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et il dépêcha à Yark un messager pour donner
avis au Roi de son arrivée.
Plusieurs gentilshommes et officiers qu'il avait à bord se mirent sur-le-champ à l'œuvre pour travailler à se retrancher pendant, que les matelots déchargeaient le bâtiment, craignant que ceux de Hull^dans le voisinage desquels ils étaient^ les trouvant sans défense, ne vinssent les attaquer et leur enlever ce qu'ils avaient garanti jusquelà avec tant de dangers et de difficultés^ et ils usèrent d'une telle diligence qu'ils étaient eu état de défense avant que Tennemi pût rien entreprendre contre eux. Les gens de la ville vinrent en effet les attaquer avant qu'on eût pu envoyer personne d'York à leur secours; mais voyant Straughan si avantageusement posté, ils s'en revinrent sans faire aucune tentative ^ et les laissèrent tranquilles jusqu'à ce que Sa Majesté leur eût envoyé du monde pour les escorter jusqu'à York.
Quant au bâtiment^ on proposa à Sa Majesté de le brûler, puisqu'il devait nécessairement tomber entre les mains des rebelles; mais elle s'y refusa absolument , disant qu'il lui avait rendu un trop grand service pour être ainsi traité; qvie d'ailleurs elle ne désespérait pas de le recouvrer avec tout le reste. Il fut donc laissé sur le rivage après qu'on en eut ôté les canons qu'où porta
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à York 9 et U plupart des gens de l'équip&ge furent faits canonniers. Le lendemain du jour où il eut été déchargé , les gens de HuU vinrent s'en emparer. Cependant les espérances de Sa Majesté se trouvèrent en quelque sorte prophétiques ; car^ lorsque son fils fut rétabli sur le trône ^ ce vaisseau rentra sous son pouvoir avec tout le resie.
Ce secours d'armes et de munitions ayant donné au Roi les moyens de lever une armée , après avoir mis York en état' de défense y et rétabli dans 4 le pays ses affaires sur un bon pied , il se rendit suivi d'un grand nombre d*officiers à Nottingham, où pour la première fois il leva son étendard. Ce fut alors que se montra de la manière la plus exemplaire y le zèle et l'àfTection des nobles de tous rangs qui lui étaient demeurés fidèles ^ et qu'ils firent voir ce qui peut s'exécuter^ lorsque des hommes bien nés et bien pensans entreprennent de servir diligemment leur prince; car en très- peu de temps , sans autres fonds que ceux qu'eux-mêmes fournirent, ils levèrent une armée si considérable, qu'avant la fin d'octobre le Roi fut en état de livrer bataille aux rebelles, quoique ceux-ci eussent commencé avant lui à lever des troupes, et ne manquassent ni d'argent, ni d'armes ni de munitions, ni de rien de ce qui leur était nécessaire pour se recruter et s'équiper autant et aussi bien qu'il leur plaisait; tandis qno Sa Majesté, malgré le secours qu'elle avait reçu
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de Hollande , fat obligée^ en passant deVork à Nottingham et de là à Shrei/vsbury, de désarmer partout la milice et de se servir de ses armes pour en armer les forces qu'elle avait nouvellement levées î et cependant^ malgré tous ces expédiens et ces partis si rigoureux^ un assez grand nombre de ses soldats demeurèrent encore sans armes.
Le Roi, lorsqu'il eut formé son armée, partit de Shrewsbury vers le milieu d'octobre , résolu d'en venir aux mains avec lesrebelles. Le 22 du même mois, il arriva à Edgecot dans le Northamptonshire, à peu de distance de Bambury. Là, ayant reçu avis que les forces de l'ennemi sous le commandement du comte d'Essex se trouvaient à une journée de marche, il ordonna à toute son armée d'aller lui présenter la bataille le lendemain à Edge-Hill. Il n'y fiit pas plutôt arrivé avec la tête de ses troupes qu'il vit l'avantgarde de l'armée rebelle' dans la vallée près de Keynton. Bientôt après, elle commença à se ranger en bataille dans la plaine qui est devant ce village, mais n'avança pas davantage.
