‹ Mémoires de Jaques IIChapitre 3 sur 3 · T' T ^ ■ F II · texte numérisé non relu

T' T ^ ■ F II

<i) Sir Kobert r£str2iige y Histoty ofikê Ternes.

dextérité eu affaires^ et n'était retenu par aucui» de 6e& obstacles que l'honneur, la honte ou la conscience apportent aux desseins ambitieux. Quand les choses lui tournaient bien^ sa bonofe humeur égalait sa bonne fortune. Jamais hdmme n'a chanté plus haut les louanges du Roi , et ne< s'est montré plus décidé pour la prérogatlTC qu'il ne le fut lorsqu'il était chancelier; mais lorsque le vent devint propice au parti populaire il tourna le dos à la cour^ et devint le plus yiolént ennemi du Roi et du duc. Quant à- ce deitiier changement^ on peut dire^ pour son excuse^ qu'il n'abandonna le Roi que lorsque Sa Majesté se fat .abandonnée elle-même , en révoquant sa déclaration en faveur delà liberté de conscience.

Voyant alors qu'il ne pouvait plus espérer d^appui à Whitehall^ il se résolut d'en chercher un à Westminster. Il avait plus de subtilité d'esprit que de solide jugement^ et était plus habile à abaltre qu'à construire. Jàniais incendiaire ne fut plus £éçond ea inventions^ n'eut un maintien plus persuasif; c'est ainsi que sans foi et sans* vérité il en imposait aux hommes^ comme on le vit bien lorsque dans l'espace d'une seule années il persuada au royaume deux choses entièrement contradictoires; car dans le discours qu'il pM^ nonça^ en qualité de chancelier^ il convainquit le monde que l'Etat n'avait jamais été dans une situation plus heureuse (telle en effet était alors

la sitaatieo, de lord Shafteftbiiry)^ et qu'il n'y avait rien à craindre du papisme ^ oii autres choses sen»bUbles; et avant la fin de l'année, sans qu'il se fût opéré aucun changement visible, si ce n'est dans sa condition , il fit accroire au public qu'il n'y avait pas moyeu de Tivre dans l'état de crainte oii r<on élait de la part éa papisme. On dit que le cœur lui faillit d'abord un peu 9 lorsqu'il se vit envoyé & la Tour; cepeadant sa présence d'esprit ne l'abandonna pa8> et" en demandant le bénéfice de Vbabeas oorpuM y avant que le procureur général y eût pensé, lui et lodl Howard furent au moment de l'obtenir. Cepen-' dant on l'empêcha ^ et on trouva moyen de les re* tenir quelque temps; mak à la fin ils gli^èrent* entre les doigts, et trouvèrent moyen d^écfaappctr, par un stratagème qui chagrina la cour plas que tout ce qui était nrrive durant ces troubles. Lorsqu'on apprit à Edimbourg que lord Sha^ tesbury était à la Tour^ le duc n'éprouiNi pas moins 4e sali&faction de voir le Roi poursuivre en6n sincèrement la seule marche capable de le* relever^ qu'il n'isn ressentit de rhumilialion d un ennemi si envenimé , et de la manifestation, de ses perfidies., m U demanda donc à Sa Majesté de poui^uivre le coup, tandis que ses etineitaîs' étaient encore dans l'étonnement; ce qui iétatt la ' seule juanièxre de venir à bout d'une &ction , dont une longue expérience lui avait appris qu'on nie

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pouvait rien obtenir par Findulgence et les concessions. La main de Dieu ^ lui disait-il , paraissait visiblement dans cet événement , qui non-^ seulement mettait au jour toutes les perfidies de ses ennemis 9 mais tournait contre eux-mêmes leurs mëchans desseins ^ et les avait fait tomber dans le piège qu'ils creusaient sous les pas des autres. Il ajoutait que c'était un bon prélimi- . naire pour le parlement d'Ecosse , et que cela donnait lieu d'espërer que dans ce royaume le parti perdrait également courage^ et n'oserait pas tenter d'empêcher que la session n'eût une heureuse issue. »

Le duc avait eu à peine le temps de réfléchir âur l'avantage qu'on venait d'obtenir^ qu'il apprit que le prince d'Orange avait demandé à venir rendre visite auf Roi , pressant tellement , pour être reçu sur-le-champ, sous prétexte de la né-' cessité d'être de retour chez lui à un temps marqué , que le Roi s'était trouvé dans l'alternative ou de le refuser, ce que ne lui permettait pas la civilité, ou de lui permettre de venir avant d'avoir pu peser les conséquences de cette visite^ et sans avoir le temps de faire venir le duc, qui redoutait fort les résultats de cette entrevue^ et ne manqua pas d'avertir le Roi des objections évidentes qu'il y avait à faire contre la visite du prince. Il lui représentait a qu'elle donnerait une nouvelle vie et une nouvelle force au parti fec-

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lieux ^ dans ce moment décisif où le Roi le tenait pour ain^i dire sous ses pieds ; que la cour de France en concevrait de grandes inquiétudes 9 dont les conséquences seraient extrêmement fâcheuses dans les circonstances où Ton se trouvait; mais, par-dessus tout^ que le prince ne pouvait avoir d'autre affaire en Angleterre que d'engager le Roi à un accommodement avec le parlement, ce qui le replongerait dans le labyrinthe dont il avait enfin trouvé Tunique issue , et ferait tout-àfait évanouir les espérances que pouvait avoir le duc de voir la fin de ses misères. » Mais la permission était donnée avant qu'il pût écrire les motifs qu'il avait de s'y opposer^ et à plus forte raison avant qu'ils pussent être pris en considération , et le prince d'Orange, faisant grande diligence, arriva le 214 juillet à Windsor» Il se conduisit bien d'abord ; mais on reconnut bientôt que ses vues étaient de nature à donner h Son Altesse royale les plus grandes inquiétudes; car, bien qu'il ne prétendit venir que pour demander qu'on secourût la Flandre et la Hollande , il fut aisé de x^om prendre que ces secours ne pouvaient être obtenus que par le moyen d'un parlement, et il était certain que le duc devait être nécessairement sacrifié avsmt qu'on pût obtenir un sou» Lors doac qu'il pressa pour la convocation d'un parlement, le Roi lui demanda si^ dans le cas 41Ù le p^rlemeat proposerait de nouveau le bill

d'exclusion , il lui conseillerait de l'accepter. Le prince avait cette pensëe en horreur. « Mais alors, dit le Roi, si l'on propose une limitation? — U couronne, dit le prince, ne saurait être liée — Supposons, dit Sa Majesté, que le parlement insiste pour qu'on ne mette dans tous les emplois que lespersonnesauxquelles il pourra avoir confiance et qu'ainsi il m'enlève la milice, la marine, les ports , les tribunaux , etc. ? « Le prince répondit que cela ne pouvait se faire. « En ce cas , dit le Roi, comme il est évident que le parlement, qui a insiste sur toutes ces choses, insistera de nouveau SI malgré tout cela un parlement est nécessaire! trouvez donc quelque moyen d'accommoder ces contradictions ? >, Le prince demanda du temps pour y penser et la permission d'en parler à qui il lui conviendrait. On le lui permit. Il retourna sur-le-champ à Londres, oii il ne fut pas plutôt arrivé que lord Russel vint le voir ainsi que les deux shériffs, qui l'invitèrent à dîner dans la cité, ce qu'il accepta sans se faire prier; et lorsque lord Hallifai , lord Hyde et M. Seymour voulurent le dissuader de s'y rendre, il répondit quil était venu deux fois en Angleterre, qu'il avait dîné les deux fois à la cité , et qu'il ne voyait pas de raison pour n'en pas faire autant celle-ci On lui dit que la cité était alors en bonne intelligence avec le Roi , mais qu'actuellement elle était en opposition ouverte. Alors il se mît en colère

et leur tourna le dos en disant qu'il avait promis et qu'il irait ; mais M. Seymour s'étant rendu en toute hâte à Windsor pour avertir le Roi de ce qui se passait , Sa Majesté lui écrivit de venir la trouver sur-le-champ. Il n'osa s'y refuser , mais ne fît pas difficulté d'avouer à quel point il était fâché de manquer de parole à ses chers habitans de la cité»

A son retour à Windsor^ il renouvela ses sollicitations, pour la prompte convocation d*un parlement , disant que jamais les retards n'avaient rendu les parlemens plus traitables , et que sans cette convocation. les alliés de Sa Majesté sur le continent seraient nécessairement accablés. Le Iloi répondit qu'il ne leur serait nullement avantageux qu^il assemblât un parlement pour le dissoudre aussitôt y ce qu'il serait sûrement dans la nécessité de faire; mais il lui promit ^ si cela pouvait le satisfaire y que si les Français envahissaient la Flandre 9 il en convoquerait un ^ quoi- <fae bien sûr qu'il ne lui donnerait pas un sou qu'aux conditions dont il avait parlé. Malgré cette assurance , le prince continua de presser Sa Majesté d'en faire au moins l'essai , car tout en croyant bien qu'il proposerait le bill d'exclusion^ il pensait qu'on pourrait obtenir qu'il se contentât y pour la sûreté de la religion y de quelques autres expédiens; mais le Aoi sentant parfaitement qu'il ne pourrait résulter aucun bien

de cette convocation ^ et qu'elle lui «ferait perdus tous les avantages qu'il avait gagnés 9 déclara po-^ sitivemënt qui! ne le voulait pas. Alors le prince, demanda au moins que l'on appelât à uiie confé^ rence lesamba^adeurs de France et de' Hollande. Cette conférence eut lieu : on y répondit compté^ tement à leurs requêtes et k leurà '^i^gumens , icè qui mit fin à la négociation.

Il était assez visible, d'après cette marche, que si l'intérêt de la Flandre et de là Holliânde avait été un des motifs du voyage du prince, ce n'éjLatit pas du moins le principal. Il n'était pas étranger à la disposition des parlemens anglais qui avaient toujours eu , il le savait bien , beaucoup plus d'application à conserver leurs privilèges et augmenter leur pouvoir qu'à soutenir Fhonneur du Roi dans les guerres et les alliances étrangères. Si donc le Roi avait consenti, sur les sollicitations du prince , à se laisser prendre de nouveau dans de tels filets, il était clair que le dac devait y succomber à la fin et que la monarchie ellemême eût été rudement plumée avant qu'on eût pu en tirer quelque avantage un peu considérable; et bien que le prince eût une part assez importante dans l'éventuel de la succession pour qtf'il fût impolitique à lui^ comme le lui dit le Roi^ d'y vouloir substituer un titre électif, selon toute probabilité , il était trop impatient pour attendre son tour, et sans aucun doigte il avait déjà en

TUe , du moins à Tégard de son oncle et lieanpère^ cette usurpation dénaturée que sept ans plus tard il trouva moyen d'accomplir; mais ayant manqué son coup pour cette fois, et Toyant que tous ses artifices et ses raisonnemens étaient inutiles p il s'en retourna aussi mécontent des autres que les autres l'aYaient été de lui ; car bien qu'il fût fort loin de sayoir toujours répondre:aux argamens> il ne voulait jamais se soumettre, et comme, l'obserrait le Roi, il n'aimait pas à être convaincu. Cependant on se sépara en apparence en de trèsbons termes , le prince protestant beaucoup de son affection et de sa déférence ^ du moisis pour le Roi. ^

Le duc semblait s'être tiré heureusement dn voyage du princed'Orange ; mais le levain qu'avait laissé celui-ci éleva après son départ une telle fermentation que Son Altesse royale eut lieu de craindre, en dépit de tous ses efforts , de tomber enfin victime de la méchanceté de ses ennemis ou des embarras du Roi. Le parti mécontent avait enfin compris qu'en disputant avec le Roi il finissait toujours par être vaincu. Il cliangea donc de marche et résolut de voir ce qu'on pourrait obtenir par une conduite plus caressante et les apparences de la soumission. Quelques uns des membres les plus chauds prétendirent donc être tellement inquiets pour la Fla»df'e qu'ils laissèrent entendre que, dans le cas oii le Roi convoque-

rait un parlement y ils donneraient un subside pour cet objet sans insister sur le bill d'exclusion. Je bill de limitation ou le renyot d'aucun minfstre. Cette nouvelle méthode de procéder , inventée par le prince d^Orange , était par sa modération même beaucoup plus dangereuse pour Son Altesse royale que ne Favaît été la manière rude et hautaine dont ils avaient procédé d'abord. Elle séduisit beaucoup de gens de distinction^ entre autres le lord chambellan, et il s'éleva à ce sujet de grandes cabales; mais les hommes qui pénétraient mieux dans les vues et les artifices du parti, n'en n'étaient pas à apprendre que si le Roi se laissait de nouveau empêtrer d'un parlement et d'une guerre , on le ferait bientôt rentrer par plus d'une route dans le labyrinthe où il s'était déjà vu perdu si peu de temps auparavant, et que la dernière erreur serait plus difficile à réparer que la première. Ainsi , par bonheur pour le duc, le Roi ne céda point à la tentation et continua de tenir ferme aux mesures qu'il avait prises.

A cette époque s'assembla le parlement d'Ecosse;^ le duc, après avoir lu la lettre du R^i,. prononça , le discours suivant :

« Ayant eu l'honneur de servir Sa Majesté en « d'autres fonctions ,^ je ne regarde pas comme (c une des moindres: celle de son commissaire tt auprès de son. anetea rojramne ; car ce choix.

(( montre au monde et sa bonté pour raoi , et la « confiance qvCil m'accorde en me mettant non- (( seulement à portée de le servir comme il conu vient à un fidèle et loyal sujet, mais aussi en u me donnant une occasioa de vous faire cooi< naître à tous mlon véritable attachement au (( bien de ce pays , et mon empressement à le « servir et à soutenir ses intérêts.

« Je ne doute pas que cette réunion n'ait des ré- (( sultats heureux, et ne donne beaucoup de satis- « faction à Sa Majesté et à tous ses loyaux sujets: c( ce que je dis avec d'autant plus de confiance a que ma longue résidence parmi vous m'a fait « connaître l'extrême bonne volonté avec la-^ u quelle vous vous portez tous à ce que demande (f le service de Sa Majesté.

(( Vous avez entendu par Ifi ^ttre de Sa Ma- (c jesté les raisons qu'elle a eues de vous convoc< quer maintenant , et ce qu'elle attend et doit (< attendre de son ancien royaume , sur raJQTec* c< tion et la loyauté duquel elle ne peut former « aucun doute. Elle m'a ordonné de vous assurer « qu'elle maintiendra et protégera inviolablement « la religion protestante , telle qu'elle est acw tuellement établie par les lois et le gouverne- (( ment de l'Eglise, par les archevêques et les i< évêques, et que tous vos autres intérêts peuvent « compter sur ses soins et sa protection jroyale. a Elle vous recommande sérieusement les. me-

(( sures nécessaires pour supprimer ces séditieux w et rebelles conventicules^ sources de ^ant d^ « désordre et de confusion , et tdutes ces hor* « ribles et extravagantes doctrines ^ qui ^ont le « scandale de la chrétienté et le renyersement « évident de tous le3 intérêts publics et privée « dans ce royaume. Je viens aussi vous déclarer « en son nom qu'il est et a toujours été dans ses (( intentions que les lois ^soient laissées à, leur w cours naturel pour la sûreté de ses sujets , de (( leurs droits et de leurs propriétés^ et que le Roi « désavouera toute mesutl^/en contradiction avec (( elles 9 personnel n^étant plus intéressé que lui à ('. l'observation des lois* Il compte aussi que ne i( dégénérant point de la loyauté de vos dncê"^ « très 9 vous soutiendrez et mettrez en lumière sa «prérogative royale, et reconnaîtrez hautement « les droits de sa couroinne ds^ns sa naturelle et « légitime descendance , et que vous prendrez « soin d'accorder et d'établir les. subsides. exigés w par l'intérêt du. gouvernement et pour lui as-r « surer la force conveqable. J'espère aussi que ;j (c comme le. coni^eil a déjà, fait son devoir en fa-* « veur du commerce de ce royaume, vous rem-î « plirez également le vôtre eu vjous effarçantde « Je faire fleurir de plus en plus,

a Milords et messieurs, mon désir d'être utile « à ce royaume et à $es intérêts ai été le prince cipal motif de Sa Majesté poUr me donner

if cette occasion de vous en convaincre. Vous u pouvez être sûrs que je négligerai rien de ce « qui peut conduire à ce but» et j'espère que c< vous aurez pour moi assez d'égard et de bienu veiilance pour me donner les moyens d'accom* ti ptir ce qui sera le plus utile au service de Sa u Majesté, n

Cette augmentation de pouvoir^ bien qu^avanlageuse au duc à quelques égards, donna à quelques uns de ses plus violens et de ses plus rusés ennemis , le moyen d'exciter dans l'esprit du Roi des méfiances auxquelles Sa Majesté était assurément fort peu disposée 9 mais qui sont cependant si naturelles aux princes ^ que Son Altesse royale était obligée d'user de précautions excessives , et d'agir en sa qualité de commissaire si exclusivement dans l'intérêt du Roi, qu'on ne pût la soupçonner le moins <lu mondé de vues personnelles ou cachées. Aussi jamais commissaire dont la fortune eût dépendu dés succès de sa conduite n'aurait pu se montrer plus vigilant, plus zélé, plus actif pour lé service de Sa Majesté, en sorte que le succès répondit parfaitement à l'attente de tous deux.

