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Pr©f.A.a8Gol!dge
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Aussitôt que le Roi fut débarqué, il se rendit à Âbbevilie^ où il se fit connaître publiquement , puis il se rendit promptement à Saint-Germain, où il eut la consolation de retrouver 3u moins en lieu de sûreté la Reine et le prince son fils. Cette satisfaction , et l'accueil généreux et cordial qu'il reçut de Sa Majesté Très-Chrétienne, ne furent pas un médiocre soulagement à ses peines. Il eut aussi la joie de voir arriver journellement d'An^ gleterre un assez grand nombre de gens de qualité, protestans et catholiqueé, qui venaient le rejoindre, tant par inclination et par empressement à partager la fortune de leur prince, que pour se mettre à l'abri de Forage qui l'avait renversé du trône, et menaçait tous ceux qui l'avaient servi avec fidélité et affection, et ceux même qui, dans des intentions ennemies, avaient poussé aux mesures désagréables à la nation. Ce fut bien certainement ce qui engagea lord Sun-
2 MÉMOIKES
derland à s'enfuir en Hollande^ déguisé en femme. Il £st probable que , dans ce désordre , où pendant quelque temps on se vit à la merci de 1^ populace y la timidité de son caractère ne lui permit pas 4e se croire eu sûreté qu'il ne fût Jiors de sa portée. Il ne savait pas ttop quelle fantaisie pouvait lui prendre à l'égard d'un homme qui avait été premier ministre sous un règne alors si cruel-
,. lement décrié, et s'était toujours montré le plus complaisant, et, par conséquent, le plus criminel des conseillers du Roi , sans que le public fût encore instruit des véritables motifs de ses actions. Aussi la même raison qui Tavait porté à s'enfuir le fit emprisonner à son arrivée en Hollande; mais le prince d'Orange s'empressa autant de le faire mettre en liberté, qu'il s'empressa lui-même de proclamer sa propre infamie dans la lettre qu'il publia pour sa justification; mais il n'y avait pas d'action lâche ou vile qu'un tel esclave de ses plaisirs ne fût prêt à commettre pour se soutenir dans cet état d'opulence et de biennêtre qu'oa doit présumer avoir été généralement le but définitif dp toutes ses actions, ainsi que de to.ute sa conduite dans cette dernière occasion.
L'objet de cette lettre étant de regagner la faveur du peuple, il y prétend très*faussement
' s'être constamment opposé aux résolutions qui sont devenues la source de tant de clameurs , tandis qu'en réalité il ne s'est pas contenté de les ap-
prouver 9 maïs a pris, à cet égards les deraos sur toupies autres. A la Tërîté> il£Û5ait<|«idqite-* fois sonder le gué par ses secrets â^ns, eovime sir Nicolas Butler^ M. Lob et mène le peane Pe«* ter^ aâ^ d'avoir Tair de s'opposera ces mesures dangereuses dont iV avait été xeelkmenl i'a«le«r. Le prince d'Orange ne l'eieepta de la prenvière amnistie générale (}ue pour garder quelque tempa le masque y et lai fit bientôt réparation en lut accordant son pardon par un acte spécial qui ne concernait que lui : peu da tempaapres il l'admit à la plus haiètei&ivettr et à sa plus grande intimité; ce qui montra clairement qui il avait servi jus-* qu'alors : car il n'y avait que le mérite transcendant d'avoir trahi son maître qui pût engager ce prince à employer, au mépris de la ctéceoee pu<-> blique, im homme d'un caractère si it^me^ qui avait été pensionnaire de la France , avait changé de religion detix fois en six mois , efavaît^été de tous les hommes le plus odieux elle plus suspect a« pays. En conséquence , lorsque le soceès qui> aux yeux de ces sortes de gens > parait sanctifier les acticms les plus viles, eut établi l'usurpateur sur ie tsone, ilnefitpa^ difficulté de dire, dans une ce»* faine occasion, au général Ginkle, que, bien que ee fÂt à lui ^u^appartènait l'honneur d'avoir sou*< mis l'Irlande, il ne lui cédait pas en mérite^ et que c'était lui qui aviât eu la gloire par ses pro*vocations de contribuer à la révolution, et dé
jeter Jes premiers fondetnens.de la grandeur du
prince d'Orange. -
Aprèsi'arriTee du Roi à Saiût-Germain , chaque nouveau courriérlui apportoit de nouteaux exemples de la violence avec laquelle on se précipitait de tous côtés pour rendre hommage à la nouvelle idole.; Dans ces occasions , les espérances des hommes mécontens de leur fortune , qui forment toujours le plus grand nombre parmi les fauteurs d'une révolution^ ne manquent pas de s'élever à tout ce ^qu'ils imaginent leur être dù^ ou du moins^ à.ce qu'ils se croient faits pour obtenir; et quoique tous ne pussent espérer de grands emplois^ le titre de duc, ou le ruban bleu, cependant aucun d'entre eux ne désespérait de tirer sa pai*t des dépouilles d'une couronne et du naufrage d'un. gouvernement. C'était là ce qui avait ouvert les voies à l'ambition du prince. Les lords, pour ne pas perdrede temps, se réunirent le jour même de Noël , pour demander au prince d'Orange de se charger du gouvernement. Il en accepta le fardeau sans se faire prier, convoqua tout ce qui se trouvait alors à Londres de membres du parlement du temps du roi Charles; entachant par là le gouvernement de Sa Majesté d'une sorte d'irrégularité. Il leur adjoignit le maire, et les aldermende Londres, et leur demanda leur a vis sur les meilleurs moyens à prendre pour atteindre le but de son expédition et assembler )in parlement
libre* Comme ils ëtaîentfort nombreux , ils se formèrent en une sorte de chambre des communes^ et s'ëtant choisi un orateur^ demandèrent ainsi que les lords au prince d'Orange de se charger du gouvernement^ et de publier des lettres circulaires pour la réunion d'une, convention 9 le 22 février suivant. Il dit d'abord que c'était une chose de grande importance^ et démanda du temps pour réfléchir, quoiqu'il n'en eût pas pris pour cédera lapremièredemandeiqui lui avait été faite. Sa feinte modération ne tint niême pas long-temps> et il répondit le lendemain qu'après y avoir mûrenient ; pensé, il consentait à concourir avec le parlement au gouvernement de FËtat. '
Lorsque le. Roi apprit qu'on avait convoqué une convention^ il jugea nécessaire de s'opposer autant qu'il était en son pouvoir à ce qu'on allait faire. Il écrivit donc la lettre suivante adressée aux lords et aux autres membres de son conseil privé. « Nous, nous croyons obligé en conseience « de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour (« ouvrir les yeux de notre peuple, afin qu'il c< puisse reconnaître les véritables intérêts de la a nation dàits cette importante conjoncture. Nous « avons donc jugé à propos de vous informer que « nons ne pouvions demeurer plus long -temps (( en Angleterre avec sûreté , ni' agir librement a en ce qui concernait notre peuple , et qu'il était « absolument nécessaire que nous» quittassions le
ti payâ.^oiis «YOtis laissé écrits de noire main les ce muAib de notre départ , pour tous être corn- « muoiqués à tous et à nos sujets dans les termes H suiyans : •
(lei était inséré l'écrit dont on a déjà parié: Ensuite le Roi ajoutait : )
<c Apprenant que quelques personnes l'avaient ir donné pour n'être pas de nous^ et qu'il avait > été malicieusement supprimé par lé prince H dt)range et ses adhérens^ nous avons jugé à «c pf«9pos f quelque temps après , dç le faire pu* u Uier dé nouveau ^ et en même temps d'écrire <f à tous les membres de notre conseil privé dans H les termes suivans :
(f Mylords, quand nous avons vu que nous ne cr pouvions plus demeurer en sûreté dans notre (r royaume d'Angleterre ^ et avons pris en conseil quttiee ht ralsolutton de le quitter pour quel-* ir que temps 9 niras avens crrdonné dé vous com- « muaiquer à vous^ et à tous nos sujets^ les rai- « sons de notre départ. Nous étions déterminé en n même temps à vous laisser^ en qnalité de mem- « bres de notre conseil privé 5 les ordres les plus 9f conAyrmes à l'état prient de nos affaires ; mais f n'aiyant pa le laii^ alors avec sûreté ^ nous jufc ^eons à propos de tous donner à connaître que^ « bien que depuis notre avènement à la couronne H nous ayons constamment pris soin de gouverne war notre peo^ple avec tant de justice et de
DEJACQOBSII. 7
(( modération q^'il n'eût, s'U était possible, au-* « cun motif de plainte, cependant 5 plus particu-* « lièrement encore à l'époque de la dernière in- « vasion, voyant les moyens qa'on employait, « et craignant que notre peuple , qui ne pouvait « être vaincu que par lui-même, ne fût conduit u pat de légers et chimériques grie& à donner « dans le piège où il devait trouver une ruine « certaine ; pour prévenir un si grand mal , et u pour lui ôt^r non^eulement toute juste cause^ « mais même tout prétexte dé mécontentement , u nous avons librement, et de notre propre mouu vement, redressé tous les griefs qu'on alléguait i< pour motifs de l'invasion* Afin de nous instrui re « par le conseil et l'avis de nos sujets eux-mêmes « des moyens ultérieurs de les satisfaire pleine- « meat^ nous nous sommes résolu de nous réunir a à eux en un parlement libre , en rétablissant la li cité de Londres et les autres corporations dans ^ a leurs chartes et privilèges. Après quoi , nous M avons ordonné que des wrîts fussent publiés « pour sa réunion , le i5 janvier. Mais le prince « d'Orange, voyant que tout ce qu'il démandait « dans sa déclaration était accompli ; que le <f peuple commençait à se détromper, <et s'em- « pressait de retourner à son devoir et à son Mé-^ K geance; prévoyant d'ailleurs quef si le parle- « ment se réunissait au temps marqué,^on établic< rait probablement dans. r£glise et dans l'Etat
s MÉMOIRES
M uD ordre tel que ses ambitieux et injustes pro- « jets se trouveraient totalement déjoués , résolut i< d'empêcher par tousjes moyens possibles la i< réunion de ce parlement ^ et ^ pour y parvenir H plus efficacement , jugea à propos d'attenter à « la liberté de notre royale personne ; car, s'il est « absurde d'appeler parlement libre celui qui u se trouve sous la contrainte d'une force quelle, conque^ beaucoup moins encore peut-on dire $( que le parlenfent agit librement quand le sou- (( verain par l'autorité duquel il se réunit et siége^ u et dont Tassêntiment royal est nécessaire pour (( donner à ses actes^ vigueur et sanction, se trouve ce actuellement privé de sa liberté. Nous ne rapcc pellerons pas ici la manière précipitée dont il <c BOUS a fait sortir sous une garde de notre cité « de Londres , dont la loyauté ne lui permettait « plus de compter sur elle, non plus que les i( autres insultes qu'il nous a fait souffrir dans la M personne du comte deFeversham, lorsque nous a l'avons envoyé vers lui , et la barbarie avec lace quelle il nous a tenu emprisonné ; ces choses y ce nous n'en doutons pas , sont maintenant très- K bien connues , et pour peu qu'on y réfléchisse (K avec soin et qu'on veuille en même temps songer « à ses autres violences, et aux atteintes qu'il a <c portées aux lois et aux libertés de l'Angleterre, c< qu'il prétendait venir rétablir, c'en est assez, M nous l'espérons^ pour ouvrir les yeux à tous nos
fc sujets et leur montrer clairement ce que cha-- « cun d'eux peut attendre, et quel traitement (( lui promet, lorsque ses intérêts l'exigeront, <( celui qui n'a pas mieux traité un souVerain, « son oncle et son père. Cependant le sentiment « de ces outrages et la juste érainte des nou» « veaux attentats que pouvaient se permettre (( contre notre personne ceux qui se sont efforce ces de faire périr notre réputation sous d'in- « fàmes calomnies , Toulant nous faire croire ca- « pable de stipposer un prince de Galles, ce qui (t est infininaent plus criminel enyers nous que a de nous donner la mort; ces . réflexions donc, (( et nos sérieuses méditations sur un mot du Roi « notre père de très-heureuse mémoire, qui, dans ir une situation pareille , disait qu'en général il « n'y a pas loin de la prison d'un prince à son c< tombeau, ainsi qu'il ne l'a que trop, depuis, i< éprouvé lui-même, devaient naturellement nous « engager à user du droit que la loi de nature « accorde au dernier de nos sujets, de se délivrer « d'un injuste emprisonnement. Nous avons fait, « non pas seulement pour la sûreté de notre perte sonne^mais encore , et bien autant dans la vue de w demeurer en état de pourvoir à tous les soins et « d'employer tous les moyens capables de con- <f tribuer à la paix et au rétablissement de l'or- « dre dans nos royaumes. Et de mêm« que , d'un « coté, aucun changement de fortuné ne nous
io MEMOIRES
(c rendra capble de nous oublier à ce point ^ de H condescendre à rien qui soit au-dessus de la (c haute et royale situation où le Dieii tout - puisce saut nous a plaise par notre djoit dp succession ; <c d'un autre coté^ ni provocations^ ni ingratiu tuile de la part de.nos propres sujets, ni aucune « considération quelconque, n'obtiendra sur nous fc de faire un seul pas conttaira aux intérêts de (C la nation Ân^aise , qiue ik)us avons toujours Ci regardés et regarderons toujours coaime les H nôtres. 01<>tre volonté et plaisir sont donc que, <c TOUS membres de notre cooaeil privé, choisisu sîez les B»>yens les plus dficaces de fiiire conii naître nos gracieuses inclinations aux lords a spirituels et temporels, aux habitans des cités c( de Londres et Westminster, et des environs, au M lord maire de la cité de Londres, et à tous nos « sujets en général , et que vous les assuriez que i< nous ne désirons rien de plus au monde, que ¥ de revenir en Angleterre et d'y tenir un parle- « ment libm , qui nous donne l'occasion de dé- (f tromper notre peuple et de lui manifester la u sincérité de ces protestations que nous avons <c souvent fiiites de maintenir les libertés et les « propriétés de nos sujets; de protéger les homu mes appartenans à la religion protestante, et « surtout à l'Eglise d'Angleterre, telle qu'elle a « été établie par les lois, en conservant pour a ceux qui s'en séparent l'indulgence dont nous^
¥ avons toujours cru que nous faisaient un devoir (( la justice et le soin du bien-être de nos peuples. a Cependant^ vous membres de notre conseil H privée qui^ places sur les lieux ^ pouvez mieux « que nous, juger de la circonstance ^ tous aurez « à nous £Eiire passer votre avis sur les moyens t< les plus propres à nous faire rentrer en Angle- « terre ^ et à l'accomplissement de nos bonnes inu tentions^ et nous vous requérons en *notre nom fc et par notre autorité de vous efforcer de reprisce mer tous les tumultes et désordres , afin que <( la nation en général , et chacun de nos sujets i¥ en particulier 5 reçoive des troubles actuels le a moins de préjudice qu'il sera possible. Ne dou* ^ a tant pas que vous n'obéissiez y comme vous le «r devez ^ à notre royal commandement , nous vous a saluons affectueusement. Donné en notre cour « de Saint-Germain en Laye^ le 4 js^ii'vi^i^ 1689^ a et la quatrième année de notre règne, n Le Roi terminait sa lettre ainsi qu'il suit : « Nous ayons envoyé ces lettres par un de nos « serviteurs 9 pour être remises à leurs adresses; i< mais comme on ne nous en a' pas encore accusé « la réception 9 nous en avons également adressé « des copies à plusieurs de vous , pairs de notre H royaume 9 pensant que personne n'oserait se « permettre d'intercepter ou d'ouvrir vos lettre». il Nous n'avons pas eu non plus de nouvelles de ic ces dernières > mais nous ne pouvons nous éton-
f( ner que tous les moyens soient employés pour « TOUS empêcher de connaître nos sentimens^ « puisque le prince d'Orange a mieux aimé , con- « tre toutes les lois, faire arrêter le comte de c( Feversham , et nous chasser de notre palais , « que de recevoir l'invitation que nous lui avions « faite de venir vers nous ou d'écouter ce que c( nous avions à lui proposer; car il savait bien « que ce que nous avions à lui offrir contentece rait tous les hommes raisonnables, et n'osait i< par conséquent permettre que vous en fussiez (c instruits.
« Nous jugeons donc à propos maintenant de ii vous donner à connaître , que quelqu'CS crimes (( qui puissent être commis, et quels que soient les (c hommes dont la postérité est destinée à en subir (i la peine, nous sommes résolu à en demeurer (c innocent ; nous vous déclarons donc que nous « sommes prêt à revenir quand nous le pourrons w en sûreté, et à réparer tous les maux de notre « royaume dans un parlement libre, convoqué « conformément à la loi et tenu sans contrainte ; « voulant particulièrement donner toutes les gaw ranties nécessaires à l'Eglise d'Angleterre, telle « qu'elle est établie par la loi, et, avec l'avis de ix ce parlement , accorder aux dissidéns la tolé- « rance , en telle sorte que notre peuple ne puisse w avoir aucun motif d'en concevoir de l'inquiéw tude. Nous voulons également, avec l'alvis àt:
DE JACQUES IL i3
a Icfij^rleiAent , apaiser toutes les dissensions > u. ensevelir dans l'oubli les fautes passées et ren* iv dre le bopheur à notre peuple , qui ne peut a jamais l'obtenir réellement d'aucun autre pouce Yoir : ce que nous espérons que tous prendrez « promptement et sérieusement en considération; (f et ainsi nous tous saluons affectueusement. (( Donné à Saint- Germain ^ le 3 février /année <( 1689/ et la quatrième de notre règne. »
En des temps plus calmes^ quand on ne se rappellera plus la. chaleur et l'animosîté de ces querelles , on s'étonnera que des hommes doués de raison^ et si jaloux de leur religion et de leur liberté 5 aient laissé échapper une telle occasion^ non-seulement de les assurier sur un^ fondement que rien n'apurait jamais pu ébranler^ mais de rétablir l'honneur de la nation , et d'affermir la paix et la tranquillité que leur postérité les maudira d'aToir ainsi négligé. Si les lois et les franchises dont ils étaient alors en . possession ne rendaient pas leur religion et leur» liberté inattaquables , combien les auraient-ils fermement établies pour l'aTenir^ en profitant des offres que voulait bien leur faire leur prince légitime^ dç les constituer eux-mêmes à leur gré, et comme il aursàt été nécessaire à leur sécurité. Ils pouvaient , s'il était besoin, y établir et augmenter leurs privilèges sans a^cun trouble et pardesToies innocentes : et que de millions eussent alors été épar-
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gné&, que de t tes eussent été sauves! Mais ils étaient eorrompvs par l'esprit de rébelticm ^ et mars pour le châtitnetit^ et jamais un peuple n'est si sévèrement, traite que quand k Providence lui permet de devenir rinstrument de sa propre punition.
