvaient en même temps porter grand préjudice à Son Altesse royale. D'un autre côté lord Jermyn et d'autres lui écrivaient de Paris de ne point en* trerau service d'Espagne; ce qui serait peu convenable^ disaient-ils^ après avoir vécu &i long* temps en France^ y avoir été traité avec tant de bienveillance et dans le temps où il recevait eu* core une pension de cette couronne. Ils ajoutaient à cela plusieurs autres argumens^ mais si faibles qu'il était aisé d'y démêler quelques appâts jetés par le cardinal^ d^ns l'espérance que^ si l'on pouvait empêcher Son Altesse royale d'entrer au service d'Espagne^ il parviendrait i retenir en France les régimens Irlandais. Us ne réussirent donc point à 4^onvaincre le duc. U leur réponditqu'ilne regardait point ses obligations avec la France comité de telle nature ^ qu'elles l'empêchassent en honneur de servir l'Espagne ou telle autre coutxMme à laquelle il croirait pour ses intérêts dev<»ir s'attacher ; que même , quand il ne trouverait pas son compte à porter les arm^s au service d'ËKpà^ne 9 fit le Roi Mn £i*ère le lui ordonnait; il serait de son devoir d'obéir; qu'ainsi.
soit qu'on Toulûl le considérer comme soldat de fortnne ou comme sujet , il ne pouvait concevoir , quelque part qu'il servit, qu'on le trouvât mauvais en France.
Peu de temps après. Son Altesse accepta les propositions qui lui furent faites par le Roi son frère et par les Espagnols , et entra à leur service.
Cette affaire venait d'être conclue, lorsque, vers la fin de l'hiver, sa. soeur, la princesse royale, vint de Paris à Bruges. Elle ne fut pas médiocrement aiïligée de voir 4e duc traité comme on Trenrt èe le dire z dlle prit son parti, et employa pour lui tout- ce qu^eWe avait de crédit. Aloi's les gens en faveur , voyant d'ailleurs qu'ils ne pouvaient obtenir dii duc , par v^ie de persuasion , de se sépai^er de sir John Bei*kley ni d'aucun autre de tses serviteurs, reprirent l'affaire par ^n autre 'bout, et se résolurent de saisir à tort 'ou à raison -la première occasion de trouver str John-^i faute. L'exemple suivant fera voir de quels puérrls prétextes ilsfurent obligés de se servir contrelui , et combien Son Altesse royale etft le droit d'être scandaltaée de leur manière d'agir.
Qacflques jours avant Noël ie Roi se rendît à Bruxëlfes*pour traiter avec les Espagnofls des affaires de la "plus %aute importance. M laissa le duc à Bruges pour tenir compagnie à sa sœur.
Le Roî étant revenu la veille de Noël , le duc apprit le soir même de lord Muskerry que les Espagnols avaient résolu d'obliger tous les Irlandais qui passaient au service de Sa Majesté à leur prêter serment de fidélité a eux-mêmes. Son Altesse royale fut excessivement choquée de cette prétention. Jamais on n'avait rien demandé de pareil aux troupes du prince de Condé ni à celles du duc dé Lorraine, et la chose pouvait être d'ailleurs très-préjudiciable aux intérêts du Roi; car les Irlandais, prêts alors à quitter Icf service de France , uniquement par devoir envers Sa Majesté , ne pouvaient manquer d'être fort troublés de l'idée de s'engager au service espagnol et non pas au sien; et il était très-probable que ce motif les empêcherait de venir.
Le duc avait eu de la peine d'abord à croire cette nouvelle; mais ayant rencontré chez le Roi le comte de Bristol > qu'on avait employé pour obtenir dans cette affaire . le consentement du Roi , le duc lui raconta ce qu'on venait de lui dire , et lui demanda ce qui en était. Cette question jeta le comte de. Bristol dans un accès de colère. Il s'écria que celui qui avait raconté cela au duc était un traître et un misérable; qu'on ne pouvait le lui avoir dit que dans Tintention de le porter à s'y opppser, ce qui perdrait les affaires du Roi. Il continua dans les termes les plus violens^ et qui certainement ne pouvaient
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gu^ère s'appeler des raisons , à vouloir prouver que c'e'tait un crime monstruei^x que d'en avoir parle au duc. Il avait lieu de croire que l'avis en avait été donné à Son Altesse royale par sir John Berkley, et que celui-ci avait en même temps inspiré au duc de Féloignement pour la mesure. Le comte de Bristol parlait si haut que Sa Majesté y qui était dans la même chambre et à trèspeu de distance^ entendit tout ce qu'il disait^ et^ s'approchant du duc^ prit lé parti du comte ^ ajoutant qu'il ne lui était pas difficile de voir maintenant à quel point ceux qui avaient instruit Son Altesse du projet de serment étaient mal disposés pour les Espagnols et pour Sa Majesté elle-même, car on ce pouvait lui en avoir parlé qu'à mauvaises intentions. Le Roi pressa ensuite le duc de lui nommer celui de qui il tenait la chose. Le duc s'en excusa , et dit qu'il espérait que Sa Majesté voudrait bien lui pardonner de ne point nommer la personne, puisque, d'après ce que venait de dire lord Bristol, ce serait presque l'accuser de haute trahison. Le duc ajouta qu'il voyait bien de qui voulait parler le comte, mais que ce n'était pas la première fois qu'il se trompait de la même manière, et que Son Altesse royale voulait bien l'assurer que l'avis ne lui était pas venu de sir John Berkley; qu'en y pensant bien on trouverait qu'il était presque impossible que sir John eût été si promptement
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instruit. Le duc contiûua en disaot qu'il avait été au moment de nommer au comte la personoe de C[ui il tenait cette DouveiLe^ mais que celai-ci était entré sur-le-champ dans une si grande colère ^ et s'était servi d^expressioQS si inconvenantes ^ que le duc avait cru devoir se taire ^ biea qu'en même lemps il êàt assuré en parlant de faire cesser tout ce l>ruit. Quant à ia chose ellemême^ce ne pourrait jamais être un tort de la lui avoir dite; car dès que $Sa Majesté était un^fois déterminée à faire prêter ce serment^ Son Altesse royale, bien 'qu^ellè fût centre cotte mesure^ ne ferait rien pour «'y apposer.
