‹ Mémoires de Jaques IIChapitre 2 sur 3 · M^MOIRE · texte numérisé non relu

M^MOIRE

tait le Prince y le Yaisseatt le plus solide de la flotte , mais très-pesant voilier. Si le duc n'eût pas pris ce parti , les Hollandais auraient pu dé* border son iTront et gagner le tent sur lui. Dans ce notttel ordre de bataille > Son Altesse royale se trouva > avec l'escadre rouge ^ former Tavant-» garde > la bleue le corps de bataille y et la blanche l'arrière. Le duc s'apercevant que son tice^^ami* rai Lawson y qui montait le Rojal^Oàke y avait atteint la hauteur de la tête des vaisseaux hoilandais > il lui fit signe de manoeuvrer plus près de lui , et toute la ligne en fit autant.

Il était environ dix heures du matin lorsque l'affaire commença à s'engager chaudement. On n^a jamais vu un plus beau jour pour disputer l'empire de la mer. Le temps était très-doux $ une jolie brise fraîche soufflait constamment du sud-ouest y pas un nuage dans le ciel^ pas la moindre apparence de variations dans le vent ou le temps.

A la tête de l'avanti^garde ennemie y était une partie de TesCadre de Zélande f commandée par Jean Evertzs, ayant à l'avant trois brûlots. Der-rière eux était Opdam. Le duc^ comme il l'avait désiré , se trouva avoir affaire à Opdam y et les deux vaisseaux amiraux ne cessèrent de se canonner avec fureur pendant plusieurs heures , jusqu'à ce qu'enfin les Hollandais commencèi^tit à céder,

Sir John Lawson , un des plus braves marins de ce temps, arait été , presque dès le commencemeat > atteint d'an boulet au genou , blessure dont il mourut peu de temps après. Sonyaisseaù avait aussi beaucoup ^ouSert. Il envoya sa cba-» loupe informer le duc de Tëtat oii il se trouvait. Son Atlesse royale ordonna au capitaine Jordan | son second , et officier très-Hexpérimenté , de qutt^ ter lé Saint ^ Georges qu'il ^montait, et d'all«r prends le commandement non ^ seulement du vaisseau de Lawson , mais aussi de sa division. En arrivante bord du Royal^Oaiey Jordan le trouva tellement désemparé qu'il fut forcé de raetti« en panne pour le remettre en état ; et comme les instructions données aux difTérens officiers pour le moment de la bataille n'étaient pas alors rédigées avec autant de wva qu'elles le furent depuis, toute ia<ltvtsion ssiivit l'exemple du vaisseau com^ mandant y et mit également en paisine^ K^ qui laissa le ^uc très-exposé y n'ayant alors a l'avant die soti vaisseau ^t quatre ou cinq vaisseaux de sa di<vision. Sir Thomas Allen enduisait la ligne à bord du Plymùutk.

Bientôt trois "raîsseaux de guerre hollaudais^ qu'on avait vus depuis quelque temps au vent ^ et qui cbercbai^t leur flott^e^ gouvernèrent pour la rejoindre» Un die ces bâtimens était un grand vaisseau^ de plus de quatre-vingts canons, que Corneille Evertzs avait laissé à son fils ^ pour y

faire faire quelques réparations dont il avait besoin , avec ordre de venir ensuite le joindre. Les deux autres n'étaient pas de la même force. Ces bâtimens, qui avaient le vènt^ s'efibrcèrènt de joindre la tête de leur flotte , et le jeune Evertzs , homme de cœur^ et anime du désir de se distinguer, résolut d'aborder de bout le Plymojuth, espérant le couler. Sir Thomas Allen ^ voyaat à -sa manœuvre quel était son dessein 5 mit tout d*un coup son vaisseau en panne > en s<krte tiu'Ëvertzs le manqua ; cependant ils s'approchèrent tellement que leurs vergues se touchèrent , et qu'ils se lâchèrent chacun en paissant une rude bordée; 'après quoi Evertzs et les deux autres trouvèrent moyen de joindre leur flotte > et sir Allen continua de conduire la lijgne; mais enfin il ise trouva .si .'excessivement désemparé > qu'il se vit forcé dé. niettre en pànne^ aiqsi que le Fôuhiain et leMarj. Le premier de ces deux bâtimehs avait été pris sur les Algériens; il é,ta,it dé quarante canons, et commandé par le capitaine Do T'ile; Fautre vaisseau était conoimandé par sir Jérémie Smith , et avait été tellement . maltraité dans ses agrès qu'il fut farce de quitter la ligne. •

Peu de temps aprè^, le. 0/6?-n/a/»^^^ vaisseau de second rang, commandé par le duc de Mariborough, un autre des seconds du duc, et qui était précisément à l'avant de son vaisseaiu , ga-

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gna le côté du yent et sortit de la ligne. Sir ÀUen Aplesy^ graud ami du comte ^voyant cette manœuvre^ ;et ne remarquant pas à quel point le vaisseau était désemparé , dit au duc qu'il était bien affligé de Voir son vieux camarade se con* duire aussi mal; mais Son Altesse royale lui dit qu'il était sûr que le comte était tué , et cela se trouva vrai. Il l'était , ainsi qoe le comte de Portland, son neveu ^ qui servait sous Im en qualité de^ volontaire. Ce vaisseau parti ^ il ne restait plus au duc ^ devant lui , que le Happj Returriy de cinquante et quelques canons^ cotomandé par le capitaine, Lambert. Alors Teniiemi avait beaucoup plus de facilité pour canonner Son Altesse royale.

Ce fut alors que le comte de Falmouth^ lord Afnskerry et M. Boyne furent tués d'un même boulet^ comme ils se tenaient près du duc^ sur le gaillard d'arrière. Le premier était capitaine de ses gardes : c'était un* homme généreux^ d'un grand courage^ très<-boti officier de cavalerie ^ et qui avait eotistamment servi le due^ depuis le moment de son passage en France jusqu'à cette heure. Il Pavait suivi dans toutes ses campagnes de France et de Flandre 9. et avait toute l'estime et l'entière coqfiance, non-seulement de Son Al- 'lesse royale , mais du Roi. Jamais il n'avait dévié d'un pas dans sa conduite à leur égard ^ et n^avait eu d'autre pensée que le bien de leur ser-

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vice^ si peu occupé de ses propres intérêts qu'il mourut sans rien laisser à sa femme et à sa fille ^ et que si le Roi et le duc n'eu eussent pris sai/a , elles eussent été réduites k mourir de Ciitn» Ceux qui jouissient de la faireur des prioeea «'offrent guère de pareils exemples.

Lord Mufikerry était un des gentilshommes de k chambre du dac ^ homme d'un grand courage et trèfi-bofi officier d'in&nterie»

hb combat cootiiHia très- vivement des deux parts» jusque vers deux heures de Tapi^ès-midî^k Alors les Hollandais commencèrent à dimifiuet: leur feu., ce qui encouragea nos gens à augmenter le leur s'il était possible. Opdam lui-même n'envoyait plus au duc de pleines bordées comme il l'avait fait jusqu'alors^ mais seulement des décharges de deux ou trois pièces à la fois; ce qui fit juger au duc que plusieurs de ^es canons étaient démontés» et qu'il avait perdu beaucoup dt iBonde^ et lui permit de ffiinè cesser pour un moment le feu de ison propre vaisseau^ afin que cette grande fumée. se dissipant un peu il pût voir où il était» et reconnaître l'état des deux flottes. Il vit alors que le jRoyal'Oate, le Mar^ et le Fly- •Hèouthy ainsi que quelques autres vaisseaux» hors de service^ s'étaiebt réparés et replacés à l'ouest des siens* Le Rojral^Catherine et le Swiflsure étaient derrière lui. Cet utile renfort augmenta tellement la terreur de l'ennemi» que ceux qui

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étaient à l'arrière cUOpdain commencèrent à prendre la faite ^ tandis qu'Opdam et les vaisseaux qui étaient à Favant du sien^ la plupart Zélandais^ continuaient de se hasarder à serrer le rent.

Le duc se trouvant alors beaucoup plus à l'aise^ et seulement à portée de mousquet d'Opdam y or* donna à son maître canonnier de le saluer à la manière ordinaire^ c'est-à-dire un canon après l'autre et de pointer toutes les pièces lui*»même , mais de commencer par ceux de la rangée d'en bas. Le canonnier fit si bien son métier qu'au troisième coup qu'on vit parfaitement porter^ de même que les deux premiers , le vaisseau d'Opdam sauta. A ce terrible spectacle , la flotte ennemie prit la fuite ^ et fit route vent arrière. Le seul vaisseau V Orange j robuste bâtiment de quatre-vingt-quatre canons ^ continua, à la grande surprise de tout le monde, à serrer le vent. Le capitaine était sur la poupe, brandissant une énorme hache , et à sa manœuvre il était aisé de voir qu'il était déterminé à tenter un coup désespéré et à aborder le vaisseau du.duc;ie sien avançait tout seul et si hardiment que quelques uns de ceux qui se trouvaient à bord du vaisseau de Son Altesse royale, et qui n'étaient pas grands marins, se mirent à crier que c^était UD brAlot ; mais le duc qui savait ce qui en était leur répondit qu'ils allaient bientôt reconnaître

leur erreur par la bôrdëe qu'il se (Préparait à leur' lâcher; et, en effet , ils ne l'auraient pas manqWe sans le capitaine du Mary y sir Jérémie Smith > un des seconds du duc, qui se trouvait précisément à l'avant de son vaisseau. Il interposa si heureusement son bâtiment entre V Orange et le Rojràl-Charles , et passa si près de Y Orange que leuris vergues se touchèrent , en sorte qu'il lui lâcha sa bordée et reçut celle àtV Orange qui lui tua ou blessa soixante hommes ; mais: le RojahCatheriîie ayant aussitôt lâché sur VO range une seconde bordée, ce vaisseau trouva qu'il était grand temps d'amener ; on retira l'équipage', ainsi que le portaient les ordres^ et on mit le feu au vaisseau. Le capitaine nommé Sébastien Seàton^.Ecossais d'origine, homme de bonne mine et d'une grande vigueur , ne fît pas difficulté d'avouer qu'il était résolu de se signaler en abordant le vaisseau du duc ou d'avoir l'honneur d'être pris par lui. Il n'eut pas le temps de s'en glorifier beaucoup, car deux ou trois jours après il mourut des* blessures qu'il avait reçues dans cette audacieuse entreprise.

11 était environ deux heures et demie quand le duc, qui était à la poursuite des ennemis, vit quatre de leurs plus gros navires, dont un était un bâtiment vîce-amiràl , dériver les uns sur les autres préci$ément^à l'avant dé son vaisseau.! Les voyant dans cet embarras, il fit signe à un des

deux brftlots qui raccompagnaient de s'y attacher, ce qu'il exécuta avec tant de succès qu'en un inoniènt tout fut en feu. C'était le spectacle le plus lamentable que de voir la mer couverte des gens de leurs équipages, à qui il ne restait plus que cet élément pour échapper à la rage de l'autre. Le caractère généreux des marins anglais se mîontra dans cette occ0sion ; car lorsqu'ils eurent réduit par leur valeur les ennemis à celte extrémité , leur humanité les sauva pour la plupart, au risque de périr eux-mêmes en les retirant de reau et de surcharger leurs chaloupes par le trop graud ^nombre qu'ils en recevaient.

Bientôt après, tandis que la flotte anglaise poursuivaitses avantages, on vit paraître au. vent une nouvelle escadre hollandaise, ce qui obligea le duc à mettre en panne un moment et à.ordonner à quelques vaisseaux sous le commandement de William Berkley de se mettre en panne à l'àrvièire {^our couvrir et ceux de ses propres Vaisseaux qui se trouvaient désemparés, et ceux qu'on ayait pris au:x ennemis. »

Le vaisseau de Son Altesse royale était un si admirable Voilier , qu'il gagna bientôt la tête de la flotte. Le duc vit alors trois autres de leurs vaisseaux dériver les uns sur les autres. L'un de^s trois, le J/ar«^ma/z , de quatre-vingt-quatre canons de cuivre', commandé par Jacob Rouse, f^t aussitôt abordé, et quoiqu'il eût amené, un de nos

brûlots y mit le feu sans ordre et contre lès usa* ges de la guerre : d'où il résulta qne les deux autres bâtimens qui se trouvaient accrochés à ce* lui-là y partagèrent son sort^ et si soudainement qu'on ne put sauver un seul homme du Marse^ man et très^peu des deux autres.

Le lendemain ^ le duc ordonna que le eapîtaine du brûlot fût mis en prison pour être jugé par une cour martiale ; mais avant qu'on eût pu commencer l'instruction de son affaire^ il mourut et échappa ainsi à la punition qu'il avait méritée.

Il était alors environ six heures du soir. Les Anglais continuaient de donner la chasse à l'ennemi. Us le poursuivirent aussi long-temps que dura le jour ; en sorte qu'il tomba encore entre leurs mains plusieurs autres bâtimens hollan* dais. Jean Evertzs qui se trouvait à l'avant d'Op^ dam au moment ou il sauta ^ parvint à se sauver et à faire voile vers la Meuse avec douze vaisseaux de l'escadre de Zélande. Le gros de la flotte se dirigea vers le Texel , et il y a lieu de croire que très-peu de ces derniers eussent évité d'être pris sans un accident qui arriva durant la nuit.

Le due 9 lorsqu'il avait commencé à faire nuit, avait ordonné au capitaine Wetwang qui montait le Norwich d^allomer des feux et de se tenir toute la nuit à l'avant du Royal-Charles et tout contre la flotte hollandaise.' Dans le cas où elle aurait changé de marche^ il avait ordre de tirer le

canon y de faire partir des fusées et d^allumer de nouveaux feux, et de se mettre à sa suite ^ afin qu'aussitôt qu'il ferait jour on pût recommencer l'attaque.

Après avoir donne clairement et positivement ses ordres, le duc demeura sur le gaillard d'arrière jusqu'à ce qu'il fît tout-à-fait nuit. Après quoi il descendit dans sa chambre pour y prendre quelque repos, mais ne put se coucher tranquillement sans être retourné sur le gaillard d'arrière pour reconnaître par lui-même Tëtat des choses et insister sur les ordres qu'il avait donnes. Il était onze heures du soir lorsqu'il rentra dans sa chambre où il se jeta tout habillé sur un matelas afin d'être prêt à se lever sur-le-champ s'il était nécessaire; mais il était à peine endormi y que M. Brounker, valet de chambre de service, se glissant hors de chez lui, alla trouver le capitaine Cox, maître pilote du navire, pour tacher de lui persuader de diminuer de voiles , attendu que le vaisseau du duc était si bon voilier que sans cela, il courrait risque de s'engager dans la nuit au milieu de la flotte ennemie, ce qui l'exposerait ou à être abordé par un brûlot > ou bien , s'il se trouvait au point du jour au milieu des ennemis , à recevoir tout leur feu. Il lui représenta qu'il devait , dans la situation où il se trouvait ^ prendre un soin particulier de l'héritier présomp* tif, du frère unique du Roi.. Il ajouta encore plua. 5

sieurs auti^cs argumens auxquels le capitaine Cox ix^pofiditj comme il était de son devoir, qu'il n'était que simple maître du vaisseau et que le duc lui ayant ordonné de mettre toutes ses voiles, il ne pouvait ni ne voulait les diminuer sans un contre-ordre de Son Altesse ou du moins de quelque officier supérieur. Brounker voyant qu'il n'en pouvait rien obtenir, alla s'adresser au capitaine Hartman, premier lieutenant, et lui fit les mêmes raisonnemens; mais celui-ci, vieil officier expérimenté , ne s'en laissait pas aisément imposer. Les argumens ayant échoué devant celui-là, il s'avisa d'un artifice. Il descendit dans les entreponts, tt, après y êti^ demeuré quelque temps, vînt retrouver Hartman , lui dit avec une incroyable assurance qu'il «quittait le duc, dans la chambre duquel il n'était pas seulement entré , et qtî'îl avait reçu de la bouche de Son Altesse l'ordre de faire diminuer les voiles. Le capitaine Hartman ne supposa pas qu'un homme, dans la situation de Brounker, pût se permettre un si dangereux mensonge : ainsi donc, ne doutant pas de la vérité de ces ordres prétendus, nonseulement il diminua de voiles, mais demeura quelque temps en panne. A la fin , inquiet du désordre que cela commençait à jeter dans la flotte, il prit de nouveau le vent, hissa un peu ses huniers, et, au moment où le jour commençait à poindre, se remit précisément comme on

était au moment oîi le duc s'était relire. Un instant après. Son Altesse monta sitr le gaillard , et , trouvant les choses comme elle les avait laissées, ne se douta point de ce qu^on avait fait pendant son sommeil.

Les Hollandais avaient par ce moyen gagne une grande avance sur les Anglais, et , lorsqu'il fut jour, le duc se trouva environ à une demi-lieue en arrière de leur flotte et à une égale distance de la sienne. Il n'avait avec lui que le Centurion , vaisseau de cinquante canons , et deux de ses yachts* Cette position de la flotte contribua à le tenir dans l'ignorance de Ce qui s'était passé sur son vaisseau; le connaissant pour être excellent voilier, il crut que c'était la rapidité de sa marche qui l'avait éloigné du reste de la flotte, et pensa que si les Hollandais avaieht gagné de l'avance c'est qu'ils avaient l'avantiage du vent et tiraient mojns d'eau que lui.

Lorsqu'il fut grand jour> le duc se trouva près de la côte de Hollande qu'il apercevait distinctement. Le comte de Sandwich était toujours à une demi-lièue en arrière avec le gros de la fldtte , cL le prince Robert à quelque distance au large. L'ennemi, sans perdre de temps, se dirigeait à toutes voiles vers le Texel. Cependant quelques uns des meilleurs voiliers anglais 9 dans les bàtimens de troisième et quatrième rang , atteignirent plusieurs des vaisseaux de queue

et s'en emparèrent. On paarsuiyii tout le reste jusqu'à l'entrée du Tezel. La marée ne leur étant pas favorable pour y entrer^ ils se tinrent à l'ancre quelque temps ^ mais si près des sables et avec si peu d'eau , que le duc trouva dangereux de se hasarder près d'eux avec ses gros vaisseaux^ et comme ils avaient plus de quarante voiles, nos petits vaisseaux n'étaient pas assez nombreux pour les attaquer. Leur bonheur voulut encore que nous n'eussions plus de brûlots, de sorte qu'ils parvinrent enfin à gagner leur port.

Nous n'avions en tout que quatre brûlots : on a déjà rendu compte de l'emploi des deux premiers. Le troisième, commandé par le capitaine Balle , avait été fait d'un vaisseau du sixième rang, et, comme il était très-bon voilier, il donna la chasse à VHilverêuniy vaisseau de soixante-six canons , et enfin courut le long de ses batteries malgré tout le feu du vaisseau hollandais , parvint à s'y attacher et à y mettre le feu , ce qui obligea VHilveraum à mettre en panne pour s'en débarrasser. Ily parvint, parce que c'était un trèspetit bâtiment, mais cela le fit tombw parmi quelques frégates de la tête de notre flotte ^ qui s'en emparèrent. Le quatrième de ces brûlots fut dé'semparé.

Les Hollandais étant ainsi rentrés dans le port, le duc jugea à propos de prendre le large , afin de ne pas exposer ses vaisseaux à échouer à la

côte y dans le cas où le yent viendrait à souffler de ce côté. Ainsi finit ce combat , le plus grand et le plus important qu'on eût encore vu^ car l'ennemi y perdit vingt vaisseaux de guerre dont le moindre était de quarante canons. Dans le nombre huit furent brûlés et le reste pris. On fit aux Hollandais quatre mille prisonniers ; ils eurent quatre de leurs amiraux tués. Opdam^ qui commandait en chef; Courtenaer^ Stillingi/vert et Scram ; on évalua leur perte à dix mille hommes ^ tant tués durant le combat, que noyés > brûlés > ou faits prisonniers. Nôtre- perte en soldats ou matelc^s ne fut pas très-considérable en proportion d'une si grande victoire. Cela ne passa pas huit cents tués ou blessés, sans compter ce qui fut pris sur le Charitjr, le seul vaisseau que nous perdîmes. Nous eûmes à regretter, en officiers généraux^ sir George Lawson^ vice- amiral de l'escadre rouge, qui mourut quelques jours après la ba* taille d'une blessure qu'il avait reçue au genou , et le capitaine Samson , contre-amiral de l'escadre blanche. Les gens de qualité tués dans la bataille furent le comte Marlborough^ capitaine du (Md-- James y et à son bord, son neveu le comte de Portland , le comte de Falmouth, le lord Muskerry et M. Boyle, fils du comte de Burlington.^ U périt aussi plusieurs autres volontaires d'un moindre rang et quelques domestiques inférieurs du duc« Le duc s'étant fait rendre compte de l'état

de sa flotte et de ce qu'il avait pris ou détruit de vaisseaux à l'ennemi^ dont la flotte était alors eu sûreté daps la Meuse ^ leTexel ou le Vlie, se rendit du mieux qu'il put à la balise de Nore pour se réparer et se remettre en mer le plus tôt possible. Durant ce temps ^ il eut toujours soin d'avoir en mer les corvettes chargées d'aller à la découverte^ prises pour l'ordinaire parmi les meilleurs bàtimens du quatrième rang; il les envoyait deux à deux vers le Texel et ailleurs ^ pour lui donner avis des mouvemens de l'ennemi. Lorsqu'il eut été ainsi plusieurs jours occupé , avec toute la * diligence et les soins possibles , à remettre tout en ordre > le Roi jugea à propos^ à la fin de jnin^ de le mander à Londres , ainsi que le prince Robert , pour se faire rendre compte par eux plus en détail de ce qui s'était passé ainsi que de Tétat ac* tuel de la flotte, et conférer des mesures à prendre pour le reste de la campagne. Il ordonna en même temps au comte Sandwich dé rester sur la flotte pour la commander en chef.

Nous devons, avant d'aller plus loin, rapporter ici une action de deux de ces corvettes, que le duc avait envoyées à la poursuite de l'ennemi. L'une était le Diamond^ commandée par le capitaine Golding, et l'autre le Yarmouth y capitaine AylifT; elles rencontrèrent deux de ce que les Hollandais appellent des vaisseaux de direction, chacun de quarante canons, et ap-^

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partenant à la Zélande. Le plus fort était, commandé par un nommé Masters^ et Tautre par Le jeune Evertzs qui^ bien que nos corvettes fussent les plus fortes, ne refusa point l'engagement^ A la première bardée , le capitaine Golding fut tué; mais DaTts> sous -lieutenant , maintint te combat avec une telle habileté ainsi que le capitaine du Yarmauthj qxCan bout de quelques heures tes^ deux vaisseaux hollandais furent pris après s'être vaillamment défendus, car ils avaient perdu beaucoup de monde et avaient été £brt en* dommages avant que de se rendre. Le duc mit Evertzs en liberté en mémoire des services que son père Corneille avait rendus au Roi avant ta restauration, li rendit également la liberté à d'autres capitaines à cause de la bravoure avec laquelle ils s'étaient défendus. Le lieutenant Davis fut fait lieutenant de l^une des prises.

Le duc, pour obéir aux ordres du Roi, avait laissé la flotte sous le commandement du comte de Sandwich, et, emmenant avec lui le prince Robert, il s'était rendu à Londres auprès de Sa Majesté. Le Roi décida que ni le duc ni le prince Robert ne se remettraient en mer du reste de l'année, et que le comte Sandwich commanderait la flotte qui, pendant cette fin de campagne > aurait beaucoup moins à chercher l'occasion d'une nouvelle bataille qu'à s'efforcer d'intercepter Ifes vaisseaux de Ruyter à leur retour d&

Guinée ^ et les riches bàtimeos qui reviendraieot, avec leurs cargaisons^ des Indes Orientales et Occidentales et qui devaient^ à ce qu'on croyait, revenir en Hollande en passant par derrière l'Irlande et l'Ecosse ; mais les vaisseaux furent assez; heureux pour arriver sans accident dans le port de Bergen , en Norwège.

Le duc fit tout ce qu'il put pour obtenir de Sa Majesté qu'elle le laissât sortir de nouveau avec la flotte, et employa inutilement plusieurs raisons de poids auxquelles le Roi ne répondit autre chose, si ce n'est qu'il était résolu à ne plus l'exposer cette année. Le duc lui prouva que le danger serait très- peu de chose;, les Hollandais n'étant pas en état de livrer une autre bataille dans cette année* Il ajouta qu'ayant commence la campagne d'une manière si heureuse, il dé« sirait être chargé de la terminer et avait la va-* nité de croire qu'il la terminerait mieux que personne, et que le soin que Sa Majesté prenait en ce moment de sa personnç l'obligerait peut-^ être à se remettre à la tête de la flotte lorsque , faute de vigueur à poursuivre les avantages qu'on avait obtenus , on aurait ramené de nouveaux périls; au lieu que si l'on continuait comme on avait commencé , les Hollandais pourraient être o'bligés de consentir à une paix aussi honorable qu'avantageuse à l'Angleterre.

\j^ Roi demeura feroie dans sa résolution , et

lorsque la flotte fut prête à remettra eo nier^ se rendit lui-même à la balise de Norp ^avec le duc ^ oii ils inspectèrent la flotte qji'ob lai$sg aous le commandement du comte de Saqdwich*

Cependant le duc ne savait pas encore un mot de ce qui s'était passé sur son Tai$seau la nuit de la bataille : personne ne lui ep av^it rien dit# Cela fut fort heureux pour Brounjier , qui etlt été certainemeut puni comme il ).e n^éritait si le duc eût été instruit alors de ^a coupable conduite. Ce fut par un étrange concours de circonstances que Son Altesse royale ignora si long- temps ce que tout le monde savait et dont on parlait en tous lieux. Au moment oii le Roi et le duc étaient prêts à partir de la balis^ de I^f ore^ le capitaine Cox saisit cette occasion de s'ad|*esser au duc pour se justifier sur l'afiaire en question^ disant au duc qu'il croyait qu'on avait fait quelque rapport à son désavantage^ mais que lor^u'on voudrait examiner sa conduite y il lui serait aisé de faire voir qu'on n'avait rien à lui reprocher et qu'il n'avait agi que par ordre. Le duc, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire, lui ordonna de s'expliqueret l'as-^ sura que personne n'avait rien dit qui put lui faire tort; inais précisément à l'instant où Cox «allait commencer son récit, on vint dire au duc de se rendre le plus promptement possible auprès du Roi qui l'attendait dans la chaloupe, prêt \ partir; et Cox devant suivre , sur la flotte , le Comte de

Sandwich^ ne trouva pas l'occasion de s'expliquer.

Comme la peste augmentait à Londres y le Roi et le duc quittèrent cette ville pour se rendre à Hampton-Court et quelques jours après à Salisbury , d'où le Roi jugea à propos d'envoyer Son Altesse royale à York pour surveiller les provinces du nord où l'on craignait quelque soulèvement de la part des fanatiques et autres du parti de Cromwell et de celui de la république, dont plu* sieurs étaient en correspondance avec les Hollandais et poussés par eux y ainsi que Sa Majesté en avait été instruite par quelques espions qu'elle entretenait parmi eux. On laissa à Londres le duc d'Âlbemarle et le comte de Craven avec la moitié des gardes à pied et une compagnie des gardes à cheval pour y maintenir l'ordre.

Le parlement s'étant réuni à Oxford l'automne suivant^ le duc fut contraint d'y aller retrouver le Roi. Dans cette session , le parlement donna à Sa Majesté un subside de douze cent cinquante-six mille cent quarante-sept livres pour continuer la guerre y et en même temps demanda la jpermission d'offrir à Son Altesse royale un présent d'environ cent vingt mille livres comme témoignage des seiitimens qu'avaient inspirés aux Chambres sa conduite et son courage dans le dernier com])at , et remercièrent aussi particulièrement le Roi du soin qu'il avait eu d'empêcher son auguste frèiede s'exposer de nouveau sur la mer.

DE JACQUES IL yS

. Ce fut vers ce temps que le duc entendit parler, pour la première fois^ des faux ordres que Brounker avait donnés en son nom ; il en fut vivement irrite contre l'homme qui s'était rendu si coupable > et très-mécontent de ceux qui lui avaient si long-temps caché la chose. Le prince Robert et le comte de Sandw^ich s'excusèrent auprès du duc en disant qu'ils l'en avaient cru instruit ^ mais pensaient qu'il ne voulait pas avoir l'air de le savoir, de peur d'être obligé de punir Brounker comme il le méritait. Les gens de la maison du duc, amis de Brounker, lui demandèrent pardon du silence qu'ils avaient gardé , disant que ce n'était pas à eux à dénoncer un camarade et un ami. Ceux qui ne l'aimaient pas pré-tendirent qu'on n'aurait pas manqué de regarder leur accusation comme un effet de haine, car elle pouvait lui coûter la vie ou du moins le perdre h jamais. C'est ainsi que tous , sous un prétexte ou sous un autre , s'étaient rendus coupables envers le duc en ne l'avertissant pas à temps de ce qu'il lui importait de savoir. Au moment où il l'apprit, la chambre des communes, dont Brounker était membre, en prit aussi connaissance , ce qui empêcha le duc de le faire juger par une cour martiale. Ce fut là ce qui le préserva du châtiment quMl avait mérité. Dans le premier moment , comme la chambre se montrait violemment animée contre lui , il prit le sage parti de

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se rjetîri^r ea France poar laisser passer cette ,çbaieiir^ et pendant son absence quelques uns de ses amis parvinrent à faire différer la pour- 6uitç jusqu'au moment où sir John Hartman y le principal témoin à charge ^ serait revenu des }ndes Occidentales. Pendaiot ce temps la chaleur qu'on avait montrée d'abord se refroidit tellement que Brounker en fut quitte pour être chassé de la chambre ^ et que le duc ne put alors lui faire autre chose que de le chasser de son service. Comme il ne fut pas permis à Son Altesse royale de prendre part plus longttemps à la guerre^ mais seulement d'inspecter la flotte avant qu'elle mît à la voile, nous ne rapporterons pas en grand détail les divers événemens de la campagne de 1666^ Cependant, pour conserver l'ordre des temps, l'on doit rapporter ici que le roi de France s'étant inutilement efforcé d'obtenir, par sa médiation^ une paix avantageuse aux Hollandais, se crut obligé j^ en vertu de l'alliance qu'il avait dernièrement conclue avec .eux, de se joindre à eux contre nous. Notre flotte mit en mer souâ la conduite du prince Robert et du duc d'Albemarle. Nous eûmes un peu le dessous dans un premier combat , parce que la prince s'était séparé du reste de la flotte pour aller à la recherche des Français. Cependant la flotte continua , sous les ordres du duc d'Albemarie, de coDo^battre, pendant quatre jours, et pendant les trois premiers contre un ennemi

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douUe en nombre; mais^ le qoAttiètMl joûr^ tonte notre flotte s'étant râinie, nous n'otifs trou-' Tâmes à forces égales ^ et alors les Hollandais^ aa bout de quatre heures de comEat^ céderisnt et se retirèrent dans leurs ports.

Notre flotte revint à la balise liéNore pour se réparer^ car Tescàdre du duc d^Âlbemarle avait excessivement souffert dans sesagrès. Les Hollandais en firent autant de leur côté ; après quoi lés deux flottes se remirent en mer^ et le 25 juillet , jour de la Saint- Jacques ^ se livrèrent un combat dans lequel nous obtînmes la victoire et forçâmes lès Hollandais à rentrer dans leurs ports. Ce fut albrs que sir Robert Holmes fit son expédition sur Schel* ling et détruisitt aux Hollandais cent cinquantil petits bàtimens qui^se trouvaient à l'ancre et deux petits vaisseaux de: guerre qui les gardaient.

Cette année fut encore marquée par un terrible événement ^ l'inoendie de Londres qui y dkns l'espace de quatre jours ^ coifsuma plus de treize' mille maisons, quati^^vingt^neuf églises paroissiales et plusieurs autres très-beaux édifices publics^et cela pendant uoe guerre contre laHdllàndè et la France , et après la peste qui avait désolé le pays Tannée précédente. Le dttc ne prit pas uire médiocre part aux: fatigues et aux dangers de cet événement. Il s'exposa jour et nuit pour arrêter la violence du feu, fort augmentée par les vents d'est qui soufflaient alors > et on n'y parvint enfîft

qu'en &isant sauter des maisons pour couper au feu toute communicatioD.

Le parlement se réunit bientôt après , et plusieurs de ses membres voyant la nation accablée h la fois de la peste ^ de la guerre et du feu , en conçurent une humeur chagrine qu'ils passèrent sur les papistes ; et y bien que la peste fût évidemment l'ouvrage de la main de Dieu et qu'euxmêmes eussent engagé le Roi à la guerre^ ils s'efforcèrent avec aussi peu de raison que de charité chrétienne d'imputer l'incendie aux catholiques romains. Ils nommèrent un comité chargé de les en accuser 9 mais furent enfin obligés d'abandonner honteusement cette entreprise. D'un autre côté^ las de la guerre dans laquelle ils s'étaient engagés d'abord avec tant d'ardeur^ ils refusèrent, sous prétexte de mauvaise gestion y les subsides nécessaires pour la soutenir; en sorte que le chancelier^ le lord trésorier Southampton^ le duc d'Âlbemarle et les autres ministres persuadèrent au Roi, sous prétexte d'économie^ de désarmer les vaisseaux de premier et de second rang, et dé né faire sortir en mer que ceux* qui étaient propres à gêner le commerce de rennemi^ se bornant d'ailleurs à une guerre défensive.

Le duc s'opposa de* tout son pouvoir à ces mesures ; observant que si nous n'avions pas de flotte en mer, les ennemis, alors fort abattus/ reprendraient courage et pourraient, quand' il

leur plajirait ^ fai|« sortir de nouveau leur flotte, qui n'aurait plus à craindre de rencontrer beaucoup de résistance; que ce qu'on pourrait épargner en désarmant les gros y aisseaux, ainsi qu'on l'avait conseillé, passerait à l'entretien de la nciilice et des autres troupes nécessaires à la gar^e de nos côtes et de nos ports , et qu'il était contraire à notre honneur ainsi qu'à nos intérêts, de laisser les Hollandais maîtres de la mer à notre barbe. Son Altesse royale déclara donc ouvertement qu'elle regardait la mesure proposée comme une très-mauvaise économie dont on se repentirait bientôt. Les raisons de Son Altesse ne purent l'emporter , mais ses prédictions ne furent que trop promptement réalisées par l'événement.

L'été suivant, en effet, la flotte hollandaise se trouva tellement maîtresse de la mer , qu'elle vint jusqu'à la balise de Nore et entra dans la rivière de Medway , où les Hollandais brûlèrent et détruisirent plusieurs vaisseaux , et emmenèrent le C/(ar/t?£^ vaisseau de premier rang; et s^ils eussent poussé plus vigoureusement leurs avantages , ils auraient pu faire beaucoup plus de mal. C^ fut la dernière action de la guerre que notre négligence donna aux Hollandais les moyens de terminer beaucoup trop glorieusement. Dans ce même temps on négociait la paix à Breda; elle y fut conclue le g juillet , et solennellement proclamée à Londres le 24 août suivant. *

8ù IfÉMOIRES

. Le temps de la sessionf s'tf pprochait. Le parlement était convoqué pour lé lo octobre; et le parti mécontent , encouragé par nos mauvais succès sur la mer , commençait à se montrer audacieux et turbulent. Les principaux dé ce parti avaient des réunions secrètes et formaient des cabales f surtout la bandé des preisbytériens et des républicains y qui n'avaient jamais négligé une occasion de chagriner la couronne. Le comte de Nortfaumberland ^ le comte de Leicester , le lord Holiis et d^autrés qui tenaient pour les conditions de rile de Wight^ se réunirent à Guilford; et Ton verra, par l'entretien qu'eut* avec eux le comte deNorthumberlaod, quelque temps avakit l'ouverture du parlement , quel fut le résultat de cette conférence. Le comte , un jour ou deux après sdn aftrivée à Londres ^ étant venu à Saint-JaWès rendre ses devoirs, selon sa coutume, à Son Altesse royale, le duc commença à s^entretenir librement avec lui sur toutes sortes de sujets , et entre autres sur le loifd chancelier et W cralntèV qu'avait le duc que les ennemis qu'il aVait à la' cour .ne le fissent mettre en accusation; car il^ croyait le comte un dès amis du chancfelier. Il' fut très -étonné lorsque le comte luti répondîi'*' très-gravement que ce n'était pas assez' pdur satisfaire la nation que de renvoyer lé chancelier , objet de la haine du public, et qu'oïl comptait aussi sur le licenciement des gardes et' sur le

DE JACQUES II. 8t

redressementde plusieursautresgrtefs.Leduc l'înteripompit , en le priant de prendre garde à ce qu'il disait^ et que s'il continuait sur ce ton il serait oblige d'en rendre compte à Sa Majesté. Le comte répondit qu'il n'avait rien dit qu'il n'eût le projet de répéter au Roi le lendemain , et il tint parole. Lui et son parti étaient fort encouragés par la résoli^tion qu'avaient prise à la cour les ennemis du chancelier de le faire mettre en accttsation ^ pensant que cela pourrait occasiôner une rupture entre le Roi et son frère. Le duc , datis .l'occasion dont je parle y discuta la .chose avec lui sans emportement 9 lui faisant sentir combien ^ pour là sûreté de sa personne et le lèpos de la natîon , il était nécessaire que le Roi cwiservât des gardes; qu'on savait ce qu'il en avait coûté au feu roipour n'en avoir pas eu , et ce qui en était résulté pour le pays tout entier; mais le comte était d'un caractère trop inflexible pour que toutes les raisons du duc fissent effet sur lui.

Le JRoi, à cette époquey consentît enfin au renvoi du chancelier^ que depuis plusieurs années ses ennemis travaillaient à obtenir. Le comte de Bristol l'avait attaqué le premier en 1664 > en portant contre lui une accusation dans le parlement; mais comme le Roi soutenait alors le chancelier , le comte échoua dans son projet : ce qui l'irrita tellement, qu'H perdit i^espect au Roi,

oublia tous ses devoirs, et adressa à la chambre

82 MËMOfRES

des communes y sans en ayoif obtenu la permission , uu discours travaillé^ rempli de réflexions séditieuses contre les actes de Sa Majesté. Il eut en même temps l'assurance de demander au Roi une audience en présence de lord Âubigny^ et s'emporta dans cet entretien à un tel point d'iasolence et d'extravagance^ que si le Roi n'eût pas eu plus de pitié pour la folie du comte qae de soin de sa propre dignité , la Tour^ ou quelque chose de pis, eût été la juste récompense d'une telle conduite. II poussa l'insolence jusqu'à dire au Roi , ainsi que le duc l'a su depuis par le lord Aubigny , que puisque ses ennemis étaient parvenus à le priver des faveurs de Sa Majesté , il élèverait contre eux mn orage si violent qu'elle-p-méme en ressentirait les effets.

Les autres ennemis du chancelier suivirent leur projet plus modérément et plus sûrement ^ épiant toutes les occasions et s'appliquant à faire naitre par degrés l'éloignement du Roi. On ne peut ex-» cuser le chancelier de leur avoir donné, par ses torts envers ïê Roi , le moyen de faire plus ai-^ sèment consentir Sa Majesté à la chute qu'on lui préparait. Sans parler ici de plusieurs autres exemples de sa résistance aux volontés du Roi , l'opposition qu'il apporta en 1664 aux résolutions qu'avait prises Sa Majesté en faveur des dissidens , est un fait beaucoup trop mémorable pour le passer sous silence. Le lord Robert^ lord

Ashiey-Cooper et d'autres avaient propose' et tâché de faire passeV dans le parlement une ordonnance dti Koi accordant tolérance aux consciences scrupuleuses, conformément aux pronïessleâ Contenues dans là déclaration de!Ëreda. H avait été résolti par ^a Majesté, dans un conseil privé tenu en sa présence chez le Chancelier à Worcester-Housé , qu'on porterait à la chambre ' des lords tme déclaration à cet effet. Le duc était aussi trèè-fort de cet avis ; mais lorsque l'affaire fut misé en discussion dans la chambré des lords , le chancelier s'éleva avec violence contre la proposition, et, secondé par les évêques et autres partisans zélés de PËglise anglicane , parvint à la faire écarter , ce qui ne contribua pas peu à refroidir la chaleur de Taffection an tloi pour le chancelier.

Ses ennemis ne manquèrent pas, lorsqu'ils jugèrent l'occasion favorable, de rappeler au Roi le souvenir de toutes ces fautes, et fortifièrent leur parti de la duchiesse de Cleveland , qu'il leur fut aisé de gagtiei* ; car elle était déjà piquée contre le chancelier de ce qu'il avait défendu à sa femme de la visiter à cause dû scandale de sa vie , bien qu'il eût été jadis un des meilleurs amis de son père.

La première tentative du parti contre lui fut de persuader à Sa Majesté, de pousser la chambre des communes à dissoudre la compagnie des

84 MÉMOIUËS

Canaries^ pour laquelle il avait obtenu de Sa Majesté une nouvelle charte. Cette mesure , prise uniquement en haine du chancelier^ et pour diminuer son crédit^ fut très-fâcheuse pour le commerce, car la compagnie obligeait les habitans des Canaries à prendre en paiement de leurs vins beaucoup de marchandises manufacturées dans le royaume , et à livrer ces vins à des prix raisonnables; mais la compagnie une fois dissoute ^ ils ne voulurent plus recevoir que de l'argent comptant^ et augmentèrent de beaucoup le prix de leurs vins, ce qui fut une double perte pour l'Angleterre.

Les ennemis du chancelier, ayant obtenu du Roi de le renvoyer avant Touverture du parlement, qui devait avoir lieu, comme on Fa dit, le lo octobre 1667, Sa Majesté en informa le duc, et lui ordonna de l'apprendre au chancelier, lui disant en même temps que ce n'était pas qu'il éprouvât contre lui aucun mécontentement, mais que la nécessité des affaires le requérait , et qu'il était plus convenable, pour l'honneur de la couronne, que le Roi décidât ce renvoi lui-même, que de se le faire arracher par le parlement. Il ordonna donc au duc de lui dire de renvoyer le grand sceau, et ajouta, pour lui montrer qu'il conservait pour lui la même considération , qu'il lui continuerait la pension qu'il lui avait faite jusqu'alors. . t

Le chancelier reçut ce message comme il convenait à un fidèle sujet,, et renvoya sans délai le sceau à Sa Majesté'. Il dit au duc que, puisque ses ennemis étaient parvenus à obtenir son renvx)i,. ils ne s'en tiendraient pas là , et le poursuivraient jusqu'à l'extrémité , peu occupés des intérêts des rois et de la couronne , pourvu, qu'ils pussent parvenir à le perdre.

Le sceau fut donné à sir Orlando Bridgeman , avec le titre de garde du sceau. Il était regardé comme un très-honnête et habile jurisconsulte , et il conserva cette réputation quelque temps, après avoir été promu à sa nouvelle djgui té; mais, à l'épreuve il finit par se trouver trop faible pour, en soutenir le poids.

liorsqueleparlehientfut rassemblé, la chambre des communes, dans l'humeur que lui causaient nos pertes sur mer et les dépenses de la, guerre, commença , comme de coutume , par décharger sa bile sur les papistes , et vota une adresse au Roi, pour lui denaander de renvoyer tous ceux qui se trouvaient dans son armée, ou de service sur la mer, et que, pour les mieux découvrir, on obligeât indifféremment tous ceux qui possédaient quelque emploi à prêter les sermens d'allégeance et de suprématie , et qu'on exigeât d'eux, à un jour marqué, de recevoir là communion, selon la forme usitée dans l'Eglise anglicane.

Cela se fit après le vote de remerciment adressé

86 MÉMOIRIîS,

au Roi par la chambre^ pour sou gracieux dis- ,cours à Fouverture de la session. On vota de même sur la motion de sir Thomas Littleton^ qu'on adresserait aussi des remercimens particuliers, à Sa Majesté', pour avoir repris le sceau à lonj Clarendon, et l'avoir écarté des affaires. On doit re^marc|uer ici que cette clause des reiuercîmenç , relative à lord Clarendôn , aurait eu peine à pas-r ser, si Sa Majesté n'avait pas ordpnni^ à ses serviteurs de faire connaître en particulier aux membres, de la chanibre, qja'elle désirait.qu'il en fût ainsi y et si 1q comte n'eût pas (Jei^an^é à ses amis, dans les deux, chambres , 4e ne s'yp^s t^pposer, étant r^olu à ne point peraiçjttre que. ses içté^ rets portassent le moindre obst^vCJle aux s^ff^ires du Roi; car, si Je duc^lç^évêq^uies et autres amis du comte se fussent oppesés à la mesure danç la chambre des lords, il est tput-à-fait probable qu'elle n'y aurait pas passé. Lorsque la chose fut mise aux voix, le duc et, plusieurs des amis du comte se retirèrent; cj^r si leur, soumission aux ordres, de Sa Majesté ne Içur. permettait pas de s'opposer aux remercimça^, ils ne pouvaient, dans leur opinion, y donner leur voix, et cela non-seulement. à cause de leur amitié pour le lordlClarendon , et des liens qii'ils avaient avec lui, mais parce qu'ils, regardaient ce précédent comme fâcheux pour la couronne* Sa.MajesJ^é, en réponse à l'adresse, assura les deux chan^bi:es

qu'elle ne confierait plus au chancelier aucun emploi. . .

Lès ennemis dû comte , encouragés par là , ne crurent pas devoir s'en tenir à ce qu'ils avaient iàit, mais résolurent^ pour plus de sûreté , de le &ire mettre en accusation^ Le principal acteur daoas eettè affaire fut sir WiUiam Coventry, qui renonça à sa place de s^rétaire du duc , pour être pltts eh liberté p6ur poursuivre lord Clarendon. Cé^it de tx>ns lès ennemis du comte le plus dsRigereux ^ à raison de son habileté, et peutètre> s'il n'eùtpas été à leur tète, né fussent-ils pas parvenus à Remporter. La chambre descommunes prépara , sans perdre de temps , les articles de raccasation> pour être portés à. la chambre des lords. Pendant qu'on procédait a vefc cette violence, le duc aurait pu se trouver fort embar^ Fasse de sa conduite entre ses devoirs envers le Roi , ceux que lui prescrivaient envers le comte la justice aussi bien que l'amitié et le soin de son honneur; mais il plut à Dieu, dans la plus' grande chaleur de la persécution, de lui envoyer la petite vérole , en sorte que , lorsqu'il fut en état de sortir, le plus fort- de l'affaire était. fait, et lecôiÂte, d* après un ordre secret du Roi , était sorti d'Angleterre pour éviter l'orage. On en profita pour rendre un acte du parlement qui le bannissait à vie de l'Angleterre.

11 y avait alors dans les deux chambres du-par^

lement un parti presbytérien peu nombreux , mais important par son extrême activité à saisir toutes les occasions , sinon de détruire entièrement 9 au moins de rabaisser l'autorité royale. Quelques uns de leurs chefs pensant que celle-ci pourrait être favorable à leurs desseins et que rien ne leur serait plus avantageux que de faire iiaiire la division entre le Roi et le duc, s'adressèrent en secret au comte de Clarendon, et lui firent savoir qu'ils se joindraient tous à lui s'il voulait tenir tête à Torage et s^unir au duc pour résister auï procédés injustes et violens dont on usait à son égard. On doit le remarquer ici y ils employaient le nom du duc à son insu , Son Altesee étant à cette époque ipalade , dans son lit , de la petite vérole; mais le comte était trop honnête et trop sage pour se laisser prendre au piège; ils se retirèrent donc fort désappointés , tandis que le comte, conformément à la volonté de Sa Majesté , cédait à la violence du torrent et passait secrètement en France 9 oii il mourut en 1674^ après sept ans de bannissement.

C'était un simple gentilhomme de bonne fa-* mille, instruit dans les lois, doué de beaucoup de sens et naturellement éloquent^ ce qui le mit de bonne heure en crédit. 11 iîit donc choisi membre de la chambre des communes dans ce funeste parlement de 1640, et s'y fit bientôt tellement estimer par ses talens que le Roi le

choisit pour y ménager secrètement ses intérêts. Il se conduisit dans cette mission avec tant d'adresse et de fidélité qu'au commencement de la rébellion il était toutà-fait établi à la cour , et avait le secret des plus importantes affaires. Il fut y en récompense de ses services ^ nommé chancelier de l'échiquier quand le prince de Galles fut envoye^ d'Oxford dans l'ouest ; le Roi le nomma membre du conseil chargé d'accompagner Son Altesse royale y et se fia' particulièrement à lui. Lorsque les affaires du Roi devinrent ensuite si désespérées que le prince ^ pour sa sûreté, ftit obligé de se réfugier d'abord à l'île de Scilly, de là à Jersey, et enfin en France, sir Edward Hyde le suivit partout^ Bientôt après le meurtre du roi Charles I". , le nouveau Roi le nomma , conjointement avec lord Cottington , à l'ambassade d'Espagne , d'oà il revint et rejoignit le Roi à Paris peu de temps après la bataille de Worcester. A compter de ce moment, il obtint la confiance absolue du Roi, et commença à agir comme premier ministre; il eut seul, avec le général Monk et l'amiral Montague , la conduite de l'affaire de la restauration. Il avait été nommé lord chancelier quelque temps auparavant, et, lorsque le Roi revint en Angleterre ^ il jouissait d'une telle faveur , qu'il emportait tout ce qui lui plaisait et que personne n^'osait se mettre en opposition avec lui. Il fit nommer lord trésorier son

ÎJO MÉMOIRES

grand am^ le comte de Southanipton et ëtroiteinent uni avep lui^ le duc d'Ormond et leséviéques^ car il ét^it zélé protestant* il fiie vit dône redeuDé et courtisé de 1»ute l'Angleterre. A ces avantages il joignit celui d'aToir marié sa fitieau due d'York ^ ce €|ui j pour le moment^ ne laissa pa« d'ajouter beaucoup à sa force ^niaiâ ce :<}Ui contribua pro^ bablement ensuite à faire naiti^ centre lui cet excès d'envie qiui devint la cause d€ sa ehttte^

aussitôt apr^s le rtovoî» du chancelier, ceux qui avaie;)t pinncips^lemenf contribué à le fairerenvoyer , commencèrent à se disputer eûtre eux, chacun prétendant lui succéder dans le ministère. Sir William Coventry , sans le secours duquel Buckingham et Arliogton' ne seraient jamais parveni|s à leurs fi^s^ avsiit plus Uea que personne de compter sur eette place qu'il était le pluscapable de remplir; mais les deux autres, fort inférieurs àf lai> étaient beaucoup meilleûris coui^tisai^; ils se réunirent contre lui et parvinrent à- le faire exclure de tous les ev»ploil», puis se disputèrent entve eux à qui aurait le plfis de t ppuvoir et de crédit aupiiàs- du Roi ,. dont les affaires souffrirent excessivement de leul:* méstintelligpD<îe eide leur incapacité.

Il ]$ arvait une chose sur laquelle s'accordaient ' tous oéux qiai avisaient poussé au renvoi dû chan-^ celier , c'était la nécessité de diminuer , aoitànt qu'ils le pourraient, auprès dii Roi , le crédit du

duCj sans quoi leur coupable conscience leur faisait crs^indre de se voir , tôt ou tard , exposes ai]i ressentiment de Son Altesse royale^ à cause de leur conduite dans l'afTa ire dui lord Clarendon : ils appréhendaient aussi que le:duc ne' parvint à le faire, rappeler. Ce. fiit pour cela que^ comme on Ta dit ^ ils obtinrent de Sa Majesté la permission, défaire porter contre lui^ dans la chambre des lords ^ un bill de bannissement. Le duc était, alors rétabli de sa petite vérole ; il exposa dans la chambre ses motifs pour voter contre le bannissement ,. mesure tout«*à*-fait sans précédeQt> puisqu!on. n'avait apporté aucune preuve des.crimes imputés ail, chancelier.

Cela occ9siona quelque froideur du Abi envers Son. Altesse royale > ce qui enhardît la faction à risquer un. pas de plus, et à représenter au Roi y avec une apparence de zèle et de fidélité aux in^ térêts de Sa Majesté^ que le crédit et le pouvoir dont jouissait le duc en Angleterre^ .étaient autant de diminué sur la puissance de Sa Maje^é^ et que, dansJ'état présent des affaires , il pourrait être dapgereus^ de/laisser entièrement entre les mains du duc Je.commandement de là marine et d'une grande partie des troupes de terre ', surtout mé-content copame il l'était probablement de la dis** grâjçedttchanceliertetlesowquedévaîeatprendre les partisans ;durComte^ et$iurtQutla duchesse sa fille échaufTeira encore ce ressentiment. De pa-*

reilles suggestions méritaient le plus sévère châtiment^ et cependant le Roi n'y vit qu'un excès de zèle^ mais elles ne firent sur lui aucune impression au désavantage du duc^ car Sa Majesté était trop fermement convaincue de la fidélité de son frèré^ pour qu'aucune insinuation de ce genre pût parvenir à ébranler sa confiance.

Cependant le parti alors dominant ne demeurait pas oisif^ il travaillait activement à écarter tous les amis de l'ancien chancelier ^ et à mettre à leur place ou d'anciens rebelles ou des hommes connus pour leur opposition^ dans le parlement^ au parti du Roi. Du nombre de ces derniers étaient sir Thomas Osborn , sir Robert Howard, M. Seymour et lord Vaughan, introduits à la cour par leur patron le duc de Buckingham , au moyen duquel ils obtinrent de bons emplois y ainsi que sïr Thomas Littleton , sir Richard Temple et sir Robert Carr , porté par lord Arlington. On prit dans le parti républicain ou dans celui de Cromwell, lord Robert, lord Orrery, lord Anglesey, le secrétaire Trévor", et plusieurs autres de la même espèce qui , après la déroute du chancelier, parvinrenttôt ou tard aux emplois.

Pour acquérir de la popularité aux risques de la couronne/ ils firent aussi sortir de prison plu- ' sieurs républicains et anciens officiers de Cromwell, comme le fameux major Wildmann, le colonel Salmon, le major Creed, le major Bremen

DE JACQ,DES IL gS

et autres hommes de sens extrêmement brâves^ et qui avaient beaucoup de crédit sur les officiers et soldats licenciés de cette armée rebelle. Plusieurs d'entre eux se trouvaient au moment de la restauration en possession de domaines de la couronne et de l'Eglise. Ils avaient été emprisonnés d'après le conseil du duc d'Albemarle, qui regardait cette mesure comme indispensable à la sûreté du gouvernement; car, pour recouvrer leurs biens mal acquis , ils machinaient sans cesse sou renversement, etle vieux général avaitchaquejour à découvrir et à déjouer de nouveaux complots de leur part.

Les hommes actuellement en pouvoir s'occupèrent ensuite à dépouiller le duc d'Ormond de ses fonctions de lieutenant dlrlande. La chose fut conduite principalement par le duc de Buckingham, à l'instigation de lord Orrery, homme fameux par sa facilité à changer de parti, et par ses discours à Cromwell pour l'engager à se faire roi. Le comte d'Arlington se fit d'abord scrupule de s'unir à eux, pour mettre dehors son vieil ami, le duc d'Ormond; mais.enfin ils l'y obligèrent par leurs menaces. Le duc n'eut pei^sonne pour le défendre que Son Altess.e royale, qui trouvait scandaleux qu'un homme d'une si coustante loyauté fut poursuivi et chassé par des gens dont la plupart étaient connus comme rebelles ou ne valaient guère mieux : savoir, le duc de Bue-

kîngham^ cfui avait renoncé le Roi son liiailre po-ur gagner la faveui^ de dromweîl, dont il au-rai't épouse la ôHe , si cet usurpateur n'avait eu au moins assez d'honneur pour dire qtfîl ne donnerait jamais sa fille à un liomme si Ingrat envers son roi. N'ayant donc point réussi de ce cote, il parvint, avec beaucoup de peine et de soumissions, à épouser la fille de lord ïairfat, qui avait aussi été général de Tarmée du parlement; mais^ malgré tous les efforts de Son Altesse royale, le parti réussit à faire écarter le duc d^Ormond et à mettre lord Robert à sa place.

Ils parvinrent encore à faire nommer sir Thomas Osborn et sir Thomas Littletoh , trésoriers de la marine , sans en dire seulement un mot au dnc^ bien qu'on ne disposât jamais de ces places sans le concours et l'approbation du grand amiral. Ce fut en vain que le duc représenta àtt Roi le tort qu'on lui feisait en ceci; Sa Majesté lui ordonna de signer Tordre de leur admission. Le duc n'en vécut pas moins très-bien avec ces deux messieurs, hommes capables, et qui remplissaient très-bien leur office. Ils s'opposèrent aussi , pendant quelque temps, à ce qu'on nommât à l'emploi de commissaire de la marine sir Jérémie Smith, recommandé par le duc, comme ancien officier de marine, etThomme de toute l'Angleterre le plus propre à cet emploi.

Malgré tous ce^ manques d'égards et ces m au-

Tais procëdésiles nouveaux min istres en vers ie duc^ Soik Altespe royale ne laissa pas de se joindre toujours à eux dsLiis les conseils du cabinet ou ailleurs, en tout ce^ui concernait le service de Sa Majesté ; car aucun traitement ne pouvait l'entraîner à s'écarter, le moins du monde, de son devoir, et l'empêcher de doniier, en cela, Texemple au dernier des sujets du royaume. Le Roi le sentait si bien que jamais les ennemis du duc ne parvinrent un seul moment à diminuer sa confiance en son frère. D'accord à mortifier le duc , Buckingliam et Ârlington étaient si loin de s'entendre sur le reste, qu'ils travaillaient mutuellement à se supplanter et à se perdre ; ji ce point queleduç de Buckinghani fit parler secrètepnent à Son Altesse royale, par le comte de Berkshire, un de ses plus intimes confidens, pour lui offrir ses services, avec de grandes protestations d'agir en sa faveur. Son Altesse royale répondit franchement qu'il avait déjà reçu du duc de telles offres de service sans aucun effet, qu'il ne pouvait se fier à luij ajoutant que d'ailleurs il regardait comme au dessous de lui d'entrer d&ns aucune de c^cabales, et qu'il étàil résolu à iservir le Roi à sa manière. De peur qu'on ne forgeât là-dessus quelque histoire, et que la chose ne fut faussement présentée au Roi , Son Altesse, alla sur-le-champ rendre compte à Sa Majesté de ce qui s'était passé, mais sans lui nommer le porteur du message.

96 iVlÉMOIUES

On ne doit pas passer ici sous silence l'occasion que saisit le Roi de déclarer ce <|u'il pensait de son frère, en présence de trois ou quatre personnes lattacliées à sa chambre. Le vieux sir William Armorer étant venu lui dire tout brutalement qu'il courait d'étranges nouvelles ' dans le pays , et qu'on disait que Sa Majesté était dans l'intention de licencier la compagnie des gardes et le régiment d'infanterie de son frère , et qu'on donnait pour raison que le Roi avait désobligé le duc à tel point qu'on ne jugeait pas prudent de lui laisser le commandement d'une force capable de lui donner les moyens de se venger, le Roi répondit que c'était le plus insigne mensonge, que jamais de la vie il n'y avait pensé, qu'il avait au contraire toute l'affection possible pour son frère, et que possédât-il plus de royaumes qu'il n'en avait il les lui confierait tous. Le Roi ajouta qu'il avait appris qu'on répandait qu'il: avait le projet de faire légitimer le duc de Monmouth , que jamais une semblable pensée n'était entrée dans son esprit, qu'il l'abhorrait et s'efforcerait de trouver les auteurs de cet infâme bruit, pour les faire punir sévèrement. Malgré cette déclaration si solennelle, le parti factieux ne cessait ^as d^entretenir le duc de Monmouth d'idées chimériques, dont il reçut avidement le poison, comme on le verra par la suite.

Ce parti de brouillons, ennemi de Son Altesse

royale, Toyaiit qu'il nepouvait réussir à faire entrer dans l'esprit de Sa Majesté aàcune méiiance contre son frère, et par conséquent à faire dépouiller celui-ci de ses emplois, s'arisa d^un autre eipédient non moins favorable aux projets qu'il avait fermés et plus conformes a ce «|u'il . paraissait/ aux gol&ts et au penchant du Roi. Ce fat de lui ^oposer de divorcer avec la Ifceine qui> après tant d'afnnéesr de mariage, ne lui avait paa dom)é d'enfant et ne paraissait pas devoir lui en (lohnèr^ ei dese remarier ensuite. Les deux principauic ekèfs de l'etitreprisé étaient le duc de Buekinghàm et le comté de Bristol. Us étaient énebentés de cette invention. On sut qu'ils avaient dit , en causant entre eux à ce sujet, que si le duc se ktfssait persuader de dotiner son consentement, il sé.feratt moquer de lui et tomberait dans lé mépris f que s'il s'y op^os^tit^ il se perdrait auprès, du Raie Beaucoup de ^ns de la cour entrèrent dan» ce projet^ et il ne manqua pas de légistes et même de théologiens c^i écrivirent pour prouver qu'il éta»t légitime et raftsoimable. Il y a lieu de crèii^ que la première idél en était venue de l'ancien parti républicain ; rieiï ne pouvait être plus dans ses vues et plus propre à jeter la division dâhs la femitle royale, et, par coméquènt, à perdre la motrarchie.

Piusieors personnes de différens partis et pro« fessions s'associèrent au complot. Nul ne se 2. 7

dS MÉMOIIVËS

montra plus actif que le comte de Bristol qui se chargea de chercher une Douvelle fennne pour Sa Majesté. Bans cette intention^ il se rendit secrètement en Italie^ parce qu'on lui avait dit qu'il pourrait^ entre les filles du duc de Parme ^ en troi|vei( une qui couTiendrait au Roi.

Son Altesse royale fut avertie par ses amis de toutes ces maoœuv^i^es^ et^ sanss'^n plaindre ouv,ertement au Roi ^ saisit cependant l'occasion de lui faire entex^dx^^ -en manière de conversation, que le parti républicain et les ennemift de la famille royale traTaillaient toujours dans l'espëraiMse de relever leur idole chérie , la république, et que^ voyant qu'ils n'y pouvaient réussir à fwce ouverte, ils tentaient d'y parvenir en semant la division dans la famille royale, espérant par là exciter une guerre civile qui conduirait le peuple anglais à rejeter la famille entière et même la monarchie, comme contraire au boi>heur de l'Angleterre. Il est à présumer que ces diseours produisirent quelque impression sur le Roi; car, bien qu'il permît à ceux qui l'entouraient de discuter c» sujet avec lui , ils n'obtinrent jamais de lui qu'il se décidât à entrer dans leurs mesures.

Pour faciliterl'exécution de ceprojetde divorce, on porta à la chambre des lords un bill prononçant la dissoltitiou du mariage de lord Ross pour cause d'adultère. Ce bill lui donnait la faculté de se re-

marier* 11 passa enfin ^ après de grftnds débats^ à la majorité seulement de deux voix. Il y fallut tous les soins des amis du lord Ross aussi bien que des ennemis du duc qui soutenaient le bill dans l'espérance surtout d'en faire un précédent^ et d^engager par là le Roi à prêter plus favorablement l'oreille à leurs propositions. Ce qui ne les encouragea pas médiocrement , ce fut de voir le Roi pousser à l'adoption du bill; mais ils Tirent bientôt leurs espérances déçues encore pour cette fois; car Sa Majesté ayant appris ce qu'on disait et les conséquences qu'on avait tirées de ses démarches en faveur du bill, prit cette occasion de déclarer que si sa conscience ' lui permettait de divorcer^ il n'hésiterait pas à prendre une voie plus sûre et plus prompte , et qui n'était pas sans exemple dans l'histoire, pour se re^ marier sans en embarrasser le parlement. Puisque nous sommes sur la question de conscience i, il est à remarquer que lorsque le bill de lord Ross passa dans la chambre il n'y eut, sur les dix-huit évêques , que deux seulement qui vo^ tèrent pour l'adoption. De ces deux^ l'un était en enfance et l'autre passait pour socinien.

Ce ftit alors que le Roi recommença à montrer au duc sa tendresse et sa confiance accoutumées , refroidies en apparence depuis quelque temps par les suggestions des ennemis de Son Alitasse royale centrés dans le ministère depuis qu^ou

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en avait êcarlé lord Glaremlon. Cela venait sur* tout du duc deBuckingham, sî Iroublé par la conscknee de sea lort&envevs le ducqu'il &4inagii'tait, sans le mofindrefonderaeot^ que Son Altesse royale avait le projet d:e le laire assassiner : il ue sortait jttmais sausa^etr deux mousquetons dans sa voi* tore et autour de kii plusieurs cavaliers bien ar-» «ués. Cela vint aitx oreilles dix Roi qui se moqua ]a«aucoupd'mie pareille setlise et ne manqua pasde ifoi &irè ccuinaltre le ridicule qu'il se donnait par desemblahles soii|i!çons« Les yeux de Sa Majesté a\>uvraieDt tous les jours sur le compte du due de Buckin£^hara'^ et elle sentait de plus en pltfê qu'il n'élaît pas taillé pour faire un miuislre^ et que malgré taus les a|;péiiiôna de sa. personne et de sa eon versa tion et l'éclat de sou esprit^ il n'avait rien de sodide A(i de pTolond.

Ce ftâ vers ce^temp^ qu'au eoimmeueement de i6%^ le due > long^temps persuadé que l'Eglise d'Angletevre était la seule véritable > se sentit ptus vivement toucbé da»s sa conscience et ci^m^ menea à pens^ir sérieusement k son satiat. En conséquence > il fit vè«i.ix un jésuite nommé le père SiraoB-, konftme qui avait la réputation di^â4nre fort instruit , a&a de s'entretenir avec lui s»r ce sujet* U lui diit l'intention qu'il avait de se feire eathoUqiue^, et s'ensuit près de lui des moyens d'êtce réconcilié à l'Eglise. Après plusieurs dÂseours sur ce sujet , le père enfin lui

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dit sincèrement qu'à moins de renoncer à la coin- H>anion de TEgltse d'Angleterre, il ne pouvait être reçu dans le sein de t'Egirise catkoiîqoe. Le duc lui dît alors qu'il ava4t cru que Je pi^ pour-< ratt lui accorder une dispense > tu la singularité de sa position et les avantages qu^il y. aurait pour la religion catholique en général, et en particulier pour le$ callioliqiies d'Angleterre , à ce qu'il pût aToir la permission de demeurer eitérieurement protestant, au moins jusqu'à l'époque ou il pour-» rait aTouer publiquement sou changement anec moins! de danger pour iuKmême et plus il'avan-* tages pour sa nouTelIe religion ; mais le boB père insista et lui déclara que \t' pape lui-fuéme n'a«- ▼ait pas lé pouvoir d'accorder de telles dispensesy car l'inaltérable doctrine de l'Egthe catholique était de ne jamais faire le mal dans la vue du bien. Ge que hii avait dit le bon jésuite lui fut ensuite confirmé par le pape lui-même à qm le due écrivit sur te sujet» Jusqu'alors Son Altesse royale avai^ cru^ ce que crurent généralement ou ce que dîrèdt au moins les théologiens ds l'Ë*^ glise anglicane, qu'eo pareil cas le papeacèc^ildail aisément des dis penses; mai» les >pàroles du père Sîmo» et la lettre de Sa Sainteté firent .penser au due qu'il était grand temps de faire tous, sesef-* fiiris pour obtenir la liberté dést déclarer et cesser de vivre dans un état 9Î dan^rcn^ i làtS^is ç% si pénible.

Son Altesse royalen'ignorant pas que le Roi avait les mêmes pensées ^ s'en était ouvert à lord Arundel de Warder et à lord Arlington. Sir Thomas Clifford ayant eu à cette même époque l'occasion de s'entretenir avec lui sur ce sujet , le trouvatrèsfermement décidé dans son catholicisme et trèspeiné de la gêne et des dangers où il vivait. Le Roi lui dit qu'il avait le projet d'en conférer secrètement y dans le cabinet du duc ^ avec les personnes qu'on vient de nommer et de se consulter avec elles sur les moyens à prendre pour favoriser , dans son royaume^ les progrès de la religion catholique^ étant résolu à ne pas vivre plus long-temps dans cette contrainte. Cette coâférence eut lieu le ^5 janvier^ jour auquel l'Eglise célèbre la couver^ sion de saint Paul.

Le Roi y lorsqu'ils furent réunis ^ leur déclara ce qu'il pensait en matière de religion , leur répéta ce qu'il avait dernièrement dit au duc sur la pénible contrainte qu'il éprouvait de ne pouvoir professer publiquement la religion à laquelle il croyait. Il leur dit qu'il les avait rassemblés pour avoir leurs conseils sur les meilleurs moyens à prendre pour l'établissement de la religion catholique dans son royaume , et sur le moment à prendre pour déclarer sa croyance. Il ajouta qu'il ne fallait pas perdre de temps ; qu'il s'attendait à trouver de nombreuses et grandes difficultés à l'exécution de son projet^ et qu'il

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aimait «nteux s'y preiiSdi?e tandis que s6a frère et lui étaient encore dans la Tigo^ir de leur âge et en état de supporter toutes sortes de travaux .^ qae d'attendre qu'ils fussent vieux et eussent perdules forces nécessaires à Faccompli^sement d'un si grand dessein* Il prononça ces paroles avec beaucoup de ckaieur et nien(ie los yeux mouillés de larmes > et il ajouta qu'il fallait s^eix occuper en hommes sages et en bons catholiques.

La conférence d,ura long-temps , et sçn ré^ sukat fut que le meilleur moyen d^amener à bien ce grasd ouvrage était dy travailler de concert avec la France » ^ dé^s^aider des secours: de Sa. Majesté. tues--chrétienne; car la.maisou d'Au^ triche n'étaitpas alors eu situation d'y concourir. Il fut donc l'ésolu qu'on mettrait dans^ le secret M« de Croissy-Colbert , ambassadeur de France y qui serait chargé d'en informer son maître et d'en obtenir des pouvoirs pour traiter à ce sujet avec le Roi. Ces négociations prirent beaueoup de temps; elles se suivirent non-seulement en Angleterre^ mais en J*rance^ oii le lord Arundei fut envoyé pour conférer avec le roi de France et conclure le traité. On confia à sir Richard^ BeUng le soin d'en dresser le^ articles et de rem«plir , dans cette négociation , lea fonctions de secrétaire*

Le traité ne fiu conclu et signé qu'au com-^ mencement de 1670. Il portait que le roi de

104 MÉIUOIUES

Y.V9nce donaerait par an deuf cent mille livras payables par quartier, dont le premier couvrait h Ciompter de-l'éclian^dt^s ratifications , et dant l'objet était de mettre le Roi en état d'accomplir son furojét en Afigleferre» Lorsi^ne la religion ca^ itiaHqiie y seirait établie , notre Roi devait s'u&ir au roi-dë France pour ûtire la guerre à ki Hollande. Eh cas dp succèâ , une part de la G0Dq;ac*e était assignée à la France^ une autre au prince d'ûranf^, et l'4ngl6t|U!ré devait avoir t'Eclnâe, GadsaàtyWakherea» ainsi que lerestp des porta de mer , jusqu'à Maesland-Sluyç; Les Français auraient fort voulu côjuménc&r . par la guerre GQirtre la Hollande ; mais lord Àrândel ayant été de nouveau en V4>yé en France ^ convainquît le roi de France de la àécésaité dé comiuencer par éla-»-: bUr le catboliciibme. La cho^e enfin ftitdonc ainsi conclue} et lespremiéirspaieiiiei^^commencèreul' selpn qu'il avait été copirenu.

Tout cela fiit traité aviec le plus grand secr^., ût^ paur commeocet à eSectuer ces ppojçts^ oii cesolut de donner au colonel Fitasgerald ^ rteêfii*ment retenu deTanger/dont il avait été g^^uterueur, un régiment d'infanterie, qui devait être leré pour lui, et dont oa devait eboistY les «i]^iér& de manière à pouvoir compte^ sur eut. On devait^ mettre ce régiment en garnison à Yarmouth , et le calanel eût çté nommé gouvernent? de celle importante ville. Le comte de Bath était g^uvem^ur de

DE JACQUES IL io5

Flymoutb. Lord Bellasis TétaU dellvij; U)rd WicV drigion , de Jhriffich : c'ëtMt toys de» bofisi«neft eiii qui \b Roi pouvait prendre C6nfiam:e» La flofCiafA) Portsmoutb étaient entre i«s marna du dttfi> et la ^ncralHë des partisans d« PEglîsé an^Hcane n'efaît pas h eeUe époque très-««oiitimiFe à la irer-: ligioQ catholique. Plueieurspi6S<iftntpe«r angliw cana^ qui ne tenaieot pas plus à une rèli^on qu^â une antre , et n'aliaient ù FëgU^ç qve pkmr fam coiBiue tout le monde. 'Oh regardait le peu de* troHpes alors aur ptçd commebtoirdîsposëes^ et tous le»ra officiers^ eioeplë le colcmet l^oasel , passaient' pour des hommes pvéts à tervin bt dou^t renne sans murmueer et saos demander des rai^t sens* On-'permettail aux partîêaq^ rigëuveuk ()è> rj^lise d'Angleterre die. pfrs^cutep à ll»iii'§m lea? lïonr^ooii&piii'istes; On leey encourageait mâme; pour faire mieux urnikto à ceui^oî \e soalagein^hl qi»'tts recevraient de là victoire des catlieliqtte& ! 0» dira eu son lien cotnitieùt oe pvojiet vint à manquer.

Le due de Sueking^ani perdait- tons les jieurs dans Testime et la oonSfAtMp du Rjoi. Voyafnt lfe|>én ' de succès des propositions qu'il avait ftifieaà Sun AlteseeiAïqfiale par- le comte de fiiei^shîre^ pr^'aenté lui-même aq due , coi^me^ j^attraie dtâr le dire plers tdt , par le eo»ite de Pélerboron^h y ayant ap[sai . découvert q|ie son riva-t^» ieiefrdAriikiglen^ s'dtàit amsî adressé au dt|c, e^ avec^ plus de sncqès y il

chercha à obtenir la faveur de madame la^ii-^ ches$e d'Orlëana^ dont il connaissait si bien le* crédit auprès de notre Roi , qu'il ne pensait pa» pouvoir choisir un meilleur appui, four se pré*senter à elle sous un jour favorable ^ il ne- jugea rien de mieux que d'entrer en négociation avec M. de RouTigny, alors ambassadeur du roi de France en Angleterre y et prévenu de la fausse idée que le dv^ jouissait toujours auprès du Roi de la même faveur. Il lui proposa.de nouer secret tement entre la France et l'Ângleterve une alliance encore plus secrète , et qui serait traitée unique* ment par le duc pour notre Roi, et par Madame, pour le rot de France. Il envoya donc sen principal confident^ sir Elis Leighton , avec des recommandations de la part de M. de Rouyigny, pour traiter avec Madame. Le Roi cependant gardait le secret sur les autres pvojets en tcain, et laissait marcher cette feinte négociation, afin de^ mieux couvrir le véritable traité dont le duc de Buckingham ni Madame n'avaient pas la moindre ^ connaissance. Le but principal.du duc , dans toute cette affaire, était uniquement de demeurer à la. tête du ministère*

Son Altesse royale et lord Arlington ignorèrent cette nouvelle intrigue; mais, lorsque sir Elb LeightonfutvenudeFraoeeeteutétabli une correspondance avQC Madame, Son Altesse royale fut instruite par hasard de ce qui se paissait , et enfin le .

sut en détail par sir Elis Leighton kii*méme» Elle en avertit lé lord Arlington y et cela ne servit pas peu à augmenter la mésintelligence entre celuici et le duc de Buckingtiam ^ et à l'attacher plus fortement aui intérêts de Son Altesse ro3^1e ; ce à quoi contribua beaucoup sir Thomas Cliâbrd y grand ami de ce lord et homn»e très^ferme et très» loyal. Cependant le.l#rd Arlrngten Vtea continua pas moins à soutenir ceUes de' «es créatures qu'il avait poussées dans des vues cocrtraires au duc.

On en vit un exemple à l'occasion de sW Thomas Osboivi etdestr Thomas Littleton4 Gem-ei prétendireM; avoir découvert de grandes ivrégularités clans la^gestiou des commissaires de la marine > hfMoames placés par le duc et taulrà-fait dans sa maio. On vendait leurs empl^ît pour des gens de la faetîon. Cette accus^ion tombait itKlirectement sur le duc ; il jugea donc devoir obtenir de Sa Majesté queréffairefùt examinée devant elle. Toutes les parties entendues ^ il parut évident que ces accusations venaient ou de mauvaise volonté^ ou du moins d'ignorance dans les affaires de la marine ^ et les eommissaires furent pleinement justifiés* Lorsqu'ensuite le conseil ordonna l'équipement d'une escadre de dix -huit vaisseaux destinés contre les Algérien^ y ces deux inêmes hommes essayèrent de .persuader à Sa- Majesté de ne pas eoaployer daqs- cette expédition sir Thomas Allen ^ officier très^expérimenté y qui n'avait d'autre tort

que d eire un« cr^ture du duc et recoui mande par lai. lU însbtèrent pour que le commandemetii fût donné à éir Robert Holmes y protégé de lord Ariington> brave de sa personne^ niaisqut 12 avait pas la capacité de l'autre, et manquait du CHliûe nécessaire pour conduire uoe telle escadre; uiais Sa> Majesté s'entoodait si bien aux affaires de la marine, et était teliement satisfaite de la manière dont son fnère les conduisait, qu'en dépit de toutes le» suggestions^ elle^uivit toujoui's seu a\is en dé telles matières.