Le prince d'Orange était donc trop méfiant peur souffrir^ et assez bien le maître pour empêcher la publication de. ces lettres , qui eussent au moins produit quelque effetsur tous ceux qui n'étaient pas aveuglément livrés à ses pernicieux desseins , et les eussent forcés d'embrasser une conduite plus conforme à leurs véritables intérêts , et par conséquent funeste à son ambition. Il trouva donc moyen de troubler leur jugement ^ et de nourrir leur vessenijment jusqu'à ce que toutes les classes du peuple se fussent réunies pour river ces fers^ sous lesquoiselles sont demeurées ensuite si pesamment enchaioées*
Le principal soin de tous les fauteurs de sédition et de rébellion^ est de s'emparer d^ titres spécieux de défenseurs et de restaurateurs de la liberte9.de la propriété etdelareligton) et alors ils 9ont bien sàrs que leur œuvreest plus qu'à moitië accomplie ; ear, lorsqu'une fois ils se sont approprié ces noms hoanètea^ et ces^ mots agréables an peuf^e y et qu'ils ont attaché au gouvernement l'idée à» tout ce qu'il y a d'odieux et de méprisable y la action , l'envie , le désir de la nouveauté
DE JACQUES IL l5
font bie&lot le reste* Le prince d'Orange ayftfit obtenu ce point ^ n'eut plus aotre ehoseàfaire que ' de s'amuser à regarder les patriotes ^trompés s'embarrasser eux-ménie|9 dans les filets qu'il lui avait suffi de tendre devant eux. Pour éviter une servitade.imaginaire^ ils en embrassèrent une réelle^ et se rendirent^ eux et le royaume, les instrumens d'un intérêt étranger qui a depuis diasipé le sang et les trésors de la nation ^ dans la guerre la plus funeste et la plus dispefidieuse*
Cependant les. affaires du prince ne teumatent pas si £icileme9t à son gré , que dùiwil le eoura des élections peur la conveutiou^ le peuple ne commençât à se partagier en différentes factions^ et pour des opinions diverses. Quelques uns étaient d'avis d'envoyer vers le Roi, et quoique les con-^ dîtions qu'ils avaient intention de lui offrir fos^ sent telles qu'il n'y avait aucune probabilité qu'il les acceptât, cependant, disaientr*ils, cela prou* verait au peuple qu'ils avaient fait tout ce qui était eo lew* pouvoir, et les justifierait en quel-^ que sorte d'avoir nosamé régemt le plus proche héritier; ce qui, seloa eux, devait satisfaire tout le monde, et mettre Un à tous les troubles. Mais liès partisa^us du prince d'Orange vx>yaient le danger d'une semblable maréhe : le Roi lui-même avait offert de négocier, et peu de temps aurait suiEpour apaiser la première cha*-* leur; les prétentions seraient devenues plus rai^
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sonnables et plus modérées , et on n'aurait plus redouté les conséquences d^une rupture absolue. Ainsi donc 9 pour empêcher les effets de cette proposition^ ils eurent recours à leurs clameurs ordinaires , traitèrent ceux qui l'avaient faite de partisans du papisme etdu pouvoir arbitraire ^ et par des insinuations mensongères et d'injustes calomnies tournèrent en ridicule des mesures auxquelles ils ne s'opposaient que dans la crainte qu'elles ne réussissent trop bien y et ne satisfissent généralement. D'autres voulaient déclarerJe gouvernement dissous y et le reprendre ab oi>o 9 avouant pourtant qu'un temps de tremblement de terre i^'était pas très-propre à en poser les fondemens: d'autres voulaient pouronner le pridce et la princesse d'Orange ensemble , et mettre de côté les titres de la princesse Anne, jusqu'après la mort du prince d'Orange. C'était là Topinion du plus grand nombre y toujours disposé à flatter ceux qui ont le pouvoir en main ; cependant il ne naanquait pas dé gens pour faire sentir les inconvéniens d'une telle déterminatioiji y non-seument comme illégale^ mais comme contraire aux vrais intérêts du peuple. On représentait qu'un tel changement fait par une autorité qui n'avait pas le droit de le faire; et ne pourrait commander l'obéissance, exposerait par conséquent le gouvernement à de perpétuelles secousses , que les anciennes animpsi-tés se réveilleraient y et qu'il
s'en élèverait de nouTelles qui ébranleraient tellement un état chancelant qu'il finirait par se dissoudre ; que le peuple ne supporterait jamais des taxes mises par des hommes qui n'avaient aucun titre pour les lui imposer, et que les con-sciences se trouveraient embarrassées de nouveaux sermens et de nouveaux devoirs, qui, tôt ou tard^ ne manquent jamais de créer des divisions dans l'Etat. On leur faisait observer qu'à moins qu'on ne parvînt à prouver la vérité des histoires qui avaient été faites sur la supposition d'un prince de Galles , et sur cette alliance avec la France , dont le but était d'égorger tous les protestans , bruit qui avait plus contribué à la révolution que l'armée du prince d'Orange, le public aurait honte de ce qui s'était fait , et les hommes d'honneur et capables de ressentiment , seraient plus disposés à disputer l'autorité de leur nouveau maître qu'à obéir à ses lois ; que si les Ecossais ne voulaient pas concourir à leurs mesures , les deux nations seraient de nouveau séparées, et l'on verrait renaître cette ancienne querelle qui avait fait couler tant de torrens de sang: mais toutes ces difficultés disparurent ou furent mises de côté à la réunion de la convention , dont la besogne avait été taillée d'avance dans un écrit imprimé , et contenant certaines propositions offertes à sa considération. On affirmait dans cet écrit que le souverain pouyoïr personnel résidait dans le Roi 5 4. a
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ks lords et les commanes , et se trouTait dissonsy en ce que le Roi s'était soumis à l'Eglise de Rome , s'était arrogé le pouvoir arbitraire et avait quitté l'Angleterre; mais que le souverain pouvoir réel était dans la communauté ou dmn» le corps du peuple d'Angleterre , qui pouvait agir d'après son pouvoir primitif^ lequel ne dépendait pas^ comme les particuliers^ des lois faites antérieurement; que c'était la communauté d'Angleterre qui avait d'abord établi la constitution de son gouverne-' ment actuel par le Roi, les lords et les communes^ et qu'elle pouvait l'altérer ou la re«* nouveler comme il lui plaisait; mais que 5 puisque la même forme de gouvernement continuait à être jugée la meilleure y on ne pouvait rien faire de mieux que de prendre celui que le ciel et la terre semblaient désigner au choix du peuple ; que les lords agissaient dans leurs propres droits^ que la coutume ou des. chartes attribuaient à certaines fonctions le privilège de choisir des repré-* senlans pour les communes, que la chose se pourrait faire ainsi et constaterait la souveraineté de la communauté d'Angleterre; qu'on ne pouvait mettre le pouvoir royal en de meilleures mains que celles du prince d'Orange, et qu'il le méritait pour avoir délivré l'Angleterre, autant que par ses qualités personnelles; et que si la voix da peuple est la voix de Dieu , jamais cette voix n'avait parlé plus haut qu'alors : que la princesse
d'Orange partagerait le pouToir royal ^ qu'elU n'en demandait pas dayantage^ et que^ pour l'a* monr du bien public , la princesse d« Danemarck ne trouverait pas mauvais que son titre fAt mis de coté; que ce pouvoir exercé par le peupla deviendrait à l'avenir un avertissement aux rois et établirait cette noble maxime ^ qu'un peuple voisin ^peut s'armer pour délivrer une nation opprimée par la tyrannie; qu'enfin les princes étrangers deviendraient plus circonspects ^ lors** que notre exemple leur apprendrait à ne se croire en sûreté qu'autant qu'ils seraient justes envers leurs sujets. Ainsi ces nobles patriotes anglais s'érigeaient en réformateurs, non-seu-' lement de leur propre pays> mais de tous ceux auxquels pourrait parvenir le bruit de leur re*« nommée f grande entreprise ^ et qui leur donnera de l'ouvrage à eux et à leur postérité^ s'ils jugent à propos de persévérera défendre eette doctrine* Quelque superficiels et mal fondés que fussent de pareils argumeus, et cette supposition qu'on peut dissoudre les gouvememens à volonté ^ et les laisser ainsi exposés à d'éternels débats , comme ils étaient soutenus contre la raison et la justiee par la présence d'une armée et les préventions du peuple y ils eurent l'effet qu'on en attendait; en sorte que quand la convention se réunit le 2H janvier suivant , les tHimmunes décidèrent que le roi Jacques If > ayant tenté de renverser la ton*
stitùtion du royaume et rompu le contrat pri-* mitif existant entre le Roi et le peuple^ ayante par le conseil des jésuites et autres hommes per- Tcrs^ viole les lois fondamentales du pays^ et enfin ayant quitté le royaume , avait abdiqué le' gouvernement , et que le trône était vacant.
Les lords se réunirent sans beaucoup d'hésitation à cette résolution. Ils firent seulement des objections au mot abdiquer ^ à la place duquel ils mirent abandonner i et auraient voulu qu'on effaçât entièrement ceux-ci : que le trône est par là de^ venu vacant; mais les communes tenant à leur vote 5 on indiqua une conférence dans laquelle ceux qui étaient chargés de soutenir la discus-> sion pour la chambre des communes prétendirent que le mot abdication n'exprimait pas davantage^ en effet /que celui auquel les lords avaient consenti^ eii avouant que le Roi avait rompu le con-* trat primitif et avait quitté le royaume , d'^ù il résultait 9 disaient -ils> que le trône était nécessairement vacant ; et ils ajoutaient que les lords avaient dit la même chose en d'autres termes > lorsqu'ils avaient demandé au prince d'Orange de se charger du gouvernement.
Le comte de Nottingham répondit que le mot abdication était inconnu dans la loi commune^ et sujet par conséquent à une interprétation dou^ teuse; qu'il exprimait une renonciation volontaire^ ce qui ne paraissait pas être le cas présent^
et que^ quant à la vacance du trône , il regardait cette expression comme vide de sens ^ que la monarchie étant héréditaire 9 et aucun. acte du Roi ne pouvant faire obstacle aux droits de l'héritier, si le roi Jacques avait abandtmné le trône ^ le plus proche des héritiers demeurés en Angleterre y arrivait naturellement.
Ces raisons farent apportées devant les communes^ qui ne répondirent qu'en mettant la chose aux voix^ manière expéditive de répondre aux vérités les plus claires. Oii.fit par ce. moyen rejeter Famendement des lords, à une majorité d'au moins cent vingt i- six voix. Il en résulta une autre conférence, qui , fut conduite avec une grande affectation de gravité et des discours très'sbJennels. M.Hampden parla le premier, et dit que, bien que la dispute ne roulât que sur quelques expressions, elles étaient cependant trop importantes pour y renoncer ; que si la loi; ne faisait pas usage du mot abdication ^c^uXx par. une* sorte de réserve , pour ne pas 3upposer que le cas pût arriver ;. qu'en ne disant pas par qui le trône était actuellement rempli, les lords indiquaient clairement qu'ils le jugeaient vacant. M. Soinmers ajouta que le mot abandonner était en ce cas aus^i inconnu à la loi que le mot abdiquer ,. qn^ ce dernier emportait une entière renonciation , qui pouvait s'opérer aussi bien par des acteis incompatibles avec la possession d'une ehose^q^^en Fa^r
bandonnant volontairemetit. Il prétendit que son opinion était appuyée par Grotius^ et d'autres docteurs de la loi civile; que puisque^ selon l'ex-^ plication des lords ^ le root abandonner empor-t tait le droit de revenir , il ne pouvait être suffisant^ les lords et les communes étante à ce qu'il pensait^ dans l'intention de garantir la nation contre la tentative d'un pareil retour; il conclut d'ailleurs que le Roi > en renversant la constitution^ eu rolatipant le contrat primitif entre le Roi et le peuple^ en violant les lois fondamentales et en quittant le royaume ^ avait renoncé à être roi aux conditions prescrites par la constitution^ puisqu'il avait avoué qu'il gouvernait par un pouvoir despotique inconnu à la constitution et incompatible avec son existence; qu'il avait renoncé à être roi, conformément à la lot y à être roi comme il avait juré de Têtre, à être le roi auquel était dû l'ai-» légeance des Anglais, et avait élevé un autre genre de pouvoir, ce qui était de toute manière abandonner ou abdiquer son titre légal aussi complettement que s'il l'eût fait expressément. M. l'avocat Holt affirma que le gouvernement et la magistrature étaient une mission , et qu'en agis-» sant contre cette mission , on y renonçait tacitement, bien qu'on n'eût pas formellement exprimé la renonciation.
Cette doctrine sembla bien étrange pour de si éminens jurisconsultes. Il parait qu'en décidant
que le moindre tort d'administration dépouillait Je Roi de son autorité^ ik ne se demandèrent point ce que devenait ainsi cette maxime si souvent répétée^ que le Roi ne peut mal faire. Ils s'ez-r posaient à de furieuses attaques de la part des lords f dans le cas où ceux-ci eussent été disposes à employer les armes que mettaient entre leurs mains les anciennes lois, et la yëritable constitution du voymume ; mais oeux-^i s'étaient interdit en cédant règlement, dès les premiers coups , le terrain qu'ils voulurent ensuite défendre tro|> tard. Ils avaient concouru de bon cœur au vote des communes pour l'exeluaion du Roi; l'évéque d'Ely lui-même était convenu qu'une foi immuable dans une religion £iusse était une incapacité jBoraie ; que le Roi avait donc perdu son droit ^ et que lemv unique soin était de conserver l'apparence d'une suecesswMi héréditaire et d^ placer le ^uveraement dans les mains du plus proche^ héritier, et cela moins par amour de la constitution que pour mettre la couronne sur la tête' de la princesse d'Orange plutôt que de son mari, plusieurs de ces lords se promettant d'en obtenir une plus grande part au gouvememeoL La can-r testalbn .était do^c en efiet beaucoup moins sur la I^alité que sur la question de savoir à qui reviendrait le profit de la violation de la loi. A la vérité p lord Nottingham leur rappela la niaxime dont on Tient de parler^ que le Roi ne peiit ma^
faire ^ et que le châtiment de la mauvaise administratioD ne peut tomber que sur ses ministres et employés; mais on y répondit par une distinction extrêmement subtile^ que c^était lorsque la loi avait été violée seulement en un petit nombre de points , et que ce n'était pas là ce dont il s'agissait ^ puisque le Roi avait efréctivement déclaré qu'il voulait agir directement contre les lois. Enfin y il était arrêté entre eux qu'aucune loi ni maxime ne lui pouvait être favorable , et les communes voyant que les lords s'accordaient avec elles sur le fonds approuvèrent cette distinction ; sir Georges Trébie avoua que la violation de la loi dans un petit nombre de cas ne suffisait pas pour autoriser à demander compteau prince de ses actions^ mais ajouta qu'une violation totale du contrat primitif le dépouillait , ipsofactoydu pouvoir royal. £ependant lord Clarendon prit la liberté de leur dire que ces expressions de rompre le contrat primitif^ et autres semblables , tenaierït à un langage qui n'avait été employé depuis longtemps en ce lieu, et ne se trouvait ni dans nos livres de droit, ni dans les registres publics; à quoi sir Georges Trébie répondit que c'était remonter trop haut que de mettre en question si l'on connaissait ou comprenait telle chose qu'un contrat primitif. Il ajouta que leurs seigneuries Tavaient reconnu en concourant à cette partie du vote ; et ainsi la chose fut mise hors dé la question;
DE JACQUES IL hS
Ceux qui défendent à moitié les maximes et les principes ne peuvent manquer de voir leurs argumens se retourner contre eux. Ce fut ainsi qu'il en arriva aux nobles lords qui, après avoir abandonné le corps de la place , prétendaient en défendre les ouvrages extérieurs; mais les communes ne se laissèrent pas si aisément forcer à lâcher prise; et, après avoir emporté en quelque sorte le mot abdication , elles passèrent à faire déclarer le trône vacant, ce qui excita de plus longs débats, mais se termina enfin de la même manière.