Quand ieo^Dlite de Bristol "vit, par la réponse du duc, qu'il nWaît p^s adressé juste, il se calma^ et, en pi^éseneeduflo^i, demanda pardon à Son Altesse royale si son zèle pour le service du ftoi l'avaiït porté à s'oublier au point de laisser échapper q^uelques paroles oofitraires au respect qu'il devait à Son Altesse. Ainsi finit celte conversation.
Quant aU'Serment , le duc a toujours cru que, si on avait fait la moindre résistance , les Espagndls n'auraient ^pas insista comme ils le firent. Il pense «même qu'on ne l'aurait pas demapdë si ie comte de Bristol n'avait, sans intention, excité leur méfiance , et ne leureût fait soupçonner que le Roi voulait avoir une armée à lui à l'exemple du >prinoe de Condé et du duc ^e Lorraine, ht
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comte leur avait proposé de former un corps de dix mille hommes pourvu de canons et de tontes les autres choses nécessaires, et de le mettre sous le commandement du duc. Les Espagnols n'avaient déjà que trop appris à leurs dépens lés inconvéniens d'une pareille mesure. Us craignirent donc que ce corps d'infanterie ne devint beaucoup trop considérable, et par là dangereux; ce fut pourquoi ils voulurent s'assurer des troupes irlandaises par le serment, et^ pourquoi ensuite, ils les traitèrent assez mal, au mépris de toutes les promesses qu'ils leur avaient faites.
Le lendemain de la scène dont je viens de par* 1er, le comte de Bristol vint trouver lé duc dans sa chambre , et demanda à s'entretenir avec lui en particulier; alors, après un long pi^'ambule; sur le grand respect et la profonde estime qu'il ressentait pour Son Altesse royale, et , s'il osait le dire , la vive tendresse qu'elle lui inspirait personnellement, indépendamment de ce qu'il lui devait sous les autres rapports , il assura le duc que non*-seulement lui, mais ses deux amis, le inarqui3 d'Ormond et le chancelier étaient prêts, pourvu qu'il voulût bien suivre leurs conseils et leur montrer quelque bienveillance, à le mettre à la tête de toutes les affaires. Après s'être fort étendu sur ce sujet, il changea de discours, et commença à parler à Son Altesse royale de sir John Berkley, assurant être fort de ses amis, et I. 26
disposé à le servir de fouies les manières qui seraieut en son pouvoir» En conséquence de quoi il pria Son ÂUe$se royale ^ si elle a^vait quelque atHichemept paur sir Joha^ de Youloîr bien lui or-< donner de se retirer quelque temps j, attendu que le Roi était tellement irrité contre lui qu'un plus long séjour ne ferait qu^augmenter le mécontentement de Sa Majesté et readre ta réconciliation plus difficile^ tandis' qu'au moyen d^une légère absence» et des soumissions convenables^ il lui serait facile de se rétablir bientôt dans les bonnes grâces et restime de Sa Majesté* Mais , lorsqiie la réponse du duc eut fait comprendre au eomte que toute sa rhétorique ne parviendrait pas à obtenir de Son Altesse le consentement qu'il désirait^ il prit un autre ton , et annonça que la volonté absolue du Roi était que sir John se retirât ^ et que Sa Majesté était si positivement décidée sur ce point qu'il n'y avait peint à choisir^ et qu'il fallait quei sir John prit san parti. Que d'ailleurs le Roi l'avait tellemientr^)i7ésenté à don Juan comme mal disposé pour les Espaguols^ et que ses dis^ cours avaient &it sur don Juan une telle impression qu'il ne serait plus au pouvoir de Sa Majesté, en eut-elle même le désir^ de retenir plus longtemps sir John dans le pays. Il termina en disant qu'il répéterait tout cela à sir John Berkiey, et lui conseillerait, comme son ami ^ de se soumiettre patiemment, et d'employer tous ses efforts
pour obtenir le conseatement de Sou Altesse.
