‹ Mémoires de Jaques II (volume 2)Chapitre 3 sur 15 · X . NOTICE · texte numérisé non relu

X . NOTICE

« vais regardée , jusqu'à ce momeut-là , comme la « chose qui m'était la plus chère : sur quoi Sa Mac( jestë, par un effet tout particulier d'une bonté et (( générosité sans égale , me dit qu'elle tne ferait avec « joie ce plaisir , le plus tôt qu'il lui serait possible , « en me confiant même que, comme elle avait déjà « écrit en anglais, assez exactement par années, les « mémoires de sa propre vie , elle en tirerait et tra- « duirait en français tout ce qui concernerait les « campagnes qu'elle avait faites dans l'armée de <( France, commandée par M. de Turenne, et de «( celles qu'elle avait faites ensuite aux Pays-Bas dans « l'armée d'Espagne jusqu'à la publication de la paix « des Pyrénées, et au rétablissement du roi Charles II « son frère^ sur le trône de la Grande-Bretagne. Je « fus agréablement surpris le 27 du mois de jan- « vier de l'année suivante 1696 , lorsqu'étant allé à « Saint-Germain-en-Laye rendre mes respects à ce « grand et saint roi, il me mena dans son cabinet, (( où il me dit qu'il m'avait fait venir pour tenir (( la parole qu'il m'avait donnée l'année précédente , (( et me mit en même temps entre les mains ce « présent livre , dans lequel il m'assura qu'il avait « recueilli tout ce qu'il avait remarqué dans ses a Mémoires, au sujet de feu M. de Turenne, dece puis l'année i652 inclusivement jusqu'en 1660 \ a qu'il m'en faisait un don avec plaisir , tant par rap- « port à la mémoire de feu M. de Turenne , qu'il « me dit lui devoir être toute la vie très-chère et « très-précieuse, parce qu'il le regardait comme le a plus parfait et le plus grand homme qu'il eût jamais

SUR LES MEMOIRES DE JACQUES II. XJ A connu , et le meilleur ami qu'il eût jamais eu , que « par rapport à l'amitié dont il m'honorait en parti-. « culier ; il me recommanda cependant de ne donner « jamais j à qui que ce soit » durant sou vivant , la .<( lecture de ces Mémoires. Après avoir rendu à Sa « Majesté mes très-humbles actions de grâces de ce « bienfait , je lui promis d'exécuter ce qu'elle ve- « naît de m'ordonner , et je l'ai très-fidèlement ob- « serve tant qu'il a vécu. Ce don de la main d'un « si grand roi me parait si considérable et si hono- « rable pour la mémoire de feu M. de Turenne , et « pour toute notre maison, que dès ce jour-là, « comme j'eus l'honneur de le dire à Sa Majesté en « recevant d'elle ce précieux don , je pris la réso- « lution de le substituer un jour à perpétuité à l'ainé « de notre maison, et cest ce que je fais aujourd'hui, a Étant à Rome le i6 du mois de février de Tance née 1715, y ayant, par un effet de la Providence a divine , retrouvé ce précieux livre que je ne croyais « jamais revoir.

« Signé j le cardinal de Bouillon ,

« Doyen do sacre coUëge. )>

Cette préface nous apprend que le morceau imprimé sous le nom de Mémoires du duc d'York a été rédigé et traduit par Jacques lui-même ; ce que confirme le manuscrit de Carlton-House, du moins quant à ^a rédaction. Ce morceau y est donné comme