Les lords, ainsi qu^on l'a dit, regardaient comme contradictoire de déclarer le trône vacant et la monarchie héréditaire, et pensaient que céder sur ce point ce serait, au fait, révoquer l'ancienne constitution et la rendre élective. Il leur paraissait que cela s'accordait mal avec la prétendue nécessité d'affermir les bases fondamentales du gouvernement : seule excuse qu'on pût donner du traitement barbare qu'ils avaient fait subir à leur roi. Mais le prince d'Orange s'inquiétait assez peu du soin de leur réputation; . et, ne voyant que l'élection qui pût lui donner moyen d'atteindre son but , engagea les communes qu'il avait gagnées, à contraindre les lords par la terreur, en leur montrant, non ce qui était juste, mais ce qui était 'nécessaire pour soutenir le mal qu'ils avaient déjà fait. Les lords
20 HÉMOIRES
rësîsièreiit cependant quelque peu^ Le Roi disaieot-ils, ayait seulemeot perdu l'exercice du gouvernement 9 en conséquence de quoi il était dévolu au plus proche héritier* M. Sache^erel leur dit que sll eu était ainsi, tant que le Roi vivrait ^ il oon tinualt d'être roi, ^ quetout ce qu'ils avaient j&it était illégal, qu'ainsi donc ils tombaient par là , eux et tout le royaume^ dans un piége« M. Poliexlen l'appuya, et dit que c'était un aussi grand crime d'enleverau Roi l'exercice du gouFcrnement que le gouvernement lui-même, et l'asrocat May«nard ajouta que, nemo est hères piventis,t;\ que le Roi vivant, letrônene po^iriait passera un héritier. Lord Nottingham répondit que , soit que le Roi fût mort naturellement ou civilement, c'était la même chose , si on lui nommait un successeur, selon l'esprit du moment, et non conformément à la des^ cendance légale, m Que le roi Jacques meure, di-* H sait-il, avant son successeur, que deviendra le i< gouvernement héréditaire , à qui tombera la tf succession? Em agissant ainsi, nous changerons « la constitution, et commettrons la même faute ce que nous avoos reprochée au Roi. »
C'était un nœud difficile à délier. Les communes conservèrent au moins de la décence dans les expressions; elles n'osèrent pas déclarer haute«ment qu'elles se permettaient la faute dont elles ]^nissa'ient leur prince ^ et, s'abstenant de nomr mer le successeur , prétendirent s'en tenir aux
expressioDS du vote qui se contentait de déclarer le trône Tacant. M. Sommers les assura qu'une telle séparation n'était pa^s une chose nouvelle; que dans le statut de la première année de Henri IV I le trône fut déclaré vacant^ et qu'ensuite le duc de Lancastre fit valoir ses prétentions. Les comtes de Clarendon et de Rochest^r répondirent que c'était le seul précédent qu'on eût de cette nature 5 et.qu'il avait été suivi de l'élection d'un prince qui n'était pas l'héritier naturel^ et ensuite, sous le rè^pe d'Edouard lY, avait été déclaré usurpateur. Sir Georges Trébie répliqua que cette déclaration avait été révoquée à son tour^ du temps de Henri Yll^et que toutes^ les revient ions de gou*vernement amenaient des déclarations contraires. A quoi le comte de Femhroke répondit qu'il ne fallait pas chercher dans les règnes précédens des preuves de la monarchie héréditaire 9 puisqu'à peine en trouvait-on trois de suite sans q,ue l'hé-*rédité naturelle eût été interrompue , mais que la preuve en était dans les lois établies, confirmées et corroborées par ieurs sermens répétés d'allégeance et de suprématie qui les obligeaient à maintenir la ligne héréditaire. Le comte de Nottingkam démontra aussi qu'un interrègpe dans une monarchie héréditaire était une chimère, et que {Ar conséquent il ne pouvait dans ce cas y avoir de vacasce»
Les communes auraient eu de la peine à se iïr
rer de cette objection^ si les lords avaient toujours parlé de même; mais ils avaient cédé trop de terrain pour défendre le reste. Sir Robert Howard leur rappela ce qu'on leur avait déjà dit : que si le trône n'était pas vacant ^ les lords ne pouvaient se justifier d'avoir demandé au prince d'Orange de se charger du gouvernement : ils s'étaient tous manifestement rendus coupables de haute trahison : ils avaient également borné les droits de succession en se réunissant à cette portion du vote, qui déclarait le gouvernement d'un papiste incompatible avec la religion et les lois d'Angleterre. Ensuite^ chose étonnante dans cette discussion, on s'aida des droits du prince de Galles. Ces industrieuses abeilles pouvaient à leur gré tirer de la même fleur le miel et le poison ; car, en représentant le prince comme supposé y elles l'avaient fait servir à la perte du Roi, et maintenant regardant cette perte comme consommée, elles se servaient de ce même prince de Galles contre le titre de la princesse d'Orange , auquel on voyait bien que les lords tenaient beaucoup, ^ de manière que du moins c'était matière à contestation de savoir quel était l'héritier du roi Jacques. «Nous savons, dit sir Robert Howard, qu'on i< nous a parlé d'un héritier mâle. Il y a sur la réau litédecefaitdes opinions différentes. Cependant a nous sommes sans gouvernement , faut-il que <c nous nous en passions jusqu'à ce que la vérité ait
DE JACQUES II. ag
« été reconnue? » Il fut appuyé par sir Thomas Lee^ qui dit aux lèrds que ^* comme ils étaient ordinairement ou deyaieht être présens aux couches de la Reine, et que c'était h eux à témoigner de la naissance de nos princes , si leurs seigneuries connaissaient celui à qui appartenait le trône ^ on lear aurait certainement entendu prononcer son nom y et que c'eût été le meilleur argument qu'elles pussent opposer à la vacance.
Enfin j les lords avaient passé le Rnbicon > et les communes étirent soin de les avertir qu'il n'y avait plus moyen de revenir sur leurs pas. Si le trône n'était pas vacant, comment pouvaient-ils s'excuser d'avoir demandé au prince d'Orange de se charger du gouvernement? n'eu6sent*ils pas du moins dû déclarer à qui il appartenait? Mais comme ils n'avaient pas* osé le faire, ils furent forcés le lendemain d'envoyer dire aux communes qu'ils se joignaient à leur vote sans aucun changement.
On peut lire ces débats ailleurs plus au long.' Ce qu'on en dit ici suffit pour montrer comment la contagion se répandit par degrés, et comment ces prétendus défenseurs des lois , des libertés et de la religion' du peuple, les violèrent toutes sous prétexte de les maiAtenir. Cependant les hommes ' aages et sans prévention, bien qu'hors d'état de s'opposer à ces mesures > étaient loin de ks approuver* Ils savaient que les lois d'Angle-
3i2 MÉMOIRES
ses lettres y etc. Aussi les hommes modérés s'écriaient que son père avait été traité avec plus de cruauté, mais non pas avec plus d'injustice ^ et les siècles à Tenir pourraient dire que ce malheureux prince eut en quelque sorte meilleure composition de Cromwell et de Bradshawque son fils ne Teut de ses serviteurs et de ses.favoris. Ceux-là prétendaient au moins prouver leur accusation; ils offrirent d'entendre sa défense ; mais il faut que le Roi actuel soit condamné sans être entendu. Ou refuse d'ouvrir ses lettres^ de prêter VoreiUe à ses propositions ^ de prouver ca qu'on allègue contre lui ^ et cependant on le déclare coupable* De plus> ce petit nombre.de mécréans qui ont tren^pé leurs mains dans le sang du souverain ^ ne composaient qu'une faible partie de la nation ^ détestés avec horreur par tout le reste; mais ici, c'est le premier corps du royaume, ce sont des hommes qui s'arrbgeant l'autorité d'un parlement, et pris en effet dans le noinbre de ceux dont se compose d'ordinaire cette assemblée si grave et si renomniée^ ce soiit eux qui souffrent qu'on emprisonne leur prihde, et le blâment de ne point comparaître; qui permettent qu'on lui lie les mains et le condamnent pour n'avoir point agi; qui se bouchent les oreilles, et crient qu'ils ne l'entendent pas. Jamais on ne s'eât joué à ce point de la. religion^ des lois .^ .de )a lotyauté; et c'est ce corps si fameux, qui sous le beau prétexte.
sans cesse répété, d'affermir le pacte primitif^ méprise et foule aux pieds tous les pactes et contrats d'institutioQ divine ou humaine, conclus entre un roi et ses sujets. Les hommes sages et modérés ne pouvaient s'empêcher de se rappeler, que jamais on n'avait dit qu'Edouard II eût perdu ses droits en fuyant dans une contrée étrangère pour se soustraire au pouvoir du parti prédominant d'un comte de Warwick , ni le roi Charles II en s'échappant de Worcester, Il vaudrait autant dire que lorsqu'un homme ne veut pas demeurer dans sa maison qui brûle, pour brûler avec, on doit la lui confisquer au profit de celui qui y a mis le feu , et qu'il est obligé de perdre son bien pour avoir voulu sauver sa vie. Si les princes doivent être traités avec tant de rigueur , leur naissance est pour eux une grande infortune.^ Cependant tels étaient l'esprit du temps et la disposition du peuple, qu'on avalait toutes ces. extravagances^ pour ainsi dire sans les mâcher; que les vérités les plus claires étaient disputées et niées, tandis que les choses qui contredisaient le plus évidemment la raison et la justice étaient admises sans difficulté, commue si l'évidence eût été un obstacle à la croyance , et l'absurdité, le seul motif de confiance. Les hommes réellement attachés à la constitution véritable de l'Angleterre commençaient à s'effrayer des conséquences de cette servile condescendance à satisfaire l'ambition de l'usur- 4. 5
pateur. Le peuple^ disaient-ils, avait confie à ses délégués le pouvoir législatif^ concurremment avec le prince, et il n'avait jamais été dans ses intentions de les autoriser à livrer , de leur seule volonté, les lois et la liberté, et à renvei*ser les .bases fondamentales de l'État, pour acheter la faveur ou flatter l'ambition d'un prince, quel qu'il fût, encore moins d'un usurpateur. C'eût été rendre en quelque sorte la nation capable de suicide, et ils craignaient donc que si une convention s'arrogeait une pareille autorité , on ne pût avec le temps la faire dégénérer en une confédération qui p comme en Danemarck, offrirait en présent au pouvoir la vie et la liberté des sujets, et d'un sieul coup frapperait de mort la constitution : pouvoir que le peuple n'avait jamais confié à ses délégués, les chargeant de maintenir la constitution et non de la détruire.
C'était ainsi que les hommes impartiaux raisonnaient et discouraient sur ce qui se passait , et plusieurs des lords eux-mêmes avaient de la peine à se ranger aux opinions qui prévalaient alors; car, lorsqu'on discuta dans la chambre haute la première partie du vote, des communes^ portant que le Roi avait enfreint le contrat primitif, l'affirmative ne fut emportée qu'à une petite majorité ; et lorsqu'on en vint à l'organisation du gouvernement, ceux qui voulaient qu'on établît seulement une régence, ne perdirent la ques-
tioQ que de trois voix. Les desseins du prince d'Orange ne marchèrent donc pas aussi rondement qu'il Taurait voulu ^ jusqu'au moment oit ses partisans dans la chambre firent entendre qu'ils étaient soutenus par une armée, et mena^ cèrent spus main de la part du prince , dans le cas où Von ne remplirait pas ses vues> d'abandonner 4e pays à la justice du roi Jacqîies.: ce qu:i dé* termina enfin les. lords à violer la constitution et rhérédité> en déclarant le prince et la princesse d'Orange roi et reine d'Angleterre, et à mettre te pouvoir royal entre les mains du prince > pour l'exercer par lui-même, bien qu'au nom de tous deuX) et le conserver dans le cas ou il survivrait à la princesse sa femme , durant tout le reste de sa vie au préjudice de la princesse de Danemardi. Cependant les enfans de la princesse de Dane<^ marck devaient précéder dans la succession ceux du prince d'Orange , dans le cas où il en aurait par un autre mariage. Ainsi ils dénaturaient l'hérédité, la détournant et changeant à leur plaisir; intervertissaient IWdre de succession parmi les héritiers protestans, à l'exclusion to«^ taie des catholiques, en telle sorte qu'ils appelaient au trône une série de princes électifs, et, sous couleur de défendre les lois , désorganisaient d'un seul coup jusqu'à la grande charte elle-même. Dans la première ferveur de leur zèle , ils ou-* bliaient, ce que peut«^tre ils auraient mieux senti
36 Mi^MOinES
ensuite , combien il avait toujours e'té funeste et pernicieux à TAugleterre de créer ainsi un conflit de prétentions à la couronne. Les dissensions entre les deux roses avaient assez montré ce qu'il en coûtait de sang y et les guerres civiles du temps du roi Charles I". auraient pu leur rappeler combien il est odieux aux hommes de voir la religion servir de voile aux vues ambitieuses et personnelles de quelques uns^ et leur apprendre que d'un semblable germe , il ne peut naître que d^abondantes moissons de meurtres et de désastres.
D'autres considérations s'étaient emparées de leur esprit : cependant la première mesure qu'ils prirent leurfît comprendre combien étaient faibles les bases de leur nouveau gouvernement; car, ayant été forcés d'abroger l'ancien serment d'allégeance 9 ils furent un peu embarrassés à savoir ' comment en substituer à sa place un autre qui ne courût pas grand risque d'être refusé par la généralité dtt royaume. Quoiqu'ils prétendissent au droit absolu de mettre le prince sur le trône^ ils n'osèrent pas lui donner le titre de roi légitime, mais se contentèrent d'exprimer qu'on lui porterait ybi et véritable allégeance ^ ce que chacun pouvait ensuite interpréter à son gré. Le prince d'Orange voyant la difficulté d'en obtenir davantage , et combien peu les sermens en général avaient servi à son prédécesseur , se contenta
de ce qu'on lui donnait y bien que ce fdt au fait une sorte d'aveu public qu'il n'avait aucun droit à la couronne^ plutôt qu'une garantie qui pût l'assurer de la porter tranquillement. Enfin ils furent si expéditifs à terminer l'affaire que le i5 février^ lendemain de Tarrivée de la princesse d'Orange 9 le prince et elle^ étant assis sous un dais, daûs deux fauteuils à bras placés dans la salle des banquets y les deux^ chambres , de la convention vinrent se présenter en corps devant €ux, énumérèrent tous les prétendus torts du roi Jacques^ dirent qu'il s'était efforcé de renverser )a religion protestante , les lois et la liberté, en s'arrogeant et exerçant le pouvoir de dispenser» sans le concours du parlement ^ de l'exécution des lois; en emprisonnant et faisant poursuivre plusieurs dignes prélats pour lui avoir demandé par une pétition qu'il n'exigeât pas d'eux. de le soute^ nir dans l'exercice de ce pouvoir;, en érigeant une commission pour les. affaires ecclésiastiques r en prenant prétexte dés droits de sa prérogativepour lever de l'argent à l'usage de la couronne', dans un autre but et par d'autres moyens que ceux qui ayaient été déterminés par le parlement; en levant et tenant sur pied y en temps de paix 9 une armée permanente ; en ordonnant contre la loi des logemens de s^oldats ; en désarmant plusieurs pro<testans^ en même temps que^ contre la loiy il armait et employait des papistes; en violant la liberté
des élections pour le parlement ; en faisant porter devant le banc du Roi des affaires réservëes à la connaissance du parlement; en. faisant nommer jures des hommes qui n*aTaient pas les qualités requises; en exigeant des cautions exorbitantes; en imposant de trop fortes amendes; en faisant concession d'amendes et de confiscations avant la condamnation : toutes choses ^ dirent-elles, entièrenâent contraires aux lois reconnues et libertés du royaume. Elles ajoutèrent que ledit roi Jacques ayant abdiiqué le gouvernement, et le trône étant par là devenu vacant, par la plénitude de leurs pouvoirs , elles investissaient de Tàutorité royale le prince et la princesse d'Orange, et les déclaraient et reconnaissaient roi et reine d'Angleterre, de France et d'Irlande.
Il n'y a que trois manières de prétendre à la couronne. Par droit de conquête, de succession et d'élection : aucune des trois ne convenait à la circonstance présente. Le droit de conquête eût réduit la nation en servitude; on n'aurait pu, sans contradiction dans les termes, arguer du drait de succession; et l'élection était si opposée aux lois permanentes du royaume, qu'il en résultait ^u'on ne pouvait, sans renoncer à toute apparence de légalité, satisfaire l'ambition du prince d'Orange , autrement qu'en déclarant que le Roi avait abdiqué , quoiqu'on sût très-bien le contraire, et que le prince de Galles était, un héri-
lier suppose 5 quoiqu^on n'osât ni essayer de le prouver 9 ni même l'affirmer. Il fallait ensuite confondre les titres du prince et de la princesse d'Orange 9 ce qu'on fit par ces mots : Reconnaissent et déclarent..
Plusieurs personnes furent foi^t étonnées de voir que dans l'énumération des grie& sur lesquels se fondait cette inconcevable procédure ^ il ne fût fait aucune mention de la supposition du prince ni de Talliance conclue avec la France pour égorger tous les protestans qui avaient été les principaux motifs de la défection universelle. On ne doit donc pas s'étonner qu'en voyant leur prince accusé de choses incontestablement fausses, ou <{u'il avait certainement le droit de faire^ou qui, au moins douteuses, avaient été par lui réparées, plusieurs lords, tant spirituels que temporels , protestassent contre ce qui se faisait et contre la manière inexcusable dont on disposait de la couronne pour la placer, le jour déjà fixé, sur la tête de l'usurpateur. Mais cet éclair de loyauté s'évanouit bientôt ; des. vues d'intérêt remportèrent sur les scrupules, et la plupart de ces pairs finirent par se prosterner comme les autres au pied de l'idole dont ils avaient désapprouvé l'érection , et ceux d'entre eux qui, pour leur honneur, revinrent le plus promptement à leurs devoirs et à leurs principes, eurent tout loisir de déplorer ensuite avec repentir les malheurs auxquels ils avaient
/i0 uÉmmEs
%t imprudemmetài tf^zstnboé et qnlls o'aYaient pit» Ui pooToir de reparer. Le pricce d^Orange, U la ifétitif crut deroir, en paraissant se sonmettre k leun TolontM^ les endormir pour quelque lemps dans une sotte confiance. Jusqu'à ce qu'il les eût solidement enlacés dans une guerre étran- (^ère il fit mine de Tonloir se contenter du seul nom de roi et de laisser la direction absolue des iifFaires au parlement ^ et surtout à la chamlire des communes , qui tenait les cordons de la liourse* U les amusa donc d'une révocation de l'impôt sur les cheminées ^ bien sûr qu'il ne perdrait rien par sa générosité et qu'il n'avait fait que jeter de Teau dans une pompe sèche pour qu'elle jouât mieux et rendît ensuite plus abondamment. Mais les hommes clairvoyans ne se laissèrent point tromper par cette apparence de modération I et comme l'ambition avait été le motif de son entreprise^ ils sentaient que le but en devait être de s'agrandir et de les écraser. Et quoique ses prétendus droits fondassent leur origine sur les prétendus intérêts du peuple ^ on vit bientôt que l'intérêt du peuple et celui du prince n'avaient jamais été plus opposés que pendant la durée de ce règne usurpé.