A tout ce loDg discours y le duc se contenta de répoudre q^'il était fâché qu'on eût rendu à sir J(Àn Berkley de si mauvais offices auprès de Sa Majesté et de don Juan. L'affaire était de telle nature cjue le consentement qu'on lui demandait lui ferait grand tort dans l'opinion du monde; car de quel œil pourrait-on le regarder lorsqu'il aurait abandonna à la haine de leurs ennemis des serviteurs innocens ou du moins qu'il jugeait tels; et comment , après avoir donne un tel exemple de faiblesse^ pourrait^il espérer que personne vottl4t plus compter sur sa protection ?
Aprè^ avoir reçu cetbe réponse^ le comte quitta le due et ^lla feire sa commission auprès de sir John Berkley. L'affaire n'était déjà plus un secret, elle avait transpiré et était devenue le sujet d'entre tien de toute la maison. Avant le soir la princesse royale en paria au duc^ lui exprimant l'ej^trême chagrin qu'elle en ressentait pour l'amour du Rai aussi bien que pour lui , et ses craintes sur ri$^ue de ce différend. Cepen* dant elle lui conseilla de tenir ferme en £sivettr de soQ ancien serviteur , et de ne point con* sentir à l'éloigner. Tous les ami^ du duc lui donnèrent le même conseil. Il eu reçut de sembla* blés du vieu]( lord Belcarras et de tout b monde, excepté du lord Bristol et de sea amis.
Cependant 9 voyant qu'il n'était pas en son pou*-
voir de garder sir John auprès de lui, et que s'il continuait plus long-lempsà résister ^ il pouvait en résulter quelque aigreur entre Sa Majesté et lui^ ce que^ pour sa part^ il était résolu d'éviter à tout prix^ il pensa que^ dans une conjoncture si difficile , ce qu'il avait de mieux à faire était de quitter secrètement la cour et de se retirer en Hollande, espérant obtenir par l'absence ce qu'il était certain qu^on lui réviserait tant qu'il resterait à Bruges. Il se consulta donc avec sir John Berkley ^ Henry Jermyn et Charles Berkley sur la manière d'exécuter son projet; on résolut que pour le faciliter Son Altesse royale consentirait au départ de sir John , et deux jours après le suivrait aussi secrètement qu'il lui serait possible.
. Cette résolution prise ^ le duc déclara qu'il consentait à l'éloignement de sir John Berkley. Ses amis y à qui il avait fait mystère de ses intentions, en furent excessivement surpris; sa sœur; en particulier^ lui en fit de vifs reproches. Tous les autres le blâmèrent beaucoup. Il supporta tout cela aussi patiemment qu'il lui fut possible et continua de leur cacher la raison qui l'avait déterminé à consentir au départ de son serviteur. Ce qui favorisa le plus le projet qu'il avait formé de cacher le sien , ce fut l'anxiété qui paraissait évidemment dans tout son maintien. Chacun l'attribua au chagrin qu'il éprouvait d'être forcé de
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se séparer de sir John Berkley , tandis qu'il venait de la nécessité où se trouvait le duc de s'éloigner lui-même de la cour ^ ne voyant pas d'autre moyen de maintenir le droit qu'il avait de commander dans sa propre maison et conserver sa réputation. Il était confirmé dans sa résolution par un autre motif. D'après ce que lui avait conté lord Bristol de la mauvaise opinion de don Juan sur le compte de sir John Berkley et de l'humeur qu'il avait de le trouver si Français ^ le duc craignait fort que don Juan n'eh pensât au* tant de lui^ ce qui ne lui promettait pas d'en être extraordinaîrementbien traité.Toutes choses donc considérées , Son Altesse royale crut ne pouvoir mieux faire que de persister dans le parti auquel elle s'était déterminée. Tout fut disposé pour l'exécution de ce projet, qui eut lieu de la manière qu'on va voir, et comme on le trouve rapporté dans les mémoires originaux sur l'année suivante.
Le 2 ou 5 janvier 1657, ^^^ John Berkley quitta Bruges pour aller attendre le duc à Fiessingue. Son Altesse royale le suivit deuxr"ou trois jours après. Le matin de son départ, s'étant levé un peu plus tôt qu'à l'ordinaire , il appela le duc de Glocester , lui disant qu'il voulait aller à la chasse. Il n'était pas encore habillé , lorsque sa sœur le .fit prier de venir lui parler avant de sortir^ ce qui ne l'inquiéta pas médiocrement;
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il crut qu^elie avait eu quelque Tent de sou projet^ et Toulait len dissuader. Ce fut dans cette persuasion qu'il se rendit près d^etle^ et si la chambre n'eût pas été un peu obscure, parce qu'elle était encore au lit, il aurait été impossible qu'elle ne s'aperçût pas de son trouble quand il y entra , et n'eût pas ainsi soupçonné son dessein; mais elle n'eut pas plus tôt corn*^ mencé & lui parler que ses craintes sedisàipèrent. Elle ne Toulait que l'avertir d'une querelle qui s'était élerét, à ce qu'elle croyait , entre deux de leurs domestiques , afin que Son Altesse royale les empêchât d'en venir à une afïkife. Il la quitta donc sans lui avoir rien dit qui pût lui faire le moins du monde soupçonner son intention. Ce n'est pas qu'il ne fût bien sûr qu'elle était trop de ses amies pour rien faire qui empêchât son départ, dans le cas oh, par ses raisonnement, elle n'aurait pu lui persuader de rester; mais ce fut pour elle-même qu'il ne voulut pas l'informer de «on projet , de peur qu'on ne crût qu'elle avait contribué i le déterminer^ et afin que si on Tenait à la questionner à cet égard elle pût affirmer avec vérité qu'elle Tâvait complètement ignoré.