La question des bourgs fut la première épreuve que le duc eut à faire de son habileté , et comme elle fut emportée en faveur de la cour , elle donna lieu d'augurer que tout le reste irait selon ses désirs. Le parlement s'accorda de boit cœur à

envoyer à Sa Majesté une adresse pleine de loyauté et de respect 9 et consentit également à tout ce qui fut proposé en faveur de la prérogative royale, aussi bien qu'à ce^ qui concernait uniquement les intérêts du pays; et pour cohvaincre le monde qu'il n'était pas transporté pour sa religion d'un zèle tellement aveugle que, s'il en étavt le maître , il voulût envoyer à Smithfield tous ceux qui ne voudraient pas aller à la mes^e, comme ses ennemis s'efforçaient de le persuader, le duc non -seulement concourut , mais travailla de tout son pouvoir à surmonter l'op* position apportée aux actes nécessaires à la sureté de la religion établie. Il fit dresser un ser- -ment ou test que furent obligés de prêter tout homme employé soit dans l'Église, soit dans l'État y ainsi que tous les gradués des universités, et par lequel ils s'obligeaient à la soutenir. Il obtint dans le même but la suppression des conventicules tenus dans les champs.

Le parlement, de son côté, n'épargna ni témoignages de respect et d^obéissance envers le ftoi, ni marques d'affection et de reconnaissance envers Son Altesse royale. Il passa un acte pour établir les droits de la succession , déclarant que la couronne d'£<K>sse, autant par les droits iuhérens à la nature de la' monarchie que par les lois fonda nientales et inaltérables du royaume > descendait sdon l'ordre de smocession directe «u

plus pf0che héritier du sadg royal y et qu'aucune différaoce de religion., aucun acte du parlement mênoe ne pouvait altérer ou détourner ce droit de succession et la transmission de la couronne au plus proche héritier. Le même acte déclarait haute trahison toute parole ou écrit qui tendrait à changer , suspendre ou détourner Tordre de la succession.

Qn fut sui?pri8 de ce témoi^fige de i^spect et de loyauté de ia part du royaume d'Ecosse qui avait toujours été regardé comme le benreau du presbytérianisme 9 et on s'étonna dé lui voir soutenir avec tant de fermeté les prérogatives de là couronne 9 tandis que FAngleterre les attaquait avec tant de fureur. On ne saurait àànù ekpri<^ m«r la consternation qu'éprouvèrent , à 1a nouvelle de cette déclaration > les ennemis clu* duc en Angleterre* Ils avaient cru impossible d^abord que le duc .y pût servir le Réi^ et, selon leur coutume, avaient forgé à cette dccasioh une multitude de mensonges. Ils Curent donc singulièrement trou-, blés d'apprendre que le duc avait surmonté cette opposition sous laquelle ils croyaient qu'il devait succomber, et^avait augmenté non-seulement son crédit , mais encore sa réputation par l'adresse et l'habileté avec laquelle il avait trompé tontes leurs espérances , mis leurs impostures à découvert et réduit aux abois leur pouvoir et leur influence. Lord Gonway et lord Hyde jugèrent donc le mo-

ment favorable pour solliciter de nouveau le retour de Son Altesse, ne doutant pas qu'une telle patience 9 une obéissance si parfaite et les peines qu'elle avait prises pour le service de Sa Majesté, ne reçussent à la fin la récompense qui leur était due*. Us conseillèrent à Son Altesse, pour l'obtenir plus sûrement , de demander seulement à venir * pour peu de jours , afin de rendre compte à Sa Majesté de ce qui s'était passé au parlement et conférer avec elle des choses nécessaires au bien et à la tranquillité à venir de FEcosse y et en particulier du choix d'uo nouveau chancelier. Le duc devait se déclarer prêt à repartir aussitôt que le Roi le voudrait, et pour preuve ne pas demander que la duchesse l'accompagnât.

En voyant combien les choses avaient marché heureusement depuis quelque temps non -seulement en Ecosse, mais en Angleterre, on croyait qu'il ne pouvait y avoir d'objection entre ce voyage. CoUedge, un des plus violens du parti factieux, accusé de diffërens crimes , avait été condamné à Oxford ; honteusement acquitté d'abord dans la cité de Londres psivhilld^ ignoramus , il avait été renvoyé à Oxford, théâtre de plusieurs de ses infamies, et y avait reçu la juste récompense de toutes : la cour espérait si bien parvenir à empêcher qu'on ne choisît de nouveau dans la cité des jurys composés de la sorte , qu'on croyait qu'il serait fait justice de lord Shaftes-

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bury tout autant que le permettait la loi ; mai& la rigueur de la fortune enyers le duc égalait la malyeillance de ses ennemis» Il survint un accident , qui non- seulement trompa cette espe* rance^ mais attira sur Son Altesse royale , au fnoment oii elle s'y attendait le moins ^ une non* velle persécution plus fâcheuse que tout le reste. On croyait y à ce qu'il parait ^ lord Hallifaz moins disposé que les autres membres du cabinet à favoriser le retour du duc. Ainsi donc on ne lui avait pas communiqué le projet qu'avait Son Altesse d'écrire de nouveau pour le demander; mais lorsque M. Ogelthorpe arriva d'Ecosse ap-> portant ses lettres^ lord G>nway montra sans i^éflexion à lord Hallifax celle de Son Altesse royale. Il fut excessivement surpris que pareille chose put être négociée à son insu , et partit de là pour se persuader que le duc n'avait pas en lui une entière confiance , à tel point que malgré Cous les soins de lord Hyde et toutes les protestations auxquelles il eut recours pour dissiper cette inquiétude y elle demeura assez puissante chez lord Hallifax pour influer sur les conseils qu'il donna contre le duc, auquel ii n'en fit pas mystère. Il lui manda que rien ne pouvait lui être plus pénible dans le monde, lorsqu'il recevait l'honneur de ses coromandemens , que d'être assez malheureux pour penser que l'intérêt du seinrice de Son Altesse ne lui permettait pas d'obéir; et son avis.

eut tant de poîcU auprès du Roi, qu'au lieu de permettre à Son Altesse royale de revenir à la cour, comme elle s'en croyait assurée, on ordonna à lord Hyde de se rendre en Ecosse chargé de la plus fâcheuse commission qu'il pût recevoir, qui était de déclarer au duc que sa religion était un obstacle invincible à tout ce que Sa Majesté voulait faire en $a faveur, et que, s'il ne cédait pas sur ce point , toute autre tentative serait sans effet.

Soit qu'en voyant le duc consentir à assister aux prières dites dans lé parlement, selon l'usage des autres commissaires, et concourir à faire adopter plusieurs actes en faveur de la religion, on se fût imaginé qu'il serait possible de le conduire plus loin et que ces démarches avaient pour objiet d'en préparer d'autres; soit que l'opinion de lord Hallifax, fortifiée peut-être par son dernier mé« contentement, eût prévalu sur l'esprit du Roi, lord Hyde ne putéviler qu'on ne l'envoyât à Edimbourg dire au duc, en propres termes, que s'il ne voulait se conformer à la religion établie et aller à l'Eglise , il ne devait pas espérer qu'on lui permit de revenir à la cour. Sa Majesté ne pou^ Tait, disait-elle, le soutenir plus long-temps qu'à cette condition^ Elle avait jusqu'alors énergiquement combattu pour sa défense ; mais désormais, s'il ne cédait sur ce point, non-seulement lui, mais aussi |e Roi pétaient infailliblement perdus.

Le duc fut confondu de se trouver^ sans savoir comment, repoussé plus loin que jamais^ et cela au moment où il croyait avoir échappé à l'orage et arriver en sûreté dans le port. S'il n'eût pas été accoutumé à ces revers de fortune et préparé à de telles contrariétés ^ ses réflexions sur un pareil traitement l'auraient fait tomber dans le désespoir. Lord Hyde, tant d'après son propre penchant que pour obéir aux ordres du Roi^ ne manqua pas^ de son côté^ de presser Son Altesse royale , par tous les argumens possibles ^ de consentit* à avaler cette amère pilule, et quoique personne ne pût servir le duc avec plus de zèle et de fidélité que ne l'avait toujours fait ce lord , il portait sur ce point un tel découragement^ qu'il répétait continuellement à Son Altesse royale que, si elle ne se déterminait pas à Tunique démarche qui pût la sauver , elle et tous ceux qui s'étaient attachés à sa fortune , il ne pouvait lui promettre d'autre preuve de son dévoûment que de périr avec elle.

Il était aisé d'imaginer que tous les amis du duc s'empresseraient d'obéir à ce signal d'attaque. Il demeura seul à soutenir ce combat où amis et ennemis se réunissaient contre lui. Lord Haliifax lui mandait que tout ce qu'il y avait d'honnête en Angleterre faisait des vœux pour le succès de la mission de lord Hyde, et que, bien ce fût un point délicat sur lequel on n'osait le

presser^ cependant la sincérité de son zèle pour le bonheur de Son Altesse ne lui permettait pas de lui dissimuler que^ pour parvenir à conjurer l'orage que ses ennemis avaient formé contre elle 9 sans leur arracher des mains les armes qu'il leur avait fournies^ il faudrait un plus grand miracle qu'aucun de ceux qu'on avait yus depuis le temps des apôtres; que c'était Tespérancede voir céder le duc en ce point qui avait jusqu'alors soutenu ses amis et les avait maintenus dans son parti ; mais que si une fois ils en désespéraient , il devait s'attendre à voir tout le monde l'abandonner y comme on abandonne une ville qu'on ne peut plus défeùdre y et que ses ennemis triompheraient d'une victoire obtenue non sur lui y mais de lui.

i< Toutes lears sollicitations^ tous leurs raisonnemens étaient dans le même sens; et lord Hyde y en deux ou trois jours de conversation sur ce sujet, représenta complètement à Son Altesse royale l'état déplorable où tombaient ses affaires si elle ne cédait pas à la demande et à la résolution du Roi; » mais à leur grand chagrin et à son immortel bonheur et gloire y toutes ces tentatives ne parvinrent point à l'ébranler le moins du monde y et ils déplorèrent profondément qu'une générosité, diaprés leur avis même, si conforme ii son caractère, et qu'ils avaient aimée et admirée en tant d'autres occasions, lear devînt, dans leur

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opinion, si funeste à enE et k \m» M«ts le trouvant invincible, « lord Hyde, pour dernier effort, et comme le minimum des conditions auxquelles on pouvait se réduire, sortît de sa poclie nn papier écrit de la main du Roi, et contenant las* si^rance que, si 6oq Altesse royale voulait pro* mettre d'à lier k l'église, ejL ri^n de plus, elle serait libre de revenir à la co|ir aussitôt après la levée du parlement d'Ecosse;» mais le duc persistant constamment à refuser, lord Hyde le lai$sa dans la désolante perspective de ^e voir abandonné de tout le monde 9 et accusé de la perte des affaires du Roi quUl avait b^ucoup plus à cœur que les jsjenj3^ propres, et forcé de finir ses joinrs dans Jiç plus pénible exil et d^ns la plus affligeante si*tuation à laquelle la fortunç pflt le réduire.

Il est certaii^ qu^ j^ipaîs hoqa^e n'a donné de plus hautes preuves d'^ne constance et d'^ne ré^- .solution vraiment chrétienne , et n'a eu à soutenir une plus ru4e épreuve <jue ne le fit en cette occasiQïï ^p pieux et généreux prince , bieaucoup plus digne de ces temps de la foi prin^itive do^ paillait lord Hallifax que d'un âgede désolation, où de pa^'eilles soufiraoces endurée^^ pour l'amour de la vérité étaient traitées de scancialefet 4e folie tout autant qu'elles l'avaient été au temps dçs Apôtres .par Içs Jjuifs et les Gentils* Cela justifiait à quelques égards , il faut l'avouer, la prédiction de sa seigneurie ; mais quoiqu'il soit à craindrç que cet

exemple u'ait qpe peu d'imitateurs, il ne manquera point d'admirateurs, et ceux mêmes qui iaeoaçai/ç|it le duc 4^ tout abandonner s'il persisttift dan^ sa f^é^çlutioo , ne pouvaient s'empêcher djç se mettre 4u nombre, de louer ce qui leur dé-* plaisaitsi foft, et de continuer à agir comme auparavant dans les affaires de Son AUe^se : tant la véritable géoérçsitë chrétienne force h l'estime Çf Ux mêpoies dont elle, blesse le plus les intérêts. De mêniç que toutes ces sollicitations n'avaient pu prodqiirjQ ^ucun changement d^ns l'opinion du ctuC| Us rigueurs qu'on lui faisait si^bir n'eu ap* portèrent point dans son affection ef sa. conduite respectueuse à l'égard du Roi; il ne s'en appliqua pas avec moins d'assiduitç aux affaires commises à, sçs soins ^ et les conduisit avee tant de prudence , gouverna avec tant d'adresse les débats du parlement, qu'il les amena au plus heureux résultat ; et pour que le peuple ne pût pas dire qu'il ne s'était nullement occupé de son bienêtre, et n'avait songjé qu'à faire les affaires du I\oi et les siennes , il permit au parlement de prolonger sa session après que tous les biHs publics furent passés pour terminer plusieurs actes relatifs seulement aux affaire;^ d'Ecosse. Ainsi personne ne put l'accuser de partialité ; car, après avpir obtenu ^e faire passer d'abord les affaires 4u Roi, chose qui n'était presque jamais arrivée d^ns un parlement anglais, il fît voir à celui-ci

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qu'il ne s'eii trouvait pas plus mal pour lui avoir témoigné civilité et confiance : tout le monde fut donc content ^ tandis que celui à qui on devait cette bonne intelligence demeurait seul malheureux et gémissait sous le poids delà disgrâce et de la persécution ^ sans aucun espoir de voir jamais la fin de ses peines.

Mais il était impossible que l'affection naturelle du Roi pour son frère et son amour pour la justice le laissassent persévérer dans de si dures résolutions 9 surtout lorsqu'il apprit par lord Hyde que j tout en demeurant inébranlable dans sa religion, le duc n'en avait pas montré moins de zèle ni obtenu moins de succès dans la conduite des affaires de Sa Majesté. Cela l'adoucit un peu et encouragea lord Hyde à renouveler ses sollicitations pour que Son Altesse pût avoir la permission de venir au moins informer Sa Majesté de l'état de ses affaires en Ecosse, maintenant que le parlement était fini , et lui exposer un projet sur la manière de gouverner à l'avenir ce royaume, et de disposer de différens emplois alors vacans.