Le Roi, lorsque toutes ses troupes furent arrivées, descendit la colline et ordonna à Ruthven, officier expérimenté qui avait servi le roi de Suède en qualité de major-général , de ranger son armée en bataille. Ruthven , que bientôt après il fît comte de Branford , n'était alors que feldmaréchal. Le comte de Lindsey, général de l'ar-*
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mée, fut si mécontent de cette pi*éfërence qu'il dit que puisque Sa Majesté ne le jugeait pas propre à remplir les fonctions de général en chef ^ il la servirait en qualité de colonel , et alla aus* sitôt se mettre à la tête de son régiment d'infanterie demandant à être placé en face de celui du comte d'Essex auquel il espérait de cette manière avoir affaire en personne. L'infanterie fut rangée ce jour-là d'une manière très-différente de celle qui est aujourd'hui en usage. On forma ce qu'ils appelaient alors la brigade suédoise^ la cavalerie sur les deux ailes. La droite fut commandée par le prince Robert ^ général de la cavalerie, et la gauche par le lord Wilmol, son lieutenant - général. Chaque aile avait une seconde ligne pour réserve; la première composée du régiment du lord Digby et de celui de sir Thomas Aston et de quelques dragons sous le commandement du colonel Edouard Gray ; l'autre composée du régiment de lord Byron : chacun de ces colonels était en personne à la tête de son régiment. A la droite de l'aile droite étaient encore quelques dragons commandés par sir Arthur Aston. Selon les relations les plus exactes des personnes présentes à cette bataille et des mieux en état d'en juger, l'armée de Sa Majesté était d'environ huit mille hommes de pied, deux mille cinq cents chevaux et dix pièces de canon. Les rebelles avaient de dix à onze mille hommes d'infan--
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terie et surpassaient aussi quelque peu Farinëe royale en cavalerie et en canon. Quant à leur ordre de bataillé, ils ne firent pas leurs ailes aussi égales que celles de Sa Majesté : sachant que le prince Robert commandait l'aile droite du Roi, ils mirent dans leur aile gauche la plus grande partie de leur meilleure cavalerie; car ils avaient éprouvé son courage et son habileté à Worcesler, oîi fort inférieur en nombre il avait défait un corps de leur meilleure cavalerie. De plus, pour fortifier encore cette aile, ils placèrent entre chaque escadron de petits pelotons de mousquetaires et mirent à la gauche quelques dragons. Quant à leur aile droite, comme leur cavalerie n'était pas encore entièrement arrivée , voyant qu'elle n'était pas assez forte pour tenir tête à Faile gauche du Roi , ils firent retirer derrière l'infanterie ce qu'ils avaient là de cavalerie, et pour la montrer, garnirent les buiss^s de quelques dragons. Ils demeurèrent dans cette situation , attendant qu'on les vînt charger, sans avancer d'un pas pour aller attaquer l'armée du Roi.
Il était près de trois heures après midi avant que l'armée de Sa Majesté fût entièrement ran-^ gée en bataille. Elle avança alors d'un pas lent et ferme, et avec la plus courageuse résolution. Aussitôt que les nôtres furent arrivés à portée de canon, les rebelles firent feu sur eux et tirèrent
leur volée avant que le Roi eût commence à tirev de son côté. Sa Majesté , avec le prince de Galles et le duc d'York, marchait immédiatement après l'infanterie, accompagnée de plusieurs lords à qui elle avait commandé de demeurer près de sa personne, et la troupe de seis gardes à cheval , conduits par leur lieutenant sir William Howard; et, afin qu'on pût savoir dans quelle partie de l'armée était le Roi , il faisait porter devant lui une cornette écarlate , plus grande qu'elles ne sont d'ordinaire. Quand l'armée royale se trouva à portée de mousquet de l'ennemi, le feu commença des deux côtés; l'armée du Roi s'avançant toujours et celle des rebelles continuant seulement à garder son terrain* Elles s'appro» chèrent donc si près l'une de l'autre que queliques uns des bataillons se trouvèrent à portée de la pique; entre autres le régiment des gardes commandé par. lord Willoughby et le régiment du général, ainsi que quelques autres; si bien que lord Willoughby tua de sa pique un des officiers du comte d'Essèx qui était là avec sou régiment et en blessa un autre. L'infanterie en*gagée de cette sorte dans une action si chaude et si sei'rée , on devait raisonnablement penser que l'un des deux partis s'enfuirait en désordre; mais il en arriva tout autrement; comme si c'eût été d'un commun accord, ils se retirèrent de quelques pas en arrière, continuant de tirer les uns sur les I. ^
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autres jusqu'à la nuit : chose si extraordinaire que^ pour être croyable^ elle a besoin d'être affirmée par le grand nombre de gens qui en furent téilioins^ et on ne peut en donner d'autre raison que le courage naturel des Anglais qui les animait à conserver leur terrain^ tandis que l'inex* perience de ces deux armées si neuves à la guerre les privait de l'habileté nécessaire pour tirer bon parti de leurs avantages. On a remarqué que, de toutes les nations^ les Anglais sont ceux qui tiennent le plus ferme autour de leurs officiers ; et il est presque inouï que nos soldats aient tourné le dos si ceux qui les commandaient ne leur en ont pas donné d'abord le mauvais exemple ^ ou si^ tués dans l'action^ ils n'ont pas laissé leurs troupes sans officiers.