Au commencement de septembre y]e IWt et le duc étant allés à Southampton chasser dans la PQ:avelie foret, y reçurent par un exprès la nau«^ i{eUe de la mort de la Reine leur mère* Elle était morte à la fin d'aêAit h Colombe , près de Paris. Cét^U I9 plus jeune des &lles du grand rai de Frâpce Heuri IV* Elle élait née le :i8 ne^vembre 1609» M^^ait époùaé , ea 16:^5, le roi €hai^ lea I^^ Api^ès dé si longues et si choulonreuses «oufiVahces , Dieu avait daigné lui aecoixier \tê Consolation de vatr son fîU rétabli sur son trocM pàterael. Elle possédait au suprême degré toutes le$ vertus d^une luMma mère, d'une banne épouse, 4'ufve bouue chrétienne. Elle fut enterrée avec une grande magndiicenee àSaint-^jDenis , lieu de I41 sépiiltui^ des l'ois dé France, et on àbserya à Stwi tt^age tantes les céréiyonies usitées pour les r^rmes de France.

Lorsque sîr Thomas Allen fut prêt à paHir avec son escadre poinr la Mëdî terra née, Tambassaftetir de France proposa an duc de régler }e<î satats auxquels serarent tenus les uns ehvers (es autres lesvaisseaui anglais et français qui pouf^ raient se rencontrer dans^ ces mers , oîi son maître cfaît sur le point d'envoyer une escadre sot»& le commandenvent de M. Duquesne^ pour traiter avec les Algériens. On conTtnt à la fin , pont éviter toute dispute , que , dans ta Méditerranée , les vaisseaux des deux nations ne se feraient pas desatui, et le duc prit un soin particulier de faire insérer dans la convention les mots r Dans ces mer», afin que cela nepàt tirera conséquence. Le 5 janvier 1670, mourut le vieux général Monk^ duc d*Aibcmarle, qui avait été 'le principal instrument êe la merveilleuse restauration du Roi , et avait reçu des biens et des honneurs proportionnés à son mérite* Quelques jour§ avant sa iiiort^ Son Altesse rojale informée qu'il ne pouvait pas en revenir conaeilla h Sa Majesté de n'élever personne à sa place au poste de général^ lui faisant observer que^ dans Tétat des choses, cette place conférait Urn beaucoup trop grand pouvoir pour qu'on dÀt la confier à personne y pas même à Son Altesse royale. Cependant il lui dit que' si Sa Majesté voulait créer un générai , il espérait qu'elle ne penserait à personne qu^à lur; ce que, pour les raisons qu'on vient de dire, il ne

IIO MÉMOIRES

désirait pas» et ce qui était inutile en temps de paix; Eu cas de guerre, Sa Majesté^ était la maîtresse de faire autant d'officiers généraux qu'il lui paraîtrait convenable et nécessaire ; mai», pour le moment $ le nombre des trouf)es était tellement réduit qu'il paraîtrait ridicule de leur donner un général. Ces motifs et quelques autr6s déterminèrent Sa Maje^é à ne point nomœer , pour le moment^ dégénérai à la place du ducd'Albemarle.

En même temps» le duc demanda au Roi»

qu'à l'occasion de- la mort du duc d'Albemarle » la compagnie des^ gardes de Son Altesse ne perdît pas son rang de seoonde compagnie des gardes ; ce qui serait un désagrément pour Son Altesse royale et pour les officiers de sa compagnie» tous bfaTiss gens et à qui il serait • fort dur de subtir un tel passe-droit ; lorsqu'on ayait levé son régiment d'infanterie sous le nom du Régi" ment du duc , il n'avait pas demandé ni eompté qu'on lui donnât rang avant le régiment de Coldstream» plus anciennement sur pied; et» puisqu'ainsi que l'avait vu Sa Majesté » il n'avait pas voulu faire tort aux autres , il espérait qu'on ne lui ferait pas^^tort à lui-même non plus qu'à sa compagnie des gardes. Les raisons et la demande du duc parurent alors si justes à Sa Majesté qu'elle assura Son Altesse royale que sa compagnie ne perdrait pas son rang. -

Cependant » à la mort du général » son régiment

d'infanterie , appelé le Régiment de Coldstream, fut donné au lord Grayen , et forma un second régiment.des gardes. Sa compagnie des gardes devint la compagme de la Reine ; et , à cette occasion ^ la Reine^ qui n'aimait pas le duc plus qu'il ne fallait^ éco«ta le conseil de quelques personnes qui ne perdaient pas une occasion de le mortifier ^ et demanda au. Roi que sa compagnie des gardes eât le premier rang après celle de Sa, Majesté. Pressé très-ivi^vement sur ce point par elle et par d'antres .y le Roi se trouva fort embarrassé , car îi n'oubliait point ce qu'il avait dit à son frère à ce sujet. Son Altesse royale l'ayant appris , alla trouver leRoiet lui dit qu^0lle voyait à quel point sa femme et antres avaient tourmenté Sa Majesté dans cette occasion; que pour son compte elle serait plus raisonnable que ses compétiteurs et consentait à ce que Sa Majesté s'écartât de sa résolution et de la promesse qu'elle lui avait faite; qu'elle ne pouvait nier que la chose ne lui parût un véritable désagrément ^ mais qu'elle se prêterait cependant à tout ce qui pourrait convenir à Sa Majesté; car elle était résolue^ quoi que pussent faire les autres ^ à ne lui causer jamais d'embarras pour ses intérêts personnels*

La compagnie de la Reine eut donc le rang de seconde compagnie des gardes.

Vers le.Gommencement de mai de cette même année ^ Madame^ la seule des sœurs du Roi en-*

Ét2 MÉMOIRES

cWê' vHàftte> Vînt à BbuTres pour j voir son fï*it^y ce ^tfdte désirait liepuis )ang**tc»p^^ et €6 (}ii« Wi ttnA\^ fktiiie aUtb ié royage durai de Wtmmè en Flandfe pour visiier' ses itoiiTelles cc^ifip^ttétes. Ce wytfge eut , à plusivars ^rds , ilc fttn^te^ effets. Il MkiMt en général airt affmres dà Roi ^ mais partticfflièremerït aux utrles- me- ^l'e^'qtri avaient été prises rehsitiTonienrt & }» relt^ ^}ofv catl^aliqAev J^'t»i àéjh dit comment le traite ^fti^ictiUer àts dem rois ayait élé signé et les MfifîesrtioM éé4iai)gees entre em, et couMnenftle 1^ d'ÂD^lelei^re àTai>t en consetfnettce dé]À reçu qùAqti(^ fêievimtts^ sur leis a^mines côa^flwes; eai'^ biett €{ue le foi ée France ^t jin vif désir de fatre d'alM»rd se^ «ftaire et de commencer ainsi par k glreiTe avec la Hc^Uandey il aTatt etiOdcédé, eômmef Mf l'a dit, aux raisons con^ taintantes- q[iii lui avaiient élé données pour l'en dissuader. Gêpendanf^ iPegànkint totijotirs comme â^âiila^^nrt à ses itetéi^éts temporels de reveair sut cts ftiestii^s cohyennttB , et sachant laF gnrndtg influence que Madame prendrait tfès-proba^ blemetit sur te Rot son frète,- Sa Majesté irès-f chrétienne avait résolu de rempleyer k faire réussir ses intentions ^ et c'était là ce qui l'avait ferit consentir à ce voyage, auquel il s'était opposé jusques alors , et qui déplaisait aussi h Mousreur pour des fais(ms qUi lui étaient particulières. Elle se chargea de bon coeAr de cette

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commission, espérant par là se mettre toujours davantage dans les bonnes grâces du roi de France et augmenter sa coosideVation dans le pays en y faisant connaître le pouvoir qu'elle avait sur son frère. Elle pensait à se fixer en Angleterre y nonseulement par affection pour son frère , mais à cause de Topinion qu'elle avait de son caractère et de l'ascendant qu'elle se croyait en état de prendre sur lui. Elle s'imaginait y si jamais ou pouvait arranger les choses pour qu'elle vécût auprès de lui , qu'elle gouvernerait entièrement l'Angleterre.

Le duc ne fut nullement satisfait de ce projet de voyage 9 dont il craignait les fâcheuses conséquences y ainsi qu'elles se sont manifestées depuis. Sans vouloir paraître s'y opposer directement y il fit ^ aussi adroitement qu'il lui fut possible y tous ses efforts pour l'empêcher y niais sans aucun effet. Il arriva aussi y dans ce temps , une chose qui donna à Madame une grande facilité pour obtenir tout ce qu'elle voulut du Roi son frère : c'était le moment oii devait être mis à exécution un acte du parlement ^ récemment rendu contre les conventicules. Le Roi jugea nécessaire de laisser le duc quelques* jours à Londres pour empêcher les désordres qui pourraient survenir le premier dimanche où les conventicules devaient être fermés et supprimés ; ce dimanche tombait le lo mai> en sorte que Madame arriva à Dou-

Il4 MÉMOIRES

yres trois ou quatre jours ayant que le duc pût s'y rendre. EUe se servit si bien de ce temps pour ga^er ce qu^elle voulut sur l'esprit du Roi , que, quand lé duc arriva , il trouva tontes les premières mesures rompues et la i^^solution prise de commencer par la guerre avec la Hollande. Le duc ne fut pas peu surpris de voir que Madame eàt gagné à son opinion loinl Ârlington et sir Thomas Clifford , les seuls hommes presens qui fussent dans le secret du traité. Ils vinrent à la rencontre duduccotnmeilarrivaità Douvres, et, avantqu'il eût pu voir le Roi, l'informèrent de ce qui s'était passé. U leur répondit qu'il en était très-fàché; qu'il était assuré que cela ruinerait absolument les projets en faveur du catholicisme , car une fois le Roi engagé dans une guerre aussi onéreuse ^ue le serait celle-là y sans s'être d'abord rendu maître absolu des stfiaires en Angleterre, il s'endetDerait infeilliblement et se trouverait alors à la merci du parlement, qui ^ de la manière dont les choses auraient été conduites , ne sérail probableaEiientpas.de bonne humeur; que, bien qu'il eét iloDÙé àe forts subsides pour la première guerre de Hollande , qu'il avait proposée luiméme^ il n'était nullement probable qu'il en fit autant ptiur une guerre entreprise sans le consulter et de concert av«c la France; ce qui suffirait seul pour la lui faire désapprouver, et le ferait entrer en méfiance de ce qui pourrait s'en suivre.

DE JACQUES IL Ii5

Us lui répondirent que , quant à la crainte qu'avait Son Altesse que le Roi ne s'endettât^ elle élait tout- à -fait sans fondement; Sa Majesté n'ayant à mettre en mer, diaprés les conventions, que cinquante vaisseaux, auxquels les Français CB ajouteraient trente, les frais d'une pareille flotte seraient aisément couverts par les i'evcnus des douanes qu'ils évaluaient à six cent mille livres, et ils ne doutaient pas qu'elle ne fût suffisante pour faire la guerre aux Hollandais. Quant à ce qu'on pourrait soupçonner des projets ultérieurs , si la guerre réussissait, cela devenait asse^ indifférent. I^e duc leur dit qu'il était persuadé qu'ils calculaient mal les dépenses de la guerre maritime ; qu'il était possible, en effet, que le nombre des vaisseaux dont ils parlaient ne coûtât pas plus cher qu'ils ne croyaient, et qu'il pensait très-fort pouvoir regarder en face les Hollandais avec une flotte de quatre-vingts vaisseaux et un nombre de brûlots proportionné; que cependant les convois nécessaires pour le maintien du commerce et la sûreté des colonies , et ce qu'il fallait avoir de vaisseaux prêts à rejoindre là flotte après uae bataille , coûteraient presque autant que la flotte , sans compter les troupes de terre qu'il faudrait nécessairement lever à cette occasion. Le duc répéta tout cela au Roi et beaucoup d'autres choses eivcore , mais ne put parvenir à Élire retarder cette funeste guerre de Hollande.

Il6 MÉMOIUES

Madame^ durant son séjour à Douvres^ obtint du Roi d'oublier son mëcontentement contre le duc de Buckinghani;, et le rétablit dans son crédit et sa faveur auprès de Sa Majesté. Son Altesse royale le lui ayant reproché^ elle lui avoua ingénument que c'était pour faire sa cour au Roi^ qiy avait envie qu'elle le pressât là-dessus. Elle réconcilia aussi' le duc de Buckingham et lord Ârlington, et prit en ce moment un si grand empire sur l'esprit du Roi , tant par l'opinion qu'elle lui donna de son jugement que par sa tendresse pour elle , qu'elle aurait pu lui faire faire presque tout ce qu'elle aurait voulu. Après être demeurée environ quinze jours à Douvres^ elle fut obligée de s'en retourner^ parce que la cour de France était prête à reprendre la route àe Paris. Très-peu de temps après être revenue <;hezelle à Saint-Gloud, elle fut isubitement emportée par un mal violent dont elle *avait été saisie le soir seulement du jour qui précéda sa mort. La surprise et la douleur de la famille royale furent extrêmes; la manière dont elle était morte fit soupçonner qu'elle* avait été empoi-^ sonnée , mais les médecins qui l'ouvrirent déclarèrent qu'il n'en était rien.

Ce voyage de Madame en Angleteri:^ avait £iit bruit sur le continent; les Hollandais en furent très - alarmés , et leurs craintes augmentèrent quand ils virent , très-peu de temps après y le

duc de Buckingham envoyé en France. Ce fut au point que M. Yanbeuning^ leur ministre en Angleterre ^ demanda qu'on l'autorisât à assurer de Witt que l'envoi du duc n'avait rapport à rien de préjudiciable à l'intérêt de ses maîtres.

Feu de temps après la mort de Madame, le duc tomba malaide d'un rhume si violent, que l'on craignit qu'il ne tournât en phlhisie et qu'il fut obligé d'aller à Richmond pour changer d'air. Il ne se rétablit parfaitement qu'à la fin de l'été.

D'après la réconciliation des deux principaux ministres, tout était fort tranquille à la cour. L'hiver suivant, on y fit quelque bruit du soupçon qui se répandit alors que la duchesse d'York inclinait à se faire catholique. Ce soupçon n'était pas sans fondement, car on remarquait que la duchesse qui , durant toute sa vie , avait été fort exacte à participer une fois par mois à la communion, selon le rit de l'Eglise anglicane > et avait en toute occasion montré beaucoup de zèle pour sa religion, s'était abstenue depuis quelque temps de la communion ; et ce qui confirma encore ce soupçon, c'est que durant la longue maladie dont elle mourut , elle ne se fit point réciter comme à l'ordinaire les prières par aucun de ses chapelains, si bien qu'au mois de décembre le Roi en parla au duc, qui lui avoua la vérité, et lui dit qu'elle était résolue à se faire catholique et devait être bientôt réconciliée. Sa Majesté recom-

m8 mémoires

manda au duc de garder là^de^sus le plus profond secret; et^ en efiet, personne ^ea sut rien que le père Huot^ franciscain, qui la reconcilia à FEglise romaine,, lady Cranmore et Depviy , domestique du duc* On a tu dans les papiers trouvés après sa mort, et dans lesquels elle rendait compte des motifs de sa conversion, que c'était environ un an auparavant qu'elle avait commencé à seof tir des doutes, et que depuis le mois d'août der-* nier, elle était pleinement convaincue et revenue à l'Eglise romaine, bien que le public n'en ait rien su qu'après sa mort , qui arriva le dernier jour de mars 167 1. Elle mourut avec beaucoup de dévotion et de résignation après avoir reçu lea sacreniens de l'Église catholique. Le matin qui précéda sa mort, se sentant si mal qu'elle juge^ que sa fin approchait, elle pria le duc de ne point s'éloigner d'elle qu'elle n'eût cessé de vivre , et lui demanda, dans le cas où le docteur Blanford,.

évéque de ou quelqu'autre évêque viendrait

pour l'assister, de leur dire la vérité et de leur apprendre qu^elle était réconciliée à l'Eglise de Rome, et avait déjà reçu les sacremens; que si, malgré cela « ils insistaient pour la voir , il le& laissât entrer, pourvu qu'ils ne vitissent pas la tourmenter de controverse. En conséquence, le docteur Blanford étant arrivé peu -de moment après, conduit par le frère de la duchesse , M. Laurence Hyde, actuellement comte de Ro^

chester j qui oe savait pas avec certitude qu'elle fût devenue catholique , le duc alla trouver l'évéque dans le salon , et lui répéta ce que la duchesse l'avait chargé de lui dire. L'évéque ^ lorsque le duc l'eut positivement assuré qu'eUe était réconciliée^ dit qu'il ne doutait pas que tout n'allât bien (ce fut son expression) 9 puiscp&'eiie était bien convaincue et n'avait rien &it par des motifs humains. Il entra ensuite dans la cham-* bre 5 lui fit une courte exhorfattoti chrétienne y convenable dans la situation ok elle se trouvait ^ pais se i^lira. Le frère de la duchesse, l<nti Cornbury, partisan violent de l'Eglise anglicane, ne vint pas la voir dans aes derniers momens , parce qu'il la soupçonnait de s'être laite catholique.

Feu 4^ temps ayurès la mort de la duchesse , plisi* sieursdès amisdu diic le pressèrent de se remarier. Ik auraient voulu qu'il en«parlât au Roi; mats le duc leur répondit que c'était autant l'afiaire du Roi et du royaume que la sienne; que si le Roi eu avait ^nvie» et jurait la chofie convenable, il lui en parlerait de lui-n>ême. Sa Majesté lui en parla enfin six mois après la mort de la duehesse et lui proposa la fille de l'archiduc d'Inspruck , prince de la maison d'Autriche. Cette idée lui avait été ilonoée par sir Bernard Gascoigne, gentilhomme Florentin>qui avait long-temps servi dans rarraée du roi Cberl'i^ l^S] îl> avait vu la jeune princesse

et connaissait beaucoup sa mère qui était de la maison de Florence. -Les amis de la couronne de'siraient Tivement que le duc ne perdît pas de tempis pour se remarier. Le Roi n'avait pas d'enfant légitime^ et la Reine ^ qui selon toutes les apparences devait vivre loog-temps^ a'avait plus aucun espoir de lui en donner. Le duc , de son côté y avait perdu six enfans des huit qu'il avait eus de sa première femme y dont quatre garçons. Il ne lui restait que deux filles. Enfin on rë« solut d'envoyer sir Bernard en Allemagne , pour Àegocier ce mariage tant à Inspruck qu'à Viaane. Cependant l'exécution de ce projet traîna plu* siears mois^ d'où l'^n peut conclure que le Roi n'en était pas alors fort pressé. Cependant^ après de longs délais , sir Bernard fut envoyé avec les instructions nécessaires pour traiter et conclure ce mariage avec les deux cours , ce qu'il fit après de longues et ennuyeuses négociations. Les articles furent échangés secrètement entre FEmpe-* reur et le Roi. Un de ces articles portait que la duchesse aurait en Angleterre une chapelle publique. Le comte de Peterborough fut en conséquence ènvoyécomme ambassadeur extraordinaire du Roi à l'Empereur^ et chargé des instructions usitées en pareille occasion , ainsi que des pouvoirs nécessaires pour épouser la princesse par procuration; mais le comte ne fut pas plutôt débarqué à Calais qu'on apprit de Vienne que Flmpératrice

Tenait de mourir^ et que l'Empereur était résolu d'épouser lui-même la princesse : ce qui mit fin à toute cette négociation.

Au commencement de Tannée 1672 on s'occupa 5 aussi secrètement que possible^ des préparatifs de la flotte^ afin qu'elle fdt prête pour «ommencier au printemps la guerre contre les Hollandais , ainsi qu'on en était convenu avec le roi de France. Le duc dé Bùckingham , le duc de Lauderdale , le comte d'Ârlington et lord Âshley Cooper ^ depuis comte dé Shaftesbury et chancelier d'Angleterre , étaient alors du conseil du cabioet'du Roi ^ et le dernier se montrait plus ardent que personne pour la guerre de Hollande. Bien que lord Arlington et Clifford eussent seuls alors comiàissance du traité secret^ source de cette guerre , ils trouyèrent y pour y disposer les autres ^ un grand nombre de motifs spécieux^ dont on fit ensuite usage dans la déclaration de guerre, pttUiée au nom de Sa Majesté ^ le 2% mars de cette année. La guerre résolue, il ftllut d'abord sooger à trouver assez d'argent pour la faire. Ils ne trouvèrent d^autre expédient que de suspendre pour un an tous les paiemens de l'échiquier, en donnant atoL créanciers six pour cent d'intérêt de leur argent. Ensuite on jugea nécessaire, avant d'attaquer nos ennemis, de commencer par établir l'union entre nous , autant du moins qu'il serait possible^ En conséquence, il fut résolu que

Sa Majesté publierait une déclaration qui établirait la liberté de conscience, avec toutes les ré^ serves nécessaires pour i^a sûreté de l'Ëglise auglicane ^ telle qu'elle était établie par les lois , et pour le maintien de la paix publique couti'e les manœuvres séditieuses qui pourraient avoir lieu dans les réunions des non-conformistes « auxquels on permettrait de se rassembler publiquement dans les édifices qu'on leur assignerait pour cet usage^ et où, tous auraient la liberté de venir. Quant aux catholiques romains^ on les exempta seulement des lois pénales ^ et il ne leur fut permis d'exercer leur culte que dans Tintérieur de leurs maisons.

Quoique le due fût eptièremeiit d'avis qu'on ne devait point entreprendre cette guerre avant que l<à pouvoir et l'autorité de $a Majesté en Augieterre êis^ent établis d'une manière moins pré-r Caire ^ comme ils l'auraient été si l'on ne fût paa revenu sur le$ premières conditions du trailé» cependant, poiif obéir au]^ ordres du Roi| il ne perdit point de temps et n'épargna aucune peioe pour se mettre en état de la pousser avec toute la vigueur possible ^^t autant d'économie qu'eu pouvait comporter une pareille entreprise. Ainsi donc lorsqu'on proposa dans le conseil de mettœ un embargo sur tous les vaisseaux frétés pour se rendre hors d'Angleterre ^ afin de se procurer un nombre d'hommes suffisant pour la flotte, le

duc seul sV>pposa a^ cette mesura » qui arrêtait tout le commerce et aurait singulièrement nui au revenu des douanes. Il s'engagpa à équiper la flotte, sans avoir recours à cette mesure » pourvu seulement qu'on défendit, pour cette saison ^ la navigation de Terre-Neuve. Il ne demanda, ppur la flotte principale qu'il devait commander, que soixante vaisseaux de ligne angUi^ et vingt brû* lots, $t trente yais3e(iax de guerre français et dix brûlots, jugeant cette force suffisante pour tenir léle aux Hollandais. Par ce moyen il demeura assez de Taisse0U]| et de marins pour les convois, en sorte que la guerre ne porta aucune entrave au commerce.

Le Roi ^ypnt appris, yers ce temps, qu'une riche flotte boUandaise^ escortée de six vaisseaux de guerre t devfiil passer par le de'trpit, venant de la Méditerranée > envoya ordre à sir Robert Holmes , alors à Portsmouth , de sortir pour l'intercepter avec ce qu'il pourrait avoir dé vaisseaux prêts. Il lui ordonna aussi de replanter Tassifr* tance de tous les vaisseaux de guerre qu'il pourrait rencontrer dans le canal. Sir Robert se mit donc en mer sur le Saint-^Mich^l , vai^se^iu de se* Qond rang, accompagné du comte d'Osspry, qui commandait la Rà^çfmtiqn, de sir Fretcheville Holies, sur le Cambridge , du capitaine Georges Leg, sur WFairfapc^ du capitaine John Holms, sur le Glocester, de quatre Vaisseaux du troisième

rang 9 et de trois oa quatre vaisseaux du cinquième ou sixième rang. Tandis qu'il croisait derrière Tîle de Wight, il vit à quelque distance sir Edouard Spragge^ revenant de la Méditerranée en Angleterre^ avec cinq ou six vaisseaux de guerre. Il ne l'avertit point de se joindre à lui , comme il l'aurait dû faire d'après les ordres du Roi y et ne permit point au capitaine Leg d'aller lui parler^ comme il le désirait fort. Ainsi , par une petite jalousie^ il aima mieux. nuire aux affaires du Roi » que de partager avec sir Edouard l'honneur de cette entreprise; en sorte que la perte des Hollandais et notre avantage furent très- peu considérables.

On vit bientôt paraître la flotte hollandaise de Smyrne^ et sir Robert l'attaqua avec plus de courage que d'habileté ^ car il eut son propre vaisseau désempare dans le combat^ et les Hollandais en furent quittes pour la perte de quatre vaisseaux marchands^ dont deux seulement de

quelque valeur*

Après ce combat ^ on déclara sur-lê- champ la guerre à la Hollande ^ et Sainte-Hélène , près de l'île de Wight, fut le lieu désigné pour le rendez-vous des flottes tant anglaise que française. Cependant , quelque diligence que nous pussions faire , Ruyter fut en mer avec soixante-dix vaisseaux de ligne et des brûlots avant que les Français et nous eussions pu faire notre jonction. Le

doc. en ayant reçu avis 5 sachant aussi que la flotte française était partie de Brest , et jugeant^ d'après les Ycnts qui avaient souffle ^ qu'elle devait être arrivée dans le canal^ partit de la balise de Nore avec tous les vaisseaux de ligne qui se trouvaient prêts : il n'y en avait encore que quarante et douze brûlots. Comme il y avait eu toute la journée une brise fraîche de Touést qui le faisait avancer le long du canal > il se trouvait à la hauteur de , lorsque vers le soir il aperçut les corvettes hollandaises^ et jugea par leurs signaux qu'elles étaient en vue de leur flotte ^ qu'il né pouvait voir à cause d'un peu de brume du coté de l'est. Arrivé vers la pointe des sables «dont je viens de parler 9 il £lt voile vers le midi ; mais la nuit vint à tomber comme le vent avait fraîchi et paraissait annoncer le mauvais temps ; il fut obligé de mettre à l'ancre et y demeura toute la nuit. Au point du jour 9 il faisait peu de vent; mais le duc eut à peine donné le signal du départ qu'il commença à souffler de l'est apportant un épais brouillard au. moyen duquel le duc passa près de Ruyter sans le voir et sans en être vu^ et cpn.tinua sa route vers Saiqte- Hélène. Sans ce brouillard favorable / le duc ne poUvaH éviter un combat à forces très-inégales. Vers onze heures le temps^commençaà s'éclaircir^ et le duc se trouva un peu à l'ouest de Douvres* à une bonne distance de la côte; il continua sa route ^ et le

xa6 MÉMOIRES

lendemain 4 it^^î rejoignit les Français à Sainte- Hélène. Quant a Ruyter , il vint dans la rade de Douvres deux heures après que le duc y eut passé, mais ne jugea pas devoir pousser davantage vers l'ouest.

Le duc ne demeura qu'un jour ou deux à Sainte-Hélène, seulement pour ré^er Tordre de bataille et convenir de tout avec le comte d'Estrées qui commandait Tescadre française; après quoi il mit à la Toile pour reconnaître la flotte koUandaise et rejoindre le reste de la sienne qui n'était pas prête à son départ de la balise de Nore.

Il ne sera pas hors de propos, avant d'aller plus loin , de donner ici quelques détails sur notre flotte et d'indiquer ses officiers de pavillon.

Le duc, en sa qualité de grand amiral d'Angleterre^ commandait toute la flotte. H avait ^escadre rouge et montait le Prince^ vaisseau de cent canons, à son premier voyage; sir Edouard Spragge, son vice-amiral, montait le London, vaisseau demie me foiNce; et sir John Ârmagh^ son contreaiiiiral, le Charles de quatre-vingt-dix canons. Le comte d'Estrées, vice-amiral de France, montait le Saint^Phitippe i^'environ quatre-vingts à quatre-*-vingtHiix canonis. Il commandait l'escadM blanche et était vice-amiral de la flotte. Il portait son pavillon blanc sur le mât de hune d'avant, l'amiral de France ayant seul le droit

de le porter au grand mât. Il avait pour vicieamiral et contre-amiral ^ Duquesne et Larabînière, oiontantchacun un vaisseau de quatre-vingts canons et plus. Le comte de Sandwich^ contreamiral et amiral de l'escadre bleue, montait le Royal'' James Ae cent canons. Le vieux sir Joseph Jordan 9 son vice-amiral , montait le Souverain y vaisseau d'égale force , et son contre-amiral sir John Kempthorn, le Saint- André àe quatre- vingt- . dix et quelques canons. Sir Robert Holmes sur le Sainl'Miehel de quatre-vingt-dix et quelques canons , et lord Ossory sur le f^ictoriéux de quatrevingts et quelques canons étaient les seconds du dac. Sir Robert avait désiré ce poste puisqu'il ne pouvait obtenir un pavillon supérieur à celui de sir Edouard Spragge.

Quand laflotte partit de Sainte-Hélène, le vent continuait à souffler de Test. On fut donc obligé de mettre à Tancre pour attendre une meilleure marée ; en sorte qu'on fut quelque temps avant d'arriver à la hauteur de Douvres, où l'on apprit que les Hollandais étaient dans les sables de Flandre, par le travers d'Ostende. Le duc força de voiles pour les atteindre et fut rejoint le leDdematn par plusieurs vaisseaux de ligne venant de la rivière et qui ne s'étaient i^as trouvés prêts au moment où il mit à la voile* Le ^9 mai , vers deux heures du matin ; il fut en Tue des Hollandais , et , comme il avait le vent sur eux , attendu qu'il soufflait de

l'oixest 9 il gouverna directement sur eux. Eo ce moment , le comte de Sandwich envoya soa capitaine Richard Haddoc^ ancien officier de mar rine y avertir Son Altesse royale qiie , d'après son calcul^ il ne devait pas être éloigné d'un banc de sable appelé le Rumble , peu connu de nos pilotes; qu'il se croyait certain. que les Hollandais étaient précisément sous le vent de ce banc.de sable^ et qu'ils cherchaient probablement à nous y attirer. Le duc interrogea tous les pilotes qui se trouvaient à bord de son vaisseau ; ils n'avaient aucune connaissance de ce banc de sable situé hors de la route de commerce des bâtimens anglais; mais le capitaine Leckê, son maître ca-: nonnier y qui avait croisé sur cette côte, du temps de Cromwell^ le connaissait aussi bien que Haddoc et fut de son avis. Le duc^ ordonna donc à quelques uns de ses plus petits vaisseaux de quatrième rang de marcher à l'avant de la flotte pour tâcher de le découvrir. Ils le trouvèrent ^ en effets comme Haddoc et Lecke l'avaient. dit; les Hollandais se tenaient sous le vent cherchant à y attirer le duc. Ce fond n'avait que dixhuit pieds d'eau 9 et^ par conséquent^ on ne pouvait attaquer ce jour-là. Le duc s'étant approché jusqu^à portée de canon ^ mit en panne. et se tint ainsi qu'eux jusque vers dix heures du soir ^ia proue tournée vers les bancs de Flaipdre. Alors l'ennemi donna le premier le signal de virer

veot devant. Le duc ea fit autant %l s'orientia de manière à tenir le vent. Les deux flottes étaient alors si près Tune de l'autre ^ que lorsque les Hollandais donnèrent leur signal ^ leur . feu passa sur notre ligne. Le duc gouverna- vers le nord jusqu'après minuit. Alors ils virèrent de nouveau de bord et se dirigèrent vers les I]|apcs de Flandre. Le duc en fît autant^ et vers dix heures du matin ^ ayant trouve' le fond, il vira de bord et gouverna vers le nord.

. Avant le point du jour il s'éleva un. brouillard épais qui dura jusqu'à huit ou neuf heures du matin. Lorsqu'il se dissipa y le duc reconnut que Tavant-garde de. la flotte ennemie^ conduite par un ,vice-amiral , se tenait à l'arrière de sa^ flotte^ presque à portée de canon^ un peu au vent de son vaisseau et d'une dizaine. d'autres qui jse trouvaient près de lui , mais sous le vent de cette partie du reste de sa. flotte qui éta^t* alors en vue. I^ comte de Sandwich , amiral de l'escadre bleue, n'y était pas non plus que sa division , ayant mis à l'ancre pendant le brouillard; mais* aussitôt qu'il fut dissipé il se hâta d'aller joindra le duc.

L'ennemi, se voyant si près de nous, vira; de bord et se dirigea vers les bancs de sable. Il était clair, d'après sa ilaanœuvre, que Ruytel: ne se souciait pas de s'engager d'aussi bonne. heure et si loin des bancs de sable ; alors le duc vira de 2. 9

fffio MÉMOIRES

bord en même temps que lai ^ et il ai^iva que dans cette manœuvre , trois oa quatre des Tai&*seaux du duc abattirent leurs mâts de hune ^ et comme le yent fraîchissait et soufflait de nord* ouest y il 9'y eut pas moyen d'engager le combat^ d'autant ^le le temps ne permettait pas de faire usage des basses batteries. Cependant le duc sui* vit les Hollandais verà leurs côtes ; maia au coucher du sQ^eil^ comme il y avait tout lieu de croire que le vent s'élèverait beaucoup plus fort^ il s'éloigna des bancs y et voyant que l'ennemi évitait le combat , comme plusiciurs de nos vais-* seaux manquaient d'eau et de provisions à cause de la précipitation avec laquelle nous étions partis pour rejoindre la flotte française , le vent continuant à souffler de l'ouest^ le duc fit voile vers la baie de South wold. Ruyter^ de son côté^ se dirigea vers les côtes de Hollande et alla jeter l'ancre sur la^ade de Corée. C'était bien certainement la première fois que deux flottes ^ après s'êtie vues de si près et être demeurées si longtemps en présence 9 se séparaient sans combat; mais Ruy ter ^ avec raison , ne se souciait pas de risquer une bataille dont la perte , dans les circonstances oii l'on se trouvait , pouvait devenir fatale à son pays^ réduit alors à de grandes extrémités par les conquêtes que le Roi très-chrétien faisait en personne à la tête de ses armées y et qui plongeaient les Hollandais dans une grande con&-

DE JACQUES II. ^ l5i

temation. D^un autre côtë^ cependant^ il était

obligé de tenir la mer pour soutenir le courage

abattu de ses compatriotes ^ prévenir la désertion

de ses gens et empêcher qu'ils ne fussent saisis

de la même terreur qui régnait sur terre» Il avait

donc à jouîer une partie très^difficiie^ et il fallut

tout son talent pour combattre ^ aussi bien qu'il

ie fit 9 les embarras qu'il avait à surmonter. It

passait à juste titre pour le premier marin de

son temps ; il s'était formé sous le vieux Tromp^

et avait pris part à tous ou à presque tous les

combats livrés par la Hollande dans les deux

dernières guerres. Son habileté était égale à sou

courage y ce qui parut bien en cette occasion oii

il fit manœuvrer sa flotte de telle sorte que ^

pendant tout le temps que les deux flottes de-»

meurèrent l'une près de l'autre^ il fut impossible

au duc d'engager le combat sans le plus grand

désavantage et le plus grand danger pour sa flotte;

car Ruyter avait si bien profité des sables de

Flandre pour poster avantageusement la sienne

qui tirait moins d'eau que la nôtre > et sf était si

habilement servi du temps: qui lui était favoi^ble^

que le duc ne put l'attaquer ni d'assez bonne

heure pour rendre la bataille décisive ^ ni assez

loin des sables qu'il connaissait mieux que lui.

Quand le duc eut mis à l'ancre dans la baie de

Southwold^ afin de hâter l'approvisionnemeiit^ il

fit ancrer plus près de terre ceux de ses vaisseaux

i3:2 ^ MÉMOIRES

de ligne qui avaient le plas besoin de s'approTi-' sionner d'eau et de vivres ; quelques uns de ses Iiriilots en firent autant pour prendre plus de lest ^ car on avait tellement hâté les préparatifs y qu'ils n'avaient pas eu le temps de se fournir de tout ce qui leur était nécessaire^ On leur permit de demeurer ainsi près de la côte tant que le vent soufflerait de l'ouest; mais le duc déclara. en même temps qu'aussitôt qu'il, tournerait vers l'est j il voulait que la flotte prît plus le large, et mit à Tancre en ordre de bataille. Il défendit aussi qu'on laissât passer . vers le nord aucun vaisseau charbonnier ou autre bâtiment de commerce , de peur que^ tombant entre les mains des croiseurs ou des corsaires ennemis y ils ne les instruisissent de la position de sa flotte. Malgré ees précautions^ un petit bâtiment à charbon trouva moyen de passer la nuit et fut pris par un corsaire qui le conduisit à Ruyter; celui-ci appela sur-le-champ à son bord tous ses officiers de pavillon et les capitaines de sa . flotte y leur rendit compte de l'avis qu'il venait de recevoir sur la position dé la flotte anglaise y et comme le vent venait de tourner à Test y leur proposa de mettre à la voile au coucher du soleil poui: être sur l'ennemi au point du jour. Il leur représenta que très-probablement ils ne le trouveraient point en ordre ni en état de le recevoir^ que les Hollandais avaient pour le moment l'avantage du

DE JACQUES IL i55

vent, et qu'ils ne pouyatent espe'rer de retrouverune aussi belle occasion; ainsi donc ^ il |)ensait qu'on devait se hâter de la saisir : cependant la généralité des officiers parut peu disposée à se rendre à ses raisons. On lui objecta entre autres choses que^ si le vent tournait à l'ouest au moment qu'il serait aux mains avec l'ennemi ^ il se trouverait, en très-fâcheusé position^ et qu'il n'était pas ptùdent' d'engager le combat si loin de leurs côtes.' Ruy ter voyant qu^il ne pouvait les amener à son avis par aucun raisonnement , leur dit que comme il était convaincu que le service de leurs maîtres demandait -qu'on agît ainsi qu'on l'avait proposé^ et qu'il commandait la flotte ^ il était ré^ solu de tenter l'entreprise. Il leur ordonna donc d'être prêts à mettre à la voile à la fin de la soirée ^ ce qui s'exécuta comme il Tavait ordonné. Le duc a su depuis ces détails par le capitaine Josué John Bick qui se trouvait présent à la dis-^ cussiôn. •

Le duc^ aussitôt qu'il vit le vent tourner à l'esté fit appeler son capitaine sir John Cox ^ et lui ordonna y conformément à la résolution qu'il avait prise d'abord^ de donner à la flotte le signal pour prendre le large et se ranger en ordre de bataille , afin d'être prêts à recevoir les Hollandais y dans le cas où ils viendraient nous attaquer le lendemain matin. Sir John' répondit au duc que dans son opinion nous ne courions ûul.

risque que les eotteuiis vinssent sitôt noos attaquer 9 que Iwv flatte était comme la nôtre oc^ cupe'e à s'approvisionner > ^ue le capitaine Finch , un de vm croiseurs > récemment arrivé de la côte à^ HK^kifide , n'avait apporté la nouvelie d'aucun mouvement parnu eux , que le maître du pa-r qoebot qui venait d'arriver 5 ayant été ^luené en pmseiiae du duc , \m avait rapporté qu'il. v«iait do tratersetr> la veille an soir ^ la flotte hoUau-*daise toujours à l'ancre sur la rade de Gorée , que la plupart de leurs vaisseaux avaient amené leurs varipaes et leurs mMs > et que les Hollandais étaient occupés à embarquer des munitions de toutes sortes. $îr John eu conclut qu'il n'était pas probable qu'ils lussent do sitôt prêts à mettre à la voile y et qu'aiosi il serait beaucoup plus avanfisgeux à Son Altesse royale de demeurer où elle était aii moins vingt-quatre heures de plus^ ce qui suffirait pour achever l'approvisionnement .de sa flotte qui ne pourrait ^ lorsqu'on serait plus él^igilé de la cote 9 se terminer eu plusieurs jours. Cette opinion fiit appuyée par le major français et par le capitaine Elliot^ son adjudant^ chargés de fftÎFO de l'eau ^t d'autres provisions pour l'es- G^dx^ française* Le duc se laissa donc persuader de dà^meurer comme il était y et sir John Cqk était si complètement persuadé que les Hollandais ne fipuvaieut veuir attaquer avant vingt-quatre iiMures 9 qu'aussitôt que le duc fut aller se eou«*

D£ JACQUES IL l35

cher , sans demander ia permissîoo à Son Ahesse> eoQime il i^uraît dû le faire , il fit mdttre son yaisse^u ea carène pour lui donner uqe meilleure marche (i)«

Telle était la position de ia flotte^ lorsque le :i8 mai à deux heures da matin il reçut le pa*e-^ miêr avis de l'approche des Hollandais; il lui fut donné par un nommé Cogolin^^ capitaine d'un ▼aî^seatt français de quatrième rang > qni était allé croiser aTec le capitaine Finch sur la cote de Hollande. Comme âon vaisseau n'était pt^s des meilleurs Toitiers^il n'avait pu^ ni son compa-* gnon, rejoindre la Hotte le jour précédent ^ et avait été obligé de mettre à l'ancre k une lieue à l'est y pour n'être paâ porté au vent de la flotte ^ le vent soufflant alors nord"*est» et la marée por^ tant de même côté. Cet incident fut très-heureux poiir nous ^ en ce qu'il nous donna les moyens d'être plus tôt avertis de l'approche de Fennemi. Ce capitaine nous apprit qu'au moment ou il al* lait mettre à la voila pour rejoindre la flotte , il avait été rencontré par deux des corvettes en-^ nemies , qui , bien que chacune d'eUes fût aussi forte que son bâtiment , n'avaient pas tiré sur

(i) Mettre un vaisseau en carène c'est le coucher sur Te côté pour enduire la carëne de matières grasses et résineuses. Un des objets de cette opération est de lé faire mieux glisser i»ur l'eau. {Noie de F Éditeur, )

i36 MÉMOIRES

lui ^ mais s'étaient éloignées ^ ce qui lui avait fait juger avec raison que leur flotte notait pas loin derrière elles. Alors donc y pour nous signaler l'approche de l'ennemi , il ne cessa de faire feu pendant tout le temps qu'il mit à nous rejoindre, en sorte que nous nous préparâmes aussitôt à le recevoir du mieux que nous pourrions. Aussitôt qu^il fut jour nous aperçûmes la flotte ennemie au vent ^ marchant droit sur nous. Ceux de'nos vaisseaux de ligne et de nos brûlots qui se trouvaient plus près de la côte que les Taïsseaux de pavillon et quelques autres de nos grands vaisseaux^ mirent sous voile à la première alarme^ pour venir se placer au poste qui leur était assigné dans l'ordre de bataille; mais la marée qui portait au vent^ et le vent d'est empêchèrent la plupart d'arriver au commencement du combat; en sorte qu'il n'y avait pas en tout plus de vingt vaisseaux ^ tant de l'escadre rouge que de la bleue 9 pour soutenir le premier choc de celles de Ruyter et de Van Ghent. L'escadre de Zélande , commandée par Banker^ eut affaire à l'escadre française y commandée par le comte d'Estrées. Tous deux gouvernaient vers le sud^ et étaient amures à bâbord, dès le commencement du combat; tandis que le duc et le comte de Sandwich se tenaient orientés au plus près du vent, les amures à tribord. Le comte, à la tête de Tescadre bleue > en vint aux mains avec Van Ghent ^

DE JACQUES IL iSy

et Fescadre d'Amsterdam et Ruyter, avec Tescadre de la Meuse , eurent affaire au duc et à Fescadre rouge.

Pour mieux éviter toute confusion et toute terreur panique , le duc commença par défendre très- prudemment qu'aucun de ceux qui Fenvironnaient se permît d'importuner les officiers des équipages de questions inutiles : il interdit de prononcer seulement tout haut le mot de brûlot 3 et ordonna que si on en apercevait un s'approcher de son vaisseau ^ sans que lui ou ses officiers s'en aperçussent 3 on vint le lui dire tout bas 9 à luimême ou à l'officier qui se trouverait le plus près de ceux qui Fauraient aperçu.

Entre sept et huit heures du matin le combat commença avec J)eaucoup de fureur. Les Hollandais avaient l'avantage du vent, et Ruyter avait bien compté en profiter; car, aussitôt que le duc et lui se furent lâché chacun leur bordée, espérant d'en finir promptement de Son Altesse royale, il lui envoya deux brûlots. Sir Edouard Scott, qui avait précédemment servi sur terre , sous les ordres de Son Altesse royale , et qui maintenant l'accompagnait en qualité de volontaire, fut le premier qui les aperçut; mais se rappelant les ordres de . Son Altesse , il en avertit a l'oreille sir John Cox, qui se trouvait alors près de lui. En ce moment, comme sir John appelait un officier pour lui donner ses ordres

iS8 MÉMOIRES

en consëqaence , un boulet le reftTersa mort y et emporta en même temps la tête de M. Bell y antre volontaire. Sir Edouard s'adressa alors au duc lui-même , qui donna sur-le-champ ses oidres ^ de manière que le premier de ces brdlots fiit bien vite expédié ^ et celui qui venait ensuite mis hors de service pour le moment.

Fendant ce temps ^ le duc et le peu de vaisseaux qui se trouvaient près de lui étaient tellement travaillés par Ruyter et ses seconds , qu^avaut onze heures son vaisseau , le Prince y avait son grand mât de hune brisé , sa voile d'avant^ ses haubans de tribord y et le reste de ses agrès et de ses voiles de combat absolument en pièces, et plus de deux cents hommes tués ou blessés; tellement que Son Altesse royale le voyant hors d'état de tenir plus long-temps y fut forcée de le quitter^ après avoir ordonné en secret à son capitaine de le remorquer hors de la ligne, et de tâcher de le réparer, ou du moins de le sauver des brûlots ennemis. Pour éviter le bruit et la surprise qu'aurait occasîonés son départ , le duc descendit dans les entre-ponts, comme pour donner quelques ordres , et de là se glissa dans sa chaloupe, n'emmenant avec lui que le lord Feversham , M. Henri Savil , M. Ashton , Dupuy , et son maitre^pîlote. Sa chaloupe le conduisit au Saint-- Michel y vaisseau de second rang, commandé par sir Robert Holmes^ qui se trouvant à l'avant de

DE JACQUES IL l3g

son escadre, un peu mus le Tent, n'aTait pas beaucoup souffert.

ÂJ^ssitôt qu'il fut à bord du Saint-Michel ^ il fit hisser son pavillon qu'il avait apporté avec lui; m^s comme il ne faisait pas assez de vent pour le déployer^ il fut oblige d'envoyer sa ci^loupe avertir le vaisseau le plus voisin du lieu où il se trouvait alors.

Tandis que les cboses se passaient ainsi sur le point où le duc était en personne , les Français gouvernaient vers le sud , orientés aussi près du vent qu'ils le pouvaient; mais Banker et l'escadre zélandaise ne les pressèrent pas aussi vive*ment qu^ils auraient pu le faire; car à peine les approchèrent-ils à plus de demi*portée de ca^ non; ce qui ne diminua pas peu la réputation qu'avaient acquise les Zél^ndais, dans les deux dernières guerres y d'être les plus braves d'entre les marins hollandais ; aussi ces deux escadres soufirirent-elles fort peu. Il n'en était pas ainsi de la rouge et de la bleue* Ruyter et Van Ghent les pressaient rudement > d'autant plus hardis à les attaquer^ qu'elles n'avaient pas en ligne , lors de la première attaque, plus de vingt vaisseaux, le reste n'ayant pu rejoindre la ligne que dans l'après-midi.

Aussitôt que le duc fut à bord àvLSaint-Michd^ il fut obligé de virer de bord ^ à cause d'un banc de sable , situé pair le travers de Laistoff ;, et gou-

t4o mémoires

Terna vers le sad> serrant le vent d'aussi près qu'il lui était possible; par ce moyen il gagna le vent sur Ruyter et la plus grande partie de son escadre y mais il avait toujours au vent l'escadre d'Amsterdam , qui avait été obligée de Tirer de bord pour la même raison , en sorte que le due avait les ennemis des deux côtés , et - fut forcé de marcher quelque temps à la tête de sa division ^ afin que le petit nombre de vaisseaux qui le suivaient pussent tirer dans ces eaux^ et virer de bord après lui. Le reste courut sous le vent de Ruyter^ en sorte que l'ennemi et nous étions fort entremêlés.

Peu de temps après que le duc eut commencé à gouverner vers le sud , une brise légère s'éleva À Test.. La fumée se dissipa , et il put un peu regarder autour de lui. La première choàe quMl vit fut le pavillon bleu du comte de Sandwich ^ qui s'élevait un peu en avant de lui ^ au dessus de la fumée , si épaisse autour de lui , qu'on ne pouvait apercevoir la coque d'aucun de ses vaisseaux. Tandis que la rouge était aux mains avec Ruyter et son escadre^ la division du comte de Sandwich n'était pas moins chaudement engagée avec l'escadre de Van Ghent. Le vaisseau de celui - ci était en panne sur le flanc de celui du comte 9 tandis qu'en même temps un capitaine Brakell ^ marin très-audacieux et à tête chaude^ avait placé sou bâtiment de soixante-dix canons par le

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travers du vaisseau du comte; en sorte qu'entre eux deux, Fenfilant de l'avant et de l'arrière, ils lui tuaient une multitude de ses gens; ce qui obligea le comte, pour se débarrasser d'un si incommode voisin, d'ordonner à ses gens de monter à l'abordage sur le vaisseau dé Brakell. lU y entrèrent l'ëpëe , la pique et le pistolet à la main, et après quelque résistance s'en rendirent les maîtres; ce qui donna au comte le moyen de respirer un peu. Cependant Van Ghent et ses seconds avaient tellement tiré sur son vaisseau , le Royal'Jajnesy et lui avaient tué ou mis hors de service un si grand nombre de ses gens, qu'il fut obligé de faire revenir à son, bord ceux qui s'é« taient rendus maîtres du vaisseau de Brakell , et ayant envoyé prendre l'avis du capitaine Haddoc, officier expérimenté , qui en ce moment se faisait panser à fond de cale d'une blessure qu il avait reçue dans le pied d'une balle de mousquet, d'après son conseil, il jeta une ancre attachée, pour un cas pareil, hors de la Sainte-Barbe. Cette manœuvre eut l'effet qu'il désirait, qui fut de se débarrasser du vaisseau de Brakell; mais il fut cause, en partie, de la perte du BjojoItJ ornes ^ car^ conime au commencement du combat son vaisseau se trouvait un peu au vent de sa division , en mettant à l'ancre il la laissa s'éloigner de lui , en sorte que l'ennemi put l'approcher de plus près.

Ce fut environ à Ce moments-là que Van Gheât fut tué d'un coup de sa propre artillerie ^ mais cda n'empéeha pas l'ennemi de poursuivre vivement le BjoyaUJumes et de lui envoyer un brûlot que lé comte coula avant qu'il pût l'atteindre. Il n'était plus à l'ancre^ car aussitôt qu'il avait été débarrassé du vaisseau de Brakell ^ il avait cotvpé le câble qui sortait de la Sainte-Barbe; mais il s'était déjà presque tiré du milieu des Hollandais^ lorsqu'un autre brûlot visa sur lui. Il s'efforça de l'éviter, mais son vaisseau était tellement désemparé qu'il n'en put venir à bout et que le brûlot l'aborda du côté du vent , s'attacha à son bâbord et le brûla.

Le duc le vit avec douleur, mais sans pouvoir l'empêcher, étant sous le vent ; il passa pourtant tout près et vit la mer couverte des gens de son équipage, dont les uns allaient à fond, d^autres nageaient et d'autres s'accrochaient à tout ce qu'ils pouvaient saisir. Il ordonna au Dartinouth qui venait d'arriver près de lui, de se mettre en panne et d'en sauver le plus qu'il pourrait. Ge vaisseau et quelqueS'^unes des chaloupes de ligne qui se trouvaient à la suite du duc, parvinrent à en sauver trois à quatre cents, du nonibre desquels était le capitaine Haddoc, le lieutepant Majo,' le maître charpentier et un nommé Lowd, domestique du comte de Sandwich , qui , à son arrivée à Londres^ fut fait page de la chambre du

DE JA<!QUBSII. l45

Roi. Le comte , son maître ^ n^eut pas le même bonheur y il se noya^ et son corps ayant ensuite ëtë retrouvé » fiit enterré honorablement dans la chapelle d'Henri YH (i).

Quelque temps après ^ le Phénix , petit vaisseau de quatrième rang ^ capitaine Lenève ^ et ensuite le J2^«o/alio;ï> vaisseau de troisième rang, capitaine Berry^ et le Cambridge, aussi de troisième rang ^ capitaine sir Fretcheville Hollis^ vinrent très à propos se ranger en avant du Saint^ Michel qui se trouvait alors entre les deux lignes hollandaises ^ et avait reçu tant de coups à fleur d'eau que l'eau qu'il faisait l'empêchait de marcher. Le duc s'en étant aperçu , «fit descendre un lieutenant qui lui rapporta qu'il y avait cinq pieds d'eau dans la cale. Cependant , par les soins et le travail des pompiers ^ on parvint bientôt à boucher les voies d'eau et à vider la cale autant

(i) Le duc de Buckîngham , dans un fragment de mémoires sur sa propre vie , nous apprend que la veille du combat personne n'ayant l'idëe qu'on dAt se battre le lendemain , le comte de Sandwicb , qni dînait sur le vaisseau de M. Digby y parut singaliërement sombre et de mauvaise humeur, ce qui était tout*à-fait contraire à son humeur habituelle. «Nous en fûmes tous frappés, dit le duc, mais c< le remarquâmes bien davantage après l'événement. >» {Memoirs of his Grâce John Buckîngham, t. 2 de ses œuvres , pag. lo. )

{ Noie de l* Editeur. )

l44 MÉMOIRES

qu'il était nécessaire^ sans être obligé de mettre eo panne et de cesser le feu.

Uescadre d'Amsterdam gouverna en ce moment vers le duc comme si elle eut été dans rin-* tention de l'attaquer de plus près y mais tout à coup elle se remit de nouveau en panne et se contenta de le foudroyer de son canon. Le duc apprit ensuite la cause de cette diversité de mouvemens; le capitaine qui commandait alors le vaisseau de Van Ghent ^ avait été tué au moment où il s^avançait vers le duc ^ et celui qui prit après lui le commandement du vaisseau et de l'escadre n'eut pas le courage d'accomplir ce que l'autre avait eu le projet de faire. Quelque temps après ^ Van Hesse Taîné, qui portait un pavillon à son grand mât , se trouvant sous le vent du duc , vira de bord , coupa entre Tescadre de.Ruyter et celle d'Amsterdam, et vint se mettre en avant dé la flotte hollandaise avec quelques vaisseaux de Fescadre de Ruyter ; après quoi, virant une seconde fois de bord , il gouverna droit sur le duc pour gagner le vent sur lui et lui envoyer quelques brûlots qui l'accompagnaient ; mais lorsque le Stapem^ un de ses seconds qui marchait à l'avant de son vaisseau , se trouva à portée des batteries du duc, le coeur manqua à Van Hesse, et au lieu de. suivre le Stapern, vaisseau de cinquante et quelques canons, commandé par le capitaine Elzevire, il vira de bord et s'enfuit

DE JACQUES II. i4^

aTec ses brùlot$^ laissant derrière lui le Stavern^ qui &it tellement dëseraparë' par les bordées que lui lâchèrent le Samt-Michél et les vaisseaux de la suite du duc, qu'il se rendit au Greenwich ^hkliment de quatrième rang, capitaine Greeil.

Le Saint-Michel avait alors de aouveau tant d'eau dans sa cale, qu'il gouverna sous le vent, en sorte que comme il avait le vent sur les Hollandais, il arriva à portée de mousquet de leur flotte. Au moment où il passait auprès du pre* «nier grand vaisseau des Hollandais, second du vice-amiral , quelques uiis des gens qUi étaient à l'avant au Saint-Miehel cxiertnl de ne pas tirer sur le vaisseau hollandais, car il avait amené; mais le duc s'aperçut bien à la manoeuvré de l'autre que c'était une méprise et que le pavillon que Ton croyait avoir été amené avait été abattu d'un coup de feu. Il ordonna donc qu'on lâchât au vaisseau hollandais toute la bordée du TSaint-Mi^ ckely qui rasa le pont dans tous les sens»

Sir Edouard Spraggeet quelques vaisseaux de sa division étaient venus se ranger à l'avant du duc; mais le comte d'Ossory, dans le F^ictorieax qui s'était toujours tenu à l'arrière du Saint-Michel y se trouva tellement désemparé, qu'il fut forcé de se retirer pour se réparer. A sa place vint le capitaine Georges Legg, dans le Fairfaùc^ vaisseau de troisième rang. Il était plus de cinq heures après midi quand sir Robert Holmes vint dire au duc 2. . lO

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que \e Saini-Michel nVtaît plus «n ëtat de tenir en ligne; car, outre ce qu'if avait perdu de tnonde et le mauvais ëtat de ses mâts, de ses voiles et de ses agrès , il y avait tant d'eau dans la cate, que si on ne mettait sur4e champ en panne pour boiicher les crevasses^ il serait impossible de le tenir à flot. Le duc se résolut de passer suf le vaisseau dé sir Edouard Spragge^ le LondoUj et en înéme temps ordonna à sir Robert Holmes de ûe pas ét^r son pavillon et de ne pas sortir <le la ligne jusqu'à ce qu'il revit le pavillon du àvt flotter sur le LondoUy de peur que s'il disparais^ Sait pendant un certain temfpSi cela ne portât lé découragement dans la flotte. Ce fut une trèsutile précaution ; car bien que la chaloupe qui conduisait le duc au London marchât très*biett et eut de très-bons tumeurs , il fut près de trois quarts d'heure avant de pouvoir gagner le Lort-^ doriy que le vent, qui avait fraîchi, avait porté fort loin en avant du Saint^MicheL

Le duc 9 en arrivaht à bord du Londaiiy le trouva aussi fort endommagé, particulièrement dans les grandes voiles. Il avait eu affaire m vaisseau de Van Hesse le jeune , contre-»amiral ; celiii^^i qui était au veut venait rapidement sur nous; mais il était alors sept heures du soir. Ruyter fit un signal à tous ceux de ses vaisseaux qui se trouvaient au vent du sien de gouverner de son côté et lui-même gouverna de manière \

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rejatodre Feindre de Zélande , alors sous le tiont de la sienne et aux maws avec les Français; Danscette p^anceu vre y il s'avança siir le Rambow, yieux bàti^xent d^ 6?oand rang , capitaine Story. Le Rainbçn^ :était ub yaisseau à trois ponts ^ mais sendement de cinqi^antersix canons. Ruyter s'î* magwa qu'il fuirait devant lui; m^tis voyant que ^ft,^dflc^1;lx capitaine n'en voiilait rien fiaiire, il n)^t .eo panne et dBmeu;ra à l'avant du Rainbow^ qu'il n^ jugeait pa$ prudent d'attaquer^ aye^nt ^J^.yJ^ et sQus le veht d^ux ^e nois vaisseaux* U çoijAii^tia doqc de prendre cbasise pour rejoindre les Zél^ndais. Ce mouyement de la flotte hoUan- ^AÎ^e dqnpa à sir Johp Joi^dan et aux cinq ou sâx l^^ss^aqx qui l'^^ccompagnaieut 5 la facilité de rejoindre le duc t^u yent duquel ils se trouva'^éut pp^sque depuis le commencement du cqmb^t. 1^ duc .avait donc alors le vent sur l'enneint 9f ^ vingt-cinq ou trente vaisseaux de guerre et quelques brûlots. Le reste des bàtinieos de sa flotte s'était avancé vent arrière de même que Auyt^r et avait rejoint les Français, en sorte qu'ils se t^p^vaient>ous le vent des Hollandais ; mui^ le duc jugea .que ce qu'il y avait de mieux affaire était de rejeter oii il était précisément au veut de l'ennemi qui ayait alors, réuni toute sa

flotte.

Ce futep cette situation que se trouvèrent les dew flii^ttes après le coucher du soleil , et ainsi

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finit cette mémorable journée o& les Hollandais^ avec tous les avantagés que leur donnaient la surprise , le vent et la supériorité du nombre , furent loin d'obtenir la victoire sur les Anglais^ puisqu'àu contraire ils furent les premiers à quitter la mer et à se retirer dans leurs ports, comme on le verra bientôt. Mais avant de passer à ce qui arriva le lendemain 29 mai , on ne peut, sans faire injustice à la valeur anglaise, se dis-^ penser de rapporter quelques actions mémora-* blés qui eurent lieu dans le combat de ce jour et dont on n'a pas encore parlé. Nous avons déjà dit que les Hollandais s'étaient portés en nombre très -supérieur contre la division ou se trouvait le duc en personne et dont ils avaient fait le but principal de leurs efforts. Ainsi donc , non-seulement le vaisseau du duc, mais ses seconds placés près de lui avaient essuyé le plus fort du feu de l'ennetni. Tandis que Ruytcr pressait si vivement le duc sur le Prince qu'il montait alors , quelques vaisseaux placés à l'arrière eu. sien ^'attaquaient pas moi^ns chaudement ïeRoj'al- ' Catherine j gros bâtiment de second rang, qui était un peu au vent du Prince et dans ses eaux^ et faisait des efforts pour arriver au poste qui lui était désigné , de se tenir à l'arrière du J^ic^ torieuxj un des seconds du duc, monté par le lord Ossory, et qui se trouvait alors précisément i V'ATtiève du Prince. Le Royal- Catherine ae fit

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,pas partir sa bardée aussitôt, qu'il l^aurait dû^ par la faute du maître canonnier^ dont les mur uitioAS n'étaient pas rangées comme elles auraient dA rétre ^ ce qui portait le désordre, dans tout son service. Sir Joha^ noa^vellement arrivé de la Méditerranée 9. dans le Dreadnougkt^ vaisseaude troisième rang, n^était monté à bord du Royal^Catherine que la veille du combat , et par conséquent n'avait pas eu le loisir de l'examiner, et de remédier à ce qui manquait. Ce feu si mou du Rojral- Catherine enhardit l'eanemi à le presaer plus vivemeat, et à y ejivoyer queK ques brûlots. Les deux premiers furent repoussés par les boute-hors, mais deux autres parvinrent à s'y attacher; un entre autres en travers de l'avant. Alors, contre l'ordre du capitaine , l'équipage amena son pavillon et se rendit. Les Hollandais y envoyèrent leurs chaloupes, qui emmenèrent sir John, son lieutenant, et plusieurs des gens de l'équipage, mettant tout le reste à fond de cale, à l'exception du maître canonnier, du charpentier, et du contre -maître. Ils lais^sèrent sur le vaisseau un de leurs lieutenans avec ce qu'il fallait de monde pour l'emmener. Les Hollandais demeurés dans le vaisseau, plus occupés de le piller que de toute autre chose, ne s'étaient pas tenus aussi près qu'ils Sauraient dû de ceux de leurs vaisseaux qui avaient fait la prise j; si bien que lorsque le lj.eutenant holiau-

l5o MÉMOIRES

àhis reçut enfin l'ofdre dé faire sortir Idfiit te monde du bâtiment et d'y mettre le ffen, tandis qu'il se préparai! à l'exéctiter, le inaître eanon^ nier, le charpentier et le contre- maître, dé^* meures snr le pont, se côrifeiiUèrertt et eonvînrent, lorsque leurs gens sortiraient des e'coutillèfs, dl5 les appeler à eux , et de le* engager & tomber avec eut sur leà Hollandais ; ce qu'il* firent. Ik se. saisirent des piques , des crocs dé fér et de tout ce qui se trouvait sûr le pont , fet vinrebt facilement à bout des Hollandais, les firent |)ri^ sonniers, et se trouvèrent dé nouveaii maîttès du vaisseau (i). Sir Edouard Spraggë , de son poste, à l'arrière du duc , avait vu tout te qui S'était passé sur le RojaUCatherinej mais sans pouvoir le secourir, parce qu'il était sous le vent; il en-* voyçi Tordre à ceui qui l'avaient repris de se

(i) Le duc de Buckîngbam paraît attribuer c^Uè aclioa surtout au contre-maître , qui , avec son siffldt , rassembla tous ses gens , et les excita à se jeter sur les Hollandais. Ce contre-maître s'appelait ^ma//. «J'ai été, dît le duc, à portée n de le bien connaître dans la suite, lorsque je commandai « le Royal-Catherine : c'était un non-conformiste , tou-. «€ jours de sens rassis , humble , tranquille, trop doux ménfe ft pour tm métier si turbulent. Il me représentait $ouvt»nt « ces enthousiastes qui ont fait tant d'actions de bravoure « dans nos dernières guerres civiles. Il avait plutôt l'air H d'un pâtre que d'un soldat ; c'était un héros sous la figure fi d'un saint. » (Mémoires ^ etc., t.... , pag. 1 1. )

% ( Note de V Éditeur, )

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diriger y^$ la rivière ^ par^e quç le vais$a9il n'était pas 9 pQur ce jour^là ^ en état de service. , Deuji brûlots hollandais s'attachèrent à VBdgar, vaisseau de troisième raug, de soix^ate^-dix cwoas ; mais le capitaine Wetwang, qui le comimodaitt se démena de telle sorte q^ue, bien que 9a gmode voile fat déjà en feu, et que près de quatre-vingts des gens de son équipage eussent d^ sauté à la mer> il parvipt à se débarrasser d^es brillots.

Le capitaine Francis Digby, second &ls du comte de Bristol ^ capitaine du Henri ^ vaisseau de second rang, fut attaqué successivement par six brûlots, lien repoussa cinq, et avait la main mv ie boute* hors, pour se débarrasser du ftixiètpe , .loi:squ'il fut renversé mort d'une b^Ue. Le brûlot n'en fut pas moins repoussé. Bientpt après> wA premier lieutenant fut tué, ain^i que Bennet, capitaine au régiment du duc, dont la comp^^ie servait ,^ur ce bâtiment, et renseigne du même régiment. Alors un vaisseau hollandais, de SQÎxante-dix canons, voyant que le Henri était en fort mauvais état, et qu'il ne restait presque fltts personne sur le j>ont, vint à l'abordage, et Téquipage boUandaîs se rendit maître du pont du gaillard d'avant, et de la grande chambre; mais le i^este de l'équipage du Henri demeura en possession du dernier pont et de la Sainte*Barbe, et conti- UoalLietirer.SirRogerStrickland^quicommandait

ï^a MËMOIKES

le PJjnnputh y petit vaisseau de troisième rang ^ arriva au secours du Henri, ho contre -maître du Henri c'tait demeuré à son poste sur le gaillard d'avant, soit que les Hollandais, occupés à. piller la grande chambre, ne l'eussent pas aperça, ou que, comme il était blond et gras, ils reusseol pris pour un de leurs gens. Voyant le Pljmouth gouverner vers lui, il ordonna au timonnier de donner un coupde timoa, au moyen duquel l'arrière du Henri choqua si rudement le vaisseau hollandais qu'il s'en débarrassa, et sir Roger , étant arrivé un moment après, lâcha au vaisseau^ hollandais une bordée qui l'obligea de s'éloigner, et de laistser le lieutenant , et ceux de ses gens qui étaient montés à Tabordage sur le Henri, à la merci de ceux dont ils avaient Qru se rendre maires.

Mais il faut aller retrouver la flotte dansia si-* tuation ou nous l'avons laissée après le coucher du soleil. La nuit fUt belle, et calme; on s'odcupa des deux càtés à réparer les vaisseaux, Tintention du duc étant de recommencer le combat le lendentain matin. Au commencement de la nuit on vit, d» vaisseau du duc, un grand bâtiment qui brûlait au milieu de la flotte hollandaise. On craignit d'abord que ce ne fôt un de nos vaisseaux désem-* parés., tombé entre les mains des ennemis, tandis qu'ils gouvernaient pour rejoindre les Zélandais; ensuis il se trouva que c'était un v^^isseau deSi

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Hollaûdats^ tellement désemparé qu'après eit aToir fait sortir l'équipage, ils y avaient euxmêmes mis le feu.

Le lendemain matin 29 mai , au point du jour ^ le duc se trouva avec les vaisseaux dont j'ai parlé ^ à une demi-lieue environ au vent des Hollandais. Une brise légère continuait à souffler de l'est et le temps était clair; au lever du soleil il n'aperçut aucun des vaisseaux qui composaient le reste de sa flotte et dont il se trouvait alors au vent. Vers neuf heures du matin il commença à les apercevoir sous le vent et un peu à l'arrière des Hollandais; alors il gouverna vêts eux et passa près de l'ennemi qui continua sa route sans essayer de l'empêcher de rejoindre le reste de sa flotte. Il la rejoignit avant onze heures , et remonta à bord de son vaisseau le Prince , que le capitaine Narborough avait réparé et remis en état de service. Il l'avait recruté de l'équipage des deux brûlots^ dont l'un avait été brûlé et l'autre coulé la veille. Arrivé sur le Prince y le duc fit mettre en panne et donna le signal pour convoquer à bord de son vaisseau tous les officiers généraux^ afin de se faire rendre compte de l'état des bâtimens qu'ils commandaient. Pendant ce temps ^ les Hollandais, qui continuaient de gouverner vers le sud ^ se trouvèrent tout-à-fait hors de vue. D'après le rapport des officiers généraux ^ il se trouva qu'on .avait perdu le Roy al-- James ^ que

l54 MEMOIRES

le CAarlea II y le Saint-Michel, avaient telleuieiit souffert^ qu'il fallait absolument les envoyer à Sheerness^ où étaient déjà le Victorieux, le Henry, le Royal^ Catherine , de troisième rang , le Pairfax , le Duhkirk , le Yorb, de quatrième raog^ et le Oreentpich , commandé par le capir tàine Green , qui avait emmené avec lui le Stavetn sans en avoir reçu l'ordre | il fut cassé pour cela. On reconnut aussi que la plupart des vais^ aeaux en état de servir avaient presque épuisé leurs munitions. Il fut donc décidé , sur la^ vis unabime de tous les oûiciers généraux alors présens ^ de forcer d^ voiles pour se rendre à Sheerness , et chacun retourna à son bord pour attendre que le vaisseau amiral donnât le signal du départ.

Mais à peine y étaient-ils rentrés^ que de l'arrière du vaisseau amiral on aperçut la flotte ennemie gouvernant sur nous. Le duc alors ne jugea pas devoir suivre le projet arrêté , mais au lieu dé cela pensa qu'il falbit prendre le vent et rallier la flotte ennemie. Il donna donc à la sienne le signal de se mettre en ordre de bataille. On lit d'abord partir pour le Nore et pour Sheer-^ ness tous les vaisseaux maltraités y excepté deux, le Saint^Michel et le Pairfax , qui trouvèrent inoyen de rester^ quoique fort crevassés et en mauvais état. Le comte d'Ëstrées^ avec l'escadre française^ avait Tavant-garcle; l'escadre blene,

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alol*s tOïBfàBnâie par lé Tice-amiral sir Joseph Jor4ai> et le contré-amiral sir Johh Kempthor , avait IWrière^gardêi Sir John Hdrman ^ qui avait renvoyé son vaisaeaU avec le reâte des Vaisseaux désemparés^. vint à bord de celui du duc^ qui lui ordonna de se t^endre à bord du Camhridge ^ dont le capitaine , sir Freetchvilie HoUis y avait été ttié la veiller ^ et d'y mettre son pavillon de tontre-amiral de Fôscddre rougé.

La flotte anglaise ainsi en bon ordre gouverna vers la flotte hollandaise sur laquelle elle avait «l'avantage diivent; mais lorsque notre avantgarde fut arrivée à la hauteur du milieude la ligtie hollandaise, Ruytcir fit à toute sa flotte le signal de tirer dé bord à là fois , et ils s^éloîgnèrent serrant le vent potir gagner leurs côtes. Le duc fit alors signal à son avant-garde de forcer de v<Tiles; toute la ligne en fit autant > se portant sûr Tenûemib Aussitôt qu'il vit M. Duquesne qui, son pavillon au mât de huné > conduisait les Français j arrivé à la hauteur de ta tête d« la flotte erinemie ^ il donna le signal du combat et gou-* terna sur les Hollandais sur qui nous avions alors le vent et dont nous n'étions pas à plus 4e demiportée de.canon« Il était deux heures après midi; les Hollandais voyant que la chose était sérieuse y au lieu d'attendre le duc ou de faire leur retraite en bon ordre , forcèrent de voiles sans s'arrêter ^ mettre en sûreté leurs vaisseaux désemparés.

i56 MÉMOIRES

Le duc en complu quinze à Tarrière de leur flotte et avait toutes les raisons du monde de croire qu'il s'en rendrait bientôt le maître; mais il plut à Dieu d'en ordonner autrement ^ car en ce moment même l'air ^ jusqu'alors serein et brillant de soleil ^ se chargea tout à coup d'un brouillard tellement épais qu'on ne se voyait pas de l'avant à l'arrière du vaisseau. Le duc, voyant arriver le brouillard, fit retirer le signal du combat qui était un drapeau rouge au haut du mât de hune, mit en panne ^ serrant le vent le plus qu'il put afin que durant le brouillard les Hollandais ne le prissent pas sur lui. Il dura plus d'une heure, et quand il s'éclaircit nous étions toujours au vent^ éloignés de l'ennemi de plus de portée de canon. Le vent étant alors nord-ouest, le dtic fit déployer le pavillon sanglant, comme l'appellent les marins, et gouverna de nouveau sur les Hollandais pour engager le combat; mais avant qu'il pût en venir aux mains avec eux , le vent augmenta à tel point que la mer étant trop grosse , il lui devint alors impossible de faire usage de ses basses batteries. Il retira donc le pavillon sanglant et continua de tenir le vent sur les Hollandais qui se dirigèrent sur les.Weelings. Vers neuf ou dix heures du soir , le vent soufilant toujours très-frais, le duc vira de bord pour éviter le danger de donner sur les bancs de Flandre. 11 marcha doue jusqu'à minuit en ser*-

rant le veat, puis virant de bord une seconde fois 9 se remit à la poursuite de l'ennemi jusqu'au lendemain matin 3o mai ; mais alors ne Tapercevant plus, et jugeant qu'il s'était mis à L'abri dans ses sables , oh l'on ne pouvait songer à le suivre^ il jugea devoir changer de marche et se rendre à force de voiles à la balise du Nore, afin de s'y réparer, espérant avec raison reprendre la mer le premier après l'avoir quittée le dernier» La flotte ne fut en état que vers la fin de juin*' Quelques jours ayant qu'elle remit à la voile, le Roi vint à la balise du Nore avec quelques membres du comité des affaires étrangères , au nom^ bre desquels étaient le comte de Shaftesbury et le lord Clifford , pour conférer avec le duc et ses officiers généraux, et prendre une dernière ré-* solution sur ce qu'il y avait à faire durant le reste de la saison. Le duc proposa de faire voile directement vers les Weelings, où Ruyter s'était retiré avec la flotte hollandaise , de l'y combattre , ou de l'obliger à rentrer dans ses ports. Le comte de Shaftesbury, et quelques uns de ceux qui étaient venus avec le Roi, persuadèrent à Sa Majesté qu'il était plus utile à son service de s'efforcer d'intercepter la flotte hollandaise des Indes Orientales, qui, selon les avis quMls en avaient reçus, était journellement attendue en Hollande , passant par le nord de l'Ecosse; que , tandis que notre flotte irait après Ruyter>

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pdur le combattre , ce eonyoî^ qui ëtak £irt'ri-«-i cke, pourrait avoir ie temps de gagner ia baie de Texe! , Le due et le$ autres officiers génërawr répliquèrent <)ue le moyen le plus sàr de se reDdi^ maîire de la flotte des Iodes Orientales^ serait d'abord de battre ou de retpousser diaas le& poaHs de Hollande la flotte de Rii]Ftery .qu'on» aTait tout lieu de croire hors d'état de juohs teeîr têjte; qu'ïl serait fort dangereux > taat que lenra yaisseaiax de guerre étaient réunis et en mer, de dispeiiîser Jes oôAres ^ ainsi qu'il le faudrait po«a« inrtercepier la flotte des Indes Oriental^ç car H y a^vait à craindre que tandis qu'ils seraient ainai séparés , l'ennemi tonibant sur nous à l'impro-r TÎste» »e les détruisît avant que nous eussions pu les réunir en ordre de bataiUe et qu'il n'y aTail pas lieu de douter que Ruyter, par ses eorsaices^ ses avisos ou ses bateaux pêcheurs ^ ne fût de temps en temps averti de nos stations et de l'état où nous nous trouvions. Cependant les raisons du duc et des officiers de marine furent obligées de céder à celles dû Roi et de ses officiers de eabinet, et Son Altesse royale eut ordre d'atler xraistr dans les parais où il aurait le plus lieu d'esrpérer de rencontrer la flotte des InderOrienlaloSé En conséquence le duc fit voile le.... de juillet ^ de la balise duNore ^ et alla croiser entre la Ylîe et le Texel , se tenant assez éloigné de la cote pour qu'on ne pût l'apercevoir que du haut du gramfl

DE JACQUES IL iSg

tioAt. Mais le manyais temps étanl venu , il fut ôbUgé de mettre à l'ancre^ et d'y demeurer quinze jottrs^ les vergues et mâts abattus. Le mauvais temps passée on jugea qu'il valait m*»eux aller croiser à Test du banc dé Doggar^ pourétre plus à portée de mettre à l'ancre quand le vent detiéndr»it fortj parce qû*il y avait moins d'eau du côté de l'est que de celui du sud ou du nord^ et que r^nerage était par conséquent plus facile. U fat heureux que le duc eût pris ce parti qui lui donna les moyens de tenir sa flotte réunie tout le temps qu^il demeura dans cette station , et pendaiit lequel il n'eut pas vingt* qi^at re heures dé beau lemps ; cela n'empêcha pas ses croiseui*s d'être toujours en mer. Quelques uns, comme le Cainbridge et une autre fVégate, rencontrèrent la flotte des Indes Orientales. Le Cambridge aborââ un des vaisseaux de cette flotte , mais la nier devint tellement grosse, qu'il ne put s'en rendre maître; et comme la tempête augmentait, il ne lui fut possible ni de suivre la flotte hollandaise, ni d'avertir la nôtre à temps. Les Hollandais parvinrent donc à entrer dans l^ms. Le duc en ayant reçu avis fit voile vers les côtes d'Atigleterre , et mit à l'ancre vers le .... d'août , près de la baie de Burlington, ou il mit à terre environ trois mille malades, la plupart du *cdi*but , qu'ils avaient gagné pendant ce mauvais temps qui nous avait obligé à tenir nos

t6o MÉMOIRES

portes fermées et calfatées, ce qui entretenait dans le premier pont une chaleur étouffante. La plupart guérirent , mais pas assez tôt pour retourner à bord de leurs vaisseaux avant le départ de la flotte; en sorte que quelques .uns des grands vaisseaux, entre autres le Souereign, avaient tout au plus ce qu'il aurait fallu de bras pour lever les ancres. . ,

Après avoir pris de Teau, et les rafraîchissemens dont elle avait besoin , la flotte appareilla et se dirigea à toutes voiles vers les sables de Yarmouth, vers le commencement de septembre, et mit à l'ancre à la hauteur de Lastoff. Le duc y apprit que deux jours auparavant la flotte de Ruyter s'était montrée en vue de Lastoff, puis avait fait voile de nouveau vers les Weelings. On jugea donc prudent que la flotte anglaise, fort endommagée par le mauvais temps, retournât à la balisecluNore,rannéese trouvant alors beaucoup trop avancée pour qu'aucun de nos grands vaisseaux pût tenir plus long<-tempsla nier dans ces pa^ rages. Quelques jours après que le duc fut arrivé au Nôre avec la flotte, le Roi y revint, accompagné du prince Robert et du comte de Shaftesbury et quelques autres membres du cabinet, pour voir le duc, et se faire rendre compte de la situation de la flotte. Les deux lords dont j'ai parlé avaient proposé au Roi , sans en parler au duc , et avaient fort insisté pour que la flotte, dans 1 état

DE JACQUES IL i6i

OÙ eMe était, se remît de nouveau en mer, et allât combattre Ruy ter dans les Weelîngs. Le duc en fut averti par un de ses amis particuliers, et on lui dit en même temps que le Roi paraissait entrer dans ce projet. En même temps Son Àl-^ tesse royale remarqua que ces deux lords travaillaient beaucoup quelques officiers ge'néraux , qu'ils prenaient sans cesse à part pour s'entretenir tout bas avec eux. Le duc ne fit pas semblant d'y prendre garde, mais les laissa aller leur chemin, jusqu'à ce que le moment vînt pour lui de parler; et, lorsque le i6 septembre au soir Sa Majesté ordonna au duc d'avertir les officiers généraux de se rendre le lendemain auprès d'elle, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Son Altesse royale demanda que Ton appelât aussi quelques uns des anciens officiei's de la flotte, beaucoup plus expérimentés que les officiers généraux. Lorsqu'ils furent réunis, le Roi ordonna au duc de leur proposer de se rendre sur la côte de Hollande pour y chercher la flotte hollandaise, la combattre, ou l'obliger de rentrer dans ses ports, demandant leur avis sur ces propositions : ils répondirent, chacun à son rang, en commençant par les plus jeunes , et le duc le dernier. Son avis fut, ainsi que le leur, que la saison était trop avancée pour que l'on pût, avec prudence, hasarder nos grands vaisseaux sur le^ côtes de HoUancle, où, s'ils étaient pris par une :2. u

iGa MÉMOIRES

tempête d'ouest ou de nord-ouest^ ils couraient grand risque de se perdre corps et biens. Sir Jërémie Smith appuya cette opinion de l'exemple d'une vingtaine de vaisseaux de guerre hollandais qui y durant la guerre avec la Hollande, du temps de Crom^ell, avaient été jetés , en une âeule nuit, sur cette côte. Le capitaine Gunman, second capitaine du duc , déclara que si on se hasardait sur cette côte, il ne voulait pas se charger de la conduite de son vaisseau, mais irait comme volontaire. Le capitaine Sanders, maître du même vaisseau , fit la même déclaration. C'étaient les plus hardis et plus habiles pilotes de l'Angleterre pour les mers septentrionales. Le Roi , qui entendait fort bien la marine, comprit parfaitement, d'après ce qu'ils lui dirent, la folie et le danger d'une telle proposition; et, quoique le prince Robert et le lord Shaftesbury ne voulussent pas se désister de l'avis qu'ils avaient énoncé d'abord, Sa Majesté n^en décida pas moins que les grands vaisseaux ne se remettraient plus en mer cette année, mais seraient envoyés à Chatam, et dans leurs chantiers respectifs , afin d'y être remis en état pour Tannée suivante. Ainsi se termina cette campagne.