lîe duc , avant de monter à cheval , alla rendre visite & Sa MajèBté > et^ après y êitû demeuré peu det^mps, partit et sortit de la ville aVec son frère le duc de Glocester. Us prirent la route de
Sluys^ Son Altesse royale feignant d'avoir intention de chasser de ce côté« Le duc prit airec lui Henry Jermyn ^ Charles Berkley , et deux ou trois domestiques inférieurs dans lesquels il avait la plus grande confiance. Il laissa à Bruges sir Henry Bênnet et Henry Killigrew^ auxquels il n'osait se fier , et tout le reste de sa maisob. Arrivé à un village près de Sluys^ il dit à son frère qu'il avait donné rendez-vous dans cette ville à une personne qui venait d'Angleterre^ pdur conférer avec lui sur des affaires de grande importance. Il l'engagea à aller chasser Une heure ou deux dans les dunes , où il lui promit de venir le trouver; mais il ajouta cependant que si par hasard il ne revenait pas à l'heure indiquée ^ le duc de Glôcester ferait bien de ne pas l'attendre et de retourner à Bniges y où il se tendrait de son côté avant li^ feftneture des portes;
Son Altesse royale 5 après avoir quitté son frère 5 se rendit à Sluys, traversa la ville sans s'y arrêter, et passa dans Tîle de Cassant, où elle laissa ses chevaux avec l'ordre dene le pas suivre, et de là gagna Flessingue avant la fin du jour. Elle y trouva sir John Berkley, et arriva cette mêftie nuit avec lui à Middlebourg. De Middlebourg le duC se résolut à gagner Utrecht le plus ptoiéiptëmetit qu'il lui serait possible. Son pvojet était ah>rs de se rendre en France par TAllc'^ niagne , afin d'éviter de traverser les possessions
espagnoles; mais il gelait si fort qu'il fut forcé de prendre sa route par Tervère, Ziricsée ^ Bominène, Sommerdyke ^ Helvoet-^luys ^ La Brille et Maesland-Sluys^-la route ordinaire se tronvaut entièrement fermée par les glaces.
Le duc arriva donc le lendemain à Tervère, 11 y trouva un joli vaisseau français prêta mettre k la voile pour la France. Sir John Berkley lui proposa de se hasarder à s'y embarquer^ ce qui lui épargnerait une longue route par terre ; mais Charl«s Berkley s'y opposa , lui représentant les dangers de la mer à cette époque de l'année ^ et ceux que pourrait faire courir à Son . Altesse royale la rencontre d'un vaisseau de guerre- anglais* La coutume des Anglais étaît-de fouiller tous les vaisseaux étrangers pour voir s'ils avaient à Hord quelques matelots anglais , et s'ils en trouvaient de les enlever; en sorte qu'il pourrait arriver que même sans connaître le duc ^ ils l'emmenassent comme si c'était uade leurs compatriotes.
Le duc se resdit à ces raisons et continua son voyage. Il s'embarqua sur un bâtiment de passage ordinaire ,■ arriva le soir même à Ziricsée, et se rendit d£ là en chariot de poste à Bommène^ lymonta le soir même sur un petit bâtiment de passage , débarqua le lendemain matin à l'ile de Sommerdyke , la traversa en chariot , et^e rembarqua à la ville pour Helvoet-Sluys. Il passa
sur le dernier bateau découvert qui risqua la traversée. L'eau était déjà presque entièrement encombrée de glaces , et le danger paraissait si grand que tous les gens de la ville se rendirent sur le rivage pour les voir partir. Il y avait , en effets tant de glaces qu'ils eurent beaucoup de peine à passer; mais enfin ^ après beaucoup d'efforts y ils débarquèrent à un# lieue envh*on audessous de Helvoet-Sluys y et atteignirent La Brille le même jour. Le lendemain^ ils passèrent à Maesland-Sluys , d'où Son Altesse royale en-voya sir John Berkley à La Haye pour savoir s'il pouvait demeurer quelques jours incognito dans le pays. Sir John avait ordre de rejoindre le duc à Utrecht. Son Altesse royale continua sa route , et sir John Berkley y arriva ensuite et lui apprit qu'elle pouvait sans inconvénient séjourner comme elle le désirait.