Après avoir une fois corrompu ou trompé^ pour qu^ils lui livrassent les libertés du peuple , ceux qui en avaient été choisis comme les gardiais » il sHnquiéta peu de satisfaire l'attente pu*
DE JACQTTES II. 4'
hlique sur ces points essentiels qui les avaient déterni inés. à favoriser son entreprise. On ne paria plus de cette formidable alliance avec la France dont l'idée avait empoxté le peuple hors de toute raison et de tout devoir. Au contraire, lord Sunderland qui, en s'avouant Tennemi de son prince, obtenait alors la confiance du peuple, justifia le Roi sur ce point, et le prince d'Orange ne jugea pas devoir proposer à la convention une enquête sur la naissance du prince de Galles , quoiqu'il l'eût solennellement promis dans sa déclaration en date du lo octobre 1688, où il disait que le défaut de preuves sur ce point avait été un des principaux motifs de son expédition en Angleterre , et s^engageait à porter devant un parlement le résultat des enquêtes faites sur cette affaire, et sur tout ce qui y avait rapport. Le prince d'Orange avait beaucoup de niotifs pour s'efibrcèr, de prouver, s'il lui eût été possible , une chose dont non-seulement il avait promis la preuve, mais dont la supposition avait contribué plus que tout autre chose à la révolution , et dont la réalité aurait mis son gouvernement à l'abri de toute contestation. Le Roi, dans sa lettre de Saint-Germain, demanda que la convention s'occupât d'examiner l'affaire; plusieurs pamphlets imprimés rappelèrent au prince son engagement, et les deux chambres furent sommées de le remplir. On leur représentait combien ceux qui
avaient rendu témoignage de la naissance du prince, dont le nombre s'élevait à plus de quarante personnes^ la plupart de la première qualité, voyaient leur réputation atteinte par cette accusation qui les faisait supposer complices d'une imposture dont elles eussent eu horreur comme d'un chef-d'œuvre d'iniquité. Elles priaient donc les lords et les communes de les interroger de nouveau afin qu'elles pussent, ou laver leur honneur des calomnies répandues contre elles, ou bien que si elles étaient convaincues de mensonge, elles subissent, comme elles y consentaient volontiers, la peine due à un parjure aussi infâme que sans exemple. On avertissait çn même temps que leur témoignage serait, ''s'il était possible, plus clair , plus détaillé et plus étendu que le premier, et qu'elles avaient à dire plusieurs choses qu'elles avaient alors crues inutiles ou omises par décence; d'ailleurs on ne pourrait plus les soupçonner de se laisser séduire ou intimider en faveur de la légitimité du prince de Galles, ainsi qu'on les en avait accusées d'abord, et tout encouragerait au contraire à les confronter avec les témoins opposés, s'il s'en présentait. On ajoutait qu'il était nécessaire de se hâter, parce que le nombre des témoins devait aller tous les jours diminuant, et qu'il serait tfès-difficile, après leur mort, de rien opposer à leur témoignage si facile à examiner pen-
dant leur vie. Enfin , si la chose restait en suspens sans qu'on prouvât l'imposture des témoins ou la légitimité du prince de Galles , il en résulterait des conséquences très-fâcheuses^ nonseulement parce que la succession demeurerait douteuse , mais parce que , comme dans la rigueur, des lois la légitimité d'un fils de roi n'exige pas de plus grandes preuves que celle du fils d-un sujet, cela deviendrait à des chicaneurs un prétexte pour mettre en question la naissance de beaucoup de gens et jeter beaucoup d^embarras dans la propriété ; car on voyait journellement dés personnes dépouillées de riches héritages par des enfans dont la naissance était loin d'être si bien attestée que celle du prince de Galles.
Malgré toutes ces réclamations et les anciennes promesses du prince d'Orange , il n'y eut rien de fait; d'où l'on tira cette conclusion qu'on voulait par là faire connaître à la nation que les lords et les communes regardaient comme entièrement suffisantes les preuves déjà données dé la légitimité dû prince de Galles. Et, en çfTet, quelque temps âpres, comme on demandait à Bentinck pourquoi son maître ne faisait pas connaître l'illégitimité de la naissance du prince ainsi qu'il l'avait promis, il répondît qu'ils ne doutaient point de sa légitimité et ne s'en embarrassaient guère; que son maître était en possession du trône, bien
détermine à le garder tant qu'il vivrait y et fort indifiërent à la question de savoir qui l'aurait quand il n'y serait plus.
Cela obligea les partisans du nouveau gouvernement d'avoir recours à d'autres moyens pour le défendre; mais c'est une chose étonnante que la sorte d'argumentation donnée pour des raisons dans^les violens écrits de ce temps. Ils posaient en premier lieu, comme un fait incontestable, que le Roi avait entrepris la subversion de la religion et du gouvernement établis, et en tiraient cette conclusion , qu'attendu l'obligation mutuelle delà protection et de l'allégeance, là où manquait la protection , l'allégeance ne subsistait plus , ce qui les déliait des sermens d'allégeance et de suprématie et de tous autres devoirs envers le souverain naturel. On écartait aisément cette objection que le Roi ne peut faire mal et que ses ministres sont seuls responsables de toutes les transgressions^ quelque nombreuses ou évidentes qu'elles puissent être; car, disait-on, cette maxime signifie seulenaent que le pouvoir du Roi ne va pas jusqu'à lui donner les moyens de commettre Fin* justice, soit par lui-même, soit par ses ministres , et qu'ainsi au lieu de punir les ministres des fautes du Roi, c'est le Roi qu'on doit punir de celles de ses ministres. Selon d'autres, cela signifiait seulement qu'on ne pouvait résister au Roi dans l'exercice de son pouvoir exécutif, quel-
que faute qu'il y pût commettre y mais que cette interdiction ne s'étendait pas à la supposition oh les lois elles-mêmes seraient attaquées; ce qu'ils prétendaient toujours être le cas actuel. Et quant à traiter avec lui quand il le proposait , ils disaient que cela ne se pouvait sans lui manquer de respect; qu'on ne pouvait faire à un Roi, en personne , l'affront de porter contre lui une ac« cusatiott pour faute de conduite ni surtout prouver qu'on eût supposé un faux prince de Galles, imposture à laquelle le Roi aurait eu nécessairement une si grande part. Il fallait donc , disaiton, renoncer à toute preuve de ce genre ou à toute négociation avec lui. Ainsi , d'après le raisonnement de ces gens-là , il fallait détrôner le Roi par respect pour sa personne et de peur qu'il ne sortit pas à son honneur de l'examen de l'affaire du prince de Galles qu'on n'a jamais examinée depuis.
On fit à la vérité quelques tentatives pour don-^ ner de la consistance à cette calomnie et à quel* ques autres. Plusieurs témoins furent entendus et lord Danby fut employé à l'examen de l'affaire; mais il déclara que plus il y regardait, plus il lui paraissait prouvé que le prince était ûls de la Reine. On laissa donc bientôt retomber la chose ainsi que l'enquête sur la mort de lord Essex. A Ja vérité, quelques personnes furent emprisonnées à l'occasion de celte dernière affaire.
eif comme il ne manque guère de se présenter des témoins disposés par suite de queilqué haine personnelle ou par quelque espérance de gain à prêter serment à tort ou à raison dans le sens de la circonstance^ le major Hawley, chargé de la garde d,çs portes de la Tour, fut accusé, par un hommç qui lui en voulait, d'avoir été, par Fordre du duc, h ce quVu supposait, l'agent de la mort de lord Essex. Sur quoi il fut emprisonné et la sentinelle qui se trouvait par hasard de garde à la porte de lord Essex fut mise à Newgate, sur son refus<d'avouer qu'il avait vu M, Hawley entrer dans la chambre au moment de cette mort ; mais, malgré un long emprisonnement, les traitemens les plus barbares et la menace continueille d'être pendu s'il n'avouait pas ce qu'on lui demandait, le pauvre homme eut la constance de persister à affirmer que ni le major Hawley ni personne n'était entré dans la chambre du lord au moment ou le fait avait eu lieu. Bientôt après l'accusateur lui-même avoua son parjure au lit de la mort, et lady Esseï^, qui connaissait mieux que personne les principes et le caractère de soi;!, mjari, fit dire k ceux qui étaient chargés de Te^^simen de TafTaire, qu'elle était suffisamment instruite de la manière dont il était nkort^ et priait en conséquence cju'on se désistât d'une en* quête qui pouvait exposer des innocens à d'injusr tes soupçons. On laissa donc également tomber
cette affaire. D'ailleurs^ ils n'avaicot plus bespia de tant d'expédiens et d'artifices ; l'autorité ac-^ tuellement en leurs mains était un argument an^ trement puissant que la loi et la raison pour leur assurer leur possession ; cela engagea les hom^ mes demeurés loyaux ou ceux qu^ils avaient désabusés en refusant de donner satifaction au pu*blic sur tant de points essentiels à faire usage au moins contre eux des armes qu'ils leur laissaient entre les mains. La révolution , en dépit de toutes ces terreurs et de toutes ces séductions ^ ne put tellement enchaîner la plume et la langue des hommes du parti opposé ^ qu'ils ne s'appliquas-*sent à venger la justice opprimée et à revendiquer au moins par de spirituels et judicieux écrits y les droits du prince qu'ils n'étaieut pas en état de défendre autrement.
On usait, à la vérité> d'une grande circonspect tien dans les paroles , mais toute la vigilance et la rigueur du gouvernement ne purent empêcher la publication d'une multitude de pamphlets qui analysaient de manière à en montrer la fausseté tous les raisonnemens de ces hommes intéressés^ appliqués à parer l'usurpation de tout le clin-» quant d'une éloquence adultère. Le Roi ne manqua pas 9 dans le clergé protestant, d'hommes d'esprit et de savoir pour défendre sa cause; mais nos jours affilent peu d'exemples de victoires semhiables à celle que Cicéron s'imagina avoir rem-
5o ' MEMOIRES
par la main du bourreau : et qui jeta une fâ^ cheuse tache sur ce puissant fauteur du nouvel ordre de choses dont. ils se glorifiaient si fort.
Vn homme qui s'était d'abord signalé pour la cause du Roi , le docteur Sherlock , doyen de St.- Paul ^ tenta peu de temps après un autre dSPort pour calmer les scrupules* Après a voir refuséquelque temps de prêter les sermens^ il prétendit enfin s'être <H>nTaincu de leur légitimité > et il en donna une raison si nouvelle et si surprenante que y bien que ce fût un homme d^esprit et d'érudition y il s'exposa aux traits de tous les partis. Il établit qu'il existait deux droits^ le droit provideiitiel et le droit légale et qu'ainsi une personne pouvait ^ à juste titre , réclamer et prendre une chose qu'un autre pouvait tout aussi justement défendre et garder^ et que celui qui l'emportait acquérait par la possession le droit providentiel^ et que toute autorité venant de Dieu^ le peuple était obligé de lui transférer son allégeance comme à un Roi couronné de la main de Dieu. Les hommes du gouvernement trouvèrent très-mauvais que le docteur Sherlock ne se contentât^ pas comme le reste du royaume, des motifs généraux tirés de la nécessité de maintenir la religion et les libertés du peuple , qu'ils supposaient en danger d'être détruites si le Roi demeurait sur le trône. Les autres ^ réellement consciencieux > démontrèrent amplement toute l'im-
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propriété dfe ce nouveau système. Il bouleversait si évidemment les potions et la nature des droits que les docteurs de la pcoprecroyancedeSherlock devinrent ses plus violens adversaires; ils lui direntqu'il ouvrait la porte à toutes les violences et à tous les désordres; que l'autorité ne pouvait pas être prise d'assaut, pas plus que la tempérance ou rhumilité; que le droit ne pouvait , pas plus que la vertu, être emporté par la force des armes ; qu'autrement les royaumes ne seraient jetés dans le monde que comme une pomme de discorde offerte à la conquête du plus fort : ce qui n'est en aucune façon d'accord avec les vues d'ordre et de paix qu'a eues le Tout-Puissant en insti-». tuant les gouvernemens et en obligeant les peu-^ pies à se soumettre aux autorités supérieures* Âussi^ quoiqu'il montrât beaucoup d'adresse à manier l'argument qu'il avait employé, cela ne servit qu'à donner aux amis du Roi l'occasion de faire connaître combien tous ceux qui s'étaient soumis à l'usurpation avaient évidemment dévié de la doctrine de l'Eglise d'Angleterre et à faire comprendre que l'int^'rêt et l'égarement du zèle avaient influé sur leurs inconséquentes détermi-^ nations; qu'ils avaient uniquement servi les desseins d'un petit nombre d'hommes appliqués à faire usage de la religion du Roi et de l'ambition du prince d'Orange pour accumuler entre leurs mains les honneurs et les profits du gouverne-*
52 MIÉMÔIRES
ment, et qui^ au lieu de défendre les propriétés dupeuple^ avaient iisé delà nation même comme de leur propriété.
Le Roi , Toyant que ^a yoix n'était plus entendue dans le pays et que le peuple était sourd à toutes les offres qu'il lui pouvait faire^ et aveugle en toutes ses voies, se résolut d'avoir recours aux moyens que lui suggéraient la raison et la justice pour maintenir ses droits et ceux de la nation. Il savait qu'il pouvait compter sur la fidélité das Irlandais 9 et espérait jque le comte de Tirconnel parviendrait à empêcher les protestant, de ce royaume, qui avaient la force entre leurs mains, d'accéder à ce qui s'était fait en Angleterre. Il lui écrivit donc de Saint-Germain la lettre suivante en date du 12 janvier. .
(c Je vous envoie le porteur de cette lettre, le « capitaine Rooth, pour vous avertir que je suis , « ici et pour s'informer de l'état des choses dans « votre pays, afin de prendre mes mesures .en « conséquence, espérant que vous pourrez vous (c défendre, et tenir pour moi du moins jusqu'à « l'été. Je suis sûr que vous ferez pour cela les c< derniers efforts, et j'espère que le roi de (( France pressera tellement les Hollandais que i( le prince d'Orange ne pourra avoir d'armée en « réserve pour vous attaquer. Cependant, tout « ce que j'ai, pu obtenir de ce Roi jusqu'à ce que a j'aie reçu de vos nouvelles , c'est de vous en-
(( Yoyer sept ou huit mille mousquets : U ne yeut (( pas risquer un plus grand nombre d'armes ni a aucun soldat avant de savoir en quelle situa- (c tion vous êtes; il sera donc absolument néces- (c saire que vous me renvoyiez le porteur aussi- « tôt qu'il vous sera possible avec une ou deux « personnes pour m'en rendre compte. Au mo- « ment de mon départ de *Rochester, qui fut^ « autant que je m'en souviens^ le i3 de décem- « bre^ je reçus une lettre de vous dans laquelle « vous me disiez que tout était tranquille dans w votre pays. J'espère qu'il en est toujours de « même et que le prince d'Orange n'a pas encore w envoyé de troupes pour s'en emparer. Je vous « renvoie^ pour ce que j^ai dé plus à vous dire^ « à la lettre de lord Melfort et au porteur de (f celle-ci qui vous rendra compte de la manière (( dont nous nous sommes tous échappés et du (f bon accueil que j'ai reçu ici. Je n'ai 'pas eu <f de lettres d'Angleterre d'une date postérieure «r à celle du jour où je Tai quittée. Vous pouvez «f compter sur un duplicata de celle-ci , que je « suis dans l'intention de vous envoyer de peur « d'accident. »
Sa Majesté ne fut pas trompée dans son attente. Lord Tirconnel avait feint très-prudemment dans les premiers momens de chanceler un peu dans sa résolution; car^ sentant à quel point l'Irlande serait peu en état de résister si une force
ëtpangère venait se joindre* aux mal intentionnés de l'intérieur^ il tâcha sous main d'amuser les agens du prince d'Orange en leur faisant croire iju'il était disposé à ^e soumettre , afin de gagner du temps jusqu'à ce qu'il eût mis le pays en état de ne pas craindre qu'on l'y contraignît. Cela fit que les Anglais négligèrent l'Irlande pendant quelque temps , dissipa en quelque façon les inquiétudes de tous les malintentimmés du pays^ et lui donna le temps et le pouvoir de se mettre en sûreté contre ceux dont il se méfiait le plus. A leur tête était lord Montjoy dont il craignait le pouvoir et soupçonnait la fidélité. Il l'envoya -donc chercher sous prétexte de le consulter sur les embarras de sa^sitùation^ et par la manière dpnt celui-ci le pressa et le raisonna' pour l'engager à .se soumettre , lord Tirconnel reconnut qu'il ne s'était pas trompé dans ses soupçons. N'osant donc le contredire , il feignit "de se rendre à son opinion^ et lui dit seulement qu'il serait loyal d'en avertir le Roi, et de le convaincre de la nécessité de cette démarche, et que personne n'était plus propre que lui à cette mission, étant mieux que personne en état de représenter à Sa Majesté l'impossibilité morale de tenir contre la puissance de l'Angleterre , et la nécessité de céder au temps présent, et d'attendre une circonstance plus favorable pour manifester la loyauté de ses sujets d'Irlande. Lord Montjoy ne put nier
que la chose ne. fût raisonnable ^ mais montra quelque répugnance à se charger du message.
Pour Vy mieux engager^ le lord Tirconnel lui.dit qu'il enverrait avec Lui le baron Ryce; et nremesoit en accordant de nouvelles nominations ^ soit en envoyant un surcroît de troupes dans le Nord ou par quelques autres mesures en faveur des protestans^ auxquels il vît bien que lord Mont-joy sHntéressait plus qu'à rautoritë du Roi ^ il> lui donna en quelque sorte lieu de croire qu'il nese ferait en son absence aucuà changement considérable. Les dispositions qu'avait découvertes, en lui lord Tirconnel ne lui donnèrent que plus, d'empressement de s'en débarrasser. Il chargea donc le baron Ryce^ dans lequel il avait une en-, tière confiance^ de faice à Sa Majesté un rapport: absolument contraire^ de l'assurer qu'il ferait léS: derniers efforts pour soutenir ses intérêts, et de lur dire que lord Montjoy étant un homme dange-^ reux, il avait cru devoir user de ce stratagème, pour le mettre au pouvoir de Sa Majesté, et tromper l'ennemi par l'espoir d'une chose à laquelle: il était déterminé à ne jamais consentir^ Il eapé^. rait^ ajoutait- il, par le secours de Sa Majesté être en état d'empêcher qu'on ne l'y fprçat. En conséquence, lord Montjoy n'eut pas plutô.t le dos tourné que lord Tirconnel commença par degrés à lever le masque. Voyant que tous les protestant de Dublin manifestaient ouvertement leur éloi-.
gnément pour le Roi^ il les obligea à lui remettre leurs armes. Il s'occ«ipa d'auginmiter le nombre des troupes pèrmaneates > et ayec autant de prudence que d'adresse mit bientôt le royaunae en un état de défense supportalîle* Pendant ce' temps-là le prince d'Orange, ou trompé par' de faux isemblans de n^ocration , ou méprisant les forces die l'Irlande, occupé d'ailleurs avec ardeur de ses pi'ojets contre la France, négligea, d'y envoyer quelques troupes qui , si on les y eût fait passer au moment de la révolution, eussent effectué sans peiné ce qui* lui coAta ensuite tant de sang et de trésors, et pouvait même lui coûter sa* couronne usurpée, si* les méfiances de la cour de France, ainsi que les jalousies et les animosttés personnelles qui régnaient 4ans son conseil y ne Feussent empêchée d'y envoyer ^ës secoure si évî-* demment réclamés par la raison , rbonnèùr de la France , et son véritable intérêt.