Feu de temps après le retour du duc à la cour , le grand sceau fut ôté à sir Orlando Bridgeman , et donné au comte de Shaftesbury;^ qui reçut en même temps le titre de lord efaiiiiicelier d'Angle-

DE JACQUESrir. l63

terre^ Ce chaDgemeot en amena un autre, car le comte étant un des commissaires du trésor , il fallait nommer à sa place dans le cas où le trésor demeurerait en commission; mais il parut au duc que Sa Majesté penchait à nommer un lord trésorier. Il demanda donc au lord Arling* ton de s'unir à lui pour proposer au Roi de porter à ces hautes fonctions le lord Clifford; mais Arlington lui parut très-froid à cet égard > et s'efforça de lui persuader que le Roi ne pensait point alors à changer la forme de l'administration du trésor : le lendemain il employa un de ses amis à tâcher d'obtenir du duc qu'il s'efforçât de faire nommer sir Robert Carr à la place que laissait vacante la promotion de lord Shaflesbury.

Peu de jours après, le duc proposa lui-même à Sa Majesté lord Clifford pour l'emploi de lord trésorier- Cette proposition fut très-bien reçue. Le Roi dit au duc qu'il le ferait, et qu'il ne connaissait personne de plus propre à cet emploi. 11 ajouta que lord Arlington avait eu envie de la baguette de lord trésorier, mais qu'il lui avait répondu qu'il l'aimait trop pour la lui donner ; qu'il ne convenait point à la place, et que la lui donner ce serait vouloir le perdre et donner prise sur lui. à la malveillance de ses ennemis. Peu de temps après, le Roi dit au duc qu'il s'était aperçu que lord Arlington était irrité contre le lord

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ClifFord^ parce qu'il savait qu'il devait être nammé trésorier. Il pria le duc d'engager lord Arlington à ne pas laisser voir son mécontentement^ et de tâcher qu'ils continuassent à vivre bons amîs« Le duc leur parla donc à tous deux , et ils promirent de vivre en bonne intelligence comme par le passé ; mais lord Arlington ne tiut pas parole et montra depuis àj lord ClifTord beaucoup de froi^ deur> si ce n'est même pis.

On était près des fêtes de Noël : le Hoi dit au* lord Clifford pt à lord Arundel de Warder de tâcher d'engager le duc à communier avec lui à cette époque. Le duc s'en était abstenu depuis plusieurs mois, bien qu'il continuât d'aller à l'église avec Sa Majesté. Le Roi chargea les deux lords de lui faire sentir combien il serait dangereux pour tous deux qu'il continuât à s'écarter de la communion , et donnât lieu par là de le soupçonner de catholicisme. Il leur fit là-> dessus beaucoup de raisonnemens ; à quoi ils re-^ pondirent qu'ils croyaient fort difficile de rien obtenir auprès du duc sur un point de conscience si délicat , et que , quand même on le persua-* derait, on ne gagnerait pas grand'cho^e sur l'o-^ pinion du monde ^ tout-à-fait convaincu de la croyance réelle du duc; mais qu'on ne parviendrait qu'à donner très-mauvaise opinion de sa conscience de chrétien, lorsqu'on le verrait recevoir la communion d'une Eglise pendant qu'il

DE JACQUES II. l65

appartenait à une antre ^ œqni le ferait tomber dans le mépris de tous les honnêtes gens. Leurs argumens parurent^ pour le moment ^ faire impression sur le Roi ^ et il ne les pressa pas davanT tage sur ce point. Mais là yeiUe de Noël le Roi en parla de nouveau à lord Clifibrd , le priant de représenter au duc ce qu'il lui avait dit^ ainsi qu'à son ami^ sur la nécessite de oommuniet avec le Roi. Lord Clifibrd obéit ^ mais trouva qu^il n'y avait moyen d'engager le duc à agir contre sa

I conscience.

Les ennemis du- duc se montrèren^t actifs à propager les soupçons qu'on avait déjà de son changement de religion ; ces soupçons ne leur donnèrent que de trop favorables occasions de satisfaire leur haine jusque-là impuissante. Ils leur fournirent les moyens de le dépouiller enfin de tous ses emplois^ et de l'éloigner, entière^ ment des affaires en faisant passer au parlement le !»9 mars^ sous prétexte de donner des garanties à la religion protestante ^ une formule de test ou déclaration telle qu'aucun catholique romain ne pouvait en conscience l'adopter. Il fût stipulé en même temps qu'on ne pourrait posséder aucun emploi civil ou militaire saùs avoir adopté ce test. On encouragea de plus le duc de M onmouth à se prétendre légitime , et par conséquent héritier de la couronne. Il était aussi ambitieux et aussi médiocre qu'il le fallait pour se laisser prendre

i66 MÉMOIRES

au piège; mais on aura occasion d'en parler plus

au long.

Comme le test ne permettait plus au duc d'exercer ses fonctions de grand amiral d'Angleterre^ le commandement de la flotte fut donne y pour la campagne de 1675^ au prince Robert. Il se livra , pendant cette campagne y plusieurs combats entre les deux flottes , mais sans aucune perte ni succès considérable d'un côté ou de l'autre. S'il y eut cependant quelque avantage^ ce fut du côté des Anglais. Après la campagne^ le parlement d'Angleterre se trouva tout-à-fait disposé à la paix avec les Hollandais^ et elle fut conclue à Londres l'hiver suivant. Le nouveau test obligea de même lord ClifTord à quitter^ le 19 juin 9 sa place de lord trésorier d'Angleterre et celle de conseiller privé. Quoique nouveau converti, lord Clifibrd préféra généreusement sa conscience à ses intérêts. La baguette de lord trésorier fut donnée à sir Thomas Osborn j nouvellement créé comte de Danby. Il fut nommé à la recommandation du duc et à celle de lord Clifford, qui, sur les preuves qu'il avait données de sa capacité et de son activité dans l'emploi de tréso^ rier de la marine, le regardaient comme l'homme le plus propre aux fonctions de lord trésorier. On verra par la suite combien il reconnut mal cette marque de la bienveillance du duc.

Le Roi, qui commençait à sentir la nécessité ,

de marier Son Altesse royale , ordonna au comte de Peterborough , dernièrement employé dans les négociations relatives au mariage delà princesse d'Inspruck ^ de se rendre incognito d'abord à la cour de Néubourg et ensuite à celle de Mo> dène , pour voir dans laquelle il trouverait une princesse propre à devenir la femme du duc. Ne trouvant à Neubourg rien qui lui plût ^ il passa à Modène , et y ayant vu la princesse d'Est , il jugea qu'il ne pouvait choisir rien de mieux ^ et fit son rapport au Roi et au duc^ Le Roi, d'après le comple qu'il lui rendit ^ le chargea de faire la demande de la princesse pour êoii frère. La de-* mandé fut faite à la duchesse sa mère , alors régente pendant la minorité du duc son fils. Ce ne fut pas sans peine qu'on obtint le consentement de la jeune princesse. Elle n'avait alors que quinze ans et avait été élevée dans une telle innocence que jusqu'alors elle n'avait pas entendu dire qu'il, existât une Angleterre ni un duc d'York. De pluç^ elle désirait vivement se faire religieuse ; tellement que la duchesse sa mère fut obligée d'obtenir du Pape qu'il lui écrivit pour l'engager à se rendre aux désirs de sa mère , pour le plus grand avantage du sei'vice de Dieu et du bien public. Sa Sainteté et. la duchesse ne parvinrent que très-difficilement à vaincre la résistance de la princesse. Son consentement obtenu ^ le comte de Peterborough fit son entrée publique à Mor

t68 MÉMOIRES

dène^ comme ambassadeur extraordioaire du Roi ^ et tous les articles convenus ^ le 5o septembre il épousa la princesse par procuration y au nom du duc son maître.

Le bruit de ce mariage étant parvenu à la chambre des communes, alors vivement échauffée contre ce qu'elle appelait le papisme, comme elle l'est d'ordinaire dans ses momeûs de mécontente-^ ment contre le gouvernement , il s'engagea sur ce point une discussion extrêmement chaude, .et à la fin on résolut de présenter une adresse au Roi pour Jui demander de rompre ce mariage à raison du catholicisme de la princesse et de la ]>art que la France avait eue à cette affaire. On n'avait ras-Jsemblé ce parlement au mois d'octobre que dans l'intention de le proroger sur-le-champ au mois de janvier suivant. Cependant lord Shaftesbury qui, selon sa coutume, venait de changer de bord et se trouvait à la tête du parti factieux, eut l'adresse par ses artifices de faire retard^er la prorogation, afin de laisser au parti violent de la chambre des communes le temps de passer l'adresse dont j'ai parlé. Elle n'eut pourtant pas l'effet dé faire rompre ce mariage déjà si avancé, et auquel le Roi regardait son honneur comme engagé. Il ne manqua cependant point de cbnseillcrs, entre autres milord Arlington , qui voulurent engager le Roi à empêcher la duchesse d'aller plus loin que la France ; mais Sa Majesté

DE JACQUES lî. 169

rejeta ce honteux avis et prorogea le parlement, tandis qu'en même temps la duchesse se mettait en route de Paris Ters Calais. L'adresse de la chambre des communes^ si elle n^avait pas réussi \ faire rompre le mariage , avait du moins tel-* lement effrayé la plus grande partie des gens de la cour que le duc ^ lorsqu'ilse rendit à Dou«r Très pour aller à la rencontre de la nouyelle du-r chesse, qui débarqua le :2i novembre ^ ne fut suivi que de peu ou point de courtisans ^ et qu'aucun évêquc , si ce n'est le docteur Crew 9 évéque d'Oxford et depuis évêque de Durham , ne se présenta pour accompagner Soti Altesse royale et accomplir les cérémonies d'usage pour la déclaration du mariage. Elle se fit de la manière suivante. Le duc et la duchesse d'York et la duchesse de Modène, mère de celle-ci, se réunirent avec toute la suite dans une pièce où se trouvait aussi lord Feterborough. L'évêque demanda à la duchesse de Modène et au comte de Peterborough s'il avait épousé la duchesse d'York en qualité de chargé de procuration du duc. Tous deux l'ayant affirmé , l'évêque déclara le mariage légal. Leurs Altesses royales arrivèrent ensuite à Whitehall le 26 novembre. Le Roi, accompagné des principaux grands seigneurs d'Angleterre , était venu au devant d'eux sur la rivière.

L'adresse de la chambre des communes avait causé une telle frayeur à Whitehall , que le Roi

lui-mêtue û'en avait pas ëtë entièrement exempt ; aussi quoiqu'il eût été stipulé dans les articles de mariage entre le duc et la duchesse qu'elle aurait une chapelle publique et qu'on lui donnerait celle que feu la Reine mère avait fait bâtir à Saint- James 9 les conseillers qui entouraient Sa Majesté lui persuadèrent de ne pas permettre à la duchesse l'usage de cette chapelle publique , mais seulement celui d'une chapelle particulière qu'on lui fit préparer dans le palais ; et ^ pour colorer cette violation des articles , on obtint de la Reine de réclamer cette chapelle de Saint- James comme lui appartenant par droit d'ancienne pos* session^ bien qu'elle ne s'en servît point alors, ayant sa propre chapelle à>Soramerset-House.

Alors commençaient à s'élever les orages qui éclatèrent ensuite dans le parlement contre le duc. Tous dataient et prenaient leur origine du soupçon qu'on avait de la conversion du duc à la religion catholique. Jusque-là ses ennemis par-p ticuliers n'avaient pu prendre sur lui aucun avantage. Le courage avec lequel il s'était de si bonne grâce et si souvent exposé pour l'honneur et les intérêts du Roi et du pays, son application et son activité à provoquer toutes les mesures avantageuses au commerce et à la navigation , l'avaient rendu l'amour de l'Angleterre; mais 00 n'eut pa9 plutôt donné l'alarme sur sa conversion au papisme , que tous ces mérites s'effacèrent et

que tous les partis se réunirent contre lui comme contre l'ennemi commun.

Beaucoup de gens de ses amis ou qui feignaient de l'être lui conseillèrent à cette époque de s'éloigner pour quelque temps de la présence du Roi et des affaires publiques ; entre autres un noble lord (i)^ lui-même catholique ^ après plusieurs protestations de zèle pour son service y lui conseilla politiquement d'écrire au Roi une lettre datée de Douvres^ d'où il lui demanderait pour son propre repos et pour faciliter les affaires de Sa Majesté avec le parlement la permission de se retirer avec la duchesse à Audley ou quelque autre endroit du pays éloigné du mouvement des affaires publiques ^ où il pût chasser et prier sans offenser personne et sans inquiétude. Le duc remercia tous ces donneurs d'avis de leurs bonnes intentions y mais leur répondit qu'il pensait et était résolu d'agir tout autrement ; qu'à moins que Sa Majesté lui ordonnât le contraire^ il demeurerait constamment auprès d'elle, la servant de tout son pouvoir comme il s'y croyait obligé par devoir et par honneur et comme il le jugeait nécessaire pour la sûreté du Roi et la sienne propre. D'après l'audace qu'çivaient montrée ses ennemis^ lui présent et en position de se défendre,

que neferaient-iis pas en son absence ! Le moins,

(i) Lord Berkshire.

disait-ii y qu'il put attendre d'eux ^ lorsqu'il serait une fois éloigne , c'était une autre adresse de la chambre des communes , machine toujouns prête et qui manque rarement son coup ,. pour de^ mander son bannissement, et peut-être son exclue sion de la succession au trône. Si cette réponse ne convainquit point ceux à qui elle s'adressait, du moins leur iraposa-t*elle silence.

A peu près à l'époque du mariage du duc (i) ^ le grand sceau fut ôté au comte de Shaftesbury et donné à sir Heneage Finch avec le titre de lard garde du sceau. Le comte , dans toutes les révo-« lutions que la nation avait subies depuis le com^ mencement de la rébellion sous le roi Charles P', s'était rendu fameux par sa facilité k changer de parti et à se trouver toujours des plus avant dans la faction dominante, sans jamais se montrer ce-* pendant très-contraire au parti vaincu. Il n'avait pas gardé le grand sceau beaucoup plus d'une année, et durant ce temps personne n'avait plus chaudement et plus ardemment soutenu la pré-* rogative. Il avait eu la principale part à la déclaration de Sa Majesté pour la liberté de conscience. Ce fut lui qui poussa à la seconde guerre contre la Hollande , qui , lorsque la chambra des communes se montra récalcitrante et ne voulut pas accorder autant de subsides qu'il en fal-

(i) 9 novembre.

DE JACQUES IL IjS

lait pour la soutenir ^ conseilla la mesure de fermer l'écliiquier. Lorsque le parlement se ras-^ sembla ensuite^ il soutint fortement dans son discours aux deux chambres l'utilité et l'avantage de cette conduite , s^appuyant du fameux mot delenda est Carthago; mais lorsque bientôt après les clameurs de la chambre des communes déterminèrent Sa Majesté à révoquer sa déclaration de tolérance^ il se tourna habilement dans le sens du courant et s'unit si complètement au parti républicain > qu'après avoir été le plus grand partisan de la prérogative il devint l'ennemi le plus violent de la couronne et le fut jusqu'à sa mort ^ ainsi que le témoignèrent bien ses actions subséquentes.

Le 9 février fut conclue la paix entre Sa Majesté et les Etats- Généraux, qui avait été d'abord inutilement négociée à Cologne; mais alors , par l'intervention du marquis de Fr^no y ambassadeur d'Espagne en Angleterre , et revêtu de pleins pouvoirs de la Hollande ^ on convint de tous les articles, et la paix fut proclamée à Londres le 28 février, et à La Haie dans le courant du mois de mars. La chambre des communes, précédemment si vive à demander la guerre avec la Hollande , ne l'était pas moins alors en faveur de la paix avec cette puissance, et bientôt après elle commença à présenter au Roi adresses sur adresses pour l'engager à déclarer la guerre au

174 MËMOIUES

roi de France , mais en même temps elle se mon-* trait fort peu disposée à accorder les subsides nécessaires ppur l'entreprendre. Ce n'était pas assez pour les ennemis du duc d'être parvenus à l'obliger de renoncer à tous ses emplois ; ils ne se croyaient pas en sûreté s'ils ne parvenaient à réloigner de la présence du Roi et même de la succession à la couronne , car il était à craindre qu'il ne se souvînt trop bien un jour de leur conduite à son égard. Pour parvenir au premier point f ils complottèrent de faire passer au parlement un nouveau test plus étendu que le premier et contenant la renonciation à plusieurs autres dogmes^ sur lesquels les catholiques diffèrent des protestans , et d'exiger l'adoption de ce test pour être admis en présence du Roi, à moins d'en avoir obtenu la permission signée de six conseillers privés; mais lorsque le 3o octobre, il passa dans la chambre: des communes > les amis du duc et le parti loyal, par respect pour le sang de leur Roi, parvinrent, à la majorité de deuxyoix, à y faire ajouter une. exception en faveui: du duc : ce qui donna une telle humeur au petit comte de Shaftesbury, qu'on lui entendit dire que puisqu'on avait adopté' l'exception , il ne s^embarrassait plus de ce que deviendrait ce bill qu'ils avaient pris tant de peine à faire passer.

On tenta, à différentes reprises, divers moyens

DE JACQUES II. ijS

pour exclure Son Altesse royale de la succession à la couronne. Après avoir inutilement essayé d'abord d'engager le Roi à faire divorce et à se remarier , on tâcha de se faire un instrument du duc deMonmouth^ dont Tambition était capable de se prêter aux vues des factieux. Ils n'y étaient pas médiocrement encouragés par l'extrême affection que le Roi témoignait au duc , et qui leur faisait espérer qu'on pourrait obtenir de Sa Majesté de ie reconnaître pour son fils légitime. Les comtes de Carlisle et Shaftesbury étaient les principaux meneurs de cette intrigue^ et ils eurent l'assurance y pour ne pas dire l'impudence , d'assurer le Roi que 5 pour peu qu'il y voulût consentir ^ ils trouveraient des témoins pour prouver la légitimité du duc de Monmouth. Sans doute ^ comme il arrive aux hommes corrompus^ ils croyaient la conscience du Roi aussi large que la leur; mais le Roi reçut leur proposition avec indignation et leur dit que quelque tendresse qu'il eût pour le duc de Monmouth y il aimerait mieux le voir pendu à Tyburn que de l'avouer pour son fils légitime. Le parti ne se découragea pourtant pas pour cela de la poursuite de ses projets , ni le duc des ambitieuses pensées qui s'étaient emparées de sa cervelle ; elles lui avaient été probablement inspirées d'abord par un Ecossais nommé ^ Ross y que le Roi avait niis près de lui pour lui servir de gouverneur lorsqu'il passa de France en

Angleterre ^ et qui ^ espérant par là faire sa for*^ tune y s'était appliqué à mettre ceâ idées dans la tête de son pupille. Ross 9 qui 1^ manquait pas d'habileté pour conduire sou projet ^ s'était adressé au i^ieil évéque de Durham , le docteur Cosin y et lui avait dit qu'il pouvait rendre un grand service à l'Eglise d'Angleterre contre le papisme , en certifiant de sa signature le mariage du Roi avec la mère du duc de Monmouth^ appelée alors miàtriss Barlow , bien que son véritable nom fut Walters, L'évêque avait fait connaissance avec elle à Paris ^ oit elle prétendait être sa pénitente et avoir été rappelée par lui des désordres de sa vie passée. Ross avait dit à l'évêque , pour lui rendre la chose plus facile , qu'on ne ferait , durant sa vie^ aucun usage du certificat qu'il aurait signé. Cette pièce eût as-^ sure en son temps la réussite du projet ; car 1 d'après les lois anglaises ^ le certificat de l'évêque est une preuve suffisante du mariage. Le bon vieil évêque rejeta la proposition et en instruisit eo-^ suite le Roi. Sa Majesté jugea à propos de n'en rien dire alors y et sans en faire de bruit d'écarter Ross sous tout autre prétexte; mais lorsqu'en*suite le conte de la cassette noire commença à se répandre et à obtenir crédit , le Roi , irrité de ces criminelles manoetivres^ raconta ce qui s'était passé entre Ross et l'évêque.

Quoique toutes ces machinations pour élever

le duc d^ Moomouth au rang d'héritier de la cou« ronqç n'aient jamaig eu pour appui que le parjure et des actes supposes , cependant telles ont été les personnes intéressées dans cette affaire et les troubles qu'elle a excités de temps en temps dans la nation jusqu'au moment où elle se ter* mma par une guerre ouverte^ qu'il ne sera pas hors die propos de donner ici des détails sur la nais- ^aQce et sur l'éducation du duc de Monmouth , et sur la suite de ses actions et de sa conduite à oomjpter du moment où il commença à paraître dans le monde.

Sa mèi^ avait pris le nom de Barlow ^ mais elle s'appelait Walters , et était fille d'un gentilhomme du pays de Galles; mais comme elle avait peu de biqn , et encore moins de mérite ^ elle vint à Londres pour faire fortune. Elle était fort helle et ^ sans beaucoup d'esprit ^ possédait à un degré éminent cette sorte de dextérité assez commune aux femmes de sa profession* Le fameux Àlgernon: Sidney , quoiqu'il fiit à cette époque dans l'armée des saints de Cromwell , fît attention à elle 9 et ils convinrent ensemble pour la somme de cinquante pièces. C'est lui-même qui Va. raconté à Son Altesse royale ; mais dans ce moment même il reçut l'ordre de quitter Londres précipitamment, avec son régiment^ de sorte que le marché n'eut pas lieu. Elle voyagea ensuite en Hollande , où elle tomba entre les mains du frère 3. 12

d'Algernon , le colonel Robert Sidney. Il Fentretint quelque temps; mais le Roi> lorsqu'il fut arrivé à La Haye, entendit parler d'elle^ et trouva moyen de l'enlever au colonel. Elle ne répugna point à un changemeatsi avantageux. Le colonel dit, à cette occasion , la prenne qui voudra, elle est lestée ; et , en effet , elle se trouva grosse si peu de temps après , et accoucha si juste qu'on eut lieu de demeurer en doute sur le père de l'enfant, d'autant plus qu'en grandissant il prit une singulière ressemblance avec le colonel, soit pour les traits, soit pour la tournure : il avait même comme lui un signe sur la figure. Cependant le Roi le regarda tout-à-fait comme son fils. Peu de temps après sa naissance , les affaires de Sa Majesté l'appelèrent en Ecosse; et durant son absence la mère vécut d'uùe manière si désordonnée, que lorsqu'au retour du Roi, après sa fuite de Worcester, elle vint le rejoindre en France, comptant reprendre auprès de lui la place qu'elle y avait occupée, le Roi^ malgré tous les petits artifices qu'elle mit en oeuvre avec le secours de ses amis poux rentrer en grâce auprès de Sa* Ma« jesté, ne voulut jamais renouer avec elle. Voyant qu'il n'y avait plus d'espérance, elle s'abandonna à Paris à un tel libertinage qu'elle y mourut enfin de la maladie ordinaire à sa profession. . Quant à son fils, il fut d'abord élevé dans la religion catholique, sous la conduite du père

GoflP, oratorien anglais. Il fut connu sous le nom de M. Crofts , et passa pour un parent de lord Crofts; mais ensuite le Roi le fit venir en Angleterre. I^e trouvant très-bien tourné et très-beau, il se prit pour lui d'une telle affection qu'il résolut de l'avouer publiquement et de l'élever en fortune et en dignité. Pour écarter tout obstacle à ce projet, il le fit instruire dans la religion protestante, ce qui li'exige autre chose que de renoncer au papisme, chose à laquelle il était aisé d'engager un jeune homme de son âge par l'attrait des plaisirs et l'espérance de la fortune. Peu dé temps après il le créa duc de Monmouth et le maria à une riche héritière d'Ecosse, fille unique du comté de Bucclegh , qui lui apporta une fortune d'environ dix mille livres de revenu. A mesure qu'il croissait en âge, la tendresse du Roi pour lui augmentait; car, bien qu'il ne fàt pas doué d'une grande capacité , ses dons extérieurs^ le rendaient très-agréable. Il était grand , bien fait , avait bon air, de très-bonnes manières; personne ne dansait mieux que lui , et , par-dessus cela , il était extrêmement brave , ce qui le fit fort rechercher des hommes et des femmes. Quand il voulait plaire , il ne manquait pas d'art ni d'insinuation. Son Altesse royale, entre autres, eut pour lui une véritable affection, jusqu'à ce qu'elle eut acquis la conviction de ses perfides projets; et même le duc continua à bien vivre

l8o MÉMOIRES

avec lui ^ comme il le faisait avec tous ceux qu'aimait le Roi. Il était encore fort jeune lorsqu'il suivit Son Altesse royale h la première guerre de Hollande 9 et il était au combat où Opdam sauta. Peu de temps après, le Roi acheta pour lui, de lord Macklesfield , la première compagnie des gardes ; et lors de la seconde guerre de Hollande , quand Son Altesse remonta sur la fiiotte en 167:2, le Roi envoya le duc de Monmouth en France pour y servir sur terre. Sa Majesté Très-Chré* tienne lui fit Thonneur de permettre que , tout jeune qu'il était, il le suivit en qualité de lieutenant-général au siège de Maestrich , oit il se distingua à la reprise d'une demi*lune. Content alors de s'être fkit honneur , il ne se soucia pas beaucoup de supporter davantage les &tigues de la guerre , et ne demeura i Tarmée , tant durant cette campagne que pendant la suivante, qu'au* tant qu'il le fallait absolument, et seulement quand le roi de France y était en personne. Les plaisirs de la cour lui convenaient beaucoup mieux que le 'service des camps.

Avec les années son ambition s'accrut , et il ne manqua pas de conseils pour la fomenter. Pour parvenir à son but , il s'efforça en Angleterre de se rendre maître des troupes, pour pouvoir, dans le cas où il surviendrait au Roi un accident , s'en servir pour s'ouvrir un chemin à la couronne. Il tâcha donc d'obtenir du Roi de le nommer gé-*

DÉ JACQUES II. l8l

néral de toutes les troupes anglaises; et comme il savait que dans tout ce qui concernait l'armée le Roi avait coutume de ne rien résoudre sans avoir d'abord consulté son frère ^ il jugea nécessaire d'engager Son Altesse royale à lui servir d'ayoccit et à présenter sa demande au Roi comme une chose utile au service de Sa Majesté. C'est ainsi qu'il ne se faisait pas scrupule d'employer l'afiection que lui témoignait le duc à le supplante!* lui-même, pensant d'ailleurs que Son Altesse royale ignorait complètement ses desseins secrets. Il pria donc le duc de lui être favorable, et lai représenta la nécessité de mettre un général à là tête de toutes le^ troupes du royaume, afin que s^il survenait 'quelque désordre ou quelque insurrection , les soldats et les officiers pussent savoir à quelsordres ilsétaientautorisésà obéir pour réprimer les troubles ; car plusieurs officiers lui a^aieut dit qîie sans ce titre de général ils ne pourraient avec sûreté lui obéir ni tirer sur personne en cas de révolte. Il ne demandait à être nommé que pour le temps qu'il plairait à Sa Majesté, et nullement pour feire usage , quant à présent, de cette autorité , mais seulement pour être prêt en cas de ûécessité. Cette proposition douna lieu à Sotn Altesse tt>yale de soupçonner, d^ns cette de-mande, quelque chose de plus que l'intérêt pour le service du Roi; mais, sans aucune méfiance, il répondit qu'il ne voyait aucune nécessité à

l82 MÉIVfOïRES

nommer un général, surtout en temps de paix , et lorsque ce général n'aurait à commaixder qu^un si petit nombre de troupes , que cela ne pouvait s'appeler une armée; que par son grade de capitaine de la première compagnie des gardes il était autorisé à commander toutes les troupes qu'on pourrait réunir contre une insurrection , et à s'en faire obéir au même point que s'il était général; car les mots frappez et tuez (i) ne seraient pas 'dans sa commission plus qu'ils n'avaient été dans celle du feu duc d'Albemarle; que les officiers qui lui avaient donné cet avis, et portaient le scrupule au point de faire difficulté de lui obéir en pareille occasion méritaient qu'on leur ôtât leur commission , comme incapables de service militaire; que comme lui, duc d'York, avait, lors de la mort du duc d'Albemarle, conseillé au Roi de ne plus confier à per* sonne le pouvoir de général, fïit-ce à lui-même, il ne pouvait se contredire à ce point, d'engager maintetiant Sa Majesté à en nommer un lorsque rien ne pouvait motiver un pareil cbangement. Enfin il lui dit que si on devait nommer un général, il se rega^rderait comme en droit d'être blessé qu'on en nommât un autre que lui. Il engagea donc le duc de Monmouth à se désister de . toute prétention de ce genre.

(i) Kill, and slay.

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Celui-ci, voyant qu'il serait inutile de presser davantage Son Altesse royale sur ce point , chercha d^autres moyens pour parvenir à ses vues ; et enfin, à Taide de son parti, et surtout de Textréme affection que le Roi avait alors pour lui , il réussit et obtint de Sa Majesté de se départir de la résolution qu'elle avait déclarée après la mort du duc d'Âlbemarle, et.de le nommer général des troupes anglaises. Son Altesse royale prit la chose en patience; elle n'avait en effet aucun moyen de Tempecher : elle ne se plaignit donc point au Roi^ et continua de faire bonne mine au duc deMonmouth. Le duc voyait bien que celui-ci tendait à quelque chose de plus qu'au rang de général, et savait que le Roi avait en horreur la ^ pensée de lui laisser le trône, mais les preuves de son ambition n'étaient pas encore assez évidentes pour obtenir crédit sur l'esprit du Roi prévenu, ou plutôt aveuglé 9 comme il Tétait par sa ten-dresse pour le duc. Toiit ce que Son Altesse royale avait donc à faire était de se tenir sur ses gardes } et ayant appris que dans quelques ordres et war«^ rants précédemment signés par le Roi » les secrétaires de Whitehall avaient poussé la complaisance pour le duc de Monmouth, au point d'y insérer le mot de fils sans le faire suivre du mot naturel, Son Altesse pensa qu'il était temps de veiller à ce que la commission de général ne passât pas au grand sceau ^ et par toutes les ad-

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ministrations^ sans ce moi naturel; maïs ne voulant pas porter plainte au Roi sans une nécessité absolue, il envoya chercher le procureur général,' sir William Jones, qui devait rédiger la commission , et l'avertit de veiller à ce que , conformément à la loi, le mot naturel fût inséré. Sir William, avec beaucoup de droiture, quoique le warrant qu'on lui avait remis portât simple^ ment le nom de ^/«, rédigea les lettres patentes, comme il le devait , sous le titre de fils naturel. Pour plus grande sûreté, le duc ordoiitià à sii^ Joseph Williamson, secrétaire d'État, eâtre le^ mains duquel devait passer la commission> dé k lui laisser voir avant de l'apporter à là signature dti Roi. Malgré toutes ces précautions, peu dé jours après , au moment où le Roi se levait après . le conseil du cabinet, sir Joseph mit devant lui plusieurs commissions à signer. Le duc fut curieux de voir ce que cMtait; et quand le Roi descendit pour se promener dans son jardin par^ ticulier, il demeura derrière et prit une des commissions qui se trouva précisément être celle dd duc de Monmouth , et vit que le mot naturel avait été gratté partout oii il se rencontrait , et qu'on n'avait laissé que le mot de fils* Alors le duc re«-^ procha à sir Joseph ce manque de parole et dé respect à son égard. Celuî-ôi lui répondit par une excuse évasive et insignifiante, comme un homme qui n'avait rien à dire pour sa défense;

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mais le dac prenant la Gommission la porta stir-» le-champ au Roi , qui se pFome»$it alors dans le jardin , l'instraisit de la conduite de sir Joseph dans cette affaire , et pria Sa Majesté de ybuloir bien faire réintégrer le mot naturel dans la com« mission comme il y avait été et devait y être. Le Roi 9 prenant ses ciséattx^ coupa la commission en deux et ordonna qu'on lui en préparât une autre à isigner avec le mot naturel.

Son Altesse royale pressa le Roi de punir le délit qu'avait commis sir Joseph en changeant le biil sans son ordre ^ après qu'il était sorti des mains du procureur général ; mais quand oi» vint à examiner la chose ^ on connut que le mot naturel avait été gratté par l'ordre particulier du duc de Monmouth, qui avait envoyé dans les bureaux du secrétaire pour voir la commis^ sien avant qu'elle fût signée , et avait fait gratter le mot par son secrétaire Vernon y en présence de sir Joseph ; crime très-grand de leur part^ bien qu'il demeurât impuni^ qui n'excuSait pas sir Joseph Williamson ; mais , à cette époque , l'ambition dti duc de Monmouth et sa faveur auprès du lloi étaient à leur plus haut période. Il parvint à obtenir la même autorité en Ecosse ^ et à se &ire donner pour ce royaume une commission de général qu'il voulait avoir à vie et sans l'insertion du mot naturel; mais le duc de Lauderdale refusa de la rédiger autrement que durant le bon

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plaisir et avec le mot naturel, en sorte qu'il fallut bien en passer par là.

J'ai oublié de dire qu*en même temps. que le Roi accorda au duc de Monmoutb cette commission de. général ^ pour fair^ plus facilement digérer la chose à Son.Âlte^sç royale > elle, lui en 4oûna upe de génei^alissime,. Le caractère de Sa Majesté la portait toujours» de quelque, qôté que l'entraÎDat son penchant , à 'garder, des mesures avec tout le monde. Cette commission de généralissime, quoique à raison du. test; elle ne pût • servir actuellement en . Arigleterre , conservait toute sa vigueiir hors du pays, de sorte que quand les importunités du parlement , qu'on ne pouvait contenter à moins d!une guerre avec la France , eurent bientôt obligé le Roi k retirer ses troupes du service deFi:ai?qe, et qu'il les eUt envoyées en Flandre pQu^. la. défejkse de ce pays , qîi Ton en fit encore passer de nouvelle ^ , Soi^ Altesse royale se.prépara/àaUerle^çon^ii(ianderen'çbef..Q^QS le mên^etemps , le diuc :de A^to^ipo^tfau^llai j^çjpin^re l'armée du prince d'Orange et s'y troa!V£^ .à.t^mps pour as^is^çr à la bataille que ce p^îpçis. livra à Saint-Denis, près de Mops , sachant le traité d^ paix ^tre la France et les Etats d^jà ^ig^e.i len/jeiyçilil; ineme:da,ns sa poche junecopie authentiqiue^Ce.fut pendant ce voyage que le (l4C 4^ JVIpnmOuth com<i^ença à prendre ses mesures., j^vec le. pv^^H^ et à poser les bases de l'entreprise qu'il devait tenter

DEJACiQDES II. Ï87

en&uite y et s'efibrça de se mettre dans' ses, bonnes grâces en lui promettant de le servir, fidèlement en Angleterre. En même temps aussi 9 il s'appli-^ qua à se faire un parti dans les troiipes anglaises et écossaises alors au service des £tàts , et y réussit auprès de beaucoup de ces niilitaires tant officiers que soldats. Après quèi la coi^clusiori de la paix le ramena en AngleteDre*5 de* Inêtrié qu'ielle empêcha-Son Âhesse de se rendre en Flandre^ '

Comme cette digression , concernant Je duc de MonnH)utli^ nous a conduit à intervertir un peu Itordre des temps y nous reviendrons sar nos pas poiir rendre compte des évenemeiis publics que nous avons laissés en arrière; t <

Nous avpnS'.déjà parlé de <^a fermeté. avecjla^ quelle le Roi ayaît teiiu à ;ce que le mariage du due s^accomplit'mâlgrëU^iia^itat^ni'qn'il.a'vaitomUfle^ dans la chambre des comnmnes^et'.laltin^idrlé de quelques uns de^ ses «ministres^qùi. i^oulaieat le retarder etpeut'-être le rompre. Cependant lofs de la réunion du parleba^t^ qu'on avait .prorogé au 2^4 janvier pour, avoir Je temps de* faice le «iariage> ceux qui étaient alors au timon .des)a£dËiires obtinrent de Sâi Majesté, de faire publier plusieurs ordres de conseil et. ptusieur&proclarmalions pour ^ordonner Texécution des lois contre les dissidens de toute communion^ et particulièrement contre les catholiques à qui l'on X interdisait de se présenter à la cour et dans

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aucun des lieux oii scf^ trouverait Sa Majesté; car c'était Tusage constant des ministres, lorsque quelques uns d'eux redoutaient pour eux-mêmes rhnmeur de la chambre des communes, d'exposer les catholiques aux attaques de la meute, espérant par 1& pouvoir éviter d'être eux*mêmes attachés au poteau (i). Ce fut dans cette vue, qu'au mois de janvier i&j5 , le lord trésorier et le duc de Lauderdale vinrent trouver Son Altesse royale , à ce qu'ils disaient , de la part du Roi , pour lui apprendre que les évoques devaient proposer à Sa Majesté de faire mettre à exécution les lois contre tous les dissidens, et particulièrement de faire rechercher promptement tous les catboli-* ques romains , ce qu'on avait fait jusque-là avec beaucoi^p de néglij^nce ; d'ôter à la Reine tous les prêtres anglais attachés à sa chapelle, et d'ordon-^ lier que tous ses enfans naturels , filles aussi bien que garçons, fussent élevés dans l'Egliseanglicane » Après ces avis, ils s'efforcèrent de convaincre le duc de la nécessité où était Sa Majesté , dans l'état de ses affaires , de consentir à la demande des évéques , et voulurent ensuite persuader à Son Altesse royale de concftyrir avec eux à des mesures si indispensables pour le service du Roi :

(i) Comparaison famitiëre aux Anglais , empruntée des

combats de l'ours.

( Note de F Editeur. )

mais le duc leur dît qu'il ne pouTait être de leur opinion , car il croyait très-dangereux d'exM^ perer un parti aussi nombreux que celui des dissidens protestans^ et que^ quant aux catholiques romains 9 il pensait que ce serait une grande dureté de la part de Sa Majesté ^ de se liTrer h de nouvelles rigueurs contre des hommes qui aYaient risque leur yie pour lui et le Roi son père^ surtout dans un moment où l'on n'avait rien à craindre d'eux ^ puisqu'on les avait rendus inhabiles à toute espèce d'emploi , soit civils ou mili* taires; que quant au renvoi de tous les prêtres anglais , attachés à la chapelle de la Reine , ainsi qu'à la demande que tous les fils naturels du Roi fussent élevés dans la religion protestante^ c'étaient les affaires des autres et non les siennes ^ et qu'il ne lui convenait pas de s'en mèlen Ainsi finit cette conférence.

Le duc alla sur-le-champ rendre compte au Roi de ce qui lui avait été proposé par ces lords , espérant dissuader Sa Majesté des mesures dont ils lui avaient parlé; mais il trouva le Roi déjà déterminé et n'en put rien obtenir. U sut aussi que les deux lords s'étaient rendus avec le lord garde des sceaux et les deux secrétaires à Lambeth pour y voir l'archevêque et quelques uns des évéques, et que bien loin que ceux-ci les pressassent de prendre aucune mesure de ce genre , c'était eux-mêmes qui avaient très*vivement poussé

IQO MÉMOIRES

les ëvêqiies à faire au Roi leé propositions qu'on vient dei^pporterj.ce à quoi ils avaient enfin consenti. '

Entre autres manœuvres employées par ses ministres pour apaiser le parlement , ils formèrent le projet de marier la princesse Marie, fille aînée du duc, au prince d'Oratige. Le Roi y consentit sans peine, niais la difficulté était d'obtenir Taveii de Son Altesse royale. Sa Majesté commença pair entamer IHîntretien avec le duc sur le projet d'envoyer le lord Arlington eh Hollande. Elle lui dit qu'il était nécessaire de savoir, dans le courant de l'hiver , d'une manière positive, si le prince d'Orange voulait ou non faire la pair, afin de prendre ses mesures en conséquence; que, dans cette intention, il pensait à envoyer lord Arlington en Hollande, comnie l'homme le plus propre à seconder les intentions du prince. Lé duc, un peu surpris d'un pareil choix, représenta au Roi que la chose , à ce qu'il croyait , serait mieux faite par sir William Temple, son ambassadeur en Hollande; qu'en l'employant à cette affaire, on éviterait d'éveiller la méfiance de la France , tandis qu'en Renvoyant lord Arlington, un de'ses principaux minîsti'es'^ on donnerait lieu à cette puissance de soupçonner qu'il se tramait secrètement quelque chose contre ses intérêts. Le duc regardait d'ailleurs lord Arlington comme tellement porté pour le prince

d'Orange^ qu'il doutait fort que dans le cas où ce prince ne se trouverait pas aussi porté à la paix qu'on pouvait le désirer, on pût obtenir de lui uu compte fidèle de la négociation. Le duc ajouta que ce serait aux yeux du monde un excès de condescendance pour le prince d'Orange et une avance beaucoup trop humble que de lui envoyer^ dans un pareil but, un homme tel que lord Ârlington. Tous les raisonnemens du duc ne firent aucune impression sur le Roi. Il était déjà décidé, et tout ce qu'il avait dit au duc n'avait d'autre objet que d'arriver à l'aflTaire principale. Deux jours après, il dit au duc qu'il avait oublié de lui dire, dans le dernier entretien qu'ils avaient eu ensemble, que son intention était d'envoyer le lord Ossory avec lord Arlington , et de le charger de dire au prince, s'il était nécessaire, une chgse dont il savait bien que le duc ne se soucierait pas que le lord Arlington se méiât en rien. Dans le cas où le. prince d'Orange voudrait savoir ce qiie Sa Majesté comptait faire pour lui s'il consentait ^- la paix et à tout ce qu'elle désirait, le lord Ossory devait êtreautorisé à répondre quUl était si bien instruit des dispositions du Roi et du duc , qu'il était en mesure d'assurer le prince que, dans le cas bù il ferait tout xe qu'on attendait de lui, il pouvait prétendre à la princesse Marie et que ses demandes seraient bien reçues. A cette proposition

soudaine y le di|C fut étrangement surpris qu'on ^tA ainsi dispose de sa fille à son insu 9 et dit nu Roi qu'il ne pouvait être d'avis d'autoriser lord Ossory h rien de pareil y car il regardait comme tout<-à*fait inconvenant qu^on fît au prince d'Orange une offre de cette nature atrànt d'avoir reçu aucune offre de sa part ; que traiter d'une affaire de ce genre avant la conclusion de la paix, c'était s'exposer, de la part de la France, à des soupçons qu'il serait ensuite impossible de guérir, et qu'il n'y fallait donc pas songer pour le moment. A quoi le Hoi répondit qu'on n'entamerait Ià*dessus aucune négociation que la paix ne fût faite ; que la chose serait seulement jetée en avant pour engager le prince à la faire , et nullement comine une proposition du Roi ou du duc, mais comme une idée de lord Ossory et rien de plus, tant que le prince n'aurait .pas 'té«* moigné le désirer. Enfin , le Roi parut tellement décidé, que le duc n'eut autre chose à faire que de consentir. Le succès de ce voyage et les négocia*tiens secrètes qu'il avait pour but justifièrent pleinement ensuite le sentiment qu'il en avait conçu , car les ouvertures et les propositions du comte d'Arlington et du lord Ossory furent aussi froide-^ ment accueillies par le prince d'Orange, qu'elles avaient été consenties avec répugnance par le duc. Vers ce temps, l'évêque de Londres, le docteur Gomptoa, qui s'était fait fort remarquer

par son zèle contre le papisme 'y, tint trouver le duc et lui dit que sa fille , lady Marie , était d^âge à se préparer à la comniunion y qu'il était donc Tenu lui demander la permission de la confirmer^ ainsi que Tordonnaient les rites de l'Eglise d'Angleterre. Le duc répondit que, puisque sa conscience ne lui permettait pas de participer à aucune des pratiques religieuses de l'Eglise d'Angleterre, il ne pouvait, parla même raison, consentir k ce que sa fiUé y participât; que c'était tout-à-fait C(Mitre sa volonté que ses filles allaient à l'Eglise, et étaient élevées dans le culte protestant; que s'il n'avait pas essayé de les faire élever dans sa propre . religion , c'est qu'il savait bien que, s'il l'eût tenté , on les lui eût enlevées sur-le-champ. L'évêque répliqua qu'il espérait au moins que Son Altesse royale ne lui saurait pas mauvais gré de remplir le devoir de ses fonctions en confirmant sa fille. Le duc répondit seulement qu'il ne pouvait pas donner son consentement : sur quoi ils se séparèrent. Le lendemain , le duc ayant rencontré l'évêque lui dit qu'il croyait qu'il ferait bien d'informer le Roi de ce qui s'était passé entre eux la veille. L'évêque lui répondit qu'il venait pour lui en demander la permission; puis s'étant rendu sur-le-champ auprès du Roi , en reçut l'ordre de confirnier sa nîèce. Le duc désirait que cela se passât de la sorte. Voyant l'évêque résolu à con- &rme]? sa fille et n'ayant pas le pouvoir de Pem-

pécher j il jugeait plus convenable que cela 8è fit par Tordre du Roi que par l'autorité de Tëvéque^ et voulait en même temps que le monde sût bien que cela s'était fait par Tordre de Sa Majesté et sans son consentement.

Vers le commencement de juin 1677^ ^^ prince d'Orange envoya M. Bentinck^ l'homme en qui il avait le plus de confiance, pour faire à Sa Majesté de grandes protestations de service et d'obéissance, et pour Tassurer qu'il se mettrait entièrement entre ses mains, et suivrait ses conseils et sa direction relativement à la paix et à la guerre ; mais qu'il espérait que Sa Majesté voudrait bien avoir soin de son honneur , et ne lut rien demander qui y fût contraire. M. Bentinck fit aussi de grandes protestations au duc , de là part du prince son neveu. Le duc répondit qu'il aurait toujours pour son neveu toute TafFection qu'il lui devait, et à cause de son mérite, et dans les intérêts de la famille royale, dont le premier était de conserver une grande union. Il dit ensuite à M. Bentinck qu'il ne devait regarder la répugnance de Sa Majesté à entreprendre une guerre étrangère , que comme une suite naturelle du soin de sa propre conservation. Car c'était vouloir la perte de la famille royale que de se hasarder à commencer ime guerre dans l'état où étaient alors ses affaires , ses magasins vides , sa flotte en mauvais état , et par-dessus tout le poF-

DE JACQUES 11. îgS

lement en de telles dispositions, que toiit ce qu'on pouTait faire était de maintenir la tranquillité à l'intérieur. Ces dispositions se manifestaient as* sez par ce qu'avait fait si récemment la chambre des comn;iunes , d'empiéter sur la prér^gatiye en un point si important que celui de là paix et de la guerre. Une fois Sa Majesté engagée dans une guerre étrangère 5 que ne tenterait pas le parlement^ au pouyoit* duquel dn se serait mis^ par la nécessité de la soutenir 5 et qtiel aTuntage ne tirerait pas le parti répùblicàià d'une occasion si favorable à s€fs projets?

Cette année le parti factieux^ d<»it lord Shàftés^ bury était alors le premier meueur^ prétendit que le parlement était légalenient dissous paf ce B&ul fait, qu'on avait été Une atmée entière sans ses^éUf. ils mettaient tous une grande importance à prouver cette dissolution , parce qu'ils ne f rouvaietrt pas leur parti assez fort dans la chambre des communes 9 pour pousser les choses aussi loin qu'ils l'auraient voulu contre la couronne > et espéraient qu'une nouvelle éjection leur en donnerait \m moyens. Dans cette vue, et pour attirer d'aiitrès personnes, ils imprimèrent, et répâ^ndireiit une eiposition du cas , avec les argumens à l'appui de leur opinion. Ils s'adressèrent à toutes sortes de gens , et entre autres à quelques uns des lords catholiques^ leur disant qu'ils auraient meilleuî^ composition, et seraient mieui traités

^g^ MÉMOIRES

d'un nouTeau parlement que de celui-ci. Lord Shaftesbury eut Taudace d'envoyer quelqu'un au duc 9 pour savoir s'il avait lu et examiné q4ielque$ uns dès écrits relatifs à la dissolution du parlement actuel^ et s'informer de son opinion à cet égard; ajoutant que^ si Son Altesse royale le voulait , il lui en enverrait un autre , dont les raisonnemens étaient si convainquans qu'elle y verrait clairement que le parlement était positivement dissous^ et que ^ si Son Altesse consentait à se joindre à eux^ Us emporteraient certainement leur affaire. Le duc répondit qu'il avait lu les écrits publiés sur ce sujets et lirait avec plaisir tous ceux qu'on lui enverrait encore; mais qu'il ne pouvait se décider avant d'avoir entendu tout ce qu'on avait à dire des deux côtés ; que 5 si les argumens étaient aussi convainquans «qu'on le disait^ ils paraîtraient tels certainement lors de la discussion à la chambre des lords , -mais qu'il ne pouvait jusque-là s'en former un jugement.

On doit observer que ^ dans un des imprimés répandus sur ce points on affirmait que le parle^ ment pouvait changer l'ordre de succession à. la couronne. Pour que le duc n'en fût pas blessé ^ lord Shaftesbury envoya quelqu'un la veille de la réunion du parlement assurer Son Altesse royale que cet article avait été inséré à son insu. Lord Wharton lui fit porter la même excuse ^

ajoutant que c^ëtait rhomme de loi qu'ils avaient chargé de faire imprimer l'écrit^ qui y avait inséré ce paragraphe sans leur ordre. Le duc de Buckingham fit aussi assurer le duc qu'il n^ avait pas été inséré de son consentement^' mais qu'il avait été rédigé par le lord Shaftesbury^ et imprimé par son ordre. Peut-être avaient-ils fait mettre cet article à dessein, dans l'espérance d'effrayer le duc , et de l'engager par là à concourir avec eux.

A l'ouverture du parlement, le duc de Buckingham entra en matière, par un long discours préparé à l'avance, pour montrer que quinze mois de prorogation avaient dissous ce parlement. Le lord Fretcheville cria aussitôt: ji la barre I Les lords Salisbury, Shaftesbury et Wharton appuyèrent l'assertion et la motion du duc de Buckingham. Quelques autres lords leur répondirent; enfin, on fit la motion que le duc de Buckingham et ceux des lords qui avaient soutenu son opinion fussent appelés à la barre. Après de très-longs débats, on décida que la discussion élevée par le duc de Buckingham n'aurait aucune suite. Après quoi on proposa d'obli-ger les quatre lords à se retirer. Quelques uns s'y opposèrent avec chaleur, et la discussion fut ajournée au lendemain. Elle fut reprise le lendemain , et la question ayant été mise aux voix , il y eut cinquante-trois voix pour l'affirmative.

igS MÉMOIRES

el trente poar la négative; ensuite de quoi on délibéra sur ce qu'il y avait à faire contre chacun eu particulier. On décida d'abord que le duc de Buckingham viendrait à la barre reconnaître sa faute , et demander pardon à Sa Majesté et à la chambre. On l'envoya chercher par l'huissier à la verge noire; mais il avait pris soin de se retirer à la dérobée. L'huissier ne put le trouver. Alors la chambre ordonna qu'il le .prendrait sous sa garde 9 pour l'amener le lendemain à dix heures du matin à la barre de la chambre. Ce fut ensuite le tour du comte de Salïsbury. On lui ordonna de venir à sa place tête nue^ de recevoir, par l'organe du lord chancelier, le blâme de la chambre, et de demander pardon à Sa Majesté et à la chambre. Revenu à sa place, il refusa d'obéir, et fut envoyé à la Tour. Le eomte de Shaftesbury fut ensuite appelé > à la l)arre, où il refusa également de demander par-* don , et fut de même envoyé à la Tour.

Ensuite le lord Wharton fut appelé à sa place, et comme on lui eut ordonné la même chose qu'aux autres, il répondit qu'il avait déjà demandé pardon au Roi et à la chambre. Le lord chancelier hii dit que ce qu'il avait fait ne signifiait rien , qu'il eût à obéir aux lords et à demander pardon. Wharton répondit qu'il l'avait déjà fait. Le lord chancelier ayant répété trois fois la même injonction, et Wharton trois fois la même

réponse , sur son refus d'en dire davantage > il fut appelé à la barre pour y recevoir sa sentence , et l'ordre d'aller à la Tour. Une fois à la barre , il voulut obéir aux lords ^ et faire ce qu'on lui avait demandé à sa place; mais il était trop tard; on ne voulut plus Tadmettre à demander pardon ^ et il suivit les autres à la Tour.

Le lendemain^ Thuissierà la verge noire^ à l'ouverture de la chambre^ vint lui faire son rap^ port sur l'impossibilité oîi on avait été de trouver le duc de Buckiogham chez lui ni ailleurs; la chambre vota que s'il ne paraissait j^s avant la levée de la séance, on demanderait à Sa Majesté de faire proclamer l'ordre de le saisir partout ou on le trouverait^ et de faire fermer les ports; mais, précisément au moment où la séance allait se lever, il entra dans la chambre, fut requis de demander pardon , et ayant refusé fut aussi envoyé à la Tour.

Vers ce même temps le duc d'Ormond, que quelques années auparavant le duc de Buckingham , alors en trq^-grand crédit auprès du Roi, avait fait dépouiller de la lieutenaMce d'Irlande, au grand déplaisir du duc , s'adres$a à Son Altesse royale pour la prier d'obtenir de Sa Majesté qu'il &Lt de nouveau renvoyé lord lieutenant en Irlande. Son Altesse l'entreprit de bon cœur, et obtint le consentement de Sa Majesté, malgré les efforts secrets du lord trésorier pour l'empêcher.

Dans ce même temps ^ lord/Ranelaf^Ii avait mis dans la tête du duc de Monmouth de se faire nommer lord lieutenant d'Irlande. Lord Ranelagh voulait par là e'carter le duc d'Ornaond, qu'il n'aimait pas, et voulait faire nommer lord Gonway député du duc de Monmouth; mais Son Altesse royale prévint ce! projet, sans en avoir eu connaissance jusqu'^au moment ou il avait parlé au Roi en faveur du duc d'Ormond.

Au mois d'octobre de celte. même année 1677, après la campagne de Flandre, te prince d'Orange vînt en Angleterre ; il débarqua à Harwich, d'où il se rendit sur-le-champ à Newmarket , oii était alors le Roi, Sa principale afFaireétait de se concerter avec le Roi sur les bases de la paix à conclure entre la France et les confédérés, afin de mettre à l'avenir.la Flandre, et parconséquent la Hollande, à l'abri de la conquête de la part de la France; et dans le cas où cette puissance refuserait d'y consentir, Sa Majesté devait unir ses forces à celles des confédérés pour mettre le roi de France à la raison. Il venait ensuite demander en mariage lady Marie, et insistait beajicoup pour que cette union fûj: conclue et. terminée avant d^entrer en discussion sur les affaires publiques ^ disa^it qu'autrement ses confédérés l'accuseraient d'avoir fait leur marché mauvais pour obtenir le sien meilleur. Le Roi, et plus encore le duc, étaient tout-à-fait d'un avis contraire. et pensaient plus

raisonnable et plus décent de terminer lès négociations par le mariage que^ de les coni^mencer ainsi. On s'opiniâtra des deux côtés sur ce point, ^ duipnt les premiers jours, qui furent employés en cérémonies et en divertissemens , sans qu'on entamât aucune affaire; enfin l'obstination du prince d'Orange , assisté du lord trésorier qui , à compter de ce moment , entra dans toutes ses mesures et tous ses intérêts, obtint de la facilité du Roi que l'on commençât par conclure le mariage. Le prince donc , dans une visite qu'il fit au duc, avec lequel il avait jusqu'alors soigneusement évité déparier d'affaires, dit à Son Altesse Royale qu'il avait à l'entretenir du désir qu'il éprouvait d'être assez heureux pour s'allier à elle de plus près en épousant la princesse Marie. Le duc répondit qu'il estimait le prince autant qu'il le méritait et pouvait le désirer, mais que jusqu'à ce qu'ils eussent traité et avancé, à un cer- • tain point, l'affaire de la guerre et de la paix> il n'était pas convenable de s'occuper d'aucune autre.' Cependant le prince d'Orange insista pour que le mariage fût conclu d'abord , mais le duc persista avec une égale fermeté dans son opinion , et ainsi se termina cette visite.

Le même soir, le duc informa Sa Majesté de ce qui s'était passé entre lui et le prince d'Orange. Le Roi lui dit qu'il avait très^bien répondu, mais ajouta cii même temps, que le prince Favait tel-

lement importuné qu'il lui avait permis de parler du mariage à Son Altesse. Le dnc^ fort surpris, dit qu'il aurait désiré que Sa Majesté voulût bien l'instruire plus tôt de ses intentions, qu il aivait mieux su de quelle manière se conduire avec le prince lorsquMl était venu lui en faire la proposition ; sur quoi le Roi coupa court et dit qu'ils en parieraient une autre fois.

Un ou deux jours après , le Roi appela le duc et le lord trésorier, et commença à s'étendre sur les avantages de ce mariage , sans en parler cependant comme d'une chose positivement résolue. Le duc demanda que l'entretien fût repris le lendemain matin, ce qui eut lieu, et alors le mariage fut décidé avec l'assentiment de Son Altesse royale , qui reçut du Roi l'ordre de notifier au prince d'Orange leur commun consente*ment. Le lendemain , le Roi manda le duc dans la chambre du conseil , et le conseil en séance déclara que le prince d'Orange avait désiré s'allier à lui plus étroitem^it en épousant lady Marie , qu'il y avait consenti comme à une chose trèspropre à resserrer les liens de la famille et qu'il pensait devoir être agréable à son peuple en lui prouvant ses soins pour le maintien de la religion à laquelle il pensait qu'aucune autre alliance ne pouvait être aussi avantageuse. Le duc aussi déclara son consentement au mariage , et dit qu'il espérait donner par là un témoignage suffisant

DE JACQUES II. 2ô3

de la droiture de ses intentions relativement au bien public ^ et que le peuple ne dirait plus qu'il voulait changer le gouvernement de l'Eglise ou de l'Etat , car , quelle que pût être son opinion religieuse^ tout ce qu'il désirait au monde ^ c'était que personne ne pût être tourmenté pour affaire de conscience. ^

Le mariage ainsi déclaré dans le conseil^ les articles, par la vigilance et le zèle qu'y ^apporta le lord trésorier, furent en trois jours rédigés et convenus. Ensuite de quoi on commença à s'occuper de la paix. La grande affaire du prince était d'engager le Roi à conclure sur-le-champ avec les confédérés une alliance offensive contre la France. Ainsi donc, sous prétexte de couvrir la frontière de Flandre , de manière, à garantir suffisamment la sûreté de cette province et celle de la Hollande, il insista sur des conditions auxquelles le Roi et lui savaient très-bien que le roi de France ne voudrait jamais consentir. D'un autre côté Sa Majesté était portée par intérêt aussi bien que par inclination à demeurer en aussi bons termes qu'elle le pourrait avec les Etats ^ sans prendre part à la guerre, si bien qu'il se passa quelque temps et qu'on discuta beaucoup avant de pouvoir arrêter un plan de propositions. On décida enfin de demander au roi de France, pour couvrir la frontière de Flandre et garantir la hollande , de rendre ani^

Espagnols les villes d'Ath , Charleroi , Oudenarde^ Courtraî, Tournai, Condé, Valencîennes, Saint-Guillain et Binche, et qu'on enverrait quelqu'un à la cour de France porter ces propositions de la part du Roi , avec ordre de n'entrer dans aucune discussion à cet égard , mais de demander une réponse positive dans les deux jours et de la rapporter sur-le-champ.

Lord Duras fut choisi pour porter ce nfiessage^ dont la teneur et la forme surprirent égaleniient la cour de France. Cependant on prit doucement la chose en apparence, et on répondit que le roi d'Angleterre savait très-bien qu'il serait toujours maître de la paix, mais qu'il semblait dur de rendre sans indemnité Tournai et quelques villes de Flandre , qu'on avait fortifiées avec des dépenses énormes. Cependant on demanda quelque temps avant de se décider à rendre une ré- Î3onse définitive. Lord Duras répondit qu'il ne lui était pas pei'mis de demeurer plus de deux jours : les sollicitations et sa bonté d'âme naturelle obtinrent de lui quelques jours de plus , et il revint enfin avec une réponse générale qui n'accordait ni ne refusait , mais remettait à l'ambassadeur de France en Angleterre de conclure le traité à la satisfaction de Sa Majesté.

Quelque temps après les Etats des Provinces- Unies pensèrent que ce qu'ils avaient de mi^ux à faire était de ne ppint s'en fier aux négociations

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.alors en train en Angleterre , et de faire leur paix séparément avec la France y à des conditions contenues entre les deux parties et auxquelles les alliés des Hollandais conserveraient le droit de consentir dans un temps fixé.

Ce fut sur Tavi» qu'il eut de cette paix que le prince d'Orange livra imprudemment^ par dépit y à .l'armée française , le combat de Saint- Denis , espérant , sHl remportait une victoire ^romplète, que Ton continuerait la guerre, ce qui lui paraissait d'autant plus probable qu'il avait pour lui les Espagnols , l'Empereur et la chambre des communes d'Angleterre , très-violente alors contre la paix. Le lendemain de la bataille un exprès vint de 1^ part des Etats signifier au général la conclusion de la paix dont on assure qu'il avait les articles dans sa poche avant de commencer le combat. Ainsi cinq ou six mille hommes furent sacrifiés, on peut le dire, en temps de paix à l'ambition démesurée d'un seul -homme.

A la suite du projet de pacification générale , tîoncerté avec le prince d'Orange , et pour en assurer le succès y Sa Majesté avait levé en six semaines une armée de vingt à trente mille hommes des meilleures troupes qu'on pût voir. Une partie fut immédiatement envoyée en Flandre pour la défense de ce pays , et l'on continuait journellement à y faire passer le reste au moment

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où les Hollandais conclurent leur paix séparée. Comme l'Espagne et l'Empereur n'ayaient point encore accepté la paix^ et qu'en Hollande un grand partie à la tête duquel était le prince d'Orange, y était tout- à-fait opposé et accusait ses agens d'avoir outre-passé leurs pouvoirs en signant si précipitamment^ Sa Majesté, lors de la réunion du parletment, lui proposa de maintenir cette armée sur pied afin de pouvoir se procurer, par la force des armes, de meilleures et de plus sûres conditions^ si on ne pouvait y parvenir au moyen des négociations. Cette armée devait aussi servir ensuite de garantie à la paix qu'on aurait conclue, d'autant que les Espagnols avaient déclaré n'être pas en état de défendre la Flandre par leurs seules forces, et comptaient sur la constante assistance de l'Angleterre et de la Hollande , qui avaient autant d'inlérét qu'eux à empêcher qu'elle ne fût conquise. La réponse et la conduite de la chambre des communes en cette occasion montrèrent clairement qu'en réalité elle craignait beaucoup plus le pouvoir du Roi que celui de la France; car après avoir pressé le Roi avec tant de chaleur , lorsqu'il n'avait point d'armée , de s'opposer aux progrès de la puissance française ^ maintenant qu'il en avait une on vota qu'elle serait immédiatement licenciée. Le parti factieux qui l'emportait alors dans la chambre n'avait d'autre affaire que de se dé-

liarra^ser du dac , de renverser les ministres et d'affaiblir le pouvoir de la couronne.

Vers cette époque ', le duc eut avis de plusieurs conférences secrètes qu'avait eues le duc de Mon-^ mouth avec lord Russel^ M. Montagne^ sir Henri Capel et autres du partie et dans lesquelles on avait proposé d'éloigner le duc de la cour* et de faire mettre de côté le lord trésorier. CeluiH:i> instruit des projets qu'on formait contre lui> tâcha de conjurer l'orage en faisant publier au Roi de temps en temps des proclamations et des or-^ donnances du conseil pour faire mettre à exéctt-tion les lois contre les catholiques ^ les bannir de la cour et faire chercher les prêtres avec promesse de récompense pour ceux qui les décou«^ vriraient. Enfin , lorsqu'il vit le nuage prêt i cmer, il ne craignit pobt, pour se mettre à l'abri ^ de conseiller au Roi de faire sortir le duc d'Angleterre* Tous ces petits artifices ne purent cependant le préserver à la fin d'être non-seule*ment renvoyé du ministère , mais encore mis en accusation* On doit faire remarquer ici com^ bien était différente la conduite du duc envers le lord trésorier. En avril 1678^ quelque temps avant la réunion du parlement^ le lord Russel et quelques autres chefs de ce parti s'étaient adressés au duc, lui promettant que, s'il voulait se fier à eux et consentir aux propositions qu'ils lui faisaient pour le bien de Sa Majesté et de la nation , iU*

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le feraiept relever de Fincapacité où il était d'occuper l'emploi de grand amiral ou aucun autre emploi public^et feraient d^ailleurs toutes choses pour le satisfaire; mais que ce qu'ils lui demandaient c'était de s'unir à eux pour attaquer le lord trésorier et lui faire ôter son emploi. Le duc répondit qu'il se joindrait de bon cœur à eux dans- tout ce qu'il croirait utile au Roi et à la nation, mais qu'il croirait contraire au service de tous deux d'attaquer un ministre. du Roi sans le consentement de Sa Majesté^ à moins qu'il ne fût évidemment coupable de quelque grand dé- ' lit ; que Son Altesse ne voyait pas que cela fût ainsi, et, par conséquent, ne pouvait se joindre à eux et leur conseillait plutôt de prendre d'autres mesures.

. La turbulence de ce parti factieux, qui tantôt attaquait le duc et. tantôt s''adressait à lui pour qu'il l'aidât à en attaquer d'autres, aurait été fecilement réprimée ou se serait apaisée d'elle-même, si une odieuse intrigue , tramée par un misérable sans ressources,. ne lui eût fourni les. moyens d'exécuter ses projets et de mettre ses ennemis sous ses pieds. Cet incident lui donna la plus belle occasion qu'il eut.jamais pu espérer,, nonseulement pour accomplir ses vues contre le duc, mais pour obliger le Roi à subir les eônditioDS qu'il lui voulait imposer et pour > ébranler » les bases du gouvernement; et, conime les grands

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evënèmeDs tirent souvent leur origine des causes les plus méprisables, il est certain que jamais si grande ilamme ne fut allumée par un incident si vulgaire. Celui-ci fit non*seulement i^épandre beaucoup de sang innocent , mais on vit le moment où il jetait les germes d'une autre g.uerre civile , tandis que les souvenirs de la première étaient encore vifs et récens dans Tesprit de la plupart des hommes.

Il arriva qu'un nommé Oates^ pauvre ecclésiastique sans mérite d'aucune sorte, soit qu'il fût touché d'un scrupule de conscience ou conduit seulement par le projet qu'il exécuta depuis, se rendit à Saint-Omer où , sous prétexte de se faire catholique, il entra dans le collège anglais pour y étudier et se faire instruire comme beii^ucoup d'autres. Les pères s'étant bientôt aperçus qu'il n'était pas de bonne foi , et manquait des dispositions nécessaires pour exécuter le dessein qu'il prétendait avoir formé, jugèrent devoir le renvoyer. Après avoir erré quelque temps de côté et d'autre, il revint en Angleterre, et, soit pour se venlger des jésuites' dont il pensait avoir à se plaindre , ou pour se faire donner.de quoi vivre et se tirer de la misère et du mépris où il vivait y. il prétendit avoir découvert une conspiration des catholiques contre le Roi et le gouvernement. Il savait avec quelle avidité une pareille dénonciation serait accueillie par le parti factieux y 2.. ^ J^4

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sans cesse agité des terreurs que lui causait la religion du duc , et que ce motif avait poussé à de si constantes manœuvres pour parvenir à lui enlever tout pouvoir et tout emploi^ et^ s'il était possible^ à élever la mésintelligence entre le Rei et lui.

Le duc^ de son côté, n'avait pas ignoré à quel danger et à quelle persécution Texposait son changement de religion. Il savait bien que le parti qu'il prenait le livrait sans défense à des gens qui n'étaient pas disposés à lui faire quartier , mais il n'aurait jamais pu imaginer que ses ennemis poussassent les effets de leur haine jusqu'à le bannir du royaume et parvinssent presque à l'exclure de la succession au trône. Ils n'en seraient certainement jamais arrivés là sans le malheureux secours de ce prétendu complot papiste.

Il est certain que jamais rien au monde ne fut plus mal combiné, ni plus invraisemblable dan$ toutes ses circonstances f mais secondée de la prodigieuse crédulité du peuple sur tout ce qu'on pouvait dire au détriment des catholiques, et de la haine implacable que nourrissaient coutre le duc quelques uns des meneurs de l'affaire, cetle misérable invention éleva une tempête oà il se vit au moment de g^rir avec ses co-religionnaires, et sans la patience 4^ hrétien ne, la magnanimité, l'inébranlable courage et la prudence de conduite qu'il poussa en cette occasion au-delà de tout ce

qu'on a vu dans Tantiquité, il était infailliblement perdu; et non-seulement lui , mais le Roi son frère et tout le parti loj^al auraient e'té ensevelis sons les ruines de la monarchie.

Ce prétendu complot, dont on fit ensuite tant de bruit, « ressemblait (i) si parfaitement aux rameurs chimériques qui avaient précédé la révolution, qneceux qui l'avaient vue se crurent reportés à Tannée 4^ , on que Fesprit qui soufflait alors s'était de nouveau ranimé. Seulement au lieu de lettres à M. Pym, de corps de cavalerie et d'infenterie prêts à sortir de dessous terre, le peuple , entouré de rumeurs sinistres , n'enteûdait parler que de projets d^assassiner le Roi , de renverser le gouvernement , de rétablir le papisme et le pouvoir arbitraire. Et tout cela devait être accompli par un très-petit nombre d'hommes sans forces j sans emplois; mais comme Taccusation tombait sur les papistes et que c'était les jésuites' qui conduisaient le tout, il n'y avait plus rieiï d^assez incroyable pour empêcher la multitude de Faccuetllû' avec empressement et d^y ajouter for. « Le premier avis en fut donné à Sa Majesté dlarns'le mois d^août 1678* par un nommé Kîrby, marchand en faillite; mais il n'était chargé que

(i) Tout ce qu'on trouvera entre deux guillemets est extrait textuellement des Mémoires de Jacques II , ou des lettres recueillies dans ses papiers. ( Note de l'Editeur. )

ai!ï MEMOIREâ

de préparer la voie à un nommé Tongue qui disait avoir à révéler un grand complot contre la vie de Sa Majesté 9 la religion protestante et le gouvernement actuel : il ne voulait venir que la nuit et en secret^ car s'il était connu^ disait-il, les papistes, auteurs du complot^ ue manqueraient pas de Tassommer.

(c Cc^t homme fut amené au Roi auquel il répéta la même Histoire; il lui laissa un paquet de papiers dans lequel il devait trouver de nou-^ velles lumières ; mais comme ces papiers étaient fort longs à lire, le Roi chargea le lord trésorier d'en prendre connaissance. Le résultat de tout cela était en somme qu'une conspiration^ détestable avait été tramée contre le Roi et le royaume, nonseulement par ses propres sujets, maisavec la connivence de M»deLouvois,ra inistre du roi de France^ et du père Lachaise son confesseur ; que don Juai^ d'Autriche y prêtait la main, et que pour mieux réussir dans ce dessein maudit, ou devait mettre le feu à la cité de Londres et exciter des soulèvemens dans l'Ecosse et dans l'Irlande ; qu'un docteur Oates était parvenu k la connaissance de cet horrible coin plot en contrefaisant le papiste et en entrant chez les jésuites dont il s'était efforcé, de gagner les bonnes grâces en se confessant et com— muniant une fois par semaine, bien qu'il restât protestant dans le coeur.

a Ce récit parut si étrange et touchait d'ail-

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9^etirs de si près à Son Altesse royale^ que le lord trésarier proposa de l'en instruire sur-le-champ; mais le Rot jugea pluâ prudent de commencer par examiner d'abord Taffaire, afin qu'on ne pût pas dire qu'on en eût donne connaissance à aucun <;atholique itvant'd'ayoir été jusqu'au fond des choses* '

u Mais le duc la sut plus tôt qu'on ne l'avait voulu et par une autre voie. Il paraît qu'au moix>ent tle la première dénonciation^ le lord trésoner avait demandé qu'on lui montrât quelque •écrit de la main des accusés dont le délateur prétendait posséder l'entière confiance et disait avoir des lettres entre les mains. Cette demande paraissait trop raisonnable pour qu'il ftit possible jàela refuser : aussi le dénonciateur promit-il de faire sur-le-champ tout ce qu'on désirait. Ce- |>endafit il tarda beaucoup à tenir sa promesse , ainsi qu'il en avait été pressé à plusieurs reprises. Enfin, il écrivit au lord trésorier pour lui dire que s'il voulait aller à la poste et intercepter certaines lettres adressées à M. Bedingfield , confesseur du duc, elles le convaincraient de la vérité de ce qu'il avait avancé.'