Le Roi ne parut pas éloigné d'une proposition si raisonnable, mais répondit q«t*itn'y fallait pas penser jusqu'après le procès des lords Shaftesbury et Ho'ward. Il le répéta plusieurs fois , ce qui mit nn terme à toute sollicitation pour le présent ; « mais comme il était décidé à ne pas disposer de

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la place dîs chaBCèlier d'Ecosse ni d'aucuiie autre sans l'avis du duc ^ il lui manda de lui envoyer le projet dont il avait parle'. Le duc répondit tf que puisqu'il ne lui était pas permis de. le lui faire connaître de vive voix y il le lui exposerait le mieux qu'il pourrait par écrite bien que ce ne pût être que d'une manière beaucoup plus imparfaite f n'ayant nul moyen de prévenir de si loin les objections que pourraient faire des personnes moins instruites des affaires de l'Ecosse , et qu^il lui était impossible de prévoir , bien que de près il lui fût aisé d'y répondre^

(c II fit donc connaître au Roi que les grandes Êtutes commises depuis quelque temps d»ns l'àd-* ministration de ce royaume venaient principale-* ment des haines particulières ; que ceux à qui Sa Majesté avait confié des fonctions publiques s'é-* taient laissé diriger beaucoup plus par leurs animosités personnelles que par le soin de ses intérêts ^ ce qui avait jeté un tel mécontentement dans la nation y qu'il était absolument nécessaire que de tels hommes fussent mis de côté. »

Le Roi en était convaipcu^epuis quelque temps> et trouvant le parlement disposé à concourir à ce projet de réforme, avait assez envie d'accorder à cet effet une commission qu'il aurait fait appuyer par le parlement^ afin de se décharger de l'odieux d'une pareille mesure. « Mais le duc jugeait impolttique au Roi de demander le secours du par-

502 MÉMÔlKfiS

lemcnt pour exécuter ce qu^îl était tn droit de faire laî-même. Il repWsenta i Sa M&jesté qu'il n'appartenait qu'à elle de punir et de récompenser. Le Roi , recotinaîssant feoti éï*rèur, ne permît pas que le parlement intervînt en une chose qui dépendait entièrement de sa prérogative. Le duc conseilla aussi au Roi de choisit des personties qui eussent fait preuve de fidélité et tinssent à des familles loyalistes; car c'était, lui disait-it, sur l*appuî des hommes de cette espèce qtre Sa Majesté devait compter, soit en Angleteri-e, soit en Hollande, et il était impossible de justifier les faveurs et la partialité extraordinaires témoignées jfer le passé à lord Argyle; il était même très-dîflîcîle de remédier aux effets de cette côtiduite , maintenant que cette famille se trouvait revêtue de tout le pouvoir qû*on avait mis si imprudemment dans ses mains. »

rr Le Roi, ajoutait le duc. Connaissait si bien les dispositions et la constitution de ce royaume, qu'il n'avait pas besoin de lui en rien dire, ni de lui rappelefr que sûr une fois de rattachement de la haute et moyenne noblesse, il n'a tait rieii à craindre du peuple, stir lequel la noblesse avait %xh grand pouvoir, sut*tout dans lé Nord; que la généralité était bien disposée, et que bien peu de 'gens se trouvaient en pouvoir, et même en volonté ' de nuire k son service; qu'il était de l'intérêt de toute cette noblesse, aussi bii^n que de son de<^

DE JACQUES II. 5oS

\0ir5 de demeurer loyale ^ et de mainleDir le gouYernement actuel; qu'elle ne craignait rien tant que le rétablbsemeiit du presbytérianisme et du conretiant^ où celui de la république eu Angleterre 5 ce qui les réduirait à Tesclavage^ comme du temps de Cromwell ^ et qu'il n'y arait qu'un ou deux nobles dn premier rang y en Ecosse, qu?i-l soupçonnât de principes répnbli- «àins^; qu'ainsi^ bien quedans l'ouest et le midi le peuple suivit la doctrine presbytérienne la plus épurée , et fiât dans lès opinion^ répuUieaines > ftt M serait Nullement difficile de tenir le pays 60 repos; mais que, quant à l'union et à la bonne ioleUtgetaeë qu'il étsit si fort à désirer de voir s'établir eatre les gens de qualité, il croyait la cbose très^diffîcile à obtenir. Le Roi, dit-»îl , con-* naissait leurs disposition^^ et les sujets d'inimitié qu'ils avaient les uns contre les autres* Cependant il était SLÎÈé d'obtenir du moins que tous les partis s'accordassent pour servir Sa Majesté comme ils le devaient; mais le moyen d'y parvenir n'était pas de mettre un homme de côté pour le remplacer par un autre ; car il n'y en avait pas un seul assez universellement aimé pour espérer qti'il pût plaire à tous les partis. Par exemple, qui que ce fût qu'on n^ h la place du duc de Lauderdale, et ii qui on confiât de même tonte la conduite des affaires, inspirerait bientôt à c^x qui ne seraient pas ses a'mi^^ ou de son parti , les

5o4 MÉMOIRES

mêmes senlimens que kii*méme aurait ëproa^és prëcëdemment. #>

(c Ainsi donc ce que le doc avait à proposer aa Roi 9 c'était d'avoir^ pour l'Ecosse ^ deux secrétaires d'Etat^ dont l'an résiderait en Ecosse^ l'aatre en Angleterre , et par les mains desquels passeraient toutes les affaires; en sorte qu'ils pourraient tous les ans, ou tous les six mois, échanger entre eux : et y pour les empêcher de prendre trop de pouvoir^ et de donner dans les erreurs et dans les partialités auxquelles on s'était livré avant eux^ il conseillait de faire veuir à la cour cinq ou six membres du conseil privé d'Ecosse pour y résider, et être changés de même tous les ans. Il proposait que les affaires passassent également entre les mains de ces cinq ou six personnes , ce qui empêcherait tes secrétaires de se laisser diriger par leurs affections particulières, et imposerait silence à ce reproche banaal adressé à tout gouverneur d'exercer à lui seul l'autorité, comme s'il était roi d'Ecosse. »

« L'armée permanente était en fort mauvais état , disait le duc, faute d'officiers expérimenta. Parmi ceux qui la commandaient, il en était bien peu qui eussent servi réellement et fussent le moins du monde instruits de leur devoir. La plu-* part d'entre eux devaient leurs fonctions à quelque ami puissant, qui, sans s'embarrasser de leur mérite personnel , les protégeait contre les

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plaintes du lord général ; en sorte que> si Fon ne punissait pas ceux qui étaient en faute y et si Ton n^en mettait pas de bons dans tous les emplois Ydcans, on ne pouvait pas attendre grand'chose de cette armée. Les capitaines des deux compa^ gnies de pied^ soldés pour empêcher les pillages des montagnards, étaient très* peu propres à ce service. A peine avaient*ils sous leurs ordres un iiomme effectif, et ils mettaient presque tout l'argent dans leur poche. »

ce Quant au revenu, comme il était peu consi* dérablê, le duc pensait que lorsqu'il mourrait un des lords de la trésorerie, il serait bon de ne pas remplir sa place, car c'était trop de sept lords de la trésorerie pour administrer un revenu de 60,000 livres. 11 pensait aussi que lorsque les baux delà ferme des droits d'importation et d^exportation seraient expirés , l'e^xpérience avait appris qu'il valait mieux les lever de la même manière qu'en Angleterre, d'autant qu'on se plaignait de ce que les douaniers laissaient entrer des marchandises prohibées, et permettaient, pour un droit de deuxou trois pour cent, l'importation de produits manufSatcturiers étrangers, auxquels la loi impo« sait un droit de dh, pour cent ; que ces manœuvres empêchaient le débit des marchîandises de manur facture écossaise, et que si les douanes étaient dans les mains du Roi , il n'arriverait rien de pareil; Sa Majesté devait infailliblement y gagner.

5o6 MËMOiaEs

puisque les fermiers actuels des ddudties ëlaî^nt devenus fort riches , de pauvres et isiécessîteuiL qu'ils ëtaieot' auparavant. Quant aux autres branches du revenu , le duc savait qu'on avait encore à découvrir plusieurs terres dérobées à la couronne, et qui étaient demeurées entre \e$ mains de ^particuliers. »

K A l'égard des montagnards , le dUc proposait au Roi de payer ce qui était dû au lord Argfle par les Maclanes et d'empêcher par là la destruction de cet ancien fidèle Glan; il y avait moyen, disait-il, de rendre la chose facile à Sa Majesté, dont cela augmenterait l'influepce dans le {Kiys; <!ar si le comte d'Argyle vetiàit à èb mettre en possession des biens des Maclanes , cela le rendrait plus puissant qu'il ne convenait à un sujet* Le seul moyen ensuite d'empêcher que les mon^ tagnards ne pillassent les habitaus de la plaine, était de distribuer l'argent employé au paiement de ceÀ deux compagnies, qui ne faisaient pas leur devoir, à quatre des bommes puissaos du pays , savoir, les marquis de Huntley et d'A« thol, les comtes d'Argyle et de Seaford, ce qui leur ferait environ sept mille livres chacun, et de les obliger, pour cette somme, à répondre des montagnards , et à dédommager les habitans de la plaine dé tout ce qui leur aurait été enlevé par leurs vassaux. Par ce moyen on les mettait beaucoup plus dans la dépendance du Roi j et on as-

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suraît le tepos du pays, sans augmenter les de'penses de Sa Majesté. />

C'était H en partie ce que Son Altesse royale voulait exposer à Sa Majesté, relativement iàux afffaireô d'Ecosse^. Le Roi avait si bonne opinion Au jugement et de la droiture de son frère, qu'il parut appi^ouver toutes ses observations, consentit, pour lè moment, à tous les changemens qu'il proposait, ne Voulut disposer d'aucun emploi sans prendre i^on avis , £ft ne refusa auciiii de éeux que Son Altesse lui désignait pour remplir les vacances.

Lord Lauderdale parut très-étonné de la manière dotit furent traités dans les nouveaux arrangemens le lord Regîster, le comte d'Argyle et le président des assises , et chercha , par plusieUr^s argumens, à convaincre Sa Majesté de leur attachement i son service; mais le Roi répondît qu'il était informé par son frère, auquel il se fiait entièrement, de leur conduite et de leurs principes, et ne voulut même pas permettre au dernier , alors à Londres, de paraître en sa présence, pai'ce qu'il était venu sans la permission du duc.

Mais , malgré l'appui et la protection du Roi , le duc rencontra beaucoup de difficultés dans Fobstination des esprits avec lesquels il avait à traiter. lie parlement, entre autres dispositions, avait dressé une formule de test, que refusèrent de prêter plusieurs de ceux à qui il était prescrit ,

5o8 MÉMOIRES

entre autres le duc de Monmoutli ^ le duc de Hamiltoa^ et plusieurs autres ministres d'Edimbourg y ce qui donna lieu de craindre quelques troubles ; mais l'accueil qui ayaît été fait à la cour au président des assises réprima lesplaintes^ et le Roi eut pour Son Altesse royale l'égard de ne pas le laisser persécuter à la fois en Angleterre et en Ecosse ^ et^ ne Toulant pas le satisfaire sur un point , Toulut du moins le soutenir sur on autre. Ce dernier motif ^ au reste 9 n'était pas nécessaire pour engager le Roi à approuver la con<duite de Son Altesse royale ^ qui avait montré tant de jugement ^ de fidélité et de zèle pour son service, qu'à moins de s'abandonner lui-même il fallait bien qu'il soutînt le duc ; car celui-ci , uniquement occupé du repos et du service de Sa Majesté , prenait sur lui l'odieux et le travail de tout ce qui paraissait difficile et déplaisant , pour en laisser les avantages à Sa Majesté. Lord et lady Lauderdale , et plusieurs autres , commencèrent à murmurer de quelques unes des mesures qu'on avait prises ; en sorte que lorsque le duc , pour le service du Roi et le repos du royaume , se crut obligé de faire quelques exemples sur des hommes puissans y il en eut à combattre d'autres de ce même rang.

On avait beaucoup de choses à reprocher au duc de Hamilton, surtout le refus du test, et quoique le Roi n'eût point voulu consentir d'en dis-

penser personne ^ cependant les protestations que faisait son fils^ lord Arran ^ d'adhérer en tout au parti de Sa Majesté^ et son obéissance aux ordres du duc f compensaient en quelque sorte les torts du père et avaient suspendu les poursuites commencées contre lui ; mais on jugea à propos de procéder plus avant contre le lord Argyle , qui avait cherché à éluder le sens du serment. Celui qui le prêtait déclarait solennellement tenir à la religion protestante telle qu'elle avait été établie dans la première année de Jacques YI , et promettait de ne.jamais consentir à aucun changement ou altération y se soumettait à la suprématie du Roi , renonçait au co venant y etc. Le comte d'Argyle avait prêté ce serment comme conseiller privé y en lui donnant à sa manière certaines explications auxquelles les autres lords du conseil privé n'avaient pas fait grande attention. La chose avait donc passé de la sorte; mais lorsqu'il fallut le prêter de nouveau comme commissaire de la trésorerie , le duc ordonna au comte de lui montrer son explication où ^ entre autres choses^ il disait qu'il n'entendait pas s'interdire les changemens qu'il croirait avantageux à l'Eglise et à l'Etat. Le conseil n'approuva nullement* cette cfausé, et le comte y persistant on jugea à propos de le mettre en prison et en accusation. On en infornia le Roi qui approuva ce qui s'était fait, et défendit seulement de prononcer la sentence avant

5ie . MÊMOIAES

4e lui avoir fait passer le ré&uqcië de ce qui aaraîl été prouvé contre le comte. On lai fit donc solen* nellement soa procès y et il fut déclaré coupable dis trahison et d'imposture^ soit en action , soit en p;^roles> mais fion point de parjura, c^ il y avait eu plusieurs accusations portées contre lai. Cepeqcjâot ^ conformément aux ordres du I^oî 9 on sursit il Ja sentence jusqH'à i^oiivei ordre. I^ord Argyle 9e plaignit de ce jugeiiient comme d'une rigueur çjcessive et d'une extepsion inusitée donnée, à Ija loi^ ejt la dncbesse de Laud^rdale s'employa he^ucoup en sa faveur. Ifi elle j ni soa quari^ ne pnrent niç^ la justice de eçtte poursuite 1 mais ils accusèrent 3oq Altesse royale de se moQtjT.er peu sensible aux services pbligeans que lui ayait rendus le duc à spn arrivée en Ecosse ^ en opinant pour que Son Altesse royale pùtsiégjsr au conseil sans être Qbligjçe^ux sermeps. XiC duc n'Qubliait auci^n service^ mais le duc de

Lauderdfile ne lui avait pas re^du celui-U^; et d'ailleurs il ne voulait pas^ pour se faire des amis; négliger les intérêts du Koi là oii il voyait lieu de les soutenir.

Ni le Roi ni Le duc n'avaient intention de faire mourir le cpmte d' Argyle ^ ipiais ils voulaient seulement profiter de l'occasion pour iie jtenir un peu plus en leur pouvoir et le déposséder de plusieurs juridictions et prérogatives que liji et ses prédécesseurs s'étaient acquises p^r fraude ^^ et

DE JACQUES II. 5|f

fiTaten^t ^ser^^es dV^e ii^^inîère tyrapuique. I^e S^i enyoya idpuc ses Ijetines^n fçrtnp pouïr qi^e l'oa procédât à proi^onççi; la ^eniteace , mais.^ mèv^ teinp$ iprdpiwa qu'il fût S4;ir^is à l'eii^Qatit^ii , ^t demanda l'aiiris d^ diiç sur la i;uapiè|:^ dedjispoçjer 4e ces pjrivile'ges: ^t emplois qu'il jurait trop i^ansidérables pour uq spjet^ et qu'il ét^lt bien atse^ dit**il^ dé ne p^s laisser en de^i mauv^lsies mains; mais il paraît qi^ç les çraintjÇ^ du comt^ i;ke lui permirent pas de sie fier à Ifi ioljâmençe du Api. Il trouva moyen de s'échapper dç sa pï'isoa par le secours de Sfa fille qui avait obtenu la perr mission de le voir rayant changé de vétem^n^avec son valet' de pied^ iji sçr lit portant la quç^e de sa robe lorsqu'elle quiUa la prison^ passa aiiisi sans être reconnu par les gardes , et )^eutà% après sortit ^eçi^çtejnxent du royaume. Sur qw>i sa q^ur dami^atiop fut prononcée ^ ses armes renver$ées, et il fut dégradé dans le$ fornies voulues p^r les lois et lés usages du pays. Quejique$ n^embres du conseil voulaiçnt que sa fîlle , pQu,r l'î^vojir aidé à s'échapper, fût fouettée à travejrs les ruçs 4'EIdim-* bourg; mais le duc l'empêcha en di$a^t que dans. sou pays on n'avait pas coutume d'en user aussi cruellement avec les femmes. Mais malgré ses dispQsitions à la clémienpej et/q^uoiqu'eû réajité il n'en voulût pas à la vie de Jord Ar^le^ ses ennemis l'épiaientde trop près pour laisser échapper le moindre prétexbç à le décrier. On ^'efforça

5i2 MÉMOIRES

donc de mitiger aux jeux du Roi le crime de ce lord et de lui faire entendre que le mal venait en partie de ce que le duc avait pressé les choses avec trop de rigueur et que la plus grande partie du clergë orthodoxe d'Edimbourg refusait le test. Mais le Roi fut bientôt convaincu de la Êiussetë de ces rapports^ et les légers troubles que les Whigs élevèrent à Lanerick furent si promptement apaisés qu'à peine en entendit-on parler à Lon* dres. Le Roi jugea à propos de faire publier une proclamation pour ordonner qu'on se saisît de lord Ârgyle partout oit on le trouverait . voulant du moins ^ si le coupable lui échappait y faire connaître l'approbation qu'il donnait à la con«duite du duc^ et par là imposer silence à ce qu'on avait soin de répandre que le comte avait ëtë poursuivi beaucoup plus en raison d'une animosité particulière du duc contre lui , que d'au* cun crime qu'il eût commis contre le Roi.

Lord et lady Lauderdale ^ qui avaient grande part à ces bruits , s'intéressèrent vivement pour la famille, et comme ils n^avaient pas grand'chose .à dire pour la justification de lord Argyle , ils intercédèrent avec beaucoup d'ardeur en faveur de lord Lorn son fils. Le duc n'était pas moins disposé à concourir aux demandes faites en sa faveur que le Roi à les accorder ; seulement il désirait qu'en rendant à lord Lorn les biens de son père, on eût égard aux dettes et on pourvût à

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l'existence des autres enfans du comte. Cependant lady Lauderdale sollicitait fort pour lord Lora la réintégration dans les emplois de son père, excepté celui de justicier qu'elle reconnaissait de trop haute importance pour un sujet; mais le Roi ne voulut à aucun prix remettre aucun pouvoir entre les mains de cette famille ^ et eut quelque temps l'intention de ne confier à personne les emplois du comte d^Ârgyle et de les garder ea ses propres mains sans en disposer ; et quoique depuis il ait signé de nouvelles commissions pour plusieurs de ces emplois et plusieurs autres des juridictions héréditaires qui lui étaient dévolues par suite du refus du test ^ il n'en a jamais disposé qu'avec le pouvoir de les retirer à volonté et en faveur des personnes que lui avait recommandées Son Altesse. Il eut à résister, sur ce point, aux sollicitations de beaucoup de ^nsy et aux efforts qu'on tenta pour empêcher les concessions qui mirent lord Dalhousie et lord Roxborough à la place du duc de Monmouth; cependant il signa ces concessions avec les autres. Lord Ârran montra aussi du mécontentement de ce qu'on avait disposé des emplois de son père sans songer à lui ; mais on lui répondit que s'il se mettaît pour cette raisdn dans le parti contraire , on croirait qu'il ne s'était séparé de l'opinion de son père que pour obtenir ses emplois , et qu'il fallait bien éprouver un peu les nouveaux convertis avant de n. 55

5l4 MËHOlllES

^e fier entièrement à eux. Il se contenta de cea rai^ sons, du moins en apparence, et continua k pro-» tester comme par le passé de sa parfaite obéissance aux ordres du duc, auquel il voulait, dit-il, aller en renouveler bientôt en personne les assurances à Edimbourg.