xîj NOTICE

tiré ^textuellement des mëmoires originaux écrits de la main de Jacques.. Il parait donc positif qu*à la. fin de 1695 j époque où Jacques II entreprit pour le cardii^al de Bouillon le récit de ses campagnes » k rédaiction des manuscrits de CarIton«»>House n'était pas encore commencée ^ car Jacques se serait pro^bablement servi, pour rédiger le manuscrit qu'il voulait donner au cardinal de Bouillon , de la mâme main qu'il eût employée pour le reste. On remarquera peut-être y comme une assez singulière circons^ tance, que ce manuscrit , perdu on ne sait comment, fut retrouvé en 171 5 à Rome, où s'est également retrouvé depuis le Manuscrit de Carlton-Hoase avec les antres papiers de la maison de Stuart, sauf les mémoires originaux donnés au collège écossais. Cependant on n'en saurait rien inférer contre Tanthenticité du manuscrit de Carlton-House. Il est évident que c'est là que se trouve la version originale dont le manuscrit du cardinal n'est que la traduction. D'abord ce dernier est plus exact pour les noms propres , ce qui donne lieu de penser que Jacques , supposé que la traduction fût de lui , la fit revoir par quelque secrétaire français *, en second lieu , dans le manuscrit du cardinal, le duc d'York n'est jamais nommé qu'à la troisième personne, tandis que, dans la version du manuscrit de Garlton-House, il le nomme toujours à la première, fait d'autant plus remàr* quable que la troisième personne est toujours employée dans les autres morceaux empruntés aux manuscrits originaux; enfin le manuscrit dé Carlton- House rapporte avec détail plusieurs circonstances,

SUR LES MÉMOIRES DE JACQUES IL ïiij entièr^menl personnelles au doc dTork ^ omises dans le numascril du cardinal. Toat indique donc la version de Carlton - Honse comme Tceuvre pins immédiate de Jacques , mais en même temps tout donne lien de regarder la rédaction de cette partie de ses Mémoires comme un travail séparé , entrepris pour la première fois à la prière du cardinal de Bouillon, et tont*à^fait étranger à la rédaction complète dont il donna peut-être la première idée. On n'a . rien de certain sur Tauteur de ce travail ; quelques uns Tattribuent k Louis Inès ; et Ton a prétendu qu'il avait été revu par Dryden , probablement le fils du poëte , poëte lui-même, mais sans célébrité.

On ne peut que regretter vivement la perte des manuscrits originaux , résultat prîmitlf et fidèle des impressions de leur auteur. Il est difficile de croirç que la même ingénuité ait présidé à la rédaction des mémoires actuellement existans^ Texpérience avait alors appris trop de choses pour qu'on n'en crût pas avoir quelques unes à dissimuler. Cependant ce dernier récit, quelque incomplet qu'il puisse être, mêlé d'un grand nombre de fragmens originaux de l'auteur , est d'ailleurs tellement empreint de son esprit , qu'il serait difficile d'en trouver ailleurs une image plus exacte. Nous nous sommes donc empressés de l'admettr^e-dans notre Collection.

11 a paru en 1819 une traduction de cette vie de Jacques n ; mais outre qu'on en avait cru devoir supprimer toute la portion relative aux campagnes de France et des Pays-Bas , comme déjà traduite et imprimée en France, le fécitdes batailles navales du duc

XIV NOTICE, etc.

d* York, mélë de faits intëreissans, mais en même temps de détails nautiques, quelquefois difficiles à rendre clairement, avait été singulièrement abrégé. Notre nouvelle traduction est, nous Tespérons^ exacte et complète ) on y a laissé subsister quelques lacunes qui se rencontrent dans le manuscrit ^ d'autres , peu cQosidërables , ont été suppléées ou d'après les notes de l'éditeur anglais, ou sur la traduction française donnée au cardinal de Bouillon , ou selon que l'indiquait l'évidence du sens.

Jagquss^ duc d'York, fils de Charles l^^ roi de la Grande-Bretagne, et dUenriette-Marîe, fille de Henri IV roi de ï^rànce , naquit au palais de Saint-James, le i4 octobre i655; et jusqu'à Te'poque où le Roi, son père, quitta Londres en Tannée i64iy il y fut élevé avec les autres enfans du Roi.