« Il se trouva par hasard que le lord trésorier n'était pas à Windsor au moment où. on lui apporta cet avis, et que M. Bedingfield ayant passé à la poste comme la malle venait d'arriver, il avait pris lui-même ses lettres. On lui en remit cinq for-

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mant uq gros paquet- Elles étaient sîgpiées Whitebread, Fennick, Ireland, Blundel et Fogarty. Comme les quatre premiers étaient des jésuites ^ il connaissait leur écriture et vît promptement que les lettres n'étaient pas de leur main. Quant au cinquième^ qu'il ne connaissait pas, il n'en pouvait rien dire; mais il trouva, dans les cinq lettres, des expressions criminelles qui lui firent soupçonner qu'il y avait là*dessous quelque infamie tramée contre les catholiques en général et contre le duc en particulier. Il les porta donc aussitôt h Son Âltese royale qui alla sur-le-champ les montrer au Roi ; en sorte que par un effet de la Providence, ce fut h celui qu'on désignait comme conspirateur et au duc , objet principal de toute cette manœuvre, que Ton dut les premières pièces relatives à ce prétendu complot.

tx Ija première lettre qui tomba sous les yeux du Roi était celle qui portait le nom de Blundel. Il ne l'eut pas plutôt lue qu'il dît au duc qu'il y avait Ià*dessou5 quelque infernale machination^ et qu'il ne doutait pas qu'il ne parvînt à découvrit ce que c'était , attendu qu'il avait vu une écriture assez semblable à celle-là et qu'il voulait les comparer.

(< Le duc pressa plusieurs fois le Roi et le lord trésorier de produire les lettres et de faire examiner l'afFaireau comité des affaires étrangères ; >; , mais il paraît que le lord trésorier avait conçu

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quelqt^ espérance de pouvoir se servir auprès du prochain parlement de ce prétendu complot pour détourner de dessus lui le mécontentement dont il était menacé y et qu'il redoutait beaucoup , en portant d'un autre côte l'attention des chambres, u Le duc ne put donc rien obtenir que peu de temps avant le départ du Roi pour Newmarket; alors enfin l'affaire fut présentée devant lé conseil.

u Oatesy aussitôt qu'on l'eut fait entrer ^ dit au Roi qu'il avait hasardé pour Sa Majesté. sa vie sur mer et son âme sur terre , et qu'il venait lui découvrir une conspiration diabolique f alors il commença son récit avec une telle assurance et l'accompagna de détails d'une telle nature ^ qu'il y avait de quoi en imposer à tout le monde et qu'en effet quelques uns de ceux qui se trouvaient présens y furent d'abord trompés ^ jusqu'à ce qu'enfin le contre-interrogatoire commença à faire reconnaître le mensonge. »

Une des premières choses qu'on lui demanda^ ce fut s'il connaissait l'écritufe de ceux à qui on attribuait les cinq lettres ; il assura qu'il les connaissait , et à mesure qu'on lui montrait une ligne ou deux de chacune , il en nommait sur-le champ l'auteur. Gomme les signatures se trouvaient conformes à son dire ^ cela excita d'abord beaucoup de confiance; mais lorsqu'ensuite les papiers de MM. Ireland et Fennick eurent été

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saisis et comparés aux lettres que Ton prétendait avoir été éprites par eux^ il ne s'y trouva pas la moindre ressemblance. Cela obligea Oatesà chercher quelque subterfuge 9 et il s'en tira en disant qu'ils avaient contrefait leur écriture; mais lorsque M. Ireland fut amené devant le conseil , il prouva qu'au mois d'août , au moment ou on lui faisait écrire une lettre datée de Saint-Omer. il était eu Angleterre et n'avait pas été depuis long-temps sur le continent , et quand la lettre de Blundel fut comparée aux dépositions de Tongue, tous ceux qui étaient présens y reconnureot la même écriture, et les quatre autres lettres leur parurent avoir été contrefaites par la même main. Ainsi, lorsque Oates avait dit si proraptement à la première vue de qui étaient les lettres, ce n'était qu'une preuve de plus de la supposition , et il en résultait seulement que Tongue et lui les avaient composées et écrites eux-mêmes. Bien plus, sir William Jopes, alors procureur général, qui se montra ensuite si violent à poursuivre le coipplot, et sir Robert ^outhv^ell, un des clercs du conseil, dirent au duc, après avoir comparé les lettres au récit qu'ils avaient donné par écrit, qu'ils étaient persuadés que le tout avait été écrit par Oates,* et le soin qu'ils eurent de n'en produire aucune dans le procès prouva qu'ils, les regardaient comme des écrits falsifiés qui auraient témoigné

contre eux. k Ce fut une grande faute aux accusés de n'en pas faire usage, car les'cinq lettres^ outre ce qu^on vient de dire de Fe'criture , étaient pleines de fautes d'orthographe; il n'y avait ni points, ni virgules, ni ponctuation d'aucune espèce, ce qui n'indiquait pas des hommes accoutumés aux affaires. Oates "prétendit bien que c'était un artifice ordinaire aux jésuites d'écrire de cette manière pour échapper aux soupçons , et qu'ils pensaient que quelques fautes de ce genre serviraient à les déguiser mieux ; mais qui peut imaginer que cinq personnes écrivant de différens lieux , et même originaires de différens pays , se fassent accordées pour estropier leur propre nom , et l'estropier de la même manière , ainsi qu'on le voyait dans les lettres, qu'elles eussent fait les mêmes fautes d'anglais et eussent écrit sur du papier de la même dimension et portant les mêmes marques; et eussent eu soin d'affecter la même bizarrerie de style et d'orthographe ? Il fallait certainement une inspiration pour produire un pareil miracle. En même temps ^ pour peu que l'on voulût comparer la tournure des phrases, l'expression et même les traits de plume, la ressemblance de ces lettres avec les papiers fournis par Oates et Tongue prouvait clairement que le tout sortait de la même boutique.

« Les reproches qu'on en fît à Oates ne le découragèrent nullement, et il ne fut point embar-

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rassé de voir sa fourberie découverte. Il persista dans sa déposition , se donna pour un des principaux agens des jésuites > non^seulement en Angleterre ^ mais en France et en Espagne ^ soutint qu'il avait eu relativement au complot des conférences avec le confesseur du roi de France ^ qu'en Espagne il avait été admis en présence de don Juan , et là avait tu compter l'argent promis à sir George Wakeman pour empoisonner le Roi; mais cette liberté de conversation ressemblait aussi peu aux manières espagnoles que ressemblait à don Juan le portrait qu'il fit de sa personne^ car le Roi lui ayant demandé quel homme était don Juan^ il répondit qu'il était grande maigre et noir ^ tandis que le Roi et le duc le connaissaient à meryeille pour un petit homme, gras et d'un beau teint , quoiqu'il eût les che- Teux bruns. Lorsque M. Kirby reprocha à Oates une si grossière méprise » il s'excusa en disant qu'il pôuTait fort bien se tromper sur la figure d'un homme qu'il n'avait jamais tu.

a II ne fut pas moins malheureux dans ses ré* penses relativement à la France^ car lorsqu'on lui eut demandé oii habitait le confesseur du Roi et où il s'était entretenu avec lui^ il répondit 2 « Dans la (( maison des jésuites, précisément à côté de la (c demeure du Roi. n Tandis qu'il n'y a pas de maison de jésuites à plus d'un mille du Louvre; mais rien ne put le démonter ni interrompre son

récit y il continua à accuser avec la plus grande assurance plusieurs personnes de qualité. Lorsqu'il nomma lord Ârundel et lord Bellaàis^ le Roi lui dit que ces lords Fayaient servi trèsfidèlement lui et son père, et qu'à moins que les preuves contre eux ne fussent parfaitement évidentes 5 il n'y pourrait ajouter foi. A quoi Oates répliqua : « Que Dieu me garde d'accuser personne H injustement ; je ne dis pas qu'il s aient su le comri< plot, mais seulement qu'on devait les en ins* H truire; » mais ensuite il les accusa positivement. Lord Stafford dans son procès releva ces contradictions et plusieurs autres, mais la mauvaise mémoire du lord chancelier les lui rendit inutiles. Cependant, s'il eût voulu s'adresser à quelques personnes présentes , il s'en trouvait qui n'avaient point oublié la vérité et qui lui auraient de bon cœur rendu un tel témoignage , que l'infamie du témoin aurait paru au grand jour , et que la vie de ce lord innocent eût été sauvée.

cr Mais, au fait, 0ate9 n'accusa positivement aucun lord avant d'avoir comparu devant la chambre des communes et d'avoir yu comment elle prendrait la chose. Ce ne fut qu'alors qu^il donna à ceux d'entre eux qu'il faisait entrer dan& le complot, les emplois qu'ils y devaient remplir et auxquels on put juger s'ils étaient propres. Son récit même n'acquit un peu de proba-

])ilitë que lorsque quelques membres des communes eurent pris soin de le façonner. Il semblait qu'on ne pût se fier à Sa Majesté du soin de sa propre y\e , et que le parlement et les témoins y portassent plus de zèle qu'elle-même. La chose cependant ne parut pas tout- à -fait ainsi , car ce ne fut que long-temps après que ces derniers accusèrent la Reine et le duc , qui certainement^ s'ils eussent fait partie des conspirateurs^ étaient les plus dangereux de tous; de plus lorsqu'ils les accusèrent , cette accusation , sans compter ce qu'elle avait en soi d'invi^aisemblable, eut le malheur d'être en soi une véritable contradiction^ car lorsque Oates avait déposé devant la chambre des lords^ il avait solennellement déclaré sous serment qu'il n'avait d'accusation à porter contre aucune autre personne de haut rang que celles qu'il nomma alors ^ et quinze jours après il accusa la Reine: mais on lui accorda chrétiennement la liberté de démentir à son plaisir ce qu'il avait juré d'abord. Ainsi lorsque Goleman fut examiné devant le conseil^ il assura au lord chancelier qu'il n'avait jamais vu l'accusé^ mais au procès de Goleman il raconta une autre histoire. Enfin les conspirateurs, disait-il ^ lui avaient confié leurs plus grands et leurs plus dangereux secrets^ mais il avoua qu'ils n'avaient pas voulu lui remettre l'argent nécessaire à son voyage de Douvres , et qu'ils avaient envoyé Grove avec lui pour

payer la voiture. 11 prétendit avoir délivré ua grand nombre de commissions ; et bien que son intention eût toujours été, dit-il au Roi^ de tout découvrir , il n'en avait pas gardé une seule pour servir de preuve. Il jura qu'on avait apporté un grand nombre d'armes , et on n'en put trouver aucune; il dit qu'on avait levé des armées , et on n'en vit point paraître. Cependant sur son témoignage et celui de son secqnd, Bedloe qui, d'abord^ avait dit ne rien savoir du complot que ce qui concernait l'assassinat de sir Edmondbury Godfrey, il y eut un grand nonlbre de personnes emprisonnées , poursuivies , mises k mort , et il s'éleva une si terrible commotion qu'elle fut au moment d'engloutir non-seulement le duc , but principal de cette manœuvre , mais encore le Roi et la monarchie elle-même. »

Rien ne prouve mieux le dessein qu'on avait eu de s'attaquer principalemeat \ Son Altesse royale^, que les expressions injurieuses semées contre lui dans les récitset les dépositions d'Oates. Il ne se fait aucun scrupule de l'appeler un coquin, un papiste, un traître, qui sera pendu et auquel on n'aura pas plus d'égard qu'à un boueux de Kent Street. Il espérait 9 disait-il , le voir à la barre de la chambre des communes à la place des gens qui valaient bien mieux que lui , et si le diable avait en enfer une place un peu plus chaude que les autres , il comptait bien qu'il la lui garderait. Telles étaient

a:i:i MÉMOIRES

les fleurs de son éloquence^ et tel était atissi Fesprit da temps , qu'on permettait à cet infôme drôle de vomir de pareilles injures contre le frère du Roi., contre un prince qui sans sa religion eût été ridole de la nation. Mais il serait infini autant qu'inutile de raconter toutes ses insolences 9 ses contradictions et ses bévues ; on les trouvera dans les ouvrages d'nn homme qui ne l'a point épargné^ mais qni ne hti a point fait tort(i). Quant au Roi, la fausseté du tout lui fut si clairement démontrée dès le commencement, qu'il voulait étouffer la chdse et empêcher qu'on ne la rendit publique, ce qui ne pouvait avoir d'autre effet , disait-il , que de jeter l'alarme dans le royaume et de faire venir l'idée de le tuer à des gens qui n'y auraient jamais pensé sans cela ; mais il fot détourné de son projet par le trésorier qui , voyant se former xtn orage contre lui , pensa se mettre à couvert ef échapper à la colère du parlement en jetant cette prétendue conspiration à la chambre des communes aussitôt qu'elle fut convoquée. Sans les délais qu'il sut habilement faire naître, l'affaire que le duc pressait vivement eût été écl'aircie à fond, et la falsification eût été clairement découverte par* le conseil avant l'ouverture des chambres; mais le malheur des temps et la dispositioii du peuple

(i) Sir Roger Lestrange.

DE JACQUES IL aa5

à prendre feu sur le moindre bruit d'une eonspiration papiste y fit que lorsque Gelle-^ei eut été communiquée aux deux chambres, le public se jeta dessus avec une telle avidité qu'on lui fit avaler sans la moindre difficulté toutes les contradictions et même toutes les impossibilités contenues dans le récit d'Oates, et que le parti factieux, déjà trop animé contre le duc à raison de sa religion , éprouva une grande joie de l'occasion qui lui était fournie de travailler à perdre complètement Son Altesse royale.

« Le premier pas fut d'adresser au Roi une pétition pour lui demander l'exécution des lois pénales. Cette demande fut soutenue avec une telle violence que le Roi jugea nécessaire de céder un peu au torrent et publia une proclamation pour ordonner le bannissement des prêtres, etc. Le duc éprouva dans cette occasion une sensible mortification de la part d'une personne de qui il ne croyait pas devoir l'attendre. Lorsqu'on proposa dans le conseil q«ie les prêtres attachés au service de la duchesse fussent exceptés aussi bien que ceux de la Reine et ceux des ministres étrangers, la chose fut absoluméuJt refusée con^me un privilège trop grand pour un sujet. On proposa seulement l'expédient de les mettre sur la liste des prêtres de la Reine ; mais la Reine, bien que le duc et le Roi lui-même lui en fissent la demande , ne voulut jamais y consentir. Ce fut pour

âa4 MÉMOIRES

Leurs Altesses royales une grande épreuve de patience que de se Toir ainsi abandonnées par la personne dont ils attendaient le plus de faveur et d'appui.

(c Mais ce n'était que le commencement du mal f Son Âllesse royale deyait se préparer à des épreuves plus fâcheuses encore» Elle eut bientôt avis d'un projet de bannissement qui la concernait de beaucoup plus près. Le 2 noTembre le comte de Shaftesbury fit la motion à la chambre des lords qu'on écartât le d|ic de tous les conseils et de toutes les affaires publiques. Il n'osa pas encore demander qu'il fût exilé de la cour 9 mais Son Altesse, sur ce commencement > put aisément juger de ce qu'on lui préparait* Le lendemain matin Sa Majesté prenant la chose en considération, donna à tous ses serviteurs et amis l'ordre positif de s'opposer dans la chambre des communes à toute motion de cette nature.

(c Mais le Roi ne put tenir long- temps sa ré^solution. Le courant commençait à porter si yiolemment contre le duc , qu'il jugea impossible de le défendre, sans céder quelque chose. Le lendemain donc, après le comité des affaires étrangères, il prit le duc à part, et lui dit qu^e,^ malgré Tordre qu'il avait donné, il ne serait pas en état de le soutenir contre les adresses par lesquelles il prévoyait qu'on allait l'attaquer, à moins qu'il ne consentît à céder un peu de ter-

rain^ pour pouvoir se défeiidre avec pluâ de force; il lui demanda de s^absfenir de venir au comité des affaires étrangères ^ et de ne se mêler en rien des affaires publiques : ce qui donnerait 9 dit le Roi , le moyen de repousser plus efficacement les entreprises de ses ennemis.

« Le duc répondit qu'il était toujours disposé à sacrifier sa personne et ses intérêts au service et au repos de Sa Majesté^ et qu'elle lui obéirait ^ur-le'^champ^ quelque chose qu'il lui commandât; niais que jamais il ne se retirerait Tolontaireroent et de son consentement. Il disait d'abord^ que le parti que voulait prendre Sa Majesté de rcr e^ler ^ loin de fermer la bouche à ses ennemis , ne ferait qu^ les encourager à la presser plus vivè^ ment; ensuite que comme le Roi était résolu de satisfaire le peuple , relativement à la religion et à tout le reste ^ ceux qui n'aimaient pas le duc en pourraient tirer prétexte de dire qu'il était clair que depuis que le duc était sorti du conseil^ tout s'y faisait à la plus grande satisfaction du royaume. Ils en concluraient qu'il avait eu auparavant une puissante influence sur la direction des affaires 5 et comme ils imagineraient qû'aus-* sitôt que le parlement n'y serait plus, il reprendrait, s'il demeurait à la cour, le même degré de puissance, ce serait pour eux un motif à donner de la nécessité de l'en écarter; et le duc craignait trèsr-fort qu'on n'exigeât alorà de lui 2.. . i5

:t36 MEMOIRES

cette complaisance 9 par les mêmes argiu^eas qu'on employait pour l'engager à s'éloigner du

conseil- »

On vit bientôt que le dttcne s'était pas trompé dans ses conj«clures^ car^ cinq jours après ^ les communes votèrent une adresse au Roi^ pour lui demander d'éloigner Son Altesse royale de la personne de Sa Majesté > aussi^bien que de ses conseils. Mais le j^oi les voyant aller si loin, et sachant qu'on commençait à parler d'exclure le duc de la succession au trône 9 j^gea nécessaire d'arrêter de pareils projets. U se rendit donc le lendemain matin ^ vêtu, des habits, royaui^ à la chambire des lojfds; il y fit appeler les coiUf* munes , et leui: dit entre autres choses qu'il passerait tous ]es bills qu'on pourrait voter enfaveur de la religion protestante et pour son maintien y soit actuellement > soit à l'avenir 5 pouvu qu'on, ne Songeât point à faire sortir la c^mronne de I^ succession en ligne directe.

Lorsqu'on vit Sa MjEijesté embrasser si sincèremkient la défense de son frère ^ la persécution se ralentit un peu; « si bien que^ lorsque le bill pour interdire aux papistes, de siéger dans le parleqiçnt arriva à là. chambre des lords ^ on obtint 9 après une trèsrviye discussion ^ qu'il £&t £ait une réserve en Êiveur du duc. On remarqua, que le duc de Monmouth. était sorti avant la fia de la discussion , afin d'éviter de voter. Le. duc

ne pat s'empêcher de s'en plaindre au Roi ^ et lui dit qu'il ne craignait pas aatant ses ennemis d^cou^ yerts que ses ennemis caches y particulièrement lorsqu'ils avateiit autant de crédit auprès du. Roi que le duc de Monmouth; que depuis longtemps se méfiait de l'attachement du duc de Moomouth y qu'il le voyait clairement affecter la popularité 9 vivre en grande intimité avec le comte d'Esses: et le lord Wharton y et avait lieu de croire qu'il n'était pas mal avec le lord Shaftes^ havjj et qu'il jjiermettait souvent qu'on portât sa santé sous le titre de prince de Galles. Ces plaintes étaient trop bien fondées pour que le Roi les prit en mauvaise part ^ et son afl^tion pour le duc de Monmoutfa ne l'empêcha pas de blâmer sa conduite dans les occasions dont on vient de parler*

(c Cette CTception en faveur du duc excita de très-vifs débuts à la chambre des communes; mais ^quoique les presbytériens^ sans en excepter un seul y et ceux même qu'on regardait comme lès modérés du parti national ^ votassent contre^ cependant^ à l'aide des amis du lord trésorier^ que quelques personnes avaient imaginé devoir se ranger d'un autre côté, le parti de la cour emporta la question^ et le bill passa le 5o novembre avec la réserve. »

Le complot papiste, soutenu jusqu'alors par un seul témoin , et encore par uu témoin taré^

aaS MÉMOIRES

commençait à perdre crédit. Le peuple commençait à rapprocher les choses ^ et à faire usage de son intelligence et de son jugement^ complètement obscnrcis dans le premier moment; mais ensuite on tira un si grand parti de la mort de sir Edmondbury Godfrey^ arrivée le 17 oc-* tobre^ que non-seulement la fareur se ralluma ^ mais s'échauffa encore à un bien plus haut degré.

Sir Edmond était juge de paix; il avait reçu les premières déposition3 d'Oates et de Tongue, et n'en avait fait d'abord aucun rapport officiel , traitant au contraire la chose comme une fable ridicule ; mais voyant ensuite le bruit que faisait cette affaire 9 il fut saisi de frayeur à l'idée d'à-* voir commis une sorte de délit. Ses terreurs fu-* rent augmentées par quelques menaces de la part de ceux que. mécontentaient ses efforts pour connaître le fond des choses ^ et surtout par son caractère mélancolique. En sorte que personne n'a douté que ce malheureux gentilhonime n'ait lui-» même mis fin à ses jours.

Mais le peuple^ disposé à accuser les papistes de tout le mal qui se faisait , ne manqua pas d'ajouter foi aux bruits habilement répandus que c'étaient eux qui l'avaient assassiné. On obtint donc de Sa Majesté de faire proclamer une récompense de cinq cents livres sterling'pour celui qui découvrirait de quelle manière avait été tué sir Edmond. Cette somme et le grand encouragement J

DE Jacques lî. ^^g

^u^on donnait aux délateurs devaient nécessairement fournir au moins un témoin de plus^ ce dont on avait grand besoin. La proclamation n^eut pas plutôt paru que Bedloe alla voir un nommé Brewer, et lui dit que s'il pouvait se procurer une description exacte de la personne de sir Edmondbiiry Godfrey ^ il ne doutait pas qu'il ne put gagner cinq cents livres. Il se concerta plusieurs fois avec son frère, qui l'avait souvent aidé en pareille occasion. Entin ses besoins le pressant, et l'appât des cinq cents livres aiguisant son esprit , l'affaire fut bientôt arrangée , et le 8 novembre il déposa devant les lords « que sir Edmond Godfrey avait été assassiné à Sommerset-Hôuse par l'ordre de lord Bellasis; que le lord lui- même > aidé de quelques jésuites^ avait attiré sir Edmond dans la cour, où d'autres , sortant d'une porte , s'étaient soudaine-* ment jetés sur lui et l'avaient poussé dans la maison oii ils l'avaient assassiné; que son corps y était resté deux jours et avait été porté ensuite à l'endroit où on l'avait trouvé. Il fit sur la manière dont s'était passée la chose un long récit qui frappa d'abord singulièrement; cependant, en y pensant, le Roi ise rappela qu'il était à Sommerset-House au moment même où l'on disait que le meurtre avait été commis : cela mit Sa Majesté en doute de là vérité du fait, et il envoya le duc de Monmouth à Sommerset-House

aSo MÉMOlhBS

avec Bedloe pour que celui-ci lui mbiiiràt les en« droits' où tout s'était passé. Le duc en re^eDant rapporta au Roi que l'endtoit où Bedloe disait avoir vu le corps était l'escalier da service/da l'appartement de la Reiae , par où passaient habitaeliement tous ses domestiques ', par où on apportait les plats servis sur sa tabl^ y et où se te* naieht constaminent les valets de pied. Cela confirpna le Roi dans l'opinion que tout cela n'était qu'une pute fiction y sans compter que ^ comme il était lui-même en ce nitomentà Sommerset^Houise^ il était .impossible qu'un homme eût pu être atta? que dads la cotir^ assassiné et poussé dans l'escalier pu l'on disait l'avoir trouvé ^ et où se trouvaient placées une sentinelle à chaque porte et une comi^ pagnie des gardes à pied dans le corp^-de-garde, et cela sans que personne en eAt rien vu ni su.-

Le Roi fut donc aussi promptement éclairé sur la fausseté de cette dénonciation qu^il l'avait été sur celle d'Oates : ce qui le porta à refuser d'à-»bord e< de prolonger le pardon de Bedloe , quoi-^f qu'il en fût instamment pressé par la chambre des communes ; » et il n'est pas douteux que tous les hommes judicieux n'eussent partagé l'opinion du Roi y si la violence d^s factieux ne les eût effrayés au point de troubler leur jugement. Sur le refus du Roi; ils s'emportèrent hautement 5 accù'^ sèrent les ministres et le (Chancelier y dont tes conseils> disaient-ils^ avaient toujours été funestes

DE JACQUES IL ^ïSl

à la nation. Us pensèrent que la fermentation qui régnait alors dans les esprits était une occasion fiivôrable pour suivre leurs odieux projets <;ontre le duc 9 et 9 légitime ou non , ils résolurent de ne pas la laisser échapper; car > dans le fond, ce n'était pas tant un complot papiste qu'ils crai* gnaient qu'un héritier papiste > et leurs craintes jpassèrrat bientôt du complot à la religion de ceux qu'on accusait d'en être les auteurs. Beaucoup moins touchés d'afiection pour leur souverain actuel que d'éloignenient pour son successeur, sous prétexte de . conserver Tun ils étaient résolus à perdre l'autre.

Ce <{ui les occupait ensuite > c'était de mettre le Roi en situation d'aypir des enfàns qui pussent lui succéder. Il n'y avait pas d'espérante que la Reine pût lui en donner y et le meilleur moyen de se débarrasser d'elle était de la compreinlre dans le complot. Us savaient que i^a dignité n'intimir derait nuUement leur champion Oates y trop bon chrétien pour faire acception de persoqne, et ton^ Jours prêt, comme un fils du tonnerre, à friipper ie cèdre élevé aussi-bien que les plus humbles buissons, selon qu'il plairait à seà metteurs en œuvre de le diriger.

Ainsi donc, le :i5 novembre, « il répéta devant le conseil ce qu'il arait dit la Teille au soir à Sa Majesté , que la Reine était instruite de tout le projet f et. y poussait plus ytrement que personne;

qu'il Fayait entendue dire^ à Sommerset-House ^ qu'elle était résolue d'empoisonner le Roi pour sef venger des outrages qu'il lui avait faits. Il net doutait pas que le goût du Roi pour la liberté ne' favorisât leur projeta Ils lui avaient donc envoyé d'abord 5 comine delà part d'Oates ^ une mistrisa Elliot pour l'informer de cette nouvelle dénonciation. Le Roi paraissant n'y, point ajouter foi et soutenant que la chose était înipossible > elle lui dit qu'elle avait pensé qu'il serait bien aise de se séparer de la Reine ^ à quelc|[u6 prix que ce fût.

(( Mais^ au lieu d'être tenté d'useï^ d un pareil moyen ^ le Roi n'en éprouva que plus d'horreui' pour ces infâmes pratiques^ Lorsque lord Os-* sory et Bridgev^ater furent envoyés avec Oates à Sommerset-House pour qu'il leur montrât l'en-î» droit d'oii ils prétendaient avoir entendu la Reine prononcer les paroles dont ils Faccusaient^ il les conduisit d'abord à la salle des gardes y pi^is à la chambre particulière de la Reine ^ d^où^ disait-^ il^ partait un escalier dérobé qui conduisait à une très-grande pièce; mais malheureusement pour lui il n'y avait point là d'escalier pareil à celui qu'il désignait^ et tout cet étage ne conte-^ nait pas une seule grande pièce. » Mais ces contrariétés ne furent pas capables d'arrêter cet iné^ puisable courant d'impudence et d'inventions. Il ne se montra nullement enbbarrassé « et ne Voulut

jamais y avec quelques instances qu'on l'en pres-^ sât^ découvrir qui lui avait inspiré ce détestable! projet.

On pouvait désormais voir assez clairement oii tendait toute cette intrigue. Il fut évident aux yeux du duc que tout. était dirigé contre lui. Ses ennemis étaient décidés à faire mouvoir ciel et terre, et Tenfer même s'il le fallait, pour l'empêcher d'arriver à la couronne* Cela l'obligea de prendre plps de soin encore de s'armer contre eux, d'affermir le Roi dans ses bonnes résolutions et de le préparer à l'assaut en lui représentant d'avance les difficultés qu'il allait avoir. à siir-^ monter et les argumens dont on se servirait pour l'attaquer; Il n'ignorait pas combien l'esprit du Roi était facile à tourner et l'opinion que s'en formaient ses sujets^ r< Dans, une réunion desfaç-^ tieux, M. May, en parlant du lord trésorier, avait dit qti'il suffisait de s'obstiner et qu'on était bien sûr que le Roi céderait à la fin, et le duc savait bien que ceux qui voulaient sa perte ne négligeraient pas ce moyen. Il pria donc Sa Majesté de peser mûrement sa propre situation et de bien examiner j usqu'à quel point elle était déterminée à le soutenir, dans le cas où le parlement insisterait pour son éloignement ou peut -être «on emprisonnement. Il l'instruisit aussi des in^ trigues qu'avait depuis quelque temps le duc de Moniiiouth avec lord Russel et M. Montagne, sir

Henry Capel et autres de même sorte. Il sâ-^ Tait que dans leur réunion on avait proposé de l'éloigner de la cour et de faire renvoyer le lord trésorier ; que le duc de Monmouth avait déclaré s'unir avec eux dans tous les moyens qu'on prendrait pour atteindre ces deux différons buts; que tous s'étaient accordés aux mêmes démarches^ excepté M. May; que dans toutes ces réunions on flattait le duc de Monmouth de la- manière la plus propre à lui plaire, et que sir Thomas Ârmstrong avait dit en différentes occasions que le duc de Monmouth l'avait assuré que le Roi avait promis de le déclarer bientôt prince de Galles , et que s'il ne faisait pas cette déclamation avant sa mort , on avait quatre témoins prêts >à jurer que le Roi avait épousé mistriss Barlovir , mère du duc de Monmouth. »

Le lord trésorier avait déjà fait part au Roi de ces scandaleux entretiens, et le Roi avait maltraité le duc de Monmouth à ce sujet , et permis à Son Altesse royale de prouver au monde la fausseté de ses discours. Les réprimandes du Roi n'eurent cependant pas grand effet sur la conduite du jeune duc. Les artificieux intrigans entre les mains desquels il s était mis avaient ébloui ses yeux de l'éclat d'une couronne; mais voyant queleRoire^ fusait d'entrer dans leurs projets de divorce d'acte la Reine, ils résolurent d'essayer si le public voudrait ajouter foi à uu premier mariage; car tout

DE JACQUES II. a35

ce qui poi^vait contribuer à la ruine du duc leur était très-agrëable-

Il n'y a pas lieu de s'étonner que le duc de MoD|npulh, qui avait plus d'ambition que de jugement > et plus d'adresse pour s'acquérir un parti que de prudence pour le conduire ^ se crut au moment de mettre la main sur le sceptre. II Toyait le duc^ qu'il regardait comme le seul obstacle à son ambition ^ attaqué avec violence de tous côtés ; et , quant à lui , ce n'étaient pas seulement ses amis particuliers qui travaillaient à eatretenir sa folie ^ ce n'était pas même dans rintérieur de sa société que circulaient les propos qui pouvaient la flatter^ « il n'y avait pas jusqu'à ses valets de pied qui ne commençassent à parler de témoins en état de prouver le mariage du Roi avec la mère du duc ; et le colonel Birck^ un des principaux meneurs de la chambre des communes , n'en^ faisait point mystère. Il avait proposé la chose entre autres ezpëdiens au lord trésorier^ lui disant qu'il était en son pouvoir de faire adopter un projet qui assurait le bonheur du royaume et lui rendrait sa mémoire chère à jamais. Mais le lord trésorier dit au colonel que le Roi abhorrait l'idée de se prêter à une pareille imposture. Ainsi Tespérance qu'on avait d'engager le Roi à s'unir aux démarches de ceux qui voulaieiit exclure le duc se tsouva encore àéçixe. »

Le crédit du lord trésorier auprès du Roi était encore très -grand : c'était là ce qui avait persuadé au colonel Birck qu'il pourrait en obtenir tout ce qu'il voudrait; mais ce crédit était maintenant plus près de son terme que ne l'imaginaient le lord ou le colonel. « Le parti factieux qui mé' ditait sa ruine, y travaillait depuis ^>ng-temps. Le duc de Monmouth avait été chargé de dire au Roi qu'on lui fournirait tout l'argent dont il aurait besoin 9 à condition qu'il renverrait le trésorier; car, outre l'envie qui ne manque jamais de s'attacher, aux favoris, on le soupçonnait bien à tort, assurément, d'êtredu parti de Son Altesse royale. » Ce n'était pas là le moindre des motifs qui poussaient à tramer sa perte; mais, probablement, ces petites intrigues n'auraient jamais pu réussir, si un autre incident ne leur eût fourni l'occasion il'en venir à leurs fins.

« Sir Lionel Jenkins informa le Roi que M. Montague, durant son ambassade en France, avait eu plusieurs conférences secrètes avec le nonce du Pape. Ce n'était probablement qu'un prétexte dont le Roi , d'ailleurs mécontent des services de M. Montague dans l'étranger et de sa conduite en Angleterre , profita pour donner l'ordre qu'on saisit ses papiers. Sir John Earnely fut chargé d'instruire la chambre des communes des raisons qu'avait eues Sa Majesté pour agir de cette manière contre un de ses membres. Il parait que

DE JACQUES IL 2Sj

M. Montague s'était doute de ce qui allait lui arriver ^ et avait mis en sûreté ailleurs les pa*piers dont le Roi eût voulu se rendrç maître. Il en iftforma la chambre et donna en même temps à entendre qu'ils contenaient des matières de conséquence. Il savait bien que c'en était assez pour faire naître là curiosité et pour qu'on en-^ voyât chercher sur-le-champ ces* papiers. »

Bien qu'employé si récemment par le Roi ^ M, Montague était alors lié au parti mécontent qui mettait tous ses soins à enflammer le peuple. Ces papiers conlenaient les bases d'une certaine négociation avec le roi de France qu'il savait bien ne devoir être en aucune façon agréa-^ ble à la chambre , et qui avait de plus l'avantage de perdre le chancelier. Ce fut là ce qui lui fit avoir recqurs à un pareil moyen pour mettre au jour ses papiers qui ^ sans cela , seraient demeurés secrets ^ p9rce que lord Danby avait été seul chargé de la direction de toute l'affaire. Il ne se tronipa point dans ses conjectures, car le trésorier fut bientôt mis en accusation pour ce fait. Le Roi, à la vérité , lé soutint quelque temps, mais fut ensuite forcé dé l'abandonner au cours de la loi; et quoiqu'on n'eût pas de quoi lui faire son procès^ il subit un emprisonnement de plusieurs am^ées et eut à se débattre long-temps contre les formalités de Westminster-Hall et ks priviljéges du parleipent> avant de parvenir à^

jSS mémoires

se faire entièreniait absoudre ; mais quant à M. Moûtague^ on ne l'absoudra jamais de Tin^ &mie d'une pareille trahison et ii'avoir trahi les secrets de l'ambassade qui lui avait été confiée , pour satisfaire sa haine particulière contre le ministre et donner les moyens de susciter au duc une persécution qu'il savait être si désagréable au Roi son maître.

Cependant la fermentation excitée par le complot se soutenait en s'attaquant à des personnes de tout rang , en promettant des récompenses à quiconque procurerait dé nouvelles découvertes , et les dém>nciateurs assurés d'être protégés , et d'une pension payée par semaine , ne poiiviaient manquer d'arriver. En conséquence^ les nommés France > Dogdalé, Dangerfield, Stnith^ et une bande innombrable de pauvl*es diables dans là misère, s'offrirent pour ce genre de service qui devint à la fin aussi onéreux à leurs maillas qu'il l'avait été pendadt quelque temps au trésor de Sa Majesté ; car bien que le parlement ûe voulût pas donner un sou au Roi y il le forçait d'entretenir cette bande de tétnoins, instrumens dont il voyait qu'on ne voulait se servir que pbur sa mine et celle de son frère.

Une fois renforcés d'une si nombreuse troupe de témoins, les meneurs du complot intentèrent le pro« ces ; le Roi laissa à la loi son cours , qu'ils marquerentdes tracessanglantes de leur passage. Leurfu-

DE JACQUES IL 25g

reur tomba sur M. Colman. Il n'est ^s douteux quece qui lui valut Fhouaeur de la primaulé, eefut d'avoir appartenu à la maisoo du duc ; ce fat sur lui qu'ils s'eâforcèrent de faire porter principalement la. haine et les soupçons. On le regardait depuis long-temps comme un intrigant ; il avait déjà été accusé par ua nommé Luzancy, mais s'était tiré d^affaire par sa présence d'esprit et sa facilité à parler. Cependant il était généralement haï^et leduc^ quis^en était aperçu, l'avait souvent averti de prendre garde à sa conduite , de ne se pas tant mêler d'intrigues , eè que s'il lui survenait de nouveau quelque fâcheux embarras , il ne devait pas croire que la qualité de secrétaire de la duchesse pûA le protéger. Il fut même bientôt après dépouillé de cet emploi par l'ordre* du Roi> en sorte qu'il paraissait rarement à la cour* GepeKwlant comme on le savait attaché au duc y sir Edmoadbury Godf r^y l'avait choisi pour corniQumiquer à Son Altesse les dépositions d^Oates et de Toogue aussitôt qu'il les aurait reçues. I^ dac s'apercevant qu'Oates avait nommé Colman, l'engagea à prendre garde à lui, car il était bien certain qu'il ne devait pas. s'attendre à obtenir quelque faveur , et que s'il avait quelles papiei;s qui pussent lui faire tort ^ il ferait hiea de les mettre en sûreté* Colman , ne craignant aucun danger , les laissa prendre , mais cependant se tint caché et envoya deoMindier au duc

a4o MÉMOIRES

s'il lui conseillait ou non de se rendre en prison; Le duc répondit qu'il savait mieux qu'un autre ce qu'il y avait dans ses papiers ; que s'ils contenaient quelque expression qu'on put tourner contre lui 9 il ferait mieux de ne point paraître; mais que dans le cas contraire ce serait une preuve de son innocence que d'aller se mettre en prison. Il s'y rendit , mais reconnut bientôt , par son expérience , que dans ces temps de troable l'innocence n'était pas une protection suffisante^ Bien qu'Oates eût dit au chancelier , dans le con-^ seil^ qu'il n'avait jamais vûGolmany cela n'em-* pécha pas qu'il ne servît de témoin contre lui au procès. Ainsi Colman fut condamné le 27 novembre , et exécuté bientôt après (i).

Une fois qu'ils eurent trempé leurs mains dans le sang , leur marche redoubla de violence et ils se taillèrent de nouvelle besogne dans le même genre. MM. Ireland ^Pickering et Grove furent condamnés. La chambre des communes accusa les lords StajBPord, Arundel de Wardour, Bellasis^ Fowelet Peter. Ils commençaient à porter leurs coups plus haut 9 quand le Roi jugea nécessaire de les arrêter et de se donner le temps de respirer un peu ; il prorogea donc le parlement jusqu'au 4 février y et le 24 janvier prononça sa dissolu^ tion. Ainsi finit ce parlement qui avait été bl^

(1) Le 3 décembre.

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semble poar guérir les blessares du pays y saiguautes depuis près de vingt aus; cr et après avoir concouru avec une joie inexprimable à réorganiser la monarchie , il fut dissous pour s'être efforcé avec autant d'ardeur que d'âpreté à la renverser de nouveau. » Qui pourrait imaginer qu'on eût été capable d'oublier assez vite les maux de la dernière révolution pour aller de nouveau se précipiter tête baissée dans le même abime 5 et que la famille royale dAt voir s'élancer contre elle avec tant de fureur ceux dont son rétablissement avait été l'ouvrage bien peu d'années auparavant, et à qui son retour avait rendu la paix 9 leurs lois et leurs libertés?

« Le matin du jour ou le Roi prorogea le parlement y France > un des témoins > demanda à être conduit en sa présence, et, tombant à genoux ^ implora son pardon pour ce qu'il avait fait, et^ devant M. Chiffinch et le capitaine Riciiardson^ déclara que tout ce qu'il avait déposé sous serment^ relativement au complot et à la mort de sir Edmondbury Godfrey , était entièrement faux; mais lorsqu'ensuite on le reconduisit en prison^ le cachot des condamnés et les charitables exhortations de lord Shafiesbury lui rafraîchirent si bien la mémoire , qu'il soutint ses premières dépositions et put servir de témoin tout aussi bien que jamais. »

Ces opprobres publics et la dissolution du par- 2. 16

lemenl n'empêchèrent pas le procès ^es accuses. Ainsi Green, Bary et Hill furent bientôt après çopdainnë& à naort et exécutes pour le nieurCre de sir Edniondbury Godfrey ; et cela principalement sur le te'moigoage de l'homme qui s était auparavant si «olennellement rétracté, et quoique Bary eàt toujours vécu et mouriU protestant, niant d'ailleurs jusqu'à la mort , ainsi que tous les autres condamnés, les faits qui lui avaient été imputés. Tout cela ne fit que peu ou point d'impression sur le public, non plus que les innombibles témoins et le yoiir/ia/cKtf F'qy€igedeM. Iteland, qui prouvèrent que depuis le commencemeiit d'août jusqu'à la fin de septembre il avai^ TOijragé dans Je comté de Stafibrd , au moment ou Oates déposait qu'il était en Flandre et lui faisak écrire une lettre de Saint-Omer : rieq de tout cela ne put empêcher sa condamnation. « MM.- Whitebread et Fenwijpk avaient été accusés en mênie temps; maïs comwfi il n'y avait contre eux d'autre té* moin qu'Oçites , car Bedloe avait déclaré n'avoir rien à dire; sur leur compte, ils furent renvoyés en prisoa; cependant, sous prétexte de nouveaux souvenirs qui lui étaient revenus, Bedloe, bientj&t après, les accusa, et ils furent condamnés et pendus sur son témoignage^ Enfin telle était la pirévention des hommes de toutes classes» en faveur de la réalité du complot, que les plus hautes improbabilités, les plus absurdes contradictions, L^s plus

ëvidentes impostures^ le témoignage des hommes qae Ton eonduisaH à la mort , et d'un autre cote l'infamie et les parjures, manifestes des temoiils qui déposaiait contre eux , rien n'agissait en leur iàveur ni sur le parlement^ ni sur les juges ^* ni sar lejury. »

La disposition dans kquelle se trourait le parlement au moment oh il avait ëtë dissous^ et Fesprit qui régnait dans le peuple était tel qu'on ne pouvait guère espérer q^ue le prochain parle-ment valût mieux que celui qu'on venait de dis-, soudre. Le duc n'y comptait pas pour sa sûreté^ « et cherchait où il pourrait mettre sa tête à l'abri de l'orage, que ses amis, tant protesf ans que catholiques , pensaient qu'il lui serait impossifUe de conjurer. Us convinrent donc qu'il était aussi dangereux que difficile pour lui de demeurer plus loog-temps à la cour ; et lady Powîs lui fut députée de la part des lords, alors en prison à Ja Tour, pour le prier de se retirer dans quelque pays voisin, la France exceptée. »

Le duc, bien qu'il sentit son danger, n'était ni abattu^ ni découragé; sa disposition le partait à faire tête à l'adversité plutôt qu'à s'y soumettre sans résistance. Il savait très-bien distinguer la patience chrétienne de la pusillanimité, et.quand il cédait, c'était par obéissance non par crainte; car les ordres de Sa Majesté avaient pour lui la forée d'une loi sacrée.

j44 mémoires

« Vers le milieu de février, il s'ouvrit de nan- ▼ean an Roi de sa situation et des sentimens de •on cœur. Il lui dit que par obéissance à ses or-dres. il s'était retiré du conseil et des affaires publiques j que cependant tout ce qui déplaisait au peuple lui était imputé; que cela ne le surprenait nullement 9 car il avait prétu qu'il en serait ainsi, et avait toujours pensé qu'il ne serait jaihàid avàdtageut aux intérêts de Sa Majesté qu'il se r^irât du cdnséil et des àfiaires, et que, loin de lui profiter à lui-même , cette retraite ne ferait cpie donner à ses ennemis un motif de phis pour lui porter de nouveaux coups , et l'obliger à quitter' là cour. Il était bien assuré que cela seul pc^trt ait les satisfaire , et il ne doutait pas que Sa Majesté ne fôt bientôt vivement pressée d'y coosentii*. Le duc ajouta qu'il èent'ait la fâcheuse situation dé Sa Majesté, et comprenait combien il lufi serait difficile de résister i toutes les batteries qti'on allait dresser, tl la pria donc de bien examiner en elle-même jusqu'à quel point elle était déterminée à le soutenir, et de lie se point flatter de l'idée qu'elle fit en état de faire plus qu'elle ne le pouvait en effet. Le duc ajouta qu'il voyait assez de quelle haine il était devenu l'objet, et qu'il était donc prêt j^ sacrifier à son paya sa liberté et même sa vie, si cela était nécessaire au Service et au repos de Majesté, w

D£ JACQUES II. st^S

Ce discours confirma le Roi dans roptnioB qu'il avait toujours eue de la sincère affection et de la parfaite obéissance de son frère. Le duc lui en devint plus cher; mais en même temps il sentit Timpossil^ité de le garder près de lui. Cependant avant de prendre une résolution définitive^ il voulut tenter encore un moyen qui> s'il eût pu réussir, eût non-seulement , en effet , calmé la fureur des ennemis du duc , mais l'aurait rendu l'objet de l'affection de ce peuple , qui semblait alors le haïr, et le persécuter avec tant de violence.

f€ L'archevêque de Cantorbéry et l'évêque dé Winchester se présentèrent un matin chez le duc , et lui demandèrent audience. Lorsqu'ils furent introduits dans son cabinet , l'archevêque commença iMi discours très-^bien arrangé , dans lequel il lui représentait l'excès de douleur que loi, en son particulier, et tous ses epnfrèi*e$f ainsi que tout le reste de la nation , éprouvaient de voir Son Altesse se séparer de la communion de l'Église anglicane, dans laquelle elle était née et avait été élevé 9 et pour laquelle son père , de bienheureuse mémoire,, avait souffert un si glo** rieu]( martyre. Il s'étendit alors en éloges sur les doctrines de cette Église, qu'il représenta non^seu-lement pomme plus conformes à la parole de Dieu, mais plus conformes à la monarchie que cel les d'aueune autre ; ajoutant que, bien qu'elle eût été ton* jjours persécutée, elle contiuiiait à fleurir comme

^4^ ftlÉMOIllES

un lys entre les épîoes; qa'ii s'étonnait donc fort que Son Altesse pût la qcritter, pour embrasser la communion de l'Église de Rome^ qui , comme il pourrait l'en conTaîncre^ si Son Altesse lui permettait dé lui exposer les argumens qu'il ayart préparés' i ce sujets soutenait plusieurs doctrines contraires à la parole de I>ieu : c'était pour cela, disait-il^ que les prêtres s'occli paient constamment et artificieusement à empêcher le peuple de lire les livres de controverse relatifs â rÉcriturCy afin de le tenir dans une ignorance qui permît de le soumettre plus aisément à cette obéissance aveugle qui lui était si absolument imposée. Il pria donc Son Altesse de bien examiner une matière d'une si haute importance ^ et, bien qu'il lui connût une âme trop généreuse pour se laisser entraîner au changement , par la crainte du danger, ou la séduction de rintérêt, il espérait que la vérité prévaudrait , et l'obligerait de revenir à sa mère l'Église, qui lui tendait les bras.

H Son Altesse écouta , sans l'interrompre , ce discours de 1 archevêque, qui dura près]^'une demi^heure; mais, lorsqu'il eut fini, le duc lui dit qu'il avait été fort surpris lorsque, quelques jours auparavant , l'évêque de Winchester l'avait prié de le recevoir, ainsi que l'archevêqqie de Cantorbéry, comme venant au nom de leur ordre; que, bien qu'il n'eût pas jugé convenable de les

DEJACQbESII. 2^7

refuser^ il regardait cependant comme irès-fàcfaenx pour lui qu'on le TÎnt presser sur un pareil sujet , précisément au moment où le parle* ment était prêt à s'assembler; qu'il ayait été déjà dans de grands embarras au sujet de sa religion , et que ceci ne pourrait que les àggraTer. Il demanda à rarchevêqne s'il était venu lui parler de la part de Sa Majesté ^ ou seulement de la part des évêques. L'archevêque répondit que le Roi était instruit de sa démarche^ mais <|li'il la faisait au nom de ses confrères. Le duc répliqua qu'il ne doutait* pas qu'eux deux , et quelques autres de leurs confrères ^ ne fassent très-bien intentionnés pour lui , mais qu'il ne pouvait s'empêcher de croire que ceux qui les avaient envoyés vers lui ne l'eussent fait pour lui nuire; que, quant au discours quHl lut avait tenu , ce serait une grande présomption à lui , homme sans lettres y d'entrer dans une dispute de controverse avec des hommes aussi instruits; que cependant il aurait mis sous leurs yeux les motifs de sa conversion, s'il avait pensé que ce fût le moment de te faire y ou qu'il s'en trouvât alors lé loisir; il les assura qu'il avait pris toutes les peines possibles pour s'instruire dans les opinions religieuses avant d^en changer; qu'il n'avait pas fait les choses précipitamment, ni sans prévoir les incoAvéniens qui en étaient déjà insultés pour lui, et qui devaient probablement en résulter

:a48 MÉMOiaES

encore. U dit ensuite aux ëv^aes qufils m de-- Taient pas s'étonner si ^ se trouvant^n ee moment extrêmement presse d'affaires ^ il était forcé de les repvoyer^ sans entrer davantage en disciission avec eux. Mais aussitôt qu'ils furent partis , utte des premières choses qu.'il fît fut d'écrire à l'archevêque j pour lui dire qnp son arrivée si soudaine ^t si inattendue ne lui ayait pas laissé le loisir de s'entretenir avec lui comme il en aurait eu l'inten^on j et de lui exposer les moti& de sa conversion; que,, bien que par les raisons qu'il lui avait déjà dites , il crût dans ee moment hors de saison toute discussion sur pareiUe ma-» tière ^ cependant il ne refusait jamais de s'es^li* quer ouisartement avec les personnes de la reli-* gion de l'archevêque , et encore moins avec lui^ qu'il avait toujours regardé comme son ami, et qu'il estimait personnellement. U lui disait donc qu'il avait été long-^temps zélé partisan de l'Ëgliae anglicane, dans la doctrine de laquelle il avait été élevé et instruit avec soin , par le digne et savant docteur Steward; que durant tout le temps qu'il avait passé sur le contii^nt, personnene lui avait parlé de religion , si ce n'est une religieuse , à laquelle il avait r«épondu qu'il était trop jeune pour entrer en discussioii sur ces matières ; qu'a-^ lors elle l'avait seulenient (^ga^' à prier Dieu ^e le diriger et de l'éclairer s'il n'était pas dans la bonne voie; qi^, bien que durant son séjour

dans les pi^$ catholiques il eût reçu beaucoup de cWilit^ des jésuites^ aucun cepeodaDt u'avait ckerché^ lui persuader de changer de religion; qu'ainsi TarcheTéque pouvait être assuré que .C'était dans la maturité de son âge^ et par suite d'une pleine conviction sur tous les points con^ .troversés , qiaMl s'était cru obligé à un change^ ment de religion ^ dont il prévoyait bien que la caoséquence serait de le faire passer^ en ce monde^ de l'état du plus heureux prince de l'Europe à celui de l'homme le plus malheureux et le plus abandonné qui pût être sur la terre.

cv Deux jours après cette conférence^ le Roi demanda au duc ce qui s'était passé entre lui et les évéques : le duc lui en ayant rendu compte y Sa Majesté vit bien que son projet était manqué^ et pensa donc qu'il ne lui restait d'autre moyen pour apaiser le peuple que de céder pour le Inoment à ses importunités. Le Roi aurait bien voulu que le conseil lui en vint du duc. Il lui demanda donc son avis sur ce qu'il y, avait à faire ^ mais le duc répondit qu'il lui serait difficile de diriger S^ Majesté quand il ne savait pas comment disposer de lui-même; que s'il donnait des conseils modérés^ on les regarderait comme une marque de fraye^r; que s'il en donnait de vigoureux, le monde dirait que voyant sa situation désespérée il ne s'embarrassait guère de porter le trouble (latts les aSaires du Roi; qu'il n'avait pas lieu

25o MÉMOIRES

d'ailleurs de présumer qu'il pût avoir beaucoup d'iofllienee sur les décisions de Sa Majesté , quand il voyait ceux à qui elle accordait le plus de coufiance et de crédit marcher dans un sens absolument contraire aux opinions qu'î( pourrait émettre aussi bien qu'à ses intérêts , et chercher la popularité en faisant la cour à ses plus grands ennemis; que ce qu'il pouvait faire était donc de se résigner entièrement aux volontés de Sa Majesté et d obéir à ses ordres^ comme il l'avait toujours fak^ avec la plus complète soumission.

(( Le duc voyait clairement où. tendait tout cela et savait bien qu'il fallait qu'il fût offert en sacrifice aux méfiances du peuple ^ knais i) était résolu de s'en faire un mérite auprès du Rot en obéissant à la volonté de Sa Majesté et non à la sienne : il renouvela donc sa prière auprès de Sa Majesté de se bien consulter et de voir à quel point elle voudrait le soutenir dans le cas ou ses ennemis l'attaqueraient dans le parlement; mais la résolution était déjà prise. Le Roi lui dit qu'il était convaincu qu'il fallait absolument serésigoer à céder au torrent. Il accompagna ce discours de beaucoup d expressions de tendresse pour le duc et d'affliction sur la nécessité où il se trouvait 5 et finît par prier le duc de quitter pour quelque temps l'Angleterre. Le duc, à qui il était beaucoup plus aisé d'obéir au Roi que de céder à ses ennei>iû>> acquiesce^ sur-le-champ à cette de-*

DE JACQUES II. 25i

mande 9 car il n'avart jamais mis sa propre satisfaction en balance avec les intérêts de Sa Ma-

jestë. Il désira seulement avoir quelque chose à montrer pour justifier sa soumission^ et ainsi il demanda que Sa Majesté lui écrivît une lettre de sa main pour lui ordonner de partir : en conséquencCi le 28 février suivant ^ le Roi lui écrivit en ces tenues : « Je vous ai déjà fait connaître cf au long les raisons pour lesquelles je crois lié^ ce cessaire que voi^s vous éloigniez de moi et pas* « siez quelque temps sur le continent : j^en suis u véritablement affligé et vous pouvez être bien i< sûr que je ne vous demanderai pas de prolonger (c votre absence plus qu'il ne sera nécessaire pour ce votre bien et pour mon service. Cependant j'ai i< cru devoir vous dire , par une lettre de ma u main y que j'attends de vous cette soumission y u et désire que ce soit aussi promptement qu'il i< vous sera possible. Vous pouvez aisément juger u avec quelle douleur je vous écris ceci ^ car il u n'y a rien que je ressente aussi vivement que « votre constante affection pour moî^ et j'espère « que vous me rendez assez de justice pour penii ser que ni l'absence ni rien au monde ne pourra c( changer mes senti mens et que je ne cesserai «jamais d'être sincèrement et aficctueusement , « votre C. R. »

Cette résolution ane fois prise, il ne restait plus au duc autre chose à faire que d'obéir promp-

25a MÉMOIRES

temént et sans réplique : seulement « un ou denx jours après il redit au Roi les objections que plusieurs personnes sages et prudentes avaient trouve à faire contre ce départ; mais voyant l'opinion du roi arrêtée ainsi que sa résolution ^ il ne lui en parla plus. Il fit donc, plus prompt tement qu'on ne saurait l'imaginer, tous les préparatifs nécessaires pour un tel voyage ; i> et le 4 mars > le duc et la duchesse , ,qui devait avoir sa part de toutes les traverses et les infortunes de son mari 9 quittèrent l'Angleterre et partirent pour La Haye , d'où ils se rendirent à Bruxelles poury attendre les décrets de la Providence qu'ils recevaient toujours avec une entière soumission. Il est plus que probable que les ennemis du duc ayant une fois emporté ce point , s'imaginèrent qu'ils pourraient toute sa vie le retenir dans son bannissement; car bien qu'au moment oiison départ fut décidé > a le Roi lui eût sur*le-cbamp accordé, sur sa demande, la permission d'emmener avec lui lady Anne , le dimanche suivant, il lui dit que beaucoup de gens trouvaient étrange qu'il l'emmcnàt, et l'obligea de la laisser : sans doute s'ils eussent pensé que son retour dût être aussi prompt qu'il le fut , ils ne lui auraient pas refusé, dans la crainte d'exposer la religion de lady Anne , la satisfaction de l'emmener avec lui > d'autant plus que sa soeur était mariée» et arri- "^ait au trône avant elle.

DE JACQUES IL !l55

Deux jours après le départ du duc ^ le parle-* meut s'arssembla (i) et le Roi riustruisit de ce qu'il avait fait pour calmer les craintes du peuple, dit qu'il avait exclu les lords papiistes du parlement , parla de diverses, exécutions faites à Foccasion soit du complot ,. soit de la mort de sir Edfuondburyb Godfrey ; du licenciement de Tarmee dont il avait congédié autant de troupes qu'il en pouvait payer; et termina en disant que pour oter tout prétexte de dire qu'il. fàt sous l'influence des papistes , il avait ordonné à son frère dé s'abseuter, et reconimandé qu'on mît à exécution les lois pénales contrôles papistes; il ajouta qu'il serait aisé de voir maintenant, si on avait à coeur aussisincèrement que lui la religion protestante et le repos de la nation. Le reste de son discours eut rapport au commerce, à la marine i aux subsides; Le chancelier reprit sur tous ces points le discours du Roi et dit qu'il espérait qu'on ne pousserait pas trop loin l'affaire du complot et qu'on né s'exposerait pas , au lieu de se mettre en sûreté contre les papistes^ à précipiter le royaume dans ' de nouveaux désordres ; «car, dît-il ^ les papistes n'ont d'autre espérance que de voir notre zèle s'emporter hors des bornes de la prudence , et notre j^ropre conduite devenirun funeste obstacle à la réussite des mesures que nous adopterons. »

■k^iAMB

(t) Le 6 mars.

Le Roi voyant qu'on avait nommé au pafte-

ment tant de grands propriétaires , se flatta qu'ils seraient plus modères.^ et qu'avec de ai gros enjeux ils ne se hasarderaient pas à jouer à croix ou pile tout ce qu'ils possédaient au monde ; mais conti*eson attente^ ce parlement fut aussi éloigné que l'autre de* toute mesure réparatrice. Il entra aussi violemment dans l'affaire des complots que s'il n^y avait eu rien de fait ; et si sa haine contre lord Danby ne 1 ui eût accordé^ dans la pers^ution, l'honneur du premier rang , les cinq lords catholiques^ alors à la tour^ eussent été jugés surle-champ et probablement condamnés ; mais les difficultés et les délais qu'entraîna le procès de lord Danby donnèrent aux lords catholiques plus de temps pour se préparer et pour mettre en lumière leur innocence. Lord Stafford^ auquel ils n'accordèrent pas de répit y porta donc seul le poids de la haine de cette implacable et sanguinaire faction. Le comte de Danby, alors trésorier^ voyant le mécontentement des communes contre lui, après avoir essayé de se justifier, se remit le i5 avril entre les mains de l'huissier à verge noire , et fi^t ^ aussitôt après, envoyé à la Tour et mis en accusation. Le Roi lui accorda son pardon ; mais les communes attaquèrent la validité de cet acte eu cas d'accusation. Ce fut l'occasion de beaucoup de débats; et le lord Danby fut pressé de déclarer s'il voulait s'en tenir à son pardon ou plaider sur

D^JACQUESII. ^55

les articles. Il in&îsia sur le premier point ^ mais de manière à conserver les moyens de se justifier. CeU dëptut tellement aux communes qu'on crut qu'elles procéderaient contre lui par biil à'atiamder^ mais n'ayant pas de quoi le motiver suffisamment^ elles ne purent suivre cette marche. Elles se résolurent cependant à lui faire sentir les premiers coups de leur mécontentement^ ce qai SQ&pendit pour un temps les autres poursuites.

Si le duc eût été capable de goûter le plfiisir de la vengeance, il en avait alors une belle occasion. Il était persuadé qu'il devait son exil aux conseils du trésorier ; et la première chose qu'il apprit a son arrivée à Bruxelles ce fut la chute de ce grand personnage. « On lui dit en même, temps que personne ne le plaignait. Le duc s'eu étonna : il s'était servi assez librement de l'argent de Sa Majesté pour avoir pu s'en faire des amis. Le duc avait eu long-temps bonne opinion de lui comme d'un homme capable et de résolution; mais sa conduite récente et sa manière de finasser 9 lui avaient donné des doutes à la fois. sur sa loyauté et sur son jugement. La première chose qui lui avait tourné la tète et avait changé ses sentimenSy c'avait été de voir le duc de Bucktngham admis de nouveau à la cour après son emprisonnement. IjC trésorier avait été averti d'avance de ce qu'on projetait , et croyait en

aS6 MÉMOIRES

avoir détourne Sa Majesté; mais bientdt après , au moment oii il s'y attendait le moins , le dac lui apprit qu'il savait qu'à un souper chez M. Chiffinch^ le duc de Buckingham avait baisé la main de Sa Majesté. Le trésorier fut grandement surpris et troublé de ce qu^il apprenait; il éclata en plaintes^ disant qu'il lui devenait impossible de servir le Roi ^ lorsqu'il publiait si hautement le peu de crédit qu'il avait près de lui ; qu'il n'y avait rien de plus propre à décou* rager de l'obéissance et de la loyauté^ que de voir le Roi montrer une égale bienveillance à ceux qui en avaient et à ceux qui en manquaient; qne^ quant à lui , il avait hasardé sa fortune et sa vie au service de Sa Majesté; mais que^ puisque ses peines étaient si mal récompensées , il était résolu de rendre sa baguette et de se retirer plutôt que de risquer de se perdre sans utilité pour Sa Majesté. Le duc fit ce qu'il put pour l'apaiser et lui dit qu'il y avait bien loin du pardon à la confiance ; qu'il n'avait pas lieu de craindre que le duc de Buckingham^ perdu comme il l'était dans l'opinion du monde ainsi que dans celle du Roi y retrouvât jamais aucun crédit auprès de Sa Majesté; qu'il était fâché que le Roi eût fait une' chose capable effectivement de dégoûter ses véritables amis; mais qu'il lui convenait moins qu'à tout autre, à lui, lord Danby, que le Roi' avait tant élevé et favorisé , de jeter son jeu pour

DE JACQUES IL aS.j

une mauvaise carte et de rompre en visière à Sa Majesté sur une bagatelle.

H Ces discours détournèrent le trésorier deâ démarches précipitées qu*il se proposait. Il pro^ mit au duc de continuer à servir le Roi avec la même hardiesse et la même fidélité; mais^ en toute chose, il eut soin d'avoir l'œil à ses intérêts plutôt qu'à ceux de Sa Majesté. Le duc s'en étant bientôt aperçu , crut qu'il était de son devoir d'avertir le Roi de ne se pas fier à lui aussi entiè-^ rement qu'il l'avait fait jusqu'alors; mais cet avis ne parut rien changer à l'opinion du Roi à son égard , ou du moins à la confiance qu'il lui témoignait. Cependant le duc ne douta point que le trésorier ne continuât d'avoir sur le cœur l'affaire du duc Buckinghàm, et que ce ne fût cela qui f lors de la dénonciation du prétendu complot catholique, l'engagea à préférer le parti qu'ilcrut le plus sûr pour lui , aux intérêts évidens de Sa Majesté 9 et à faire traîner la chose jusqu'à l'ouverture du parlement au lieu de la terminer auparavant^ ce qui aurait pu se faire sans peine et aurait évité tout le désordre et l'effusion de sang, et les dangers qui devinrent la suite de cette affaire.

« Quelques-uns en voulurent liu trésorier, au

point de penser que c'était lui qui avait dressé

cette diabolique machine. Le dnc ne l'a janaais

cru ; mais il est certain qu'il aurait pu apaiser

beaucoup plus tôt la chose s'il Teùt voulu; au contraire, il s'opposa à l'opinion du duc, de lord Lauderdale et de tous les honnêtes gens qui conseillaient au Roi de retarder son voyage à Newinarket, afin de pouvoir examiner à fond toutes ces dénonciations avant l'arrivée du parlement. De cette manière , on aurait mis à découvert l'infamie des premiers dénonciateurs et empêché qu'il n'en arrivât ensuite tant d'autres, attirés comme ils le furent par des promesses de récompense. Le lord tré3orier refusa de se joindre à ceux qui soutenaient cet avis, imaginant qu'à l'aide de cette prétendue conspiration et. en criant bien fort contre le papisme, il se ferait passer pour une des colonnes de l'Eglise et éviterait le coup qu'il voyait prêt à tomber sur lui. Lord Shaftesbury, qui démêla bientôt son projet, disait : «Le lord trésorier peut bien crier tant qu'il (( voudra contre le papisme et penser qu'il se « mettra par là à la tête de ceux qui poursuite vent la conspiration , je trouverai toujours t< moyen de crier d'un ton plus haut que lui et H de prendre bientôt sa place. » Il n'y manqua pas , et ce fut ainsi que tourna, contre le trésorier, le secret empoisonné dont il se croyait seul possesseur ! tant sont faibles et vains les desseins des hommes les plus sages , auprès de ceux de la Providence qui ne manque jamais son but ^ quoi qu'il puisse arriver du leur.

DE JACQUES IL aSg

On aurait cru que les gens qui s'étaient chargés d^exploiter le complot n'avaient pas besoin qu^on les aiguillonnât à presser l'affaire^ et qu'on ne pouvait accuser les ennemis du duc de le poursuivre trop mollement; mais les hommes qui désiraient qu'on précipitât les choses avec plus de violence^ trouvèrent moyen , à ce qu'il paraît^ de faire arriver au comité secret, par lady Shaftesbtiry , l'avis que le roi de France devait être vers le milieu de juin sur les côtes, à la tête d'une armée de soixante mille hommes qu'on devait transporter en Angleterre pour soutenir les catholiques, et que le duc qui s'était enfui, disait-on> pour sauver sa tête, devait revenir à la tête de cette armée. La chambre prit feu sur-le-champ à cette nouvelle découverte, et, sans un seul instant de doute et d'examen, proposa, avec les apparences de la' plus grande frayeur^ détenir séance le lendemain^ quoique ce fût un dimanche, afin d^aviser aux moyens de pourvoir à la sûreté publique.

On prononça h cette occasion plusieurs discours préparés ; on fît plusieurs propositions et on finit par voter (i) que c'étaient les opinions papistes du duc qui avaient le plus contribué à encourager les desseins des papistes contre le Roi. Cette opinion fut vivement soutenue par plusieurs du parti , sans qu'aucun des amis du duc s'élevât

' (i) Le 27 avril.

a6o MÉMOIRES

contre , si ce n'est M. le secrétaire Giventry. Ils donnèrent pour raison de leur silence qu'on de-* yait beaucoup plutôt espérer devoir ces gens si violens revenir d'eux-mêmes à des idées plus . sages 9 qu'on n'avait lieu de se flatter de les ra-^ mener au moyen des argumens que pourraient leur présenter des hommes^ exposés par leur situation ^ au soupçon d'avoir en ceci consulté leur intérêt particulier plus que le bien public. Cela parut une pauvre raison pour avoir abandonné la cause du duc dans une occasion si pressante; mais c'en était assez pour montrer quelle était la violence de ce torrent à laquelle n^osaient s'op-* poser les plus chaudis partisans du duc.

Tandis cependant que tout le monde tremblait^ il restait à Son Altesse un puissant appui qui^ sur ce point du moins , demeura inébranlable^ Le Roi avait souvent assuré le duc que rien ne pourrait altérer l'affection qu'il conservait toujours pQur lui 5 qu'il aurait soin de le défendre en toute occasion, lui et ses intérêts , et que bien qu'il consentit à faire tout ce qui se pouvait raisonnablement pour satisfaire le peuple , il était résolu de maintenir invariablement les droits de la couronne. Il voyait bien oii tendait ce vote et qu'on en voulait à la succession du duc ; il con-* voqua donc un conseil où il s'expliqua avec tant de véhémence et d'énergie contre toute tentative de ce genre , que le duc , eût-il été présent, n'eût

DE JACQUE&Jl. 361

pu lui inspirer, une plus grande indignation que celle qu'il témoigna. Il réprimanda vivement le àw de Monmduth pour la p^rt qu'on savait bien qu'il prenait à ces intrigues^ et Sa Majesté lui dit que Tespérance qu'elle avait de le voir revenir à une meilleure conduite était la seule chose qui rempêchât de rompre avec lui pour tout de. bon et pour tout-à-fait.

LeAoi voyait clairement qu'on voulait non-seulement changer l'ordre de succession^ mais tâcher de faire voter que tout papiste serait exclus du trône 9 ce qu'il regardait comme une rébellion si manifeste, qu'il ne croyait pas que la chambre pût jamais y consentir; mais les factieux étaient ca« pa))les d'aller beaucoup plus loin qu'il ne croyait^ et s'il n'a pas vécu assez loug-temps pour voir le parlement passer un pareil acte, leduc enfin n'y a pas échappé. Le Roi donc jugea qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour mettre un terme à toutes ces entreprises, que d'offrir aux deux chambres (i) d'accepter toutes les lois qu'elles pourraient lui proppset* pour la sûreté de la religion , pourvu qu'on ne touchât point à la succession en ligne directe. Il consentait, dans le cas où il aurait un successeur papiste, à ce que tous les emplois spirituels et temporels fussent donnés à des protestais, et qu'on n'en pût ôter aucun de cette

(i) Le 3o avril.

dernière espèce sans le consentement du parlement ^ et si l'on demandait encore quelque chose de plus pour la sûreté de la religion , il était prêt à tout^ pourvu que l'ordre de la succession ne fût point interrompu.

On aurait dû penser que de telles offres étaient de nature à satisfaire des hommes raisonnables , mais ceux-ci ne pouvaient être contens qu'ils n'eussent mis le duc sous leurs pieds, et M. Sacheverell dit même qu'ils ne pourraient avoir contre lui de garanties suffisantes à moins que le Roi ne consentît à ce que les choses qu'il avait proposées fussent réglées de son vivant. Cela fit naître dans la chambre différentes motions^ et ce qui prouva à quel point les ennemis du duc étaient unis dans leur haine , bien qu'ils ne le fussent pas sur les moyens de la satisfaire, c'est qu'à toutes les propositions des anciens meneurs les nouveaux membres de la faction se mettaient à crier et à applaudir comme autant de jeunes chiens toujours prêts à courir et à aboyer sur chaque hirondelle qui se lève. Quelques uns voulaient détruire la monarchie en élevant dans la famille royale des titres opposés et y faire naître ainsi des, discordes qui auraient obligé à s'en débarrasser ; d'autres voulaient seulement qu'on passât un bill pour exclure le duc, que dans la crainte d'élever une guerre on assurât la couronne au plus proche héritier après lui.

et que st la duchesse avait un fils on Téievât dans la religion protestante; d'autres voulaient qu'on exclut le duc comme mineur ou comme fou y ce qui , disaient-ils^ ne portait point atteinte au principe. Enfin il fut généralement convenu que si Ton ne trouvait pas moyen pendant la vie du Roi d'empêcher que la couronne ne passât au due , après sa mort il serait ensuite trop tard. • Cela allait tout droit à s'attaquer à sa vie^ et il n'est pas douteux que leur intention ne fût de passer à une accusation contre lui , peut-être même à un bill à^attainder. C'est pourquoi on nomma un comité pour examiner les lettres de Coleman et toutes les autres dépositions d'où l'on pourrait tirer les moyens d'accuser Son Altesse royale des plus grands crimes.

Le dimanche suivant on reprit le débat ^ et, bien qu'on avouât que les propositions du Roi étaient plausibles, elles étaient loin, disaitr-on, de donner à l'Angleterre les garanties dont elle avait besoin , dans le cas où la couronne arriverait à un papiste; car il n'y avait pas de parlement, ni de pouvoir quelconque ea état d'agir sans son consentement, qu'on ne pouvait pas espérer quUl donnât contre lui-même. Selon eux, les sermens, ce ciment de l'humaine société, ne pouvaient lier un papiste; un papiste avait pour auxiliaires nécessaires , la tyrannie et le pouvoir arbitraire; et un prince papiste, eût -il pour son peuple

4l64 MÉMOIRES

deê entrailles de miséricorde^ il ne serait pas en soa poiiYoir d'agir autrement que par la direetion des prêtres 9 dans les occasions surtout oii il s'agirait d'étendre l'autorité et la juridiction du Pape. Lorsque les amis du duc virent oii en venaient les choses , ils pensèrent que si on ne met* tait pas un terme à ces malveillantes et &usses insinuations il serait bientôt trop tard pour y remédier^ et crurent pouvoir se hasarder enfin , puisque le Roi leur en avait donné l'exemple^ à ouvrir la bouche en sa faveur. Us répliquèrent donc que tous les attainders, au moyen desquels i dans les temps antérieurs , on avait essayé de fermer l'accès du trône à l'héritier légitime y n'avaient servi , pour la plupart ^ qu'à faire répandre le sang le plus précieux de la nation, et que tôt ou tard la couronne était toujours revenue à son légitime possesseur; qu'on ne pouvait donc considérer comme mesures de précaution , en faveur du peufJe , des actes qui tendraient à plonger le royaume dans des guerres interminables. On rapporta plusieurs exemples de l'inutilité des actes de ce genre. On cita entre autres celui par lequel Henri VIII avait déclaré qu'après ses propres enfans, il donnait à la branche de Sufibik la préférence sur celle d'Ecosse, et auquel on n'avait îaïX. aucune attention ; mais on appuya surtout beaucoup sur le peu de probabilité qu'il y avait à ce que l'Ecosse , une des plus anciennes monar-

chiies du monde ^ voulût jamais consentir àckanger i'ordt^ de succession, perpétué dans un si ^rand nombre de générations , et l'on fît sentir qu'elle pourrait bien, au contraire, prendre cette occasion pour se séparer de nouveau de l'Angleterre, afin de vivre sous les lois non -seulement dé son roi légitime , mais d'un roi qui résiderait dans le pays; Il ne fallait pas beaucoup d'éloquence pour faire comprendre à quel point un tel événement serait funeste à l'Angleterre ; mais,' eo dépit de tous les argumens qu'on put exposer avec autant d'esprit que de raison , l'esprit de faction *et le nombre prévalurent, et l'on vota (i) qu'un bill serait proposé pour exclure le duc d'York de la succession à la couronne d'Angleterre, en déclarant en outre que si une mort .prématurée venait mettre fin à la vie de Sa Majesté, oô en prendrait vengeance sur tous les papistes.

Il fut bien beureux pour le duc, dans cette dangereuse conjoncture, que 'le Roi demeurât si fermement attaché à sa cause ; et sur ce point, au fait, leurs intérêts étaient d'accord, aussi bien ^ue leur situation. Ce fut ce qui engagea le Roi à déclarer à mainte et mainte reprise que ses amis devaient être ceux de son frère, et c'est pourquoi le duc en trouva un si grand nombre, d'autajsit plus encouragés à le soutenir que le Roi

' '(i) Lé r5 mai.

n'avait jamais paru^ en aucune autre occasion ^ aussi passionnément attache aux intérêts de Son Altesse royale. Il sentait bien que sa propre sûreté en dépendait, et que rien ne le défendait mieux que la perspective d'un successeur qu'on aimait encore moins que lui ; autrement on ne peut savoir, en ces temps désordonnés, à quelles entreprises on ne se serait pas porté contre la vie de Sa Majesté , surtout si l'on considère de quelle manière la chambre des communes avait déclaré vouloir venger sa mort. Il parut clair que si le duc était la première branche de la & mille royale qu'on avait l'intention d'élaguer, la cognée était déjà attachée à la racine même, et qu'on voulait, ou que la monarchie tombât^ ou qu'elle fût du moins excessivement abaissée devant le tout-puissant pouvoir du parlement. Le Roi résolut donc de tenir ferme sur le point important, et de ne point souffrir, durant son règne,- aucune atteinte à la prérogative, et par conséquent de ne jamais consentir à aucun acte du genre de celui qu'on lui proposait; cependant il jugea nécessaire de céder aulant.qu'il le pourrait, pour convaincre le monde de sa sincérité ^ et parvenir, sans plier sur rien d'essentiel, à mettre ses ennemis tellement dans leur tort, que s'ils le forçaient de rompre avec eux , il pût trouver assez d'amis pour le défendre.