Les embarras qu^avaient donnés au duc les affaires de l'Ecosse , et particulièrement celles de lord Argyle , avaient été fort augmentés par Tintervention de lord Hallifai. U s'était aperça que le duc envoyait ses instructions à cet égard à lord Hyde , qu'il craignait fort de voir monter en crédit, sans compter que^ se regardant comme ministre de confiance, il pensait que rien ne devait être fait à son insu; car, disait-il, il lui était impossible de gouverner un vaisseau s'il né connaissait pas la marche du vaisseau de conserve , et quoiqu^on lui dit que les affaires d'Ecosse avaient toujours été dirigées séparément , et que lord Hyde en était instruit non comme ministre du Roi, mais comme serviteur du. duc, cependant il obtint du Roi de l'y admettre : cela mit le duc dans l'alternative ou de rompre avec l^i^ ce qu'il ne voulait pas, ou de lui Communiquer à l'avenir les affaires relatives à l'Ecosse , ce qui, non-seulement, faisait un travail de plus, mais au lieu de l'aider et de le conduire,, lui suscitait de nouveaux embarras.

La chose la plus importante à régler pour le mo-

Bàent rekitivemei^t à lord Argyle^ élail la aiaaière de disposer de ses biens pour le pâiemeDl de ses créanciers ^ et pour €[uel<|ue$ dons médiocres Èkva. gens que son père avait rainés à cause de leur fidélité à Sa Majesté. On avait intention de rendre le surplus.à sa famille. Le duc envoya au Roi l'arràngjement qu'il avait fait à cet égard pour être confir-* mé par Sa Majesté ; mais lord Hallifax et antres lui firent de grandes objections. Lord Lorn dct* manda aussi qu'il lui fût permis de vemir plaider ^a cause. Sa Majesté refusa d'y consentir si Le duc n'y consentait lui-même. Le duc était trop indulgent pour s'y refuser; il demanda seu^lement que le Roi voulût bien ne rien décider avant d'avoir entendu ses réponses. Le Roi y CQnsentit sans peine ^ et ces réponses le convainquirent tellement, qu'on ne fit que très-peu de chaD!^ gement à l'arrangement proposé par le duc. On décida seulement que les actes des commiissaires seraient sujets à appel. Cela n'empêcha pas lord Lpm et ses amis de presser vivement pour qu'on lui rendît les juridictions attachées jus* qu'alors à sa famille, prétendant que ce n'était que des espèces de hautes redevances y une sorte d'autorité qui lui était accordée sur ses tenanciers ; mais lord Middleton montra au Roi la différence qu'il y avait entre des tenanciers ordinaires et des vassaux obligés de suivre leur seigneur en toute occasion. C'était là le pouvoirque

5i6 MÉMOIRES

le Rot ne jugeait pas à propos de remettre en de telles mains. Ainsi il le refusa positivement y bien qu'il consentit à replacer lord Lorn dans le rang de sa famille y ce que le duc approuva. Cependant^ de peur de quelque artifice y il conseilla au Roi de ne pas signer le rétablissement de lord Lorn' avant l'accommodement pour ses biens. Le Roi jugea l'avis prudent et s'y conforma. Il signa en même temps ^ à la recommandation da duc y les lettres - patentes de lord Queensbury • Ainsi toutes ces oppositions et tous ces embarras que les ennemis du duc lui avaient suscités soit i la cour^ soit ailleurs ^ ne servirent qu'à donner au Roi une plus haute idée de la conduite de son frère 9 et à convaincre le monde qu'en se laissant guider dans les affaires d'Ecosse par les avis de Son Altesse royale , le Roi agissait d'une manière non moins conforme à la raison et à la justice^ qu'à son propre penchant.

Tandis que les affaires de l'Ecosse prospéraient conduites par le duc en personne^ il n'en était pas de même de celles d'Angleterre dont l'accès ne lui était pas permis ^ et ce mauvais état des aJQTaires devenait le prétexte dont on se servait pbur le tenir éloigné. On avait, à la vérité^ choisi dans la cité un meilleur lord maire que l'année précédente, ce qui faisait espérer au Roi que la cité reviendrait par degrés à son devoir, qu'on choisirait de meilleurs jurys ^ et que la justice repren-

DE JACQUES IL 5i7

draitson cours naturel si impudemment entravé jusqu^alors par les faux sermens' du parti fanatique; mais il n'était pas si aisé^ à ce qu'il parait, de dérouter ces gens -là. Un de leurs partisans nommé Rouse^ ayant été accusé devant le grand jury, et. les preuves portées au dernier degré d'évidence^ le grand jury le renvoya absous pai" un bill d^ignoramus^ La cour , d'après cela y désespéra d'obtenir un plus heureux succès dans l'affaire de ]ordShaftesbury y à moins qu'on ne trouvât que quelques uns de ses crimes avaient été cpmmis à Westminster y. ce qui donnerait nibyen de le faire juger par un jury du choix du bailli de cette cité ; mais outre qu'il était contesté parmi les juges que cela fût praticable y on trouva^ par les interrogatoires y que tout ce dont on pouvait l'accuser à Westminster se bornait à des paroles dites long-temps auparavant y et qui ne pouvaient être jregardées comme comprises dans l'acte d'accusation. On fi^ donc forcé de risquer l'affaire devant un jury de la cité de Londres, que les shériffs prirent soin de choisir si propres à leurs vues y que bien que la preuve fut complète et administrée en plein tribunal y sir Sajtnuel Bernardiston, chef du jury, prononça le bill d^ignoramus. Sur quoi l'on sonna les cloches y on fît des feux de joie y et les réjouissances publiques de la cité furent poussées à tel point, que jamais on u'avaitvu l'autorité bravée avec plus d'insolence»

5l6 MCMOIHES

Cela déeouragea telletnent la cour qn^elle ne snk plus de quel c6té ae tourner pour réparer cet échec. On délibéra si l'on n'opposerait pas tm ç2#o iparranto à cette clause des chartes de la cîté^ en iForte de laqneUe elle choisissait ses shériSs ; mais OBia demandait du temps , et , dans Tinteiv vatle^ le oomte Shaftesbury et lord Howard farent admis à caution le dernier jour des assises y le Roi n'ayant pas touIu entraver 9e cours naturel des kis j quoique les fanatiques se le permissent wfee une telle impudence qu'ils étaient obligés dl'aT^uer à la face du soleil leurs parjures et ieups injustices. Malgré tant de désappointe* metiSy il restait encore au duc quelques faibles espérances de retour^ et quelques personnes conseillaient au Rei de «le Biire revenir^ afin de ne point paraître abattu de l'échec qu'il venait de reoevoiretne pes^laisser croire qu'il eût peur du parti. Mats ta disposîHon du Roi à traîner les choses en longueur , et ses irrésolutions jointes aux conseils timides de plusieurs de ceux qui l'entouraîeot) et particulièrement de lord Hallifaz, retardaient oette faveur qu'il voulait faire auduc^ tellement qu'un événement contraire fit évanouir tontes ses espérances et recula plus loin que ja^ mais le retour de Son Altesse royale.

Il parait que le prince d'Orange, voyant ses efforts sans succès en Angleterre , avait essa}re si ^ par deseoml>inaisonsenEttrope, il pourraitforcer

}e Roi à s'accommoder avec son parlement, et à' rompre avec la France. Et quoiqu'il sût très-bien qu'un pareil accommodement ne pût être'cimenfé que par la ruine du duc 9 cela ne Tempêcka pas de former, pour y parvenir, .une sorte de ligué protestante avec les deux rois du nord , l'électeur de Brandebourg , la maison de Lunebourg et les autres princes qui craignaient qu'on ne 'rompît ]a paix deNimègue; 6t eoBn il la cotnmuniqlia au Iloi, dont Tadhésion à la ligue manquait seule, disait-il , pour la rendre parfaite , et ils le pressèrent là -dessus avec de telles instances, que le Roi fut excessivement embarrassé pour éviter de repousser par un refus trop dur leurs bruyantes démarches, ou de se brouiller avec la France, ce qui aurait tout-à-fait rompu ses mesures.

Les besoins du Roi étaient si grands depuis long-temps, et le parlement avait été si récalcitrant et si insolent , qu'il n'avait eu d'autre moyen pour se tirer d'embarras, sans consentir aux prétentions excessives des chambres, que de con* dure un traité secret avec la Finance. Ce fut lé * duc qui entama les négociations , et les Français ve répondirent aux pi'emières ouvertures que par des complimens et en termes généraux. Cependant il fut conclu , à la fin , que la France donnerait au Roi cinquante mille livres par quartier, le pi^emier quartier payable à la fin dé juin 1681^ sans imposer pour cela au Roi d'autre condition,.

que celle de demeurer dans ralliancede laFrance, tandis «que les Français promettaient de leur côté de ne point inquiéter la Flandre ni la Hollande. Cependant Sa Majesté Très-Chrétienne^ qui ne pouvait 5 à ce qu'il parait^ se tenir long-temps en repos 5 pensa probablement que ce n'était pas violer ses engagemens que de prendre Strasbourg et Casai. Bientôt après il brûla les vaisseaux de Tripoli dans les ports de Chio appartenant au Grand^Seigneur } jetant le gant pour ainsi dire à la fois au Pape 5 à TEmpereur et aux Turcs. Cela commença à faire murmurer un peu les Espagnols et les Hollandais ; mais lorsqu'il s'approcha d'eux encfore davantage et en vint à assiéger Strasbourg, ils jetèrent les hauts cris; et comme le Roi avait été obligé précédemment^ pour apaiser leurs plaintes ^ de leur promettre d'assembler un parlement-dans le cas où la France procéderait par voie de fait, ils prétendaient que le cas était arrivé. Le Roi fut donc obligé de faire présenter au roi de France une note portant que s'il ne permettait pas que l'on fit entrer des vivres dans Luxembourg, il serait nécessairement obligé d'appeler un parlement. Tout le monde sentait les conséquences d'une pareille mesure^ mais le duc plus que personne. Ces flux et reflux le tenaient dans une situation plus fâcheuse que n'eût été un exil positif. Il était dans de continuelles anxiétés pour sayoir comment ^e garantir de la méchanceté

DE JACQUES IL Sai

de ses ennemis et récompenser la fidélité de ses amis; comment se tenir en bons termes avec ceux qui le servaient plus mollement^ sans désobliger ceux qui lui montraient plus de zèle; comment se faire de nouveaux amis et empêcher les anciens de l'abandonner. Mais ce qu'il y avait dé plus embarrassant que tout le reste^ c'était l'impossibilité de savoir réellement ce qui^ dans cette confusion de conseils et cette incertitude de marche y lui était favorable ou contraire.

Jusqu'alors la moindre apparence de la nécessité de convoquer un parlement avait été regardée comme un motif incontestable pour tenir le duc éloigné^ et maintenant que les promesses du Roi et la conduite du roi de France rendaient la chose inévitable^ les espérances du duc étaient en conséquence réduites plus bas que jamais. Cependant il arriva par je ne sais quelle inconstance dans les jugemens et la capricieuse imagination des ministres^ que cet incident eut presque l'effet contraire^ et fut au moment de ramener Son Altesse royale lorsque lui et le public s'y attendaient le moins.

Il parait que M. Seymour dit au Roi que^ s'il permettait la réunion d'un parlement^ sans permettre en même temps au duc d'y être présent, ce serait renoncer à tous les avantages qu'il avait regagnés, et qu'il s'ensuivrait nécessairement sa perte et celle de toute la monarchie ; que toutes

523 MÉMOIKES

les adresses légales qui lai avaient été présentées depuis peu 9 et dans lesquelles on soutenait si TÎyement les droits de la couronne et la succession en ligne directe, avaient évidemment pour objet le retour du duc j et que tous les honnêtes gens tomberaient dans le découragement s'il n'avait pas lieu.

Ces raisons ne manquaient pas de poids; mais le motif véritable de M. Seymour était le soin de sa propre conservation, ainsi que de celle des autres ministres. En voyant Tunîon de leurs ennemis y et la désunion qui croissait tous les jours entre eux, et se manifestait, soit dans leurs opinions, soit dans leurs actions, il leur était évident que le parti factieux, toujours uniforme et constant à poursuivre son but, ne laissait aucune espérance d'oubli ou de pardon pour les conseils et les conseillers qui avaient déjoué ses haineux projets : cela, joint aux intrigues cachées des femmes, et au défaut de tenue du Roi, leur faisait penser que sans la présence du duc tout allait rentrer dans son premier chaos ; qu'il pouvait seul empêcher le ministère de tomber en morceaux, et le Roi leur échapper des mains au premier choc.

Lord Hallifax lui-même manda à Son Altesse royale que c'avait été pour lui jusqu*alors un inexprimable chagrin , de ne pouvoir gagner sur lui de rendre ses opinions conformes aux ordres de Son Mtesse royale; mais que maintenant il

DE JAC<;i7«fS IL 5:î3

était tt86ez heureux pour regarder ce que désirait Soti Altesse cothme en ne saurait plus raisonnable , et pôor penser qu^il était nécessaire •qu^elle se tre^v^t présente à la reunion du parlenient^ «fin de pouvoir répondre dans le cas où Fdta oserait Arc quelque chose à sa charge.

Cependant 41 n^était pas aisé d'amener le Roi à €ette opinion. Il craignait, si le parlement dressait un acte d'^accusation^ qu'il ne lui fût difficile ^éviter de faire arrêter le duc, ce quHl regardait «conme plus Hdbeux pour lai que d'être où il était. Mais on lui répondit quMl n'était pas à craindre que les communes se portassent à un tel excès; maiis que si elles se le permettaient , H Àait bien certain que les lords feraient une grande diiS&rence entre le frère de Sa Majesté et un autre pair; qa'il était très- fâcheux pour lé duc^ ettrès-désairantageux pour Sa Majesté ellemèote, que le complot, mort et enterré pour tout le monde, existât toujours à son égard. Enfin te 'Roi , qui désirait sincèrement faire ce qu'il y avaîft de plus avantageux pour le duc, lorsque cela 'ne lui nuisait point à lui*même, se rendit AUX raisons iles ministres; et comme les mouvemens de l'armée française rendaient tous les jours un parlement plus inévitable, on s'attendait chaque jour à voir rappeler Son Altesse royale.

liorsqueces nouvelles arrivèi-ent à Edimbourg, \% duc y crut à peine, et en attendit la confir-

mation et le résultat^ sans vottloir faire n» pas pour le hâter; car^ non-seulemeot il était encore parfaitement dans l'ignorance de la véritable origine de ce changement inattendu , mais> de plus^ on Favait averti que le Roi voulait avoir le plaisir de faire la chose de lui-même > et qu'U. fallait qu'elle se fît ainsi ^ bu pas du tout; mais^ comme cette résolution avait germé tout à coup^ comme une plante prématurée^ elle se flétrit et se sécha avec la même rapidité y et au bout de quelques jours il n'en demeura pas plusde.traces que si elle n'avait jamais existé.

Ce prompt changement fut dû aux raisonnemens subtils de- lord Hallifax ^ toujours occupé à couper un cheveu en quatre. Il demeura d'opinioa que le duc devait être présent si le parlement &% rassemblait; mais il prétendait qu'il ne devait à aucun prix venir auparavant. On lui exposa qu'un tel retour ressemblerait moins à un. rappel qu'à une sommation de venir répondre devant le parlement^ et lord Hyde et M. Seymour mettaient tant d'importance à ce détail^ qu'ils pensaient qu'il valait mieux pour lui rester où il était que de revenir de cette manière; car^ si les choses tournaient mal^ ce qui était fort à craindre^ on ne manquerait pas , disaient-ils ^ de le lui imputer^ et il n'y gagnerait autre chose que de tirer les autres de danger^ en attirant sur lui toute la fureur du partie comme si Dieu ne l'eût Ëiit prince que pour

"Couvrir Im fautes du ministre , et les iniquités du peuple. Mais lord Hallifax avait tant de crédit auprès du Roi > que son opinion l'emporta sur les autres^ et que^ par quelque nouvelle finesse^ à ce qu'on crut ^ il retourna tellement le Roi sur cette affaire^ qu'on commença à opposer au retour une foule de difficultés ; cela donna lieu aux autres ministres de soupçonner que sa seigneurie revenait à son ancienne politique^ et cherchait de nouveau à se rendre populaire. Ce qui contribua à le faire croire^ c'est qu'il se déclara en ce même temps contre la proposition de poursuivre les dissidens. Enfin M. Seymour manda au duc qu'il s'apercevait que Son Altesse royale devait être encore une fois sacrifiée^ en expiation des péchés dés ministres; et son mécontentement fut tel qu'il quitta la cour assez brusquement ^ et s'en alla à 1a campagne, de fort mauvaise humeur.