Le duc demeura un jour ou deux dans cette ^iHe ; et pendant ce temps ayant examiné de nouveau le meilleur parti à prendre ^ il se résolut à la fin d'écrire au Roi pour l'informeîr dés motifs de son départ , et en attendant de demeurer où il était jusqu'au retour du messager^ comptant, s'il revenait avec une réponse favorable, ûe pas poursuivre^ sa route vers la France. Cependant , pour mieux garder Vincognito y il se rendit à Zuleyst'ein , dont le maître l'accueillit et le traita avec beaucoup d'amitié. C'était un honnête
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gentilhomme de sa connais^nce, fils naturel de Heurta prince d'Orange^ tt Ijut ayàit époHsc^ quelques années auparavant , mistriss Killi^rew^ fille d'honneur de la princesse royabi Aprèsy être demeuré entiron une semaine, M^Vaudernatt^une u^tre de ses connaîsseiices ^ l'engagea à Venir à Dieren^ où il était intendiint du prince d^Oran^. Tandis que le due y était» M. Yandernatt fut invité à une noce à Amsterdam* Le due y alla avec lut) accompagné setilemt nt d'Henry Jermyn. Il était sûr que personne ne le reOOnnaitrait 5 et désirait de revoir cette ville et de se ptociirer le divertissement d'une noccf cérémonie qui se pass^ dans ce pays avec beaucoup de formalités et dure plusieurs jours i mais au bout de deux jours, comme sa curiosité était suffisanlmiekit Satisfaite, il retourna à Dlewn et de là à Zuleystetu^ où il apprit ce qui s'était passé à Bruges à l'occasion de son départ.
I Aussitôt qu'on vit que le duc de Glocester revenait seul , et que Son Altesse royale n était pas rentrée à l'heure de la fermetlire des pôHes, où commeniça k soupçonner la vérité; sur quoi Sa Majesté envoya le marquis d'Ormond en Zélande> où il comptait qu'on trouverait le duc; meis le marquis le trouvant parti pour la Hollande) revînt en rendre conipte à Sa Majesté^ quî, apprenant que Sou Altesse royale pensait à se i^endre eli Fiuûdre par là route de Cologne, envoya le
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colonel Blague d<QS cette rille pour Feûga^r k rennir^ lui offrant toutes les s^atisfactions qu'il pourrait désirer; mais voyant par les lettres du duc que son intention n'était pas de se rendre sur-le^hamp en Franee^ et qu'il était encore en Hollande ^ Sa Majesté lui envoya de nouveau le marquis d'Ormond chargé de plusieurs offres dans le but de l'engager à revenir^ sand cependant que les dernières propositions fussent aussi avan«tageuses que celles dont avait été chargé le colonel Blagua. Lord Ormond trouva le duc à Zaleysteio> où il venait de revenir de Dieren« Il lui remit les lettres de Sa Majesté , qui causèrent au duc Une telle satisfaction qu'il dit au marquis qu'il étail résolu de repartir le lendemain pour Bruges et d'aller le même jour jusqu'à Bréda. Le message portait en soWance que Sa Majesté lui promettait^ s'il voulait n^venir^ quenon^seutement lui j mais tous ses serviteura seraient traités avec tant de bienveillance qu'ils ly'auraient plus occa-^ sion de se plaindre; que quant ù sir John Ber-^ kley^il fallait qu'il demeurât pour le moment^ en Hollande; mais que dans an mois il attrait toute liberté de revenir auprès de Son Altesse royale » et que le passé serait otiblié<
Arrivé à Bréda y Son Altesse continua le lendemain sa marche vers Bruges ^ oit le Roi là reçut avec beaucoup de bonté; et^ aussitôt après son arrivée, le duc^ informé de l'irrévérence avec
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laquelle Henry Killigrev? avait parlé de lul^ et de , la mauvaise conduite qu'il avait tenue pen-^ dant sori absence^ le renvoya de son service ainsi que sir Henry Bennet , qui passa bientôt en Espagne avec la qualité d'envoyé , pour le dédom-* inager de la place de secrétaire qu'il avait perdue auprès du duc. Alors Son Altesse royale n'eut plus dans la maison personne qui ne fût absolument à elle.
Au bout d'un mois environ ^ sir Jobn Berkley revint à Bruges , comme on en était convenu , et peu de temps après il fut fait lord , à la demande du duc. Vers le même temps ^ la princesse royale quitta Bruges pour se rendre en Hollande; et au commencement du printemps , le Roi et sa cour allèrent à Bruxelles. Le duc , en y arrivant, reconnut la vérité de ce que lui avait assuré le père Peter Talbot, jésuite, tros-intimement lié alors avec don Alphonse de Cardenbas, que jamais don Juan n'avait dit au comte de Bristol, sur le compte du duc et celui de lord Berkley, ee que lord Bristol . avait rapporté à Son Altesse. On avait effectivement. essayé de leur, rendre à tous deux de mauvais ojfices auprès de don Juan , et on y avait d'abord réussi jusqu'à un certain point; mais don Juan et surtout le marqui& de Caracena et don Alphonse de Cardefthas, avaient bientôt reconnu la fausseté àe ces rapport$ j ce qui les avait tout-à-fait disposés en faveur de Son
Altesse royale et de lord Berkléy, et avait fait tort auprès d^eui au comte de Bristol •
L'indiscrétion de sa conduite^ dans cette occasion et dans plusieurs autres , eut l'effet non^seulement de détruire la bonne opinion qu'avaient conçue de lui les deux ministres espagnols^ mais leur fit éprouver à juste titre un vif mécontentement. A son arrivée dans le pays, comme il parlait parfaitement Fespagnol et possédait à un très--haut degré Fart de sHnsinuer et de se mettre en &veur auprès des hommes puissans quoiqu'il fiit incapable de s'y maintenir, la part très-active qu'il avait dans les affaires de Sa Majesté lui avait dotmé les moyens d'obtçnir beaucoup^ de crédit auprès de don Juan ,^ et une grande jestime de la part des deux autres. Cela ne lui suffit pas ^ il chercha à entrer plus avant encore dans les bonnes grâces de don Juan en flattant et en entretenant son penchant pour l'astrologie. Il tira son horoscope et se mit à lui parler sans ces$e de couronnes , de sceptres, imaginant parlà obtenir sur son esprit plus de pouvoir qu'il n'en avait i^ellement. Il essaya donc même auprès des autres m in^istres de s'introduire dans le maniement des affairés du pays. Ces derniers s'étant aperçus de sa prétention , mirent bientôt un terme à toutes les chimères dont il s'était nourri. Us le peignirent à don Juan tel qu'il était; en sorte que, soit par prudence, et pour
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apaiser la jalousie quUl avait excitée dao& les deux ministi*es, soit qu'il raoonftût réellement la vérité du portrait qu'iU lui avaient fait ^ il cessa toute relation avec lui ^ et ne voulut plus en entendre parler.