Lorsque le duc apprit le vote et la conduite du

DE JACQUES II. 26'j

Roi dans cette occasion , cette preuve de la tendresse que lui portait son frère lui donna une si vive satisfaction qu'elle lui ôta le sentiment de ses propres infortunes. « Jenepourraijatnais, écritf vît-il au Roi , exprimer assez à Votre Majesté <c la reconnaissance que j'éprouve^ de sa bonté « pour moi 9 et je vous assure qu'aussi long-temps w que vous me montrerez une semblable affec- « tien ^ je supporterai tous mes malheurs avec w patience. Je n'ai qu'une vie à perdre, et je se- « rai toujours prêt à l'exposer pour votre ser- « vice; au point où en sont les choses, il est a malheureusement trop probable que l'occasion « ne tardera pas à s'en présenter. Ils ne seront « pas contens que Votre Majesté ne se détrône « elle-même, et si vous leur refusez rien de ce « qu'ils vous demanderont, je ne doute pas qu'ils « n'en viennent aux extrémités, surtout si vous « permettez à la milice de Londres et lieux ad- « jacens de se réunir. Je sais que les mesures « nécessaires pour conserver votre couronne of- (c frent du danger, et plus qu'elles n'en auraient « offert il y a quelques mois; mais vous êtes « perdu sans ressource si vous tardez plus longce temps à les prendre; ne souffrez donc pas que « des traîtres et des lâches vous endorment dans « cette opinion, que vous pourrez vous sauver « en cédant et en temporisant; car rien ne peut (< satisfaire vos ennemis que la destruction de

ce votre famille, et de la monarchie elle-même. « C'est maintenant qu'il faut éclater contre eux , « avant qu'ils aient formé leur parti , ou qu'ils (( aient trouvé un homme pour le mettre à leur » tête. Le seul, je crois, qui soit capable de « s'y mettre , c'est , pardonnez-moi de le nomce mer, le duc de Monmouth; je suis convaincu « que les mêmes motifs et les mêmes séductions u qui l'ont engagé à se conduire comme il l'a fait jt< envers vous et envers moi , le rendront iuca- « pable de se refuser à rien de ce qui pourra fa- « vori^er son ambition. Je conjure donc Votre « Majesté, pour sa propre sûreté, d'avoir l'œil « à sa conduite et à ses actions , et de vouloir bien « donher quelque témoignage signalé de son mé- « contentement à sir Thomas Armstrong et au « jeune Gerrard qui soulèvent tellement contre « moi dans la chambre , que sans cela on ne « pourra croire que vous agissie^t sincèrement. Ne « souffrez pas que l'Irlande et l'Ecosse soient re- « mises en d'autres mains que celles oii elles « sont maintenant; vous pouvez' compter sur leur « assistance, et le prince d'Orange m'a fait aussi a toutes les promesses imaginables de tenir et de « tomber avec vous. Je conjure donc Votre Ma- (( jesté d'employer le talent et le courage que (c Dieu lui a donnés, sans se fier sur les conces- « sions qu'elle a déjà faites, et sans songer à en « faire de, nouvelles. Veuillez mettre toute la di-

DE JACQUES IL 26g

a ligeDce possible à pourvoir vos forts et garni- « sons. Le meilleur moyen de rompre leurs me- H $ures est certainement de dissoudre le parle- « ment^ et de proportionner vos dépenses à vos « revenus, au lieu de demeurer à la merci de « ces hommes^ qui, par le vote perfide qu'ils « ont passé de venger votre mort sur tous les pacc pistes^ ne peuvent aVoir eu d'autre intention « que d'exposer vos jours au bras sanguinaire du (f premier fanatique désespéré qui voudra ten- « ter cette action barbare. »

En donnant cette lettre au Roi , on lui représenta encore l'ambition du duc de Monmouth comme l'âme de tous ces mouvemens. On lui fit voir qu'il était le seul homme dont le parti put s'emparer , parce qu'en raison de la conduite qu'il avait tenue depuis peu si ouvertement, il s'imaginait ne pouvoir plus attendre de pardon. Il avait en conséquence déclaré, par l'organe de ses créatures, qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour s'opposer au retour du duc.

Le Roi lut cette lettre avec-grande attention et réfléchit aussi à ce qu'on lui avait dit en la lui remettant. Il était aisé de voir le combat qui se passait en lui, entre ce que lui dictait sa sincère aflTection pour son frère d'accord avec les soins de sa sûreté personnelle , et la tendresse naturelle dont il ne pouvait se dépouiller pour le duc de Monmouth. Il dit qu^il sentait que le duc s'était

!270 MEMOIBES

mal conduit , mais qu'il n'était pas sans espé* rance qu'on put le ramener^ et se montra disposé à blâmer son frère pour s'y être pris trop rudement avec lui; mais on fît voir au contraire à Sa Majesté avec quelle tendresse Son Altesse royale l'avait toujours traité , et combien de fautes elle lui avait pardonnées et tout ce qu'elle avait oublié. Le Roi , qui était bien déterminé à ne jamais abandonner le duc, déclara qu'il chasserait Armstrong de tout emploi et procéderait avec la même sévérité à l'égard de tous ceux qui se prononceraient contre son frère dans la discussion actuelle, et que si le duc de Monmouth persévérait dans sa conduite , il ferait de lui le dernier homme de son royaume. Le Roi porta la sollicitude à ce point que lorsque le bill fut prêt à sortir de la chambre des communes pour passeï: dans celle des lords, il prit la peine de parler lui-même à presque tous les lords pour les dissuader d'y consentir , leur disant en même temps que, quoi qu'il pût arriver, jamais il ne consentirait à un aussi infâme bill. Il remercia le duc de ses avis et lui promit de ne se séparer jamais de ses intérêts qui étaient aussi les siens propreis, ajoutant qu'il ne doutait pas^ si ce détestable bill sortait de la chambre des communes, qu'il ne fût rejeté par celle des lords avec toute l'indignation qu'il méritait.

Mais il n'alla pas si loin au moins pour cette

DE JACQUES IL âyi

Fois; car le 27 de mai , jour fixe pour le procès des lords catholiques , lorsqu'ils eurent ëtë conduits à Westminster-Hall où tout était prêt , si ce n'est que les deux chambres ne s'entendaient points les communes ne voulurent pas permettre que les évêques fussent presens au procès ; les lords s'opposèrent à cette prétention des communes comme contraire à l'usage ; ils voulaient qu'ils De se retirassent qu'au moment où on prononcerait le jugement. Les évéques , croyant* tout arranger 9 demandèrent qu'on leur permît de se retirer de leur propre mouvement pendant les débats^ en conservant la liberté de protester. Les communes ne se contentèrent pas de ce moyen terme 9 elles voulurent qu'on prononçât sur le droit des évéques^ et insistèrent en même temps pour qu'avant d'aller plus loin , on jugeât de la validité du pardon accordé au comte de Danby. Le Roi f pour mettre fin à la dispute et se rappelant aussi les conseils du duc^ manda les communes (1)9 et au lieu de procéder au jugement des lords y prorogea le parlement au 14 d'août. Jamais il ne parla mieux ni avec plus d'énergie que dans cette occasion où cependant son discours avait été improvisé aussi bien que sa résolution. On s'y attendait si peu^ que la faction fut frappée comme d'un coup de tonnerre et demeura dans

(1) Le 27 mai.

Zk^H MÉMOIRES

l'ëtour,dissement^ ne sachant quelle mesure prendre ni de quel côté se tourner. • ^

(f Quand le duc l'apprit ^ il écrivit au Rai pour l'engager à poursuivre , lui représentant que les factieux étaient abattus et découragés , q«e leurs mesures étaient rompues pour le moment^ et que s'il leur donnait le temps de se remettre et de reprendre leurs esprits ^ ils tomberaient sur lui avec plus de fureur que jamais. Il demandait donc au Roi, s'il était possible, d'arrêter le licenciement et de le rappeler en Angleterre, afin de le mettre à portée , après tant de preuves de Tafiection de Sa Majesté , d'exposer de nouveau sa tie . pour son service , seule marque de reconnaissance qui pût être digne des faveurs qu'il en avait reçues , et dont , à considérer la situation des affaires , on devait craindre que la nécessité ne se présentât bientôt. » '

Il savait bien que dahs l'intervalle des parkmens , les factieux n'auraient d'autre moyen de venir à leur but que la force ouverte. « En considérant les périls où ils s'étaient jetés, il n'était nullement improbable qu'ils en vinssent là. Le duc ne cessa donc de conjurer le Roi de* poursuivre la route dans laquelle il était entré, et de ne point imaginer que ces gens-là fussent de nature à se laisser toucher par la condescen-^ dance; que c'était là le fatal écueil sur lequel avait misérablement péri son père : écueil de-

Tenu tellemeiit visilile^ que s^il ne l'évitait pas^ personne ne plaindrait s^ perte. » Quoique ces représentations n'eussent pas l'efFet de pousser Sa Majesté aux mesures vigoureuses que le duc avait €n Tue^ elles lui inspirèrent cependant des résolutions plus hardies que n'eût probablement osé les lui indiquer alors aucun de ses conseillers ou de ses favoris.

Mais tandis que le duc prêchait le courage au Roi 9 ses^ amis lui prêchaient à lui-même une doctrine toute contraire ; et si son courage eût été capable de succomber sous le poids des contrariétés , rien ne lui manquait de ce qui pou-

I vait les aggraver : car , outre la méchanceté de ses ennemis 3 il avait k combattre les (iraintes et les reproches de ses . amts qui l'exhortaient sans cesse à être circonspect dans ses paroles et à déclarer en toute occasion que^ si jamais il se

. trouvait en mesure , il conserverait les libertés de l'Angleterre et la religion telles qu'elles étaient établies par les lois : ce que , disaient-ils, il pouvait faire tout aussi bien que plusieurs autres princes qui se trouvaient d'une religion différente dé celle de leurs sujets. Ils lui disaient qu'on se plaignait dans le public de son goût pour l'arbitraire et pour les formes de gouvernement suivies en France; on lui conseillait de se retirer à Bred,a pour éviter la société des papistes , et de n'en souffrir autour de lui aucun autre que ceux" 2. 18

2j4 MÉMOIRES

que la loî d'Angleterre lui permettait de conserver auprès de sa personne. L'avis était bon sans doute, et le duc le comprenait très-bien. Il n'y avait pas d'ailleurs un prince dans le monde moins disposé que lui à contraindre les autres en matière de religion ou à entreprendre sur leurs libertés ; mais quand «es amis > prêts à se laisser aller si facilement à tous les bruits faux et malveillans qu'on pouvait répandre sur son cofnpte, voulaient lé chasser ainsi de lieu en lieu et ajouter à son exil une séparation absolue de tons ses partisans et de ses compagnons d'infortune , c'était vouloir le priver de la consolation qui n'est point refusée aux plus misérables esclaves , libres •du moins dans leur chaîne de se raconter mutuellement leurs misères<Mais le zèle de ceux qui s'employaient ainsi à son service était fort mêlé de vues personnelles et d'application à leurs propres intéiéts ; et quelques uns firent bien voir ensuite que, • «'ils avaient travaillé à le sauver, c'était surtout pour eux-mêmes qu'ils avaient pris ce soin.

H Le duc néanmoins persista dans l'opinion où il était que, si Sa Majesté voulait le rappeler en Angleterre, cela abattrait complètement leurs ennemis , et leur ôterait peut-être le courage de rien tenter; mais quoiqu'il le demandât avec instance , c'était toujours avec une résignation absolue à ce que Sa Majesté jugerait ttoeîUeur pour son service. Plusieurs des amis du duc pressèrent

également le Roi de le faire revenir; mais le Roi demeurait irrésolu. « Il dit au duc qu'il pouvait bien croire que sa première pensée, après la prorogation du parlement, qu'il' avouait n'avoir pas dû laisser réuni plus long-temps, avait été relative à lui et à ce qu'il pouvait lui conseiller de faire, mais qu'il n'était pas encore en état de former un jugement sur l'effet que produirait son retour; qu'il fallait donc qu'il y réfléchît et consultât ses amis, qui étaient également ceux du duc, il l'en pouvait bien assurer, et qu'alors il lui ferait part de son opinion sur ce q Jil y avait de mieux à faire. •

Mais ses amis étaient les gens que le duc appréhendait le plus : c'était lord Essex, lord Hallîfax , lord Sunderland et la duchesse de Portsmouth, qui s'étaient mis en crédit auprès du Roi en se prononçant contre l'exclusion , bien qu'au fond ils désirassent d'arriver au même but, mais par une autre voie, et fussent certainement disposés à conseiller au Roi de ne pas le laisser revenir, prévoyant qu'il s'opposerait toujours à leurs timides mesures, et les éclipserait dans la faveur du Roi , qu'alors ils possédaient exclusivemeot. Aussi, sous prétexte qu'on craignait une insurrection toujours au moment d'éclater et Soutenant que le retour de Son Altesse augm'en-^ terait Je mécontentement et pousserait ceux qui s'étaient déclarés contre lui à quelque entreprise

2'j6 MÉMOIRES

désespérée contre le gouvernement ^ ils conseil* lèrent non-senlement au Roi de ne pas rappeler le duc^ maïs le pressèrent de promettre qu'il ne' le rappellerait jamais sans l'approbation du con*seil. Le Roi céda à la première partie de leur avis , mais rejeta l'autre avec quelque indignation.

Les raisons qu'on tlonnait contre le retour du' duc ne servaient qu'à lui mieux persuader qu'il était raisonnable de lui permettre de revenir; car personne n'était plus propre h commander les troupes de Sa Majesté que celui que l'intérêt aussi bien que la reconnaissance obligeaient à risquer tout ce qu'il avait de plus cher pour la défense du Roi et du royaume. Le duc repré* sentait, de plus, qu'un pareil danger n'existait que dans l'imagination de quelques personnes, et que le peuple était au contraire plus mécontent de la violence de quelques membres du parlement que de la mesure qu'avait prise le Roi de le proroger; car on voyait bien qr^ toute cette turbulence avait beaucoup plus pour objet de nourrir quelques factions ou de satisfaire quelques ressentimens particuliers que d'assurer la tranquillité et le salut du pays. Cependant les amis du duc se laissaient persuader par les argumens qu'on opposait à son retour, et le priaient de ne pas insister pour le présent ; et le Roi lui-même, après avoir mûrement considéré la chose, partagea leur opinion. Il avouait que la prorogation n'avait eu

dWtre effet que d'attirer le blâme public sur cette conduite extrayagante des communes^ qui Favait obligé à les traiter ainsi. i< Cependant^ écrivait-îl au duc, je suis fâché de vous dire que telle est la disposition du peuple en plusieurs lieux > que tant qu'on n'aura pas fait le procès des lords renfermés à la Tour, ce qui entretient dans tous les esprits des craintes aussi Tives que jamais sur les complots et le papisme, il y aurait , pour TOUS et pour moi , le plus grand danger à ce que tous revinssiez. Il est bien certain que rien ne peut me paraître plus affligeant que d'être privé de TOUS voir, et que je ne saurais vous riep écrire qui fôt plus contraire à mon inclination ; mais ' quand je songe que c'est là notre dernière ressource ^ je ne permets pas à mes sentimens de m'égarer au point de vous donner un conseil aussi contraire à nos communs intérêts, que le serait celui-ci dans la situation actuelle des choses. » Cette réponse si positive obligea le duc à se soumettre , par obéissance plutôt que par conviction, jusqu'au moment oîi ses amis , revenus de ces craintes sans fondement , pensèrent qu'il ne serait pas hors de propos d'en reparler au Roi ; mais ils trouvèrent encore d autres obstacles à vaincre ^ provenant des gens entre les mains desquels le Roi s'était mis lui et les affaires.

Sa Majesté avait cru nécessaire, à ce qu'il paraît , de prendre entre autres «usures celle de

378 MÉMOIDES

nommer un nouveau conseil , et de mettre à la tête lord Shaftesbury en qualité de président. Le Roi s'imaginait y en le prenant à son service, l'empêcher de faire du mal : méthode rarement sujvie de succès. Cependant le Roi, le connaissant pour l'ennemi déclaré du duc, n'avait aucun égard à l'opposition qu'il montrait constamment contre toute proposition en faveur de Son Altesse; mais par le secours d'Hallifax, Sunderland , Essex 9 etc.» ^qu'on supposait être les amis du duc , il parvint à obtenir du Roi plusieurs choses , et particulièluent la continuation de l'exil de Son Altesse* Inutilement faisait-on observer au Roi que des amis qui bannissaient le duc de son pays n^tal n'hésiteraient pas, lorsque les temps seraient venus, à l'exclure aussi du trône; mais, le Roi n'était pas encore disposé à suivre, dans toute leur étendue, les conseils vigoureux que lui donnait le duc. Il espérait, en temporisant un peu, gagner du terrain sur ses ennemis; et enfin les amis du duc ayant renouvelé leurs sollicitations , il répondit à leurs vives instances qu'il ne fallait pas songer à son retour qu'op n'eût fini le procès des lords qui étaient à la Tour; que si le duc était à Londres le peuple n'imaginerait jamais que l'affaire fût conduite de bonne foi ; qu'il était déterminé à se débarrasser d'abord du complot dont le bi:uit comn^ençait à tomber un peu , mais se renouvellerait avec plus de fureur si le duc re-

venait en Angleterre; et qne telle était mêhie la haine du peuple contre le papisme et contre le duc 9 qu'on regardait comitie son principal soutien y qu'il n'oserait pas répondre qu'eïi de pa* i^illes circonstances sa personne î^t. 0n sûreté à Londres.

Il arriva cependant alors un é^nementqui pouvait fournir au Rq! un bon prétexte, pour le^ rappeler y si son conseil n'eût piis é|é si positivement déterminé en s^s eoatraire. Quelques &-> na^iques désespérés avaient, en Ecosse » assassiné de la manière la plus barbare (i) l'arctievêque de Saint-André; après quoi ils s'étaient mis en: état de révolte déclarée : îl fallait absolument envoyer des troupes contre eux , et dans ce cas certainement on ne pouvait $e fier à personne plus qu'au duc. Mais au lieu de cela il eut la miortification de voir cet honneur conféré à son plus grand ennemi^ le duc de MoqmQuth^ dont ce com^mandement servit à augmenter le crédit et la ré-* putation. L'affaire fut bientôt finie et le duc de Monmouth revint en triomphe^ laissant en Ecosse un Bom extrêmement populaire par les actes de clémence obtenus par son moyen* En revenant , il reçut en plusieurs lieux le titre d'Altesse, ce qui ne lui déplut en aupune Êiçon» Le Roi l'accueillit avec beaucoup de tendresse , et Arms-

(i) Le 3 mai 1679.

troDg lui-même n'éprouTa aucun signe deniecon-' tentement y quoique le Roi ne cess&t point de se plaindre de lui. Cela donna aux amis du duc trop déraisons de craindre que les choses ne tournassent pour lui de la façpn la plus fâcheuse. Ils ne Aan* quaient point de lui envoyer la relation de tout ce qui se passait, et à coté du refus positif qu'avait fait le Roi de le rappeler > il i*ecevait des détails continuels sur les progrès que faisait la fii-veur du duc de Monmouth auprès de Sa Majesté, et sur le grand crédit d'Hallifaz , Sunderland et Essiex, qui avaient fait que le parlement donnait au Roi pleine satisfaction en fait d'argent et de tout ce qu'il pouvait demander pourvu que le duc ne revînt pas, et Ton craignait qu'ils n'amenassent les choses à un tel point qu'il ne fût plus au pouvoir du duc de revenir ni même ensuite au Roi de le rappeler. Ces nouvelles , qui se succédaient sans relâche , l'eussent fait tomber dans le découragement si aucune considération temporelle eût été capable de produire cet effet. Ses lettres au Roi, pendant tout ce temps, seront un éternel monument du courage chrétien avec ^lequel il supporta toutes ces traverses. Si nature pâtissait un peu dans ces occasions , c'était plutôt pour le Jloi , pour ses amis et pour son ingrate patrie que pour lui-même. Il était si loin de manquer de la forcii nécessaire pour supporter avec patience les ma 4:^ l^^ns remède^ ou pour tenir tête à ses ^n-

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nemls tant qu'il restait quelque espérance^ que dans les momens les plus fâcheux pour lui c'était lui qui soutenait le courage des autres et leur donnait ces consolations dont il semblait qu'il aurait dû avoir, besoin pour lui-même. Il exei^ tait Sa Majesté à surmonter cette disposition ti^op variable et trop flexible à laquelle le portaient son propre caractère aussi bien que les avis de. sesprincipaux conseillers; mais ce n'était pas là toutes les difficultés qu'avait à combattre Son Al-^ tes&e royale ; ses amis étaient retombés dans leurs terreurs^ ce qui lui était plus pénible que le reste. Us avaient la haiiliesse de le presser pour der-» nière ressource de changer de religion : sans cela'^ disaient-ils^ lui^ le .Roi et la monarchie élaienl infailliblement perdus.

Ces menaces auraient effrayé un prince d'un courage moins véritablement chrétien ; mais aucun motif temporel n'était capable de l'ébran-^ 1er lorsqu'il s'agissait de la justice et de la vérité. Il répondit donc à ses amis avec plus de vivacité qu'à l'ordinaire , qu'il s'étonnait que des personnes dont il était connu pussent le croire capable d'une telle légèreté dans une affaire de si haute importance, et imaginassent qu'il avait changé de religion sans être pleinement convaincu, ou qu'il pût l'abandonner maintenant par des motifs temporels; que ce qu'il avait fait, i^ l'avait fait aprèsy avoir bien pensé, et qu'il, était déterminé >

JÊ

2Sa MÉMOIRES

quelles qu'en pussent être les conséquences , à de«meurer ferme dans la Teritë qu'il avait adoptée. Mais parmi tous ces chagrins^ il n'y en eut guère qui le touchassent plus au fond du cœur que le cruel traitement que subirent ses amis en Angleterre 5 à l'occasion de cette prétendue conspiration. Le^o-juin^ les cinq jésuites ^ MlVf. Whitebread^ Harcourt^ Fenwiçk^ Gavjsn et Tûmes furent exécutés à Tyburn, M. Langhom, avocat du Temple 5 le fut le 14 juillet. Dans les différens comtés de l'Angleterre les catholiques eurent à souffrir une rude persécution* On saisit aux uns le tiers de leurs propriétés , ou bien on les obligea à payer vingt livres par mois; les prêtres sih birent de longues détentions , et on en fit mourir plusieurs 5 M. Poskett et M. Thwingà York^ et M. Plesington à Chester. Tous les jours on faisait de nouvelles découvertes ; on répandait des soupçons sur le duc y et un marchand de Venise assurait que sir Henri Tichburn lui avait dit qu'il allait à Londres par les ordres du duc y pour y travailler à l'accomplissement du dessein contenu* dans les lettres du cardinal de Norfolk. Le Roi lui-même pensa que cette accusation pourrait avoir de fâcheuses suites , ou du moins on s'en servit comme d'un argument de plus contre le retour du duc. On porta les soupçons jusque sur la Reine; un nommé Buss^ cuisinier du duc de Monmouth , vint dénoncer au comité secret qu'é-

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tant à Wiodsof au mois de septembre précédent > il avait entendu un nommé HaDkins.oii ^ qui ayait appartenu à la chapelle de la Reine y prier Antonio, le domestique de confiance de la Reine , d'avoir sojn des quatre Irlandi^is qu'il ^vait amenés 9 et qui y disait-ii y- devaient faire leur afiaire. Le comité avs^it méprise cette dénobeiatian , mais Biiss l'ayant reqouvelée sous serment devant le greffier , Antonio fut interrogé , et quoiqu'il niât qu'on lui eût dit rien de semblable ^ il fut emprisonné po^r haute trahison. Le Roi parut ressentir vivement l'injurieuse calomnie qu'où s^ permettait contre une si vertueuse princesse y mais i^e fît rien pour la repousser : tailt il était effrayé de la fureur avec laquelle le peuple se portait à vouloir e:^clure le duc de la succession au trône, ce qui ne se pouvait faire qu'eu le perdant lui ou la Reine. On aurait donc mieux aimé n'avoir pas de complot que de ne les y pas mettre l'un ou l'autre. ^

C'étaient là de bien tristes nouvelles pour le due qui y voyant que le Roi n'osait disculper hautement la Reine , n'avait guère lieu d'espérer qu'on fit quelque chose pour lui. A la vérité le procès et l'acquittement de sir George Wakeman y son médecin , qui' eut lieu bientôt après (i), la lava du moins indirectement de cette calomnie; mais

(i) Le 18 juin.

â84 MÉMOIRES

cela ne rendit pas la position du duc meilleure : au contraire ^ le parti yoyant ses projets manques de l'autre cdté^ n'en tourna que plus yiolemment sa furie contre lui. Il n'espérait guère que le nouveau parlement fdt plus disposé à le bien traiter , bien que le Roi voul'&t se persuader qu'il le trouverait de meilleure humeur, qu'il avait senti ses fautes , et que y surtout depuis le procès de Wakeman , ses yeux commençaient à s'ouvrir sur ce qui en était réellement du complot. Mais de peur que le duc ne vit en cela un motif de le rappeler, il ne cessait de lui répéter que s'il revenait, cela élèverait de nouveaux troubles et renouvellerait l'agitation sur le complot dont il n'était presque plus question , et qui achèverait de tomber à terre lorsqu'on aurait fait le procès des lords ; et si une fois l'on gagnait cette affaire, disait-il , la force de ce coquin de parti en serait fort diminuée , et cela détruirait une grande partie des ârgumens dont on se servait pour s^opposer au retour du duc> mais qui avaient encore le pouvoir de troubler le jugement de beau-^ coup d'honnêtes gens ; que si , d'un autre côté i les choses empiraient et qu'on pût prévoir une rupture , il y avait à craindre que la présence du duc ne fit naître un plus grand nombre d'ennemis^^ surtout si on n'en avait pas fini du complot, u Car bien que les accusations qu'on peut tirer contre vous des accusations de Coleman soient infiniment

DE JACQUES IL !l85

faibles et frivoles^ cependant, disait-il 9 quand je vois combien à présent, jusqu'à ce que Oates et Bedloe aient été traites comme ils le méritent* il sera aisé de trouver de faux témoins, je ne voudrais pas qu'on élevât , vous présent , la question de savoir si vous devez ou non être mis en prison. »

Telle était l'opinion que le Roi avait du com*plot et des témoins qui en soutenaient la réalité; et cependant tel était le jour sous lequel ce malheureux prince ( car en cette circonstance je peui bien l'appeler ainsi ) considérait l'état de ses affaires^ qu'il pensait ne pouvoir vivre en sÀreté qu'en consentant tous les jours à l'exécution de gens que dans son cœur il croyait parfaitement innocens ; et quant à cette idée de laisser à la loi son cours, ce n'était là qu'un sophisme decasuiste qui avait été déjà bien funeste au Roi son père ^ et qui ne pouvait rassurer assez sa conscience pour le préserver des cuisans remords et du sincère re-* pentir que lui causèrent ces injustices lorsqu'une fois il les vit sous leur véritable jour : ce qu'il plut à Dieu de permettre bientôt ou du moins quelque temps avant sa mort.

Quant au retour du duc , bien que les raisons qu'on lui donnait fussent loin de le convaincre, son respect et son invariable soumission pour le Roi le déterminèrent à obéir et à répéter au Roi i< qu'il aimerait mieux souffrir un éternel

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bannissement que de porter le moindre préjudice aux affaires de Sa Majesté'; mais qu'ayant torujours joui du privilège de lui dire librement sa pensée^ il ne pouvait s'empêcher de la lui exprimer en cette occasion ; les soulèvemens que le Roi craignait^ disait-il^ ne pouvaient venir que de la part du club du ruban vert (signe de ralliement que portaient entre eux les factieux pour se reconnaître), mais on ne pouvait douter qu'ils ne se soulevassent aussitôt que leurs projets seraient veiïms à maturité', que le duc y fût ou non, et que s'il ne devait revenir qu'après le procès des lords , il suffisait que l'intention du Roi fût connue pour que le parti ajournât indéfiniment ce procès afin de le tenir éloigné. Il lui paraissait clair qu'on n'avait machiné la révolte d'Ecosse que pour que le Roi eût plus besoin du parlement et pour- pouvoir le lui livrer pieds et poings liés ; mais le duc supplia le Roi de les faire tomber dans le piège qu'ils lui avaient préparé, et d'employer les troupes qu'il avait et sur la fidélité desquelles il pouvait compter, à se défendre contre ceux qui , par cette insurrection , Pavaient obligé à les faire revenir de Hollande. Leduc savait très-bien d'où venaient les raisopnemens qu'on lui opposait, et ne doutait pas qu'aussi long-temps que petite sincérité (chiffre convenu entre le Roi et son frère pour désigner lord Shaftesbury ) serait à la tête du conseil , le Roi ne continuât de

lui être contraire, yy Mais cet esprit factieux ne put^ à ce qu'il paraît^ contenir plus long-temps ses perfides desseins. Le Roi à <|ui il était depuis long-temps suspect , fut enfin convaincu qu'il nourrissait un serpent dans son sein^ et avoua qu'il commençait à laisser voir ses projets diaboliques^ et qu'il n'y avait plus moyen de le supporter. Cependant il le garda auprès de lui jusqu'au i5 àc^ tobre suivant^ tant il craignait de rompre absolument avec un homme si populaire, car soh caractère le portait toujours à flatter ces sortes de gens plutôt qu'à les braver. En s'apercevant jusqu'à quel point le mal avait gagné son conseil^ le Roi commença à craindre que le parlement n'en fût pas aussi exempt qu'il s'en était flatté d'abord; il pensa donc qu'il était nécessaire, à tout événement , d'avoir une autre corde à son arc et d'essayer s'il pourrait tirer d'une autre source de quoi subvenir à ses pressans besoins d'argent qui étaient le principal moyen du parlement pour avoir prise sur lui. En conséqu^pce il entra en négociation avec l'ambassadeur de France> pi^ormettant de ne s'opposer à aucun des projets dti Roi son maître , pourvu qu'ils ne s'adressassent ni à la Flandre, ni à la Hollande, et à condition d'y trouver son compte, c'est-à-dire de recevoir du roi de France les moyens dé se passer de tout autre secours. La cour de France saisit avidement cette ouverture ; seuleilieht elle désira qu'on pût

avoir le conseotement du duc ^ dont quelques eï-* pressions assez vives contre la France lui ayaieut fait ëprouyer l'année précédente un vif mécon^ tentement. En conséquence lord Sunderland informa le duc fort en détail de ce projet sur lequel il lui demandait le plus profond secret, personne . n'en ayant connaissance que lui et un autre. Le Rof l'assurait en. même temps que c'était par tendresse pour lui qu'il prenait ce parti , qui lui donnerait le moyen de se soustraire à la dépendance du parlement et de tenir avec plus de fermeté à ce qu'on ne portât point atteinte à son droit de succession.

Mais avant que le duc eût pu répondre , il survint un événement qui mit un terme, pour lé présent, non-seulement à ce projet, mais à la grande contestation relative au retour du duc. Le 22 août , le Roi tomba malade à Windsor, et il crut d'abord que ce n'était rien ; mais après avoir pris médecine, et avoir été saigné, voyant qu'il était plus malade, et que la fièvre augmentait, il ordonna à lord Sunderland d'envoyer au duc un exprès, pour l'engager à revenir sur-lechamp, et avec aussi peu de suite quHl lui serait possible, laissant la duchesse à Bruxelles, de manière à pouvoir être prêt à y retourner aussi« tôt qu'on le jugerait nécessaire. On l'engagea aussi à dire, soit à son départ de Bruxelles, soit en arrivant en Angleterre, qu'il venait de sob

propre mouvement ^ tant Sa Majesté craignait de donner. le moindre mécontentement. Elle aimait mieux^ si ce retour du duc déplaisait^ que le tort en tpm}3ât sur lui seul qui était fort accoutumé à porter de pareils fardeaux, et pour qui ce n'aurait pas été une grande addition à celui dont il était déjà chargé*

« Le duc , lorsqu'il reçut cet exprès , avait enfin pris son parti, voyant qu'il ramait inutilement contre le courant, de se soumettre à la Providence, et de ne pas presser davantage le Roi de consentir à son retour. La nouvelle n'en fut pour lui que plus inattendue, mais quelque joie qu'elle lui causât, sous un rapport, il fut sensiblement affligé de la cause; elle doubla , si c'était possible, sa promptitude à se mettre en route; car, outre l'extrême désir qu'il avait de revenir en Angleterre, l'affection sincère et fraternelle qu'il avait toujours eue pour le Roi ne pouvait lui laisser aucun repos, jusqu'à ce qu'il eut vu comment il se trouvait. Il s'inquiéta donc fort peu que le monde blâmât sa désobéissance d'être revenu sans permission; et, pourvu qu'il ne fît ripa contre sa conscience et contre sa lojrauté, il ne se paèttait pas fort en peine de plaire à un public dont il savait très-bien que les préventions contre lui produiraient toujours à son égard des jttgemens aveugles et injustes, sans qu'il fût possible d'espérer de l'en fiaire revenir.

2gO MËIIOIRCS

i< Le 8 septembre il partit de Bruxelles-, sans communiquer son projet à personne qu'à la duchesse. Il ne prit aTec lui que lord Peterborough , M. Churchill etun valet-de-chambre, et laissa à sir Richard Bolatrodlesoin d'informerleducde Villa- Hermosa de la cause de ce départ subit. Il arriva le même soir à Àrmentières, et le lendemain à Calais; mais comme le vent était fort et con-* traire, il ne put s'embarquer que le lo dai» la soirée ; il débarqua le lendemain à Douvres, dans une chaloupe française. Il s'était déguisé de manière à n'être reconnu ni de l'équipage, ni à Douvres , excepté par le maître de poste , qui était un honnête homme , et garda te silence. Il prit la poste, et laissant derrière lui lord Peterborough, qui ne pouvait aller si vite, il arriva le même -soir à Londres; il prit aussitôt une voiture ^ et se rendit d'abord chez M. Frovrd , le maître de poste, pour savoir les nouvelles. Il apprit, à sa grande satisfaction, que le Roi était beaucoup mieux; de là il alla chez sir Allen Âpsley, où il passa la nuit. Il envoya chercher M* Hyde et M. Godolfin. Ils lui dirent que son arrivée était toujours un secret, et que ni le duc de Monmoutb, ni personne de sa coterie, n'ai avait encore le moindre soupçon. Us lui conseillèrent donc de se rendre le plus promptement possible à Windsor, avant que la chose fût sue. Il y arriva en conséquence le lendemain matin à

sept heures , précisément comme Sa Majesté fai«sait sa barbe, et ce fut lui qui le premier lui annonça son arrivée.

« Le Roi, bien qu'il feignît la surprise, le reçut très-bien, et le duc, après les premiers complimèns^ et après avoir dit à Sa Majesté à quel point il était heureux de la trouver si bien rétablie^ continuant de suivre les ordres qu'il avait reçus, dit tout haut qu'il espérait que, vu la circonstance. Sa Majesté lui pardonnerait d'être venu sans permission, mais que puisqu'il avait déjà quitté FAngleterre pour obéir aux ordres de Sa Majesté^ maintenant qu'il avait eu la satisfaction de la voir, il était prêt à se rendre partout 011 elle voudrait lui ordonner. Cette scène finie, toute la cour s'empressa en fouleà le venir complimenter^ ses ennemis aussi bien que ses amis; » car sa présence tenait toujours en respect ceux mêmes qui Faimaient le moins.

Il avait fallu toute la résolution dont le duc était capable pour s'être hasardé à revenir de cette manière, sachant que toutes les classes de la nationétaient prononcées contre lui. «Les ministres qui avaient consenti à sou retour, n'étaient pas au fond de ses amis ; lord Sunderland avait même positivement assuré au duc de Monmouth que , loin de l'approuver, il avait fa/t au contraire tout ce qu'il avait pu pour l'empêcher; car il parait que lorsque le Roi était tombé malade, le

duc de Monmouth se doatant de ce qui allait arriver, avait vivement presse pour qu'on écrivît au duc de ne pas bouger d'où il était. Il fîit donc extrêmement surpris lorsqu'il le vit arriver; cependant il ne put se dispenser de lui rendre ses respects. Il en avait eu l'ordre du Roi. Le duc le reçut avec civilité , mais remarqua , jpendant tout le temps qu'il passa à Windsor, que le duc de Monmouth était agité et troublé. Ni lui, ni sa femme, bien que le duc leur eût rendu deux vi« sites , né songèrent à lui faire la moindre excuse sur ce qui s'était passé , ni à charger personne de les remettre en bonne intelligence avec lui. Quelqu'un qui souhaitait du bien à tous les deux voulut travailler à un racommodenient, et le proposa au principal conseiller du duc de Monmouth; mais celui-ci ne voulut pas y entendre^ ni l'encourager en aucune sorte.

(( Son Altesse royale eut soin de remercier la duchessje de Portsmouth, et tous ceux des ministres qui avaient contribué à ce qu'on le rappelât; et, voyant la vive satisfaction que le Roi avait témoignée de sa présence, il espérait n'être plus obligé de s'en séparer; mais ses espérances furent de courte durée, car le lendemain matin les comtes de Sunderland , d'Essex , le marquis d'Hallifax, M. Hyde et M. Godolphin étant venus le voir, lord Sunderland commença un discours solennel , pour lui apprendre que lorsque Sa Ma-r

jesté était tombée malade^ ne sachant ce qui pouvait 'arriver, ils avaient jugé nécessaire qu'on envoyât chercher Son Altesse royale; qu'ils avaient pris soin de préparer le lord maire et les aldermen , et les hommes les plus considérables de la flotte et de l'armée, qu'ils avaient trouvés très-bien disposés en cas d'événement. Cela était vrai , mais on le devait aux soins et aux efforts de gens beaucoup plus sincèrement zélés pour les intérêts du duc , que ne Tétaient la plupart d'entre eux. Lord Sunderland continua en lui disant que puisque, grâce à Dieu, le Roi était rétabli, leurs craintes et leurs préparatifs n'étaient plus de saison , et qu'en conséquence l'unique soin qui leur restait était de faire tout ce qu'ils pourraient imaginer de mieux pour plaire au parlement, et le mettre de bonne humeur au moment où il s'assemblerait , ce qui était fort prochain; il jugeait donc nécessaire que Son Altesse retournât à Bruxelles; mais, pour lui ôter toute crainte que le duc de Monmouth ne travaillât contre elle en son absence , ils lui dirent qu'ils ne doutaient pas que le Roi ne consentît à l'obliger àe quitter aussi l'Angleterre , et à lui reprendre sa commission ^e capitainegénéral des troupes de Sa Majesté. Ils ajoutèrent que Son Altesse serait rappelée aussitôt après la session du parlement , et lui dirent que s'il approuvait ce projet ils en feraient la proposition

au Roî^ à qui ils ne doutaient pas qu'il ne coni^int très-fort dans tous ses détails.

(( Le duc vit clairement par ce discours que son de'part était décidé. Il jugea donc inutile de disputer et crut qu'il valait mieux faire sa cour an Roi en consentant de bonne grâce. Il les laissa les maîtres de faire ce qu'ils voudraient. En conséquence ils proposèrent le lendemain au Roi ce dont ils étaient convenus et le trouvèrent fort disposé à faire partir le duc de Monmouth; car, outre ses folles idées d'ambition qui déplaisaient beaucoup au Roi , on était instruit de ses conférences secrètes avec lord Shaftesbury , M. Montagne et autres factieux y au grand préjudice des affaires de Sa Majesté. »

Ainsi, le crédit qu'avait donné dans le public, au duc de Monmouth , sa dernière expédition contre les rebelles écossais , ne l'empêcha pas de tomber bientôt après dans la disgrâce de Sa Majesté; car on sut qu'il avait ménagé ces fanatiques comme s'il eût eu plutôt le projet de se mettre à leur tête que de les repousser, et qu'il eût été plus disposé à rechercher leur amitié qu'à punir leur rébellion» Le duc, durant son séjour à Windsor , aurait cru se manquer à lui-même s'il ne se fût appliqué à faire sentir au Roi le danger d'une pareille conduite, non pas, quoi qu'on en ait pu dire méchamment, par mauvaise volonté * contre le duc de Monmouth , mais uniquement

DE JACQUES IL agS

pour sa propre sûreté et celle du Roi ; car aussi long- temps que le duc de Monmouth s'était conduit d'une manière convenable ou seulement supportable 9 il avait reçu de Son Altesse royale toutes les marques imaginables de bienveillance et d'affection; mais lorsqu'il en vint à se porter comme prince de Galles à la tête du parti mécontent ^ il n'y eut plus moyen de garder de mesure avec lui. Le duc savait distinguer la patience d'une soumission servilé ^ et pensa qu'il était juste et louable de sa part de pourvoir à sa propre défense lorsqu'il le pouvait sans nuire aux affaires de Sa Majesté.

« Avant cette conférence avec Son Altesse ^ les hommes dont on a parlé lui avaient envoyé un d'entre eux pour lui proposer ^ sans doute à dessein de l'éprouver 9 de se joindre à eux pour obtenir du Roi de renvoyer le duc de Lauderdale. Le duc répondit que le duc de Lauderdale servait depuis long-temps Sa Majesté avec beaucoup de fidélité^ qu'il était de plus son ami particulier et lui avait donné plusieurs témoignages d'attachement durant son absence; qu'il serait très-décourageant pour les serviteurs de Sa Majesté de voir l'homme qui avait soutenu avec tant de zèle son autorité en être si mal récompensé y qu'il ne pouvait donc en aucune manière consentir à son renvoi. On lui répondit que l'intention était seulement de le mettre doucement de côté

avant l'arrivée du parlement qui était monté contre lui , et qui autrement l'attaquerait certainement d'une rude manière ; que d'après cela on espérait que Son Altesse voudrait bien demeurer passive dans cette affaire. Le duc répondit qu'il ne pouvait le promettre , pensant qu'il était de son devoir de dire à Sa Majesté ce qu'il pensait en pareille occasion. »

Il est assez probable que cette réponse aida fort à la résolution qu'on prit de le faire repartir. Les ministres s'étaient flattés qu'après la faveur qu'ils venaient de lui faire , le duc se croirait obligé d^entrer aveuglément dans toutes leurs mesures; mais ils s'aperçurent que ses adversités ne l'avaient pas abattu au point de l'empêcher d'agir en conséquence des principes par lesquels il avait toujours cru devoir se diriger , et qu'il conservait la même fermeté sur tous les points oîi il croyait qu'étaient intéressés la justice, l'honneur et le bien des affaires du Roi. Ils avaient lieu de craindre que son crédit auprès du Roi ne l'emportât de beaucoup sur le leur, il n'était donc pas étqnnant qu'ils se fussent si promptement décidés à le renvoyer.

w Le Roi avait promis de rappeler le duc quelques jours après la clôture de la session y mais désirait que la chose demeurât secrète ainsi que ce qu'il avait résolu à l'égard du duc de Monmouth^ jusqu'à ce qu'il jugeât à propos de l'en

informer lui-même. Le duc de Moiimouth , quand le Roi lui en parla , fut excessivement surpris. Il tâcha^ par beaucoup de raisonnemens, de faire changer d'avis à Sa Majesté, la pressa plus vivement qu'il ne convenait, et pour montrer son mécontentement dit au Roi que puisque Sa Majesté ne le jugeait plus propre à commander ses troupes en qualité de général , il ne convenait plus qu'il demeurât capitaine de ses gardes , et qu'en conséquence il demandait que sa compagnie fût donnée au duc de Gràfton ; mais après avoir dormi sur la chose il revint le lendemain dire au Roi , d'une manière beaucoup plus soumise p qu'il était prêt à lui obéir, et en conséquence il se rendit le même soir à Londres ; mais au lieu de tenir sa promesse, il vit en secret M. Montague et les autres factieux , leur conta ce qui lui arrivait et leur dit qu'on le renvoyait pour avoir voulu persuader au Roi de se rendre aux désirs de son parlement et à cause de son zèle pour la religion protestante. »

Lorsqu'on fut instruit de la résolution qui avait été prise de renvoyer le duc , plusieurs de ses anciens amis en furent excessivement effrayés^ particulièrement M. le secrétaire Coventry , qui jugea nécessaire de faire des représentations au Roi contre cette mesure; mais n'ayant rien obtenu, il insista au moins sur l'imprudence qu'il y avait à mettre l'héritier de la couronne au pouvoir d'un

âg8 MÉMOIRES

prince étranger , et représenta que si Sa Majesté ne Tonlait pas souffrir qae le duc demeurât ea Angleterre , il était au moins plus prudent de l'en* Yoyer en Ecosse. C'était la première fois qu'oa avait l'idée d'un pareil projet ; il parut si raisonnable que lord Sunderland et le Roi lui-même y entrèrent promptement^ mais seulement ils auraient voulu qu'il allât d'abord à Bruxelles chercher la duchesse ^ et de là se rendit sur-le-champ en Ëcosse«

Le duc , voyant un si grand nombre de ses amis disposés à désirer qu'il ne les quittât point , jugea à propos d'en reparler à ceux qui avaient proposé sou départ; mais il les trouva tous, excepté M. Hyde> tellement décidés^ qu'il se désista bientôt. M. Godolphin dit que si , après avoir consenti à son départ à condition qu'on ôterait au duc de Mohmouth sa commission , il refusait maintenant de partir^ cela aurait l'air d'un artifice employé pour obtenir ce qu'il désirait. Le duc les assura qu'il n'avait pas l'intention d'en reparler à Sa Majesté , mais qu'il s'en tiendrait absolument à ce qu'ils lui diraient^ et accomplirait exactement ce qui avait été décidé. Cependant lord Sunderland et d'autres lui promirenten secret qu'une fois à la cour il y restwait et ne serait pas obligé d'aller en Ecosse* m

Avant que le Roi revint à Londres 9 le parti factieux avait eu vent de ce projet d'envoyer le

dttc en Ecosse y et^ ainsi que l'aTait appris Sa Majesté par un espion qu'elle y entretenait^ il en avait été excessiTement troublé : ce qui disposa le duc à sentir moins d'éloignement pour ceTOjage. Craignant donc qu'une fois à Bruxelles ^ il ne lui vint un contre-ordre pour l'obliger à y rester , il désira du moins faire décider d'avance qu'on le rappellerait de Bruxelles sous prétexte d'aller en Ecosse, et pria le Roi de communiquer le projet aux lords Essex et Halli&x. Us y consentirent , le premier sur-le-champ et l'autre après avoir un peu hésité , en sorte que Sa Majesté le déclara bientôt à la fois aux cinq personnes qu'on avait d'abord consultées séparément , savoir , Essex ^ Haliifax , Sunderland) Hyde et Godolphin ; mais le Roi vou* lut que la chose parût venir du duc qui devait à sou arrivée à Bruxelles écrire au Roi pour lui demander la permission d'aller en Ecosse; il était convenu qu'alors sous prétexte d'aller chercher ses filles^ les princesses Anne et Isabelle, à qui on avait permisdernièrement d'aller faire une visite au duc et à la duchesse , pour voir leur sœur la princesse d'Orange, il se rendrait en Hollande, ou les yachts devaient lui être envoyés^ et on devait tenir dans les Dunes quelques frégates prêtes à le conduire tout droit en Ecosse : mais tout ce soin pour tenir la chose secrète ne paraissait d'aucune utilité , puisque le parti mécontent en était instruit ; cela ne pouvait guère avoir d'autre

3oo MÉMOIRES

but que de faciliter au duc la sortie du territoire espagnol.

Le 25 septembre > le duc prit congé du Roi^ et arriva bientôt en bonne santé à Bruxelles , par la route d'Ostende; et^ comme il avait été convenu^ afin que le gouyernement espagnol ne put être instruit de son projet avant qu'il eût quitté les terres de sa domination , il feignit ^ en quittant Bruxelles, de n'avoir d'autre intention que d'aller voir la princesse d'Orange > et n'avertit point les Espagnols de son dessein , jusqu'à ce que les yachts qui devaient l'emmener fussent arrivés à La Haye. Alors Son Altesse envoya au duc de Yilla-Hermosa un homme de qualité chargé de ses complimens et d'une lettre de remercîmeas pour toutes les marques de bienveillance et de civilité qu'il en avait reçues pendant son séjour à Bruxelles. Puis, il s'embarqua à Maesland- Sluys, d'où, comme il l'avait arrangé avec le Roi, il se rendit droit à Londres après s'être seulement arrêté quelque peu en route , mais sans attendre les frégates qu'on prétendait devoir le conduira en Ecosse.

Lord Essex et lordHallifax parurent très-fèchés de son arrivée ; mais on leur dit que le duc avait seulement la permission de passer par Londres j; vu la saison , qui ne permettait guère de faire le voyage par mer, « tandis qu'en même temps'on assurait sous main le duc qu'il demeurerait »

DE JACQUES IL 3oi

Londres , et ne serait pas obligé d'aller en Ecosse. Il est Trai qu'on faisait^ à ce qu'il paraît^ un mystère de la permission qui lui avait été donnée de venir à Londres^ et qu'il fut obligé d'attendre ^ avec la duchesse ^ dans les Dunes y que cette permission lui fût arrivée. La duchesse se trouva alors si mal d'un vomissement de sang , qu'il n'y eut que trop de motifs pour lui permettre de débarquer. Le duc se prêta à ce stratagème;^ et on l'engagea à parler toujours de son projet d'aller en Ecosse. La duchesse elle-même contribua à cette petite trahison^ comme l'appelaient quelques - uns des ministres , jusqu'au moment où Ton croirait pouvoir avouer publiquement leur séjour à Londres ; mais la trahison tourna enfin contre celui qui avait coutume de la subir ^ et en*viron une semaine après l'arrivée du duc ^ « lord Sunderland et. M. Hyde vinrent l'informer que Sa Majesté jugeait nécessaire à son service qu'il se rendit sur-le-champ en Ecosse , mais seulement pour y demeurer jusqu'au milieu de janvier. M

La volonté du Roi était toujours une loi pour Son Altesse royale; sans discuter et sans se plaindre fr de ces insupportables changemens de résolution et de la fatigue des continuels voyages qu'il lui fallait endurer, il partit vers la fin du mois (i) ,

(i) Le 27 octobre.

Sort MÉMOIRES

laissant à SaÎDt- James les dettx princesses Anne et Isabelle. La duchesse , malgré la maladie et le vomissement de sang qu'elle Tenait d'ëprouyer sur la mer^ voulut accompagner le duc , bien que le Roi la pressât de demeurer à la cour, et que la brièveté du séjour que Son Altesse devait faire en Ecosse parût rendre ce parti raisonnable. » Quoiqu'elle n'eût pas alors plus de vingt aûs, elle aima mieux y au risque de sa vie y partager constamment les traverses du duc son mari et les rigueurs de sa destinée ^ que de vivre en repos quelque part que ce fût sans lui ; mais c'était une peine sensible pour Son Altesse royale , que de voir ainsi la duchesse martyre en quelque sorte de son affection pour lui y et d'être obligé , pour se conformer à l'humeur ombrageuse et craintive de quelques conseillers , de courir ainsi le monde en vagabond ^ au préjudice évident non * seulement de ses intérêts, mais «ncore de ceux du Roi son frère« Il fut fort embarrassé à deviner d'où venait cette nouvelle résolution, a ne sachant si elle avait pour but de contenter lord Essex et lord Haliifax , à qui son arrivée à Londres avait tant déplu, et de leur faire ci*oire qu'on avait toujours eu le projet de l'envoyer à Edimbourg, ou si projetant déjà k cette époque les mesures violentes que l'on prit bientôt après contre les catholiques, on aimait mieux que le duc fût absent au moment où l'on s'en occu-

D£ JACQUES II. 3o3

perait y ou bien enfin si Ton regardait le voyage da duc comme le meilleur moyen de maintenir la tranquillité de l'Ecosse , ce qu'on pouvait croire 9 d'après la consternation qu'avaient laissé entrevoir lord Shaftesbury et sa coterie , lorsqu'ils avaient pour la première fois entendu parler de ce projet. Enfin y quelle que fût la véri-^ table cause de ce changement^ le duc se soumit patiemment sans répUquer au Roi et sans discu* 1er avec ceux auxquels il croyait devoir l'attribuer; car y bien que quelques uns de ses amis l'eussent assuré que les deux lords étaient revenus à son parti 9 ils lui avaient conseillé en même temps de les ménager avec soin y attendu qu'ils avaient l'estomac délicat et ne pouvaient digérer de gros morceaux ^ mais qu'eu leur présentant ainsi les choses petit à petit y on pouvait espérer de les amener enfin à accepter tout ce qui pourrait leur être proposé pour l'avantage de Son Al-^ tesse , et à embrasser son parti avec activité et fS»*meté ; mais on vit bientôt à quel point ces donneurs d'ayis étaient trompés sur le compte de l'un des deux lords ; et y quant à l'autre, était-il véritablement des amis du duc y c'est ce qui est demeuré un mystère^ aussi bien que tout le reste.

Le duc ne reçut pas à York un aussi bon accueil qu'il avait lieu de s'y attendre; les gens de la ville prétendirent y pour couvrir leurs mau-

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Taises dispositions ^ que dans une occasion pst^ reille on leur avait envoyé des instructions sur ce qu'ils avaient à faire ^ mais que cette fois , comme on n'en avait rien fait, ils n'avaient su de quelle manière ils devaient s y prendre pour rendre leurs respects à Son Altesse. Cela ne les saava pas d'une réprimande qu'ils méritaient d'autant mieux que d'autres leur avaient donné de beau.coup meilleurs exe^nples; car dans la plupart des lieux qui se trouvaient sur la route , les gentils—* hommes du pays avaient exprimé de grands sen— timens de respect et de loyauté. Son Altesse ne manqua pas d'en avertir Sa Majesté , qui en retour l'assura qu'on ne pouvait l'obliger davantage que par cette conduite ; que son affection et celle de ses sujets étaient parfaitement réciproques , et qu'elle était bien résolue à ne jamais, renoncer à ses anciens amis et à sa première ré* solution.

Son Altesse royale , avant de quitter Londres ^ dit au Roi qu'il lui paraissait juste et raisonnable qu'ayant toujours été membre des conseils d^Ecôsse il y siégeât lorsqu'il serait dans le pays : le Roi y consentit volontiers , et. le duc de Lauderdaie eut ordre d!envoyer en Ecosse les instruc-. tions en conséquence ; mais lord M ontrose vint trouver le duc à York, et lui dit qu'on s'opposait à ce qu'il siégeât dans le conseil , à moins qu'il ne prêtât le serment d'allégeance comme on l'ap-

DE JACQUES II. 5o5

pelait (bien que dans le fait il comprit aussi la reconnaissance de la suprématie) , et que quelques membres du conseil avaient écrit à la cour à ce sujet. Le duc le remercia de cet avis et lui dit que tant qu'il avait siégé dans le conseil d'Angleterre on ne lui avait demandé aucun serment , qu^il jouissait du même privilège en Ecosse et ne s'en départirait pas : sur quoi le marquis s'*en retourna et le duc continua son voyage sans rien dire jusqu'à son arrivée à Lethington^ maisoni du duc de Lauderdale, oii le lord avocat vint lui reparler de la chose et fui donna à entendre que cette difficulté avait été élevée, surtout par le lord chancelier et Tarai du duc de Lauderdale. Il avoua qu'il lui paraissait positif, d'après l'acte, que le serment devait être prêté, et que le lord chancelier avait dit que lui et le lord avocat seraient recherchés dans le parlement s'ils laissaient le duc siéger dans le conseil sans l'avoir prêté : mais Son Altesse royale répondit que c'était un privilège en qualité de frère du Roi qu'on ne pût requérir de lui des sermens comme des autres sujets , que la chose avait été ainsi pratiquée en Angleterre et qu'il ne voyait pas de raison pour qu'on s'y refusât en Ecosse. Le duc en parla à lord Murray et à lord Hatton qui furent de son avis et jetèrent le blâme de la chose principalement sur le lord avocat.

« Il ne fut plus question de tout cela jusqu'à l'ar- 2. 20

rivée du duc à Edimbourg , si ce n'est que le duc en parla à lord Ârgyle. » Le duc arriva à Edimbourg le 4 de'cembre et y fut reçu avec tous les témoignages imaginables de joie et de reconnaissance pour l'honneur que voulaient bien accorder au pays le Roi et Son Altesse royale. Le chancelier lui fit. au nom du conseil, un discours auquel Son Altesse répondit dans les termes les plus obligeans et les plus affectueux qu'on pût imaginer^ les assurant qu'il ferait toujours les derniers efforts pour unir l'honneur et le service du Roi avec les intérêts de la nation écossaise.

(( Cette cérémonie terminée^ la première chose à faire fut d'accommoder la difficulté qui s'était élevée relativement à la présence du duc au conseil. Il avait reçu, même avant son arrivée, des lettres du Roi et du duc de Lauderdale qui , en y pensant mieux , avaient jugé nécessaire que le serment fût prêté. Sa Majesté disait qu'elle ne voyait pas que ce serment emportât rien de plus que le serment qu'on prêtait en Angleterre. Il conseillait donc au duc de ne pas se refuser à l'un puisqu'il avait prêté l'autre. Le duc de Lauderdale s'efforçait d'ajouter encore à ce raisonnement, mais rien de tout cela ne changea l'opinion du duc. Il se fît lire Pacte du parlement qui prescrivait le serment, et, après l'avoir entendu, dit qu'il était plus que jamais convaincu d'avoir raison , car il était clair que cet acte était dirigé

DE JACQUES II. 3o7

contre les fanatiques et ceux qui avaient pris part à la dernière rébellion, ce qui ne pouvait en aucune m anière le regarder; qu'il avait siégé en Angleterre dans le conseil écossais , avait toujours été amiral d'Ecosse depuis la mort du duc de Richemond y toutcela postérieurement à Pacte, et gue jamais on ne luûavait demandé aucun serment; qu'à la vérité il avait prêté le serment d'allégeance dans la chambre des lords d'Angleterre, parce qu'il avait trouvé dans le journal de cette chambre que le feu Roi son père l'avait prêté étant prince de Galles, mais qu'il ne s'y était soumis qu'une seule fois et né l'eût même pas fait s'il ne se fiit trouvé alors dans une situation différente de celle où il était actuellement. Il avoua qu'il avait renoncé à ses emplois plutôt que de prêter le serment du teat^ voté en 1675 ; mais que l'acte qui exigeait ce serment avait été dirigé contre lui et rédigé avec une telle malveillance que , d'après sa teneur , si le duc eût conservé ses emplois iâans prêter le; serment , il n'eût pas été en état de se faire obéir. Ces raisons, enfin > convainquirent si bien Sa Majesté qu'elle ordonna que le duc siégeât dans le conseil sans qu'on lui demandât aucun serment. » Mais avant que cette difficulté fût aplanie. Son Altesse royale éprouva d'ailleurs une pénible mortification. Les premières nouvelles qu'elle re^» çut à son arrivée en Ecosse lui apprirent que le duc de Monmouth était revenu à Londres. Il

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aTait quitte l'Angleterre vers Tëpoque oi» le duc avait été renvoyé à Bruxelles. Il s'était rendu à Utrecht, mais n'y avait pas fait grand séjour; car, soit qu'il craignit que le voyage du duc en Ecosse ne rompit ses mesures et celles de son parti , ou qu'il pensât qu'il aurait le champ plus libre lorsque le duc aurait le dos tourné et se résolût à profiter de l'occasion , il arriva de Hollande ou du moins parut publiquement à Londres le lendemain du départ du duc pour Edimbourg. Le parti factieux en témoigna hautement sa satis&ction par le son des cloches , les feux de joie, etc. Il envoya aussitôt M. Godfrey demander qu'il lui fût permis de voir le Roi et de lui dire les raisons qu'il avait à donner pour sa justification , assurant, si Sa Majesté n'en était pas satisfaite, qu'il était prêt à se soumettre à sa volonté.

Le Roi fut excessivement surpris de ce qu'il avait osé revenir sans permission , et lui fit dire qu'il eût à quitter sur-le-champ le royaume ; mais au lieu d'obéir il se rendit tout droit à sa demeure dans le Cockpit , et comme il était tard quand il y arriva, Sa Majesté ne le sut que le lendemain matin et fut avertie en même temps que les gens de son parti se rendaient en foule autour de lui. Sa Majesté perdit alors patience et lui fit dire que s'il ne sortait pas sur-le-champ de sa maison et le lendemain du royaume il ne devait plus espérer de le revoir jamais; et pour lui

DE jrACQUES II. 5o9

mieux marquer son mécontentement^ elle fit rédiger sur- le-champ une nouvelle commission ^ ^lommant le duc d'Âlbemarle capitaine de la compagnie des gardes qu'ayait eue jusqu'alors le duc de Monmouth.

D'après ce message, le duc de Monmouth jugea à propos de quitter le Cockpit; mais au lieu d'aller en Hollande, il se rendit à la maison qu'il avait dans Hedge-Lane et de là envoya au Roi par lord Falcombridge, par lord Gerrard et enfin par la duchesse de Monmouth , des messages répétés pour lui demander de consentir au moins à le voir ; mais le Roi demeura feirme dans sa résolution, et, comme le duc ne demeurait pas moins ferme dans sa désobéissance, il lui ôta son gouvernement de HuU et la lieutenance de North-Rtding dans le comté d'York, qu'il donna à lord Mulgrave> ainsi que celle du comté de StafFord) qu'il donna au comte de Shrewsbury; il ordonna que sir Thomas Armstrong fût chassé des gardes. Il ne resta donc plus au duc de Monmouth que la charge de grand écuyer, que le Roi s^abstint pendant quelque temps de lui ôter pour ne pas le jeter dans le désespoir; mais^ enfin , il ordonna que cet emploi fût géré par des commissaires.

Toute cette sévérité ne fit aucune impression sur le duc. Il déclara que, puisque le Roi lui prenait tout ce qu'il avait , il vivrait sur la for-

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tune de sa femme ^ et^ en conséquence, il demeura dans sa maison où tout le parti mécontent avait un libre accès auprès de lui et pouvait comploter et cabaler sans la moindre contrainte. A une des réunions de ses partisans dans la cité, on dressa un plan pour prouver que le Roi avait épousé sa mère et qu'elle avait une lettre signée de sa main où il la reconnaissait pour sa femme. Cette lettre, à ce qu'ils prétendaient , avait été ôtée de sa poche lorsqu'on la conduisit à la Tour ; et y pour appuyer toute cette histoire , ils affirmaient qu'ils avaient un livre de nouvelles, imprimé en i652 , où on en parlait sous le titre de la femme de Charles Stuart.

Cet affront et cette désobéissance ne devaient être aussi sensibles à personne qu'au Roi.Il n'en souffrait pas moins que le duc de M onmouth demeurât dans sa maison, bien que toujours déterminé à ne pas le voir. Cependant les amis du duc lui rendaient 'compte de tout ce qui se passait , mais lui disaient en même temps qu'il ne devait pas s'en inquiéter ni prendre pour cela le parti de revenir, car ses ennemis auraient tiré parti de ce retour comme d'une infraction aux'ordres du Roi, non moins criminelle que celle dont on accusait le duc de Monmouth. Le duc se rendit sans résistance, et , se montrant fort peu troublé de ce qui se passait, donna toute son attention aux affaires d'Ecosse, où par son activité , son application et

DE JACQUES IL Su

en même temps l'affabilité avec laquelle il rece- Tait la noblesse de tous rangs ^ il gagna en ce pays non-seulement un crédit très-utile aux affaires du Roi 9 mais s'y acquit si généralement l'affection et l'estime^ que ses ennemis en furent singulièrement déconfits^ et que^ quelque temps après ^ Shaftesbury déplorant en quelque sorte l'impuissance de sa haine ^ se plaignait que la persécution qu'on avait fait subir au duc en Angleterre, n'eût servi qu'à le faire pour ainsi dire régner en Ecosse.

Les amis du duc craignaient qu'il ne rencontrât dans ce pays unécueil fort dangereux qu'il eut cependant l'adresse d'éviter. Personne ne doutait que la brillante réception qu'il avait reçue à son arrivée , ne fdt due en grande partie aux soins de lord Lauderdale, qui pouvait engager Son Altesse à se déclarer par reconnaissance de son parti; mais ilvit bientôt qu'il lui était nécessaire de demeurer neutre dans de telles affaires , car bien que par sa générosité et son affabilité il pût gagner tous les partis au Roi et s'en faire à luimême des amis 9 il vit bien qu'il lui serait impos^ sible de les réconcilier entre eux. Il évita donc prudemment de se laisser aller à une partialité qui n'aurait servi qu'à le surcharger du fardeau d'inimitié qui pesait sur la tête de lord Lauderdale. Il n'avait déjà que trop du sien sans y ajouter encore celui-là. Mais tandis que le duc

3l2 MÉMOIUES

se faisait des amis en Ecosse ^ son absence lut en faisait perdre en Angleterre. L'incertitude des affaires dans ce royaume a^ait ébranlé beaucoup . d'hommes considérables, et quelques uns fini* rent par abandonner tout-à-fait le Roi et le ducr Lord Essex^ après avoir long-temps tergiversé^ avait enfin donné sa démission de sa place de commissaire de la trésorerie ; il se plaignait que le duc n'eût pas tenu la parole qu'il lui avait donnée de ne rien faire sans son conseil , craignait qu'on n'eût au fond, disait-il, des desseins contre la religion , et était résolu à n'y point prendre part. Il e$t certain qu'on peut concevoir que des hommes d'une grande fortune craignent de se hasarder trop loin en de tels temps de troubles; et si lord Essex s'en fût tenu là, personne n'aurait pu le blâmer : mais comme le Roi l'observait, il parut que lui et lord Hallifax agissaient en vue d'une chose dont on avait espéré qu'ils étaient désabusés ; mais quel que fût le but du premier, on s'aperçut bientôt que l'autre avait eu le bonheur de se ranger à de plus justes et de plus sages mesures»

Le parlement avait été prorogé -au 26 janvier (i), et on n'avait pas le projet qu'il se rassemblât alors. Sitôt que le parti factieux eut vent de l'intention qu'on avait de le proroger de nou-

«A^mmmÊmmmmmm t i i , ■ ii i ifc i ■ ■,■ .^■■■■jii ii I ■■»

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-veau f on se mit à l'œuvre de tous côtes pour se procurer des pétitions au Roi , demandant que le parlement se reunît et trayaillât aux affaires du royaume. Le Roi prévit Torage et fit avertir le lord maire de ne point encourager de pareilles manœuvres. Il publia une proclamation par laquelle il déclarait qu'elles étaient contraires à la loi f et menaçait les transgresseurs de la dernière sévérité. Mais le comte de Shaftesbury et son parti ne firent que rire de ces menaces ^ et mirent autant de soin et d'activité à soulever des mécontentemensque le Roi à tâcher de les apaiser. Lui et neuf autres lords présentèrent au Roi une pétition où ils s'expliquaient formellement à ce sujet. Il's avaient sollicité la cité de se joindre à eux; mais quand le parlement était absent^ l'autorité du Roi y était de quelque poids; c'est pourquoi on évitait de l'assembler. Aussi, malgré cette pétition et plusieurs autres ^ le Roi résolut dans son conseil de proroger le parlement jusqu'au 1 1 novembre suivant^ et prit de grandes précautions > avertissant le lord maire ^ d'un ton trèsferme, de s'opposer à toute pratique irrégulière, en mêitie temps que dans la crainte d'une insurrection il garnissait Portsmouth, Tilbury, Sheei^ness et toutes les auti'es places fortes d'un nombre Suffisant de troupes , cottimandéès par des officiers de choix. La conduite tumultueuse dn parti et la déclaration qu'avait ftiite le duc de Mon-

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mouth qu'il ne voulait pas sortir de Londres , ne donnaient que trop de raisons de craindre quelques soulèvemens ; car^ indépendamment de sa désobéissance aux ordres réitérés du Roi^ il avait dit^ pour motif de son séjour^ qu'il savait que la vie du Roi était en danger^ et par cette raison il ne voulait pas quitter le royaume afin d'être à portée^ s'il arrivait quelque malheur à Sa Majesté^ de venger sa mort sur les papistes : insinuation dangereuse et qui obligeait le Roi de veiller avec d'autant plus de soin à sa propre sûreté.

Aussitôt quQ le Roi eut pris la résolution de proroger le parlement , les amis du duc lui écrivirent de se préparer à partir; mais sans cependant y mettre trop de précipitation^ de peur qu'on ne crût qu'il n'avait attendu que ce moment. Ils l'engagèrent en même- temps à établir les choses en Ecosse de manière à ce que le fruit de son voyage ne fût pas perdu. Il s'occupa donc à faire exécuter l'ordre du Roi, qu'il avait sollicité , qui était que les troupes écossaises fussent exercées comme les troupes anglaises, et qu'en même temps on mît de côté le produit des ameades et des défauts , pour servir de ressource dans l'occasion.

Le duc attendait chaque jour les ordres du Roi, ne voulant pas partir sans les avoir reçus. Mais, au lieu de cela. Sa Majesté lui écrivit qu'elle jugeait nécessaire qu'il ne revînt qu^après le

DE JACQUES 11. 3i5

terme de la prorogation , ce qui ne pouvait être ayant le :x6 janvier; que ce jour-là elle lui enverrait les yachts , et espérait qu'il consentirait à iin retard que le Roi et tous les amis du duc jugeaient nécessaire à leurs communs intérêts; que son séjour en Ecosse avait eu le très-bon effet de refroidir les mécontens ^ et qu'il n'y avait pas de moment plus dangereux que celui où on prononcerait la prorogation; que sa présence en Ecosse y maintiendrait la tranquillité ^ et que son absence ferait le même effet en Angleterre^ tandis que tout changement ou mouvement^ et surtout son arrivée en ce pays , pourraient élever de nouveaux troubles.

Quoique ce nouveau désappointement fût trèsmortifiant pour Son Altesse royale^ dont la patience avait déjà été bien éprouvée , elle le reçut avec sa soumission ordinaire. Elle ne pouvait guère^ s'empêcher d'être inquiète de la manière dont finiraient ces fréquens changemens. Cependant cela ne lui fit pas une impression aussi profonde que ce qu'elle apprit de la résolution qu'on avait formée d'exercer quelques nouvelles rigueurs contre les catholiques. Cela toucha le duc plus que ce qui le regardait lui-même, et il ne put s'empêcher de s'en plaindre au Roi, qui l'assura qu'il était fort éloigné d'être par caractère enclin à la persécution, surtout quand il fallait la faire porter sur des gens qui avaient

3l6 MEMOIRES

bien mérité de lui; mais il ajouta que dans la circonstance présente il ne pouvait éviter de feire des choses dures ^ sans doute en elles-mêmes^ mais qui préviendraient^ à ce qu'il espérait , de plus grandes rigueurs; qu'il craignait que la nation ne fût mécontente de voir retarder, par cette longue prorogation, la poursuite du complot papiste, à moins qu'on ne prît les moyens d'éloigner du royaume les chefs du parti catholique, afin que, dans cet intervalle au moins , le peuple se crût en sûreté, et que c'était pour cela qu'on ne refusait jamais de passeports aux catholiques qui désiraient voyager en pays étranger.

Le duc reconnut l'artifice de celte excuse si bien arrangée, et quand il vit ses amis protestans y donner avec tant de facilité, il leur dit qu'il lui paraissait évident que tout le monde se réunissait pour opprimer des hommes qui ne l'avaient mék*i(é en aucune manière. Ils lui répon- . dirent que cela était nécessaît*e pour préparer les voies de son prompt retour à là cour, et pour qu'il y pût vivre en repos. Mais il n'était pas dans les principes de Son Altesse royale de s'élever sur la ruine des innocens. Il reprocha donc si sévèrement à ses amis la part qu'ils avaient eue dans cette affaire, que M. Hyde en fut extrêmement surpris, et dit qu'il lui paraissait qu'il n'était plus en situation de servir Son Altesse, puisqu'il ne pouvait obtenir son appui,.

DE JACQUES II. 3i7

sa protection , ou du moins son approbation pour les mesures qu'il avait prises. Il exprima le desir de se retirer promptement^ plutôt que de risquer, en participant plus long-temps aux afiaires de Son Altesse , d'encourir de plus en plus son déplaisir, quand il croyait avoir le mieux me'ritë de sa part. Mais telles étaient la générosité et la justice du duc, que quand même il eût été vrai qu'on avait son avantage en vue en suscitant aux catholiques cette nouvelle persécution , il était résolu à ne jamais rien obtenir à ce prix, et à ne pas souffrir que ceux qui avaient partagé ses infortunes fussent également malheureux par sa prospérité.

Le 26 janvier le Roi prorogea le parlement, et écrivit au duc de revenir à la cour; mais comme sa vie se composait de croix et de mortifications , il était rare que le peu de satisfactions qu'il obtenait ne fût mêlé de quelques peines. Le Roi qui avait d'abord résolu de proroger le parlement jusqu'au mois de novembre, ne le prorogea que jusqu'au i5 d'avril , alléguant pour raison que les Français faisaient tous les efforts possibles pour engager les Hollandais à contracter une alliance avec eux; que, tant par flatteries que par menaces, M. d'Avaux, leur ministre à La Haye, commençait à gagner quel* que chose sur leur esprit, et que pour écarter le grand obstacle provenant de leur union avec

3l8 MÉMOIRES

FÂDgleterre^ et de l'intérêt qu'ils avaient à la ménager^ il leur avait insinué qu'ils n'en pouvaient attendre aucun secours, ^^'î^ avait appris que le parlement allait être prorogé pour longtemps f et qu'on savait bien que sans parlement le Roi ne pouvait rien faire. Le Roi donc, d'un autre côté, avait jugé nécessaire, pour la conservation de la Flandre et le repos de toute l'Europe, de s'opposer à cette alliance, et n'avait d'autre moyen de persuader aux Hollandais qu'il pouvait et^ voulait, conformément aux traités, les secourir dans le cas où la France viendrait à les attaquer qu'en leur prouvant que lui et son parlement n'étaient pas tellement éloignés qu'ils ne pussent très-promptement se réunir , et selon toute probabilité , s'accordera faire la guerre à la France s'il étaitnécessaire,et à fournir à laHoUande tous les secours que le Roi et les Etats pourraient désirer. Le Roi ne doutait donc pas que cette courte prorogation qui laissait le parlement tour jours sous sa main n'empêchât le roide Finance d'envahir la Hollande , et la Hollande de se joindre avec la France , alliance à laquelle Faversion des Hollandais pour la guerre eût sans cela forcé les Etats à consentir. Il était donc résolu, dit-il, de garder dans cette affaire un maintien capable de persuader au monde que les divisions qui existaient entre lui et son parlement n'étaient pas irréconciliables, et qu'il ne craignait point de le

réunir , ce qui devait^ seloii lui, forcer tellement ses voisins à se tenir tranquilles, qu'il serait dispense de l'assembler réellement. C'e'tait-certainement, dans la conjoncture, le plus heureux médium qu'il 'pût trouver, et celui qu'il désirait le plus; car, au fond, le Roi n'avait nullement l'intention de rassembler le parlement et de lui soumettre des affaires , à moins qu'il n'y fût contraint par la nécessité de ses alliances à l'extérieur.

Ce raisonnement reposait sur un fil si délié que les ministres craignirent que l'arrivée du duc à la cour ne le mit en danger de se rompre; en sorte qu'il fallut que le Roi s^ingéniât encore pour trouver moyen de les faire consentir à ce retour. Ainsi , lorsqu'il informa le conseil de son projet de rappeler son frère, il observa que l'effet de son absence n'avait pas été tel qu'il pût y trouver des motifs pour le prolonger ; que d'ailleurs il était très-probable qu'on renouvellerait dans le parlement des questions non-seulement de très-haute importance par elles-mêmes, mais encore d'un si grand intérêt pour le duc , qu'il lui paraissait que la raison et la justice exigeaient qu'il fût présent à la prochaine session pour se défendre , assurant en même temps qu'il pouvait répondre que son frère se soumettrait à tout ce qu'exigerait la tranquillité générale ; qu'ainsi il n'y avait aucune raison pour que personne s'a-

Sao MÉMOIRES

}atmat de son retour ou craignit qu'il pût avoir aucufie fâcheuse influence sur le public. De cette manière , le Roi présenta le retour du duc plutôt comme un moyen d'assurer la réunion du parlement que comme un obstacle à cette réunion.