' Mais personne 9 au fond, n'avait plus lieu dfêtre affligé et mécontent que le duc; car, outre la chute de ses espérances, il voyait ses amis quitter la partie , et ne savait comment s'y pren-* dre pour les rallier. D'un côté lord Hallifax disait qu'il espérait que Son Altesse voudrait bien croire que , quelle que fût son opinion relativement à son retour , elle dérivait uniquement de la crainte qu'il avait que ce retour, s'il avait lieu hors de propos, ne nuisit aux affaires du Roi^ et à celles de Son Altesse royale. Il ne se

5a6 iiAMOiRES

permettait pas de penser ^ disait* il ^ que Mi» qui différaiest de lui sar ee point eusseDt par là gagné quelque chose dans l'esprit de Son Altesse > et la priait de irouloir bien lui eoqserter dans son esprit la même place qu'elle a¥ai4 crm devoir lui accorder aux époques* où elle aTaît été le plus satisfaite de son activité k la servir, et de son zàle pour le maintien de ses droiUu Lord Hyde, de l'antre côté^ o^aimait nullemeol: toutes ces fluctuation^ de lord Hatlifaxt et M. Seymmir était mécontent de tous deux* TouA cela donnait au duc l'idée la plus affligeante de l'ayedir qm l'attendait 5 et rendait sa présence ^ ainsi qu« ka ministres l'avaient jugé eux-mêmes^ toujours plus nécessaire y en même temps qu'elle daTcnait presque impossible; et pour achever de rendre^ sa situation périlleuse^ les craintes toujoum croissantes d'une rupture de la part de la Fi^iice^ et les clameurs des ministres espagnols et hollandais^, pour la convocation d'ui^ parlement ^ afin qu'on pdt venir à leur secours , embarrassaient le Roi, et menaçaient, s'il était possible > le duc chaque jour davantage..

La promesse qu'avtkit faite Sa Méjesté de con^ voquer un paiflemant dans le cas où la France paraîtrait vouloir poursuivre ses projeta àv.main armée , le gênait et le troublait excessivement ; car c'était une grande subtilité que de soutenir que le blocus de Luxembourg n'était pas au

nombre des act^s compris dans la promesse: du Roi y et les ministres espagnols et hollandais ne se contentaient nullement de Tofire de laisser entrer dans Luxembourg cinq^uante chariots charges de blé , ce qui était tout ce qu'on ayait pu obtenir au moyen des notes envoyée» à la cour de France. Us étaient donc convaincus qu'il n'y avait qu'un parlement qui pût les sauver f et ils déclaraient aimer mieux perdre Luxerabourg. que de ne pas obtenir la convocation. Le Roi , voyant donc qu'il ne pouvait éluder plus long-temps, résolut d'affronter ce nouveau parlement avec le courage qui convenait à un Roi envers ses sujets, et de le dissoudre dès qu'il tenterait la moindre chose contre la prérogative royale. Il chercha de tous côtés quel lieu était le plus convenable pour cette réunion, et se décida enfin pour Cambridge, afin de pouvoir^ dans l'intervalle des affaires, se trouver à portée du théâtre de ses plaisirs. Cependant il attendit avec patience la réponse du roi de France à la note que les ministres anglais et hollandais avaient eu ordre de lui présenter conjointement. Mais, au lieu d'une réponse, on fit savoir à l'envoyé de Sa Majesté que la note ne pouvait être reçue dans la forme dans laquelle on l'avait présentée; que Sa Majesté Très- Chrétienne ne pouvait empêcher les princes et Etats ses voisins de conclure chez eux toutes les ligues qu'il leur

5a8 MÉMOIRES

plairait ^ mais qu'elle ne souffrirait pas qu'ils se liguassent contre elle dans sa propre cour; que chacun n'avait qu'à lui proposer séparément ce qu'il voudrait, et qu'alors elle rendrait réponse. Il n^y avait rien à objecter à cela. L'affaire fut donc retardée jusqu'à ce que les ministres eussent reçu les ordres nécessaires pour faire leurs propositions séparément. Alors la cour de France répondit qu'elle renoncerait à ses prétentions sur tout ce que les Espagnols avaient entre leurs mains y pourvu qu'on lui eût livré Luxembourg dans trois mois.

Lorsque cette réponse fut communiquée aux ambassadeurs hollandais ^ ils entrèrent dans une grande colère et éclatèrent en paroles outrageantes, même contre le Roi qu'ils accusaient d'être gagné par l'argent de la France; ils lui reprochaient de violer sa promesse en refusant de convoquer un parlement dont on n'avait rien à craindre, si ce n'est quelque petite sévérité contre le duc d'York, dont ils tenaient, à ce qu'il paraît, fort peu de compte. Cependant le Roi leur dit qu'il ne voyait aucune raison pour qu'on le pressât d'assembler un parlement, puisque la France faisait des propositions qui n^étaient point assez déraisonnables pour ne pouvoir servir de base à des négociations, et puisqu^on ne pouvait soutenir qu'elle agît d'une manière hostile. Il les requit donc de communiquer l'affaire à leur

mailre> ne leur laissant point espérer jiisqne4à d'autre réponse.

Les ambassadeurs^ voyant le Roi trop fonde

en raison ]K>ur qu^on pi\t le faire changer d'ayis^

et trop décillé pour qu'on pût l'effrayer^ com-»

mencèrent à se calmer un peu et avouèrent qu'il y

avait des bases suffisantes pour une négociation ^

mais ajoutèrent qu'il y aurait beaucoup plus

d'espoir de succès si un parlement siégeait qu

même temps. Ils ne cessèrent donc point de le

solliciter; mais ces violens efforts, soit au dedans^

soit au dehors, pour contraindre le Roi en dépit de

lui à rassembler un parlement , lui donnèrent plus

de répugnance que jamais pour cette mesure. U

n'était pas content de ceux qui lui avaient con->

seillé cette promesse conditionnelle dont il se

trouvait alors si embarrassé^ et il l'était beau-*

coup moins encore du prince d'Orange ^ dont léS

intrigues dans l'étranger et la dernière visite en

Angleterre étaient la cause de toutes ces agi«

tations. An fait 5 quelques uns des membres des

États avouèrent ensuite au résident du Roi à La

Haye que toutes ces véhémentes sollicitations dea

envoyés de Hollande pour la convocation du par-*

lement, venaient uniquement du prince et de

deux ou trois autres membres des États , d'ae-*

cord avec lui ; que la dernière réponse faite an

Roi avait été envoyée par ce petit nombre de

personnes à l'insu du reste, sans quoi elle a'éàt

55o MÉMOIRES

jamais été faite. Mais Sa Majesté trouva moyen à la fin de faire comprendre au prince d'OAnge que ces fils d'araignée formaient un tissu trop faible et trop transparent pour mettre un bandeau sur les yeux du public ^ ou pour enchaîner ses volontés 9 et que rien de tout cela n'était propre^ soit à le servir lui-même , soit à contribuer au repos public de l'Angleterre qu'il prétendait avoir si fort à cœur.

Tous ces changemens de resolutions ne changeaient rien à la perspective qu'avait le duc de demeurer dans son exil. Soit que l'on convoquât ou non un parlement , on ne manquait jamais de raisons d'État pour empêcher ou du moins reculer son retour. Il avait seulement un peu plus'de motifs que jamais d'en désespérer^ car il s'apercevait qu'il ne pouvait compter que sur l'affection d'un bien petit nombre de gens^ et que la plupart des ministres ne songeaient qu'à maintenir leur propre situation , ce qui faisait que les conseils timides et circonspects l'emportaient toujours. Il n'avait donc d'autre espoir^ pour le reste de sa vie 9 que celui d'un exil honorable ^ unique récompense de sa soumission y de son obéissance et des services signalés qu'il avait rendus , lorsqu'un événement imprévu le ramena à la cour par le moyen de la personne dont il attendait le moins un pareil service; aussi n'agit-elle pas dans cette occasion dans l'intention de l'obliger ^ et s'il

DE JACQUES IL 55i

ti'eut pas ménagé la chose arec un art et une habileté incomparables, celte occasion lui eût échappé comme les autres.

Ce fut la duchesse de Portsmouth , qui , sans le vouloir, mit fin à cet exil si long et si peu mérité, ainsi qu'aux chagrins et aux embarras du Roi ,• car, bien qu'on eût jusqu'alors imputé au duc seul la prétendue nécessité où étaient les deux frères de se refuser le bonheur d'une réunion, sans la présence, les secours et les conseils de Son Altesse royale, le Roi n'eût jamais pu remporter une victoire si complète sur ces esprits implacables qui le persécutaient depuis si longtemps.

Personne ne doutait que la duchesse n'eût pu , si elle avait voulu, faire rappeler le duc beaucoup plus tôt ; mais jusqu'alors elle avait employé son pouvoir , non-seulement contre le duc , inais jusqu'à un certain point contre le Roi lui-même. Elle avait fait la cour au parti rebelle tant qu'elle avait craint qu'il ne l'emportât, s'était employée très-activement à réconcilier le duc de Monmouth avec le Roi , avait eu de fréquentes entrevues avec Shaftesbnry , lord Howard d'Escrik, etc . , et lord Sunderland n'avait cessé d'aller tous les jours chez elle jusqu'à ce que le Roi lui eût positivement défendu de le voir; A la fin , cette duplicité de conduite fit perdre patience au Roi. Il lui donna plusieurs marques de mécontentement.

K II est même probable que s'il n'eût pas avoué si publiquement le duc de Ricbemond, fils de la duchesse^ la chose aurait été plus loin. >»

La duchesse voyant que celte marche artificieuse n'était plus de saison , et qu'elle n'amuserait pas le Roi plus long-temps du pre'texte de ramènera lui ces hommes irrités^ s'occupa à regagner elle-même son crédit auprès de Sa Ma* jesté, et y réussit au moyen de ses artifices ordinaires. Lorsqu'elle fut parvenue à rentrer en faveur autant que jamais , elle songea prudemment aux moyens de profiter de ce retour de beau temps , et^ tandis qu'il durait, de se procurer quelques fonds qui assurassent sa fortune k tout événement. Prévoyant ayec assez de raison que quelque nouveau soulèvement populaire dans le royaume, ou même , sans événement extraordinaire , la marche seule du temps pourrait de nouveau renverser son crédit , elle résolut de se procurer une somme d'argent considérable, et de la placer dans l'étranger, afin de s'assurer une retraite et des moyens de sab« sistance , dans le cas où le ciel en Angleterre re* commiencerait à se charger de nuages.

Les embarras du Roi étaient trop grands pour lui permettre de remplir, sur ses revenus, les intentions de la duchesse. Ainsi Tunique expédient qu'elle put imaginer fut « d'obtenir de Sa Majesté 4e proposer au duc d'établir en sa faveur sur les

postes une rente de cinq mille livres par an pour cinquante ans^ promettant à Son Altesse royale uu équivalent sur les produits héréditaires de lez*cise ; et elle proposa ensuite de lever sur cette garantie une somme de cent mille livres qui était celle dont elle avait besoin. Le duc était toujours trop soumis pour se refuser à rien dci ce que désirait le Roi y » et il connaissait assez le pouvoir de la duchesse, pour ne jamais penser que sa faveur put è\r/e achetée trop cher. Il répondit donc sur^^le^champ que comme tout ce qu'il avait au monde venait de Sa Majesté ^ tout serait toujours à sa disposition^ et qu'il était prêt à faire ce qu'on lui proposait; mais qu^il ne croyait pas la chose possible sans sa présence à Londres oii elle était nécessaire, et pour consulter sur la manière d'exécuter la chose , et pour remplir les formalités indispensables. Il savait bien que si une fois la duchesse de Portsmouth en était convaincue ^ elle remueraitci^l et terre pour le faire revenir..

(f Cependant le duc n'ignorait pas que son re-* venu était établi de telle sorte qu'il fallait un acte du parlement pour en aliéner la moindre partie; mais il eut soin de n'en parler à âme qui vive, de peur que le Roi ne renonçât à son projet y ou que la duchesse ne le pressât de convoquer un parlement , ce qui aurait fait prendre à cette affaire le tour le plus pernicieux, et luL

aurait nui au lieu de le servir. Il se trouva ^ par un très-grand bonheur^ qu'aucun des gens de loi de Londres qui s'étaient occupes de chercher les moyens de faire cette affaire ne prit garde à cette difficulté 9 » bien qu'ils en eussent trouvé d'autres auxquelles ils tachèrent d^obvler en proposant que la somme fïkt remise enti'e les mains du Roi , pour être donnée par lui à la duchesse. Mais enfin sir Georges Greffreys^ conseil de la duchesse , l'assura qu'on pouvait faire la chose en levant sur les profits des postes la somme dont elle avait besoin : ce qui l'engagea à solliciter auprès du Roi avec toute la vivacité ima-gînable le retour du duc , dont la présence était nécessaire à cette opération. Elle y mit d'autant plusd'empressen^nt que comme on lui avait conseillé les eaux de Bourbon en France ^ pour des accès de colique auxquels elle était extrêmement sujette 9 elle désirait ardemment de voir l'affaire terminée avant son voyage.

Il en résulta que beaucoup de choses, à compter de ce moment y furent présentées comme des motij& de consentir au retour du duc , dont la seule pensée jusqu'alors avait été regardée comme capable de tout gâter. L'acquittement de lord Shaftesbury, au moyen d'un bill àUgnoramusy avait tellement reculé les affaires de la cour, que ce moment, disait la duchesse, était le meilleur qu'on pût choisir pour faire revenir le duc, afin de

faire connaître aux factieux que le Roi n'était point effrayé par leur insolence. Mais le Roi^ cpii ne se laissait pas si aisément conduire par des gens capables de souffler ainsi le froid et le cbaud selon leur intérêt , se montra d'abord trè»* difficile à persuader; d'ailleurs 9 au moment où l'on commença à traiter l'affaire^ il y était moins disposé que jamais. Lord Hallifax lui avait fait une telle peur des dangers qui pouvaient résulter du retour du duc avant la réunion d'un parle-, ment , que comme d'un autre côté il était en quelque sorte déterminé à ne le point convoquer , il n'y avait nul espoir de retour ; mais enfin les importunités de la duchesse surmontèrent tous les obstacles et toutes les objections, et le Roi lai promit de rappeler le duc , soit qu'il rassemblât ou non le parlement. Cependant la saison qui s'avançait et l'indisposition de la duchesse l'obligeant à partir avant que le duc ne ftit arrivé^ elle lui écrivit une lettre toute remplie de douceur, le priant de ne pas négliger ses affaires en son absence y et lui promettant que s'il n'était pas revenu à la cour avant son retour , elle se mettrait aux pieds du Roi pour obtenir qu'il le rappelât; mais qu'elle ne pouvait le solliciter pour le moment, parce que cela aurait une apparence d'avidité et qa'on penserait que l'intérêt était son seul motif. Il paraissait y avoir contradiction à lui demander de faire ce qu'elle désirait, en lui promettant seulement de le

5S6 MËMOincfî

faire rappeler ensuite , puisque sa pr^oce était liëcessaire à l'affaire. Mais c'est qu'on avait dé* cidé en dernier lieu que le duc Tiendrait trouver le Roi à New^Markety y ferait ce qu on désirait de loi 9 et retournerait de Ik en Ecosse oii il devait laisser la duchesse et la princesse Anne comme gages de son retour. Les choses donc arrangées à son gré , elle partit pour la France le même jour quo Sa Majesté pour New^Market. Parce inojren les grandes espérances qu'avait pu concevoir le duc se trouvaient aboutir à un traitement plus rigoureux que jamais^ car on ne le faisait venir que pour le dépouiller d'une partie de son bien en faveur de la duchesse de Portsmouth. sur l'appui de laquelle il ne pouvait guère compter une fois qu'il aurait fait son affaire. Cependant il accepta sur-le-champ le marché sans chercher à capituler^ jugeant prudent de pi^endre ce qui lut était présenté , et de laisser le i^steà sa conduite et à son habileté, lorsqu'une fois il aurait le bonheur de revoir le Roi. Mais, avant ce moment 5 il arriva que le bon naturel du Roi le fit ailer plus loin que l'avarice de la duchesse de Portsmottth , et il résolut en lui-^iéœe que le duc viendrait pour-tout de bon , et qu'après avoir tant fait pour la satisfaction de la du^esse, il ferait le resto pour la sienne et ne se priverait pas plus long-temps de la société y des secours et des consolations d'un frère que) sou obéissance et

sa soumission à sa volontë, sa constance et sa patience dans Tinforfune, et sa fidélité dans les af-^ faires de Sa Majesté, lui avaient rendu, sMl était possible, plus^cher et plus nécessaireque jamais. Le Roi dépêcha donc M. Legg à Edimbourg pour prier le duc de venir le trouver à New-Markel. , et ordonna à lord Hyde de lui faire connaître qfte si pour le voir plus tôt il le priait de venir seul , son intention était cependant qu^ils retournassent ensemble à Londres oii le Roi arait résolu que la duchesse qui était grosse viendrait faire ses couches.