Ce fut ainsi que le eomte de Bristol se trouva déchu en ce pays , comn^ il lui était déjà arrivé ailleurs > des espérances qu'au premier abord il avait conçues d'arriver à la tête des afTaîres; et puisque nous en parlons soufi ce l'apport , nous allons raconter ici de quelle manière le eomte se perdit également en France, Le duc en aX les détails de la première main*
En arrivant en France» en 164^, vers Vépoque de la première gue«re de Paria > ou peu auparavant» il se rangea» comi»e it eex^yenaît à un homn^e forcé de quitter fton pays pour cause de loyauté » à la suite du parti de la cour ; et dans une escarmouche contre les Parisîena^ prè^ du bois de Vineeones » et k laquelle le prince de Condé était eu personne » le cMftte fot assez hea* reu^ pour être blessé d'un coup de ieu à la cuisse^ ce qui lit faire à lui plûa d'attention et lui obtint plus d'intérêt qu'on ne lui et» agirait accordé aaos cela* Comme c'était un homme de qualité et re* commandé par la reine d'Angleterre > il eut ao emploi dans l'arm^ée» Vers l'an i65i » il fut fait lieutenant-rgéoéral , et lorsque » un peu avan^t la seconde guerre de Pai'is^ en i65d» on ôta au duo
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de Sully ie gouvernemeot de la \itle de Mantes pottr aToir laisse p^ssagia au duc de Nemours et aux troupes qu'il ameaait de Flandre à l'armée des princes^ le comte de Bristol fut mis à sa place ; et ce fut une grande preuve de confiance de la part du cardinal que de lui donner un commandement si important et si avantageux.
Cet éiéf au mois de juillet ^ la cour se rendit à Pontoise et demeura , soit dans cette ville ^ soit ' à Mantes ^ jusqu^à son retour à Paris. Peu de temps après son arrivée à Fontoise ^ le cardinal quitta la France ^ et , peu de temps après ^ quelques personnes de la eour ^ qui désiraient le tenir éloigné , s'efforcèrent de former un tiers partie et , pour l'honorera leurs propres y eux^ lui donnèrent le nom départi des i^rais Français , n'ayant, disaient-ils, d'autre raisori pour s^opposer au retour du cardinal, que l'opinion oii ils étaient, que, de quelque manière qu'il s'effectuât, ce retour né pouvait être qu'excessivement préjudiciable aux affaires du Roi. Cette opinion pouvait fort bien se soutenir; aussi beaucoup d'hommes considérables à la cour, et surtout dans la haute magistrature, entrèrent dans le tiers parti. Le comté de Bristol, oubliant que non-seulement il était étranger, mais encore avait des obligation au cardinal, s'y précipita avec les autres , et fut assez imprudent pour donner un jour ^ la Reine le conseil de ne jamais permettre au
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cardinal de revenir , ce qui le perdit entièrement, et auprès d'elle , et auprès du cardinal ; tandis que sUl fût demeuré fermement attache à -leurs intérêts comme il le devait ^ et se fût contenté d'obéir sans s'ingérer à donner des conseils ^ il aurait été sans doute bientôt maréchal de France. Au lieu de cela , le cardinal étant revenu à la fin de cette longue campagne, on lui ôta son gouvernement ; ses deux régimens , pour la levée desquels il avait reçu de l'argent dans le courant de Tété , furent réformés , et il ne fut point récompensé ainsi que les autres. Bientôt après ,■ une imprudence que lui fît commettre l'amour qu'il ressentait ou croyait ressentir pour la duchesse de Châtillon^ l'obligea à se retirer dans le midi de la France. On ne sait pas si ce fut de son propre mouvement ou par ordre de la cour. Il y vécut fort retiré jusqu'à la campagne du Milanais^ où il servit au siège de Pavie en qualité de lieutenant-général sous le duc de Modène^ général des troupes françaises dans ce pays; et l'année suivante^ il se rendit en. Flandre auprès de Sa Majesté.
Pour revenir où nous en étioas , le temps de la campagne approchait. Ce fut la première que fit le duc d'York au service d'Espagne. Il en rend lui-même 9 dans sfes mémoires, le compte suivant.