Mais lorsque les émeutes chassèrent en quelque sorte de Londres le Roi, la Reine et le prince de Galles y le duc , et la princesse Marie , sa sœur aînée, alors récemment mariée au prince d'Orange, les accompagnèrent d'abord à Hamptoncourt, et ensuite à Windsor, oîi Sa Majesté apprenant que les désordres allaient toujours croissans dans la cité, prit la résolution d'envoyer là Reine en Hollande avec la princesse Marie , et en conséquence la conduisit à Douvres sans passer par Londres*. Dans le même tem^ps, il envoya le duc d'York à Saint-James pour y demeurer avec son frère l^duc de Glocester et la princesse Elisabeth.

Sa Majesté ^ après avoir tu embarquer la Reine et la princesse d'Orange, se rendit immé-* diatement à York, emmenant avec elle le prince. Bientôt après , voyant les différends s'échauffer entre lui et le parlement, au point de laisser peu de probabilité d'accommodement, le Roi , un peu avant Pâques, fit passer au marquis d'Hertford l'ordre de lui amener le duc d'York. Le parlement en ayant été instruit , envoya un message au marquis, portant défense d'accomplir cet ordre : ce qui n'empêcha pas le marquis d'obéir au Roi. Il quitta Londres le lundi de Pâques^ et conduisit le duc à York, où, en arrivant. Son Altesse royale reçut l'ordre de la Jarretière; et peu de temps après le Roi se servit du duc d'York, malgré son jeune âge, pour prendre possession de la ville de Hull , ayant des raisons de su|)poser que, par crainte de déplaire au parlement, ie gouverneur de cette ville , sir John Hothâm , pourrait bien refuser de recevoir Sa Majesté en personne. Le duc y entra donc comme s'il fût venu voir la place par curiosité.

Le duc y fut accompagné du prince Palatin et de plusieurs autres lords et gentilshommes; et le Roi résolut de le suivre le lendemain avec le prince, croyant que, si le duc était une fois dans la ville, et avec une. suite aussi nombreuse > le gouverneur s'efforcerait inutilement d'empêcher Sa Majesté d'entrer.

Mais révénement ne répondit pas à son attentej car le lendemain matin , le duc étant sur la plateforme avec le gouverneur, sir Lewis Dyves vînt dire à Son Altesse que le Roi arrivait, et ensuite, se tournant vers le gouverneur, Tinfofrma^ de la part du Roi , que Sa Majesté dînerait avec lui ce jour-là. A cette nouvelle, Hotham pâlit tout-àcoup, se frappa la poitrine sans répondre, et pria aussitôt le duc de se retirer chez lui avec sa suite : ce qui eut lieu.

Alors il fit fermer les portes, et ordonna à la garnison dé prendre les armes. Le Roi arriva dans ce moment aux portes : les trouvant fermées , et voyant des soldats sur le renfïpart , il demanda à parler au gouverneur • Celui-ci parut, s'efforça d'excuser le refus quMl faisait d'admettre Sa Majesté dans la ville , alléguant que le commandement lui en avait été confié par le parlement. Après quoi il se jeta dans les lieux communs d'usage, et déclama contre les mauvais conseillers avec tous les mots d'argot généralement employés dans le parti. Sa Majesté lui répondit avec la modération d'un prince qui n'avait d'autre moyen de le faire rentrer dans le devoir que le raisonnement et la persuasion , lui représentant quelles étaient , dans sa situation , les obligations d'un bon et fidèle sujet, et combien il était criminel et contraire au devoir que lui imposaient les lois du pays , de refuser à son sduverain l'entrée de

sa propre ville. 11 lui 6t observer qu'en prenant ainsi l'initiative d^une rébellion déclarée il se rendait coupable de tous les maux et de toute l'effûsion du sang qui pourrait en résulter.