(c Aussitôt que l'exprès fut arrivé, le duc ne perdit pas de temps, et le 4 ^^^^ il monta à bord du yacht VHenrietta^ préparé à Leith , et se rendit le plus promptement possible à Yarmouth où 9 après un passage difficile, il arriva le lo. 11 alla le soir même à Norvvich et fut très-bien reçu dans les deux endroits. Il arriva le lendeïnain à New^Market , oii le Roi laccueillit avec tous les témoignages possibles d'amitié. Le duc y répondit avec non moins dcJ tendresse et d'affection , assurant Sa Majesté qu'elle le trouverait à l'avenir aussi obéissant qu'il l'avait été jusqu'alors; et ayant été secrètement averti que le Roi aurait pour agréable qu'il s'abstint de lui parler d'affaires, deux ou trois jourâ après son arrivée il dit à Sa Majesté que lorsqu'il lui aurait rendu compte de ses

affaires d'Ecosse ^ il n'interviendrait pas da-» yantage dans les intérêts publics; qu'il conTenait qu^accoutumé aux affaires depuis son enfance y il lui serait pénible de mener une yie oisive ; mais qu'il désirait contribuer en tout au repos de Sa Majesté > et donner un démenti à ses ennemis qui , pour élever des jalousies càea^ le Roi et des craintes chez le peuple ^ avaient répété que maintenant que le duc était reveau il gouvernerait tous les conseils : il lui dit donc qu'il était résolu de ne s'occuper d'aucune affaire à moins que le Roi ne lui ordonnât expressément le contraire , désirant que tous les sujets de Sa Majesté montrassent la même soumis^on à ses volontés et le même soin de son repos. Le Roiifut très-satisfait de cette déclaration 9 et dit au duc que cela contribuerait très*fort au repos de tous deux ; en sorte que , sans aucune discussion à ce sujet 9 le Roi s'affermit dans sa résolution de ramener avec lui le duc à Londres , malgré les pressantes sollicitations de lord Hallifax et . de lord Seymour pour l'en empêcher. »

(( liord Hallifax ne vint à New-Marketque quelques jours après Tarrivée du duc ^ auquel il avait sans doute rendu de grands services en plusieurs occasions 9 mais avait fort déplu en beaucoupd'autres. » Il le sentait^ et demanda au duc>à leur première entrevue , s'il devait ou non paraître^ devant lui en criminel; mais le duc le reçut si

DE JACQUES II. 55g

gracieusement , et se montra si occupé des bons offices qu'il en avait reçus , qu'il ne parut pas se rappeler les autres , et que lord Hallifax , ras*suré , se montra entièrement satisfait de l'accueil qu'il avait reçu : mais il ne changea rien~ pour cela ni à son opinion ni à sa conduite.

« Lui et M. Seymour étaient leà deux niinistres prépondérans 9 et ne manquaient ni d'esprit ni d'éloquence pour faire prévaloir leurs vues. Us faisaient bon ou mauvais usage de leurs talens, selon leurs intérêts privés ou leurs penchans , et tout changement sur ces deux points amenait un changement dans leurs conseils. » Us avaient dé* siré que la présence du duc vînt les protéger contre la fureur du parlement; mais^ le danger passé et leS' clameurs du dehors en grande partie apaisées^ d'autres considérations et d'autres craintes avaient pris la place des premières ^ et ils craignaient^ malgré les promesses du duc de ne se point mêler d'affaires, que son crédit ne fit un jour pâlir le leur, et que lord Hyde ne les remplaçât aussi dans la faveur du Roi par l'appui et la protection du duc, auprès duquel ils sentaient bien qu'en raison de ses constans et fidèles services durant tout le cours de ses infortunes , il avait mérité beaucoup plus qu'eux tous. « Ainsi donc, bien que convaincus que la présence du duc était nécessaire pour maintenir le Roi dans la route qu'ils lui avaient eux-mêmes conseillée, leur in-*

54o MÉMOIRES

térét aTeoglait tellement leur jageineat qu'ils pressèrent instamment pour que le duc^ après avoir fini l'aiTaii^e qui lavait amené à New- Market, retournât promptement en Ecosse; mais lorsque le Roi eut une fois revu son frère j on ne put obtenir de lui de s'en séparer de nouveau^ et , résolu de lui donner quelque joîe après de si longues souffrances , il prétendit que l'affaire de la duchesse de Portsmooth ne pourrait se faire aussi bien à New*Market qu'à Londres^ où, malgré toutes les intrigues et toutes les sollicitations, il ramena le duc avec lui. »

w II ne fut [>as plutôt arrivé que le procureurgénéral eut ordre de préparer les actes nécessaires à la donation; mais, en y regardant.de plus près et en examinant à fond les pièces relatives à l'apanage du duc^ il découvrit enfin , ce que le duc savait depuis long-temps, qu'il fallait un acte dn parlement pour autoriser le duc à aliéner la moindre partie de son revenu. »

a Le Roi et la duchesse furent singulièrement désappointés; mais le duc, continuant comme il avait commencé > se garda bien de dire qu'il connût depuis long-temps cette impossibilité, et il se trouva avoir si bien conduit l'affaire , qu'il obtint son retour sans être obligé de démembrer sa propriété : ce qui, malgré l'impossibilité où il était de rien refuser au Roi , lui aurait été extrêmement désagréable. Ce n'est pas que Sa Ma^

jesté n'eût intention de le dédommager sur ses revenus héréditaires; mais Son Altesse royale ne s.e souciait nullement que les revenus qui lui avaient été assignés fussent soumis à de nouveaux actes du parlement : car une fois la moindre, partie de ce qui lui appartenait tombée en de telles mains ^ elle ne savait guère comment elle pourrait dispo-ser du reste. Mais comme d'autres raisons s'opposaient à la convocation d'un parlement y le Roi et la duchess6 de Portsmouth furent forcés de pren* dre leur parti , et ne purent en aucune manière être mécontens du duc qui avait témoigné toute la bonne volonté possible de faire ce qu'on, demandait de lui. »

ce Après avoir ainsi tourné à son avantage l'avi* dite de la duchesse de Portsmouth sans avoir en* dommagé ses revenus, et sans cependant s'être exposé à sa colère , il avait peu h craindre de son puissant crédit auprès du Roi , qui , après son retour de France, se trouva, s'il est possible, plus grand que jamais. Trompée dans ses espé* rances de ce côté, elle résolut de venir à son but par une autre voie, et obtint enfin du Roi de l-ui accorder dix mille livres par quartier sur les ^ fonds qu'il recevait de France, jusqu'à ce qu'elle fût arrivée à ses cent mille livres. C'était le principal moyen du Roi pour se défendre de la tyrannie du parlement; mais lorsqu'une fois elle eut connaissance de cette ressource, il n'y eut pas

moyen de résister à ses importanités. On la lai avait cachée jusqu'alors ^ et la chose n'était même connue de personne que du premier commissaire de la trésorerie et de M. Churchill^ qui l'aTaît négociée : autrement il est probable que la duchesse y aurait porté plus tôt les yeux et les mains 9 et que ses paiemens auraient commencé plus tôt. A la mort du Roi elle n'avait pas reçu le dernier quartier. »

Son Altesse royale demeura avec le Roi jusqu'au 3 mai j qu'elle partit de Windsor^ où était alors la cour, pour aller chercher la duchesse demeurée grosse en Ecosse. Le duc voulut aller par mer sur la frégate le Glocester, accompagné de plusieurs autres petits bâtimens ; mais y soit par l'inhabileté 9 soit par la trahison du pilote» le capitaine Ayres^ jugé et condamné ensuite pour ce fait y cette frégate se perdit^ et le duc fut lui-même en grand danger de périr. Le capitaine Ayres avait ^ à ce qu'il parait y le projet de suivre la route des bâtimens charbonniers, entre la côte et les bancs de sable. Les commandans de l'escadre s'y opposèrent, et lui ordonnèrent de prendre le large, pensant pouvoir éviter entièrement les sables; mais il les pressa de lui permettre de virer de bord , imaginant être encore à temps de passer en dedans des bancs de sable. On le lui permit à la fin , lorsque les commandans crurent les avoir passés; mais, à ce

qu'il paraît^' tous se trompèrent également, car^ peu de temps après, le vaisseau donna dans la rade de Yarmouth sur le LemonetOar, où il s'arrêta quelque temps. Si l'on ne se fût trop hâté de l'en dégager il eût pu être sauve; mais aussitôt qu'il rentra dans la haute mer il coula à fond avec au moins cent personnes. Dès qu'on eut perdu l'espérance de le sauver , Sou Altesse royale passa dans la chaloupe , d'où elle se rendit à bord du yacht. Tels furent en cette occasion le respect et la retenue de ceux qui accompagnaient Son Altesse , et dont plusieurs étaient des hommes de qualité, comme les comtes de Perth , -de Middleton , etc. , qu'aucun ne se présenta pour descendre dans la chaloupe, que ceux que Son Altesse voulut y appeler elle-même : ce qui se borna à M. Churchill et à un ou deux autres ; mais d'autres bateaux étant venus au secours ,' la plups^rt des gens de qualité et les serviteurs de Son Altesse royale échappèrent également. On en aurait sauvé beaucoup davantage sans la timidité de ceux qui conduisaieïit les barques , et qui n'osèrent s'approcher du vaisseau au moment où ils crurent qu'il allait s'enfoncer , de peur d'être entraînés dans sa perte. Ceux qui se virent ainsi abandonnés sur le vaisseau et prêts à être engloutis , n'en poussèrent pas moins un grand cri de joie lorsqu'ils virent Son Altesse royale en sûreté; ce qui ne fit pas moins d'honneur

au zèle et h l'intrëpidité des marins anglais qu'am duc lui -même 9 qui avait su gagner à ce poiat leur nfTection, tandis qu'on faisait de tels efforts pour le rendre l'objet de la haine de tous.

Après avoir échappé à ce danger^ le duc aborÀ sur le rivage d'Ecosse^ où, conformément aux ordres du Roi^ il déclara chancelier lord Haddo^ alors président des assises > nomma le comte de Queensbury trésorier^ et comte de Perth lord juge général. Après quoi , s*arrêtant aussi peu qu'il lui fut possible y il revint en Angleterre avec la duchesse, lady Anne et le reste de sa maison# Le malheur qu'il venait d'éprouver ne l'empêcha pas, non plus que la duchesse^ de se hasarder de nouveau sur la mer. Ils étaient tous deux si accou-fumés aux dangers et aux souffrances, et si ré* signés à la Providence , que jamais il ne leur arrivait de résister, pour leur commodité ou leur sûreté , aux ordres qui leur étaient donnés, ou de tarder à les accomplir. Comme les bâtimens destinés à leur transport étaient désignés et préparés, la duchesse , sans hésiter, se hasarda d y monter, quoiqu'elle ne manquât pas de motifs propres à réloigner d'un voyage par mer : elle était grosse» et l'idée du danger que venait de courir le duc ne pouvait manquer, au moindre accident, de répandre une telle terreur parmi tout ce qui l'entourait, que , dans l'état où elle se trouvait, les suites en pouvaient être fort dangereuses. Les

personnes de sa suite en furent tellement frappées 9 que lady Peterborough lui demanda la permission d'entrer dans un autre vaisseau^ tant elle avait peur dé communiquer à la duchesse ses appréhensions et ses frayeurs^ et de Contribuer , en dëpit d'elle-même , à ce qu'elle désirait le plus éviter. Le duc avait sa part de ses sollicitudes^ nUais un peu compensées par la satisfaction qu'il éprouvait de revenir à la cour, tandis que ce n'était pas là ce qui charmait la duchesse; au contraire 5 tout en supposant que son exil serait de peu de durée, comme on l'avait cru d'abord, elle avait mieux aimé l'y accompagner que de vivre à son aise loin de lui. Ce fut donc faâTection passionnée qu'elle sentait pour lui qui l'empêcha de vouloir aller par terre ou demeurer en Ecosse jusqu'après ses couches, car elle se trouvait plus heureuse avec lui , au milieu des peines et dès dangers, que dans la situation la plus tranquille, là cfk il n'était pas. Us s'embarquèrent donc, et ce voyage fut plus heureux que le dernier. Uâ arrivèrent sans accident , le ^27 du même mois , à Whitehall, où le Roi revint de Windsor le même jour pour les y trouver, à l'inexprimable joie de tous. 11 est diiEcile de dire qui était le plus heureux de ce retour; mais il est certain que le Roi n'était pas le moins joyeux; car, outre sa tendre affection pour son frère , il avait beaucoup d'affection et d'estime pour la. duchesse. Non-seule-. 2. 55

ment il honorait son mérite personnel , mais i( plaignait en quelque sorte ses souffrances plus* que celles du duc^ parce qu'elle partageait eutièrement avec lui toutes ses infortunes , et avait outre cela à supporter quelques chagrins particuliers dont le duc ne souffrait point. Son amour passionné pour son mari lui rendait douces les peines qui leur étaient communes^ mais augmentaient cruellement les autres; car toutes ces adversités n'avaient pas encore guéri le duc de quelques désordres de conduite qui avaient toujours été fort pénibles à sa femme; cependant le temps arrivait enfin où. elle allait obtenir la satisfaction ^ nonseulement de le voir rivaliser de vertu avec elle , mais encore expier par la plus exemplaire et la plus fervente pénitence les péchés de sa vie^passée» Le bonheur de cette réunion était fort augmenté par l'état prospère où se trouvaient alors les affaires du Roi. Sa Majesté avait pris à la fin les résolutions vigoureuses et la marche ferme que le duc lui conseillait depuis si long-temps d'adopter. Elle s'était convaincue^ par sa propre expérience , de ce que lui avait tant répété le duc y qu'il n'y avait pas de composition possible avec ces sortes de gens, et que le seul moyen d'être servi fidèlement et avec soumission , dans sa cour et dans son conseil^ était de ne jamais souffrir que sa personne^ sa dignité ou sa prérogative, fussent jamais violées ou outragées, ouqueji'on attaquât

la vie 5 la liberté, et les propriétés de ses su-r jets, sous prétexte de les sauver; que ces tentatives inouïes sur son gouvernement , qui avaient si fort encouragé les pervers et effrayé les bons ^^ ne pouvaient se supporter plus long-temps, et qu'il fallait soutenir ses amis, pour conserver leur attachement; car l'homme le mieux disposé n'osait pas aller plus vile que son chef. Ce n'est pas que le duc ne fiit en quelque sorte une exception à cette règle; car, quoique persécuté, banni et abandonné, non-seulement il marchait dans cette carrière d'un mêmls pas que Sa Majesté, mais il y était même, à un certain point, entré le premier, bien qu'avec toute la prudence nécessaire pour ne point exposer le Roi à l'inconvénient d'avoir à défendre un zèle îm^ prudentr Ce fut ainsi que sa conduite en Ecosse ajouta l'exemple à la doctrine qu'il prêchait, et Sa Majesté, lorsqu'elle se décida à le suivre, y trouva le repos du reste de ses'jours. Le duc lut avait souvent dit que le naufrage où avait péri la couronne, du temps de son père, était si présent au souvenir de la plupart des hommes, qu'il s^étonnait qu'aucun homme prudent pût tomber dans les erreurs qui l'avaient amené, ou que le parti malintentionné osât, si promptement, recommencer les mêmes manœuvres; que les écueils sur lesquels avaient échoué le feu Roi lui étaient alors inconnus, mais qu'ils étaient maintenant si

visibles , que si Sa Majesté ne les évitait pas^ elle serait, en périssant, un objet de raillerie plutôt que de pitié.

C'étaient là les mesures que le duc avait depuis long-temps conseillées au Roi; et maintenant qu'il se trouvait auprès de Sa Majesté, il eut soin de l'y maintenir, autant que le lui permettait l'engagement qu'il avait pris de ne se point mêler d'affaires, et par ce moyen il dompta tellement les ennemis du gouvernement , qu'à partir de là ceux qui tentèrent de s'élever ne furent plus désignés que sous le nom de rebelles. Ce fut ainsi qu'il parvint à maîtriser les opiniâtres dispositions de la cité, emporta l'élection des shériffs malgré l'opposition tumultueuse du parti factieux, et força enfin ses ennemis dans leur scandaleux retranchement , les bills ôiignoramus , rempart à l'abri duquel ils s'étaient long-temps mis en sûreté , et avaient conspiré sans crainte et sans honte.