Cinquième campagne du duc^ et la première qu^il ait faite dans V armée espagnole.
Parmi les préparatifs de cette campagne^ ce qui nous occupa le plus^ mou frère et moi y ce fat de mettre sur pied les six rë{;imens d^ufanterie de Sa Majesté. L'un était anglais^ l'autre écossais^et'le reste irlandais, lis formaient^ portés au complet comme ils le furent, plus de deux mille hommes tous tirés de France : c'était obliger deux fois les Espagnols, et si l'Espagne eût jugé à propos de tenir ce qu'elle leur avait pro-> mis, c'est-à-dire une pistole par tête, des armes pour tous ceux qui viendraient s'engager, et l'assurance d'être ensuite bien traités, ces troupes auraient certainement doublé au moment d'entrer en campagne : mais, malgré le service qu'on avait rendu à l'Espagne de les tirer de France 5 et quoiqu'à la fin de l'hiver précédent, pendaut que le Roi était encore à Bruges, les intelligences que conservait Sa Majesté avec les régimens irlandais en garnison à Saint-Guillain eussent très-fort aidé les Espagnols à recouvrer cette ville, que sans cela ils n'auraient jamais pu reprendre à cette époque de l'année , ils avaient conçu de telles inquiétudes sur la trop grande force des troupes du Roi qu'ils les dégoûtèrent de toute manière. 11 fut donc impossible de les
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augmenter^ et tout ce qu'on put faire fut de les tenir au complet comme elles étaient quand j'entrai en campagne pour rejoindre l'armée espa« gnole.
Ces inquiétudes étaient encore fomentées par le prince de Condé, qui n'était parvenu que depuis peu de temps à prendre Fayantage sur le duc de Lorraine^ et à le faire traiter comme chacun l'a su , afin de se rendre lui-même plus nécessaire aux Espagnols. Il craignait donc , si les troupes du Roi grossissaient à un ceiiain points que, comme l'infanterie était ce dont les Espagnols manquaient le plus, on n'en agît à son tout* avec lui comme avec le duc de Lorraine. Ainsi donc , quoique extérieurement il vécût en très-boRS termes avec le Roi, il s'efforçait tant qu'il pouvait d'augmenter les mépances des Espagnols , et d'empêcher par tous les moyens possibles que le nombre de nos troupes ne vînt à augmenter.
Ces méfiances avaient encore, comme je l'ai dit, une autre source. Le comte de Bristol, lorsque le Roi l'avait employé pour la première * fois à négocier avec don Juan la formation d'un corps de troupes appartenant à Sa Majesté , avait commencé par les propositions les plus déraisonnables. En arrivant à Bruges, où l'avait envoyé le Roi pour cette affaire, il ne parlait de Âen moins que d'une armée de dix mille hommes, infanterie et cavalerie, avec une artillerie pro-
portioonée ; ce qui effraya tellement les ministres espagnols qne^ si on eût jamais £(Nrmé un pareil projet 9 la chose fàt devenue par cela seul tout-4fait impossible à conclure. Cette proposition ex* travagante^ loin d'avancer les affaires de Sa Majesté 9 ne servit qu'à inquiéter les Espagnols sur l'aceroissement de nos forces.
Fendant le temps que je passai à Bruxelles ^ je les 'fis si bien revenir sur toutes les histoires qu'on avait délntées sur n|on compte ^ que don Juan et les ministres n'avaient pas mauvaise opinion de moi 9 et que le prince de Condé vivait avec moi très-civilement. Avant que je partisse pour IWmee, le comte de Bristol fit faire à £a Majesté une chose qui , en soi ^ pouvait paraître assez bomie,mais dpot le motif était de me dés<* obliger; ce fut d'engager M. de Marsin à son service , et de le faire lieotenant^-général de toutes ses troupes levées et à lever. Il fut convenu qu'il serait imm^ialement sous mes ordres ^ soit en Flandre soit en Angleterre , si l'occasion nous y appelait; en sorte que le Roi se trouvant audessus de moi, et M. de Marsin immédiatement au-dessous 9 mon autorité était peu de chose, ou plutôt je n'étais plus qu'un pur zéro en chiffre; et y afin dé s'attacher M. de Marstp entière^ jnent, le lord Bristol obtint aussi de Sa Majesté, vers la fin de l'année, de le récompenser par avance des services qu'il devait lui rendre en
Angleterre en le créant chevalier de la Jarretière; et 9 sans le chancelier^ il aurait même obtenu pour lui le titre de comte d'Angleterre ^ ce qui eût été. encore plus étrange. Ce n'est pas que M. de Marsin ne fût un des bons officiers que jVîe jamais connus. U a eu cette réputation en France^ en Flandre et partout oit il a servi; mais c'était une chose inouïe que de le récompenser ainsi d'avance^ et par des honneurs si extraordinaires. La saison nous appelait en campagne. Le commencement en fut très-glorieux pour le prince de Condé. U était à la Bussièresur la Sambre , Tille située à environ seize ou dix-huit lieues de Cambrai^ désignée pour le rendez-vous de toute sa cava* lerie. Il venait l'y passer en revue ayant de l'envoyer au rendez-Tous général de toute l'armée. U apprit que l'armée française^ sous le commandement de M. de Turenne et M. deLa Ferté, avait mis le siège devant Cambrai qu'il savait n'être défendu que par une très-faible garnison. U marcha aussitôt pour tâcher de délivrer la ville avant que les Français pussent être avertis de son arrivée, ou que leurs lignes fussent assez bien établies pour l'empêcher d'entrer dans la place et de la secourir. U régla si exactement sa marche^ qu'il arriya dans la nuit aux retranche^ mens français , et trouva peu d'opposition ; car, bien que les Français fussent à cheval et prêts à le recevoir^ il chargea si vigoureusement les deux