Aussitôt que le Roi eut reçu le message de lord Tirconnel, il se résolut à passer sur-le-cbamp en Irlande , afin que sa diligence redoublât le courage de ses amis et surprît ses ennemis; mais il* jugea d*abord à propos de fiiire mettre lord Moûtjoy à la Bastille^ où il demeura jusqu'à la fin de' la guerre d'Irlande, et fut alors échangé contre M. Richard Hamilton. Le Roi obtint de Sa Majesté Très -Chrétienne de lui fournir des armes et des niunitions en quantité assez passable, un peu
(Vargeot et queltfues iorfficierâ. Avec cé séjours il ^e hâta cPaller essayer encore une foî^ sa fortune k la tête d'une partie de ses sujets 5 dont il espérs^iV que la fidélité iedédomÎBagerait en quelque sorte de la trahison de ceux qui Favaiênt si récemment abandonné. A là nouveUe de la résolution du Roi^ Dublin et là plupart des autres Tilles se déclara-' rent pour loi; ainsiv bien que cet esprit de rébellion qui s'était siabsolument emparé de FAngleterrèi he Sàt pas tout-èrf^it banni de TMande; ; il fut du moins forcé de se cantonner dans le nord oiiles protesfabs aTaiettt le dessus. Là oii ils étaiéntf en petit nombre^ ils feignirent dé demeurer fidèles; mais dans lieux où -ils purent se livrer à leuiT indlinâtion^ ils rejetèrent prompteinent leurs de-* voirs d'obéissance envers leur souverain , »et dfe-* vinrent ses ennemife les plus' âpres et' les plus' obstinée.
Le Roi se rendit en toute hâté à Brést^ laissant ses!geàs derrière lui , avec ordre de le suivre lé plus proimptetnent quf ils pourraient. Il y arriVi* avant la fia de février, et-y trouva une escaidrè de vingt-deux voikfif qùelè bon ordre dès affaire'^ maritimes de ce pay^^ et la promptitude naturelle à la nation française avaient permis ^l'équiper en ce court espace de temps pour lui ^eryir d'escprte. Avant de s'embarquer, il jugea à propos d'eerirèt à ses siQjets d'Ecosse^ il avait reçu d'un grand nombre de gens de distinction de ce pays, de
sincères témoignages d'affection et de loyauté ^ et bien qu'à cause de sa religion- il ne pût se permettre d'y trouver autant de sûreté et de secours qu'il en espérait en Irlande^ et que par celte raison ce fût 4ans ce dernier pays qu'il préférât de se rendre en personne , cependant ce qu'il avait éprouvé de la conduite loyale et généreuse de la noblesse écossaise de tout rang lui donnait lieu de se flatter que son parti ne serait pas entièrement abandonné ddn$ ce royaume; et s'il eût écrit plus tôt> sa lettre aurait pu ïnettre obstacle aux progrès de la faction ennen^e qul^ d'après ce que hiî dit le messager yonu d'Ecosse^ se disposait à marcher sur les traoes dé la convention d'Angleterre; mais toxique cela fut fait à (hssèin(i)y soit la précipitation du moment 0u quelque autre affaire^ ce messager n'eut audience de Sa Majesté que quelque temps après être arrivé à Saint-Germain^ et la lettre ne fut écrite et envoyée que lorsque Sa Majesté fut non - seulement décidée à aller en Irlande plutôt qu'enEcosse^ mais même déjà embarquée à bord du $aint-Michel ^ dans la rade de Brest^ .d'où; elle data sa lettre; Oni verra , lorsqu'on rendra couipte: de ce qui se passa
(i) Les mots en italiques ont été ajoutés de la main du fils de Jacques |Jour if'emplacer cinq lignes du manuscrit effacées avec un tel soin qu'il a été impossible d^en rien déchiffrer.
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dans ce royaume^ quel fut l'effet de cet envoi. De plus > le Roi ne voulant négliger rien de ce qjui pouvait le justifier aux yeux du monde ^ et cherchant des secours contre l'injustice^ partout oii il avait quelque espérance d'en trouver^ s'adressa à ceux-là mêmes qui avaient eu part à ses malheurs. Il jugea donc à propos d'écrire à l'Empereur^ espérant que lorsque Sa Majesté Impériale verrait le prin.ce d'Orange user de son alliançie et de ses secours pour faire réussir les projets df» son ambition dénaturée , et détrôner un roi catholique , elle- pourra.it ^ du moins pour Tamour de la religion^ se refroidir un peu à l'égard de soo alliée et vouloir apporter quelque re<nède à une injustice si criante où elle voyait sa conscience et son honneur beaucoup plus compromis qu'elle q'ea avait eu d'abord l'intention. Mais leRoirecoûnut^ à sa grande surprise, que l'intérêt avait étouffé le zèle religieux de l'Autriche , et la rendait contraire à toute idée de réparer des injustices pror fitables qui ont aisément accès auprès des princes;^ l'Empereur fut séduit par la perspective des subsides qu'il pouvait espérer de l'Ângletjerre ^ tant qu'elle serait sous la direction, du prince. d'Or range, tandis qu'il n'en avait point. 2^ attendre du Roi y occupé seulement de n\aintenir.la pros-* péri té et la neutralité de son pays. L'Autriche et les autres princes catholiques y s'ils n'ap-^ plaudirent pas à cette utile injustice, la souf-^
6o MËMÔIRES
frirent du moins avec une grande patience ^ et Sa Majesté Impériale é(»*iyit au Roi une lettre excessivement tude et provoquante. Elle ne lui Arriva qu'après son débarquement en Irlande ; nous allons cependant l'insérer ici pour ne point interrompre le récit de ce qui se passa en ce pays.
« Lébpold , etc. Nous avons reçu du comté de cf Carlingford, voire ambassadêuf* à notre cour, k la lettré que nous a écrite Votre Sérénité , du cr chàtèafu dé Saint-Germain , et dans laquelle u votfsnouÀ rendez; compte de ' la situation à K" laquelle Vô*re Sérénité s'est trouvée réduite, ée lôrs de l'arrivée du prince d^Orange , par la «f désertion, liréh^seuléméiit de votre armée , mais * de vos serviteurs et dès personnes en qui vous « aviez mis le plus de confiance , ce qui vous 44 a forcé à chercher un refuge en France , et « vous engage à requérir notre secours pour i:én- *f trér'dans votre royaume. Nous assurons Votre â Sérénité qu^aussitot que nous avons été in- <r formés de ce déplorable exemple de l'instacr bilité des choses hiimaines , nous avons été or sensiblement touché et véritablement affligé , << non-seiiiemeut par un sentiment général d'huer m'anité> mais en raison de notre sincère afféci< tion pour vous ^ d'un événement que nous avions {< trbp de raison de craindre, quoique nous eus- « sions espéré qu'il pouvait être évité; car si
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« Votre Sërënitë avait donné plus d'attention aux « représentations amicales q^e nous vous avons « fait faire par notre ambassadeur > le comte de (( Kaunitz^ au lieu de se livrer aux artificieux (( conseils de la France^ qui en fomentant la di- (( vision entre Votre Sérénité et son peuple , pence sait se faciliter les moyens d'insulter le reste i( de l'Europe 9 et si vous eussiez jugé à propos « d'employer votre pouvoir et votre autorité en « qualité d'arbitre de la paix de Nimègue^ à « mettre fin aux continuelles violations de la foi « des traités que s'est permis cette puissance ^ tt et que dans cette vue vous vous fussiez réuni « aux mesures que nous avons prises ^ nous et (c tous ceux qui jugeaient sainement de l'état des « choses^ nous ne doutons pas que Votre Sérénité « n'eût extrêmement adouci et contenu la haine w que votre religion inspire à votre peuple^ et « n'eût établi la paix et la tranquillité^ non-seu- « lemçnt dans son propre royaume^ mais dans tout « l'Empire romain. Nous vous laissonsdoncà juger (( si nous sommes en état de prêter aucun secours « à Votre Sérénité, e'tant non-seulement en guerre c< avec les Turcs, mais encore dans la nécessité de « repousser l'injuste et cruelle agression que la « France^ se croyant en sûreté du côté de l'Angle-^ (( terre, s'est récemment permise contre nous, au « mépris de sa foi et de ses engagemens les plus « solennels. Nous ne pouvons nous empêcher de
elle exigeait plutôt de lui ^ disait-^il ^ de garder \ine exacte neutralité jusqu'au moment où l'on •verrait manifestementt de qui venait Tinfi^ction de la paix^ que 4e ^e précipiter aveuglément dans le parti de celui qui se plaindrait le premier ; car si un prince i pour s'être rendu garant d'un trait^^ devait perdre sa couronne au gré de celui dp^ contraçtans qui jugerait n'en avoir pas été suiHsan^meût' soutenu , aucun prince ne voudrait à tels risques se charger d'une pareille fonction. C'était ainsi cependant que Sa Majesté se voyait traitée par les cours de Vienne et de Madrid ; oubliant le prince opprimé^ elles se hâtèrent d^envoyer complimenter l'usUrpateur et de resserrer lesliensde leur alliance, avec lui^ puis renvoyèrent les ambassadeurs de Sa Majesté sans pouvoir donner la moindre raison de cet inexcusable procédé. Sa Majesté trouvant donc le monde entier sourd à ses raisons et à ses représentations, se vit obligée de chercher à revendiquer ses droits par les armes*
Eu conséquence^ le 12 mars, le Roi débarqua à Kinsalç et fut reçu avec toute la joie imaginable par.ses sujets catholiques; il y demeura jusqu'à ce qu'on eût débarqué l'argent, les armes et les munitions qu'il avait apportées avec lui, et le 14 se rendit à Corke, où le comte de Tirconnel vint le trouver et lui rendit compte de l'état du pays. Il lui dit qu'il avait envoyé le lieutenant-
gëoéral Hamilton à la tête d'environ deux mille cinq cents hommes^ qui étaient tout cequ'il.ayait pu tirer de Dublin ^ contre les rebelles de FUlster, qui s'étaient rendus maîtres de toute cette pro*yince , excepté Charlemont etCarrick^-Fergus ; que la plus grande partie des protestans s'étaient sou*levés sur d'autres points du royaume; que dans le Munster 9 ils s'étaient emparés de Castle-Martyr et de Banden, mais qu'ils ayaient été forcés de rendre ces deux places; que le lieutenant-géné-^ rai Mac-Carthy les avait totalement soumis dans cette province, et qu'ils étaient presque entièrement réprimés dans les deux autres; qu'il avait suffi pour cela du bruit de l'existence d'une ar^mée et de la promptitude avec laquelle la noblesse catholique de tout rang avait levé plus de cinquante régimens de pied, et plusieurs esca-drons de cavalerie et de dragons. Il lui dit aussi qu'il avait distribué à ses troupes environ vingt mille armes y mais pour la plupart si vieilles et en si mauvais état , qu'on n'en avait pas trouvé parmi les armes à feu plus d'un millier dont on put faire usage; que lés anciennes troupes consistant en un bataillon des gardes, et les régimens de Mac-Carthy, Clancarthy et Newton étaient trèsbien armés, ainsi que sept compagnies de Montjoy qu'il avait avec lui, les six autres étant demeurées dans le Derry, avec le colonel Lundy et Gust. Hamilton, lieutenant-colonel et major de 4. 5
ce regimeât ; qu'il avait trois rëgimens de cava« lerie^ ceux de Tirconnel^ Russel et Galmoy^ et un de dragons; que les catholiques du pays n'avaient pas d'armes 5 tandis que les protestans en avaient une grande abondance et les meilleurs chevaux du royaume ; que^ pou? toute artillerie^ il n'avait que huit pei^tites pièces de campagne en état de marcher; que tout le reste était démonté; qu'il n'avait point de provisions ni de munitions dans les magasins; peu de poudre et de balles; point d'argent en caisse et tous ses officiers partis pour l'Angleterrç.
Tel était l'état de l'Irlande lors du débarque** ment de Sa Majesté. li y avait dans le pays beaucoup de bonne volonté, mais peu de moyens de la mettre en oeuvre. C'était ce qui avait disposé le prince d'Orange a y faire si peu d'attention; mais aussitôt qu'il apprit que le Roi y était ar^ rivé 9 il fut dans une grande surprise ^d'autant qu'il s'imaginait que Sa Majesté n'était pas venue sans apporter avec elle ce dont on avait le plus de besoin. « Ce fut à cette occasion que la princesse d'Orange^ -comme le Roi l'apprit de très-bonne part , voyant son mari fort troublé des nouvelles qu'il recevait^ lui dit qu'il devait s'en prendre à lui pour avoir laissé partir le Roi comme il l'avait fait, mi Lorsque le Roi en fut instm^it^ il reconnut que ses enfans avaient perdu tout seoti^ ment^ non-seulement d'afifection filiale^ mais même
de compassion oaturelle y et étaient aussi disposés que le reste de cette tribu de Juifs à crier : Toile de ierrà hujusmodL II fut d'autant plus afflige que la nvàia dont il recevait le coup lui était plus chère; istais la providence donna aussi à la princesse sa part de chagrin dans cette occasion ; car les nouvelles étant arrivées immédiatement avant Tépoque fixée pour le couronnement , jeta un fâcheux nuage sur cette joie qui n'avait pas laissé de place dans son cœur pour le souvenir d'un père si affectueux et si tendre. Comme une autre Tullie, sous prétexte de tout sacrifier à la liberté de ^n pays 9 elle sacrifia son honneur, son devoir et la rc^iigion pour chasser le paisible Tullins et mettre un Tarquin à sa place.
Sa sœur, la princesse de Danemarck, ne montra pas dans cette occasion plus de sentiment de son devoir ; cependant ses droits négligés en faveur du prince d'Orange , ia rendaient plutôt victime que participante de ce triomphe dénaturé. Malgré cela le jour de cette solennité , a pendant qu'elle s'habillait pour s'y rendre, elle envoya chercher mistriss Dawson , et lui demanda si l'en* &Dl qu'on appelait son frère était vraiment de la Reine. Mistriss Dawson lui répondit qu'il Fêtait bien réellement, et qu'elle en pouvait répondre avec tout antant d'assurance qu'elle certifiait que la princesse elle-même était la dernière fille de feu la duchesse d^Yorck; car elle avait assisté
à la naissance de tous deux. Elle lui dit qu'elle s'ë tonnait fort que Son Altesse Royale lui fît cette question^ puisqu'elle ne pouvait oublier que lorsqu'elle était venue prendre congé de la Reine à ison départ pour Bath^ Sa Majesté lui avait fait mettre la main sur son ventre^ et qu'alors elle lui avait dit : a Madame , l'enfant remue si fort que je c< crois quevous serez accouchée avant mon réc< tour. » Sa Majesté eut le chagrin d'apprendre de quelqu'un qui le tenait de mistriss Davirson cette preuve du mauvais naturel d'une fille qu'elle aimait si passionnément.