Lorsqu'on vit ce poste en danger d'être emporté , lord Shaftesbury commença à s'humilier et chercha à obtenir du duc son pardon. Le massage qu'il lui adressa à ce sujet avait quelque chose d'équivoque, a C'est pourquoi le duc lui répondit qu'il le connaissait trop bien pour se fier à lui en rien de ce qui le concernait personnellement; mais que si lord Shaftesbury voulait faire à Sa Majesté les soumissions convenables et

donner des preuves convaincantes d'une véritable conversion ^ il lui tendrait volontiers la main , car le plus grand ennemi qu'il eut au monde ^ et c'était ainsi qu'il prenait lord Shaftesbury^ pouvait être assuré^ s'il devenait sujet loyal et soumis de Sa Majesté , que le duc oublierait facilement les injures qui lui étaient personnelles et pardonnerait de tout son cœur. »

Mais ce lord n'était pas ^ à ce qu'il paraît , disposé d'aussi bonne foi à touloir son pardon que le duc à l'accorder^ et la chose n'alla pas plus loin, «c Cependant d'autres grands personnages commencèrent à songer à leur sûreté. Le duc de Monmouth chancela quelque pêu^ et lord Sunderland^ formé d'une trempe plus flexible que les autres ; et qui ^ conservant ses relations avec la duchesse de Pprtsmouth , n'avait jamais tout-àfait perdu pied à la cour, employa tout le crédit de la duchesse^ à son retour de France , pour être réintégré dans son emploi, et ce crédit était toujours fort grand. » Il pensait depuis longtemps à se rapprocher, et s'en était occupé, du moins dès qu'il avait vu le parti commencer à décliûer. Il s'était ouvert à lord Hyde du désir qu'il éprouvait de se réconcilier avec Son Altesse alors en Ecosse, et avait accompagné sa demande de toutes sortes d'assurances de regret sur ce qui s'était passée et de promesses de se bien conduire à l'avenir. Il le pria d'en informer Son Altesse

55o MIÈMOIIIES

sur-rle-chainp; et pour prouver, dit-il> sa sincérité, il avait voulu faire cette démarche auprès du duc avant d'en tenter aucune auprès du Roi. Quoique lord Hyde pensât qu'en bonne politique le duc devait encourager le repentir, il savait cer pendant qu'il était dangereux de se fier à Un homme si dénué de foi. Il lui dît donc qu'il n'osait hasarder de si loin auprès de Son Altesse une semblable proposition , mais que , comme on l'attendait très-promptement , il ne manquerait pas de l'informer de la requête de lotd Sunderland et de l'appuyer même de ses boiïs offices. Ainsi il ne décourageait pas les espérances du lord , et n'engageait pas le duc. On accepta la condition, et on promit même de ne pas faire parler au Roi dans l'intervalle.. Cependant lord Hyde en écrivit au duc , et la réponse du duc sur pet objet se perdit : ce qui le mit en quelque inquiétude et en quelque soupçon> et non sans motif; car ce fut la seule lettre que l'on sache avoir été perdue durant tout te séjour de Son Altesse en Ecosse.

La duchesse de Portsmouth revenue, lord Sunderland se trouva une meilleurecordeà sonarc que l'appui du duç.Elle l'avait toujours très-bien traité, et sa bienveillance pour le duc commençait à se tourner un peu en aigreur. Elle avait obtenu l'argent qu'elle voulait sans lui en avoir obligation. Elle ne pouvait, à la vérité , s'en prendre à lui de Ice que la chose ne s^était pas faite , ainsi qu'on l'a-»

DE JACQUES IL 55l

waitprojetéd'abord; mais, mécontente de ce qu'oa lui avait fait si long-temps un secret du fonds sur lequel venaient de lui être assignés ses paiemens y cela lui donna lieu de craindre que la présence du duc à la cour ne devînt le moyen de lui cacher beaucoup d'autres choses. Elle remarquait que le Roi et le duc avaient ensemble de longues et fréquentes conférences en particulier^ elle en avait conclu qu'ils s'occupaient d'affaires d'Etat ; mais en réalité ^ dans ces entretiens^ il n'était question que de religion : le Roi éprouvait alors de grands scrupules à ce sujet. Cependant elle en tira la conséquence qu'on ne pouvait compter sur la promesse du duc de ne pas se mêler des affaires , et se résolut donc^ s'il était possible^ à les avoir entre les mains ou dans celles de ses créatures. Ce fut ce qui l'engagea à presser aVec tant de vivacité la réadmission de lord Sunder- ' land y que le duc y placé lui-même sur un terrain si chancelant^ n'osa s'y opposer ouvertement^ beaucoup moins encore osait -il se hasarder, quoi qu'en pût penser la duchesse, à se mêler d'aucune affaii'c , si ce n'est celles de l'Ecosse. Enfin, malgré les efforts de lord Hallifax, rien ne put résister aux importunités de la duchesse , et lord Sunderland fut fait secrétaire d'Etat à la place de lord Coaway qui l'avait été à la sienne. Alors elle se crut en état de tout entreprendre , £iit-ce de renvoyer le duc en exil. Elle commença

à y songer; et très-probablenieot si la -vie de Sa Majesté se fût beaucoup prolonge ^ elle aurait fini par y réussir.

Les dispositions dt^ duc de Monmouth à suiyre l'exemple de lord Sunderland ii'étaient pas assez fortes pour résister aux sollicitations de ses amis de la faction qui Tempêchaient de rompre ses engagemens avec eux. « Tout ce que purent obtenir les longues instances de la duchesse de Monmouth y ce fut la permission de dire au Roi que s'il daignait pardonner à son mari ses folies passées , il ne fréquenterait à l'ayenir que les personnes qui lui seraient désignées par Sa Majesté ; mais aussitôt , se repentant de ce qu'il avait fait , il lui dit qu'elle pouvait avancer tout ce qui lui plairait comme d'elle-même et comme son opinion sur ce qu'il pourrait faire , mais qu'elle ne devait point l'engageré II parait qu'il craignait qu'on ne voulût lui demander des choses auxquelles il était résolu de ne jamais consentir. Ainsi elle eut beau le presser ensuite^ elle ne put rien obtenir de plus. Cependant le bruit de ce qui s'était passé jeta de l'alarme de tous côtés. Les amis du duc d'York craignaient qu'une réconciliation apparente ne mit le duc de Monmouth en état de faire beaucoup de mal ; et de l'autre côté^ la faction craignit de perdre son plus puissant levier. Ainsi , la première fois qu'ils se réunirent ensuite^ lord Shaftesbury^ lordUussel

et M. M ontague lui firent des reproches sur ce qu'ils avaient ouï dire; mais il nia hardiment tout projet de se réconcilier avec la cour , disant qu'il ne pouvait empêcher les sottes fantaisies et le&S0ts propos de sa femme ; et pour les convaincre de sa constance à leur parti, il fît comme on l'avait résolu une espèce de tournée dans le comté de Chester et les coxntéà voisins pour soulever les passions factieuses du peuple, dans l'intention de lesf faire servir à l'accomplissement de ses futurs projets. » Ilobtilit en quelques endroits de la multitude quelques acclamations forcées; mais en d'autres lieux, il reçut des affronts, et ni lui ni sou parti ne retirèrent grand'chose de cette manœuvra.

De l'autre côté, le Roi gagnait tous les jours du terrain sur ces prétendus patriotes. Il avait mis à Famende les shérîffs de Londres et d'autres factieux ardens, pour les troubles qu'ils avaient récemment excités , et enfin il subjugua entièrement cette cité opiniâtre et rebelle en portant un guo ivarranto contre ses chartes et franchises qui , après un long et solennel débat*, furent, par un jugement de la cour du banc du Roi, saisies entre les mains diiRoi. Le duc commençait aussi à faire rendre compte à ses ennemis, et quoique son inclination le portât à la clémence, il crut devoir, pour eflTrayer les autres , fiiire exemple du dernier shériff Pilkington qui ,

lors da retour du duc , avait dit que c'était lut qui avait mis le feu à la cité et que maintenant îl revenait pour les égorger* Il fit porter contre lui un acte d'accusation , et ces paroles ayant été prouvées par le témoignage de deux aldermen, Pilkington fut condamné, envers Son Altesse royale, à cent mille livres de dommages intérêts.

Il ne manquait plus au Roi , pour bien arranger ses affaires, que d'y être aidé par le duc. cclllui apprit donc, en revenant de New-Market, qu'il voulait le rappeler au comité des affaires étrangères, et. le consulter désormais sur tout, mais qu'il désirait attendre ce que ses voisins décide^ raient sur la paix ou la guerre; qu'il pouvait se voir forcé à des mesures désagréables au peuple, et ne voulait pas que le duc en eût l'odieux. Mais la découverte d'une indigne conspiration , à la-» quelle ^ parun.effet de la Providence, ils venaient d'échapper en partie , obligea te Roi, ^ pour leur sûreté mutuelle contre les dangers qui les mëna-^ çaient encore, à. hâter, plus qu'il ne l'eut péut^ être fait, la rentrée du duc dans les affaires, h

Le Roi avait en. quelque «façon entièrement conjuré ces, esprits rebelles qui le persécutaient depuis si longues. années; mais il est rare que leur départ du corps qu'ils ont long-temps pos* sédé ne soit pas accompagné de beaucoup de convulsions et de résistance. Le dernier effort de leur malice fut un détestable complot ayant pour

Dt; JACQUES ît 555

tybjét non*seulenient de bouleverser le gouverne*ment^mais de faire périr d'un coup le Roi et le duc. ËQtre autres infernales machinations employées pour parvenir à ce but maudit^ ils avaient formé le projet de placer des armes , du monde et toutes les autres choses nécessaires pour un tel attentat dans un lieu nommé-Rye House^ appartenant à l'un des conspirateurs et situésur la route deNevy-Market. On devait assassiner le Roi et le duc lorsqu'ils en étaient revenus la dernière fois ; mais par un extraordinaire effet de la Providence, un grand incendie arrivé à New-Markel avait mis fin aux diver*tissemens plus tôt qu'on n'y avait compté, et forcé le Roi et le duc à revenir à Londres quelques jours avant l'époque désignée et avant que les conspira-^ teurs fussent prêts, ce qui déjoua très-heureusement cet exécrable complot et les préserva tous deux du plus barbare attentat que fût capable d'inventer la méchanceté des hommes.

Les assises de la Trinité étaient près de finir , avant qu'on eût rien découvert de cette conspiration ; et , entre tant de gens qui étaient dans le secret, pas un n'eut assez d'entrailles, ou ne , sentit assez de remords pour avertir le. Roi, ou Son Altesse royale du danger auquel ils avaient échappé^ et de celui qui continuait de les me- Kiacer. « Il est vrai que le duc de Monmouth , vers *la fin d'avril, avait désiré que la duchesse de JPortsmouth lui obtint la permission de voir le

Roi, pour £aiire sa soumission. Peut*élre coulai til alors lui découvrir le complot ; » mais si cela prouvait qu'il s'était repenti plus tôt que les autres, il n'ien était que plus coupable, après cette inspiration de sa conscience , d'être retombé dans son endurcissement, et de n'avoir rien déclaré jusqu'à ce qu'un nommé Keeling fat venu révéler le projet que l'on découvrit bifentôt jusqu'au fond.

Le comte Shaftesbury, qui avait allumé la première étincelle , manqua , à ce qu'il parait, de patience et de résolution pour attendre que l'incendie éclatât; découragé par un ou deux mauvais succès, et se plaignant de ce que le nombre de ceux à qui on avait fait part de la chose était trop petit pour Taccomplir, et trop grand pour la laisser secrète , le 19 novembre, nn des jours choisis pour l'insurrection générale, il s'évada par la Tamise , et passa en Hollande avec Walcot etFerguson. Ce n'était plus le temps oîi il travaillait à couvert, à l'abri de ces honteux bills èiignoraTnusy et prétendait pousser le Roi hors du royaume , comme il le disait luimême insolemment; mais alors il n'osa pas attendre que ses conseils pervers eussent porté leur fruit. Son départ cependant ne découragea pas les esprits ardens du parti : à leur tête étaient le duc de Monmouth , le comte d'Essex , lord Grey , loixl Howard d'Escrick, lordRussel, le colonel

Algernon Siclney ^ M. John Hampden^Armstrohg^ Rumsey , Ruinbald , Shepard , Walcat et Ferguson. Ils revinrent bientôt de Hollande avec plusieurs autres ^ qui tous trempaient profondément, les uns dans le projet d'insurrection^ les autres dans celui d'assassinat ; plusieurs dans tous deux. Ils continuèrent donc leur détestable conférence , et nommèrent un conseil de six personnes^ pour diriger les conjurés d'un ordre inférieur^ qui avaient des réunions sans nombre pour préparer l'insurrection générale, à laquelle on dit que devaient prendre part près de quarante mille personnes^ et déterminer la manière dont on devait s'y prendre pour assassiner le Roi et le dac. Quelquefois ils avaient envie d'exécuter la chose dans le parc de Saint- James, ou lorsqu'ils descendraient la rivière, ou bien à Hamptoncourt, à Windsor ou au spectacle; mais enfin on choisit Rye-House; et lorsqu'ils virent ensuite, par ce qui était arrivé , que la Providence avait évidemment veillé sur le Roi et le duc , ils furent plus enragés que découragés par cette déconvenue, surtout lorsque Rumbald, venant de Rye-House, leur dit de quelle suite peu nombreuse le Roi et le duc étaient accompagnés à leur retour. Ils se réunirent donc de nouveau, et conférèrent sur leurs projets plus ouvertement que jamais; et telle était leur horrible barbarie, qu'ils plaisantaient sur cet acte sanguinaire, et, dans leur ar-

558 MÉMOrRES

got, se jouaient 9 en paroles, des plus infernales^ manœuvres qui aient jamais pu entrer dans le cœur des hommes. Ils résolurent que tous le» hommes marquans du parti loyal seraient enveloppés dans ce cruel massacre : employés de VEr^ tat, conseillers privés, j^g^^^ enfin tout ce qu'on supposa véritablement affectionné au Roi et au duc , fut compris dans la sanglante liste, et il ne s'éleva aucune opposition à rien de ce qui fiit proposé en ce genre. S'il y eut dispute, ce ne fut pas sur ceux qu'on voulait abattre, mais sur ceux qu'on demandait d'épargner. Les Ecossais et les Anglais* furent là-<lessus au moment de se diviser. C'était ainsi qu'ils tendaient de. tous côtés leurs pièges, avec cette infernale méchanceté qui accompagne d'ordinaire le prétendu zèle de conscience de ces ardens patriotes et de ces hommes implacables , lorsque le 4 î^^^ ^^ révélation du complot vint les atteindre, suivie, de la justice, sur les pas de laquelle cependant marchait une haute clémence. Il est inutile d'entrer ici dans les détails de ce maudit complot^ dont l'histoire a été écrite avec autant de soin que d'élégance par l'évêque de Rochester. On peut seulement remarquer que l'irrécusable conviction, et la confession volontaire de plusieurs des conspirateurs, le nombre des témoins , non-seulement dignes de confiance,mais parmi lesquels se trouvait un membre de la noblesse, l'innombrable multitude de pièces et

de dépositions à l'appui', la mort de lordEssex^ qui se coupa la gorge à la Tour le jour où lord ' Russel fut jugé et conTaincu , sont d'autres preuves de la réalite de cette conspiration , que celles qu'ont pu fournir^ sur le prétendu complot papiste , les témoignages discordans de quelques misérables^ et ce tissu de contradictions €% d'impossibilités désavouées jusqu'au dernier soupir par tous ceux qu'il conduisit à la mort^ sans qu'on eût produit aucune pièce pour l'appuyer, ni que la moindre partie de l'accusation obtînt le moindre crédit auprès du Roi lui-même : tellement que la fausseté de ce dernier complot est aussi démontrée que la réalité de l'autre est prouvée par tous les faits qu'on vient de rapporter.