Aussitôt que le duc eut reçu la lettre que le Roi lui écrivait en conséquence de ces résolutions^ il en fit part aux lords du conseil privé d'Ecosse , leur disant que quelque joie qu'il ressentit d'aller rejoindre le Roi , il ne pouvait quitter l'Ecosse sans une peine et répugnance réelle; car les témoignages de civilité et de bienveillance qu'il y avait reçus des personnes de tout rang et particulièrenient du conseil , l'attachaient à jamais à ce pays pour lequel il conserverait une sensible gratitude et qu'il ne manquerait pas de recon- . naître leur affection et leur loyauté par tous les services dont il serait capable; que Sa Majesté saurait par lui qu^elle pouvait compter en Ecosse sur une noblesse et des gentilshommes pleins de bravoure et de loyauté , un conseil privé sage et réglée des tribunaux remplis d'hommes savans et d'une grande probité , et que la partie mécontente n'y était pas aussi considérable que le prétendaient les factieux de l'Angleterre. Il recommanda ensuite le maintien de la paix entre quelques familles des montagnards qu'il avait trouvées fermement attachées au parti de Sa Majesté; puis termina en disant adieu au conseil. Le chan-'

DE JACQUES n. 5ai

cclier l'assura en retour qu'il lui était impossible d'exprimer à quel point le conseil avait e'té sensible à l'honneur de sa présence et aux. avantages qu'on avait reçus de sa conduite et de ses avis, protesta du dévouement des Ecossais au service de Sa Majesté et de Son Altesse royale, ajoutant qu'il leur serait impossible de supporter la tristesse que leur causait son départ si ce n'était qu'ils partageaient le plaisir^u^éprouverait Son Altesse h se réunir au Roi , étant toujours disposés à préférer sa satisfaction à la leur ; et pour ne rien négliger de ce qui pouvait témoigner sa reconnaissance, le conseil privé fit suivre Son Altesse d^une lettre infiniment respectueuse au Roi , remplie des expressions de sa gratitude pour l'honneur que lui avait fait Sa Majesté en envoyant le duc en Ecosse, d'éloges magnifiques de sa conduite et de sa prudence , et de toutes les protestations imaginables de l'empressement du conseil à employer les derniers efforts pour le service de Sa Majesté et de Son Altesse royale. Quoique la rigueur de la saison ne permit guère un voyage par mer, le duc et la duchesse , accoutumée comme lui aux fatigues , n'y firent nulle attention, et , s'embarquant sur-le-champ , arrivèrent le 24 février au bas deTescalier particulier de Whitehall. Le duc ne lut pas plnt^ à Londres qu^on vit clairement à qui son absence avait été le plus nuisible, et que loin qu'elle pût être avantageuse aujc hffaii-es

523 MËMOIHKS

du Roi, rien ne contrîbaait plus ji les faire fut>spér6r que la présence du duc à la cour ; elle abattit tellement le parti mëcoiilient que malgré tons les effoits de lord Shaftesbury «ponr soutenir son crédit au moyen du complot papiste et des intrigues de son club de factieux , lui et son parti commencèrent à tomber de jour en joar* Les Villes et les pro'vinces , qui avaient montré le pins d'activité à feirè parrenir des pétitions , déchrèreut publtqiieHient leur aversion pour ce ^nre de manoeuvres; nul ne se montra plus aélé en ce genre y que la cité de Wèstmiqster ; et, datns une adresse venue de Norfolk , le Roi fut remercié même d'avoir rappelé le duc. Gela obligea les fanatiques *à redoubler d'efibrts pour entretenir , s'il était possible , là méfiance et la fermentation des esprits. Il n'arrivait pas le moindre accident qu'on ne travaillât aussitôt à en faire un nouYeaa complot des papistes. « Un nommé Afford ayant été mis en prison pour quelques mauvaises nmhœuyres dans la cité^ sir William Vallerdédai^a sur**le-cbamp que c'était un nouveau complot papiste; que les gardes devaient se joindre «Ux catholiques pour égorger les protestans , et^u*on avait le projet d'en faire autant en Irlandie* i>

Bientôt après lord Sbaftesbury informa le conseil d'un autr^jpoiuplot aussi en IrlandepourUvrer ce pays aux Frân(ïiis«L'évéqtte Plu nkel^ primat catholique, et tout le clergé catholique étaient

4 la tête de la conspiration. Le iloi ^tant alors à Newmadiet^ oq nomma un comité de lords 9 chargé de recevoir la dénonciation, de mander qui il Tondrait et de prendre les renseign^mens qu'il lui plairait; ce qu^on fit sans en informer y à ce qu'il parait, le lord lieutenant dlrlande ou même Sa Majesté, sans même savoir les noms des dénonciateurs, que lord Shaftesbury ne jugea pas à propos dé confier au comité. On ne s'inquiétait d'aucune irrégularité dès qu'il s'agissait de procéder coi^tre les catholiques ou contre le duc que l'on mit au^si dans le complot; car les factieux voyaient bien qu'aussi long^-temps que leurs accusations ne tqmberaient que sur des particuliers ils ne feraient qu'abattre des branches toujours prêtes à renaître; qu'il fallaijL attaquer la tête du cèdre qui , en tombant ^ entraînerait -tout le reste.

liCurcoup le plus hardi fut la prétendue découverte d'une cassette noire dans laquelle, di«sait-on , se trouvait un écrit portant contrat de mariage entre Sa Majesté et la mère ,du duc de Monmouth. Le Aoi voulut examiner à fond cette intrigue 5 et sir Gilbert Gerrard, qu'on disait avoir vu la cassette noire, fut amené devant ic conseil oii il nia l'avoir v^e ou avpir jamais eu x^naissance de rien de pareil, a L'insolence de «es tentatives-blessa profondément le Roi , ^ lors-^ qu'au mois de mai suivant Sa Majesté fut malade

de deux ou trois accès de fièvre^ le duc de Mbi>mouth ]ùi. ayant fait parvenir^ daûs une lettre à M. Godolphin , une autre lettre adressée à Sa Majesté pour s'informer de sa santé ^ et signée votre fidèle Monmouth , le Roi, lorsque M. Godolphin lui remit cette lettre , le chargea de dire au duc que s'il voulait se conduire conformément à sa signature et obéir aux ordres de Sa Majesté , il pourrai t obtenir de se réconcilier avec elle^ que c'en ^ était le seul moyen , mais que s'il se flattait d'arriver à quelque chose par l'appui du parti factieux ou l'interposition du parlement il ne ferait qu'empirer sa situation. » En conséquence^ environ un mois après ^ le Roi n'apercevant aucune amélioration dans la conduite du duc de Moiahouth , publia (i) une déclaration où il protes^tait sur sa parole de Roi et sa foi de chrétien n'avoir jamais été marié à mistriss Barlow> autrement di te Walters, mère du duc de Monmouth^ ni k aucune autre femme que la Reine; cela fût enregistré à la chancellerie avec l'attestation personnelle de tous les lords présent

Le mauvais succès de cette intrigue n'empêcha pas le lord Shaftesbury d'en ourdir une autre dont il espéra plus de succès. Le i6 juin il se présenta accompagné de plusieurs membres dés tords et membres des communes devant le grand jury

{j) Le 3 juin.

de Westminster; et^ après avoir exposé les dangers imminens que l'on courait de la part du papisme et avoir parle avec beaucoup d'amertume contre le duc^ il le dénonça comme récusant ^ donnant à l'appui de sa dénonciation la preuve que Son Altesse avait assisté à la messe , et il requit le grand jury de le déclarer récusant > afin qu'on pût saisir les deux tiers de ses biens ^ re* gardant comme t rès- dangereux , dit-il, que l'administration des postes demeurât en de pareilles mains; pour le mettre en^ bonne compagnie, il dénonça en même temps la duchesse de Portsmouth comme un grief public. Les formes de la loi demandaient un certain temps avant que la chose put avoir quelque effet relativement au^ duc, mais la duchesse de Portsmouth effrayée n'attendit pas si long«temps pour se réconeîlier avec ceux qui avaient fait mine de la vouloir poursuivre. Elle devint leur protectrice^ les vit en secret^ vit surtout le duc de Monmouth; et afin de prouver à ses nouveaux amis son zèle pour leur service , fit tout ce qu'elle put pour appuyer le projet qu'on formait d^ éloigner de nouveau de la cour le duc d'York. Elle alléguait pour raison de sa froideur envers lui que la duchesse ne lui avait pas montré autant d'égards et de bienveîU lance qu'elle avait droit de s'y attendre de sa partv L'excuse était frivole ; son véritable motif était le $oin de sa si^reté et de son intérêt, les seules idoles

auxquelles sacrifieat <ferdiDaire œttè MrM Ak personnes 9 car les principe^ de ' gënérosilë qui portent à soutenir l'iinlocencé opprimée n'ont cpic; peu d'influence sur les gens de ce caractère.

Si la duchesse de Portsmottth réussit à la fin à tromper ShaftesbUry i du ipoins en cette occasion tira-t-il de sa ruse le fruit qu'il en ayait espéré. En feignant de déclarer la guerre à cette femme mercenaire^ il l'efiraya au point de l'enga^r à s'allier avec lui conti'e le duc; et> corttime elle avait la plus grande Influence sur te Roi , ce fut, de tous les ennemis de Son Altesse royale > ccKb qui lui fît le pluà de hial. On ne doit pomt s'ét<nH ner que ce partie fortifié d'un tel auxiltjiiiie> parvint bientôt à ébranler la résolution du Roi. a Aussitôt que les ministres s'en aperçurent^ ils tournèrent avec le vent et commencèrent à accabler Son Altesse de reproches , lui disant qpoe c^était à elle qu'il fallait imputer tous les mài-« heurs survenus au Roi et au duc lui-même ^ et que le parti factieux n'aurait jamais pu élevet* un tel orage contre le .gou^^ineltileiit , s'il ne Itli eût donné prise en se déclarant catholique. » Ces mêmes discours étaient perpétuellement répétés au Roi par ceux qui avaient le plus de crédit auprès de lui.^ Le duc jtigea donc nécessaire de ce justifier et de ihontrer quelle était la véritable 90ur(^ de tous ses ntalheurs. n II est vrai ^ dit-il ^ un jour au Roi , que dans l'^at d'étbais^emeot

H oii lesl aujourd'hui réduite 1^ mojciarcbîe ^ elle . cr ne possède, paa la force Ujé,cessaire ppur coiii- « primer ceux qui l'ëlèveut coutre elle , e.t que , i< par cousëquent ^ elle soufifQ seosibletnept de (( leurs attaques; mais si cçux qui s'en plaignent a le plu& aujourd'hui > ou ce^x dç leurs, amis qui i< ont eu diçpuia la restauratieu 1^ coqduitê des « afiairesy aTaient hiea fait leur deyoir^ la couce roone serait maintenant hors de 1^ portée de « ces entreprises qui l'ébrauLent d'une manière « ai dangereuse : un corps faible et i^ialade est, a ifiYement affecté par de légers accidens qui ff ne font pas la moiudre impression sur une « personne en bonne santé. Ce sont donc ceux qui i( ont réduit la couronne à cet état de faiblesse (c qui doivent porter le blâme de l'agonie oii elle « se trouve. Si on avait prudemip.ent ménagé les i( &cilités que présentait la restauration^ la couce ronne aurait obtenu un revenu û^e capable de « ^ffîre à toutes ses dépenses^ et ainsi aurait K fait perdre terre au parti républicain^ qui n'a, a pQur envahir le trône, d'autres points d'appui u que ceux que lui fournissent les besoins du Roi. u IJue grande fautç a été d'eqgager le Roi dans (( upç guerre contre la Hollande. Ce n^est pas à (c oioi^ continua Iç duc, qu'il faut l'imputer» tf Tout le uionde sait que c'était la chambre des ce communes ?t les marchafids qui la sollicitaient « à cause des domoi^ges^ que le commerce an-

3aâ MÉMOIRES

c< glais avait eu à souffrir de la part des Hollan^ « dais dans les Indes ^ sur la côte de Guinée et (c ailleurs. Je n'y fus entraîné pour mon compte « que par le cri général et par le désir de me « trouver à la tête d'une si belle flotte; ce qui, ce d'après mon caractère et l'éducation que j^a vais if reçue, n'avait rien dont on pût s'étonner. Si a cette guerre n'a pas eu tout le succès qu'on s'en u était promis, on ne l'a jamais attribué à aucun (r défaut de conduite de ma part ; mais le coup « le plus fatal, ajouta le duc , que le Roi ait jau mais porté à son propre pouvoir et à sa préro- If gative, c^est d'avoir emprunté le secours de la « chambre des communes pour perdre le comte « de Clarendon. Par là, il l'a remise en posses- « sion de ce pouvoir d'accuser, que lui avait « arraché des mains la restauration , et lorsque a les ministres se sont aperçus qu'ils étaient ex- « posés à tomber sous la juridiction du parle- <c ment, ils se sont beaucoup plus attachés à y (( former un parti , qu'à soutenir l'intérêt de leurs a princes, dont ils n'attendaient pas un appui « aussi certain. »

(( Mais , malgré tout ce que put dire le duc pour faire comprendre l'origine des troubles , la voix générale ne cessa pas de s'élever contre lai , et de le désigner comme le Jonas dont la présence élevait toutes ces tempêtes. » Le Roi n'eut donc pas plutôt déclaré dans son conseil, le x8 août, que le par-

ms, JACQUES II. 33g

lenîent se rassemblerait le 31 octpbre, que tout le monde songea à jeter tout à la mer pour se sauver^ et qu'il fut évident que le due serait , ainsi qu'il était arrive au prophète, sacrifie au repos général. « Quelques uns de ses amis l'avertirent qu'on porterait certainement contre lui une accusation pour crime de haute trahison ^ d'autres lui disaient qu'on ayait le projet de passer un bill de limitation , ce qu'ils regardaient en d'autres termes comme l'établissementd'une république, n D'autres disaient qu'on le renverrait de nouveau; enfin, il n'était pas un trait de malice ou de me-* chanceté inventé par qui que ce fût, que de ma* nière ou d'autre on ne dirigeât contre lui. c< Ce-^ pendant aucun de ces avis ne le troubla autant que celui quHl reçut d'un projet de biil, qu'on devait porter dans le prochain parlement, pour bannir du royaume tous les catholiques. Il savait que lord Hallifax avait depuis long--temps cette idée en téte^ mais ne croyait pas qu'elle pût jamais être mise à exécution. Il apprit alors qu'elle était adoptée et conseillée par les personnes le plus en pouvoir 9 qui pensaient par là faire leur cour à la nation et apaiser tous les mécontentemens. Le duc ne pouvait assez s'étonner que des hommes de sens ne vissent pas que la religion n'était qu'un prétexte, et que la dispute n'avait réellement pour objet que le pouvoir, que c'était !« monarchie elle-même qu'on voulait bannir.

35o MEMOIRES

et qv'attCUQ atttre4>ai»Diiseniaf]t oe pouvait mIî^. &ftFe les faetieux. »

Cépeadant on. ne prenait pa.s encore de non-* irellea nesures contre le duc ; les minî^res co»servaient (|uel^tte. coulage tant qu'ils n'aYaieni pas im parlemeixt à regarder en face 9 « et si le Roi eût stt YÎTre . sans Tassisèance des chambres > le doc aiuraît eu beaucoup plus â'amis el tûk été en état de rendre beaucoup plus de services; mais une fois qu'on approchait du temps de la session > tous les yeux se fixaient éur lui , et Tidée de son influence tournait toutes les tètes. Il commença à s'en apercevoir au me ils d'octobre^ pendant le séjour de la cour à Newmarket* On s^entrelenaît alors plus que jamais de son renvoi. Son Altesse , en ayant parlé à lord Snnderland et à lord Godolphio^ ils l'assurèrent qu'il n'y avait rien de changé aux projets du Roi , et que Sa Majesté ne songeait point à la faire partir; mais^ bientéi après» \evkt froideur avec les amis du due luidonika lieu de soupçonner qu'ils -ne disaient pas tooi ce qui en élaît; et, en effets le lendemain du jojar ou le Roi fut revenu à Loadres , tous deux vinrent trouver M4 Hyde 9 et lui dirent qu'ils jugeaient nécessaire au service de Sa Majesté que le tduc quittât de nouveau l'Angleterre. Le jour suivant . ils vinrent dire au duc la même chose; et , dans la conversation > il apprît qu'ils y avaientété déterminés par lord Essex et par lord HalUfax, dont

DE JAGQt^BS II. 33r

le premier voulait itpi'il allât eii Ffàùch^^ let le second désirait senlement qu^l s'àb^etitât de Ik cour. Le duc leur dît qu'il n'était pas ëfônné de Topinloii de ces deux lords ; mais , éè qui le surprenait au dernier point , c'est de la voir partagée par milord Sunderlàbd^ M. Godblphib^ qui ne FàTikient jamais averti le moins du mondé de ce qui se préparait, et l'avaient au contraire toujoTir» rassuré, lui protestant qu'il n'était question de rien de pareil. Il ajouta qu'il avait la conscience de h'àvefr pas mérité de leur part Un semblable traitement, leur kyànt , au contraire ^ témoigné tottjotits pins de Condescendancb qu'à aUcttn de ieuirs prétîéèesséurs.

« Voyant ces appiliisltti manquer au montent oîi îl s'y attendait le moins , lednc conçut la crainte beaucoup plus fâcheuse c^ue le Roi lui-même ne commençât à chanceler dans sa résolution ; et en effet > s'entretenant bientôt après avec Sa Majesté sur ce sujet j il s'aperçut qu'elle commençait à être l«cèrtàînè s'il devait ou non deiheurer près d'elle. Le duc , lui représenta les engagemens qu'elle avait pris si récemment encore avec lui, mais la trouva tellement changée à sob égard qu'il eut tout lieu de craindre ce qu'on lui avait si souvent prédit sans qnVi voulût jamais le croire , que le Roi ne finît par l'abandonner. It lui rappela donc que lord Shaftesbury avait pré« tendu que l'instabilité de caractère de Sa Majesté

33a MEMOIRES

«tait comme mie sorte de girouette placée en guise de signal pour que personne ne se fiât à elle ou ne comptât sur ses promesses , et que SaMajesté rapprenant avait répondu qu'elle était bien aise que lord Shaftesbury l'eût ainsi désignée parce qu'elle lui donnerait le démenti ^ et ainsi tour-nerait le signal contre lui. Sa Majesté n'eut rien à répondre à ceci non plus qu'aux plaintes que lui fit Sou Altesse de la conduite de ces deux, ministres à son égard. Le duc lui dit cependant que si Sa Majesté jugeait son absence , nécessaire, il irait partout où elle lui commanderait ;. mais qu'il croyait que cette absence^, au contraire, découragerait les amis de Sa Majesté > relèverait le cœur à ses ennemis et nuirait à sa réputation. Il demanda donc au Roi , avant de prendreune résolution définitive., de se consulter avec des personnes impartiales^ lui disant qu'il crai-gnait que lord Sunderland et M. Godolphin ne fussent sous l'influence » le premier de ses trois, oncles 9 et l'autre de son beau- frère; que quant à milord Essex ^ ses principes de gouvernement, n'étaient que trop bien connus et que sa récente^ réconciliation avec lord Shaftesbury ne pouvait laisser aucun doute à cet égard; que lord Hallifax. était athée et ne s'était pas montré jusqu'alors, ami de la monarchie. Le Roi promit doue de prendre l'avis de son conseil privé 9 dont la plus, grande partie fut contre le renvoi du duc; mal%

comme le Roi et les hommes en crédit près de lui persistaieut dans leur opinion ^ \h eurent l'art d'élever dans le conseil des questions propres à troubler et effrayer tous les esprits , comme celle de savoir si le Roi dissoudrait le parlement en cas qu'il mît le duc en accusation , et beaucoup d'autres aussi embarrassantes qui empêchèrent qu^on n'en vint à aucune résolution relativement à l'affaire qui se traitait alors , et obligèrent ceux qui étaient contre le renvoi du duc à garder le silence. Sa Majesté proposa donc qu'il retournât en Ecosse comme le meilleur expédient qu'on pût trouver y et dit qu'il le lui conseillerait , ce qu'il fit en effet le dimanche suivant. Le duc avait toujours la même réponse prête ^ savoir^ qu'il ne- croyait pas la chose utile au service de Sa Majesté 9 et que quant à lui il n'avait aucune affaire en Ecosse , mais que si Sa Majesté jugeait à propos de lui ordonner de s'y rendre il obéirait comme il l'avait toujours fait. Il la pria donc d'écrire au conseil d'Ecosse qu'il avait ordonné au duc de se rendre en ce royaume pour ses affaires^ et le Roi écrivit.

Le duc y avant de partir^ pensa qu'il lui serait titile d'obtenir de Sa Majesté un acte de grâce et le lui demanda comme une chose qui ôterait tout moyen de le mettre en accusation. Le Roi lui dit que la proposition lui en avait déjà été faite par le secrétaire Jenkins^ mais qu'il croyait que si

3S4 MÉMOIEBS

le parlement en reqaitlà il vaudrait fliiw^-teidia* coudre que d'accorder au duc un acte de gric^^ et qu'il croyait que l'un a'exciterait pas plusdelmût et de desordre que l'aitf re. hp dup riëppodit q^i» c'était une faveur qu'où p'avait pre^qi^ jia«iai3 i?efusée à aucun minîstr^, fst^iu'il eapor^ît fiinaîqu'on ne la lui rfsfu^fsraUpa^; mfti$ h SIqî pfursîata «dans $a r^spiutiop. )i En sorte q«e bidnc »e piatV^effijpyê^er d'AUgurer tristement de sa fiutone dfislinée lorsqu'il Yit.#es ennemis si AolmrMés .oonire Ittt , cei|):qu'^ ^vait pris po^r ^ses luniis l'abandooser ay^p tant de peri^di^ , M k iVôi ininméme si pcai f^me dans la résolution qu'il avait fofniée de Je Sputenir. (< Cela le fit renoncer à la i^ensée qa'il avait eue de se tenir quelque temps cacbei Ltor* dres^ comme on le lui avait coqsieilié^ afin dev9V jDçmm^nt toHrn^rai^ojt les choses. Il pensa (^ le •s^îjfx de sa sûreté lui ord.oanait de partir^ ayant tq^ lieifi d/e croire qu^op en voulait k sa vie* f» Cependant il ne s'al>fu\don9a point à la FmTi*- .denceau poiqtde négl^r toutes les mesures. i^Ul pouvait pren4re raisonnablemenit pQiH* satsAreté; il élail toujours résigpé ^ imais JAmais»déa^Sf^né. Il ne manqua pas à son dépaii; de mprésist^ter au Roi le dflpger qu'il y avait pour lui a a'd»iiar ' donner aux conseils de ces luvmmfiis Aimid^s 9 irréspUis et perfidie^j 41 lui mit ^ws Jes jieiw l'exeinple non^seuleme^t de ses prédéftf ase^cs 9 mais aii^ssl celui du feu Roi leur père y lui *fit

cdisçr^r qtii» ie eèle dte la religion éUh lé prétexte 'employé mdinlenant comme alityps, et que le hïA tt les desseins des<4eux partis étaient absolu raectt lei mêmes; qu'il ne derait done pas croire aux assurances qa^on lui cjoiinaity q^e les -eomp^isances aoiquelies on l'engageait ne pan* Taieut manquer d'aToir un ^kin sueoès ; qu'elles retarderaient pent-^être le jour &tal , mais le reodraîeut pins redcMitabte. 11 parla ensuite à •Sa .Majiésié des mesures qvie ses lenpiemris pren*- ^ tlraéent probablement contre lui^ seit «de d'ac- CBsaftion^soytbitld'attainderou bi|l d'crxclusioo. C'était pour se garantir du premier qu'il avait désiiré des lettres de grâce de Sa Majesté, parce que si une fois l'acte d^acousatioài avait été admis par la diambre des lords, les communes ne manqtketsAent eertaînèment pas de presser Sa Majesté *de ^publier une proclamation pour l'oUiger à Ge«Bparafît):e à un jour fixé; que s'il n'obéissait ^6 il seraiîtdéclaré traître, et qu'alors s'il venait '^ mourir avant Sa M^je$té, ses enfans ^nés d'un asog soiiillé ^ ne pourraient plus être iréhabrtttés q^e par* acte du parlement. Le Roi lui dit quHl n'y avait nullement a craindre qu'ils prissent cette marche^ mais que^sic^la arrivait il ne'Consenli*reiit jamais à une semblable ppoclamaltion ; qu'il les engagerait affaire toutes les lois qu'ils pourra ientj^erneeessairespottr lasûreté de la religion en lenrjMfdm^tt^BMQtd^y congfntir, mais qu'il leur

dirait quHls ne deyaient pas compter sar lai pour seconder leurs mauvais desseins contre le duc son frère , et que s'ils le pressaient trop fort il dissoudrait certainement le parlement ; mais qu'il croyait plutôt qu'ils le poursuivraient par voie de bill , ce qui donnerait plus de temps pour se mettre en posture de défense. Quoi qu'il pût arriver ^ Sa Majesté dit au duc qu'elle était déterminée à ne jamais consentir à aucune demande déraisonnable ^ soit par rapport à lui ou à la milice , ou aux époques des sessions; en un mot, qu'elle ne se prêterait jamais à rien qui put diminuer son pouvoir ou sa prérogative.

u Le duc répondit qu'il était fort aise d'entendre Sa Majesté lui expri mer cette résolution , mais qu'il craignait toujours que les mêmes conseils et les mêmes conseillers, qui avaient déjà obtenu tant d'empire sur sa Majesté ^ ne parvinssent à l'entraîner à quelque concession sur les points dont elle venait de parler. Il appréhendait fort que lorsqu'il aurait le dos tourné» il ne se trouvât plus personne pour se hasarder à donner à Sa Majesté des conseils courageux 9 surtout après l'exemple que Sa Majesté leur aurait donné si récemment de sa facilité à changer de projet en consentant à renvoyer le duc après avoir si positivement résolu de n'en rien faire. Enfin il s'étendit sur la marche qu'il croyait nécessaire que le Roi suivit pour l'inlérét de sa propre conservation, et n'ou-

DE JACQUES IL 537 i

blia cjlans son discours rien de ce qui eonv^iait 1

à un loyal sujet et au frère le plus afTectionné. n

Le duc avait d'autant plus de motifs pour s'appliquer à fortiûer le Roi dans ces bonnes rë* solutions, qu'il voyait bien d^ns quelles noiains il le laissait, quels artifices on avait eniploye's pour influer sur sa volonté , et qu'il était biea sûr qu'on en aurait toujours de pareils tout prêts au besoin, a II voyait clairement que les ministres^ qu'il avait regardés d'abord si fort comme ses amis, étaient les premiers auteurs de ce nouveau projet , et qu'ils avaient arrangé et préparé, les choses avec la duchesse de Portsmouth, long* temps avant d'en avoir parlé au Roi ; que pour Ls disposer par degrés et l'apiener à leur opinion t ils lui avaient représenté sa situation comme beaucoup plus fâcheuse qu'elle ne l'était réellement , lui avaient montré le peuple entièrement aliéné, la flotte prête à l'abandonner, et la garde même déjà infectée d'un commencement de contagion, tellement qu'on n'y pouvait plus compter. Chacun lui redit séparément les mêmes choses comme si c'eût été son opinion particulière ; en sorte que le Roi, saisi de terreur, devint incapable de résister plus long-temps et finit par consentir au renvoi du duc.

« Il n'est pas douteux que la duchesse de Portsmouth n'eût fait ses conditions avec lors Shafîtesr bury et le parti factieux. Plusieurs fois dans le

coars de l'été elle était yenue de Windsor à Londres; dans un de ses voyages elle avait eu une conférence avec lord Howard d'Escrick, et quand le Roi lui en parla elle lui dit que c'était pour le ramener : mais il parut bien que c'était elle qui avait été ramenée par cet entretien ; car outre qu'elle chercha querelle à la duchesse sur ce qu^elle ne lui montrait plus autant de bienveiliance qu'auparavant^ et ne lui témoignait pas autant d'égards qu'à madame de Mazarin y elle se plaignit aussi du duc^ sur ce que, pendant la dernière maladie du Roi, il ne lui avait fait aucune offre d'amitié. Il était impossible qu'elle ne sentît pas combien de pareilles offres de sa part eussent été déplacées, la maladie du Roi eût-elle été plus dangereuse qu'elle ne l'était en effet. Elle savait très-bien , ainsi que tous ceux de sa cabale , que le duc n'abandonnait jamais ses amis, et qu'ainsi ceux qui l'étaient réellement pouvaient en toute sûreté compter sur lui; mais quelque soin que lui et la duchesse pussent mettre à être bien avec elle , comme ce n'était pas là la véritable cause de leur mésintelligence, ils ne parvinrent point à la ramener. »

Le 21 octobre, lendemain du départ du duc, le parlement s^assembla, et le Roi, dans son discours, l'infor^aa des alliances qu'il avait faites avec l'Espagne et la Hollande, représenta que Tanger avait été cette année une grande occasion

de dépense^ et qu'en conséquence il demandait un subside; qu'il ne youlait pas que les chambres portassent atteinte à la succession, mais qu'il était prêt à s'unir à toutes les mesures qu'on voudrait prendre d'ailleurs pour la sûreté de la religion: il les avertit en conséquence de procéder à la découverte du complot papiste et au procès des cinq lords renfermés à la Tour.

Les communes firent peu^ d'attention à ce que leur dit Sa Majesté , et, au mépris de ce qu'elle venait de leur ordonner, s'occupèrent immédiatement de la succession. Il ne se passa donc rien d'important dans la chambre jusqu'au 1 1 novembre (i), où fut terminé un bill pour exclure du trône Son Altesse royale , la rendre incapable d'hériter de la couronne d'Angleterre ou d'Irlande , et lui interdire toute réclamation et toute tentative pour obtenir la possession de ces deux pays> y exercer le pouvoir royal, etc. y sous peine d'être considéré comme traître et puni comme tel ; quiconque l'appuierait dans aucune prétention de

(i) Le 26 octobre , jour où commencèrent les débats , il fat décidé que la chambre devait s'occuper . d'empêcher qu'un papiste ne parvînt à la couronne. ( Prévenu a papist successor, ) Le 2 novembre les débats recommencèrent , et l'on décida qu'un bill serait présenté « pour déclarer le duc « d'York inhabile à succéder à la couronne. » La première lecture du bill eut lieu le 4 > 1^ seconde le 6 ^ la troisième le 1 1 . ( Note de V Éditeur. )

34o MÉMOIRl^

ce genre ou lui recounaitrait aucun titre, soit par parole, soit par écrit, devait être regardé comme coupable du même crime. Le bill portait que si le duc d'York, passé le 5 novembre 1680 (i), entrait dans l'un ou l'autre desdits pays, lui et ceux qui l'aideraient dans cette tentative seraient regardés comme coupables de haute trahison, sans qu'aucun d'eux put être susceptible de grâce eu obtenir un noli prosequi; que tout magistrat, officier ou autres sujets de Sa Majesté, pourraient légalement s'opposer audit duc d'York dans toute tentative qu'il ferait pour revenir, qu'ils. étaient même requis de s'y opposer et de s'emparer de lui ou de le soumettre parla force. On ajouta à la fin de cet acte une réserve portant quUl n'affecterait en aucune manière celui qui devait hériter du trône après le duc d'York, ni aucun des autres héritiers légitimes , lesquels hériteraient comme si le duc d'York était mort , et on ordonna que ce bill fàt lu deux fois par an dans toutes les églises et relaté dans l'acte de toutes les sessions ou assises qui auraient lieu durant la vie du duc.

(i) Il paraît assez difficile que ce bill, la le 4 pour la première fois , prononçât le bannissement sous peine de • haute Irahison à compter du 5. On ne trouve , au reste , cette date nulle part.

{Note de F Éditeur. )

DE JACQUES II. 54x

Le débat de ce bill fut si solennel et le cas était si extraordinaire, qu'il paraît nécessaire de le rapporter en détail non-seulement pour Fhonneur de ceux qui , malgré toutes les terreurs et toutes ks menaces dont les poursuivaient ces hommes Tiolens , remplirent en cette occasion leurs devoirs de conscience et de justice , mais aussi pour montrer à quel point lu haine et Tem-portement entraînèrent des hommes, d'ailleurs gens d'esprit et de savoir, à braver les maximes les plus ordinaires de la raison, de là justice et de la religion elle-même qu'ils prétendaient défendre.

Lord Russel entra en matière (i) en disant que, puisque le parlement était assemblé pour aviser aux grandes affaires du royaume, il n'en connaissait pas de plus importante que la conservation de la vie du Roi , et celle de leurs libertés et de leur religion éminemment menacées par le papisme ; que si le parlement ne mettait pas d'empêchement aux progrès du papisme, le papisme mettrait bientôt empêchement à l'existence même du parlement. II proposa donc qu'on commençât par examiner le moyen de prévenir ce malheur, et d'empêcher en premier lieu que la couronne ne tombât à un héritier papiste.

Sir Henri Capel le seconda et soutint que les ■ ■ ■ ■ ■■ ■ ^'i' ' .11. ■ ■ é II ■

(i) Le 2& octobre.

papistes avaient été les principaux instramens de tout le mal qui avait pu se faire ou survenir dans ces derniers temps. IL dit que c'était par leurs conseils diaboliques que la guerre avait été déclarée avec la Hollande , afin que les protestant se détruisissent les uns les autres ; que c'étaient eux qui avaient engagé à séparer la flotte du prince Robert et du général Monk , dans l'intention def Jes perdre toutes deux; qu^ils étaient cause qu'on avait brûlé nos vaisseaux à Chatam; que c'étaient eux qui avaient mis le feu à la cité, et avaient empêché qu^on ne mit en jugement les gens pris sur le fait; qu'un papiste^ s'a vouant tel /avait été pendu h la hâte pour étouffer l'affaire ; que c'étaient eux qui avaient fait violer la triple alliance, et engagé le Roi à sficrifier son honneur en s'alliant avec la France , et en cherchant à s'emparer de la flotte de Smyrne avant d'avoir déclaré la guerre; qu'en Irlande les papistes^ au mépris des lois, avaient la permission de porter des armes; qu'en Ecosse ils avaient changé le gouvernement; qu'il y avait dans ce royaume une armée sur pied et presque point de parlement; qu'à voir l'ambassadeur de France si souvent à la cour, on serait tenté de le prendre moins pour un ministre étranger que pour un des membres du conseil du cabinet du Roi; qu'enfin, tout ce qu'il venait d'avancer était prouvé par les lettres de Coleman , et que c'étaient les espé-

rances qu'on ayait de ravénement du duc à la couronne qui faisaient naître et encourageaient ces énormes abus^ et qu'ainsi donc it convenait à la chambre d'empêcher que cet avènement ne pût avoir lieu. Plusieurs autres membres se joignirent à lui pour rejeter sur les papistes tous les malheurs et toutes les fautes qui leur purent revenir à l'esprit; et s'il n'eût pas été trop contraire à leurs desseins d'attribuer à une religion qu'ils décriaient si fort un pouvoir semblable à celui du prophète £lie^ ils auraient infailliblement mis sur leur compte les irrégularités de la saison. De la même manière, et dans le temps de la primitive Église > on accusa les premiers chrétiens d'arrêter là pluie du ciel, et d'empêcher le soleil de briller sur la terre; et certainement il aurait été aussi raisonnable de leur attribuer de l'influence sur la température, que de supposer qu'une poignée de gens, tous, à l'exception du duc, sans crédit et sans emploi, pussent diriger la marche du gouvernement. Tout cela fut pris pour bon , et ces raisonnemens parurent suffisamment solides pour déterminer à prendre en considération , préalablement à toute autre affaire , les moyens d'empêcher l'avènement d'un successeur papiste.

Ce point déterminé, le colonel Titus se leva (i), et dit que d'après ce qu'il avait remarqué des

(i) Le a noyembre.

dépositions faites dans l'affaire du complot papiste , il ëtaît clair que c'était l'attente du gouvernement du duc qui faisait naître et encourageait de pareils desseins et quMl n'y avait pas lieu d'espérer que le parti s'affaiblit tant qu'il serait soutenu par une pareille expectative. II proposa donc qu'on portât un bill pour l'exclure^ Milord Russel dit qu'il ne voyait pas d'autres moyens de prévenir des malheurs certains, qui autrement tomberaient sur la nation. M. Harbord dit que l'influence du duc dirigeait toutes les déterminations relatives à la paix et à la guerre^ aux alliances étrangères et aux affaires domestiques; que la convocation desparlemens, la durée des sessions et leur dissolution dépendaient uniquement de sa volonté; qu'il avait empêché de poursuivre le complot, et que, quelque respect qu'il portât à sa personne, il ne pouvait croire le trône et le Roi en sûreté sans son exclusion ; qu'il demandait donc qu'on la prononçât. M. Granville se leva ensuite, et convint qu'il y avait grand danger de la part du papisme, 'mais dit qu'il espérait cependant qu'on trouverait pour s'en garantir, dés moyens moins extraordinaires que celui qu'on venait de proposer; que lé Roi avait offert de concourir à tous ceux qu'on pouvait lui présenter, pour peu qu'ils ne portassent point atteinte à la succession au trône, et qu'ainsi on ne pouvait procéder à un tel bill sans

désobliger le Roi, et entraver toutes les autres affaires, ce qui pouvait avoir de fâcheuses conséquences , tant à rinte'rieur que dans l'étranger, il pi^ûposa donc un bill, portant le bannissement des papistes, un autre pour assurer la fréquente réunion du parlement, un bon choix de magistrats, et se flattait, dit-ii, que cela suffifait, ajoutant que d'ailleurs on ne devait pas procéder si sévèrement contre le duc, sans avoir entendu sa défense.

Sir Hçnri Capel répondit à la première objection que ce n'était pas une chose nouvelle de voir le parlement donner son avis en sens contraire à celui du )Roi; que c'était le grand conseil du Roi, et qu'on ne pouvait restreindre la liberté de ses votes; qu'oii avait des exemples d'avis donnés par le parlement, qui , désagréables d'abord aux Rois, avaient ensuite été par eux approuvés et adoptésl C'était ce qui était arrivé à l'occasion du dernier édit de tolérance, dont le Rbi avait déclaré d'abord ne pas vouloir se départir , et que cependant ensuite il avait jugé à propos de révoquer. En réponse h l'expédient de M, Granvîlie, le colonel Titus dit que bannir les papistes sans bannir le duc ne servirait à rien , puisqu'une fois sur le trône il serait maître de faire tout ce qui lui conviendrait; qu'on savait, par une triste expérience, que la force des loife était une défense bien insuffisante contré un

tyran papiste; qu'aucun prince de cette religion ne s^ëtait cru obligé de garder sa foi aux hérétiques.

M. Hyde parla en sens contraire, et dit que l'équité de la chambre était intéressée à ne con* damner personne sans l'entendre^ et sans quelque procédé juridique. Il lui paraissait douteux qu'un pareil bill pût être obligatoire, et comme il pensait que plusieurs royalistes seraient ainsi que lui d'opinion contraire, cela pouvait occasioner une guerre civile. Il était très - possible , dit-il, que le Roi survécût au duc, et alors pourquoi s'efforcer de prévenir une chose qui peutêtre n'arriverait jamais? Il ne croyait pas la situation si désespérée qu'on ne pût s'en tirer sans bouleverser les fondemens de l'État.

Sir Lionel Jenkins le seconda, et fut d'avis que, quel que fût le danger, il valait mieux essayer des expédieus , que de recourir d'abord à un remède aussi désespéré que le bill proposé. Ce bill, dit-il, était. si manifestement contraire aux lois, qu'il serait impossible de le soutenir sans le secours d'une armée. Il proposa donc d'essayer d'abord des expédiens, pensant qu'il serait. assez^ temps d'employer les moyens extrêmes, quand les voies et moyens ordinaires seraient trouvés iosufiisans*

M. Bennet répondit à sir Lionel, et s'étopna qu'on pût mettre en doute la légalité d'une pa*

reille mesure. Il dit que le pouvoir législatif était illimité^ que les communes pouvaient proposer aux lords et au Roi tout ce qu'elles jugeaient à propos , et certainement n'avaient pas besoin d'être autorisées par une loi à faire des lois, qu'il ne pouvait y avoir de loi contraire à celles qu'elles portaient; et quant à l'argument de conscience il l'éluda par un petit sophisme^ disant qu'il ne voyait pas que la conscience pût s'opposer à cette mesure, à moins qu'on ne fût obligé en conscience à introduire le papisme dans le gouvernement; qu'il craignait fort que les expédiens, lorsqu'on en viendrait à l'examen, ne parussent bien insuffisans; qu'aucune loi ne pouvait lier les papistes, car ils ne se croyaient jamais obligés à observer envers les protestans ni lois, ni parole, ni promesses, qu'autant que cela pouvait leur être nécessaire pour se donner le loisir de préparer le moyen de les assassiner^ et que quant aux dangers de la guerre civile, il ne croyait pas qu'elle pût avoir lieu en faveur de l'idolâtrie, surtout quand on serait une fois soutenu d'une loi pour la défense de la religion protestante.

Cette manière de raisonner ne parut pas concluante à M. Seymour : il trouva très-inconvenant que la chambre s'attachât précisément à la seule chose qu'eût interdite le Roi. Le papisme ne lui paraissait pas assez dangereux pour l'obli-

S48 MÉMOIRBS

ger à avoir recours à un remède si désespéré. On était en sûreté tant que durerait la yie du Roi y et si le duc venait à lui survivre , l'afiection de celui-ci pour la nation y son amour de la justice et de la modération^ ne donnaient pas lieu de rieo craindre de sa part. Il avait non-seulement montré pour les protestans autant de respect que personne, et ce qui faisait bien connaître sa modération c'est qu'il souffrait que ses enfans fassent élevés dans la religion protestante. C'était d'ailleurs^ dit M. Seymour, une entreprise si dangereuse de changer la religion de l'Etat établie par tant de lois , qu'il n'était nullement probable qu'un prince si sage et si prudent tentât une chose impossible à effectuer; car la loi qui prescrirait un pareil changement n'obtiendrait pas en Angleterre la soumission de tout le monde > ne serait acceptée que de peu de gens en Irlande > et de personne en Ecosse , en sorte quHl en résulterait Uùe funeste séparation et une guerre civile. M. Seymour ajouta que c'était agir dans les principes des papistes que de déshériter quelqu'un pour cause de i*eiigion y et qu'en donnant ce motif à l'exclusion du duc , on engagerait dans sa querelle tous les princes catholiques étrangers ^ ce qui obligerait à entretenir une armée permanente : chose plus dangereuse non-seulement pour la religion , mais pour la liberté du royaume^ que ne le pourrait être aucun successeur ou roi papiste.

Sir William Jones répliqua que les expédiens en politique étaient comme les remèdes des charlatans en médecine, qu'ils faisaient plus souvent du mal que du bien , qu'un gouvernement était un édifice trop pesant pour qu'on pût espérer de }e soutenir sur des colonnes déjà brisées ou cre-^ vassées, et qu'il craignait bien qu'aucun des ezpédiens qu'on proposerait ne fût exempt de quel-< que défaut. Il lui parut qu'il y avait plus lieu fie craindre pour la religion et la liberté si on n'exclijiait pas le duc , que de redouter la guerre civile si on l'excluait. Il tenait pour certain qu'un Roi papiste aurait des ministres papistes , des juges et des juges de paix papistes , des officiers de terre et de njier papistes , et aussi des évêques papistes; et puisque déjà on ne donnait d'em-*plois qu'à ceux qui voulaient un successeur pal^ste, quelle influence n'aurait pas un Roi de .<:ette religion. Il conclut de là qu'il fallait être bien crédule et bien imprudent pour s'en fier de la liberté et de la religion du royaume à la •bonne volonté d'un prince soumis au Pape et çlirigé par les prêtres et les jésuites. Il pensait que l'exclusion du duc resserrerait les liens qui unissaient l'Ecosse et l'Irlande à l'Angleterre^ au lieu d'occasioner une séparation entre ces royaumes; que la plus grande partie de l'Ecosse et les protestans de l'Irlande haïssaient le papisme autant que le pouvaient faire les Anglais; et

35o MÉMOIRES

quant aux princes étrangers, ce bill , disait-il , devait rendre l'Angleterre plus formidable à ses ennemis et pins utile à ses alliés. Enfin quant à l'argument de conscience , il disait que le duc n'était pas exclu pour sa religion , mais pour son incapacité à gouverner selon les lois d'Angleterk*ey et qu'il était indifférent que cette incapacité provint de sa religion ou de toute autre cause.

Ces réponses étaient bien peu solides^ surtout par rapport à l'objection principale concernant le serment d'allégeance qui oblige envers le successeur quel qu'il soit^ aussi bien qu'envers le possesseur actuel , et aussi par rapport aux lois permanentes du pays^ d'après lesquelles la couronne a toujours été déclarée monarchique et héréditaire 9 loi que les devoirs de la fidélité obligent tous les sujets à observer. Cependant l'esprit de faction et le nombre l'emportèrent, et on obtint la lecture du bili. Après la première lecture, sir Lionel Jenkins se leva et dit qu'il croyait contraire à la nature et à la justice de condamner un homme non-seulement sans l'avoir convaincu, mais encore sans l'avoir entendu et admis les témoins à décharge, et cela par une nouvelle loi , tandis qu'il y en avait d'anciennes toujours en vigueur relativement au cas dont il s'agissait. Cela lui paraissait , dit-il, extrêmement sévère et contraire au droit de tout Anglais. En second lieu, il dit qu'il était contre les principes

DE JACQUES II. 55l

de l'Eglise d^Angleterre de dépouiller un homme . de son droite parce qu'il différait d'elle en point de dogme, et à moins qae ce ^ne filt une doctrine universellement reçue, que le pouvoir de régner se fonde sur la grâce (i), il pensait pour sa part, dit-il , qu'il y avait plus de papisme dans ce bill qu'on n'en pouvait trouver d'ailleurs dans toute la nation ; car il n'y avait que les papistes et les hommes de la cinquième monarchie qui eussent jamais songé à déshériter les gens à cause de leur religion ; que les rois d'Angleterre tenaient leurs droits de Dieu seul , et qu'aucun pouvoir sur la terre ne pouvait les en priver ; il espérait donc que la chambre n'irait pas contre là loi de Dieu et du pays au point de changer la monarchie et de rendre la couronne élective; car si le parlement actuel déshéritait le duc pour sa religion , d'autres parlemens pourraient en faire autant sous d'autres prétextes, et au moyen de ces exclusions élire qui il leur plairait. Enfin il fit observer que le bill était contraire au serment d'allégeance qu'ils avaient tous prêté dans son sens littéral et sans s^ucune réserve jésuitique , ce

(i) Cette phrase de sir Lionel Jenkins est entièrement défigurée dans le texte par une ponctuation fautive. £n tout, ce texte assez défectueux , demande à n'être traduit qu'avec précaution.

( Note de r Editeur. )

352 MËMOinES

qui les obligeait tous envers le doc en qualité d'héritier présomptif et dont il ne connaissait aucune loi capable de les dispenser; et que bien qu'il ne se hasardât qu'avec circonspection à mettre en doute le pouvoir du parlement^ cependant il pensait que le parlement n'avait pas le pouvoir de dépouiller de ses droits Théritier du trône; qu'il regardait untel acte, s'il venait à passer^ comme nul de soi^ et croyait par cooséqnent de son devoir de s'y opposer.

M. John Hampden répondit d'abord qu'il y avait des précédens plus qu'il n'ien fallait de personnes condamnées par des bills sans avoir été entendues y que le gouvernement ne pourrait pas subsister si le pouvoir législatif de la nation n'était pas investi du droit de condanuier ainsi» Quant au second point, il répondit qu'il était manifeste que le but des papijstes était d'introduire la superstition et l'idolâtrie en même temps qu'un pouvoir étranger ^ et qu'il était absurde de prétendre qu'il fût contraire aux principes de leur religion d'employer le seul moyen capable de la conserver. ËnBn, sur le troisième points il répondit que des marnes causes on ne pouvait attendre que les mêmes effets, et que puisque la succession au trône, quoique l'ordre en eût été souvent troublé , demeurait toujours hérédi- \ taire , il n'y avait rien à craindre à cet égard ; "^^ enfin il dit que ce bill n'était pas un expédient si

ëtriinge> et que si le dauphin d<3 France ou Finfaiit d'tlspa^e devenaient protestant ^ il ne doutait p^^, qife ce3 royaumes ne demandassent plifs impatiemmiSAt que l'Angleterre Tapplicatioa d'un pareil remède*

Ces réponses étaient bien loin de satisfaire le^ p^r^qppe^ sincères et judicieuses : elles ne consi-* 4ériiient paS; les. dangers qu'on pouvait craii^dre 4^ U paç( du papisme comme assez imminent pom* que ce fût là le seul lAOyen de les prévenir; 6|> da^sle^c^s ou ils l'auraient été^ elles ne conveeaîlent pa$ de ce principe^ que tout moyen fut J^itiffiq pour défendre ssl religion ; car^ diaprés luette i^ègle^ on am!ait pu justifier la rébelUou y 1^ meurti^e et tout autre crinpi^e^ lorsqu'ils aur^eat pa^u nécessaires pour remplir ce but^ et; ^f^\ |i|)éa>i^tir to^te religion et toute morale, sous pir^teste 4e les soutenir ; et ^ bien que l.es biHumes d'uîi esprit plus caJLme ne pussent s'em* pécher de rougir dç tç# horribles doctrines, tapt ^e l^s io^aginatip^ ét^iep t poursuivies par le fan- %^^e,d,t^ papisme, il i^'y avait pas moyen défaire ^tef^re raî$on à la majorité de là chambre. Qfï o^]donna dqnc de grossoyer Le bill , et alors IVJ. Yejpnpn en dçxi^apda upe nouvelle lecture. (i);.

"■> y !■>" ■ Il ■ . »»T» ■ ■ » ■."* '■■■■■ ■!' '

(t) Le II y M. Yernon demanda la troisième lecture ; Uordve. d'enregistrer le biU devait avoir été donné le 6.

( Note de F Éditeur. )

35/î MÉMOIKES

alors sir Lionel Jenkins répéta ce qu'il avait déjà dit^ faisant observer qu'on n'y avait jamais répondu directement, et ajouta qu^ii était bien dur que le duc , doué de tant de talehs si distingués > qu'il avait employés au service de la nation en exposant sa vie dans les combats^ fût traité de la sorte par ceux dont il avait si bien mérité. M. Hyde parla dans le même sens, et dit que le duc était traité avec plus de rigueur que ne l'avaient été les derniers meurtriers du feu Roi, qui avaient eu un procès en forme et toute liberté de se défendre. Sir William Hickraan se leva alors pour parler en faveur du bill , et commença par énumérer toutes les objections : i^. qu'il était contre lajusticenaturelledecondamner un homme sans l'entendre, et que la sentence était trop sévère pour un crime si léger ; a*; que lé bill était contraire au sermiént d'allégeance et aux principes de la religion protestante, et serait en conséquence un déshonneur pour l'Eglise; 5*. que l'acte serait nul de soi , et qu'il y aurait un parti loyal qui refuserait toujours d'y obéir; 4**. ^^^ cette exclusion rendrait la couronne élective et occasionerait une guerre civile ; 5^. enfin que la rései've en faveur des enfans du duc u'étàit pas assez fortement exprintée. Quant au premier point, il posa comme convenu que le bill était nécessaire à la sûreté du Roi et du royaume, que^ d'après les règles de la justice et.de la religion ^

ils étaient tenus de défendre y et dont les inté-* rets devaient passer ayant tous les droits et les intérêts de qui que ce fût. Quant au second point , il admirait , dit-il , qu'on présentât une telle objection ; il n'avait jamais entendu réclamer le serment d'allégeance en faveur du papisme y et n'avait jamais conçu que ce serment s'étendît à un successeur durant la vie du Roi ; et pensait^ en conséquence y qu'il n'était nullement nécessaire qu'on en fôt relevé pour exclure le duc y et que ce rie pouvait être un déshonneur pour l'Eglise d'em-ployer tous les moyens légaux pour se défendre du papisme. Les amis du duc trouvèrent ces raisons aussi peu concluantes que les autres ; car il était certain que^ le cas échéant^ le serment était obligatoire^ quand même il ne le serait pas pour le présent; que, sans cela, le serment prêté au successeur n'aurait aucun sens; et, quand on soutenait que l'Église pouvait, sans déshonneur, em^ ployer, pour se défendre du papisme , tous les moyens légaux , c'était supposer comme prouvée la légalité du moyen que l'on proposait, ce qui était encore en question. Quant au troisième et au quatrième point, sir William Hickman soutint qu'il était étrange de mettre en doute que le pouvoir législatif de la nation eût le droit de faire des lois obligatoires pour ses sujets, et de supposer, en conséquence , que quelqu'un refusât d'y obéir ; que la mesure proposée était , au contraire.

le moyen d'éviter la guerre civile^ en encourageant le parti protestant à soutenir sa religion lorsqu'elle aurait une loi pour Tappuyer. Cette réponse était aussi peu satisfaisante que les autres; car y dès qu'il existait une loi juste et à laqueUe on avait déjà obéi , prescrivant le ser^ent^ quelle au^tre loi pouvait^ à l'avenir^ en absoudre. Cependant le parti prit toii^t cela pour bon; et, afia d'empêcher qu'op ne fôt trop frappé de la fausseté de ces argunaens ^ sir Francis Wionîngton ^'^fforça de les couvrir des fleurs ordinaires de son élf>quencç. U soutint que 1^9 arguroeas em* pi^yés contre le bill n'étaient pi;opres qu'à endormir le parlejpent dans une négligence et iine sûreté fatales ^ en lui faisait regarder comme inutile ou sans objet tout ce qu'on proposeirait <iontre Ifî papisme; mais que plus on a'efiEorçait p^r là d'en rapprocher les esprits^ y pluj$ \\ était nécessaire d'y mettre obstacle par l'adoption, du bilL U prétendit que c'était p^r les i^trigu^ d^ pépiâtes que la nionarcbi)& était déchue ep puissance , en honneur^ en réput^.tion; que c'était à eus; qu'il fallait attribuer les d^'sastres 4^ la £lotte en 66 ; le pçu d'espérance qufon avait 4p. rétab).ir notre marine sur le pied dç i&>i;ce et 4^ splendeut: où elle avait ét|;' pi^éçédeninientj la marche dpuble et tortueuse suivie p^r les mii)î|^tres daji|^ les. négociations à. l'étranger^ aj^oide denieurçr en. bonne intelligjenceaveç la France* U

DE JACQUES IL SSy

dëclarâ que du i^èle d'arbitre de ITEurope nhns ëtiohs descendus k celui de la dernière nation de TEurope; que le gouvernement e'tait affaibli non moins par ses dissensions et les débauches de la tour, que par tes craintes et les méfiances qu'il excitait ; que nous avions été' au moment de notre perte lors de Tincendie de la cité de Londres , de l'ëdit de tolérance , de là réunion de Tarniée a Black-Heath , et plus récemment lors de la découverte du complot papiste; que la vie du Roi était la seule sauve-garde qui préservât encore l'Angleterre d'une ruine complète; que tous ses dangers passés et présens étaient dus au papisme, et qu'où ne pouvait espérer qu'ils diminuassent sous un Mccesseùr papiste, a Je m'étonne donc, dit-il , « qu'on puisse s'opposer au bill par des motifs <v pareils à cieux qu'on présente; la justice nature relie noiis oblige à l'adopter pour notre défense « personnelle , et il serait de dangereuse consé- K quence de prétendre que le serment d'allé- « geance pût nous engager envers l'héritier préa somptif en cas qu'il voulût exciter une ré- « bellion , ou que ce fût un déshonneur pour ir l'Ëglislé de s'opposer à sa propre destruction. « Tous ces argumens, dit-il , ne nous ibnt donc « aucune impression : le Roi , il est vrai, tient H son droit de Dieu , et ne peut rien faire u de mal; mais si nous voulions attribuer le « même privilège à son successeur,, nous tombe- '

« rions dans une étrange confusion. Un homme c( ne peut avoir droit à rien plus qu'à la vie , et w cependant^ en cas de crinie , elle lui est quelce quefois ôtëe dans l'intérêt du bien public. On u en peut dire autant de tout droit , lorsque la « première autorité législative juge la chose né* « cessaire pour la sûreté des gouvernemens. Le « statut de la treizième année de la reine Élisa- (c beth n'a-t-il pas déclaré que c'est trahison de « dire que le parlement ne peut changer l'ordre « de succession; et n'a-t-on pas vu^ du temps « d'Henri VIII , ainsi qu'en d'autres règnes ^ plu- « sieurs exemples de changemens pareils? »

Enfin les amis du duc ne purent parvenir à

faire sortir ses adversaires de cette supposition

injuste et sans fondement^ que c'était au papisme

qu'il fallait attribuer tous les malheurs arrivés

et tous ceux qui pouvaient^ à l'avenir, tomber sur

la nation; et que, si le duc succédait au trône,

le papisme arrivait nécessairement sur ses pas.

Il ne fut pas possible de les obliger à distinguer

ce qui est dû à un héritier présomptif, tant que la

couronne ne lui est pas encore dévolue , et ce

qu'on a juré de lui rendre au moment où elle lui

arrivera ; car, bien que le successeur ne doive pas

être placé sur le même rang que le possesseur

actuel, cependant^ par leur serment, ils étaient

obligés de défendre ses droits, qu'ils étaient au

moment d'annuler ;i et s'il lui arrivait de succé^

der au trône y Fallëgeance natureUe et le serment qu'ils avaient prête les obligerait à lui obéi r^ de même qu'il les oblige maintenant d'obéir au Roi actuel y et serait en contradiction directe avec la loi qu'ils s'efforçaient d'établir^ Les amis du duc avouaient qu'on pouvait^ pour le bien public^ ravir à un homme sa vie et sa liberté ; mais ils disaient qu'il n'était pas légitime de le faire sans une juste cause et un procès en règle; et^ bien que le statut de la reine Elisabeth eût déclaré trahison de dire que le parlement ne pouvait changer la succession au trône ^ cependant ces précédens et tous ceux du même genre avaient été^ dans des temps plus calmes ^ regardés comme des empiétemens sur la prérogative^ et on n'y avait eu que peu ou point d'égard^ parce que le Roi tenait sa couronne de Dieu seul^ et qu'ainsi aucun pouvoir sur la terre n'avait droit de la lui disputer. La réponse des adversaires du duc à la dernière question était un peu plus plausible que le reste. On leur disait que d'après le bill^ si le duc venait à avoir un fils, il se trouverait exclu par le bill ; mai& ils répondaient que cela serait dans ce cas-là comme lorsque le* Roi meurt sans enfans : on proclame pour prévenir l'interrègne le plus proche héritier^ bien que la Reine puisse se trouver grosse , et que dans ce cas le droit de succéder appartienne en première ligne à son enfant. Enfin on répondit à. tout par des votes y et

36o MÉMOIRES

comme ils étaient dictés par ta faction plus qtie par la raison y le parti était sûr de la victoire et le bill passa.

Cependant ils n'auraient pas si facilement réussi sans les artifices qu^ils eurent soin d'employer pour aplanir la route et la débarrasser de tout ce qui pouvait leur faire obstacle. La haine et la ruse étaient cheâ: eux au même degré 9 et s'aidèrent mutuellement à accomplir leurs projets. Ils avaient montré l'excès de leur malveillance par la proposition et la rédaction de cet acte ; ils ne montrèrent pas moins d'artifice à en préparer le succès. Ils avaient non-seulement écarté de la chambre plusieurs membres bien intentionnés ^ en punition de ce que ceux-ci avaient empêché dans leurs provinces respectives hi signature des pétitions ^ mais ils avaient encore frappé le reste d'une telle terreur par le ton impérieux de leurs votes^ les menaces qu'ils faisaient de comprendre dans le complot papiste ceux qui s'opposeraient à leurs vues^ et par dé fausses dénonciations , que plusieurs de ceux qui désiraient servir le Roi et voulaient du bien au duc n'osèrent ouvrir la bouche. Le dernier renvoi du duc et la manière dont il avait eu lieu^ avait éloigné de lui un certain nombre de gens qui voyaient qu'ils ne pouvaient attendre aucun quartier de la chambre s'ils ne votaient pas dans le sens de la majorité et qui désespéraient d'être

DE JACQUES II. 56t

soutenus par le Roi ^ si le parlement venait à les poursuivre; car, pensaient - ils , qui pourrait espérer d'être protégé si le duc ne l^taît pas? Cela fit que beaucoup de gens ne pensèrent qu'à se mettre à couVert et demeurèrent au moins passifs dans cette dangereuse discussion.

w Aussitôt que lè duc fut instruit de ce qui s'était passée il ne manqua pas de représenter à Sa Majesté combien il serait de fâcheuse conséquence pour lui et pour ses successeurs qu'elle souffrit qu'on rendît la monarchie élective, et qu'elle permit aussi qu'on arrachât violemment d'auprès d'elle d'honnêtes gens ou qu'on les empêchât par la terreur de suivre leur devoir , en employant à leur égard soit un insolent despotisme ou la crainte d'être compris dans de prétendus complots et de succomber à là haine et aux intrigues des ennemis de Sa Majesté. Il lui fit remarquer qu'on voyait paraître tous les jours de nouveaux misérables pour accuser non-seulement ses amis d'Angleterre, mais aussi ceux dlrtande, comme le duc d'Ormond , le lord chancelier et d'antres; que si elle laissait aller de pareilles manœuvres, elles s'étendraient comme la flamme d'un indendie , et qu'outre l'injustice de laisser aiuâi condamner des lnnocens,si elle^acrifiait les honnêtes geAs pour apaiser la fureur des mé-* chans , elle se trouverait bientôt privée de tout appui. Il rappela aussi au Roi l'erreur qu'avait

36a MÉMOIUES

commise le Roi son père en se laissant engagera de pareilles complaisances ^ et lui fit observer que puisque tôt ou tard il serait obligé de résister^ il Talait mieux le faire pendant qu'il lui restait encore quelque terrain oii il pût tenir pied et quelques amis pour le soutenir , que d'attendre que tout fût perdu. L'Ecosse et l'Irlande lui étaient toutes deux fermement attachées , et il y avait encolle en Angleterre des milliers de personnes qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal ; c^était donc bien assez pour le défendre s'il voulait se défendre lui-même. Le duc assura Sa Majesté qu'il ne lui disait pas cela par aucun doute sur son affection pour lui et sa fermeté à tenir la promesse qu'elle lui avait faite de ne jamais consentir à aucun, acte d'exclusion porté contre lui^ mais qu'il n'avait d'autre vue que de la, presser de ne point perdre de temps^ puisque ses ennemis n'avaient garde d'en perdre^ et de mettre, un terme à ces accusations sans fin contre ses meilleurs amis ; qu'il n'y avait que cela qui pût assurer son repos et son bonheur ^ qu'elle ne devait pas espérer d'obtenir par ses complais^inces forcées pour les prétentions déréglées de son par^ lement y et qu'elle devait se rappeler la manière dont on avait tenu au Roi son père la pronresse qui lui avait été répétée si souvent de faire de lui le plus grand roi de la chrétienté. »

Ces représentations ne furent pas sans effet y

elles réveillèrent, les craintes et la sollicitude du Roi et l'engagèrent à répéter , dans un message aux communes 9 ce qu'il avait déjà dit dans son discours par rapport à la succession^ qu'il était déterminé à n'y jamais apporter aucun changement : ce qu'il fit, moins dans l'espérance d'arrêter à cet égard la marche de la chambre, que pour faire tomber le bruit gu'op avait eu soin de répandre que le Roi au fond n^était point contraire aubill. Ce fut à l'occasion de la proposition de ce message dans le conseil , que lord Hallifax se sépara pour la première fois entièrement des autres en manifestant son aversion contre le bill , et que lord Sunderland etM. Godolphin trahirent les intérêts du duc en soutenant sous main le bill au^ tant qu'ils l'osèrent. Ainsi quand le Roi déclara dans le conseil sa résolution de travailler à ce que le bill fût réjeté dans la chambre des lords à la première lecture, les deux hommes dont je viens de parler s'y opposèrent ainsi que lord Essex , disant que certainement il ne serait pas raisonnable que le bill passât comme il était, mais qu'il pourrait subir dans le comité quelque modification qui changerait, par exemple, l'exclusion en un bannissement momentané ou quelque autre chose de semblable , et qu'il était surtout nécessaire de prévenir une rupture définitive entre le Roi et le parlement. Ils prévoyaient très-bien que si le bill était une fois renvoyé

564 MÈMOIRBS

À un comité y on trouverait moyen , par tes ndresses de la chambre basse ^ les pétitions de la cite 5 les clameurs da peuple et des menaces de toutes sortes^ d'assurer aux communes une victoire entière ; mais le Roi comprit leur artifice •et cette manœuvre de leur malveillance ^ et se résolut de ne pas laisser traîner l'affaire en longueur dans la chambre des lords. Eti conséquence y il sollicita lui-même contre le bill et dit à tous les lords qu'il rencontrait ^ que rien ne pouvait être plus utile au bien de son service et au repos public que de rejeter le bill à la première lecture.

Il n'y a pas lieu de s'étonner s'il passa si rapidûment à travers la chambre des communes^ «mporté , comme tout l'était alors , J^ar la violence du courant. Cependant , lorsqu'il fut prêt à passer^ oh le laissa dormir pendant quatre ou cinq jours ^ pensant que les lords n'étaient pas suffisamment préparés à l'adoptçr. Pendant ce temps ^ les factieux s'efforcèrent d'effrayer les lords et le Roi par des adresses du conseil commun y par la réponse des communes au message de Sa Majesté y et surtout par les avis que l'on donnait continuellement aux lordà de nouvelles découvertes et de coitaplbts épouvantables dont toutes les accusations tortibaient sur le duc et ses amis. Précisément au moment où le bill «illait être présenté à la chambre haute ^ deux

lords Tinrent lai apprendre qu'un homme était a la porte pour leur réve'ler la plus odieuse conspiration dont on eût jamais ouï parler dans cette chambre. On le fit entrer , çt il se trouva que c'était M. Dangerfîçld^ dont le visage ne lui était pas inconnu > mais qui n'en eut pas moins l'impudence d'accuser le duc de lui avoir proposé de Huer le Roi ; et , pour effrayer encore davantage les amis du duc, il dit que milord Feterborough était présent à cette proposition , et que le lord du sceau privé en était instruit^

On ayait fait usage du même stratagème dans la chambre des communes, lorsque le bill, y avait été présenté pour la première fois. Dugdal^ y avait accusé le duc de la manière la plus terrible ; «et un nommé Francisco Péris prétendit, avoir été payé pour tuer lord Sb^ftesbu^y , Oates , etc. Dangerfîeld fît aussi alors contre le duc 9 la dénonciation qu'il vint répéter ensuite dans la chanibre des lords ; mais le^ communes n'avaient pas besoin de ces excitans pour avaler le bill dont elles étaient elles-mêmes si ayides. On réserva donc le témoignage de Dangerfîeld pour s'en servir au besoin, et il parut devoir être employé comme véhicule à l'égard de la chambre des lords , à qui il n'était pas aussi aisé de faire digérer ce qu'on lui proposait à cet égard.

Leprojiet était de se servir de cette dénonciation contre les amis du duc, pour obtenir qu'on

leur ordonnât du moins de se retirer de la chainbre pendant les débats du bill , et, par ce moyen, de priver le duc de leur voix en même temps que cela frapperait les autres de terreur. Cette manœuvre eut Teffet désire sur le lord du sceau privé, qui, bien que disposé favorablement pour le duc , vota en faveur du bill ; mais lord Petèrborough se défendît avec succès , fit connaître aux lords que cet homme Tayaut accusé dernièrement pour un autre fait devant le Roi et son conseil , avait déclaré alors ne savoir rien autre chose contre lui. Les lords ne jugèrent donc pas même devoir le faire arrêter. Si la manœuvre eût eu le succès qu'on s'était proposé , on aurait accusé ensuite les autres amis du duc, n'importe de quoi ; mais seulement de manière à les empêcher de siéger jusqu'à la fin de l'affaire.

La discussion plutôt suspendue que terminée, on commença à s'occuper du bill d'exclusion que lord Russel avait présenté. aussitôt après la dénonciation de Dangerfield (i). Il paraît que plusieurs des membres des communes s'étaient opposés à ce qu'il l'apportât sitôt à la chambre

(i) Cétalt le 26 octobre que Daiigejrfield avait fait sa déposition à la chambre des communes, et Ce fut aussi immédiatement après que lord Russel prit la parole.

( Note de r Éditeur, )

faaute^ qu'ils ne croyaient pas suffisamment préparée ; mais Timpëtuositë de son caractère et la chaleur excessive qu'il mettait à cette proposition l'emportèrent de telle sorte, qu'ayant trouvé moyen de s'emparer du projet de btU, il sortit en l'emportant malgré tout ce qu'on put faire pour l'en empêcher. Voyant donc qu'il était impossible de l'arrêter y un grand nombre de membres l'accompagnèrent luietlebill, et, au moment dé la remise, firent entendre de violentes. accla^ mations : manière d'agir tumultueuse et sauvage qui rappelait trop bien l'année 41 > pour ne pas convaincre- tout homme judicieux que si- on n'y portait remède à temps , elle servirait de prélude à une nouvelle tragédie du même genre. Le Roi le sentit si bien, que ce ne fut pas un des moindres motifs de la fermeté qu'il montra dans cette occasion, non-seulement dans la vue de rompre les efforts des factieux dès les premières attaques, mais aussi parce que plus les factieux montraient d'aversion contre le duc, moins Sa Majesté avait lieu decraindre aucun attentat de leur part contre sa personne, tant que le duc serait destiné à lui succéder; en sorte que tandis que le parlement-voulait faire passer le duc comme l'homme le plus appliquée à encourager les conspirations contre la vie dû- Roi, le Roi, d'un autre côté, le regardait comme son principal rempart et sa première garantie contre tout attentat de cette na-

ture y et Ton vit bientôt après qu'il ne les eraignait pas sao^ raison*

{jp bill une fois arrivé à ia chambre des lords^, le; parti malinientionné fit tous ses eSojrts pour prolonger le débat de l'affaire de lord Peterbor rough y afin que la discussion fût remise au len^ demain 9 espérant^ pendant cet intervalle parver nity soit par la terreur , soit par la séâj^tioUf à entraîner beaucoup de gens| n^ais les a^iis du duc 9 qui redoutaient un délais pressèrei^ s^i viT vement la chose > qu'ils parvinrent enfin à faire décider sur-lé-champ son sort. Âpres la première lecture , la chambre se fprma #a c&ittili^ qui dura jusqu'à neuf heures du j^oÂr* Qftiie sau* rait se représente^* ayec quelle haine et q^?)le violence le biU fUt soutenu d'un oôt^ , avec G^mbiien de savoir et d'éloquence on $'y opposa 4e V^ijLtre. Ce fut dans cette acca$io« qu4 1^(1 Hallifax se dj^sti^gua ,. non Vkom» par sa grande eapË^ciié et ^ pi^ésence d'esprit que par sao zèk et Ç9, l)Oyauté. H répwdi.t pleînemftnt et mv4^^ chai^ip à tout ce cpi!E^mx e* Sbaft«$JwBy a^tai^ot

préparé et concerté en^eoible ^ ^ 1^ p^rla pas mqi^^ dequinzie ou sei^ fois. i<e$ autres amis du duc jae njis^qi^rent poinjt à leur dSFoir , et a^pçès Iç dj^at le plu$ solennel qu'^n eûtjiainaîs puï daui^ cf tte uobl^^ çi^emWéft, w mit awx vioî* la que^l^ion de sairoir si LebUl devait ou non êtec rejeté* Vaffirmative passa à la:majoritéde,trenteHtwisyoix-

Ceti€ victoire signalée releva et fortifia beaii^ coup le parti de Son Altesse. Elle mit au jour beaucoup d'intentions cachées et montra les différentes couleurs beaucoup plus tranchées qu'elles nel'avàient été jusqu'alors. On reconnut la loyauté de quelques personnes dont on avait douté au^ paravant , et l'on vit à plein les mauvais desseins que d'autres avaient long-^temps cachés sous des prétextes d'amitié. Lord Sui^derland , entre autres, manifesta la corruption de son cœur^ qu'il avait fardé jusque-là d'obséquieuses apparences de zèle et d'affection. Personne ne fut plus surpris et plus mécontent que le Roi^ lorsqu'il apprit que le lord avait voté en faveur du biU. Il se promit de lui eu dire bientôt son avis.

Mais, bien que le ciel se fàt un peu éclairei, d'épais nuages parcouraient encore l'atmosphère. Le bill ne fut pas plutôt rejeté., que les lords s'occupèrent des moyens de garantir la religion ; et telles étaient leurs craintes à ce sujet, que les mesures qu'ils regardaient comme modérées auraient été en quelque sorte aussi funestes au duc que celle qu'ils venaient de rejeter. Lord Ha Uifax, qui s'était si fort signalé contre le bill d'ex* clusion, en proposa sur-le-champ un de bannissement, et pour la vie; mais en cette occasion la haine des ennemis de Son Altesse royale lui fut plus utile que le zèle mal entendu de ses amis: car, par bonheur, le parti factieux ne voulut pas 2. 24

S7Ô MEM0IHE8

se contenter d'une chose qui eût été si fanèàte au duc^ et qui eût probablement passé alors 5 tant on était effrayé et hors de sens. Mais, voulant obtenir quelques mesures beaucoup plus ei<travagantes^ ils se jetèrent dans des voies auxquelles on ne pouvait amener le Roi , et ce fut en définitif ce qui contribua le plufe au salxit du duc ; cat lord Shaftesbury^ se moquant de la proposition de lord Hfillifax^ comme d'une -m^ure qui ne pouvait avoir aucune sc^îdité^ ce qui était aussi peut-être là pensée de lord Hallifai, dit que puisque le bill était rejeté , il ne restait d'autre moyen que de faire divorcer le Roi,ie^ de lui faire épouser une femme protestante. Cette idée absurde, bien que soutenue de plusieurs personnes ^ inspira au Roi une telle horreur qu'il parla lui-même en particulier à chacun y comme il avait fait la veille, dans l'intérêt du duc, pour étouffer aussi, s'il était possible, dans son ori- {;ine , un si détestable projet.

La nouvelle du rejet du bill apportée aux communes les frappa comme la foudre, et de même que des gens qu^elle a atteints, toute la chambre demeura quelque temps sans mouvement; enfin sir John Hothum proposa de s'ajourner au lendemain, ce qui fut adopté, attendu qu'il était nécessaire après un tel coup de rassembler ses esprits et de retrouver quelques forces, pour être en état de p^^eâvdre une résolu-

lion sair ce qui restait à :Caire. Ck ftocéâé aTak quelque chose de singulier; car^ enfin ^ quel te^aps et quel lieu plus propre à re'gier lès affaires de la chambre que celui de ses séances? Mais on ne se faisait pas scrupule dé déclarer ouvertement 5 par là 9 que les projets du parti ne pou- Taient être confiés à la chambre , quHls n'eussent été concertés et convenus dans une cotterié particulière 9 d'où ensuite on les portait à la chambre^ uniquement pour la forme , et pour ^gir avec méthode; en sorte que^ non-seulement on faisait passer le gouvei^nement des mains dii Roi dans celles du parlement, mais qu'il sortait même du parlement pour aller au clubîde la taverne du Sun et de Kings'head.

Le lendemain, 17 novembre, avait été désigné par l'ordre de la chambre pour prendre en con-^ sidération cette portion du discours de Sa Majesté , qui avait rapport à Tanger. €ètte place uvait été^ depuis quelque temps , vivement pressée par les Mauires , qui s'étaient emjparés de liiusieurs ouvrages extérieurs , malgré la vigoureuse résistance qu'on avait £aiiifee particulièrement au fort Ghikrles , où le capitaine John , après a'âtre dé/endu l0n<g*t6mps, voyant sou fert presque entièrement miné , était sorti avec sa petiti^ garnison; et,. se faisant un chemin à travers Ic^ assaiUans y était arrivé à la ville , d'oii ensuite qq avait fait^^os le mois d'octobre^ une sortie

générale dans -iaqaelle on a^ait repousse les en-^ nemis et tué plus de cinq cents d'entre eux. On leur avait pris deux canons^ cinq enseignes plusieurs prisonniers et on avait comblé leurs tran-^ chées. Cependant la ville était si affaiblie par de continuelles attaques^ que, si on ne lui en-^ voyait des secours de tous genres^ il était imposa sible qu'elle tînt long-temps»

La chose fuf pleinement représentée aux com* munes , mais leur fit peu d'impression. Elles ne pouvaient penser à rien^ parler de rien que dû papisme y qu'elles prétendaient voir suspendu sur leurs têtes de la manière la plus menaçante. Il les obsédait comme un spectre ^ et , quelque part qu'elles tournassent les yeux, elles s'imaginaient le voir se placer devant elles. On aurait pu penser qu'il y avait peu de rapports entre Tanger et la religion , ou la crainte de voir le duc succéder au trône , mais on tournait tout de ce côté> et on se mit h crier que c'était non-seulement une pépinière de soldats papistes > mais aussi de prêtres et religieux de cette croyance; que Tanger avait eu même quelquefois un go u ver* neur papiste, et qu'ainsi secourir cette place, c'était augmenter les maux présens; enfin les communes déclarèrent qu'elles ne donneraient d'argent , ni pour cela ^ ni pour aucun autre ob^ jet , jusqu'à ce qu'elles sussent ce qu'on leur rendrait en retour^ et jusqu'à ce qu'on ei^ fait un chan*

DE JACQUES lï. 375

geraent à fond dans le gouyernement. Elles dirent que l'argent était ce que sont à l'estomac lesalimens qui, dans l'état de santé , se tournent en nourriture 9 mais, dans l'état de maladie, ne font qu'augmenter la masse des humeurs. Enfin telle était la fureur du parti contre le duc , et la ragç qu'il éprouvait d'avoir été trompé dans ses espérances , qu'il n'y eut pas de moyen qu'il ne tentât. Lord Russel entre autres déclara que si smï propre père se fiit prononcé contre le bill , il ei^t voté contre lui comme ennemi du Roi et du royaume, et que s'il ne pouvait pas vivre dans la religion protestante, il était au moini^ résolu d'y mourir. M. Lenson (iower dit : « Quéla ques personnes s'efforcent peut-être de faire a leur paix avec le duc; mais, quant à moi, je ti périi^i plutôt. Je pense donc que ce que nous « avons de mieux à faire , c'est de nous séparer « et de retourner chacun dans notre pays pour (^ faire voir au peuple comment on nous traite. c< Je ne doute pas qu'il ne vienne bientôt se, (^ joindre à nous les armes à la main, et alors f< nous montrerons au duc que nous le défions a lui et tous ses adhéreos papistes. » . Le duc : savait mépriser ces indécentes me* Daces, mais le Roi ne savait, trop comment se tirer d'affaire, quand ^ pour tous subsides, il n'obtenait que des représentations ou des adresses qu'on lut jetait à la tête de t^ns côtés , et qu'au

h4 MEMOIHES '

lieu 4e secours poar Tanger, on lai eftnooçait une révolte.