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lignes d'infanterie qu'il trouva sur son chemin^ qu'elles furent hors d'état dé résister à la force d'un corps de troupes si considérable uniqueflient appliqué à les traverser pour forcer le passage et entrer dans la ville. Il y réussit sans peine , et arriva avec très-peu de -perte jusqu'à la contres-^ carpe. Le comte de Salazar^ gouverneur de la ville, l'y reçut avec une grande satisfaction. Il s'attendait si peu h un pareil secours , et en fut tellement surpris , que le prince attendit longtemps à la palissade avant qu'on lui permît d'entrer. Le gouverneur avait au fait toutes les raifsons du monde de se réjouir excessivement de son arrivée; car, outre qu'il n'était pas grand soldat, sa garnison était, comme je l'ai dit, très*faible; en sorte que', si on ne fût venu le tirer de la si-r tuation critique où il se trouvait^ il aurait abandonné la ville, et n'aurait défendu que la citadelle.
Ce fut, je crois, la seule fois que cette place se trouva si mal gardée. Cela venait de l'avis qu'avaient reçu les Espagnols que Cromwell devait envoyer cette année-là six mille hommes au se-> cours de la France. Ils jugeaient, d'après cela, qu'on attaquerait dans cette Campagne quelques unes de leurs villes maritimes; ils y avaient donc distribué de fortes garnisons, de manière qu'il' leur en restait très-peu pour défendre les* villes, de l'intérieur. Le cardinal , l'ayant su , avait jugé
l'occasiûfi favorable pour attaquer Cambrai. Il tendait plus à là prise de cett« Ville q.il'à' <ielle d^auMioe autre , ayant , à ce que j'ai su , uoe sorte de manie d'eiti être fait prince et évècfn^. Il ordonna avx deux maréchaux d'entreprendre ce siège ^ espérant bien qu'ils seraient plus hévtrreuxque ne l'ayait été le eomte d'Harcou^t quelques années auparavant. Ils l'auraient prise certainement sans le hasard qui &t que le prince de Condé se trouva à laBnssière; car ^ s'il &A demeuré à Bruxelles 9 aucun de ses officiers n'aurait osé entreprendre sans lui nn pareil coup de main ; et^ quant aux Espagnols ^ ils auraient employé tant de temps à examiner et à débattre les moyens de secourir la ville ^ que les Français auraient eu le temps de terminer leurs lignes^ et alors elle était perdue.
Si le comte de Salazar avait été surpris de l'arrivée de ce secours si peu attendu , les généraux français ne le furent pas moins^ surtout M. de Turenne qui^ comptant sur les délais ordinaires aux Espagnols et la lenteur qu'ils mettent k exécuter ce qu'ils ont résolu à loisir^ ne croyait pas postsible qu'aucune de leurs troupes le vint attaquer si prompteihent. Mais^ ayant appris par quelques prisonniers qu'il avait faits dans cette occasion le nombre et le genre des troupes entrées dans la ville^ et qui les commandait, il ne jugea pafif à propos de continuer le siège. Il le leva le
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lendemain matin, eîiToya un exprès à la cour pour Tinformer de eequi s'était passé y et recevoir ses ordres sur ce qu'il j avait h faire.
Aussitôt que M« de Turenne se fut retiré de devant Cambrai ^ le prince renforça la garnison aulant qu'il le fallait pour mettre la ville à l'abri d'un pareil danger durant le reste de l'année , puis envoya le reste de ses troupes aii rendez- vous général qui était à Mens dans le Hainaut.
Les Français 9 obligés par cet événement de changer leur plan de campagne > partagèrent leur armée ^ et renoncèrent pour le reste de l'année à tout projet de siège un peu considérable. Ils envoyèrent le maréchal de La Ferté s'emparer de Blontmédy,. petite place dans le Luxembourg, mais forte et de grande importance. Quant à M^ de Turenne^ il marcha avec l'autre partie de l'armée sur le bord de la mer pour faire plus aisément sa jonction avec l'infanterie anglaise. Lorsqu'elle fut faite > il revint sur ses pas pour observer les mouvemens de notre armée.
Nous nous trouvions alors réunis au rendezvous général près de Moos. Le 19 juin nous marchâmes avec toute notre armée vers Mierpottry sur la Sambre^ un peu au-dessus de Thuyn. Le lendemain nous campâmes près de ï^hilippeville, et traversâmes de ce côté notre pays comme si nous avions eu dessein d'aller secourir Mont* médy . M. de Turenne et son armée firent grande