Mais la même égalité de courage ne se montra pas dans la cavalerie des deux partis ; car les royalistes marchèrent en avant avec toute la bra* vourc imaginable 9 particulièrement l'aile droite commandée par le prince Robert; et quoique , pendant qu'ils avançaient^ le canon de l'ennemi ne cessât pas de tirer sur eux et qu'ils eussent en même temps à soutenir le feu des petites troupes d'infanterie placées entre les escadrons^ nos cavaliers n'en furent pas troublés le moins du monde, et ne songèrent pas même à ralentir leur pas. Us marchèrent ainsi jusque sur. la cavalerie de l'ennemi qui, après son premier feu, prit
aussitôt la fuite y les royalistes la poursuivait avec une grande ardeur. Un certain Raoasey 5 qui commandait cette aile de Tennemi^ fut^ à eç qu'il parait 5 saisi d'une telle frayeur qu'il s'eofuit jusqu'à Londres sans s'arrêter.
Tandis que cela se passait ^ l'aile gauche n'avait pas grand'chose à faire. Il ne se tirouvait devant elle que quelques dragons et deux autres régimens d'infanterie qu'elle dépêcha promptement; alors y voyant l'aile gauche de l'ennemi entièrement battue^ elle se mit à sa poursuite au lieu de tomber sur le flanc ou le derrière de l'infanterie des rebelles. La même faute fut commise par la seconde ligne de chacune des deux ailes ; car^ au lieu de soutenir leur infanterie ou de charger celle de l'ennemi y elles se mirent à la poursuite de la cavalerie en déroute^ et traversèrent ainsi Kingston ^ tellement emportées par leur ardeur que, malgré tous les efforts du prince Robert, il n'y eut pas moyen de les rallier jusqu'à ce qu'elles rencontrassent deux régimens de l'infanterie ennemie qui venaient avec quel ques pièces de canon rejoindre le reste de l'armée. La cavalerie royale était alors dans un tel désordre qu'il fut impossible au prince Robert de la remettre en état de combattre. Il était presque nuit avant qu'il pût la ramener auprès de l'infanterie qu'il avait laissé^ aux prises avec l'ennemi , et qui , pendant que tout ceci se pas-
ment cm eOe allait aToir it soutenir Tattaque de rin&nterie des rebelles, il résolut de marcher Ini-même Tcrs les siens pour les encourager par sa présence et prérenir par là leor entière défaite ; mais ne jugeant pas à propos d'exposer le prince et le dnc d^ork an même danger, il ordonna an dnc de Richmond de les emmener du champ de bataille, et de les conduire sur le sommet de la colline. Celui-ci s'en étant excusé, le Roi donna le même ordre au comte de Dorset , qui lui répondit aTCC un serment que, pour aucun fils de roi de la chrétienté, il ne consentirait à passer pour un lâche. Il pria donc humblement Sa Majesté d'en charger quelque autre. Alors le Roi ordonna absolument à sir William Howard de les accompagner avec ses cadets , qui étaient au nombre d'environ cinquante. Après quoi Sa Majesté , avec ceux qui se trouyaient près d'elle, poursuivit son premier dessein , et marcha droit vers l'infanterie , à qui , comme on s'y était attendu , sa présence donna un nouyeau courage , et qui demeura ferme sur son terrain. Tandis qu'il s'avançait , un de ses valets de pied reçut à côté de son cheval un coup de feu sur le visage. Alors il s'arrêta et demeura derrière l'infanterie jusqu'à ce que la nuit vint mettre fin à la bataille. Tandis que le Roi marchait vers son infanterie , sir William How^ard se retirait suivant ses ordres avec le prince et le duc , et il
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ne s'était pas encore éloigné d^une portée de mousquet^ lorsqu'ils virent^ sur la gauche de Tinfan* terie royale , un corps de cavalerie s'avançant directement vers eux; ils envoyèrent voir ce que ce pouvait être ; et , apprenant que c'était un corps ennemi , ils se retirèrent derrière une pe-» tite grange un peu éloignée de l'endroit oii ils se trouvaient^ et environnée d'une haie. On pansait dans cette grange plusieurs blessés de l'armée du Roi ; mais l'ennemi voyant des troupes royales dans l'enclos se retira aussitôt sans les attaquer. Le prince et le duc échappèrent ainsi au danger évident d'être pris; car si l'ennemi eût chargé ce petit parti , il ne pouvait manquer de le défaire ^ vu l'extrême infériorité du nombre. Le corps ennemi alla rejoindre son infanterie. La petite troupe qui accompagnait le prince et le duc ne fut pas fâchée de pouvoir se retirer plus loin vers le sommet de la colline. Le soir com* mençant alors à tomber ^ et l'obscurité forçant les deux armées à se retirer , les royalistes vers le haut de la colline, et l'ennemi à Kingston , les rebelles laissèrent sur le champ de bataille leurs, pièces de canon , et l'armée du Roi en laissa également quelques unes des siennes sans personne pour les garder ni les unes ni les autres. Le lendemain à la pointe du jour , Sa Majesté voyant les canons à la place où on les avait laissés , envoya cinq cents chevaux qui emmenèrent les siens