Tandis que les enfans du Roi recueillaient ainsi les fruits de leur désobéissance y il goûta une sorte de triomphe momentané dans le joyeux et loyal accueil qu'il reçut à son débarquement en Irlande. Il partit de Corke le ao et arriva le 24 à Dublin ; son entrée fut accompagnée 4e toutes les marques de respect > d'honneur et d'affection imaginables. Les rues étaient bordées de soldats^ tendues de tapisseries > sablées^ jonchées de verdure et de fleurs. Les magistrats^ la noblesse de tout rang, les juges et le peuple de toutes classes s'y étaient rendus avec toute la pompe convenable à la cérémonie la plus solennelle^ et tout se passa avec le plus grand ordre et la plus grande décence* Le Roi à cheval pouvait être vu de tout le peuple y dont les bruyantes et joyeuses acclamations le dédommageaient en quelque sorte des affronts
qu'il aTait soufiPerts de la part de ses autres sujets. « En arrivant au château , il y apprit que le lieutenant - général Hamilton (i) avait battu à Driimmore un grand corps de rebelles y les avait repousses jusqu'à Coldrain et à l'antre rive du Ban ; qu'il s'était avancé jusqu'à cette ville , mais y avait trouvé l'ennemi si nombreux et si bien retranché qu'il n'osait pas l'y attaquer , et qu'il désirait donc qu'on lui envoyât plus de trottpes> afin de pouvoir le chasser de dessus cette rivière^ Sa Majesté envoya donc à Dungannon M> de. Fuisignan^ major -général, avec quelque cavalerie et quelque infanterie et l'ordre de marcher à Portlemondy un des passages du Ban défendu par les rebelles^ afin de faciliter au lieutenant^géné* rai Hamilton le passage de cette rivière. Le duc de Berwick eut ordre de suivre la mémo route 9 et en même temps le Roi luirmême 9 avec M. de Rosen et les autres officiers français qu'il. avait emmenés, alla jusqu'à Armagh, pour visiter et encourager les autres troupes ^ et se rapprocher de Hamilton et de Puisignan , laissant à Dublin lord Tirconnel y à qui Sa Majesté venait de conférer le titre de duc, et avait donné l'ordre de parcourir le Leinster et quelques parties duMuns-
(i) n paraît que Tyrconel l'avait élevé à ce grade de son autorité avant l'ordre du Roi, aiusi que le vicomte de Mort*Cassel.
ter^ pour inspecter et rassembler les nouvelles
levées de ces deux provinces,
« Lé 8 avril^ le Roi se rendit à Charlemont^ et envoya M. de Rosen et le resté des officiers généraux k Dungannon^ donnant à Hamilton et à Puisignan l'ordre de marcher vers Straban : le dernier avec la plus grande partie dé l'infanterie, quelque cavalerie et quelques dragons par la roule d^Omagh^ l'aiitré par un antre cheiiain à droite , proche dé la mer^ avec le priocipal corps de cavalerie, et de dragons et quelques compagnies d'infanterie. Le Roi y en arrivant le 14 ^ Omagh> y trouva déjà l'infanterie de Puisignan, que celui-t;i avait laissée, sous le commandement da colonel Ramsay, pour pousser en avant avec la cavalerie et les dragons, environ six milles plus loin jusqu'à Ne wton-Stewart, que l'ennemi avait abandonné, ainsi qu'Omagh et Relsàh, à Fapprocké des troupes du Roi. Sa Majesté voyant que les rj5belles s'étaient retirés , et trouvant son infanterie harassée de ces longues niarches par un trèsmauvais temps, la fit reposer le i5, et ordoniia à MM. de Rosen, Moumon et Lery de marcher en avant vers Straban, avec deux compagnies de cavalerie et uiie de dragons. En y arrivant, il trouva qu'Hamilton avait, ce jour-là même, forcé le passage à Claliford, en traversant la rivière à la nage sur son cheval, parce que l'ennemi avait rompu le pont. Il en fît autant à Lifford
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avec ses trots compagnies et un détachement de quatre-vingts hommes de la garde à pied^ cpi'U trouva pai* hasard à Strabao , et cela en présence des rebelles i^tranchés de Tautce côte de. la ri«yière> et ^ui j outre ce qui était à Lifibid, avaient plus de cinq mille hommes rangés en bataille à un mille au-delà de la ville. Malgré leur nombre^ M. de Rosen ayant marché Vers eux avec la poignée de mfmdo^tti Patcompagoait, ils se reti-** rèreot en désordre à Londonderry • Us avaient ce^ pendant^ à ce qu'on croi t^ soit au pont de Glaliford , àLifibrd et dans le Logan y qu'ils avaient aussi le projet d'abandonner^ près de vingt mille hommes^ (Y Sur la nouvelle de ces bons succès> et celle de l'arrivée de quelques vaisseaux anglais dans le Iiough^ le Roi se résolut de révenir le pluspromp^ tement possible à Dublin j afin de s'y préparer à l'ouverture du parlement y qu'il avait convoqué avant de quitter cette ville, et dont la réunion approchait. Il voulait aussi hâter la marche dea troupes qui se trouveraient prêtes , afin de les envoyer à M. de Rosen. Il voulait que, si dans la consternation oii ils étaient les rebelles lui rendaient Londonderry, il eût tout l'honneur dé cette prisé; et, comme dans le cas oii les vais-:* seaux qui venaient d'arriver auraient apporté des secours à la ville , il était probable qu'elle tiendrait, on jugeait plus convenable que Sa Majesté n'y fôt pas. Ce motif, et quelques autres ^
déterminèrent Sa Majesté à retourner le 26 à Cbarletnont. Mais^ le lendemain de bonne heure^ le Roi reçut par exprès une lettre du duc de Berwick^ qui lui mandait> au jiom de tous les officiers généraux^ qu'ils étaient persuadés que si Sa Majesté voulait revenir à l'armée et se montrer seulement devant Londonderry, la ville ne pouvait manquer de se rendre. Le Roi monta 4onc à cheval, et se rendit le soir même à Nev^ton-Stewarty où il demeura quelques heures. Le ;28 f il alla à Straban , où il trouva une lettre de M. de Rosen , qui lui annonçait qu'ayant eu l'intention de marcher le matin même de très-bonne heure vers Londonderry, il avait été confirmé dans sa résolution par un message des gens de la ville, qui lui offraient de traiter sa reddition, qu'il croyait pouvoir hâter en se montrant devant la ville. Le Roi donc , en passant la rivière, trouva l'armée partie de Liffbrd. Il atteignit l'infanterie à trois milles environ et la trouva sous les ordres de Puisîgnan et de Ramsay, qui lui dirent que M. de Rosen avait pris les devants avec quelque cavalerie et quelques dragons. Le Roi le suivit, et, quoiqu'il hâtât sa marche, il ne put l'atteindre qu'à un mille ou un mille et demi de Loudonderry. Il le trouva qui avait quitté la route et jnontait une colline qui dominait la ville. Aussitôt que la cavalerie et les dragons furent rangés en bataille, le Roi fat d'avis de faire sommer la ville; mais
DE JACQUES IL yS
M. de Rosen pria Sa Majesté d'attendre rarrivëe de l'infanterie et des autres troupes commandées par Hamillon , le Roi y consentit et ne le contraria en rien. Quand donc Tinfanterie fut arrivée , Rosen lui fit prendre position ainsi qu'aux dra-^ gons très-près de la ville ^ et envoya faire ses sommations par un trompette. Celui-ci trouva les habitans en grand désordre. Sur quelques soup*çons ils avaient, defitttué et mis en prison leur gouverneur Lundy. Us renvoyèrent donc le trompette, promettant de faire passer la réponse dans une heure par un messager; mais le messager n'arrivant point , M. de Rosen proposa au Roi de faire retirer les troupes pour les mettre à couvert; on logea donc l'infanterie dans les villages., la cavalerie et les dragons près de l'infanterie. )» Ce qui faisait dans la ville la diversité des avis, c'est qu'il y était arrivé un certain Walker , ministre , qui , après s'être mis à la tête des rebelles de Dungannon , avait abandonné cette ville à rapproche du Roi et s'était retiré à Londonderry. Avant son arrivée, le gouverneur Lundy, qui jugeait la place impossible à défendre, avait résolu de laisser les habitans Jibres de faire leurs 4:tonditions comme ils le voudraient; mais l'ardent ministre, véritable sectaire de la bande de Cropfiwell ou des Caméroniens, leur inspira des résolutions plus hardies, et quoique les colonels Coningham et Richard eussent été obligés de re-
noncer k faire entrer dans la ville c)eii& regîmens qu'ils avaient amènes d'Angleterre , avec des iii.u«nitionS) des vivres, etc. , les habitans se résolu-* rent à braver le Roi et leur allégeance; ils char-^ gèrent le niinistre du gouvernement de la place ^ conjointementavec un nommé Baker^ et arrêtèrent ainsi les progrès de Sa Majesté qui > jusqu'alors^ n'avait rencontré que peu ou point d'obstacles.
a Le Roi donc se logea avoc les officiers gé— néraux à Saint-Johnston ^ environ à cinq milles de Londonderry. Le pays regorgeait de vivres de toutes sortes, comme blé, farine et bétail, et eomme les troupes étaient fatiguées des longues marches et des pluies, il les laissa se reposer tout le lendemain. On tint ce jour-là un con- «eil de guerre oîi l'on résolut que le Roi retournerait à Dublin pour préparer toutes les «choses nécessaires à la réunion du parlement et hâter la marche des renforts. Il fut décidé que M. de Rosen et Lery acconîpagneraient le Roi, que M^ de Moumont et M. Richard Hamilton, lieutenans-généraux , le duc de Berwick et M» de Puisignani majors-généraux, Dominique Sheldon et lord Galmoy , brigadiers de cavalerie , et Ramsay, brigadier d'infanterie, demeureraient avec l'armée, que M. de Moumont devait commander en sa qualité du plus ancien lieutenantgénéral ; qu'on marcherait le lendemain au fort de Golmore afin d'empêcher, en le prenant, que
)a TÎlie ue reçût de ce côté aucun secoure par eau^ et qu'ensuite il serait charge de la bloquer ou de Tattequer^ comme il le jugerait à propos. En couséqueoce^ le 3o leiloi.se rendit h Straban^ et l'aiy mée marcha sur Colmore.
« Le premier avril dans là matinée, un nomme Johnson vint du fort de Colmore pour traiter dé sa reddition et pour savoir si le Roi était là. M. de Mouinonf Fcnvoya au Roi, parce que les habitans disaient qu'ils rendraient la ville si le Roi y était réellement, mais que les commandans de Londohderry les avaient assurés que le Roi n'était pas en Irlande. Ayant été admis en la présence de Sa Majesté et s'étant convaincu que c'était bien le Roi , il promit d'employer tous ses efforts pour persuader aux habitans de se rendre^ ee qu'ils firent en effet sous condition un ou deux jours après. Le Roi, après avoir vu ces hommes, coBtinua son voyage vers Omaghj, où il reçut des députés de Castle-Derg, forteresse importante, qui lui offrirent de se rendre aussi sous certaines conditions qui leur furent accoi*dées. Us se rendirent doue le lendemain au colonel Lacy, que le Roi envoya avec quelque infanterie prendre possession du fort. Le même jour le Roi se rendit à Charlemont, le 3 à Newry , le 4 à Droghedah , et le 5 à Dublin. Sitôt qu'il y fut arrivé , il prit tous les soins possibles pour enrégimenter et armer autant ée cavalerie, d'infanteriç et de dragon^
qu'on le pouvait faire avec dix mille mousquets. Il avait envoyé à Kinsale M. de Fointy avec quelques uns de ses sous-officiers pour en faire promptement venir des armes; lord Tirconnel^ gravement indisposé y revint aussi de Kilkenny où il avait été former des régimens dans cette partie de l'Irlande.
Lés affaires du Roi présentaient donc en Irlande un aspect assez favorable et n'étaient pas entièrement désespérées en Ecosse; mais pour donner une idée plus complète de la situation de ce xoyaume, il faut remonter un peu plus haut et rapporter ce qui s'y était passé lors de la révolu-> tion d'Angleterre. Nous avons retardé de l'insérer jusqu'ici pour rendre la narration plus intelligible et ne pas interrompre notre récit. Lorsque le Roi avait communiqué ce qu'il savait des projets d'invasion au comité secret du royaume d'Ecosse j composé du comte de Bertt^ chancelier , du marquis d'Âthol, du vicomte Tarbet, de l'archevêque de Glasgov^^ de lord Belcarras et de sir George Lockhart, la plupart d'entre eux avaient regardé cet avis comme un prétexte pour avoir de l'argent et rassembler des troupes dans d'autres vues; ce qui avait augmenté lés méfiances au sujet de la religion. On ne reconnut que bientôt après la vérité de cette nouvelle ; mais le marquis d'Athol y membre corrompu de ce comité^ avait conçu l'espoir de s'élever par le moyen du prince d'Orange ,
dont sa femme était un peu parente. Il avait donc poussé à l'admission des fanatî<jaes de l'ouest dans les emplois > sous prétexte de se conformer aux intentions du Roi y mais en réalité parce qu'il les regardait comme des instrnmens propres à faire réussir les desseins du prince d'Orange. Dans cette vue^ il entrava et découragea les dénonciations qu'on aurait pu. faire de plusieurs correspondances - secrètes entretenues avec ce prince. Par ce moyen on négligea de faire attention aux soupçons qui commençaient à s'élever et à plusieurs manoeuvres coupables^ et entre autres choses^ à un emprunt considérable que fit lord Lorn^ par le moyen de sir James Montgommery.
Il eut l'adresse de faire croire qu'il voulait faire présent de cet argent à lady Melford ^ en sorte qu'on n^ prit pas garde.
Mais aussitôt que les troupes eurent été rappelées d'Ecosse pour renforcer l'armée d'Angleterre^ le peuple, qu'elles tenaient en respect , cessa de se contraindre, et les mécontens manifestèrent leurs sentimens beaucoup plus promplement que sans cela ils n'eussent jamais osé lé faire. Le Roi ayant ordonné au chancelier de s'informer des dispositions que montrait le parti presbytérien à reconnaître la faveur qu'il avait reçue de lui, plus que d'aucun de ses ancêtres, ceuxci différèrent de répondre jusqu'à ce que leur assemblée fût réunie. Alors ils avouèrent qu^à la
vérité Dieu' s'était servi de lui pour leur donner quelques marques de sa bontés mais ajèùtèrenl que y bien convaincus que le Roi n'avait en vue que l'avantage du papisoie et leur ruine défini— tive> ce que prouvait, le parti qu'il avait pris- de mettre dans les plus hauts emplois ies hommes de cette religion ou disposés à la favoriser, ils étaient tous résolus à se conduire dorraévant selon queJDieu tes faisphT^ait^Xe fut tout le retour dont le paya cette race reconnaissante pour avoir perdu, pour l'amour d'eux 9 l'appui du parti de l'Eglise, et pour les avoir placés dans Ujoe siti&a« tioncommode,qui leur avait donné plus de moyens de lui devenir nuisibles.
C'était ce qui avait engagé les amis dû Roi à lui conseiller de laisser en Ecosse les troupes qu'il y avait alors 9 et qui, avec la milice nouvellemisiil organisée et un détachement des Klans des montagnes y auraient f4.it une armée de treize mille hommes qu'on eut pu tenir sur les frontières de l'Ecosse, ou au nord de l'Angleterre, pour contenir les deux pays, prévenir les soulèTcmens dans ces contrées, et oârir une retraite dans le cas oh les choses auraient mai tourné en Angleterre; mais ce conseil ayant été recelé et TEcosse laissée à elle-même, les fanatiques s'en rendirent bîeat^ les maîtres, fermèrent des comités ou conseils, interceptèrent les lettres, et s'arrogèrent à ta fisn une telle autorité, que lelord chancelier jugea à
propos d^envoyèr au Roi ua exprès pout prendre $es ordres à cet égard; mais cet etprès^ choisi par loilord Talbot y alla tout droit au princo d'O-» range» ce qui obligea de faire partir ensuite à sa place lord Belcarras luî^même; mais UTâfit qu'on pût connaître le résultat de son inesaage^ les mauvaises nouyellea arrivèrent d'ÂngleterreV et encQuragèreut le lïiarqms d'Alhol^ gouverne sous main par Içihl Talbot^ sir John Dalry mple^ à se déclarer ouvertement pour le prince dX><« rangé. Sa première manœuvre fut d'animer la multitude à chasser le chancelier, a Alors ki gouvernement était dévolu au marquis d'Athol comme premier officier de l'État ; mais oh crai«* gnaît la milice nouvellement organisée > dans la^ quelle se trouvaieat quelques officiers du regiment de lord Dumbarton. Lord Talbot propoen de la licencier comme une dépense inutile^ d'au«tant plus que le prince d'Orange avait mis au nombre des griefe le maintien des troupes en temps de paix; #> le chancelier (i)^ qui désirait les satisfaire^ y consentit trop aisément. Elles furent donc licenciées, à l'exception de quatre compagnies dHnfanterie et de deux esacadrons. Les lords de la fection , délivrés de ce sujet de
(ï) Ce qui est entre les deux guillemets a ^te ajouté en marge de la main du fils de Jacques, qui évidemmeat y du reste, n'a fkit ici que rectifier «ne grossière bévue du copiste.
8a MEMOIRES
crainte^ firent un pas de plus, ils allèrent , le mar* quîs d'Atli'ol à leur tête, trouver le chancelier, et lui dirent qu'ils n'osaient plus agir de concert avec lui et les autres papistes qui n'avaient pas les qualités exigées par la loi, mais que s'il voulait se retirer, ils agiraient avec vigueur dans les intérêts àvi Roi* Le chancelier, après s'être consulté avec le docteur Gordon et quelques autres, pensant peut-être que hors dMtat d'employer la force, il fallait essayer de les gagner par cette condescendance, céda encore sur ce points et se retira à la campagne, laissant les factieux maîtres absolus d'agir comme il leur plairait. Au lieu de soutenir les droits du Roi, ils encouragèrent tous les désordres suscités contre lui. La populace s'étant assemblée pour abattre la chapelle catholique du palais, et ayant été repoussée par le capitaine Wallace qu'on avait chargé de la défendre, le marquis d'Athol et les autres conseillers de son parti signèrent l'ordre de la remettre au peuple. Le capitaine Wallace ne jugea pas devoir y obéir, mais il fut forcé par la multitude, qui non-seulement pilla la chapelle catholique, mais abattit l'orgue de l'église de l'abbaye, pilla toutes les maisons catholiques, et eut pleine liberté de commettre toutes les insolences et tous les désordres que lui purent suggérer sa haine et son avidité. Durant tous ces tumultes, le chancelier ayant voulu s'enfuir déguisé de l'autrecôté de la mer.
DE Jacques IL 8i
fat recaniia au kiotnent de s'embarqaer > des marins le poursuirirent ditns une chaloupe > âttei-goirent le vaisseau où il était, le prirent tt le mirent en prison 1
Sur ces entrefaites, iord Belcftrras , arrivé k Londres avant le départ du Roi, avait assemblé tout ce qui s^y trouvait de membres du conseil , et s'était rendu avec eux chez le duc de Hamiltou pour le consulter sur ce qu'il y avait de mieux à &ire pour le service de Sa Majesté ; mais le duc , ail lieu de s'en occuper, ne s'attacha qu'^ presser vivement iord Belcarras de lui remettre l'original de la lettre qu'il apportait au Roi de la part du conseil, dans l'intention de s'en servir pour accuser ceux qui l'avaient signée, cotnme ayant agi de concert avec des catholiques, lesquels n'avaient point les qualités requises. Il dé-^ clama fort contre eux ; mais lorsqu'il apprit que le Roi était revenu, très^efirayé de ce qu'il avait dit, il envoya chercher les lords pour s'en excu*ser, et personne ne fit plus bassement sa èour durant lé séjour de Sa Majesté. Mais aussitôt qu'elle se fut embarquée pour Rochester, il alla trouver le prince d'Orange , et nul ne travailla avec plus d'ardeur à soumettre et ranger l'Ecosse à la volonté de l'usurpateur. A la vérité, son fils, lord Ârran, proposa d'inviter le Roi à revenir, mais peu se joignirent à lui : les ennemis du Roi , dans la crainte de son rétablissement , et ses amis , de 4. 6
peur d'exposer sa vie, Ainsi^ lord Ârran n'ayant été seconde par personne > sa proposition tomba à terre.