Cepùendant la généreuse attention du Roi à ne se pas laisser tromper de nouveau par de préten-» dus complots, et la peine qu'il avait* à imaginer que le plus méchant de ses sujets pût former contre lui un si infernal dessein , ne lui permit pas de croire sur-le-champ au premier rapport; et plusieurs des chefs du complot eurent donc le temps de prendre l'alarme , de se disperser et de passer la mer. Le duc de Monmouth, à la première découverte , se cacha quelque temps; mais une proclamation ayant été publiée contre lui , il fut enfin obligé de faire, pour sa. propre sûreté., ce que n'avait point obtenu de lui son bon uatureL II écrivit au Roi, de la manière la plus

56o MÉMOIUES

humble 9 pour implorer le pardon de ses funestes erreurs. Ses crimes ^ dtsait-il dans sa lettre y lui apparaissaient sous un aspect si terrible ^ que la mort même lui semblait préférable au sentiment qu'ils lui faisaient éprouver. Enfin il demandait son pardon avec tant d'ardeur, que le Roi ne put résister à ses sollicitations; il l'admit en sa présence, dans le cabinet de M. le secrétaire Jenkins. Celui-ci s'étant retiré 3, a le duc, demeuré seul avec le Roi y avoua sans détour la connaissance qu'il avait eue du complot , à l'exception du projet d'assassinat, dont il assura n^avoir jamais été instruit. Il nomma tous ceux qui y avaient pris part, ainsi que lui, et ne contredit en rien les aveux de lord Howard, si ce n'est sur un détail de peu d'importance. Il se rappela trèsbien ce qu'avait déposé Ramsey contre lord Russel, qui, lorsque Trenchard lui manqua de parole , dit qu'il mettrait ses bottes et se rendrait lui-même à Taunton pour soulever le peuple. Il s'étonna qu'il ne se fût pas présenté plus de témoins contre Wildmann, cpii avait été, dit-il, l'homme le plus actif dans le complot. Il déclara que les membres du conseil des Six avaient donné cinquante livres chacun pour envoyer Aaron Smith en Ecosse ; que, dans l'ouest , sir William Courtney, sir . . . Drake et d'autres étaient instruits du complot ,* que Booth était celui sur lequel on comptait dans le Cheshire, et sir John Hothani

DE JACQUES IL 56i

dans le Yorkshire. Il avoua avoir été visiter les gardes , pour reconnaître les moyens de les surprendre ; convint que le docteur 0\yen , M. M ead , et tous les principaux ministres non conformistes étaient dans le secret du complot, et s'y employaient activement; que le major Hurst de Chîchester s'était engagé à surprendre Portsmauth , ce qui était facile^ disait-il, parce que la garnison s'enivrait tous les soirs. Le Roi lui ayant demandé si les conspirateurs étaient en relation avec quelqu'un de ses gardes ou des personnes de la cour, il le nia positivement. Il dit que l'affaire de la Caroline n'avait été que le prétexte de la venue de Monro et de sir John Cockram ; que leur objet réel était d'arranger les ehoses de telle sorte que leur soulèvement dans ce pays eût lieu en même temps que celui d'Angleterre ; que Rowal* len, Baillie et d'autres Ecossais étaient dans l'affaire > et se plaignaient de manquer d'armes, mais non pas d'hommes de bonne volonté. Il dit que lord Argyle devait amener de grands secours aux gens de l'ouest , qui avaient formé le projet de surprendre le château de Stirling par une vieille porte située du côté de Ballinquith,-et où ils disaient qu'on ne tenait point de sentinelles. Ils devaient s'emparer, à Edimbourg, du chancelier et du trésorier; on croyait en pouvoir venir à bout sans peine au moyen de trente ou quarante chevaux; et on ne doutait pas qu'on n'en pût faire 2. 36

56a MÉMOIRES

entrer un pareil nombre dans la yilie sans exciter de soupçons, h

Son Altesse ix>yale a pris d'autant plus de soin de recueillir tous ces détails , qu'aussitôt que le duc de Monmottth eut obtenu son pardon, il en revint à prêter l'oreille aussi fréquemment que jamais à ses factieux conseillers , ce qui fit crain* dre au Roi que le mauvais esprit n- eût de nouyeau pris possession de lui. Il ne fut pas content de la promesse que lui avait faite Sa Majesté de yexeapter de porter témoignage contre ses anciens amis> mais recommença à se faire leur patron; et, en réalité 9 ils avaient acquis un tel ascendant sur cet esprit inconstant, qu'ils renversèrent bientôt tous ses nouveaux proje|^ de loyauté. Cependant il av^it laissé entre les mains de Sa Majesté une lettre oii il avouait avoir été dans le secret de la conspiration , et que le Roi l'avait obligé à lui donner , non-seulement pour le lier, mais encore pour éclairer le public qu'il était difficile de détromper des impostures au moyen desquelles ces homntes perfides et factieux dénaturaient les choses les plus évidentes. Sa grande affaire fut dpnc de ]>'aToir cette lettre, et il la demanda avec tant d'instance, que Sa Majesté, voyant à quel poii^jl y tenait, eut la bonté de lui dire qu'elle ne voulfjl p^s la garder contre son gré, et la lui rendit. Alors, revenant aussitôt sur ses pas , il nia jusqu'au moindre mot ce qu'il avait dît. Ayant trouvé moyen par ce

stratagème dé se laver aux yeut de la loi, et de sauver sa tête de l'e'chafeud sans être obligé pour cela d'y conduire les autres , il eut Tingratitude de ne faire usage du gracieux pardon de Sa Majesté que pour rentrer plus sûrement dans une nouvelle carrière de désobéissance. « Le Roi fut excessivè- Bient irrité de le voir abuser à ce point de son indulgence 9 mais tout ce qu'il put faire fut de le bannir de la cour; sur quoi le duc partit secrètement , accompagné seulement d'un gentilhomme et d'un domestique^ s'embarqua à Greenwich dans un bateau pêcheur, et aborda bientôt en Zélande.

« Quelques personnes avaient voulu lui persuader, avant son départ, d'aller servir l'Empereur en Hongrie; mais il dit que cela l'éloignerait trop. Il se contenta donc d'aller faire un tour à Bruxelles, puis alla en Hollande, où il vit la princesse d'Orange; et, soit qu'il se fit ou non justifié à ses yeux, comme il prétendit l'avoir fait dans une conversation d'un quart d'heure, cela pftrut un manque d'égard, de la part dii prince envers le Roi et le duc , d'avoir reçu là visite d'un homme qui .s'était avQué capable d'entrer dans une si horrible conspiration contre tous deux, et qui s^efForiçait toujours de se soutenir auprès du parti rebelle, et de faire valoir ses vaines prétentions à la couronne. Le duc en fît quelques reproches à son gendre, et l'avertit de

ne point donner confiance à un homme capable de nier avec tant d'infamie ceqn'îl avait si soleiinellement déclaré» et de ne point accorder son appui à celui qui Tenait si récemment de faire tous ses efforts pour les perdre tous, >i et plonger le royaume dans le âang et la confusion. Mais le prince 9 dans ses sombtf^s desseins, n^était pas retenu par l'honneur ou le devoir; il commença donc à donner au duc de Monmouth de tels motifs d^encouragement 9 que ses espérances ne périrent point avec ses amis, dont chaque jour voyait convaincre et exécuter quelques uns.

Cette découverte et la punition deplusienrs des principaux conspira teursavaient enfin écrasécette race rebelle de reptiles qui depuis si long^temps rampait autour dp trône» et donnaient au Roi le loisir de penser à s'appuyer d'alliances étrangères maintenant qu'il avait retix)uvé la sûreté dans son pays. On négocia donc un mariage entre la prinn cesse Anne et le prince Georges» frère du roi de Danemarck. Rien ne peut mieux prouver à quel point le duc était' éloigné de forcer personne sUr sa religion que la docilité avec laquelle il se soumit a la volonté du Roi eu. mariant anssr sa seconde fille à un prince protestant , bien .que la conduite du prince d'Orange ne dût ])aft l'encourager à essayer ce qu'il pouvait attendre d'un autre gendre de la mente religion; mais jamM^ il ne balançait à se soumettre iSr tout ordre ou

dësir du Roi , qui n'était pas manifestement contraire aux lois de Dieu. Ce mariage fut célébré le 28 juillet 9 et y peu de temps après ^ le Roi^ en récompense de la soumission du duc^ le rétablit dans ses fonctions de grand amiral et de con-* seiller privé « et lui accorda une sorte de réparation des calomnies publiquement proférées covtre lui , en faisant condamner Oates pour seandalum inagnatum et pour crime de parjure. Il étendit, pour l'amour de lui , ses bontés sur d'autres : les • gens mis en prison pour le prétendu complot papiste furent mis en liberté sous caution , « et on forma le projet de leur accorder un pardon général ; mais quelques formalités légales vetar* dèrent pour un temps l'exécution de cette me* sure. »

Lie Roi avait mis ses affaires en meilleure situation qu'elles ne l'avaient encore été depuis la restauraticm. Il voyait ses ennemis à ses pieds, et à ses côtés le duc son frère 9 dont l'infatigaMe activité en affaires le déchargeait d'une grande partie de ce fardeau que son indolence lui rendait pénible. Son Altesse royale le remplaçait d'une manière si conforme aux désirs de Sa Majesté et si soumise à ses volontés que ses services ne l'exposaient à aucun- soupçon. Us étaient aussi affectueux qu'utiles au bonheur de Sa Majesté dans son pays et à sa réputation dans l'étrangçr , et le Roi , sur cesd^uxpoiiriis^ avait Uead'étre satisfait de sa^

situation. Il voyait donc devant luî^ pour le restede ses jours y une agréable perspective, de tranquil-* litë et devait espérer jouir du fruit de ses travaux dont le souvenir rehaussait le charme du bien- ^tre qu41 possédait; mais ce îuX alors qu'il plut à Dieu de montrer sur quel sable fragile reposent les fondemens de notre bonheur temporel et de nos projets les mieux conçus. Il l'appela à lui et 1q retira de cette vie ^ au moment où il paraissait le plus sûr d'en jouir par la victoire qu'il avait remportée sur ces esprits inquiets^ rusés et implacables, qui avaient si loug*-temps , et aviec tant de fureur 5 cherché à la lui ravir.

a Ce fut le 2 février que le Roi fut saisi d'iin»; violente attaque d'apoplexie^ en sortant de son cabinet où il était demeuré quelque temps avant de s'habiller. Le duc fut averti sur*le*champ y mais atant qu^il arrivât à la chambre à coucher de Sa Majesté^ un docteur King, qui se trouvait dap^ la sallç de réception, avait été appelé et l'avait saigné. Cette saignée et les remèdes ordinaires en pareille occasion ^ appliqués aussitôt par les médecins du Roi, lui rendirent toute sa connaissance, et le lendemain matin on conçut les plus grandes espérances de son*rétablissement; mais le. quatrième jour, il empira tellement que totites ces espérances s'évanouirent, et lès médecins: déclarèrent qu'ils désespéraient entièrement de sa vie. 11 était donc grand temps qu'il songeât à se pré-

DE JACQUES IL S6j

parer pour l'autre monde. En conséquence , deux évéques vinrent le trouver pour remplir leur office en lui lisant les prières de la liturgie, consacrées à la situation où il se trouvait. Lorsqu'on en vint à l'endroit où l'on exhorte d'ordinaire le malade à confesser ses péché!» , l'un des deux y l'évêque de Bath et Wells , l'avertit que cela n'était pas d'obligation; et ainsi, après une courte exhortation, il lui demanda s'il n'était pas affligé de ses péchés : le Roi ayant dit qu'il l'était , l'évêque prononça s«n àbsolation, puis lui demanda s'il voulait recevoir la communion. Le Roi ne répondit rien , et , pressé ensuite plusieurs fois par l'éyêque, il ne dit jamais autre chose, isinon qu^il avait le temps, ou bien qu'il y penserait.

« loi duc , qui n'avait pas quitté un instant le chevet de Sa Majesté, voyant que , malgré toutes les sollicitations de l'évêque , il ne voulait pas recevoir la communion de sa main,* et connaissant les sentimens du Roi relativement aux matières de religion, sur lesquelles ils avaient eu de-* puis peu de fréquens entretiens, jugea l'occasion favorable pour les lui rappeler, et en conséquence, ayant prié tout le monde de s'éloigner un peu du lit, dit au Roi qu'il était profondément heureux de voir Sa Majesté dans les mêmes sentimens que la dernière fois qu'ils avaient causé de religion dans son cabinet ; et que le Roi lui avait montré un écrit dé controverse de sa pro-

pre main. U lui demanda a'il désirait qu'il lui envoyât chercher un prêtre » à quoi le Roi répondit sur-4e-ofaanip : ce Oui^ jerousen prie» monfrère, if pour l'amour deDieU) et ne perdez pasdetemps; » mais aussitôt^ réfléchissant sur les conséquences de cette démarche, il ajouta : ce Mais cela ne tous i< expose-t*il pas trop?i> Le duc n'avait jamais songé au danger lorsqu'il s'agissait du service de Sa Majesté, fût-ce même pour des intérêts temporels, a plus forte raison lorsqu'il était question de l'éternité. « Sire, répendit-il^dùt-il m'en « coûter la vie, je vous en amènerai un. » Il passa aussitôt dans la chambre prochaine 9 oà ne voyant pas un seul catholique, il ne put s'adresser <fu'aa comte de Castle Machlor qu'il envoya sw-^le* champ; et , bien qu^'on eût fait chercher plusieurs prêtres, le hasard voulut qu'on ne trouvât que le pore Hucldleston , ce moine bénédiclin ^ qui avait tant contribué à aider le Roi à s'échapper après la bataille de Worcester. On le conduisit par un escalier dérobé dans un cabinet particulier. Le duc avertit le Roi , qui ordonna que Umt le monde se retirât^ excepté son frère ; mais Son Altesse royale jugea à propos que lord Bath , gen-^ tilhonime de là chambre, alors de service, et lord Fevertham, capitaine deê gardes , demeurassent dans la chambre, disant au Roi que dans l'état de faiblesse oà était Sa Maje«èé, il ne fallait pas qu'il* demeurât entièren^ut seul avec elle*

Dès que tout ie monde hd mrti ^ le duc appela M. Haddleston^ quc^ Sa Majesté reçut aveobean*^ coup de joie e%de satisfactbn, lui disant qu'il désirait mourir dans la foi et dans la communion de l'Eglise Ccitholique; qu'il était sincèrement affligé des péchés de m vie passée^ et particulièrement d'avoir différé si long-temps sa conversion; qu'il espérait néanmoins dans les mérites du Christ; qu'il était en paix avec tout le monde, pardon* nait a ses ennemis, et demandait pardon à ceux qu'il pouvait avoir offensés, et que s'il plaisait à Dieu de lui rendre la santé , il était résolu , par ses secours , à changer de vie. Alors il fit , avec beaucoup d'attendrissement , une confession générale , et prononça son acte de contrition avec beaucQittp de piété et de componction. Cela dura environ une heure , et ayant désiré recevoir tons les secours destinés aux mourans , il continua h faire de pieuses éjaculations, levant fréquemment les mains au ciel, et s'écrian t : « Miséricorde ! mon i< doux Jésus; miséricorde I » jusqu'à ce qu'enfin le prêtre fut au moment de lui donner l'extrêmeonction : le Saint-Sacreraeut étant arrivé au mo«lueot où elle finissait, il demanda & Sa Majesté si elle désirait le recevoir. Elle répondit qu'elle le désirait vivement, s'il l'en jugeait digne. En conséquence, le (irétre, après quelques pré* parations, s'étant approclié pour le lui donner, i 1 se leva sur son lit, disant : « Laissez-moi uecevoir

5yù t MÉMOIRES

« moii diyki Seîgneiir dans une posture plus con- « Tenable que couche sur mon lit; » mais comme on rengagea à ne se point trop agiter^ il répéta son acte de contrition et reçut le viatique avec beaucoup de piété et de dévotion. Après quoi^ le père Huddleston, lui ayant lait une couHe exhortation^ le laissa dans un tel repos d'espiit^ qu'il envisagea la mort qui s'approchait^ avec toute la tranquillité imaginable et le courage d'un chrétien, ce On fit ensuite rentrer tout le monde , et le Roi alors exprima pour le duc tout ce qu'il est possible d'imaginer de tendresse et d'amitié. Il déclara hautement combien il ressentait l'affection que lui avait témoignée son frère durant-tout le cours de sa vie , et particulièrement dans cette dernière occasion , le loua de sa parfaite soumission et de sa constante obéissance à tous ses commaudemens , et lui demanda pardon des traitemens rigoureux par lesquels il avait si long-temps exercé sa patience. Il dit toutes ces choses d'une manière si affectueuse qu'il arracha des torrens de larmes à tous ceux qui étaient présehs. Il parla aussi à la Reine avec beaucoup de tendresse ; en un mot f ne négligea rien de ce qu'un temps si court lui permit de dire et de faire, ou pour se réconcilier avec Dieu , ou pour satisfiiire ceux qui pouvaient avoir à se plaiiidre de lui $ur la terre, se disposant à la mort avec la piété et le calme qui conviennent à un chrétien, et le cou-

rage qui convient à un Roi. » Il conserva sa tête parfaitement libre jusqùes environ- une heure avant sa mort; alors la connaissance èommèriça à lui manquer^^t il mourut entre- oiize heures et midi^ le vendredi 6 février i665. -

Sa mort fut universellement déplorée.- U'avait été généralement aimé pendant sa vie. La mauvaise volont^de ceux qui l'avaient le phts tourmenté vè*nait plutôt de haine contré sonpôuvoiret sim titre que d'aueune aVersion pour sa^iiersonnek II n/b manquait d'aucune des qaalifaé&icipaUeide.'faiffè la gloire d'un prince et lèl>onheur d'une i^ation. Quelques désordres^ seulement^ et quelques faiblesses ternissaient l'éclat de ses vertus naturelles^ qui faisaient d'ailleurs l'admiration de ses voisins aussi bien que l'amour et la tranquillité de ses sujets. Il était si spirituel dans sa conversation ^ si affable de caractère et d'un accès si facile^ qu'il se faisait chérir au-delà de l'expression de tout ce qui avait l'honneur de vivre auprès de lui. Cependant quelques uns abusaient de cette débonnaireté pour s'en faire un sujet de mépris ^ ainsi que de sa douceur et de sa clémence naturelle pour troubler son gouvernement , ce qu'il supporta si long-temps que cela fit mettre en question son courage et son jugement. Mais il sut montrer à la fin qu'il ne manquait ni d'art pour contre-miner les manœuvres de ceux qui le méprisaient ainsi , ni de courage pour briser ces

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écrits opiniâtres qui espëraieift le iatre ëchouer sur le même ëcneil où avait si misérablement péri le Roi son père. Cependant son excessif amour du repos le porta à recaler si long*temps devant les mesures nécessaires ^ qu'il souffrit plusieurs irrégularités dans son gouvernement et l'injuste oppression des innocens^ particulièrement h l'occasipn du complot inventé par Oates , jusqu'à ce qu'enfin , réveillé par les av^rtissemens journaliers de son frère ^ il brisa ses fers et fit reparaître le pouvoir royal dans sa vigueur et son éclat naturel qu'il conserva ensuite jusqu^à sa mort.

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