Lord HalUfax aTaît, à la férite, «Éaployé^ contre le biU d'exclusion ^ un argument qui donnait un prétexte auxfiM^tieux pour augmenter les craintes et, en particulier, pour refuser des secours à Tanger. Ce lord avait représenté à quel point il sérail imprudent de déclarer le duc ennemi 4e l'Etat, maintenant qu'il gouvernait Un pays puissant où se trouvait même une armée. Son pouvoir o'éteit pas moins grand eu Irlande, QÙ l'on comptait , pour un protestant, dix ou quinze papistes. Il avait un grand parti dans la flotte et beaucoup de crédit sur les troupes anglaises. M. Hampden répéta les argumens de milord Hallifax, et dite «Si nous ajoutons il cela q;u'il « estamiraldeTangeti oesera sftremeiit une bonne c( raison potir envoyer des secours à cette colonie. » Le parti de la cour crut modérer cette chalaar en assurant que le Roi concourrait à tous les auti*es moyens qu'on voudrait prendre pour la sàreté de la religion; mais on répondit que tcns l^s autres moyens proposés seraient sans force, lorsqu'une fois un prince papiste serait e* posses^ sion du trône, Texemple du Aoi ayant toujours entraîné Ifi natioiu. Tant que le roi Hemri YIII f dit M. Titus, reconnut la sufNrématie du Papc> , Iç royaume fut pour la suprématie ; loi^squ'il se déclara contre , le royaume fut ccmtre : quand le

roi Edouard fut protestante le royaume fut pro-^ t^taot : quand la reine Marie monta sur le trâne^ il redevint papiste ; et quand la retaé Elisabeth succéda à sa sœur, sa reli^an succéda également à celle die la reine Marie. Ainsi il donnait peur certain que si un prince papiste parvenait à la couronne , la papisme y parviendrait avec lus. Il y avait à cela quelque apparence de rai-» fioo qui servait à exciter là crainte du peuple. On ne considérait pas la difT^rence des temps 9 celle dû caractère et du ppuvoir des princes^ Du teibps de la reine Marie, le protestantisme était encore nouveau; et, quoiqiie la liberté qu'il permettait eût engagé beaucoup de gens à Tembraséer, cependfliit^ Iprsqiie h reine Marie monta sUr le t^dt^e, le sonvei^ir de l'ancienne croyance ii'éMit pas tellement oqLblié, q^e l'éxenir pie 6t l'autoi^ité di; prince ne pût aisément les y ra^iei^r : pais après le long règne d'une rcr jli^ioi;! qui ayfiit m^ fl§ ^^^âté toutes ces doctrines et ces praUques rigoureuses que prescrit l'Eglise àé Rome, il n'élfii'^ pas raisbnnable de présumer que le peuple fût demeuré si susceptible de changi^mei^t et revînt si facilefi^ent à une religion qui 3 Q^Tfi qu'elle s'opposait à la liberté auquel il était accoutumé, avait contre elle les préjugés de Téducatron qui lui ^vait enseigné à la regarder avec horreur.

Dans cette confusion de discours et de ratsonr

nemens, hors d'état de se résoudre sur la manière dont ils pourraient renouveler leurs attaques contre le duc ^ ils voulurent cependant montrer qu'ils étaient déterminés à n'avoir point de paix avec lui, et, en conséquence, tombèrent sur ceux qui avaient dernièrement épousé ses intérêts, ou du moins ne s'étaient pas joints à ses ennemis avec autant de zèle qtf ils l'avaient espéré. Ils accusèrent sirEdouainl Seymour de malversation dans l'emploi des six cent mille livres données pour la construction de trente vaisseaux, •et votèrent une adresse an Roi pour lui demander d'écarter lord Hallifax de ses conseils et de sa présence. Le prétexte dont on se servait contre lui, c'est qu'il avait conseillé la dernière dissolution; et, quoique Sunderland et Godolphin eussent eu autant de part que lui à cette résolution , leur conduite en dernier lieu les avait lavés de tout reproche; ainsi il n'en fut pas fait mention dans l'adresse des communes. Le grand juge Scroggs , qui les avait servis si utilement lors de . la poursuite du complot, était tombé dans leur dis- • grâce pour avoir, dans le mois de juin précédent, séparé le grand jury quatre ou cinq jours plus tôt qu'à l'ordinaire, et avoir par là prévenu uue affaire contre le duc , qui , sans cela , eût été prêle avant la fin de la session du jury. Ils volèrent qu'il avait entravé la justice publique , violé son serinent et les lois fondamentales du royaume : en-

fin tout ce qui avait l'apparence à^nne faute^sî cela ëlait en faveur du duc, devenait mortel à leurs yeux. Cependant la dextérité et l'éloquence de sir Edouard Sey inour écartèrent les coups qu'on voulait lui porter. Sa Majesté refusa l'offre que fit lord Hallifaxde se retirer; mais elle fut forcée d'abandonner Scroggs à leur haine : du moins on lai ôta sa place , mais on le dédommagea ensuite par Une pension.

Us avaient roulé dans leur tête plusieurs diflfé-^ rens projets , mais aucun ne leur paraissait aussi eflicace que leur cher bill d'exclusion. Ils tra^ va nièrent donc de toutes leurs forces à faire prononcer une courte prorogation après laquelle ils comptaient remettre l'affaire sur pied ; mais le Roi était trop content d'avoir rompu leurs nwssures pour leur donner ainsi les moyens de les reprendre. Cependant, pour tenir leur haine en haleine jusqu'au moment oii ils seraient prêts à porter au duc une nouvelle attaque, ils encouragèrent fort les dénonciations contre lui. Un nommé Lewis déposa que miss Cellier l'avait engagé à hrûler les vaisseaux qui se trouvaient à Chatam , el que les Français devaient débarquer aussitôt après ; qu'on devait lui associer Gowe dans l'entreprise d'assassiner le Roi , et qu'on Pavait assuré que le duc le soutiendrait^ et que c'était lui qui devait 'le payer de ces services et de quelques autres de même nature. Un nommé Zeile confirma

cette lié^flition : aur <|^i le procureur général acciisa mm Cellier de haute tratûson. Àbsî ils £i^pp«i(eiit de tous cotes ^ espérant que de ees coups adressés au. hasard quelques uns liniraieut par atteindre la tâte du duc*

L'usage de ia eha»hre des cemmuoe^» lurs^ qu'il se présentait quelque nouveau xémolm., était de demander pour lui^.au 1^Q\, des lettres de grâce et de quoi pourvoir à sa. subsist/ance* On û% cette deii^nde pour les deiu^ dont oa vient de perler, lie Roi répondit , par T^gane de M. le seevétaire Jenki<is, qu'il leur ferait grâce de tous les orimei, eiu^epté du p^rjjMire. Cette réponse ne seiisfit pas la charuhre» et la raisoo qu'elle donns^ de son uiéconienten^eDt en fut asses^ étrange. On obligeait tçujçurs les témaips, diisait-oUf à prêter serment d< dire toute 1^ télrité; ^penda^t il pou^ vait se faire qu^il ne le^r cQpvipt pa.$ en certain temps de dire tout ce qu'ils savaient , e|: cette réticence les ezppsaitalprs à faccusatioi^i depar^ jure, h^ chaffibreiper^ifita donc à demander que les lettre^ de grAce.QOffipri^sçiit aussi le crime de psirjure; mais ce dégouttât raoHC n'éUit pes de nature à déto^r^^eï* 3a Majesté de ses premières résolutions, Cependant le procureur général qui était chargé de rédiger Iw lett;res de grâce f»t forcé , pourdonaer ffuelq»^ satisfactiou aux,commuoes 9 de dépafi»er. ses p^veir» sw w eot re

point.

DE lACiQllr£5 II. S79

On s'ëtaît plaint^ à œ Cfa'il parait^ de dec}ti1i«i^a'« Tait pa^ donné msûZi d'étendue afin lÊttFés de grâcq de DaogénGeld^ Craignant dfâôcoarior leinèoiefne->^ proctie, si alla tTOuirer LewÂs et lut demasida s'il étaitc^pajble de qui3l(|tieâ autres crioiescfue ceax) q%ik étmtni mmiûmmée dans le 'warrant du Roî^' ieln qu^! trahison^ désobéissance, félonie, criaiea empQvt^at las mise Jsticlrs de là loI,'etc« Il répim^ dit confieiencîJeùsëBaie»!^ le bra'vfi hbinnie , qu'il était aussi. càupnble de Êrux. Ce erime^ à ce qu'il parait, n^etaît pasi exprimé dans l^s lettres dq grÂoe. ÛQ aui; spf n qu'il y'BM:m%évéj et toutlfst' dans Fondree ' Cbs geas-t-là js'embîarflrassaiéat lort peu de £àîre cbnnaitreJeilr soéléraiiasâe , pouniu' qu'iim les.Feçût pour Jbéfi(ioinsiégaux.et que lenrs infamies. payées né lès ismpêcbassenft pafii «dr'sae commeÉtre denbuvèUesjb - ^ ■ . . i . . )

Les coffumunes a(v:aieiit alors acbeine depirepa-^-) rer une adbe^se qu'elles aviieht* méditée diepuia loBg^temps^ EUes la préeentètreotile;^ nôvem'^ bre« Elle était destinée.à répandre ir terreuit' dans le peuple et à entratenir sa crédulité s sur. Fafiairedu complot* Elle: cemlienait aneuarratiao. de toute cette fable ^ set représ^st^it ee prétendu complot comme un nuage toujours suspendu sur la télé de la nation ^ qu'il menàçait.d'ue orage de désairdre et désolatix)n« On j peignait, ainsi que de coutume, les papistes comme ayant la prin*ctpale ânfl«€noe skljp ^toutes les résolutions prisas*

58o MÉMOIRES

danS' les affaires du gouvememenL T^àus les em-* plois civils tt militaires 9 soit à la cour, soit dans les provinces, étaient , disait--on , à leur disposition. Ils corrompaient tous ceux qui avaient quelque part à l'administration des affaires , ou perdaient ceux qu'ils ne pouTaiënt corrompre. Ils avaient le crédit de faire prorogera leur gré le parlement et de faire iappliquer aux usages qui leur convenaient l'argent des subsides. Leur pou* toir était tel , qu'ils se Toyaiebt en état d'entreprendre toute sorte de changemens dans la religion ou le gouvernement. En un mot, il n'était rien, qu'ils n'éussentde moyen d'exécuter , aucune entreprise criminelle qu'ils ne fussent prêts à tenter; en sorte qu'on ne pouvait espérer aucune sécurité qu'en empêchant le duc de parvenir à la couronne. L'adresse se terminait en demandant qu'on n'employât que des personnes d'une fidélité réconnue et de véritables protestans, ajoutant que Sa Majesté pouvait compter qu'on lui fournirait des secours pour Tanger et qu'on pourvoirait à ses autres besoins aussitôt qu'on pourrait être assuré que les subsides ne seraient pas employés à fortifier les papistes , ennemis du pays , et à aug*men ter ses dan^rs actuels.

Les généifations futures ne voudront pas croire qu'une assemblée d'hommes, choisis en raison de leur capacité pour composer la représentartien du peuple d'Angleterre, ait po. donner foi à

DE JACQUES IL ^ 58i

de telles folies, ou se flatter dé péi"siiader au inonde qu'elle les croyait et pouvait s'imaginer qu^une poignée de gens , ne s'ëlevant pas à la centième partie de la nation et gémissant sous des lois sévères 5 exclus de tous les emplois, persé*^ cutés, emprisonnés et souvent mis à mort , fussent en état d'inspirer au royaume une telle ter* reur^ qu'il fallût suspendre tout soin des affai-* res^ soit étrangères^ soit domestiques, jusqu'à ce qu'on eût trouvé quelque moyen de garantir le pays de cette prétendue mohtagne prêteà l'é«-

Mais on pénétrait facilement à travers tout cet argot* Il était clair qu'on ne craignait que le duc ; c'était contre lui seul qu'on avait suscité cet orage, et toutes les rigueurs dont on faisait parade contre les autres n'étaient que comme autant d'où vcages sur lesquels on voulait dresser les^batteries destinées contre lui. Les plus chauds partisans de Son Altesse furent de nouveau frappés d'une telle terreur, que, tremblant sur ce qui allait arriver^ ils ne virent d'atitres ressources que de renouveler auprès d'elle leurs sollicitations relativement à sa religion, et la pressèrent en cette occasion plus violem ment que jamais; Ils s'y prirent cependant avec douceur et commencèrent par lui conseiller de montrer une grande modération sur le rejet du bill. Il était dangereux, disaient-ils, vu le nombre de ses ennemis, de les^

5Si^ méhojrils

jeter toiil*Hà«Hfait àaiùB le désespoir ^icHaittant que c'^^ait l'artifice ordinaire du parti de faire croire à ceux qui aTaient TOtë contre lui, qa!uDe £ois r^pee tirée, il fallait jeter, le fourreau, le re*présentant comme un homfeiie implacftbie qui ne Jeur Jferait aucun quartier. Ib l'afisurèrent que plusieurs d'entre eux étaient conduits par lu crainte du papisme et les bruits qu'on répentdii^it ^ur la ruine imminente de la religion et ^ gouYei^eoMot. Il fallait donc ramener de tels hommes par la ^clémence et la uHMléraiion , et en prouvant au monde, en dépit de la méchanceie', que Son Altesse royale 3avait pardonner, que la religion ni le gouvernement n'avaient riea è craindre d'elle. , .

Le duc était sincèrement d'accord de tout cela » et jamais prince n'a donné plua de témoignages de sa modération dai^ les succès ^ pu de sa maipanimité dans les souiTrances-; mais> lorsque ses amis en vinrent à renouveler leurs attaques relativement à la religiop, cela le chagrina audelà de toute expression. La patience cependant ne lui échappa point; il savait séparer leurs motifs de leurs conseils , et leurs intentioiis de leurs raisonnemeAS. ; <

lis lui repi'ésentèrent donc l'état de faiblesse auquel se trouvait réduit le gouverpem^nt^ le dé-* ^ordre^ les craintes, les méfiances, où ce prétendii complot papiste avait jeté le peuple, et qui n'a-

. DE JAGQUBlâ II. 585

Yiiient d'âiitre source y disaÎ6Qt-ils , qu« la religion de SoD Altesse. Us ajoutaient que le Roi était dans de tels embarras d'argent^ que, si le parlement continuait à refuser de lui en donner^ il se trouverait dans d'étranges angoisses sur les moyens de pourvoir à ses besoins^ d'entretenir sa mai^ son^ et surtout de soutenir les droits de Som Altesse; d'autant que le duc de Monmouth avait gagné beaucoup de gens autour de Sa Majesté ; que le parti factieux attaquerait certainement les amis de Son Altesse , qui soutenaient en;*core lé Roi^ dans la conduite vigoureuse qu'ii avait adoptée y mais que At^ actes d'accusà-*tion les écarteraient de 1er cour et des conseils, et qu'alors il n'y aurait aucun moyen de pré** tenit leur perte à tous, à moins que le duc ne fdt là présent pour assister Sa Majesté de ses avis -, soutenir ses résolutions et défendre ses propres rréatures; qu'il serait impossible i ses amis de l'aider long-temps, s'il ne s'aidait lui-ménte; tet qu'en même temps que la religion de Son AU fesse était le fondement de toutes les craintes et de toutes les méfiances de la nation, et l'origine de tous les troubles actuels , c'était «lie qui tenait ie duc éloigné du Roi , et que Sa Majesté finirait infailliblement par céder au torrent, faute d'être soutenue et aidée par son frère. Ils lui disaient encore qu'il était impossible que jamais le papisme parvint à reprendre pied en Angleterre, ou qu'il

384 MÊM0IRE8

faudrait qu'il y fût arrosé de sang; qu'ils connaissaient assez bien l'élévation de son âme , pour ne pas croire que le malheur ou la crainte pussent le faire changer^ mais qu'ils lui demandaient, du moins, de prendre en considération la sûreté du Roi et le bien des trois royaumes. Ils lui faisaient redouter les dangers du dehors, dans le cas oii les Français s'empareraient de la Flandre^ et lui montraient combien alors le Roi se trouverait en fâcheuse situation, pour rien débattre avec le parlement; ils lui représentaientque^ s'il n'était pas près du Roi pour le soutenir dans ses résolutions d'épargne et d'économie ^ ces résolutions n'auraient qu'une bien courte durée, et que, par là , Sa Majesté tomberait infailliblement au pouvoir des communes y pourvu qu'elles Tinssent à son secours ; que le bill était bien rejeté, mais que des gens de toutes classes demandaient violemment qu'il fàt de nouveau présenté ; qu'on imputait au duc tous les malheurs arrivés et tous ceux qui pouvaient arriver à la nation ; que de manière ou d'autre sa ruine était inévitable ^ et qu'elle tomberait non -seulement sur lui, mais sur ses enfans, car le même parti qui parvieadrait à /exclure du trône ^ parviendrait bientôt à y nommer^ et ne se croirait jamais en sûreté sous le gouvernement de ceux dont il aurait éloigné le père^ Ils lui dirent qu'on était résolu à écarter tous ses amis de la cour^ et à faire saisir ses r^-

DE JACQUES ÏL 585

Tenns^ de telle sorte qu'Userait réduit aux faibles «ecours de quelques princes étraugers. Enfin que le Roi avait tant fait et tant souffert , qu'il finirait par être forcé à de nouvelles résolutions. Tel était donCf selon ses meilleurs amis, le véritable état de ses aôaires, et ils l'assuraient qu'il n'y avait au moiide d'autre remède que d'embrasser la religion prote&taiite^ dont il s'était malheureusexfient éloîgG^'; que Sou Altesse n'était pas une personne privée^ ni en copséquence liée par des règles aus^i irigoureuses que les autres ; que le ^in du bieu public dev^^it av,oir part à ses résolutions, ^t que^ s'il était jamais permis d'abandon^fier l:'^pinion qu'on jiogealt la meilleure , le mpp^ent était venu de s'y détermineir, i9i0.n-seulemet^t pour Tin^éiiêt du duc^ mais pour celui de Sa Majesté, réduite à d'intolérables embarras; et SLUSsi pour celiici du peuple, et pour empê<^her l'éfiCusion de sang qu'il causerait infailliblement , en persévérant dans sa religion; qu'il le devait en-« CQf^ k sesenfans,qu'autre93ent il ei:poserait à se TOÂr privés de leurs drojits^ et à la duchesse, sa femniie chérie, que ses mérites^ aussi bien que ^n rang, avaient destinée au trône ; enfin à la mouarehie et aux trois i*oyaume$ , qu'on ue pouvait, par un autre moyen, garantir d'uue rtuue totale. Il n'était pas possible d'employer, pour ébranler sa con&tawe, de plus puâssans^iargumens; mais pour y donuer plus de fwce encore, iiâ em-

ployèrent p à l'égard du duc y ces mêmes petite artifices dont ses ennemis faisaient usage auprès du Roi pour le détourner de soutenir Son Altesse royale. Car, de même que pour effrayer davantage Sa Majesté , ceux-ci avaient coutume de lui dire chacun séparément la même chose , après l'avoir concertée ensemble^ ainsi les amis du duc, pour lui faire plus d'impression, lui req^résentaient le danger, chacun comme de luimême, l'assurant également que son retour à la religion protestante ferait tomber tous ces troubles et toutes ces persécutions aussi aisément que tombent les feuilles d'automne j et que s'il n'y revenait pas il devait être certain de voir se précipiter sur lui, sur leBoi et sur le peqple, toutes ces calamités qu'ils lui avaient peintes sous de si

terribles couleurs.

Rien ne pouvait être plus effrayant pour Son Altesse royale que ces tableaux qu'on lui faisait non-seulement de ses propres dangers , mais des embarras et de la dç'tresse du Roi, des souffrances des catholiques , et des troubles de la nation ; surtout lorsqu'il Voyait tous ces maux lui' être imputés non-seulement par ses ennemis, mais encore par ses amis ; et si c'était là le fruit de •son dernier triomphe sur le bill , que devait-il donc attendre d'une défaite? Cependant tout ce îqu'on avait pu lui dire , et plus encore s'il était possible, n'était pas capable de troubler le moins

DE JACQUES IL SSy

du monde sa. vue ^ ni de Pébranler soit* dans sa foi , soit dans ses résolutions. ^

Il prit la peine d'écrire d'Edimbourg une longue lettre en réponse: à tous ces argumens et à toutes ces sollicitations. « Il avait espéréy disait-il^ qu'on ne recommencerait pas à lé ^presser en ce sens; il était bien assuré de n'avoir jamais donné lieu de croire qu'on pùtJe déterminer :à. changer de religion \ et il espérait , par la: grâce de Dieu, vivre et mourir fils sincère de FEglise catholique, et souffrir avec une patience chrétienne tout ce qui lui arriverait par suite de sa croyance. L'étendue d'une lettre ne pouvant lui permettre d'exposer à ses amis le$ raisons et les motifs de sa conversion, il voulait se borner, continuait-il, à leur faire conmaitre la manière dont elle s'était opérée, pour leur prouver qu'il n'avait pas agi avec précipitation,'par un pur caprice d'enfant,'ou entraîné par les séductions qu'on avait pu employer auprès de lui dans lès pays catholiques oii il avait vécu. Personne, comme il le leur avait déjà dit, ne lui en avait parlé durant son exil , si ce n'est une religieuse qui l'avait seulement engagé à- demander à Dieu de le diriger. Il avait été au contraire instruit à fond par le docteur Steward . dans les dogmes de l'Église d'Angleterre, et avait été si zélé dans cette croyance qu'ilavait contribué autant que personne à faire éloigner le duc de Glocester de la Reine sa mère, dans là icrainte

388 MÉMOIHES

de l'influence qu'elle pouvait exercer gnr lui à cet ëgard. Ses premiers doutes lui avaient été gttf^rés par un traité d'un Savant évêque de l'Eglise d'Angleterre > que celui-ci lui avait donné h lire pendant son séjour en Flandre. Le but de cet écrit était de justifier l'Eglise d'Âu^eterre du reproche de schisme relativement k sa séparation de l'Eglise de Rome. C'était le premier qu'il eut jamais lu en ce genre : mais au lieu de le confirmer dans $0 croyance , il eut un effet tout contraire y surtout lorsqu'il eut lu la réponse que lui avait recommandée le même évêque. Cela l'engagea à ^'^oiquérir avec plus de soin des bases de la réformatiofi et de la manière dont elle s'était £site. Il lut tout ce qu'il put trouver d'histoires rdatives à cet objet; et» bien qu'à cette époque il ne vécût pas 9 il est obligé de Pavauer, aussi régulière- IP0nt qu'il l'aurait dû , cependant il avait de bons intervalles et les employait h eette occupation. Après- son retour en Angleterre , l'histoire de la l^Tormation du docteur Heylin et la pré&ce de la politique ecclédastique d'Hooker le convainquirent entièrement que ni l'Eglise d'Angleterre^ ni Calvin 9 ni aucun des réformateurs n'avait droit de fipiire ce qu'ils avaient fait, et il ne doutait pas que quiconque lirait ces deux ouvrages avec attention et sans préjugé ne fût du même avis. Cependant il ne s'en tint pas là , mais fit toutes les recherches imaginables sur cette matière, s'ins-

traisant noiHseulemeiit par la lecture, mais par des conversations avec plusieurs savans ëvéques , sans oublier toutefois à quel danger et à quelles persécutions il serait expose si cela venait à être connu. A la fin ^ cependant , pleinement con^ vaincu, il se sentit dans l'impossibîHté de' résister plus long^temps, et l'an 1672 , avant de se mettre en mer, il se sépara de la communion de FEglise d'Angleterre. Cependant il continua quelque temps d'accompagner le Roi à la cha** pelle; et même avant que la chose fût connue pu- Uiquenftent , telles étaient les craioftes qu'avaient conçues pour lui ses meilleurs amis, qat le due 4'Omiond ,.le secrétaire Coventry et plusieurs autres vQulurent lui persuader de s'éloigner avant la rénnicm du parlement , ne pensant pas qu'il lui' fût possible de soutenir le choc et la violence des chambres : d'où l'on peut voir qu*il était suffisamment averti du danger avant de s'y dposer. Mais , grâce à Dieu , cette prévoyance^ n'eut pas sur lui l'effet de le détourner de son llevoir : il rendit toutes se& eomn^isstons plutôt que de se soumettre au test , et se prépara à l'o* rage qu'il voyait prêt à fondl'e sur lui et dont il a depuis suffisamment senti les coups. On ne poUYait donc , à ce qu'il espérait , nier que sa conversion n'eût été sincère et entièrement dé^^ terminée par l'amour de la vériié, car il avait eu assurément pour len détourner tous les moLî&

3go MÉMOIRES

terrestres qu'on pbuyait imaginer ; mais^ par la grâce de Dieu, il était déterminé à tout supporter, avec patience 9 à quelque excès que pussent aller contre lui la haine et les manoetivres de ses en-nemis.M . ; : i

Après avoir ainsi rendu compte en peu de mots de sa conversion , il jugea nécessaire de répondre aux autres motifs qui luiavaient été présentés y tels que l'avantage qu'aurait pour les affaires du Roi son retour à l'Église protestante. « Le bien-être et le repos de Sa Majesté lui étaient , dit-il 5 plus chers que le sien propre , et, dans tout autre cas, auraient été pour lui d'un plus grand poids que le soin même de sa propre.conservation ; mais , outre qu'aucune considération terrestre ne pouvait balancer celle de l'éternité , il ne comprenait pas que , dans l'état oà étaient les choses , son changement de religion pût avoir l'effet qu'on s'en proposait. Tout le monde voyait clairement que ce n'était pas par amour de la religion que les factieux poussaient ainsi à Ja destruction de la monarchie, et il était ^videot que, si on leur ôtait ce moyen de prise, ils eo trouveraient bientôt un autre. De plus , sHl se conformait aux cérémonies de la religion jMrotestante, on ne -manquerait pas de dire que c'était parla permission du Pape , et alors on le regarderait comme un ennemi beaucoup plus dangereux; car, en le voyant rentrer dans tous ses em-*

DE JACQUES II. Sgr

plois, on lui supposerait un beaucoup plus grand pouvoir.de nuire, avec une volonté toujours. la même. On craindrait que , par le secours de$ pro-^ testans tièdes et des papistes déguisés , il ne par-*vînt à tout ce qu'il voudrait, et cela deviendrait un prétexte pour exiger de nouvelles ^ranties, et pour lier les mains de Sa Majesté, plus encore qu^on n'y avait songé jusqu'alors. Quiconque s^opposerait aux desseins des factieux serait désigné par eux comme un de ces ennemis secrets , ce qui hâterait, beaucoup plutôt que de le retarder, Texécution du projet qu'ils avaient formé de. mettre le pays en république; que le Roi donc ne retirerait aucun avantage de spn changement de religion, lîon plus qu'il ne souffrait aucun in-* convénient de son catholicisme; qu'il n'empêr. chait pas les hommes vraiment loyaux de continuer à l'être, et que, quant. à ceux qui voulaient changer le gouvernenient , aucun autre changement n'était capable de le&satisfaireJl avo.uajit que le mal pouvait empirer par son éloignement ; mais il ne voyait pas pourquoi on le tenait ainsi séparé du Roi, puisqu'il n'avait riea fait qui pût mériterune telle pi;inition. C'était, disait-il, lapreuve d'une grande faiblesse dans le gouvernement que de n'être pas en état de protéger i'intiocent; une telle conduite était fort décourageante pour les hommes loyaux , et aidait puissamment les perfides projets des autres, qui, après avoir com-

39a MÉMOIRES

mtïïcé par hit 9 finiraient par le Roi^ afin de se rendre populaires et de se donner la rëputatton de chefs des protestans, bien qu'ils n'eussent e utmémes aucune religion. Il lui parabsait dur d'être sacrifié h la fortune d'hommes qui lui avaient fait tout le mal qu'ils avaient pu en ce monde , et s'irritaient de ce qu'il ne voulait pas acheter de ses espérances d'être heureux dans l'autre > l'avantage de retenir à la cour pour y être leur esclave^ soutenir leurs projets et fonder leur puis^ sance. 11 était aussi prêt que jamais à s'exposer pour le service de sott Roi et de son pays^ mais ne pouvait dire à Sa Majesté , comme le docteur Oates , qu'il avait hasardé pour lai sa vie sur met, et son ame sur terre. Il pria donc ses amis d'avoir soin^ parficultèrement dans leurs conversations avec le Roi > de ne point aggraver les choses , en imputant à sa religion tous les troubles du moment actuel 5 car c'était le moyen de le ruiner entièrement auprès de Sa Majesté. C'était bien assez que ses ennemis employassent cet argument pour le perdre^ il espérait que ses amis n'en feraient pas autant. Tous ces maui^ disait-il, ne venaient pas tant de sa religion que de l'inconstance de la conduite et du défaut de fixité dans les résolutions; car, après toutes ceâ terreurs qu'a vaient eues quelques hommes d'Etat^ que le retour du duc ^ si cm le rappelait de Flandre^ i(xe causât une rébellion , comment n'avait-il ^^

DB JACQUES IL SgS

été reçu les deux fois qu^il^ était Mrenu en Anglelerre> et lorsqu'il passa en Ecosse tpxtis respects ne lui avait-on pas rendus sur toute sa route? A son dernier retour en Angleterre^ les choses étaient plus calmes que jamais^ et eussent continue à l'être 5 si on eût persisté dans la même conduite; car^ h cette époque , presque toutes les provinces avaient montré combien elles détestaieort les démarches séditieuses que l'on s'était permises depuis peu; et, quoique le lord maire Clayton eût munqué à son devoir en ce points les pétitions , pour demander un parlement^ avaient été rejetées y tant dans la cité que dans Jes provinces. Ce n'était donc pas sa présence à la cour qui avait élevé eet orage; mais^ au contraire^ li>rsqu'on lui avait vu abandonner le terrain^ cela avait relevé le courage des ennemis du Roi , abattus et consternés de la présence du duc. Il pensait donc qu'il était tout-^-fait déraisonnable de lui faire porter le poids qui devait être rejeté sur d'autres. Sa situation lui rappelait , dit-il , celle oà avait été le cardinal Mazarin en France, La haine publique rejetait tellement sur ce ministre tout ce qui arrivait de mal, que, si un cheval venait à broncher, on ne manquait pas de crier : Ce diable ■ de Mazarin l II finissait par les prier de ne pas le poursuivre davantage de ces raisontiemens , ^ puisqu'il leur avait prouvé clairement que les motife qu'ils alléguaient n'étaient pas la véritable

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cause des maux actuels j et de ne le pas tonrmenter, pour faire une chose à laquelle sa conscience ne lui permettrait jamais de consentir. Il leur demandait d'employer leur adresse et leur rhétorique à le défendre, et non à mettre dans l'esprit de Sa Majesté que tout irait bien s'il était protestant ^ ou à faire croire au Roi que c'était Fopiniâtreté du duc qui lui attirait tous ces embarras, tandis qu'ils étaient réellement TefTet de cette ir* résolution et de cette inconstance dans les couseils qu'il avait toujours tâché d'arrêter de tout son crédit, lorsqu'il avait été en situation de le faire, ajoutant que, bien qu'il fût le seul à souffrir pour le moment de cette mauvaise conduite > Sa Majesté finirait par en sentir elle-même les effets, et par être coi^vaincue qu'une pareille méthode lui avait toujours été et lui serait toù-jours pernicieuse. »

Quelles que furent la solidité et la justesse des raisonnemens que Son Altesse royale opposait à ceux de ses amis , ils ne l'empêchaient pas d^être aussi exposée que jamais aux attaques de ses en* nemis , toujours aussi insatiables dans leur haine qu'infatigables dans leurs efforts pour la satisfaire. Le grand juge Scroggs avait éludé une poursuite contre Son Altesse royale comme, papiste, et ce juge avait été, pour ce fait, appelé à rendre compte à la chambre des communes. On décida donc , pour réparer la chose , que le

gVand jury de . Westminster représenterait la même affaire ^ qui , bien qu'on ne pût espérer un effet immédiat^ devenait le préliminaire d'un acte d'accusation. En même temps^ le bill de limijtation fut apporté à la chambre des lords ^ contenant certaines clauses non moins préjudirciabjes au duc que celles qu'on avait dernièrement rejetées. Ainsi ^ dans lé cas ou le duc parviendrait à la couronne , toute la force du gouvernement devait résider entre les mains d'un conseil de quarante-une personnes. Toutes les affaires extérieures devaient être traitées par des coinmissaires pris dans ce conseil. Ce même conseil devait gouverner l'Irlande y nommer à. toutes les places,, écarter qui il voudrait de^ emplois, et n'être soumis pour ses actes qu'à l'approbittion du parlement, qui, tant qu'il siégerait , exercerait l'autorité , remise entre les mains du conseil seulement pendant les intervalles des sessions. Leduc d'York devait être banni, pendant la durée de la vie du Roi, à cinq cent milles de l'Angleterre , sous peine de perdre ses revenus , sHl s'en approchait de plus près, et la vie, s'il rentrait dans un des pays soumis à la domination de. Sa Majesté. Quiconque le recevrait, soit en Angleterre, soit en Irlande, serait également coupable de haute trahison ; et, de peur que cela ne. suffit pas , on dressa contre lui trente«-quatre articles de haute trahison , dans lesquels on im-

putait modérënient à ses diaboliques matiœaTFes tous les maux arriYés ou ponrant arriver au royaume. Le duc^ en l'apprenant ^ manda à Sa Majesté qu'il regardait ce projet de limitation fc eomme plus fâcheux^ s'il était possible^ <|ue le bill d'exclusion; qu'il ébranlerait daTantage là monarchie ^ en remettant le pouToîr entre les mains du parlement^ et ferait dégénérer plus aisément le gouvernement en république; que c'était l'opinion exprimée par Algemon Sidney et son partie et que, si lord Shaftesbùry en paraissait mécontent ^ comme d'une mesure insuffisante^ ce n'était que pour le faire passer plus aisément. Ainsi le duc conseillait à Sa Majesté de ire jà,^ mais' entendre k rien de pareil. Mais ^ à ce qu'il paraît , le parlement lui-même ne se tvoUTait pas alors en situation de condu ire ses projets à maturité > » et se voyait obligé de les laisser dormir > comme des semences déposées dans la terre ^ destinées à produire leur fruit 5 jusqu'au moraait ok l'on aurait terminé le procès de lord Sl»fford dont l'époque était fixée > et où Son Altesse royale n'était pas entièrement oubliée.

On avait choisi ce lord mitre les cinq alors à la Tour, Comptant que son âge et ses infirmités le rendraient incapable d'une défei^e vigoureost^ qu'on savait bien que les témoins contre lui n'é^ taieat pas en état de supporter. Cependant^ tant que dura son procès qui commença le ai novem^

bre^ il fat si loia dé se laisser aller à l'allaitemeiit^ que jamais de sa yie il ne s'était montre sous un aspect si favorable. Il se conduisit avec respect^ mais avec assurance^ et parut plus affligé de se voir accusé de semblables crimes^ que troublé des suites funestes que devait avoir l'accusation; et quoiqu'il ne ùt peut-^tre pas aussi bon usage qu'il l'aurait pu de l'avantage que lui donnaient les bévues et lès contradictions dans lesquelles tombèrent les témoins > cependant il manifesta son innocence et la méchanceté de ses accusateurs autant qu'il le fallait pour convaincre tout homme droit et impartial^ si la majorité de ses juges eût été de cett« sorte* Mais leur vote était dirigé par d'autres motifs^ et il reconnut ainsi que le due f lorsqu'on s'efforça d'atteindre celui-ci à travers le Corps de lord $ta£r6rd^ que l'innocence n'était qu'une bien &ible défense contre de faux témoins y un peuple furieux et des jujges prévenus* Le procès dura cinq jours ^ pendant lesquels tout ce que la méchanceté peut inventer fut em* ployé pour ôter la vie à cet homme innocent. Tous les témoins à charge furent convaincus de faux presque sur tous les points; mais> hélas ! que pouvait ftire un tel accusé contre des accusateurs si violons , et les préventions de la majorité de ces juges ^ qui £aiisaient de son affaire une cause nationale» et dont le^ uns pensaient qu'il n'y avait rien d'illégal contre un papiste 9 et d'au*

très étaient tellement intimidés qu'ils n'osaient se laisser guider par leur raison? Ainsi ^ quoique tous les hommes de conscience qui osèrent exprimer leur pensée déclarassent qu'ils ne voudraient pas condamner un chien sur la déposition de trois témoins tels que ceux qu'on présentait contre lui^ des quatre-vingt-six lords qui siégèrentà son procès , cinquante-quatre votèrent contre lui. Il est certain que la violence du parti factieux^ les préventions du public sur l'affaire du complot^ et surtout le but que les factieux se proposaient en ceci^ et dans tous les autres procès, de jeter de l'odieux sur le duc , but dans lequel ils croyaient pouvoir se tout permettre, mettaient lerd Stafford dans une position très-désavantageuse. Cependant ceux qui lui voulaient du bien furent d'avis, que s'il eût su profiter habilement des moyens qui lui étaient offerts , la plus grande partie de ses juges aurait rougi de le condamner; mais il eût le malheur de jouer d'autant pl^s mal sa partie^ qu'il avait meilleur jeu; ou plutôt Dieu voulut raccourcir sa vie d'un petit nonlbre de jours pour lé couronner de la gloire de mourir pour sa religion.* Aussi, au moment de son exé- .cution , et durant son procès , il ne cessa de protester de son innocence de toutes les manières imaginables, et de montrer une conduite toute chrétienne. Il fut décapité le 29 novembre suivant à Tower-Hill.

11 n'est ni nécessaire 9 ni à propos de donner ici un re'cit étendu de ce procès , imprimé ailleurs tout au long. On n'en rapportera que les détails propres à faire connaître qu'en sacrifiant à sa fureur cet honnête lord et plusieurs autres^ la faction avait surtout^intention de diriger ses coups contre Son Altesse royale; c'étaient ses droits de naissance , sa liberté, sa vie même qu'elle poursuivait à travers ces routes sanglantes ; et tant que le duc demeurait debout, elle comptait pour rien toutes les autres victoires. A l'ouverture des dépositions, sir Francis Winnington dit que c'était l'attente d'un successeur papiste qui encourageait le projet de détruire ïé gouvernement et d'introduire le papisme. Oa tes jura qu'en parcourant quelques uns de ses papiers , auxquels il n'avait pas d'abord fait attention, il y avait vu que les gardes du duc avaient relâché plusieurs personnes soupçonnées dé l'incendie de la cité; que le père Bedingfield avait donné à la société de grandes assurances de la disposition qu'avait Son Altesse à coopérer au projet de tuer le Roi. On lui imputa aussi le meurtre de Godfrey. Dugdale déposa que le duc avait envoyé vers Coleman , dans le temps qu'il était en prison, pour l'engager à ne rien avouer, et que Coleman avait répondu qu'il avait déjà révélé une partie de ce qu'il savait à sir Edmondbury Godfrey ; sur quoi on lui avait fait dire de nouveau que oependant il ne fallait rienayouer.

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et qu'on aurait soin que le témoignage de sir Edmondbury ne pût lui faire tort. Enfin leur intention était de noircir le duc ; et ils s'imaginaient que la mort xle lord StafTord et celle de lord Arundel p dont ils voulaient Êiire ensuite le procès 9 donneraient du poids aux imputatioas qu'ils avaient élevées contre lui , et les mettraient en mesure de reprendre l'affaire du biU d'exclusion I auquel l'état chancelant des affaires du Roi ne permettait guère alors d'espérer qu'il pâl ré^ sister. Tous ceux qui entouraient le Roi furent, en effet, tellement terrifiés du coup que l'on venait dé porter au duc, et si persuadés qu'il n'y avait que sa conversion ou sa perte qui pussent rétablir les choses, que, comme on d&espérait de sa conversion , il était fort à craindK que les entours du Roi ne lui conseillassent de consentir à sa perte; car les plus puissans à la cour s'appuyaient de cette règle de conscience fort commode, que dans certains cas il était non^seulement légitime, mais que c'était Tacte de religion le plus méritoire de sauver, si on le pouvait, le Roi , la monarchie , la nation et le gouvernement par le sacrifice d'un seul , fût-ce le plus grand de tous; et ainsi, conformément au principe de Caïphe, ils croyaient faire un bon marché de sauver, par cet unique sacrifice, l'effusion de Siang qu'ils s'imaginaient avoir à craindre ; mais ce qu'il y eut de pis, c'çst 4|ue ^ette doctrine

commença à s'établir parmi les amis mêmes de Son Altesse royale , dont quelques uns disaient que y puisqu'il était si opiniâtre dans sa foi y il ne devait pas espérer que d'autres abandonnassent l'autel pour son service.

Cependant le parti factieux^ au milieu du triomphe de cette victoire, trouva que les lords avaient montré dans l'examen de l'affaire plus de soin et de scrupule qu'il ne s'y était attendu. Cela le troubla un peu, et l'obligea de suspendre le procès de lordÂrûndel 9 que l'on comptait faire venir aussitôt après celui de lord Stafford. Les témoignages portés contre lui n'étaient pas toutà-fait si concluans qu'on l'aurait voulu, et il au^ rait été scandaleux que les mêmes témoins , après tant d'interrogatoires, vinssent ajouter de nouvelles dépositions à celles qu'ils avaient déjà faites , d^antant plus qu'on le savait trop babile pour laisser échapper aucun avantage : on n'était donc pas assez sûr du succès, et un échec aurait renversé toute l'entreprise. Ainsi l'on se contenta, pour le présent, des armes qu'on s'était procurées , et on s'en servit du mieux que l'on puf contre le duc , dont la pef te était le but de toutes ces poursuites.

On soupçonna que c'était dans ce même faut qu'avait été dirigée la conduite de lord Carlisie et de lord Howard d'Escrik à Tégard de leur parent lord Stafford , lorsqu'à vec les larmes du cro- 2. 2G

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codile ils TaTaient dëclaré coupable^ et ensoite^ pour réparer en quelque sorte leur réputation , avaient proposé à la chambre de commuer sa peine en un bannissement perpétuel. Leur proposition ayant été rejetée , il demandèrent la permission de le voir^ sous prétexte de lui mener des théologiens. L'un devait lui conduire J'évêque de Londres, et l'autre le docteur Burnet; mais personne ne crut qu'ils s'inquiétassent beaucoup du salut de son âme^ ni qu'ils eussent la moindre espérance de le faire changer de religion , ou d'obtenir de lui, pour l'amour d'eux, des dénonciations qu'il n'avait pas voulu faire pour sauver sa vie. On conjectura donc que leur intention avait été de voir s'ils pourraient tirer de lui quelques paroles qu'on pût tourner contre le duc. Leur conscience leur aurait fourni toute la latitude nécessaire pour tordre et défigurer , selon le gré de leur haine , les expressions les plus innocentes; mais Dieu permit que les lords refusassent de leur permettre de le voir seuls, et autrement qu'en la présence d'un gardien. Ils se trouvèrent donc heureusemei^t déjoués dans leur projet, quel qu'il fût, à la grande satisfaction. des amis de Son Altesse royale, qui n'attendaient rien de bon de cette entrevue.

Quels que fussent les motifs du Roi pour laisser dans cette circonstance; à la loi son cours, et abandonner les juges à leur propre opinion, on

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pensa que , comme la plupart des serviteurs de Sa Majesté avaient concouru à la 'mort de lord Stafibrd^ les moindres soins auraient pu suffire pour l'empêcher f et il n'est point douteux que !s'il eût ëtéacquitté, le Roi en eût été en beaucoup .meilleure situation , et infiniment plus tôt débarrassé du complot : au lieu que cette conduite passive donna à ses ennemis beaucoup plus de -marge pour suivre leurs projets^ et grossit Forage qui l'enfonça toujours plus avant dans le précipice;Cèux qui se souvenaientde l'année 1640 assuraient que ce dernier parlement en deux mois de session^ avait plus avancé vers la ruine <iu Roi et du gouvernement ^ que Tautre^ eb deux ans; et beaucoup de gens de très-bon sens pen- <saient que la faction , après avoir gagné tant de terrain^ ne s'arrêterait plus qu'elle n'eût essayé sur le duc les' forces qu'elle destinait à envahir le pouvoir suprême.

' Le duc n'entrevoyait pas^ parmi ces présages de malheur 9 un> seul rayon d'espoir à tirer de ceux qui se trouvaient alors en crédit auprès du Roi. La duchesse de Portsmouth ^ qui avait tant d'influence daiis les affaires 5 s'était nîise depuis quelque temps à faire très -activement sa cour aux parlementaires. Au procès de lord Stafford,'elle s'était placée prèà de l'endroit où siégeaient les communes^ distribuant aux membres de la chambre des confitures et de gracieux

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regftids; « elle aTaii dit en &oe «a dvc, quelque temps auparayant , que son changement de religion était la cause de tout ce qu'on souffrait alors 9 » et il n'était pas douteux qu'elle n'en dit autant au Roi« Le duc de Monmouth remuait ciel et terre pour regagner la feveur de Sa Majesté, à qui mistriss Crofts avait dit que le duc était prêt ji lui donner toutes les assurances possibles de sa fidélité et de son obéissance s'il pouvait obtenir d'être admis de oouveau en sa prince , et d0 regagner son estime; mais le Roi eut le courage de s'en tenir à sa première réponse , qu'il consentait de bon cœur à revoir le due y pourvu qu'il prit aori ckemin par Edînibourg , pour re^ venir à Whitehall. Milord Sunderland, qui occupait toujours sa place de secrétaire d'Etat, non-seulement s'était uni à Shaftesbury pour les bills d'exclusion , d'association, de limitation, et aussi contre la Reine, mais il était allé an. club des factieux, les avait encouragés à continuer de presser le Roi, les assurant que sHls persévé** raient, il consentirait enfin à l'exclusion. D'autre part, le^ besoins du Roi étaient grands; les parlementaires le savaient bien, et une centaine d'entre eux avaient publiquement dit, et mente juré, qu'ils ne lui donneraient pas un &rthing qu'il n'eût consenti au bilL Enfin on avait eu l'art de faire entrer les puissances étrangères dans cette conjuration. On avait obtenu des Hollandais

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et des ministres espagnols de représenter ii Su Majesté que si elle ne se conformait pas au désir de son parlement > il n'y avait pas d'espérance qu'il pût jamais obtenir de repos dans son pays, et qu'ainsi S6S alliés ne ponrt^ient en aùeiwe manière compter sur ses engagemens> et sur leise*'* cours qu'ils attendaient de lui.

Ce stratagèiM était si bien combiné, qu'on avait décidé M. Sidney^ envoyé duAoi à La Haye^ à écrire t\ï Angleterre que les Etats avaient été frappés de terreur en apprenant le rejet du bill d'exclusion. Les membres de l'assemblée étaient acè^dttrus chez lui, disait-il, dans la plus grande çMfètem&tion > décterrant qu'ils avaient rejeté toutes les oflfres qui leur avaient été faites , parce qu'ils étaient résolus à ne vouloir de secours que cent de l'Angleterre, et que maintenant ils rie voyaient aucuh moyen de compter sur ceux qu'ils en «iV'aieniespéré. Le peuple, ajoutait M. Sidney, est dans le dernier désordre, et M. Van Benningen en perd presque la téte« A la vérité, le duc s'étanlt plaint de ce procédé, le priiice d'Orange l'assura que les Etats étaient loin de pressa le Roi de consentir au bill d'exclusion; que seulement ils «lésiraient vivement de voir la bonne întelligenee se retablir entre lui et son parlement ; car cetait de là, disait* il, que dépendait la solidité ou ^la ruine de la i^publique ; jmais les notes des Etals Contredisaient ceUie.assertton. Elles allaient

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même beaucoup plus loin. On y représentait, au ^ Roi qu'il avait engage les Etats, non^seulement. par ses argumens, mais par ses menaces^ à préférer sa protection à l'alliance de laFrance, que l'on regardait comme désavantageuse au repos ; des deux nations; qu'il leur avait promis ^ pour, leur donner confiance, d'appeler un parlement, et qu'ils avaient à cet égard compté sur sa parole royale ; que cette attente avait jusqu'alors arrêté les empiètemens du roi de France,, mais qu'il ne voyait plus d'obstacle à ses projets de-:, puis qu'il avait reconnu à quel point le Roi et son , peuple étaient divisés d'une manière irréconci-. liable, et qu'en, conséquence il préparait, un > puissant armement , et que comme l'Espagne n'é- . tait pas en état de s'aider elle-même, la repu-, blique ne pouvait plus attendre qu'une ruine . inévitable. Enfin ils prenaient la liberté de dire, à Sa Majesté qu'elle reconnaîtrait par expérience . que ces fréquentes dissolutions ne faisaient qu'ex- . aspérer de plus en plus le peuple et le parle- . ment; les Etats. ne pouvaient donc que déplorer, leur malheur de se voir perdus , parce que Sa < Majesté ne voulait pas consentir aux mesures qu'on lui demandait à l'égard de la succession au trône , . mesures dont on ne serait peut-être jamais dans le cas de faire l'application, et ce cas dût-il se présen- . ter, le Roi savait combien, dans les temps passés.,, on avait eu peu d'égard à ces actes d'exclusion .^ ..

Mais le Roi découvrit bientôt que tous ces raisonoemens si plausibles , relativement à une alliance étraiïgère , avaient été dictés d'Angleterre. Il ne se cacha pas de ses soupçons, et fit ré-' primander M. Sidney, pour s'être permis de lui envoyer semblable note, et de s'être mêlé dJb choses qui étaient hors de ses attributions.

«Aussitôt que Son Altesse royale fut instruite de ce fait , elle fit rémarquer au Roi à quel point leâ ennemis de Sa Majesté étaient actifs à remuer ciel et terré contre lui , ce qui l'obligeait à être, de son côté, plus ferme et plus vigilant. Le duc ne blâmait nullement les Hollandais et les Espagnols dé faire ce qu'ils jugeaient nécessaire piour la défense de leur pays, mais pensait que c'était un bôil exemple donné à Sa Majesté, et qu'elle devait eu faire autant. Il la priait donc d'y bien penser avant de s'embarquer dans une guerre pour la défense des HoUaudais, qui, après l'avoir ruinée, la serviraient comme ils avaient servi leurs alliés k Munster et à Nimègue. Ni l'Empereur, ni le duc de Brandebourg n'avaient promis de s'allier au Roi ni aux Hollandais contre la France; ainsi , s'il entrait* dans cette querelle purement pour l'amour des Hollandais , il se remettrait pieds et poings liés au pouvoir du parlement, qui infailliblement insisterait non-seulement pour régler lui-même l'emploi dé l'argent qu'il donnerait, maia voudrait aussi nommer les oiliciers : sorte

d'iempiètement qui ne pouvait se supporter. Il le priait donc de se me'fîer de tous ceux qui lui donneraient de semblables conseils. »

Cependant quelques lords du conseil privé se fondant sur la note envoyée par le& Etats^ pressèrent le Roi d'appeler le parlement dffns la chambre des I;>anquets, et de lui représenter que les Etats de Hollande avaient renoncé à l'alliance de la France y sur la demande qu'il leur en avait fiiite^ d'après l'avis du parlement, et qu'il désirait donc sa voir sur quoi ilspourraientcompter, lui et Jes Hollandais , dans le cas où la France tomberait sur eux ; mais d'autres convainquirent aisément le Roi que cela ne servirait à rien, à moins qu'il ne fût disposé à livrer le duc au parlement, sans quoi on n'en pouvait espérer aucune complaisance , ni aucun égard^ x}uoi qu'il pût arriver, soit en Angleterre , soit à l'étranger.

Ainsi donc Sa Majesté, l'unique rempart du duc dans cette extrémité , se trouvait attaquée de tous cdtéft. Ses embarras d'argent , l'intérêt du repos de la chrétienté, le soin de conserver ses alliances étrangères , enfin les sollicitations de tous ceux qui l'entouraient , et qui , excepté deux ou trois amis du duc, la pressaient de ne point préférer, dans mn si grand danger , le salut de son frère au sien propre, tout se réunissait, et le Roi, de sa nature, n'était pas invincible. Cependant il fut assejs fidèle à son propre intérêt et h celui du duc

pour ne le point abandonner, du moins > en ce point capital*

Durant eetlc persécution éleyëe en.Angletetre contre Son Altesse toy aie , les Ecossais 5 cbai^niés de sa présence , montraient autaut de zèle à soutenir ses droits et sa réputation que l0$ Aliglats à les irenTerser. Sa générosité > son affabilité > son application aus affaires, unies à tjiné inaltérable fidélité et un constant amour de justice , avaient tellement gagné l0$ coéUrs de la liaùte et moyenne noblesse y qu'étant de caractère à rechercher la £ftYeur du prince plutôt que celle du peuple , elles l'avaient , en quelque manière, élevé au trône en Ecosse , tandis qu'en Angleteirre le parlement sVfforçait de le dépouiller de ^e$ droits, même avant l'épcfque ou il en;dev{|it ^nti^er en possession. Gela encouragea le duc à leur dema-nder de présenter une pétition contre son bannissement , dans le cas où le parlement d'Angleterre insisterait pour l'obtenir. Les Fcossais se montrèrent trèsdisposés à cette démarche, et à tous lés autres témoignages qu'il pourraient donner de leur aversion pour les mesures factieuses dti parlement d'Angleterre. Les avantages que retira Son Altesse «le son voyage en Ecosse ne se bornèrent pas à elle seule; le Roi y participa également. Le duc arrêta & sa naissance un soulèvement du parti fanatique. Quelques-iuis des séditieuxfui^enf pris, et on en fît des exeniples; mais il ramena la plus grande partie

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d'entre eux par Testime qu'il leur inspira en vi- Tant au milieu d'eux. Il fit plusieurs règlement relatifs aux affaires civiles et militaires^ plaça et déplaça les officiers, selon quMl les trouva ou non propres et affectionnés aii service de Sa Majesté, et il le fît d'une manière si obligeante et si propre à gagner les coeurs ^ que ceux même qui furent dépouillés de leurs emplois, ne perdirent poiot pour cela lé respect qu'ils lui devaient, et leur soumission à Sa Majesté. On n'en peut rapporter un exemple plus frappant que celui dli président des assises, qui, s'étant rendu à Londres pour solliciter une affaire que l^duc n'approuvait pas, instruit que le duc ne jugeait pas à propos qu'il en parlât au Roi^ répondit qu'il obéirait aux ordres de Son Altesse royale , et sans faire parler même au Roi sous-main , sans voir personne àa parti mécontent, s'en retourna secrètement en Ecosse! Telle était l'influence que Son Altesse avait acquise sur les Ecossais, qu'elle força ses ennemis mêmes à l'estime et à l'obéissance.

Cependant le Roi , bien qu'excessivement eàibarrasséde l'impertinence du parlement; se laissait persuader de permettre qu'il continuât de siéger , sous ce prétexte que tant d'extravagance finirait par le rendre odieux au peuple; Le dac l'ayant appris, écrivit au Roi qu'en laissant pla$ long-temps siéger les chambres , il exposait nonseulement sa prérogative y mais même sa per^

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sonne; que jamais adreâ^c^ pai^ille à la dernière n'avait été présentée à un Roi «ncore sur le trône, oa par des sujets qui ne fussent pas en pleine rébellion ; que les efforts qu'on faisait pour lui ôterle pouvoir de faire grâce prouvaient qu'on se préparait à entreprendre aussi sur sa liberté, qu'il lui convenait donc de bien prendre garde à lui. Le duc ajoutait qu'il perdait patience lorsqu'il voyait des hommes timides et intéressés parvenir à obtenir de Sa Majesté qu^elle laissât se prolonger la session, malgré l'insolentç et insupportable conduite des chambres.

Dans toute autre circonstance, ces argumens auraient eu leur poids ; mais ceux qui conseillaient le contraire étaient assez bieii appuyés pour remporter sur tout ce que pouvait dire le duc. La duchesse de Portsmouth, qui avait besoin d'argent et de protection, secondait ces conseils de tout son crédit. On lui avait dit que la chambre ue l'oublierait pas dans le chapitre des réformes^ et menaçait dé la mettre dans celui des griefs; on savait que c'était le moyen de l'effrayer assez pour la faire entrer dans toutes les mesures qu'on 'voulait suivre, ce à quoi elle s'était déjà montrée fort disposée. Elle ne s'occupait donc d'autre chose que de se former un parti dans les parleluentaires. Cela ouvrit les portes de son apparteix^ent, non-seulement à un certain nombre d€S plus violens, mais à lord Shaftesbury lui-même.

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qui s'en Taûta publiquement en manière de plaisanterie. Cependant quelques uns virent leurs amis si scandalisés de cette nouTcIle alliance > qu'ils se crurent obliges de s'en défendre ; ce qili donna lieu^ dans les débats ^ à beaucoup de réflexions piquantes et de railleries : maié lordEssex dit enfin ^ sans détour, que le royaume ne youlàit souffrir ni favorites papistes > ni iuinistres papistes; qtke, comme Samuel, il demandait : Qoe sij^ifie le bêlement de ces troupeaux ? a joutaQt qu'il espérait bien que le Roi répondrait , comme Saul, qu'il ne les gardait, ain^i que ses autres mauvais conseillers , que pour en faire un sacrifice agréable au peuple.

Malgré toutes ces grimaces puritaines , lés partis ti'étaient pas tellement di^arates qu'ils ne s'unissent de bon cœtn* contre le dtac, et tous ces tours de passe-passe ne parvinrent pas à ouvrir les yeux du Roi et à lui rendit suspects, comme ils l'auraient dû , le^ conseils de gens occupés à sauver leur ^jeu dès deux côtés; mais par une criminelle patience il dontfà au parti malintentionné un grand avantage sur lut et sur ses véritables amis> i{ue l'on força par la tenneur & se soumettre, ou que l'bn noircit dansie public lorsqu'ils persévéraient dans leur devoir; et si cela eût continué beaucoup plus lobg-^temps, on n'eût pas laissé lautour du Roi un ^ai honuéfe homme*

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C'était là ce que youlaît le parlemest. On pF<K iMmça donc dans les deux chambres dçTÎolens dis* cours contre tout ce qu'oq imagina avoir été pro-^ posé au Roi^ en opposition aux desseins du partie afiu de noircir la réputation de ceux qui l'avaient conseillé; et quoiqu^on ne nommât personne , qa'on ne proposât de porter aucune accusation , car on n'alléguait aucun crime suffisant pour ea motiver une y on espéra toutefois effrayer Sa Majesté par ces clameurs et la forcer d'abandonner ceux auxquels on en voulait principalement. Milord Essex rapporta des précédens d'hommes dépouillés de leurs emplois seulem^ent sur des bruita publics : sur quoi Son Altesse royale fit observer au Roi que ce lord^ qui demandait qu'on renvoyât les conseillers du Roi simplement sur le bruit public et rapportait des précédens d'une pareille conduite , aurait pu trouver aussi dans le règne d'où il les tirait , des exemples de sujets qui avaient porj^ia main sur le Roi. Cependant cela fit écarter pour un ti^mps le secrétaire Jenkins , ^milord Shaftesbury 9 suivant sa pointe^ parvint i ébranler tous les autres. C'était le duc^ disait-* il 9 qui^ quoique absent^ gouvernait autant que jamais tous les conseils ; on ne disposait , sans son approbation^ d'aucun emploi civile militaire on même ecclésiastique. Il pressa donc avec vé-* hémence pour qu'on éloignât tous ceux qui devaient leur avancement au duc ou avaient avec

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lui quelque relation. Le duc de Monmouth prit plaisir à répeter souVent ces insolentes éxpressiqns^ espérant par là jeter une sorte de déshonheur sur Son Altiesse ; en sôrle que si cette liberté de déclamer eût duré beaucoup plus long-temps, les amis de Sa Majesté auraient été arrachés d'auprès d'elle ou écartés par la frayeur y et elle serait tombée sans s'en apercevoir comme captive entre les mains de ses ennemis; cela fut évident par la manière dont on traita sir Robert Payton. Comme on découvrit qu'il avait eu quelque correspondance avec le duc y on l'expulsa de la chambre 9 sans que la manière irrévérente dont il parla de Son Altesse^ en se défendant à ce sujets le put soustraire au châtiment. Avoir été toujours l'ami du duc était ^ aux yeux de la chambre, an péché irrémissible comme celui contre le Saint* Esprit.

Ces patriotes enflammés jugèrent raisonnable de faire marcher la ruine du papi^^e de front avec celle d'un successeur papiste; on ne cessait donc de proposer à cet égard de nouveaux projets , quelques uns aussi bizarres qu'ils étaient cruels et inhumains. Quelquefois on voulait ordonner aux papistes de changer d'habitation^ transporter y par exemple y au midi ou à l'ouest de l'Angleterre y ceux qui se trouvaient. dans le nord 9 et ainsi des autres. Quelquefois on voulait les bannir tout- à-fait et les remplacer par une

race meilleure ^ en naturalisant en Angleterre tous les protestans étrangers , ou bien on proposait d'enregistrer tous les papistes ^ soit prêtres^ soit laïcs y afin d'en faire connaître le nombre ; mais ils s'aperçurent bientôt que cela produirait un effet contraire à celui qu'ils désiraient, et qu'en prouvant à quel point ce nombre était petit , ils écarteraient les frayeurs qu'ils trayaillaient si fort à répandre. Quant au successeur papiste , ils pensèrent que le meilleur moyen à prendre contre lai était de former une association , non pas telle qne celle qui fut conclue au temps de la reine Elisabeth contre la reine dTcosse , et qui ^ disaient-ils , ne conviendrait pas mieux à la circonstance qu'un conte fait pour un enfant de quatre ans ne pourrait lui convenir à quatorze. Comme le danger du papisme était, disaient-ils, beaucoup plus grand de la part du duc qu'il ne l'avait été de celle de la reine d'Ecosse, ils prirent soin de dresser leur acte d'association en conséquence, et de le faire si fort qu'il valait en réalité le bili d'exclusion dont ils étaient, au fait, un peu embarrassés , parce qu'ils ne voulaient renoncer à rien de. ce qu'il contenait et que cependant il était contraire à la loi de représenter deux fois la même chose dans une même session. Cependant ils s'étaient mis au-dessus des formes et s'imaginaient que les lords ne se montreraient pas plus scrupuleux sur cette affaire , d'autant que plu-

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sieurs de eeuz qui avaient yotë contre le biil ayaient depuis pris part à la condamnation de lord Stàfibrd y et l'on imaginait , du moins on se donnait beaucoup de peine pour se persuader, que c'était une chose que le duc ne pardonnerait jamais^ d'où Ton pensait que ces derniers changeraient de conduite à son égard; mais ce projet chéri se trouva écarté pour le présent par la multiplicité des autres projets et par quelques différends qui survinrent alors. Cependant lord Shaftesbury ne voulut pas le laisser tomber tout-ifait et machina un acte d'association trouvé depuis dans son cabinet, tendant à trois choses^ entre autres la promesse de s'aider mutuelieinent à empêcher que le duc d'York n'arrivât au trône, et la résolution de l'en écarter par la force si Ton ne pouvait obtenir du Roi qu'il l'en éloignât légalement* '

Beaucoup de gens s'étonnèrent que la patience dû Roi résistât à tant de licence. Sa seule excuse était dans l'espoir qu'ils se diviseraient d'euxmêmes; et en effet il s'éleva durant ces débats un différend qui pouvait permettre de s'en flatter.

Les lords avaient , à ce qu'il parait ^ passé un bill en leur propre faveur^ relativement aux procès des pairs. Lorsqu'il arriva à la chailibi^ bassci quelques uns de ses membres dirent que^ puisque les lords demandaient aux communes qu'elles cou* sentissent à laccroissemeut de leurs privilèges y

il était raisonnable d'avoir aussi quelque cfgard à ceux des communes y et ils proposèrent aussitôt la révocation de l'acte contre seandalum magna* ium. Les meneurs s'opposèrent fortement à cette motion : ils craignaient^ s'ils donnaient de l'humeur aux lords ^ de ne point obtenir que ceux-ci passassent le bill d'association ; mais les jeunes membres des communes tenaient à ce privilège y et, une fois le morceau à la booche, ils refusèrent de le lâcher , en dépit de tout ce qu^on leur put i

dire. Les lords rejetèrent la proposition; mais \

alors les jeunes gens s'étaient refroidis^ de manière qu'il n'en résulta aucune mésintelligence, et que cela ne mit point obstacle aux autres projets. Cependant une autre pomme de discorde pensa tomber au milieu d'eux peu de temps après. Les grands personnages de la chambre montrèrent leur faiblesse à cette occasion , et prouvèrent qu'iU n'étaient pas plus que d'autres au-dessus des tentations de l'avarice et de rintérêff.

On avait beaucoup parlé d'un marché qu'on devait proposer à Sa Majesté sous de certaines conditions, et dans lequel , semblables au serviteur prudçnt dont parle l'Evangile, plusieurs des chefs du parti avaient eu soin de ne se pas oublier. Lord Russel devait, disait-on, êtpe fait gouverneur de Portsmouth , sir William Jones grand juge, Titu secrétaire d'Etat. O9 avait aussi stipulé que lord Shaftesbury serait fait 3. aj

4iÔ MÉMOIRES

grand trésorier^ jugeant qu'il serait dangereut de le laisser de côte ; mais lui , honnête hormme qu'il était , n'en eut pas plutôt entendu parler qu'il entra dans une grande colère de ce qu'on pouvait le croire capable de sacrifier le bien public à son intérêt particulier. Cela força les autres à rougir de leur conduite et à prendre beaucoup de peine pour se disculper d'un projet auquel ils ne voyaient pas d'apparence de succès; et ils poussèrent l'hypocrisie au point de voter un acte de renoncement à soi-même^ afin de donner à l'avenir une garantie contre de pareilles tentatives.

Après avoir ainsi purifie leur plan de ce qu'il avait de trop grossier^ ils préparèrent le reste qui était d'une nature beaucoup plus raffinée y et le Roi jugea qu'il valait la peine de voir ce qu'on pourrait gagner à un pareil marché. Les amis du duc en démêlèrent sans beaucoup de peine le but éloigné, mais trouvèrent qu'il leur serait impossible d'empêcher qu'on n'en essayât. Le traite fut donc conclu avec cette promesse que s'il plaisait à Sa Majesté de redresser seulement quelques uns' dés griefs les plus crians , on se rendrait ensuite aussi traitable qu'il pourrait le désirer; et pour lui faire connaître à quel point on poussait la modération , on se bornera à ce petit nombre dé points : d'abord que le conseil privé ne jugeât plus de meum et tuumy et qu'on apportât remède

à la corruption des juges qui Tenaient^ disait* on, de ce que leur commission était . ré vocable à volonté : on demandait donc, en conséquence^ qu'ils demeurassent en place quamdiu se benè ges^ serint ; que les emplois de juge, de pair, de dé-« pûtes lieutenans, et tous les emplois civils et mi* litaires , sans en excepter ceux de la flotte, fussent remis entre les mains d'hommes connus pour bons protestans ; que le Roi confirmât l'acte d'as^ sociation et qu'il exclût le duc d'York. A ces conditions ils lui promirent sur leur parole de se-courir Tanger et de remettre la flotte en état.

Us savaient bien que ce n'était là qu'une partie des besoins du Roi : aussi n'était--ce^ sans aucun doute , qu'une partie de leurs demandes. Us en avaient d'autres toutes prêtes pour la première occasion , et dans le cas où le Roi continuerait de répugner à l'exclusion directe , ils avaient sur le métier d'autres moyens de parvenir à leur but à l'égard du duc. Ainsi , dans leur projet d'acte pour la sûreté de la religion protestante ^ ils révoquèrent la clause qui exemptait du test le duc d'York, le déclarèrent inhabile aux emplois d'amiral d'Irlande, de Tanger et des Indes , et à tout autre emploi dans les Etats de Sa Majesté. Us prirent soin, dans le cas oii il parviendrait à la couronne , qu'il ne fût roi que de nom , et dans ce but pourvurent à ce que la mort du Roi an^i-*' vant, le parlement alors siégeant ou le parlement

4ao MÉMOIRES

précédent s'assemblât par sa propre volonté et siégeât durant six mois ; décidèrent qu'en ce cas les deux chambres nommeraient à tous les emplois Tacans, soit ecclésiastiques, civils ou militaires; qu'il ne serait pas au pouvoir du duc d'York^ tant qu'il demeurerait papiste, de rien contrôler de ce qui se serait fait dans le parlement, ni de disposer d'aucune place on bénéfice dépendant de la cou* ronne; qu'il f/aurait pas voix négative sur les actes du parlement et ne pourrait lever des troupes d'aucun genre sans son consentement.

C'était là le moins qu'ils voulussent den^ander par rapport à la succession. L'ahernatiye n'était pas consolante pour Son Altesse royale ; et quoiqu'on sût bien que ce n'était là qu'une portion de ce qu'ils avaient en réserve, et que le Roi fît clairement à quel prix il lui faudrait conclure avec eux, il demeurait toujours indécis, ce qui leur faisait grandement espérer de l'emporter à la fin et leur donnait le temps d'essayer de toutes las routes , même les plus inusitées , pour arriver à ce cfu'ils Voulaient* Le lord maire de Londres, les shériffs et quelques autres avaient le prxvî-* lége d'accorder chacun à une personfve le drpit de bourgeoisie dans la cité , et le vendaient ordinairement pour de l'argent ; mais ils avaient alors en vue quelque chose de bien plus important pour eiKX. Un des shériffs proposa d'accorder le droit de bourgeoisie au duc de Buchingham*

Par bonheur la cour des aldçrmeo hésita un peu; cela donna le temps de découvrir et de prévenir le projet qui était de l'accorder le jour suivant à lord Shaftesbury de la même manière ^ de le choisir sur-le-cHamp pour aiderman et de le nommer lord maire à la première élection : par là ils se seraient rendus non-seulement maîtres de la cité, mais auraient fort encouragé, chez le peuple, l'esprit républicain en lui montrant des nobles du premier rang qui se rangeaient d^euxmêmes parmi les citoyens et les marchands.

Outre toutes ces irrégularités et ces prétentions exorbitantes , le Roi voyait qu'il existait dans le parlement une tendance à réunir toutes les sectes et toutes les religions excepté le papisme , et qu'il suffisait de repousser cette croyance pour obtenir aux autres tolérance et protection ; qu'un homme pouvait être tout ce qui lui plairait pourvu qu'il ne fût pas papiste , et donnât-il dans l'athéisme et dans toutes les sortes d'immoralité , on ne s'en effrayait pas. On aurait volontiers détruit toute religion plutôt que renoncer à perdre le duc en raison de la sienne.

On devait croire que le Roi en avait désormais assez vu sur les votes du parlement pour y mettre un terme ; mais sa curiosité ou ses besoins lui don* nèrent la patience d'attendre encore, afin de voir si le parti ne lui offrirait pas quelque chose qu'il pût accepter. Il perdit ainsi beaucoup de terrain;

et les autres ne manquèrent pas d'employer le temps que leur laissaient ses hésitations, pour faire jouer toutes leurs batteries contre le duc. Ils répandirent qu'il aTait écrit au Roi de consentir à son exclusion'plutôt que de s'exposer plus long-temps lui et son gouvernement en résistant au désir de son parlement; et pour empêcher que personne donnât au Roi un avis contraire^ ils tombèrent sur tous ceux qu^ils supposaient fa^ Torables au duc, tels que lord Ilallifax, le marquis de Worcester, le comte de Clarendon, le comte de Feversham et M. Hyde, qu'ils avaient eu jusques alors la modération de ne pas nommer. Ils demandèrent hardiment qu'ils fussent écartés de tout emploi-et de la personne de Sa Majesté, pour l'avoir conseillée contre le bill d'exclusion. Ils mirent en accusation , pour le même motif, le grand juge Scroggs ; mais quand le bill arriva aux lords, comme il ne contenait aucun fait spécîial, ce qui était l'ancienne dispute, les lords le rejetèrent; et pour ne négliger aucun.stratagème capable d'alarmer et d'occuper aussi l'esprit du peuple, on renouvela les dénonciations sur le complot d'Irlande , et plusieurs personnes furent emprisonnées afin de persuader au public qu'aussi longtemps que le duc pourrait se flatter de parvenir à la couronne, on ne devait pasespérer de voirlafin des complots. Pour donner aussi au Roi un plat de leur métier, ils votèrent que quiconque lui

prêterait de l'argent sur (quelques branches de son rei?enu y en serait responsable envers le parlement comme contribuant à empêcher que le Roi ne rassemblât.

Le duc de Monmouth voyant Son Altesse royale si violemment attaquée de tous côtés ^ et le Roi passif sur tout cela^ pensa que c'était le cas de rentrer à la cour. Four rendre ses prétentions plus plausibles ^ il feignit un repentir auquel il savait bien que la tendresse du Roi le rendrait incapable de résister^ et il arriva que quelques uns des amis du duc d'York se trouvèrent disposés à le seconder dans cette tentative. Il paraît que lord Hallifax , quoique très-vif eontre le bili d'exclusion ^ s'était toujours montré positivement contraire au retour du duc d^York^ et à ce qu'on le souffrît jamais auprès du Roi ; mais voyant maintenant qu'il serait presque impossible d'obtenir du Roi quelque fermeté dans ses résolutions^ si le duc n'était pas là pour le soutenir^ et qu'il n'était personne qui pût prétendre auprès du Roi à un semblable pouvoir^ il commença à désirer le retour de Son Altesse ^ et pensa que la réadmission du duc de Monmouth à la cour serait un bon prétexte pour obtenir le rappel du due d'York. Mais d'autres pensèrent qu'il valait mieux s'exposer à tous les hasards que de souffrir que l'astre du duc de Monmouth vint de nouveau briller sur l'horizon^ surtout dans un moment oi»

Je crédit de Son Altesse royale était tombé si bas que le dernier homme du royaume pouvait l'insulter et l'outrager impunément. Oates avait dit publiquement que le duc était possédé d'un démon ^ et que^ pour l'amour de la nation ^ il ne se ferait aucun scrupule de le tuer de sa main, s'il pouvait parvenir jusqu'à lui^ et on n'avait fait ai&cune attention à oe propos. Lord Shaftesbury, pensant que le séjour du duc en Ecosse lui donnait trop de moyens de défense, pressa vivement pour qu'on l'envoyât en quelque pays étranger, et, se raillant de ses malheurs, dit que s'il était en Italie, lui et le cardinal de Norfolk gouverneraient probablement le Pape.

Ces insolences hors de la chambre, et les demandes exorbitantes qui se faisaient au dedans, convainquirent à la fin Sa Majesté qu'il ne fallait pas songer à accommoder les choses par voie d'expédient, bien que. plusieurs de ses faux amis continuassent de l'en presser, et fussent d'avis qu'il fallait à tout prix se procurer de l'argent, et cela probablement pour leur propre commodité, tout autant que pour la sienne* Ils s'efforçaient, de lui persuader qujd quand il consentirait à coder nn peu trop pour le présent, on trouverait bien moyen,.en des temps plus calmes, de remettre les choses &i ordre« Mais il connais-^ sait trop le caractère des communes pour penser qu'on pût les tromper par de semblables arti-^

fices, et savait que tout ce qu'il obtiendra it d'argent par ce moyen serait payé sur sa prérogative beaucoup plus qu'il ne valait ^ et qu'il n'y aurait aucun espoir de retrouver ensuite ce qu'on aurait perdu. Il sentait à quel point le Roi son père s'était trompé en tâchant de mettre le parlement toujours plus dans son tort^ et voyait bien que le but était alors^^ de même que dans ce tempslà^ de détruire la monarchie, et que l'exclusion du duc pourrait servir au possesseur actuel comme pu avertissement de se mettre sur ses gardes. £n conséquence, le lundi lo janvier il prorogea le parlement au 20, résolu en même temps à ne plus laisser siéger cette chambre des x;ommunes , dont les adresses et les discours avaient été remplis de tant d'outrages pour lui : aussi le paiement fut-il dissous bientôt après (i), et on en convoqua un autre à Oxford pour le 2 1 mars suivant; mais cette courte prorogation avait paru nécessaire pour tenir en respect les puissances étrangères, et particulièrement la France. Les communes , se doutant des intentions du Roi , avaient voté le 10 janvier, avant l'arrivée de rhttissier à la verge noire , que quiconque conseillerait au Roi le rejet du bill d'exclusion , devrait être regardé comme traître à Sa Majesté et

(0 Le 18 janvier. .

42l6 MÉMOIRES

à la religion protestante, fautear du parti français j et pensionnaire de la France.

Ces rudes paroles, qui accompagnèrent le départ de la chambre^ ne diminuèrent pas la satisaction que reçut le duc d'apprendre son renvoi ; car, outre que toute son existence en Angleterre se trouvait compromise par la présence d'une pareille chambre , il commençait à en ressentir rinfluence jusques à Edimbourg. Le crédit et la réputation qu'il avait obtenus en Ecosse n'empêchaient pas que le parti factieux ne trouvât moyen de l'y insulter. On avait excité les écoliers et les apprentis de la ville à former une sorte d'association pour brûler le Pape , ce qu'on regardait comme la meilleure manière de commencer l'attaque contre Son Altesse royale. Cependant le soin et la vigilance des magistrats empêchèrent ce rassemblement. On avait bien pu soulever contre lui la multitude, mais il fut impossible de mettre en mouvement la portion la plus riche de la cité. Il avait acquis dans les lieux qu'il habitait une existence si respectable, que la malice de ses ennemis les plus envenimés ne pouvait rien contre lui. En Angleterre même, Ifrsqu'on lui permettait de séjourner à la cour, les affaires du Roi en allaient infiniment mieux, et beaucoup de ceux qui aboyaient avec tant de fureur contre lui , dès qu'il avait le dos tourné, venaient , lorsqu'il était présent , rampera ses pieds.