, Cependant les lords factieux d'Edimbourg, dë^ barrasses du parti royal^ commencèrent à s'armer les uns contre les autres; car tout n'était pas ré-^ glé entre eux pour avoir vaincu l'ennemi commun* Ainsi donc ^ après avoir préparé la voie par des adresses au prince d'Orange ^ chaque parti se rendit en toute faâte à Londres pour y soutenir ses intérêts et son crédit, et chercher, les grands personnages , la récompense de leur zèle; les mécontens , le redressement de leurs griefs ; les presbytériens , la possession exclusive du pouvoir, et les partisans de la liturgie, leur salut. Le marquis d'Athol partit un peu plus tard que les autres, pour exercer quelque temps l'absolu pouvoir qu'il venait d'acquérir,^ auquel il tenait excessivement. Après donc avoir chassé tous ses ennemis , et avoir mis à la place ses amis et ses créatures , il prit la même route que les autres. Le parti fanatique ne doutant point qu'il qe put tout emporter par le nombre, proposa en premier lieu l'exclusion de cinq, personnes , le duc de Queensbury, le vicomte Tarbet, le vicomte dé Dundee, sir George Mackenzie et lord Belcarras; mais le prince d'Orange, qui. craignait de se faire des ennemis avant de savoir positivement sur qui il pouvait compter pour amis, était résolu d'essayer
de tous les partis avant d^en choisir aucun : sa froideur les disposa à retourner promptement en Irlande , mais il leur refusa des passeports jusqu'à ce qu'il eût été déclaré roi d^ Angleterre. Il satait bien que l'Ecosse se guiderait sur ce qui se passerait en Angleterre; et supposant^ de plus, que ces lords ne pourraient se dispenser par civilité de lui baiser la main à cette occasion^ il pensait que ce serait une sorte de manière de le reconnaître , qui leur ôterait ainsi la liberté du choix. Mais il fut trompé dans son attente ; car peu d'entre eux, même des plus factieux, voulurent le faire, jusqu'à ce qu'ils eussent pu reconnaître les dispositions de leur nation, tant ils craignaient de se nuire à eux-mêmes; en sorte qu'il n'eût pas été difficile de les empêcher de nuire au Roi , si l'affaire eût été plus habilement ménagée ou qu'elle eût tournée plus heureusement lors de la réunion de la convention d'Edimbourg.
Le marquis d'Athol était aussi arrivé à Lon-^ dres; mais comme il avait beaucoup d'ennemis à la cour du prince d'Orange, il y fut reçu froidement , ce qui le fit changer plus d'une fois de parti. Il commença donc à rechercher ses anciens amis, leur proniettant de se joindre à eux dans la convention qu'on allait assembler; et comme on avait grand besoin d'aide, les fautes passées furent oubliées et ses offres acceptées de bon coeur. Mais malgré les efforts de plusieurs des amis du
Roi et de Sa Majesté elle-même qui avait eDToyé quelqu'un porter l'ordre exprès à tous ses partisans de né point hésiter à siëger dans la conveatioDy plusieurs refusèrent de s'y rendre sur l'appel qui leur était fait : ce qui affaiblit beaucoup le parti du Roi; tandis que d'un autre côte ^ plusieurs condamnés y ayant été admis sans réhabir litation , chose qui ne s'était jamais vue^ le parti loyal eut enfin le aessous ; mais au moment dont on parle, la chose était encore incertaine et les ennemis du Roi étaient tenus en respect par le châteaud'Edimboorgoùcoinmandaîtencoreledoc de Gordon, qui en était gouTerneur. Cependant, apprenant que tous les autres forts du royaume s'étaient rendus , le duc commença à penser que ce serait peut-être une imprudence que de ne pas suivre l'exemple général» U négligea donc de se pourvoir de vivres ainsi qu'il l'aurait pu en forçant la ville à lui en fournir , et s'en trouTa ainsi fort dénué lorsque , persuadé par lord Dundee et par lord Belcarras, il se résolut de tenir au moins jusqu'à ce qu'il eût vu ce que ferait la convention qui venait alors de se réunir , et oà ^ malgré les scrupules qui avaient empêché plusieurs éminens personnages de s'y rendre, le parti loyal était rempli d'espérances : tellement qu'à l'ouverture l'évêque d'Edimbourg pria pour le Roi et sa restauration. Sans les moyens irréguliers employés dans les élections, et si l'on n'eût pas
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effraye ie peuple par des menaces et même par des troupes. secrètement introduites dans la cite^ le parti du Roi n'eût pas été désespère. Il eût fallu que le marquis d^Âthol lût sincère et courageux; mais son caractère hésitant et craintif lui fit redouter, lorsqu'on en vint au fait, de se montrer à la fête des loyalistes avec lesquels il Tenait de se réconcilier et qui le portaient pour président de la convention en opposition au duc de Hamiltott. Au lieu de travailler à sa propre élection , il se retira par une basse flatterie et une feinte modestie, faisant donner à son rival toutes les voix doBl il disposait. Le duc deHamilion l'emporta donc de quarante voix et entraîna à sa suite , par ce moyen , au moins vingt personnes considérables de cette assemblée qui s'étaieut proposées de teiiir pour le parti du Roi, mais que^ découragea l'échec qu'il venait de recevoir dans cette première tentative. Cela donna aux w^higs une tetle supériorité qu'ils n'eurent aucun besoin d'avoir recours à la discussion, mais firent mettre aux voix et emportèrent tout ce qu'ils voulurent contre la loi, la raison et la religion même.
Ce fut environ vers ce temps que M. Crâne arriva de France avec la lettre suivante du Roi : « Mylords et Messieurs , nous avons été informé « que TOfts , les pairs et les représentans des (f cdmtës et bourgs dTcosse , notre ancien M royaume, devite vous réunir dans le courant
86 MÉMOIIIES
ce de mars dans notre bonne ville d^Edimbourg, « en vertu de l'autorité usurpée du prince d'O— « range; nous jugeons à propos de vous donner « à connaître qu'ayant en tout temps compté sur (( la fidélité et l'afFection des Écossais^ notre « ancien peuple ^ tellement que jusqu'à présent i< dans nos plus grandes infortunes. nous avons « toujours eu recours à vous , au grand avance tage de nos affaires^ nous vous requérons aucc jourd'hui de soutenir notre royal intérêt et ati< tendons de vous ce qui convient à de fidèles et ce loyaux sujets et à des hommes honnêtes et gé-* ce néreux^ certain que vous ne vous laisserez jace mais entraîner par séduction ou par crainte à H aucune action indigne d'un cœur véritable-*ce ment écossais ; nous ne doutons point que^ souce tenant l'honneur de la nation ^ vous ne mépri* ce siez le vil exemple de quelques hommes déce loyaux et n'immortalisiez votre nom par une ce loyauté d'accord avec les protestations que tous ce ,nous avez toujours faites. En agissant ainsi ce vous choisirez le parti le plus sûr^ car vous ce éviterez par là les dangers auxquels vous vous c< verriez autrement exposés^ l'infamie et la honte ce dont vous vous couvririez aux yeuï de ce ce monde et la condamnation qui attend l0s re^ ce belles dans l'autre y et vous aurez également ce l'occasion d'assurer à vous-mêmes et à votre posce térité l'exécution des gracieuses promesses que
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a nous vous avons si soavent faites de garantir (f TOtre religion^ vos lois, tos propriétés et vos a droits , et que nous sommes toujours résolu (( d'accomplir, aussitôt qu'il nous sera po^ible « de nous réunir à vous sans danger en un parle» (( ment de notre ancien royaume. C^endfint ne ff craignez pas de vous déclarer pour nous, yotre « légitime souverain , qui ne manquerons pas y u pour notre part, de vous envoyer des secours « assez prompts , et assez puîssans pour voua « mettre, non-seulement en état de vous dé- « fendre contre toute tentative du debors , mais « aussi de soutenir nos droits contre nos ennemis (c qui les oppriment par la plus noire des usurpa- « tions, par les attentats lest plus injustes et les u plus dénaturés; attentatsque le Tout-Puissant « peut souffrir pour quelque temps en permettant (( que les méch^ns prospèrent, mais qui doivent « ensuite tourner à la confusion de ces ouvriers: i< d'iniquité. Nous vous donnons aussi à cona naître que nous pardonnerons à tous ceux qui a reviendront à leur devoir jusqu'au dernier jour « de ce mois inclusivement, et que nous punirons u avec toute la rigueur des lois. ceux qui persis^ « teront dans leur révolte contre nous. Ne doutant ^ donc pas que vous ne vous déclariez pour nous K et ne réprimiez quiconque voudrait s'élever (i contre nous, pensant aussi que. vous enverrez » quelques uns de vous pour nous rendre cqmipte
88 MÉMOIil£&
(f de ce que yoùs aurez fiiit et de la ^ilttalîon de iK nos afiîiires , nous ¥oas saluons du fond du «r ccear^ Donné à bord da Saini^J^ichel , le pre-^ <« mier de mars i68gf« Signée par l'ordre de Sa K Majesté , Melford. »
Le prince d'Orange avait aoisî écrit à la con- "ventton une lettre remplie de ce jar|^ hypocrite qui avait déjà si bien réussi à tromper un royaume. U les assnrait que n'ayant devant les yeux que la gloire de Dieu et rétablissement de la religion réformée ^ ainsi que des libertés et propriétés du peuple qui avaient été exposées à de si grands dangevs, U ne doutait pas de leurs dispositions à. concourir aux mêmes ynes , qui ne pouvaient s^effecluer d'aucune manièrenussi bien que par leur union avec l'Angleterre, avec la* quelle ils ne formaient qu'une n^me Ile , n'a-^ taient qu'un même laii^age et de communs intérêts. Cette lettre fut remise à lai convention à peu pirè& dans le même temrps que celle du Roi, auquel cependant il conservait encore assez de respect pour permettre que l'on discutât laquelle serait lue la première; celle du prince d'Orange l'emporta à la vérité , mais on lui ensuile celle du Boi» Cependant l'assemblée était ééja déterminée. Il n'en fut donc, plus question, et le parti du Roi déclinant chaque jour, l'auto procéda sans obstacle à établir le gouvernement sur le même pied qu'en Angleterre. Les loyalistes qui n'avaient
plu; d'est^ërauce de rieo faire dans cette cobTen-tion, eurent Tidëe d'en cooToquer une autre i Sterling 9 mais, le marquis d'Athol et le oonite de Mar ayant manqué de parole , ce projet fat abandonné; alors le vicomte de Dundee se retira après avoir çonféré.en secret avec le duc de Gor* don (i) , et plusieurs des autres partisans de Sa Majesté se préparèrent à le suivre aussitôt qu^ils en auraient la possibilité.
Le parti i&ctieuz ne fîit pas très-Ûché d'être ainsi débarrassé de tonte opposition ; cependant ceux qui s'étaient absentés lui causaient quelques craintes; on fit donc sommer lord Lewinston et Je vicomte de Dundee de reparaître à la conven* tioQ : le premier y revint, mais le second s^excuia sur la partialité manifeste qui régnait dans toutes les mesures de TassemblM. Il en donna pour exemple que leur ayant demandé une sûreté contre le projet qu'on avait fDrmé dé l'assassiner, projet qu'il s'engageait à prouver , on n'avait fait aucune
(i) Il se retira avec cinquante chevaux pour aller rejoindre les montagnards de son parti. « Un de se$ amis l'arrêtant connue il quittait la convention , et lui demandant oii il allait, il àta, dit-on, son cbapeau, et répondit: oà^niô conduira Vombre de Montrosc ! £n passant sous les murs du château , il s'arrêta , gravit le long du précipice à- un endroit difficile et dangereux, et eut une conférence avec le duc de Gordon à la porte d'une poterne, dont on voit en-** corek plaeè» (Dalrymple, tora. i , pag. 287. )
go MÉMOIRES
attention à sa demande; il ne pouvait^ dit-il^ regarder la convention comme libre lorsqa'elleétait sons la crainte d'un si grand nombre de troupes^ et entièrement gouTernée par une faction qui agissait contre toutes les lois du royaume. Les factieux, peu touches de ces représentations , au lieu de dissiper à cet égard les inquiétudes du peuple^ augmentèrent le nombre de leurs troupes, et sollicitèrent le prince d'Orange de leur en envoyer d'autres d'Angleterre pour réduire le château d'Edimbourg et tout ce qui résisterait à leur autorité, qu'ils étaient, à ce qu'il paraît, résolus d'exercer dans toute son étendue. Ainsi, sans égard pour leurs devoirs, non plus que pour les lois et la constitution du gouvernement, et pour la lettre de Sa Majesté , ils se préparèrent à suivre l'exemple de l'Angleterre; cependant , n'ayant pas le même prétexte, ils furent forcés de prendre une méthode. Le Roi n'ayant jamais résidé dans le royaume depuis son avènement au trône, ils ne pouvaient prétendre que sa retraite le laissât vacant, puisque, soit quUl fût en Angleterre ou en France, rien ne changeait au gouvernement de l'Ecosse. Ils procédèrent donc sans détour et déclarèrent que sa religion était une incapacité suffisante; qu'en agissant comme roi , sans prêter lé serment ^ il aVait empiété sur la constitution fondamentale du royaume, et changé une monarchie limitée ea un pouvoir arbitraire et despotique; qu'il avait
cassé et aDnuUé les lois à son plaisir pour détruire lai^ligion protestante et les libertés des sujets, eo raison de quoi, disaient-ils, il avait mérite de perdre la couronne, et qu'ainsi le trône était devenu yacant» On ne manque pas^ en pareille occasion^ de mots pompeux et de prétextes plausibles; mais quand il en fallut venir aux détails pour prouver cette accusation , ils ne trouvèrent rien que de faux ou sans importance. Le Roi, disaient-ils , avait érigé des écoles et des chapelles papistes, permis la vente des livres papistes et enlevé à des nobles protestans leurs enfans pour les taire élever dans le catholicisme; avait tenu une armée permanente en temps de paix et donné des permissions de lever de l'argent sans le. consentement du parlement ; avait imposé des amendes exorbitantes et emprisonné plusieurs personnes sans donner les raisons de leur arrestation ; avait étenda le sens absolu de quelques anciennes lois pour faire condamner plusieurs personnes, eu particulier le comte d'Argyle; avait porté atteinte aux droits des bourgs royaux en leur imposant des magistrats de son choix; avait entravé le cours de la justice ordinaire par des lettres adressées aux principales cours de judicature, et avait accordé des protections contre des réclamations de dettes contractées entre particuliers : tels étaient les crimes pour lesquels ils le déclaraient déchu de sa couronne. . Plusieurs * des amis du Roi, et
eu particulier l^évêqae d'Edimbourg^ répondirent que Sa Majesté était innocente de la plupart des choses alléguées contre elle^ et que ^ fussent-elles ▼raies , c'était aux ministres à répondre de ces irrégularités; qu'on ne pouvait regarder la convention comme juge compétent en de telles matières, et que le seul moyen de rectifier les abus était de rappeler le Roi^ qui, en reconnaissance ^ ne manquerait pas de rectifier ce qu'on regardait comme répréhensible ; qu'en réalité cependant il n'était guère de règne où l'on ne trouvât des extensions de pouvoir plus fortes que celles qu'on lut i^eprochait, surtout le Roi faisant sa résidence dans un autre royaume et agissant par ses délégués^ qui bien souvent, et dans ce pays plus que partout ailleurs, faisaient souffrir les gouvernés de leur partialité, à Hnsu et bien plus encore contre le vœu du prince. D'autres disaient que cette accusation était conçue en termes généraux, et fondée simplement sur deë assertions ; qu'on né mentionnait pas un exemple réel de rien d'important, si ce n'est l'affaire du comte d'Argyle, qui avait eu lieu sous le règne du feu Roi; et on ajoutait que si ceux qui accusaient ainsi le Roi voulaient bien se rappeler à quel point ils avaient euxmêmes contribué à élever l'édifice qu'ils étaient maintenant si ardens à détruire, ils n'auraient pas le front de condamner leur prince pour l'usage modéré qu'il avait fait d'une autorité qu'eux-
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mêmes avaient déclarée illimitée; que Sa Majesté^ sans aucun doute ^ eût agi plus prudemment en ne prétendant pas à un pouvoir aussi absolu^ mais qu'ils étaient encore bien plus inexcusables de traiter leur souverain avec tant de rigueur pour avoir agi confo^niément à leurs précédentes déterminations ; car ils ne pouvaient oublier si promptement à quel point ils l'avaient flatté siur ce pouvoir , dont ils lui faisaient maintenant un crime, fc Nous abhorrons^ ^disaient-ils^ dans l'acte du a8 avril 1688 popr la sûreté de la religion protestante^ « nous abhorrons tous principes et proa positions contraires ou dérogatoires à l'autorité a sacrée, suprême , souveraine et e^bsofue du Roi^ « à laquelle aucun particulier ou corps ne peut a participer^ eo quelque manière qne ce soit^ (c que sous sa dépendance* » Dans un autre acte 9 ils ordonnaient à tout individu quelconque de prêter serment lorsqu'il en serait requis , d'assister^ soutenir et défendre le Roi et ses successeurs dans l'exercice du poui^oir absolu, sous peine de bannissement^ etc. ^ etc. Si donc le Roi avait été trop loin y c'étaient eux qui lui avaient montré la route , et il ne méritait que leurs éloges pour n'avoir pas été plus loin encore; mais au lieu de le remercier de cette grande modération i user d'un pouvoir qu'il tenait sinon de son droit, du 'moins de leur approbation , ils le dépossédaient de sa couronne et de sa dignité pour
s'être |>ermis quelques actions qui semblaient in-*
directement le supposer.