Mais tous ces argumens demeurèrent sans effet sur Hotham; car^ outre qu'il était engagé dans la faction parlementaire^ ce qui le confirmait dans sa résistance > c'était l'avis qu'il avait récemment reçu de M. William Murray , valetde-chambre du Roi^ que Sa Majesté était résolue y aussitôt qu'elle serait en possession de la ville , d'abord de le faire ai^rêter^ puis de lui faire faire son procès criminel par une cour martiale. Cet avis 5 quoique entièrement faux , ne remplit pas moins l'intention perverse dans laquelle il avait été donné y qui était d'empêcher Sa Majesté d'entrer dans la ville. Sa Majesté voyant qu^elle ne pouvait parvenir à le persuader, lui dit enfin qu'elle espérait que puisqu'il lui refusait l'entrée de la ville 9 il en laisserait du moins sortir son fils, son neveu et leur suite. Hotham y consentit; mais il prit la précaution de ne les laisser sortir qu'un à un, afin de leur ôtertout moyen de rien tenter. Sitôt qu'ils furent tous hors de la ville. Sa Majesté se rendit directement à Beverley^ ou elle se coucha cette nuit^ et de là à York.

Par le mauvais succès de ses desseins sur Hull, le Roi non-seulement laijssait entre les mains du parlement une place très*forte^ ou du moins ju-

gëe telle alors , et dont le siège ,• inutilement entrepris ensuite par le marquis de Newcastle^ contribua fort à la ruine de ses afi^ires; mais il se trouvait encore par là presque hors d'état de lever une armée; car cette ville renfermait en iiiagasin des armes et des munitions pour plus de vingt mille hommes , avec un train d'artillerie , proportionné; et Sa Majesté n'avait pas alors de quoi armer cent hommes*

La perte de cette place ne doit pas être attribuée seulement à la déloyauté du gouverneur^ et à la trahison de l'homme qui lui avait donné l'avis dont on a parlé , mais beaucoup plus encore aux mauvaises mesnres prises dans toute cette affaire; car si, au lieu d'envoyer sir Lewis Dy ves , le Roi , sans avertir le gouverneur de son arrivée, leût surpris par une visite inattendue, il se serait, selon toute probabilité, rendu maître de la place; car les habitans étaient alors très-affectionnés à son service > et il était de plus accompagné d'un si grand nombre de gentilshommes du pays et d'ailleurs, que la garnison , quelque mal disposée qu'elle pût être , se serait trouvée hors d'état de faire une longue résistance. Il ne parut même pas que les soldats fussent mal intentionnés ; car quelques unes des personnes de la suité'de Sa Majesté , qui se trouvaient avec elle au pied des remparts, les ayant engagés à mettre bas leurs aripes , lorsqu'on eut *

enteodu sir John Hotliam lui refuser Teatrée de la ville ^ ils obéirent généralement à cette injonction^ et ne les reprirent que lorsque leurs officiers^ ïépée à la main y les y eurent contraints par des menaces.

Une autre grande erreur de conduite de la part du Roi en cette affaire fut de n'avoir pas donné l'ordre à quelque homme hardi et vigoureux de la suite du duc de s'assurer de la personne de sir John Hotham^ dans le cas où il manifesterait l'intention de résister^ enjoignant en même temps à. tout le reste d'obéir à celui qu'on eût chargé de cette commission^ lorsqu'il produirait son ordre. Cela aurait été très- facile à exécuter^ spit lorsque sir ^Lewis Dyvps vint porter au gouverneur le message du Hoi^ ou peu de temps après^ lorsque Hotham vint seul et sans être accompagné d^aucun de ses officiers dans la pièce où il avait confiné lé duc et toute sa suite. Plusieurs depuis se sont étonnés que parmi tant de nobles et gentilshommes qui accompagnaient le duc, au* cun n'ait -pensé à profiter de cette occasion pour rendre au Roi un si important service. A la vérité, Hotham ne fut pas plus tôt hors de 1^ chambre ^ que sir Levais Dyves et M. WilUain MUrray, un des valets-de-chambr^ du dup, et beaucoup plus honnête homme que son homo-pyme> firent chacun de son coté 9! et sans se de commuaiquer, le projet de suivre.leg<>uyerweur.

daas la ferme résolution de le jeter du haut du rempart 9 ou de le tuer; mais les voyant approcher ^ tandis qu'il était en conférence avec le Roi, il ordonna 8ur«>le-ckamp qu'on se saisit d'eux , et qu'on leur donnât des gardes. Son ordre fut exécuté^ et il. les retint prisonniers jusqu'à ce que le duc quittât la ville. Alors n'ayant point de preuves contre eux, il les renvoya.