Cela était si manifeste , que le duc en avait tiré un argument pour persuader au Roi de le rappeler^ même pendant la session du parlement^ lui faisant remarquer que sa présence calmait la violence de ses ennemis, plutôt qu'elle ne l'excitait, et que , « bien qu'on pût trouver beaucoup de gens attachés aux intérêts de Sa Majesté, cependant telle était la terreur qu'inspiraient les factieux, que, lorsqu'on voyait la manière dont étaient traités les ministres, personne que lui n'osait donner de conseils courageux; les autres avaient leur fortune à faire ou à conserver, et pouvaient espérer de se sauver, quand même le Roi et la monarchie tomberaient; mais, quant à lui^ son sort était tellement enchaîné au leur que, quoi qu'il leur arrivât, il devait nécessairement le partager; d'autres pouvaient avoir leurs vues particulières; des protections, des relations pouvaient influer sur leurs conseils, les flatter dans leurs espérances, et les engager à soufirir avec patience des changemens auxquels ils n'avaient pas le courage dé s'opposer; lui seul se trouvait , s'il était possible , aussi intéressé que Sa Majesté à prévenir un renversement. Quant aux dangers qu'on semblait craindre pour la religion, s'il montait sur le trône , ou prenait en main la conduite des affaires, il espérait, disait-il, que ses amis ne le croyaient pas assez absurde pour s'imaginer qu'il

fût "possible d'obliger la nation à un changement de religion^ ou assez peu sincère pour tenter une chose dont il avait si souvent déclaré n'être pas d'avis; car^ bien qu'il désirât que tout le monde partageât sa croyance > cependant il croyait illégal de forcer personne, et encore plus uu royaume entier à l'embrasser. Il pensait toujours qu'il était de l'intérêt de la monarchie de main* tenir l'Église d^Angletcrre telle qu'elle était établie par les lois. Il s'était constamment réuni^ dans le parlement , aux évéqueset au parti loyal; et il admirait qu'on pût se croire en quelque danger de la part des papistes, si peu nombreux et exclus de tous les emplois, tandis qu'on négligeait le danger bien plus imminent de voir la religion engloutie par le presbytérianisme et le fanatisme qui couvraient déjà la facedu royaume, et qu'on avait eu l'impudence de proposer en parlement la révocation de l'acte de la trente-cinquième année du règne de la reine Elisabeth, Tacte de corporation , et toutes les lois que l'Église d'Angleterre avait regardées comme ses seuls remparts contre eux. Il demandait donc à ses amis de ne pas se laisser tellement effrayer des dangers imaginaires dont menaçait le papisme, et de ne pas céder non plus tellement à la crainte que leur inspiraient des hommes, en effet beaucoup plus réellement redoutables , que cela les empêchât de donner' à Sa Majesté les conseils

qu'ils jugeaient les meilleurs, et de s'efforcer à le faire rentrer dans les affaires , les ëvéques eux-'mêmes ayant avoué > à son dernier retour d'Ecosse y que la .part qu'il y avait prise avait été avantageuse non - seulement an Roi y mais à rÊglise elle-même, m

Ces raisonnemens eurent si peu d'efTet sur le Roi y tant que dnra la session du^parlement^ qu'il n'osa pas même après sa dissolution permettre au duc de revenir, mais renvoya son retour après la session du parlement convoque à Oxford. Le Roi dit alors au duc qu'on lui avait persuadé de le laisser s'assembler et siéger.

Ried ne prouve mieux à quel point Son Altesse royale était supérieure à la eraint^ et au.déeou*^ ragement y que de la voit* combattre en quelque sorte pour l'empire tandis qu Annibal était ftux portes de Rome ; mais ses amis ne se laissaient ni gouverner par ses raisonûemens^ ni affermir par son exemple : ils étaient dans de telles craintes malgré la dissolution , qu'ils ne voulurent pas lui permetti^ le plus léger rayon d'espoir, y et re* nouTelèrent leurs ancienne Siollicitations» l'assurant qu'il lui serait impossible de se tenir à (lot et également imposable il se» amis de lui demeurer attachés, s'il 1^ consentait pas à la seule chose qui les put préserver lui , le Roi et eux tous d'une ruine inévitable : itiaîs rien de tout cela ne fit sur lui la moindre impression. Il leur

45o MÉMOIRES

répondit qu'il connaissait ses obligations et ses devoirs envers Dieu et envers le Roi , qu'il était résolu de ne pas les confondre et s'en remettait pour le succès à la disposition de celui qui ne se laisse pas enchaîner par les règles de la prudence humaine et peut faire réussir ce qui semble im* possible aux hommes ; mais que si la Providence ne jugeait pas à .propos de réparer ses naalheurs en ce monde , il se résignait à ne recevoir sa récompense que dans l'autre^ où il était certain^ en faisant son devoir ^ qu'elle ne pourrait lut manquer.

Ce qui chagrinait le plus Son Altesse , c'était de voir le Roi partager ces craintes. Avant de se décider à dissoudre le parlement , il avait envoyé chercher M. Hyde pour lui dire qu'il ne serait pas en son pouvoir de protéger le duc plus long-temps s'il ne consentait à se conformer et à aller à l'église , et qu'il comptait l'envoyer à Edimbourg pour le déclarer à som frère. M. Hyde fiit singulièrement surpris et troublé de cette résolution.; car 9 bien que non-seulement lui , mais tous les amis protestans du duc le pressassent sur ce point avec plus de véhémence que ne l'aurait permis le respect qu'ils lui 4^vaient^ cependant il connaissait si bien le caractère et la fermeté du duc , quand il avait ou croyait avoir raison , qu'il savait que tous lies dangers du monde ne le feraient pas changer de conduite ^ et que, par

DE JACQUES IL 45ï

conséquent , si le Roi persistait dans cette résolution^ il serait nécessairement abandonné. Tout ce qu'il put donc faire fut de trouver moyen de gagner du^ temps ; et , malade de la com^ , mission qu'on voulait lui donner ^ il n'eut pas grande peine à persuader qu'il l'était en ëfFet> ce qui l'etarda son départ jusques après la disso*lution. Comme alors les craintes du Roi se calmè-^ rent un peu , et qu'on lui proposa d'autres expédiens^ à la vérité plus absurdes^ s'il était po^ible> que les premiers^ il en résulta du moins que la chose tomba pour le moment ; et dans une ma-r ladie de langueur tout changement de symptôme soulage pour le moment, bien qu'il n'avance de rien la guéris on.

Le nouveau projet était de déclarer que , dans le cas ou le duc survivrait au Roi , il serait re-^ gardé comme mineur et mis sous la tutelle de ses propres enfans. Cette idée , quelque ridicule qu'elle puisse paraître , ne manquait pas de gens pour la soutenir, soit en Angleterre, soit à l'étranger, et le prince et la princesse d'Orange, à qui

devait être déféré le rôle de tuteurs , ne demeuraient pas tout- à-fait inactîfsdaris l'affaire.

Tandis que le parti factieux dressait ainsi ses projets pour le parlement suivant , il convenait au Roi de se préparer aussi de sop côté , ce qu'il ne pouvait avec quelque efficacité sans avoir opéré d'abord une réforme dans sa maison et

clans son conseil. Il toyait clairement qae s'il ne prenait le parti de nettoyer son nid , il serait bientôt forcé de l'abandonner. Lord Salisbury lai en donna le premier Toccasion en demandant à se retirer 9 pour exprimer par là son mécontente-» ment lorsque le Roi annonça au conseil qu'il était résolu à dissoudre le parlement. Les comtes d'Essex et de Sunderland^ ainsi que mr William Temple, eurent ordre de se retirer avec lui ; et quoique lotd Côniivay , nommé alors secrétaire d'état , fût peu connu du Roi, cependant il étaiK fii difficile de tix^uver un homme à la fois digne de Confiance et capable de cet emploi , que ie Roi l'accepta sur In recommandation de M. Seymonr y et que par la même raison le duc , quoiqvi'it en eût proposé un autre ^ fut très-satisfait de ce choix.

Mais personne n'avait plus besoin que le duc de préparer des antidotes contre le nouveau par* lement; ses lettres n'avaient point réussi à per^ suader au Roi de le rappeler ou de prendre les mesures qu'il jugeait ^nécessaires pour leur mutuelle conservation. Il résolut donc d'envoyer quelqu'un à la cour pour renforcer ses arguraeas et de proposer des expédieais qu'il espérait voir tourner beaucoup plus au soulagement et à j'avantage du Roi y qu'aucun de ceux dont on s'occupait alors f et dont U était certain que sa perte devait être un des principaux élément*

« Ce fut M. Churchill que le doc «hoisU pour t:ette commîssîoa; il le chargea, i». de presser le Roi de rté pas permettre que le parlement siégeât, au moîns jusqu'à Ce qae la feriHeatation populaire fut calmée , et de côntàÎBCre par là le inonde qu'il voulait être roi et ferme dans ses résolutioôs; 2*. de dissuader Sa Majesté, autarit qu'il le pourrait , de toute alllaride avec TEspagne 6t la Hôftànde capable de l'engager dans une gUèrrë Côfttre là francé^ carrela ne servirait qu'à le mettre sôûs le joug du parlement, et probablement ces deux alliés finiraieftf par le laisser dans le bourbier; d'autant que la conduite de leurs ambassadeurs, dans ces derniers temps, n'avait pas éfe dé nature à permettre de compter beau- Coup sur eux ; 3«. il devait représenter au Roi qu'une alliance avec la France était le ieul moyen dé le soutenir et de sauver la monarchie et même l'Eglise d'Angleterre, en fournissant un subside sans le secours du parlement , dont le but était évidemment de les renverser ; que les choses en étaient venues à ce point qu'il fallait que la monarchie en devînt pïuî( absolue ou qu'elle fût entièrement abolie ; que la France serait trèsfâchée dé voir l'Angleterre en république ; que l'Espagne le désirait ,• que la Hollande n'en serait pas fâchée , et que puisque Sa Majesté avait eu la bonté de se résoudre à ne pas abandomier le duc , il n*y avait qu'une alliance avec la France 2- 28

43i MÉMOIRES .

qui pût l'aider à soutenir cette résolution, /:ar elle voyait comment il avait été traité par le prince d'Orange lui-même; 4*** ^* Churchill devait solliciter le retour du duc. Il n'était pas besoin, pour en faire sentir la nécessité, d'aucune autre preuve que le chagrin et l'abattement des vieux cavaliers et de tous les honnêtes gens, lorsqu'il avait été éloigné de la cour^ et la joie qu^en avait ressentie le parti contraire ^ et il ne fallait aussi que voir combien les choses avaient été plus calmes tant qu'il y avait demeuré y bien que les craintes d'agitation eussent toujours servi de prétexte pour l'en tenir éloigné. Enfin le duc chargea M. Churchill d'engager le Roi à des résolutions vigoureuses ^ que , d'après l'expérience de l'été précédent , il devait regarder comme les seules qui fussent sûres pour lui ; mais il l'avertit de bien prendre garde à ce qu'il comniuniquerait de cette partie de sa mission à lord Hallifax, qui ne paraissait pas disposé à entrer dans les mesures de ce genre. Si on continuait d'opposer à son retour des craiptes chimériques, le duc demandait qu'il lui fût permis du moins de venir passer près de Sa Majesté une semaine ou quinze jours ; et si cela aussi lui était refusé et qu'il fût condamné à demeurer en exil, M. Churchill devait insister pour que du moins ses pouvoirs fussent augmentés et qu'on lai donnât le titre de général des troupes du royaume d'Ecosse. »

iQuancl M. Churchill arriva à la cour^ il trouva le Roi aussi sourd à ses argumens qu'il l'avait, été aux lettres du duc. Seulement il parut prendre à ridée de s'allier avec la France; mais^ quant au reste^ déterniinéà laisser le parlement 3e réunir 5 il se servit de cette raison comme d'une réponse à toutes les autres demandes; en sorte que les amis du duc voyant'le Roi inébranlable > jug^ent qu'il n'était pas à propos que Son Altesse royale arrivât pour se trouver en Angleterre pendant les élections y de peur que l'influence qu'on lui supposerait n'irritât le peuple; car si le Roi contrariait les mesures de ceux de ses conseillers qui répondaient de la bonne conduite du parlement et en promettaient des merveilles ^ tout en s^occupant uniquement de négocier un accommodement à quelque prix que ce fûty on ne inanquerait pas de tout rejeter sur le duc; car les hommes le plus en crédit auprès du Roi^ commençaient à s'occuper assez peu de ses intérêts. Plusieurs même d'entre eux tu proposaient le sacrifice comme le premier pas à faire. ^ ou comme un préliminaire indispensable au rétablissement des affaires du Roi ^ c'est-àrdirq ^ en effet à l'établissement de leur fortune y et regardaient comme un bon marché tout ce qu'on pourrait obtenir à si bas prix.

A la vérité y lord Hailifax et M. Seymour avouaient qu'on ne pourrait suivre constamment

ni les mesures de rigueur, m les mesfxres d^ëconomie si absolament tiëcessaires ^ tant qtie le duc ne serait pas là ; et cependant ils déclaraient sa présence impossible à supporter. C'était un tel paradoxe, que Son Altesse royale ne put ^ lorsqu'elle l'apprit, s'empéeher de le discuter, u Prétendre , disait-elle, qtfê ce qui est utile au bien du service ne peut être supporté, c'est abandonner la partie; car c'est de tous les symptômes le plus^ fâcheut pour un goHvet'nement que de ne pouvoir supporter les bonnes mesures et les bontïétes gens, et cela prouve que s'il n'est pas déjà à Textré^ mité , il ne peut év^iter de mourir de lai^tiettr. » Mais inutilement aurait-on disputé contre un parti : bien qu'un parlement ne pût , disait^on^ amener aucun changement avantageux dans la situation intérieure de l'Âugleterre ^ il en £illait un pour faciliter les affaires à rextérieur et éviter les clameurs de l'Espagne et de la Hollande 5 qui ne manqueraient pas de crier que lé Roi était totalement abandonné à la Ei'ance , à laquelle on supposait qu'un parlement se trouverait Contraire. Le prince d'Orange était si rempli de cette idée 5 qu'il ne put s'empêcher d'écrire au duc lui-même que tout le monde était singnliènement alarmé .de la prorogation du parlement. Il avouait qu'il s'était porté à de grandes extrémités; mais cependant si le lloi ne s'accommodait pas avec lui , tous les Etats de l'Europe

p^E JACQUES rr. 4^7

«nis aTçc ^Angleterre dans an même intérêt^ étaient nécessairement ][Verdus. Il alla plus loip avec d'autres. Sir Gabriel $îliFii«3> lorsqu'il vint de Hollande en Angleterre ^ nç fît pas mystère du désir qu'avait le prince d'Orangip que le brll d'e;^elusioii passât; ce qui^ disait-il^ donnerait mie grande $atis&çtiQn à la chrétienté ^ #t ne ferait aucim tort au duc > car il n'était pas probable qu'il eût plus d'effet que d'autres actes de même uature u^eu avaient eu précédemment ^ et \p duc lui*i9éme avait avoué qu'il Taimait wÂeu^ qu'aucun des e^pédiens proposés» Mais le serpent caché sous ce$ apparences d'attachement à la prérogative n'était pas impossible à dé^ couvrir , non plus que les profonds desseins du prince d'Orange^ que le duc alors ne commença pas seul à soupçonner. Il répondit donc à celte astucieuse suggestion eu montrant que a permettre au parlement d'intervenir dans l'ordre de succession 5 c'était effectivement changer un royaumr ^^ héréditaire en royaume électif^ et que bien que de telles tentatiyes eussent été précédemment déjouées^ il était dangereux de les souffrir de nouveau; qu'après avoir paré une botte on pouvait être tué; ^ la suivante y. et qu'on avait toujours remarqué que quand op avait permis au parlement de se mêler des affaires de l'Etat^ il réclamait ensuite ce pouvoir comme un privilège.. Le Roi s'était servi du secours du parle-

ment pour renverser feu le lord Clarendon , et le parlement en avait pris prétexte pour inspecter la conduite des ministres , et avait depuis attaqué presque tous ceux de Sa Majesté : de même si^ dans l'occasion dont il s'agissait , on lui "permettait d'intervenir, il réclamerait à l'avenir comme son droit le pouvoir de nommer un successeur au trône, r<Le prince d'Orange avait nié, à la vérité, qu'il eût donné lieu aux bruits répandus à cet égard ou quMleùt jamais rien dit de pareil; mais sa conduite durant toutes ces affaires n'a- Tait que trop donné lieu de soupçonner sa sincérité en ce point , aussi bien que ses intentions sur tout le reste : mais rien ne put changer l'o^ pinion des subtiles raisonneurs qui gouvernaient alors les conseils. Ils espéraient > disaient- ils , (que d'un côté un parlement fermerait la bouche au|)ublic et de l'autre préviendrait des tentatives de la part des étrangers. Si on n'obligeait pas la France à se tenir en repos, on ne pouvait espérer de tranquillité pour l'Angleterre. Jusqu'à présent la présence du parlement avait eu le bon effet de maintenir la paix; mais si la France venait à attaquer la Flandre et qu'on n'espérât pas de parlement, l'Europe entière se soulèverait. Ainsi lorsque M. Churchill quitta le Roi pour s'en retourner, Sa Majesté fil assurer Son Altesse royale que bien qu'il ne pût s-'en profliçttre rien de bien utile, cependant ses pra-*

messes aux ministres étrangers et à quelques uns de ses plus utiles partisans en Angleterre l'obligeaient à tenter Fexperîence.

Mais c'était de ces utiles amis que Te duc se méfiait te plus y et faisait voir au Roi qu'il dedevait raisonnablement se méfier aussi. Les ar^ gumens dont ils se servaient reposaient sur un fil trop délié pour pouvoir les soutenir long-temps sans se rompre ; mais ce qui confondait le duc , c'était que le Roi pût s'imaginer que des ministres^ attaqués par le précédent parlement^ et convaincus que celui-ci ne vaudrait pas mieux ^ pussent être d^avis de le réunir s'ils n'étaient pas déterminés d'avance à faire leur paix avec lui à tout prix^ ou du moins , en abandonnant de telles choses, que le reste suivrait bientôt ; car , disaitil au Roi , (( qui a jamais yu un ministre mis une fois en accusation en échapper autrement qu'en abandonnant quelque partie essentielle de la prérogative , ou en trahissant le Roi et les fonctions qu'il a reçues de lui^ comme Font fait lord Danby et lord Sunderland? Pour s^ part, ajoutait-il^ il avait lieu de craindre que les hontmes qui se trouvaient en cette situation n'eussent intention de le sacrifier à la réconciliation y et le Roi, lui-même, avait lieu d'en craindreautanl.il demandait donc à Sa Majesté de choisirquelques conseillers et confidens conduits par de solides principes d'honneur, déloyauté et de conscience.

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ce qui était toujours çp diéfinitif la manière d'agîr la plm $Are.

Û est certam cependant qne plusieurs per-* sono^y très^bien intentionnées pour le dpc, ik^- GOttrurent k ces mesures sa|iâ avoir en eelu le moindre dessein de lui faire tort; n^ais d^ns la confusion oii étaient les choses^ elles agissaient en laveugles 5 et le duc fut forcé de prendra patience jusqu^à ce que de plus niûres réflexions fissent revenir ces hommes de leurs fausses notions et de leurs craint^ mal fondées r H se servit donc c^ instrumens qu'il avait, autant qu'ils fqrent capables de le servir, et prit soin de ne pas presser ay^ trop de violenee des rouages qui s'arréta^iept,^ de peur de tout mettre en pièces* U voyait d'ailleurs ses amis tellement troublés, que rien ne se montrait à eux dans ses véritables proportions; et îl se ûattait que le temps vien^ drait où les objets leur apparaissant plus distinctement, ils agiraient avec plus de raison. Le Roi avait assuré , i la vérité , à Son Altesse royale qu'il né consentirait jamais au bill, et qu'an, premier vote irrégulier, il dissoudrait le parlement; niais, depuis peu, Son Altesse royale avait trouvé le Roi excessivement irrésolu, et apportant de tels délais à l'exécution de tous les projets avantageux qu'il pouvait former, qne s'ils n.e finissaient pas par être entièrement écartés, ils perdaient la moitié de leur force par

U lenteur siTec la(quella ik étaient mis à pi^ëcu* tjpn. IJ en avait été jiînsi jda ça r^lutioo d'(^pm^ier ^0]^ conseil H $b, maison : c^mme beau** coup 4'ontres , ce projet était yciQU k mn. Ija seule ^hose qui donnât quelque espér^npe an d|iP9 c'est que h Roi sentait qne c$ux q^ près* s^n^ si vipljemmept l'exçliisfon de Son Altesse se croiraient , tant que durerait la vie du Roi, trop peu en sûreté poiir en demeurer là. Ainsi la seule ba$e sur laquelle le duc pût fonder quelque sécurité f était la résolution qu'avait prise ie Hbi de ne souffrir sous son règne aucune espèce de /changement.

Qu^n^ à l'accpm modement av^c la France que M. Churchill était chargé de proposer au Roi, le Roi y prit tellement, qu'il permit au duc d'y travailler, mais ne voulut pas s'avancer le premier, désirant, avant de trop compromettre sa dignité , savoir quelles conditions il pourrait obtenir: cela était d'autant plus nécessaire, que rambassadeur de France; lorsque les premières ouvertures lui furent faites par M, Churchill , ne donna aut.re chose que de belles paroles. Il avertit le dup de ne consentir à aucun article qui pût 10^^ terdire la feculté d'assembler un parlement s'il l^ jugeait à propos , et d'insister surtout pour que le premier paiement en argent comptant fût cori'sidérable , quand même les suivons devraient être moindres. Il voulut amssi que la personne que le

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duc jugerait à propos de charger de celte mis^ sion se rendit 9 en revenani , directement à Lon* dres, et apportât ses lettres à M. Hyde pour qu'elles fussent montrées au Roi. Le prétexte fut d'épargner les retards inévitables, si l'on passait d'abord par l'Ecosse avant de revenir à Londres; mais la véritable raison ^ c'est qu'on avait insinué au Roi que le duc traiterait peut-être de plusieurs choses à son insu : méfiance que le duc était obligé de ménager à tel points qu'il ne fallait pas même qu'il eût l'air de s'en apercevoir.

Cependant la négociation fut tenue excessivement secrète , et la duchesse de Portsmouth ellemême, quoique beaucoup trop dans les intérêts de la France , n'en fut pas instruite. Il est probable cependant qu'elle eut quelque vent de ce qui se passait; car il lui prit fantaisie de changer aussi sa marche et de tenter de se réconcilier avec le duc au moment où il paraissait le plus abandonné. Quelques uns de ceux qui étaient le plus attachés au duc pensaient depuis long-temps, que cohâme il ne pouvait avoir d'espérances que du côté de la France , et que c'était de là qu'elle tirait son appui, il était difficile qu'ils fussent long-temps brouillés. Quoi qu'il en soit, mistriss Wàllvint trouverM.Hydepour lui demander une conférence secrète où la duchesse fit des avances de réconciliation, dans le cas, dît-elle, où Son Altesse jugerait que son amitié valût la peine d'être recher--

chëe. Il est certain qu'il n'avait pas beaucoup de motifs de conapter sur une personne qui tournait si promptement et semblait n'être gouvernée que ' par l'intérêt et l'ambition. Cependant il déjugea pas prudent de rejeter des offres de bienveillance de quelque part qu'elles vinssent, mais surtout d'une personne si fort en crédit, et qui pouvait lui être fort utile dans la conjoncture* Malheureusement M. Hyde, son agent dans cette affaire, et qui se trouvait un des commissaires de la trésorerie , s'était plus occupé dans cet emploi de pourvoir aux besoins du Roi , que de se ménager auprès de la duchesse. Soit cela , soit la légèreté naturelle de la dame, jointe peut-être à la découverte de quelques nouveaux avantages qu'elle crut pouvoir espérer de l'autre côté , ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle changea d'avis etquePaffaire n'eut aucun résultat. Le duc en fut réellement fâché, non qu'il fît grand fond sur son amitié, mais il craignait son inimitié dans un moment si critique pour lui, précisément à l'instant de la réunion du parlement, et quand de tous côtés la foudre se préparait à l'écraser.

Les ennemis de Son Altesse royale s^étaient gardés de demeurer oisifs durant ce court intervalle des deux parlemens. S'ils ne pouvaient faire de nouvelles lois à son préjudice , ils avaient du moins trouvé moyen de donner aux anciennes une extension qu'elles ne comportaient pas, pour ve^

oir à bout de le cony/iincre en qualité de papîs(e ^ et 9 comme on était pressé par le temps , les jugf^ d'Old Bailey mapdèreat le grand jury deMiddIeton , qui av/iit déjà terminé les assises de Hipk— Hall^ lui firent de nouveau prêter serment et lui présentèrent Tacicusation contre le duc d'York ^ fondée sur Vqffidant de M. Oati^, qu'il arait vu Son Altesse à la messe et lui av^it vu reee* Yoir la communion conformément «tq^ rites de^ l'Eglise de Rome; ce qui fut déclaré f^iUflP^m^ Cette manière de procéder ét^it certainement très -irrégulière ; cependant quelques uns de$> amis du ducs'imaginèrentqu'on en pourrait tirer parti ^ dans le cas où le Roi désirerait avoir sou frère auprès de lui ; car sous prétexte de conq)araître après que l'accusation aurait été proclamée 9 ainsi que l'avait fait le duc de Norfolk et quelques autres, son Altesse aurait eu une bonne^ excuse pour venir ensuite de Londres* Mais après y avoir pIns ruArement réfléchi , on pensa que, vu les conséquences de la chose et la violence des anioxosité^ qui existaient contre le duc , ce dessein n'était pas sans danger pour la sûreté de sa personne ni même praticable en soi* On pensa donc qu'il valait mieux évoquer l'afiiiire au banc du Roi psiv Ç0riiorari , et si l'on pouvait l'éviter autrement f l'arrêter par un noli prosequi , qu'ni^ ne doutait pas que le Roi finit par accorder si cela était nécessaire.

Le temps de la rëunion du parlement appro-^ «chait : on eût dit , aux préparatifs qui se faisaient de tôUs côtes^ que la di$<;ussion serait enlevée de vive force plutôt qtie par deâ arguméns. C'est pourquoi le Roi prit soin non-seulement de se faire escorter par bon nombre de ses gardes^ mais ordonna que la plus granité partie du rëgiiùent ^e lord Ôlford fût mise en quartier sur sa route, aâil d^às^urér soh retouï', et il laissa tin corps de Irotipeâ considérables pour tenir la cité en respect pendant son absence. Sa Majesté n'était inquiète que du colonel Russel , dont la fidélité lui était suspecte. Elle avait donc proposé à lord Thanet d'acheter 0n t*égfment. Il y avait consenti d'abord , maïs ensuite il refusa sous prétexte que le Roi h^exécutant pas comme il l'avait projeté la réfotîne de la cour , cela découragerait les honnêtes gens de se hasarder à son service. Le diic aurait volontiers recommandé le comte de Miilgravë, mais le Roi était prévenu contre lui. Ainsi il fut forcé de renoncer pour le moment k ce changement et se flatta qu'en laissant à lord Cràven le commandement en chef, il n'y avait pas de grands dangers à craindre en son absence. Il avait écrit à tous lès lords en qui il avait beau* coup plus de confiance que dans les communes de ne pas manquer de se rendre au parlement. Après quoi it partit pour Windsor, et le i4 mars arriva à Oiford avec la Reine.

On avait fort travaillé à dissuader le Roi du choix de cette ville pour la tenue du parlement. Lord Ëssex et plusieurs autres lui avaient présente une pétition à ce sujets où ils disaient que le séjour d'Oxford ne serait ni commode ni sûr pour eux et qu'ils s'y trouveraient exposés an fer des papistes et de leurs adhérens. Cela n'engagea pas le Roi à changer ses mesures. Il savait bien quelles épées il avait à redouter; mais ce fut aux factieux qui se trouvèrent dans cette nouvelle élec* tion plus nombreux que jamais, un prétexte pour y venir bien armés et mieux accompagnés qu'on n'avait coutume de l'être en pareille occasion ; et pour ne rien négliger de ce qui pouvait mettre la fermentation dans le peuple et entretenir Ja haine contre le duc , on avait arrangé pour l'ouverture du parlement un nouveau complot dénoncé par sir William Waller , un des partisans les plus actifs et les plus ardens de la faction.

Sir William dit au Roi qu'un nommé Fitz* Harris, Irlandais, encouragé par l'ambassadeur de France, avait composé un libelle contre Sa Majesté, dans l'intention de lui aliéner le cœur de ses sujets; mais que lui sir William se trouvant connaître un nommé Everard qui prétendait aider Fitz-Harris, avait été conduit en secret par cet Everard dans la chambre de Fitz-Harris, où il avait découvert le libelle. Fitz-Harris fut arrêté, et, peu de jours après, le shérifF Cornish vînt in-

former le Roi queFitz-Harris ni^îtce dont on Taccusait^ maïs disait que si on voulait lui accorder son pardon ^ il connaissait un complot beaucoup plus important qu^aucun de ceux dont on avait encore parlé. !Peux secrétaires furent donc envoyés pour l'interroger. Il déposa que M. de Montecuculli^ avant de partir d'Angleterre , lui avait offert dix mille livres pour tuer le Roi ; et comme il' s'y était refusé , il Ten avait pressé , disant qu'il serait bien aisé de le faire^ au moyen du poison , un jour qu'il mangerait chez madame de Mazarin. Il dit que le duc d'York était instruit de ce projet, et qu'aussitôt que la chose serait faite, il devait venir de France et de Flandre une armée pour le soutenir et qu'on devait faire bouillir tout vifs dans des chaudières un grand nomb]re de membres du parlement pour en composer une sainte Ampoule dont on se servirait pour lui donner l'onction royale, à lui et à ses successeurs, lors de leur couronnement. L'argent nécessaire devait être levé en Italie par la duchesse de Modène, également initiée au projet. Le Roi vit sans peine le but de cette absurde histoire , et bien que résolu à le déjouer s'il était possible, il comprit cependant que la grossière improbabilité de ce ramas d'incohérences ne suffirait pas pour empêcher qu'on n'y crût, et que s'il ûe prenait ses précautions d'avance, il était à craindre qu'on ne lui arrachât de force le pardon qu'il était résolu

de ne pas accorder. Il preTÎt que sur son r^fus le parlement pousserait Tivement à ce qu'il accordât ce pardon 9 et que par ses clametirâ et les terreursl qu'on saurait répandre au moyen de ce nouveau complot^ tramé non-seulement contre la TÎe du Roi^ mais aussi contre les membres! du parlement^ ceui-ci parviendraient à emporter leur cher btlF d'exclusion dont les dernières élections de la cité montraient assez qu'on était ptttâ occupé qUë jamais; car les membres du conseil commun avaient été remerciés d'avoir sollicité ce bill dans le dernier parlement, et de lui âyoîr demandé de ne pas donner un sou jusqu'à ce quUl fàt accepté, ainsi que d'autres lois capables de les garantir du papisme et du pouvoir arbitraire.

Mais le Roi était résolu à leur tenir tête de font son pouvoir. Il ordonna donc que Fitz-Harris Mt jugé sur son libelle par une commission d^ojrêt ettertniner. Le fait était prouvé déjà par trois témoins, Car sir William Waller avait déposé ainsi qu'Evérard et un noiiimé Smith qui s'accordait avec eux sur tous les points. La seule dîiEculté était de pouvoir terminer l'afTaire avant la réunion du parlement , aul instances duquel il serait diâicile de résister. Le Roi laissa donc la chose à la Providence , et seulement ordonna , avant de quitter Londres , que le procès se suivrait avec toute la diligence imaginable; mais, quoique les précautions du Roi fussent bonnes et utiles, le

due avait le malheur d'êti^e tellement à dëcouyert de tous côtes ^ qu'il n'était ^pas un coup tiré au hasard qui ne parvînt à l'atteindre sur un point ou sur un autre. Son Altesse royale avait depuis long-temps pressé le Roi de lui siccorder des lettre de grâce j imaginant qu'elles le mettraient à l'abri de quelques unes des poursuites du parlement. Le Roi était alors au moment de les accorder; mais lorsqu'on en vint à débiter cette ridicule histoire^ les amis du duc j ugèrent qu'il valait mieux tarder quelque temps que de donner lieu au publi<^ malveillant de dire que la découverte qu'on venait de faire le mettait dans la nécessité de sfe pourvoir de garantiels extraordinaires. Il plut à Dieu de lui envoyer à cette même époque ^ ainsi qu'à la duchesse^ une autre affliction très-sensible. Us perdirent à Londres leur plus jeune fille lady Isabelle , et leur douleur fut d'autant plus grande qu'ils n'eurent pas la consolation de la voir et de la soigner dans sa maladie ; mais ces rigueurs de la destinée étaient les suites inévitables du fàcheux bannissement et de la cruelle persécution auxquels ils étaient tous deux si injustement condamnés.

. Ayant que le Roi quittât Londres y le parti fac-r tieux avait essayé de le tenter par une offre d'ar-* gent. ^n lui avait proposé soixante mille livrer s'il voulait passer le biil ; mais quelque pre&saoB que fiassent les besoins du Roi^ ilsnç l'em- :2. 39

j^5o MEMOIRES

portèrent pas «w son honneur et «on Térilable intérêt. Voyant donc; qu'ils ne poorraîent venir & leur J)Ut par accommodement , l^ fecti^ui résolurept de l'emporter, s'il était possible , de haute lutte dans le parlement, ^t certainemept jamais assemblëe de ce genre ne se réunit dans de plus mauvaises dispositiops contre le Roi et plus violentes contre le duc. U parti ne respirait que ruine et destruction : tous ceux qui avaient tenu pour le duc furent frappés d'une telle terreur qu'ils se hâtèrent de l'abandonner. Lord Halli&x maintenait toujours , il est vrai , son opposition «n blU , mais les eipédiens qu'il proposait à la place étaient tout aussi pernicieux. Enfin la plupart crurent que ce serait s'en tirer à bon marché que de faire leur paix avec le parlement aux dépens des droits dp Son Altesse royale d«n^ ks hommes le plus en crédit commençaient alors à felre peu de compte. Le duc attendait donc avep impatience le résultat de cette réunion dont on devait craindre tant de mal , et dont il y avait si peu de biep à espérer.

Le ai mars, le Roi ouvrit 1* session par un discours oîi il dit, relativement au duc, que quelque juste soin qu'exigeât la sâreté de k reUglon , elle ne devait point les entraîner dans des craintes chimériques qui puçsent servir de pré,texte à un changement dans les bases fondamentales du gouvernement; qu'il estait que

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4e sou venir des fàcfaeui résulta tsqu'avaient eus les opinious viokntes auxquelles on s'était livré, tiîsposerai tries chambres à plus de douceur ^ 'et qu^elles ixeniettraieet pas une assez grande importance à tel ou tel expédient proposé contre le papisme piour regarder tous les autres corn tue inei&caces. Il répéta qu'il lie se départirait jamais de ce qu'il savait si souvent déclaré relativement à la succession; mais que pour écarter toutes les craintes raisonnables que pouvait exciter un successeur papiste , il était prêt à prêter l'oreille à tous les moyens qu'oti pourrait lui proposer pour que 9 dans le cas d'un pareil événemeot y Tâdminiistration demeurât entre les tnàins des protestans, et qull cousentii*ait à ^out ce qui' (loarrait garantir la religicHi sans détruire k mon«^ckie«

-Quand le duc fut instruit de cette dernière partie du discours du Roi ^ il jugea tout perdu y à moins que l'opiniâtreté de ses ennemis y toujours disposés à rejeter ce qui ne venait pas d'eux 9 ne les empêchât de consentir à un expédient par lequel il se trouverait aussi enchaîné et aussi dégradé qu'il aurait pu l'être par le bill d'esxclusion ; niais ils ne se montrèrent pats aussi intraitables qu'il l'aurait cru* Ainsi donc il allait devenir la victime de leur haine ^ si la Providence n'eût jeté parmi eux une nouvelle pomme de discorde à laquelle où ue s'attendait nulle-

ment. On fît bien d'abord la motion de représenter le bill d'exclusion ; mais M. Birch , M. Hamp- <den et plusieurs autres des membres les plus violeos et les plus habiles s'y opposèrent ^ disant -que puisque le Roi a\ait offert de consentir à tout autre moyen qui lui serait proposé , il était raisonnable de prêter du moins l'oreille à ces propositions. Le Roi j qui de son côté soupiraft après un accommodement^ s'était consulté d'avanceavec ^es amis pour savoir s'il valait mieux qu'il attendit les propositions du parlement^ ou fit d'abord les siennes. Ce dernier parti pouvait le jeter dans de grands embarras ; car soit que la chambre se montrât ou non pleinement satisfaite de ce <[u'il proposerait, elle l'obligerait ensuite de le tenir; Cependant il fut résolu que , pour entamer l'affaire , les serviteurs du Roi dans la chambre comnienceraient par proposer d'autres moyens que le bill , afin de voir si par là ils pourraient jeter la division parmi leurs adversaires et di- 4ninuer au moins leur attachement au bill. <

Cette marche aurait tourné d'une manière ^ussi pernicieuse pour le gouvernement que fatale au duc , si ces esprits implacables, en voulant «trop embrasser, n'eussent laissé échapper ce quHls avaient déjà atteint. Ils étaient résolus , à ce qu'il garait, à arracher Fitz-Harris des mains du Roi et ^nême des mains de la justice prête à prononcer son arrêt. Ils voulaient en faire un instrument de

leurs desseins^ qu'il était tout propre à: seconder par son témoignage ; car , outre les crimes dont il avait déjà accusé le duc ^ il avait depuis mis la Reine dans ce prétendu complot d'empoisonner le Roi y prétendant que cela lui »vait été assuré par don Francisco de Melo; Le moyen le plus sûr de parvenir à leur but, était d'abord d'aceuser eux-mêmes Fit2>-Harris, et d'arrêter par là toutes les autres poursuites, ce qui empêcherait qu'il ne fût convaincu et puni pour son libelle.

Ils portèrent donc sur-le-ehamp l'acte d'accusation et l'envoyèrent aux lords ; mais le Roi, aussi vigilant qu'eux dans une af&ire si importautey avait fait usage de tous les argumens imaginables pour engager les lords à rejeter l'acte d'accusation et à laisser Fitz-Harris à l'action des lois. Il avait réussi, et ils rejetèrent l'acte d'accu-^ sation. Cela mit la chambre des communes dans une telle furie que, rejetant alors toute pensée de modération et d'accommodement, elle refusa avec indignation et mépris tous les expédiens qui lui furent proposés, ordonna que le bill d'exclusion fût remis sur le tapis , et vota eu même temps que les communes avaient le droit incontestable de mettre en accusation les pairs ou les membres des communes, et que les lords , en refusant de recevoir cet acte ^ portaient manifestement atteinte au gouvernement , ajoutant qu'on procéderait contre tout j.uge qui ferait

le procès, à Fi(i^IIan?i8 /comiBe coDtre Fennenii di^ Roi et du pays. . < '

Gein se passa le samedi aa soir, et le lundi mfttm ^ aussitôt qu'ils furent réunis-^ le bîlld^exr^ elusion fut lu une pvemière fois^ et aa ordonna uoe seconde leeture ; mais le Rot ayant maoïdé les communes à la chamlire des lords ^ j pfrat^ k leur grande surprise.^, daès ses lutbits- de cértH manie > tandis: que les lords ^ qui n'waieat été instiruita de rien ^ u'aTaâ|eà4 pas le feor. Il dit que^ Toyant l'aigrenir et l'ammosite qui s'ëkfiraitnt efttre lies deuz ekairabres ^ il ne connaissait; poa de meilleur moyeiK de les af^aiser que de soudre le parlement; ce qu'il ordonna afu cli4 celier de faireî 11 «vait ordonoé d'airauoe» qu'os disposât des relais sur ta route, et ^montant sutn le*-eliamp en. iroiture> il arriva le soir mème> â. Windsor, !'..*.-

Cette rigueur inattendue du Roi ùxt un coup de £sMidre pour ks factieux qu'il) frappa d'étonné^ meut et de stupeur^ et fit grand lionneur à -Sa Majesté'. Ses amjs recommetscèreiMl ' à preudre com^age^ et ces . turbulens bonle^feux tomlièirent dans, le dernier degré de ragp et de<déaespoir:^ non^seulem^mt furieux de sevoir aib&i déçus^ mais honteux, après, une conduite si iusolonte, d'éppouH' ^er un semblable écbec ; ca>r ils voyaient bien qu'il n'y avait pins lieu, d'espérer de parlement de sitôt , et sans parlement tous ces projets si

DE JPACiJUES IL 455*

Iiîen Conçus »'é¥âBouissàieM coiniufe de la lumée*^ Le Roi voulut être le pMmier à apprendre au duc de si agréabUs n^uTellei^» .11 lut eUTOya doo^e ua exprès^ par lecfuel il lut maoda^'il aTail jug^ nécessaire d'agir trèsi^pron^temeut ; car U e(ak ^iair^ d'arprès ie ^ote des comaunes et leur cou*-' duite^ qu'dâ n» pouTait ea atteudi'eqi:^ d%s me^ Mres violentes^ Leduc lut xempli de îpief ncfo^ sêïilement d'apprendre ifie le Roi en était enfin Telïu'à ces augures de ri;g^eur qu'il 1'^"^^^ ^ longrtétnps pressé d'adopter, maïs d^ voir éva^ iM>«àr ce projet jd^etpedietis qui lui était aussi terrible qtke le bill d'exclusion même* I^ne plai<sait pas au Roi pltts qu'à lui> mais; Sa Maîesté se laissait do^min^r par les, couserk des aiirtrès^ et croyait oéoessalre^ se justifier ans y^mi de beaucoup dé g^is unis lu» parla factieu, uop qu'ils en parta^asseut l'esprit > Jamais par^ded terrrèîirs paniques qui leur faisaient suppo^r la.rer iigion en gt^aud dauger»^ Le Roi levait prévu d'ailléui^ que cette propostitiou viendrait avautageur sèment à l'appui de la déclaration qu'il se pro^ posait dé publier peur faire connartre au public que ce n'était pas par iadifierence pour la reli-^ gipnou polir le repos d^ peuple qu'il s'était porté jr cette i^ésolutieu soudaine , mais quHl y avait été forcé ipar la turbulence et la conduite séditieuse j^'hommes pervers*

Il étail dads la deistinëe de Sou Altesse royale

que le peu de consolation qu'elle pouvait recevoir fût toujours mêlé de quelque amertume. Ainsi donc, au moment où elle croyait qu'il ne pouvait plus y avoir d'obstacle à son retour^ et que ses plus grands ennemis ne pourraient imaginer un prétexte raisonnable pour le retarder , le Roi lui manda qu'il fallait encore avoir patience sur ce point , jusqu'à ce qu'on vk la tournure que prendraient les choses , et afin qu'on ne pût dire que cette soudaine dissoluti<m avait été résolue pour lui seul et pour faciliter son retour à la cour. Gela rabattit beaucoup de sa joie et de ses espérances; car^ dès qu'on croyait pouvoir se contenter de raispns aussi vagues et aussi générales^ le duc savait bien qu'on n'en manquerait pas, et que les mêmes prétextes dur reraient toujours : ce qui lui présentait la perspective la plus décourageante qu'il eût encore eue, et il trouvait fort dur d'avoir toujours à souffrir plus que personne des événemens f&cheux , et de ue retirer aucun profit des circonstàmtes heureuses.

Cependant ses amis lui conseillèrent de se soumettre, et lui dirent que, s'il revenait avant que le Roi eût accompli les' réformes qu'il se propo* sait parmi les lieuténans de la cité, les juges de paix et dans la milice de jlout le royaume^ sa présence donnerait lieu de dire que ces mesures étaient prises à son instigation. Il fut donc foreé

de dissimuler son ressentiment y soit dans les lettres quHl écrivit en Angleterre ou dans ses entretiens en Ecosse , et surtout dans les remercimens quMl adressa au Roi sur sa fermeté à le soutenir, prenant tout pour son compte sans dire un mot de la nécessité où s'était trouvée Sa Ma-* jesté d'agir ainsi pour sa propre conservation. Il ne parla pas même des craintes que lui avait fait concevoir la proposition de l'expédient , espérant de cette manière touchei^ le bon cœur de Sa Majesté, qui aimait qu'on se montrât reconnaissant de ses faveurs. Rien n'était plus pénible au Roi que d'être poussé avec trop de violence aux choses mérites qui lui paraissaient raisonnables; et quelques uns pensaient que ce qui lui donnait moins de disposition à consentir au retour du duc , c'est que celui-ci , dans le temps oîi il s'était trouvé près de lui , le faisant marcher plus vite que son allure naturelle , avait rendu ses conseils incommodes au Roi , bien que sa raison les approuvât:

Aussitôt que les factieux eurent un peu recouvré leurs esprits, le duc s'aperçut que, si ce coup inattendu avait rompu leurs mesures , il n'avait pas diminué leur haine. Ils ne négligèrent aucun des moyens qu'ils pouvaient encore avoir de le persécuter et le tourmenter. Le temps était venu d'^évoqiicr, par unwrit dé certiorarij son affaire au banc du Roi ; mais ils trouvèrent moyen y contre la cou-

lame et la pratique constante de» coitrs «le }as^ tice^ de s'opposer à ce qu'on accordât léceriiorari. lisse servirent potircelad'iin hommede loi nMlmé Smith ^ employé par le docteur Oatbs. Les conseils du duc n'étaient nullement préparés à répondre è des argumens dont ils n'avaient pas l'idée', et à défendre une chose qui n^avâit janiais'élë contestée; s-'ils n'eussent obtenu de la éoiur «n ajournement qui leur donna le teôips de pré^ purer leur réponse > le duc eût été oertaineBiént déclaré récusant; au moyen desdits délâîi( 5 ils répondirent d'une manière satisfaisaiite ei c^tinrent enfin le ceriiorari^ mais cela n'empêcha pas que le public ne vit avec un srâgïdiei^ étonnement les ennemis du duc arrivés à un tel f>élflt d'impudence ^ qu'un infâme misérable CovMiie Oates^ osât s'élever con^tre le fvère du Boi> et pré^ tendit le priver du bénéfice ordinaire: de la' loi qui ji^'ayait jamais été. relîisé au devnier des suije|s du. royaume.

Bien que dans leur colère qe$ hfommes aklâfi-*^ cieux fissent aussi bonne contenànee qu'il leur était possible , leur- crédit d^linriit ^i visiMe^ ment que le duc de Monraouth. comfmença' lui^ miême à cluinceler^ et' ^ trouver que ces» projets sei{bndaiiei!kt un peu entifelears maiisis. Lorsqu'ils s'étaient flattés de parliEigpr màr^ euit les dé» pouiUes du gouvernemenl;^ il& 'avaient donné au duc. die très-^grandes espé^rances 9^' et maintenant

DE JACQUES il. 459

U sj^ tjrQUTàit ré4mt:frop ba^ pou'r songer à.fiA.îre. la fiHrtoiie desi autres;, cela rengagea à.laeker d'obtenir U;faiYtair de quelque^ antrft parti, «t. d'essayer^ par une conduite honorable et Ciat-* teu^e > et ckes pi:^Hi^ses d'aineiî4enieat. y de 11egagofer le crédit qu'il avaiA perdu aupiîès du Roi.) Au^ pir^mîères opi^eirtuires les amia du due eurent, as^ez de (trédît pour y mettre obstacle ; nuais^ la ditcb^sse de FortstviQuth s'ëtant iwise du parti da due de MQnjnoufk^ et la. tendresse paternelle div Roi aiiapl; an devant, de ses efforts » il y eut fort à) craÎQdfe que Tenfaiit pirodigiiie ne fût ramcdBa hk maisouaTai^ d'avoir venoEtcé à ia comf^agnie et> mém^ à: la nourrituçe' des pourceaux» Le seul ohsisaele était la. dureté manifeste qu'il y aurait à> rej^irSoUi Altesse dans» Teail^ si. le. duc* dse Mm^. ]xiputli< était ^ad'mis à lacourrelf comme on était toujeiirs résolu à ne .pas laisser reTeniir Som Al tesse^. ce fut là surtout 4:e qui empêcha qu'on n'aceueillit l'autre. Ce^fut le seul béoé&ee que tira Son Altesse de ses infortunes ; ear> bien que les aiitaotages que 1.6 gouvernementi retirait tous les jiDiiirs de ses derniers a^tes de. vigueur dinainuassent. les. objectioiis. ,qu'<ui avait, apportées jusqu'alors à son r^Vouîtf^il s'en élevait , comme Son Altesse Tarait bien prévu ," d^ oonivelles à . la place. Jus^ qttVars Je me^tif (|n'o» àvafit donné le plus ordicbairemenit pour la tenir éloignée^ se;. tirais de l'incertitude et de la diaposltioin jorageuse .des.

46o flËMOIRES

temps. Les choses apaisées , on prétendit qne son retour troublerait le calme; ainsi ^ de quelque côté que vînt le vent, il lui soufflait toujours à la face.

Cependant quelques uns des amis du duc lui conseillaient de continuer à temporiser, et de se soumettre aux raisons qu'on lui donnait ; d'autres pensaient au contraire qu'il devait solliciter le Roi sur son retour. Cette différence d'avis le vexait d'autant plus que son penchant y aussi bien que sa raison, l'auraient porté au dernier parti; mais la susceptibilité du Roi sur ce point lui donnant lieu de craindre que, s'il était pressé trop vivement, il ne refusât tout, le premier était sans doute plus prudent. Enfin on proposa que Son Altesse demandât la permission pour la duchesse de se rendre à Bath ou à Tunbridge, pour sa santé fort altérée par le séjour qu'elle avait fait dans un pays si différent de celui de sa naissance. Quant à hii , il se borna à demander de pouvoir * vivre à Audley, ou dans quelque autre résidence que voulût lui désigner Sa Majesté, mais oà il pût avoir la satisfaction de la voir quelquefois, promettant même , en ce$ occasions , de ne se mêler aucunement des affaires publiques. Us lui conseillèrent en même temps de se montrer en* tièrcjnent disposé à sacrifier ses propres intérêts au bon plaisir et au repos de Sa Majesté, et de déclarer que, si elle ne jugeait pas à propos de

DE JACQUES II. 46ï

lai accorder cec^u'il demandait , il était prêt à se soumettre à toutes les conditions y même les plus fâcheuses , que pourrait exiger le bien des affaires lie Sa Majesté. Rien^ disait-on^ ne serait plus propre à lui obtenir la permission de se rapprocher du Roi que sa soumission à s'en éloigner davantage s'il était nécessaire. On l'engagea à char^ ger M. Churchill d'apporter sa lettre ^ et à écrire en même temps à toutes les personnes en crédit auprès du Roi, pour les assurer qu'il était entièrement résolu à se laisser diriger par leurs conseils.

Ceux auxquels il s'adressa ainsi étaient le chancelier et le président, lord Hallifax, les deux secrétaires, M. Seymour et lord Hyde (le Roi venait de lui donner des lettres-patentes de vicomte). Il est certain que la plupart d'entre eux redoutaient son retour > dans l'idée que sa présence les annulerait complètement. Les deux premiers étaient même si prononcés à cet égards que, sur le bruit qui se répandit qu'il allait être rappelé, ils prétendirent vouloir se retirer des afiaires. Lord Hallifax n'y était pas moins opposé, et M. Seymour soutenait que les choses n'étaient pas encore assez calmes pour qu'en revenant le duc ne s'exposât pas au danger d'être renvoyé de nouveau. Jl était nécessaire que le Roi fti d'abord affermi dans l'habitude de pro- «céder vigoureusement aux bonnes mesures. C'é-

46a MËHOÏRES

tait le moment de l'ëlectioa des sliërifis de Lon^ dres; te procès de Fitz-Harris n'ëtait pas fim> et de là dëpendaieût beaucoup de choses. Ainsi Us ne pouyaient êtred'atis» disaient-ils ^ que le duc démandât de retenir avant l'hiTer, et encore à cette époque ne pouvaient-ils répondre que d'aiFtres que lui y consentissent. Lord Conyvuy, eottèranient guidé par M; Seymour^ était du mêine avis. Il n^y avait donc que lord Hyde et le secré^re Jénkins qui désirassent sincèrement Son AltiÇsse k fa cour; mais ils n'étaient pas de force k rem* porter sur les autres , jaloux d'ailleurs de M. Hyde^ qu'ils croyaient en passe de devenir trésorier^ et d'obtenir, sous la direction et la protectioù du duc, lorsqu^il serait à la cou^, une grande part dans les affaires , et un tel crédit auprès du Roi qu'il les dépasserait tous, et les' rendrait nuls et inutiles, en sorte que rattachement avoué de lord Hyde pour Son Altesse lui ôtàit les moyens de la servir. '

Le conseil qti'on' donnait au duc était d'auteot 'plus dur tt digéréï' qu'il pensait que sfil n'était pas promptemeht rappelé , il ne le sei^it jamais^ et que s'il hé revenait pas avec tout le crédit et l'influence qu'il devait avoir auprès du Roi , il valait mieux denieurer oii il était. L'unique raison qu'on pût opposer à cette opinion , c'est qu'une fois qu^il seirait rentré en la i^our , on n'y pourrait faire grand'ehose sans l'en instruire et

DEJACQUfiSII. 46S

{H'enilrô son avis; qu'ainsi la restriction lombe^ rait natorelleiaeat d'elle-meaie. Au surplus ; quelles que pusseot être les oonséquences^ il fut oblige lie se soumettre y car le Roi $e déclara publiquement à cet égard et lui manda qu'il était persuadé que leurs ennemis communs ne désiraient rien tant que d'avoir le pi^texte de son re« tour pour eiciter de nouveaux troubles^ tandis que maiatenant ^ à force de patience et de fermeté^ il es^^ pérait veoir à bout de tout réprimer» Il avouait que le duc avait lui-même grand besoin de patience, mais l'assurait en même temps que ce n'était pas pour la sienne' un exercice moins pénible que d'avoir à supporter son absence, et qu'il n'y avait que la considération de leur intérêt à tous dfeul qui put lui faire endur^^ la pensée d'une plus * longue sépanition.

Cesexpressions de tendresse adoucirent un peu, pou]r le duc , la rigueur du traitement qu'elles accompagnaient; mais elles ne purent l'empêefaer de déplorer sa condition : car lorsqu'il considérait d'im cêté l'état présent des affaires , leâ dispositions des ministres et les ordres du Roi , et de l'autre les avis qui lui avaient été donnés , te il était convaincu que le Roi lui-même commençait à se méfier de lui ; car il lui paraissait qu'autrement ses amis ne lui auraient jamais conseillé de s'abstenir des afiaires : conseil nécessairement funeste k tous ks deux lorsqu'ils avaient telle-

ment Jbesoin de se soutenir mutnellem^t; et si, disait-il , « l'entière soumission et résignation ti que j'ai toujours montrée aux ordres du Roi , H n'a pas empêché qu'il ne se laissât tromper au <( point de former des soupçons sur mon compte, ce que ne pourra-t-on pas bientôt lui persuader ? « Si j^avais désiré la popularité ou que je n^ensse « considéré que mon bien*étre en ce monde ^ je ce n'aurais certainement pas suivi les voies oii je ce me trouve maintenant si engagé^ et sansÊdre ce autre chose que ce que me demandait Sa Macr jesté elle-même^ je me serais mis feicilenient ce au-dessus de la méchanceté de ces hommes ce lâches et perfides qui maintenant travaillent ce à me perdre; mais, grâée à Dîeii , j'ai toujours ce eu horreur de ces basses manières d'arriver, à ce mes fins, et je continuerai, je l'espère, à faire, ce de mes devpirs envers Dieu et envers le Roi , ce l'unique règle de mes actions, >>

Le duc se trompait ; le Roi était fort éloigpé d'une pareille méfiance : outre que le duc ne lui en avait jamais donné l'occasion, ce le Rpi ne pouvait par caractère concevoir un tel soupçon. C'étaient les ministres qui craignaient que le duc ne vou-^ lût jamais entrer dans leurs mesures et qu'il ne fût trop puissant pour eux. U y avait donc lieu d'espérer que la soumission de Son Altesse, et sa détermination de ne se point mêler des affaires publiques, secondée par un prétexte si plausible

qiie'lA santé de la ddcfaesse, agiraient assez puis«^ samment sur le bon naturel de Sa Majesté pour qûHl ne fût au pouvoir d'aucun favori d'empêcher le succès de sa demande. Le duc fit partir immédttitemeDt M. Churchill avec des lettres, et dès instructions Conformes à la marche conseillée par ses amis. Le duc , dans ses lettres > assurait Sa Majesté que si elle Toulàit lui accorder la satisfaction de la voir 9 afin qu'il ne fût pas le seul des sujets de Sa Majesté qui^ après avoir partagé se$ peines , fût privé de Tavaiitàge dé participer aux; douceurs du repos dont elle jouissait alors , non-* seujiiçmeiit il s'abstiendrait de parler k Sa Majesté ni à ses minisires d'aucune affaire relative à TAnglieteirre^ et d^ s'en mêler en aucune fdçon; mais si Sa Majesté le désirait il observerait la même réserve i l'égard des affaires d'Ecosse > bien que le rapport qu'il désirait seulement lui présenter sur l'état d^ ce royaume dût convaincre Sa Majesté que la conduite du duc en Ecosse n'y avait p^s nui au bien de ses affaires^ et que la générale des nobles de tout rang désirait extrêmement qu'il eontinuât à les diriger^ sûrs par là d'être à l'abri des mauvais traitemens qu'ilp avaient épi^e^vés par le passé de la part de plusimr^ .4e leurs compatriotes.

U éteU lifitarel de croire qu'en écartait ainsi ce qfi'jQ» iTQgiirilait coipn^ le sujet principal des craieMf duf Roi et des ministres, les antres difll« 2, 3o

4i66 MÉMOIRES

cultes, toDoberaient d'elles-mêmes. Cependant le Roi ', tout en écoutant patiemment M. ChurGhili et en lui exprimant toute la tendresse imaginable pour le duc^ lui répondit qu'il ne pouvait rien faire sans avoir pris le conseil de ceux en qui il avait confiance ; et ^ bien qu'on ne pût opposer à cette demande aucune raison solide , mais s^e^ ment des craintes générales , M. Churcbill manda à Son Altesse royale que les dispositions de Sa Majesté et de ceux des membres du conseil qui se trouvaient alors à la cour, ne lui offraient que peu d'espérance de succès. On ne pouvait leur ôter de la tête que le retour du duc faisait courir le risqué d'une révolte , et lord Sunderland leur avait laissé cette dangereuse pensée , que c'était là tout ce que désirait le duc ^ croyant qu'il lai serait avantageux de s'essayer contre ses ennemisdurant la vie du Roi ^ par le secours duquel il avait l'espoir de les vaincre plus aisément que lorsqu'il serait laissé à lui-'même. Cette idqe^ la plus bizarre et la plus dénuée de fondement qui fôt au monde y avait cependant > par l'artifice de quelques hommes , germé dans l'esprit du Roi^ que dominait surtout le besoin dix repos , au point de le frapper de la crainte d'un danger dont son propre jugement lui démontrait la non exis** tence. Le Roi avoua cependant que dans cette occasion son penchant était aux prises avec 'te raison; ce qui ^ joint à Tabsencè de Aotà H^ti^ax

^)oré à la campagne et dont le Roi attendait l'a- Tis^ donna le temps k lotd Hyde de chercher à se faire autant d'amis qu'il le pourrait et de tâcher de gagner, s'il était possible^ la duchesse «de Porismouth; Le duc lui avait ordonne depuis Ijuelqne t^nps de faire quelque peu sa cour à la duchesse , et quoiqu'il regardât les moyens honorables comme les meilleurs de tous^ et pensât qu'il se pouvait jamais s'établir une grande confiance entre elle et lui , ri espérait du moins par cemoyen obtenir qu'elle ne s'opposât point à une demande ^i raisonnable, et, à force de civilités , l'obliger du mains à en user de même avec lui. On arrangea donc que .M. Churchill verrait le Roi chez elle, et lord Feversham s'était engagé à la préparer d'à- 'vacice à l'entretenir sur ce sujet; mais lorsqu'il se rendit chez elle , elle né fît pas là moindre attention à lui, et le Roi ^ bientôt après, étant allé avec la Reine à Sherneess et à Chatam, elle prit ce. temps pour faite halte à Âltrop pour rendre igme visite à son cher ami lord Sunderland , et^ en reveitant , elle eut des entrevues secrètes avec le âne deMonmout^', lord- Shaftesbury et autres de la bande; ce qui, vu son intimité avec le Roi, étonna tout le monde iet parut d'un mauvais au- ^re pour les affaires du duc. Le moinsr qu'on eAt <à craindre , c'était que , si on permettait au duc de revenir , le duc de Monmoûth ne revînt du même pas , d'autant que sa réconciliation avec

le Roi était déjà fort avancée. Qaoiqne ce fAt ra- Taler fort Son Altesse royate que de la mettre eâ cette circonstaoce au même raog que le duc de Monmouth^ cependant, si la chose devait arriver ainsi , elle était disposée à passer par-dessus cette Kumiliation ainsi que par-dessus tout le reste , et à combattre avec toute sorte d'armes plutôt que de se laisser vaincre; mais lorsque lord Hallifiti re^ vint> lui, lord Hyde et M. Seymour détourné^ rent au moins bientôt le Roi de cette pensée^

Ce fut avec eux trois qu'il débattit l'afiàirei L'objection principale était la prétendue nécessité d'essayer d'abord d'un parlement; mais ie Roi sentit bientôt qu'il ne fkllait nullement peu* ser 4 assembler un parlementa Cependant tous s*accordjèrent à penser que les affaires du Roi ne permettaient pas encore quîe le duc revînt^ mais en temps que , s'il revenait , il ne faudrait point que ce fût pour s'abstenir dç se mêler des aflki^ res; qu'il faudrait au contraire > en ce cas, qa^il prit sa part du fardeau Qt soutint lé Roi dans les nouvelles piesures ou il était entré , à ap-» puyer les hommes en plï^çe et îparliculièremeiit les trois personnes dont on vient de parler et qai avaient conseillé son retour. Âiosi , bien ^u'oan se résqlût encore à un délai , cette détermiuattott fut accompagnée de quelques circgnatauces adon-cissantes qui le rendirent ipoina d#$agréable> et voyant les ministres revenir de cette es^ceiKsitre

DE JACQtTES II. 4^^

enriote qn'iis ayiMiit eue qtiHl né ptit part aux afiatres y le dnc espéra qu'ils changeraient de même star d^autres points.

Il Àaît dans les principes de Sou Attesse recale fie soutenir ce qu'elle pensait j^uste el nécessaire, autaôl que le pouTaient permettife la contenance et le respect qu'il devait au Roi; mais lorsqu'on s'était défîuftîvement arrêté à une détermination,. le duc recerait tous les refus et tous les (fêsa ppointemen8non*-séulemeat avec soumission, mais sans dire entendre ao Roi la moindre plainte sur la rigueur avck: laquelle il le traitait^ ou lui ex^ primer le moindre soupçon contre ses ministres. Il écrivit dmic à ceux-ci de manière à leur don-^ ner lieu de penser qu'il était satisfait de leur ÇMduite 5 espérant par ce moyen dissiper lu crainte qu'ils avaient de le voir préférer lord Hyde; crainte qui, en plusieurs occasions, avait refroidi leur zèle pour son service ; puis il ne songea plus qu'à s'appliquer aux affaires d'Ek:osse. La princesse Anne vint le trouver. Son voyagea était demeuré incertain; maisdans le temps mêmeoù le duc avait eu l'espérance qu'on lui permettrait de revenir h la cour, on avait jugé qu'il ne fallait pas le contremander. Le duc avait pensé ^ et le Roi avait été du même avis^ qu'il était bon lie laisser subsister ce projet de voyage pour servir à cacher celui du retour, et empêcher ainsi, les troubles qu'on craignait toujours de voir écia-

ter à la seule supposition de ce retour; maiik comme il n^en était plus question, la princesse s'embarqua au corameocement de juillet à iiord d'un yacht^ et arri va bientôt à £di:mbourg abonne santé.

En outre de la missioa dont airait été chargé M. Churchill 5 le duc 9 aussitôt après son départ ^ écrivit au Roi pour lui demander tine autre &— veur ^ qui lui fut accordée avec woÈe grande facilité f afin de n'avoir pas l'air de lui tout refuser. Plusieurs des principaux personnages de l'JSeosse avaient^ à ce qu^il parait ^ représenté à Son Altesse que la convocation d'un parlement dans ce royaume serait une chose avantagièuse âuxafiaires du Roi et à elle-même. Le duc eayoya donc àa Roi un exposé de leurs liaisons ^ et se }M^0|)O6a pour être commissaire dé Sa Majesté dansée parlementy ne pensant pas qu'il pût convenir au iser-* vice du Roi^ ou à sa propre dignité ^ qa^> l^i étant sur les lieux > un autre que lui représentât Sa Majesté; mais, de peur qu'on ne se servît de cette demande comme d'un prétexte pour lé teair en Ecosse , il donna ordre de n^en parler à Sa Majesté que lorsque l'autre aurait été- refusée* Ainsi donc, le Roi, lorsque la proposition lui en fut faite, y consentit sur-le*^champ pour adoucir, en quelque façon, la rigueur qu'on témoignait à Son Altesse sur les autres points*

On ne doutait pas que les dispositions loyales

cle la plus grande partie de la hamte et moyenrie noblesse 9 la présence du dvc et sa conduite engageante qui lui avaient obtenu une telle influence en tout ce royaume , ne donnassent un parbment dont la conduite non-seulement contriLi^ît au .repos et au bien-ébre de FÉcosse, mais encore^ par sa direction contraire à celle du parlement d'Atigleterre , opposerait une sorte de digue à 1* violence des mesures qui ayaient jusqu'alors trotÉ* blë ce pays* La seule crainte > c'était que làdy Lauderdale n'engageât sofn mari à s'opposer à la conTocation de ce parlement^ dans la crainte que ^ si on l'assemblait 9 il âe^înt à regatder d'un pe^ trop près dans certaines pratiques aAiiLquelles elle s'était livrée depuis quelque temps pour gagner de l'argent.

Le projet de la convocation ne fbt pas plùtètpu^ blic que les factieux d'Ecosse, qui en prévoyaient les cons^uences, se mirent en mouvement , à l'exemple de leurs confrères d'Angleterre , pour s'opposer à tout ce qui pourrait être avantageui au service du Roi, et pour empêcher particulièrement que le duc ne fât nommé commissaire dé Sa Majesté. Ils prétendirent que le statut fait dans le premier parlement de Jacques VI n'admettait à aucune fonction que ceux qui se con** formaient à la religion établie* On en parla au duc deHamilton. Celui-ci rejeta cette prétention comme* elle le méditait, car l'acte ne s'étendait

47^ MêMOlBES

point aux foMliôuâ de commissaire do Roi. Ge* pendant il se montra assez récalcitrant la pre^ mière fois que le duc lui en.parla; et quand Son Altesse offrit- de le faire rentrer an conseil d'où TaTait fait exclure le duo de Lauderdak , il r(^* fusa d'abord : mais> un on deux jours aprèa^ mieux oonfteîUéi il se rendit plus facile. Ces objections (gt ties difficultés ne firent aucune impression sur ie Roi. U ordonna & lord Murray^ secrétaire pour les affaires d'jËcosse » d'expédier sa proelamattoâ et te lettJ^ au conaeil de ce royaume^ par laquelle il nommait le duc feoACommissaireau pàrieBient> dont il fixa la réunion auaS jiiiUçl svÎTaot.

Le Jbur du départ de ces dépêches eut lieu le procès de Fitz-Harris > qui mit le Rm sur la trace des iniques mystères de la cabale. Les £ictieax n'ayaJent rien épargné cependant pour parer le coup et sauver |. s'il était possible ^ la vie d'oii homme sur lequel ils ataient fondé de si grandes espérances^ Us avaient donc arrangé de lui fiûrs accuserlordDanby et quelques autres de la mort de sir Edmondbury Godfrey^ et ayaient trouvé moyen de le £|ire arriver par là ^ quoique pri^ sonnier^ devant le ban^ du Roi^ oii legrand jury admit Paecusation^ et le lord chancelier* donna tellement dans le «piège ^ qu'il proposa de liiire Élire' sur-le-champ le procès & lordDanby. Mais cela parut si ridicule et si scandaleux de mettre uu pair en jugement sur la dénonciation d'uA

iKmime qui > mlei*r<^gé tacrt dé fois devant les racvétaires du conseil > et après avoir toujours prë- :l«nda qu'il dëclàirait tout ce qu'il sàvaity véDaiit mainteDant déposer contre lord Danby sans en avoir jamais parlé jusqa'alors^qn'enfin raffaireftit entièrement mise décote^ etque ses rusés fauteurs manquèrent entièrement leur but , qui était de wculcr le procès de Ft^«*Ilarris^ d abord souscfe fréMA% > ensuite au moyen de quelque autre dé^ imieHitiûii^ et de faire surseoir ainsi à son juge^ niMt aussi long-^temps qu'ils auraient besoin de Itti^ S'ik eussent réussi > ils eussent prouvé que la puissâBce de leurs arttficea allait auKlelÀ de celle des votes on ordres du parlement ; car Ils avaient pluâeurs fois déclaré que c'était une haute vialatmn d^ privilèges que de &ire le procès d'an homme tnis en accu:satioti devant les cham^ bre$ peur les cri mes. sur lesquels se fondait cette accuaatioa. Cette préteotion fut vivement sou-t0Que au procès; mais malgré cela^ et quoique k jury fût composé d'un ramas de c6 qu'on avait pu trouver de pis dans la cité , le moyen fut éearté , et Fitx-llarris fîit déclaré toupablè sur la dénonciation de sir William Waller et des deur arutres témoins , et bien malgré eux. Ils furent doue forc<& de faine eux-mêmes justice de Tinstriiment pervers d^ot ils avaient voulu seservrr>^ et de. &îre pendt^ un homme qu'ils n'a va ie»t accusé que po«r en tirer les moyens d'en faire

..pendte d'autres et pour éntrete&tr ropiDion ijae le duc •était toujours de part dans quelque complot f voyant bien que sans cela il se trouTersitt bientôt en situation de braver leur haine et lear Bnëchancetë.

Après avoir échoué si honteusement dans s<m stratagème 9 lord Shaflesbury en essaya un autres Il vint trouver le chancelier^ et lui dit qu^ii connaissait un homme comme il faut qui ^ s'il pouvait être assuré de son pardon ^ donnerait de ootivelles lumières sur la mort de sir Edmondlmirjr Godfrey , et obtint de lui de mander cette affaire au Roi alors à Windsor; mais lord Hydeet M^ Seymour firent bientôt eém prendre au Roi combien il paraîtrait scandaleux , après trois ans et tant de pardons accordés ^ d'ouvrir la porte à de nouvelles accusations sur une même alSaire. Lé pro^ jet n'eut donc aucune suite. Cependant ib ne s<^ découragèrent pas ; et, voyant qu'il n'y avait plus moyen de soutenir en Angleterre la réputation d^ leur complot, ils tâchèrent de le faire revivre en Irlande. En conséquence, les nommés Dénnis^ Hethington et Manacmara , trois témoins irlan<^ dais, se chargèrent d'en acheta d'autres qui pussent fortifier leur témoignage contre la Reine , le lord Ormond et le lord chancelier d'Irknde ; mais leurs manœuvres furent découvertes, et ils furent etnprisonnés sur une accusation de subornation ^ et le projet étoufFé à sa naissance, tes efforts dé-

DE JACQUES IL 4ji5

ce p^rti, semblables :à ceux d'un faamineà l'â'gd^ nîe^ pouvaient être regardes cbmiiie les^ sytnptôôies d'une mort prochaine ^ bien plutôt que comme les effets d'une crise capable ê^e ramener la Tie et. la santé.

Entre autres avantages ^ue retira là- dôut* de soii activité à contite-lniBèr les con^pldts dé la £rction, particulièrement dans l'affaire de Fitz- Barris > elle arriva par là à la découverte de beaucoup de cbo^s qui sans cela seraient probablen»eiit demeùr<^ cachées ^ et c'est poiùr cela cpie les deux partis avaient mis tant d'importance ace dc^nieir procès* II paraît que Fitz-Harris avait cité comme téwoins la duchesse de Port^mbùth '• iuistriss Wall et lord Ho^raârd Escrick potir proûver. que la dqcbesse l'avait employé à gagner ati parti du Roi des hommeS' considérables , espérant aefaire un mérite.du service qu'il avait rendu à la cour. Il avait auâsi dépqsé que lord Howard avait eu àcette occasian une con^férenceavec la: duchesse. Lord Howard déposa que son entretien avec 1a duchesâse a^ait eu principalement pour objet de ramener la bonne intelligence entre Je Roi et son parlement, que la duchesse avait d'excellente^ intentions y et employait tout son crédit sur le Roi à l'éloigner du duc. Son Altesse royale put voir par là quelle amitié lui avait toujoui^ portée la duchesse. Il avait certainement fallà une grande faveur dé la Providende, pour que

4y6 nÊiioiREs

dattârétfttoii étaient les choies^ et lorsqu'on avaU si fort pressé le Roi d'abandonner le duc , une personne aussi en ci^dit aaprès de lui ne 1 y eût pas décide depuis long-^temps. Cependant le doc fut forcé de n'y point faire attention^de peur de don*^ ner au Roi là crainte qu il ne Técàt mal avec la duchesse 9 qui> voyant le yent tourner et ses autres amis lui nianquer^ commença à tâcher de se rapfitrieravec lui* Il reçut s^. avances avec tout TempressMient possible ^ et lui fit passer par la même voie les témoignages de sa bteaveîl* lance» Le duc et lai duchesse d'York consentirent même a lui écrire ^ celte condesceadaMe parais^ sait nécessaire pour donner k lenrs amis plus de crédit^ non-Mulemeirt près d'elle, mais aussi près du Roi. Cependant ik ne voulurent paequ'on ren<^ dit leurs lettres publiques , & moins «que cela ne tdi absolument nécessaire; et comme les poiitesses verbales qu'ils lui firent porter par M. Churchill se trouvèrent suffisantes, on brûla les lettres, ainsi qu'ils l'avaient ordonné.

Là ne se bornèrent point les découvertes que fit faire le procès de Fitz-IIarris : tord Hovirard avait eu avec lui> à ce qu'il parait, d'autres affaires que celles dont il avait j.agé à propos, de convenir; Car Fitz-Harris ne fut pas plutôt dëclârë coupable., que sa feiuiàe et. sa servante viureat accuser le Iprd dVvoir ou la plus grande part h la composition dulibielle pour lequel il' était cou-

û^mné, et déclarèrent qu'il était en très-gmode partie de l'écritare de lord Howard; sur quoi celuin;! fut arrêté et eooduit à la Tour ^ et auêsUât après Fitz-^Harris fut exécuté. Mais le Roi qui Toulait toujoui^ tenir une certiaîne balance^ pour que le complot papiste ne mourut pas avec Fik^ Harris^ lit exécuter le même jour Tévéque Plun-ket i primat catholique d'Irlande, feussemeot ae^ cueéet condamné comme coupable de cette pré^ tendue. Conspiration. Les hommes bien disposés pour le Roi furent très^fàehés qu'on y eâit mis tant de précipitation; car^ outreque le dernier discours d» primat conTtinquit tout le monde de son iniKH cence^ lord Shaftesbury fut le lendemain mis à laTour s^r lu déposition de six témoins irlandais^ dont cinq ppo'testans, qui naaniCesl«rent si clai* ra^nt la trahison réelle cachée sous cette af** &iw du prétendu complot papiste » ek^ en parti-* culier^ ies perfides mànœurres employées pour perdre ce saint éVêque^i que lord Clarendon dit que tous les honnêtes gens dcTaient trembler en songeante la quantité de sang innocent répandu à cette occasion*

L'emprisonnement de lcH*d Shaftesbury pvo* ^isit un grand changement dans les opinions et les affections du peuple > et aida très^ utilement les amis du duc k convaincre lé public de l'injustice de la longue persécution qu'il avait subie , et de l'indignité des perfides manœurres emr

pkiyées cMtre lui. Lord Shaftesbary espérait que ia cité le délivrerait; au lieu de cela^ ce grabd patriote fut hué lorsqu'il la traversa pour se rendre à là Tour : ce qui montra combien le peuple aurait été disposé à s'attacher an parti du Rot /si on avait employé les moyens nécessaires; et y bien que Idrsqu^H comparut devant le conseil plusieurs lords semblassent d^abotd avoir, plus peur de lui, que lui des accusations dont il était l'objet \ cependant lorsqu'on eut sîgpé l'ordre de son emprisonnement il tomba sur-le-champ dans un excès de crainte, et laissa voir alors autant d'abattement qu'il avait d'abord montré d'im-*pudence.

, Il est à propos défaire connaître ici* le caractère d'un homme qui a eu si grande part à tous lés troubles du dernier siècle , et a poursuivi avec tant d'activité tous les odieux projets formés contre Son Altesse royale. Un homme qui le con« naissait bien (i) nous apprend qhé dans toute$ les révolutions qui avaient eu lieu depuis âon entrée dans le mènde^ il àviait eu l'adresse de se mettre le vent en poupe, et de voguer cbnti-*; uueilement avec lé courant; de sorte que de Fannée 1640 jusqu'à l'année 1660 il s'était tou- JAurs trouvé à la tête de chaqiBe nouveau chan-gament. U àiaijt là parole à la main, une grande

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