Ainsi Dieu ne voulut pas que le gouverneur subit alors son châtiment. Il parut ensuite que la justice de la Providence ne l'avait conservé que pour lui départir d'une manière plus extraordinaire la récompense qui lui était due, et faire tomber sa tête; car les inAtrumcns de la vengeance divine furent ceux-mémes dont il avait voulu servir la cause en commençant ainsi la rébellion; et les choses tournèrent de telle sorte que le parlement les fit mourir, lui et son fils, le même jour pour avoir formé le projet de remettre cette même ville entre les mains de Sa Majesté, et que le père et le fils se trahirent mutuellement dans l'espoir de sauver leur vie par les aveux qu'ils firent séparéméht.

Le Roi, revenu à York, pensa qu'il était grand temps de veiller à sa sûreté , en levant une armée comme le parlement lui en avait déjà donné l'exemple ; mais il manquait d'argent et d'armes. Quant à l'argent il n'en avait d'autre que ce que lui fournissaient volontairement les loyaux officiers^

et gentilhommes qui se trouvaient auprès de lui; et j quant aux armes ^ il lui ëtait impossible de s'en procurer en quantité suffisante ^ sans les tirer de l'étranger y ce qui lui était très-difficile^ le parlement ayant à sa disposition toute la marine , excepté un ou deux vaisseaux de ceux qui avaient conduit la Reine en Hollande. L'un de ces deux^ nommé la Providence, commandé par le capitaine Straughan^ fut renvoyé par la Reine chargé d'armes et de munitions , vers le temps où l'entrée de la ville de HuU fut refusée au Roi. Sans ce secours venu si à propos, il aurait été impos* sible à Sa Majesté de lever le moindre corps de troupes. Le caplicHAe^^ourut de tels dangers dans la traversée y et éprouva tant de difficultés dans Texécution de sa mission, que le récit de ce qui lui arriva mérite d'être rapporté ici tel qu'on Ta tiré de son journal.

Le capitaine Slraughan ayant reçu de Sa Majesté la Reine, l'ordre de conduire au Roi une certaine quantité d'armes, et de convoyer une galiote chargée de poudre, et apprenant que toute la côte était gardée , a&n d'empêcher qu'aucun vaisseau n'apportât à Sa Majesté des armes et des munitions , dont le parlement savait qu'eUe ayait grand besoin , il prit le parti , comme le meilleur j)ioyen d'accomplir sa mission , de faire voile directement vers l'Humber, où il pensait qu'oh n'imagin^r«Ut pas à l'attendre , et là , à un lieu.

qu îl avait dësigoé , de se jeter à la côte et de débarquer ce qu'il apportait. Dans cette intentioa îl envoya d'avance avertir Sa Majesté de son projet^ et demanda que quelqu'un se trouvât au lieu convenu pour y recevoir les armes et les munitions. Il devait en arrivant faire un signal ^ et priait qu'on lui répondit par un signal semblable^ pour lui faire connaître qu'on l'attendait. Il fit donc voile de la Brille ^ entra dans l'Humber , et donna ie signal convenu j mais ne reçut point de réponse^ en sorte qu'il n'osa se hasarder d'y entrer jusqu'au lieu où il avait eu dessein d'aborder; et la marée passée il fut obligé de mettre à l'ancre avec sa galiote près de lui^ de peur qu'elle ne fût entraînée à la mer. Il ne fut pas plutôt à l'ancre qu'un vaisseau de cinquante «-quatre canons, appartenant au parlement , arriva de HuU, et mit à l'ancre près de lui. Un autre vaisseau du parlement, qui était dans la rade de Grimsbey , et avait appareillé pour le suivre au moment où il passait près dje lui, vint de même se mettre à l'ancre à l'arrière de son vaisseau^ et ils envoyèrent aussitôt leurs chaloupes pour lui ordonner de venir les trouver à bord, ce qu'il refusa , comme étant dims un vaisseau construit par Sa Majesté, en sorte que c'était à eux à venir à son bord. Malgré son refus ils ne bougèrent point, paraissant croire qu'il variait mîeuj( attendre la marée , et qu'ils seraient

lO MÉMOIRES

alors assez à temps pour faire leur affaire. Le capitaine se trouva alors fort embarrassé sur le parti qu'il avait à prendre : il ne lui était pas possible d aller reprendre la mer; car^ outre que les deux vaisseaux le surveillaient, le sien était en si mauvais état qu'il n'osait pas se hasader à le faire sortir du fleuve. Il se résolut donc à lever l'ancre au moment de la marée , et à remonter la rivière aussi loin qu'il le pourrait au dessus de la ville^ ensuite de se jeter au rivage oii il espérait que quelqu'un viendrait le secourir. S'étant arrêté à cet expédient , il envoya à bord des vaisseaux du parlement ^ les priant de lui prêter une couple de câbles et d'ancres^ dont il avait, disait-il , grand Lesoin> l'usage étant parmi les marins de s'aider les uns les autres en de telles extrémités. Ceuxci l'ayant refusé , il leur fit dire , pour mieux dé-guiser son projet, qu'aussitôt que la marée le lui permettrait, il irait à Hull se plaindre au gouverneur de leur refus ^ et qu'il était assuré qu'il les eu réprimanderait^ et lui fournirait ce dont il avait besoin.

Cependant il fit hisser la galiote qui naviguait près de lui contre le flanc de son Taisseau, du côté opposé à celui où se trouvaient les bàtimens y fit faire un trou dans son bord , et vidant par là toute la poudre qui était à bord de la galiotte , la plaça dans son vaisseau ; après quoi y aussitôt que la marée le lui permit, il leva l'ancre

DB JACQUES H. n

et remonta vers HuU^ les deux vaisseaux du parlement le suivant^ et se tenant à une certaine dis-^ tance, pour être sûrs qu'il ne pourrait plus regagner la mer. Ils continuèrent de remonter de cette manière jusqu^à la pleine marée. Alors son pilote lui dit qu'il croyait pouvoir le sauver^ ainsi que son vaisseau^ sans s'exposer au danger de passer sous les canons de la ville , car il e'tait arrivé à un banc de sable &rt étroit ^ et sur lequel au plus fort de la marée il n'y avait que douze pieds d'eau. C'en était assez pour son bâtiment, et une fois qu'il y serait il pouvait se jeter au rivage à l'endroit qui lui conviendrait 9 sans craindre les vaisseaux du parlement qui tiraient plus d'eau que le sien. Le capitaine prit donc la résolution de faille passer sur ce banc de sable son bâtiment qui tirait onze pieds et demi. Il mit toutes ses voiles y se dirigea hardiment sur le banc de sable et entra dans l'autre bras de la rivière. Les deux vaisseaux du parlement s'efforcèrent de le suivre^ mais n'ayant pas assez d'eau se trouvèrent arrêtés. Le capitaine continua sa route en redescendant la rivière jusqu'à un endroit non^mé Paull^ à quelques milles au dessous de HuU^ du même coté de l'Humber. Là il se jeta au rivage de manière à se servir de son vaisseau comme d'une batterie pour se défendre ^ jtsindis qu'il débarquait les armes et les munitions^ ce qu'il fit aussitôt;

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