Après s'être ainsi débarrassés de leur souverain^ dont ils avaient jadis reconnu que nul ne pouvait être l'ennemi sans l'être en même temps de son pays et de soi-même, Vérité qui leur a été prouvée par la suite , ils procédèrent à une élection^ ayant pris soin d'abord de revendiquer leurs anciens droits et libertés, et de déclarer qu'aucun papiste ne pouvait être roi ou reine d'Ecosse, ou y exercer aucun emploi. Procédant ensuite article par article, ils déclarent enfin que, comme le prince d'Orange , qu'ils appellent roi d'Angleterre, avait été le glorieux instrument dont ])ieu s'est servi pour les délivrer du joug du papisme et du pouvoir arbitraire , ils ont résolu que Guillaume et Marie , roi et reine d'Angleterre, seront déclarés roi et reine d'Ecosse, limitant l'exercice du pouvoir royal, réglant la succession de même que l'a fait la convention d'Angleterre, et défendant de même de correspondre avec lui ou de le reconnaître à l'avenir.
Ce pouvoir , qui semblait rentrer entre les mains du peuple , flatta d'abord son imagination; mais , hélas ! il glissa bientôt entre ses doigts pour tomber en de telles mains, qu'il* s'aperçut qu'il n'avait rien gagné au changement de maître que la honte de sa folie et le crime de sa rébellion ;
car, ni les restrictions dont on surchargea la couronne en la donnant au prince d'Orange ^ ni ses propres de'clamations contre les intolérables abus de pouvoir auxquels il prétendait être venu remédier , ne l'empêchèrent d'imposer au peuple des logemens de soldats ^ dénommer des juges sans les soumettre à une épreuve , de mettre des gens à mort sans procès d'aucune sorte, de rejeter, avec dédain et mépris, des adresses présentées en réclamation de droit : abus bien plus crians que ceux dont on s'était plaint sous le Roi. £b peu de temps là liturgie même, bien qu'établie par les lois, fut regardée comme une idolâtrie aussi criminelle que celle de la cour de Rome , et ne fut pas même tolérée dans le royaume»
Mais quoique le corps de la nation Ecossaise se portât avec la même violence et la même promptitude que l'Angleterre à l'injustice envers son priûce, la défection n'y fut pas aussi universelle qu'en Angletet^re. Le duc de Gordon , toujours en possession du* château d'Ëdimboui^ , tenait cette ville enbride, et s'il Feùt conservée plus loDg-temps, eût pu avoir quelque influence sur la totalité du royaume; mais lorsque Mackay arriva d'Angleterre avec des troupes , il commença à douter qu'il fût en état de lui résister, et en conséquence se-readit le 28 juin. Beaucoup l'en blâmèrent, non-seulement à cause de la force naturelle du château, mais parce qu'il devait es-
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pérer d'être secouru bieatôt par les montagnards qui^ à cette époque , comBiençaient à deTenir 9$sez nombreux pour donner de véritables in* quiétudes aux usurpateurs.
Le vicomte de Dundee^ en se retirant dans les bautes terres , avait fait demander à Sa Majesté voe commission ^ pour autoriser un soulèvement cb^z les montagnards.^ espérant beaucoup , disaitil p pouvoir faire marcber à l'appui de sa cause les çl^ns loyalistes, qui s'étaient toujours signalés çn pareille occasion par leur courage et leur fidélité. La convention fiit alarmée de ce qu'il refusait de se rendre à ses sommations. Elle ordonna donc au comte de Mar de s'assarer de Sterling, et à Mackay, de laisser la conduite du siège du château d'Edimbourg à sir John Lannier y et de marcher contre lui avec le restf de son armée; mais lord Dundee usa. d'une telle diligence, qu'il se rendit maitre du cfaAteau de Blair avant que Mackay eût pu l'atleindriS^ et qu'il eut le temps d'assembler ses gens en assez grand nombre pour pouvoir, malgré leur inexpérience, faire tête à Mackay, et le tenir même en échec pendant tout le mois de juin^ jusqu'à ce qu'il arrivât aux rebelles de nouvelles forces. Alors le vicomte se retira dans le Lochaber , pour y faire reposer son monde et attendre le colonel Gannon 9 qui devait v^r le joindre avec le régiment irlandais , commandé par le colonel
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Pursel. Dès qu^ils furent arrivés, apprenant que lord Murray, fils aine da marquis d'AthoI, aTait mis le siège devant le château de Blair, et que Mackay était en marche pour le soutenir, il fit une telle diligence qu'un de ses postes avancés força lord Murray de lever le siège, et de se rétirer. Etant ensuite entré dans Athol avant Farrivée de Mackay, il résolut de l'y attendre, quoi«que beaucoup des siens ne fussent pas d^avis qu'il se hasardât à en venir aux mains avec un ennemi si supérieur en nombre, et lui conseillassent de se contenter de défendre le passage; mais convaincu qu'il n'aurait jamais une aussi bonne occasion , parce que l'ennemi n'avait alors que deux escadrons, et que dette cavalerie qui était tout ce que les montagnards, craignaient le plus devait bientôt s'augmenter, il réâolut d'essayer la fortune avec ce qu'il avait de forces. Il était étonnant qu'en si peu de temps il en eût pu rassembler assez pour être en état dé disputer un royaume à ses ijQgratS' et déloyaux compatriotes. Il lui avail fallu une prudence et une activité plus qu'ordinaire, pour surmonter les difficultés qui accompagnent d'ordinaire de telles levées, comme le manque d'argent, d'armes, de munitions, d'unité ou du moios à,e la subordination nécessaire. Cependant avec ce petit corps de troupes qui ne s'élevait pas à plus de deux mille hommes de pied et cinquante chevaux, il attendît Mackay, qui aVait quatre 4- 7
mille cinq cents hommes de pied^ et deux com^ pagnies de cavalerie, la plupart de vieux régîmens bien montés en officiers et parfaitement équipés. Aussitôt qu'il eut avis que Fennemi était «ntré dans le passage de Killicranki , il mit ses gens en ordre , dans la plaine, devant le château de Blair , sa droite couverte par la rivière de Tomel, sa gauche par les collines de Blair, son front par un petit ruisseau qui traversait la plaine. Mackay était déjà entré dans la plaine, et, rangeant ses troupes en bataille, il étendit tellement sa ligne qu'elle atteignait Tentre-deux des collines; ce que voyant lord Dundee, il fit tout ce qu'il put pour lui présenter un front égal. Cela lui prit tant de temps, qu'il était près de huit heures du soir lorsque l'action commença, le 27 juillet. Les montagnards soutinrent avec une grande intrépidité le feu de l'ennemi, puis ils marchèrent en avant, déchargèrent leurs mousquets, les jetèrent, et tombèrent sur lui avec tant de furie , armés de leurs larges épées et de leurs petits boucliers, qu'ils mirent un grand désordre parmi les gens de Mackay ; ceux-ci , peu accoutumés à cette manière de combattre, ne firent qu'une faible résistance > surtout lorsqu'ils eurent vu leur cavalerie prendre la fuite. Lord Dundee qui l'avait chargée en personne, la mit entièrement en déroute, puis, à la tête, de seize hommes seulement, s'empara du canon de l'ennemi > et
avait remporté uoe glorieuse victoire^ lorsque trayersant la plaine pour donner quelques ordres à la gauche où l'ennemi faisait le plus de résistance /il fut.très-malheureusement tue d'un coup de feu tiré au hasard (i). Cela n'empêcha pas la
(i) Il n'en mourut que le lendemaîn matin , et aussitôt après la bataille écrivit, de son lit,* au Roi la lettre suivante :
. « Sire , .
Dieu a daigné donner à vo^ armes une grande victoire sur les rebelles ;. les trois quarts sont tombés sous le poids de nos épées. J'en pourrais dire beaucoup sur cette action si je n'avais pas eu l'honneur d'y commander; mais de cinq mille hommes dont se composait^ autant que j'en ai pu juger, l'armée des rebelles , il est certain qu'il ne peut en avoir échappé plus de douze cents; nous n'avons pas perda plus de neuf cents hommes. Cette victoire complète nous a rendus maîtres du champ de bataille et des bagages de l'ennemi , que j'ai donnés aux soldats. Je dois dire , pour rendre justice à tous , qu'oihciers et soldats, montagnards, habitans de la plaine et Irlandais, se sont tous conduits avec une bravoure égale à ce que j'ai jamais vu ailleurs dans les plus chaudes affaires livrées entre des armées disciplinées. Les vieux soldats de Mackay en. ont senti quelque chose. Je ne puis. Sire ^ vous donner plus de détails pour le moment ; mais je prends la liberté d'assurer Votre Majesté que le royaume est généralement disposé pour vous, et attend impatiemment votre. arrivée. Ce succès nous amènera le reste de la noblesse de tout rang ; tous m'ont donné leur parole, excepté les rebelles notoires. Ainsi donc , Sire, pour Tamouvde Dieu , envoyez-nous des secours , ne fût*ce qu'un
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défaite totale des rebelles, à qui l'on tua près de deux mille hommes, et à qui on fit cinq cents prisonniers; mais ce fut un coup fatal pour le parti du Roi , qui perdit en lui l'homme du monde le plus propre à une telle guerre, non-seulement par sa fidélité , son courage et sa capacité , mais encore par l'admirable connaissance qu'il avait du caractère et des dispositions de ceux qu'il devait commander , et son habileté à lutter contre les difficultés et les échecs inévitables dans des circonstances si difficiles. Il savait employer tour à tour là rudesse et la douceur, et distribuait les châtimens et les récompenses avec tant d'équité et de raison , que tout ce qu'il faisait était reçu avec approbation. U était en une telle estime et autorité parmi ses compatriotes que, s'il eût vécu, il n'y avait guère lieu de douter qu'il n'eût promptement rétabli l'autorité du Roi en Ecosse , empêché le prince d'Orange d'aller en Irlande ou d'y
dëtachemcnt des troupes d'Irlande pareil à celui que vous nous avez déjà fait passer, mais surtout de la cavalerie et des dragons; ce sera le moyen de couronner ces heureux commencemens par un entier succès , et vous, par l'entière possessionde votre ancien royaume héréditaire d'Ecosse. Mes blessures ne me permettent pas de m'expliquer plusau longà Votre Majesté pour le moment ; cependant on me dit qu'elles ne sont pas mortelles ; mais , que je vive ou que je meure, je prie , Sire, Votre Majesté de croire que je suis entièrement à vous. »
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envoyer lihe armée, et mis Sa Majesté en bon chemin de reconquérir l'Angleterre ; mais cette mort donna à Mackay et à ses troupes en désordre le temps de se retirer à Sterling et de réparer sa perte, ce que lord Dundee, s'il eût vécu, ne lui eût jamais permis.
La nouvelle de ce malheur donna au Roi une nouvelle occasion d'adorer la Providence et de contempler l'instabilité des affaires humaines, où un seul coup tiré d^une armée en déroute décidait, selon toute apparence, de la destinée de plus d'un royaume ; car , à la première nouvelle de cette bataille!, plusieurs des membres de la convention songèrent à se mettre en sûreté, et la frayeur de ceux qui s'enfuyaient augmentait tellement les bruits désastreux, que la ville d'Edimbourg tomba dans la dernière consternation. L'effroi eût gagné tout le morîde si la nouvelle de la mort de lord Dundee n'eût bientôt apaisé les craintes, et fait même penser aux rebellés que c'était eux qui avaient en définitif l'avantage de cette affaire* Us* ne se trompaient point dans leurs conjectures, car le commandement de l'armée passa naturellement au aiajor général Cannon, bon officier et militaire expérimenté , ipais qui ne connaissait ni l'humeur^ ni les habitudes des montagnards, ni leur manière de fairç la guerre; il perdit bientôt tout l'avantage def cette victoire et refroidit la disposition générale qu'on avait de tous côtés à se joindre
au parti du Roi. Après avoir renvoyé, faute de vivres, cinq ou six cents prisonniers en leur faisant jurer de ne jamais porter les armes contre le Roi, lien peu solide pour des hommes' qui s'étaient si -souvent parjurés sur le fait de l'alle'geance, on convint d'envoyer un détachement de cent hommes de pied et de douze chevaux à la poursuite de Fennemî. Ce détachement ,. beaucoup trop faible pour rîen faire, ne trouvant cependant point d'obstacle, se hasarda trop loin el fut taillé en pièces à Saint-Johnston , ce qui encouragea l'ennemi à rallier ses forces et le mit en état de s'opposer au projet qu'avait formé Canrion de marcher sur Inverness , ce qui le força de retourner dans le comté d'Argyle. Là , apprenant qu'il y avait huit cents Caméroniens à Dunkel, ville ouverte, il arriva sur eux si inopinément avec toutes ses forces, qui s'élevaient alors à quatre mille hommes , qu'il crut marcher à une victoire certaine; mais le courage déses- ' péré de ces hommes et l'imprudence de l'attaque rendirent cette affaire plus fâcheuse aux montagnards qu^aux rebelles. Les assaillans étant entre's par divers endroits à la fois, dans ce désordre, augmenté d'ailleurs par la fumée qui s'élevait de la ville à laquelle on avait mis le feu en plusieurs endroits , ils se battirent les uns contre les autres, en sorte que plusieurs braves gentilshommes furent tués, et les autres, murmurant contre l'inha-
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bileté de leur général, se dispersèrent par degrés > ce qui fut la malheureuse fin de cette campagne d'Ecosse.
Les, affaires d'Irlande, sous. le rapport civil et lùilitaire , après avoir présenté d'abord un aspect aussi favorable que celles d'Ecosse , n'eurent pas un résultat moins funeste , seulement elles durèrent un peu plus long-temps, et si elles eussent été mieux conduites, elles eussent pu tourner d'une manière plus heureuse; mais les Irlandais se croyant sûrs de la, victoire, tandis qu'en réalité leur situation était, des plus mauvaises , ne pensèrent qu'à s'enrichir par la révocation de l'acte d'établissement, et ainsi se créèrent de nouveaux ennemis ayant d'être sûrs de vaincre ceux qu'ils avaient déjà sur les bras.
Le 7 de mai le parlement se réunit à Dublin ^ et le Roi lui fît le discours suivant : u La loyauté i< exenci plaire que m'a témoignée cette nation dans « un temps oii d'autres de mes sujets manquaient à (f tous leurs devoirs envers moi, ou me trahissaient « d'une manière infâme , et le secours que vous « avez accordé à mon député dans la courageuse c< entreprise qu'il a formée de soutenir mes droits «' en me conservant ce royaume et en le mettant « en état de défense, sont les motifs qui m'ont « fait prendre la résolution de venir vers vous « et de risquer ma vie avec vous pour la défense « de vos libertés et de mes droits^ et, à ma grande
(( satisfaction^ je vous ai non-seulement trouvés c< prêts à me servir^ mais votre courage a égalé « votre zèle.
« J'ai constamment été pour la liberté de çon- H seience et opposé à Tenvahissement des droits i< et libertés de qui que ce fût^ ayant toujours a dans Fesprit cette parole de la Sainte Ecriture : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on w vous fit. Voilà la loi et les prophètes^
« C'est cette liberté de conscience que j'ai u donnée et que mes ennemis^ soit à l'intérieur, H soit à l'étranger^ ont craint de me voir étac( blir par des lois dans tous les pays de ma do* H mination, et c'est là ce qui les a engagés à « s^élever contre moi^ quoique par difFérentes u raisons; car si je l'avais une fois établie^ mon ff peuple eût été pour les uns trop heureux , pour « les autres trop grand.
K C'est le motif dont se sont servis mes ennemis ti du dehors pour persuader à leurs peuples de « les seconder^ et à un si grand nombre de mes ic sujets de me traiter comme ils l'ont fait; mais Cl rien ne me persuadera jamais de changer à cet « égard. En quelque lieu que je sois le maître y « j'ai le projet , Dieu aidant , de l'établir par les ic lois^ et de n'imposer d'autres tests ou dislînc- « tiens que la promesse de loyauté. Je compte fc sur votre concours dans une œuvre si chré- H tieiuie et dans mon projet de faire des lois
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i( contre Timpiétë et contre toutes sortes de dëi< bauches.
(c Vous consentirez avec empressement à toutes (( les lois qu'on pourra proposer pour le bien de la « nation^ l'amélioration du commerce; pour faire c< rentrer dans leurs droits ceux qui ont été lésés a par l'acte d'établissement ^ autant que cela se (( pourra d'accord avec la raison^ la justice et le « bien public.
(( Comme je ferai tout ce qui sera en mon pouce ^oirpour tous rendre heureux et riches^ je ne c< doute pas que tous ne m'aidiez par votre sea cours à m'opposer aux injustes projets de mes c< ennemis , et à rendre cette nation florissante.
ce Ce qui doit vous y encourager davantage y ut c'est la grande générosité et bonté avec laquelle a le roi Très-Chrétien nous a^ vous le savez ^ (( donné asile, à la Reine ^ à mon fils et à moi, c< lorsque nous avons été forcés de fuir l'Ân- « gleterre et sommes allés chercher un refuge c< dans son royaume, et la manière dont il a emu brassé mes intérêts et m'a donné de tels se^ « cours de toutes sortes qu'il m'a mis en état de « ^cnir vous trouver , ce que je n'aurais pu faire « sans son obligeante assistance. Il l'a fait dans « un temps où il avait affaire à de nombreux et « puissans ennemis, et vous voyez qu'il continue « de même.
« Je finirai comme j'ai commencé , en vous as-
({ surant ^e je suis aussi sensible que tous pouvez u le désirer à la loyauté signalée que vous m'avez i< témoignée^ et que je ferais comme je l'ai tou- (( jours fait 5 ma principale étude de vous rendre « heureux vous et tous mes autres sujets. »
Le parlement fut extrêmement satisfait du discours de Sa Majesté^ et après l'en avoir iremerciée, passa sur-le-champ un bill portant reconnaissance de son titre, et détestant l'usurpation du prince d'Orange et la défection des Anglais ; ensuite on s^occupa de trouver les fonds pour la dépense de la guerre et on poussa la libéralité jusqu'à accorder à Sa Majesté vingt mille livres par mois pendant treize mois , somme beaucoup plus proportionnée, aux besoins du Roi et à la bonne volonté de ceux qui l'accordaient , qu'aux moyens qu'avait le peuple de la payer dans l'état de des-* truction oii était le pays. 11 n'y eut cependant que peu de débats sur cette affaire et sur aucune autre, jusqu'au moment où l'on mit en discussion la révocation de l'acte d'établissement 9 qui rencontra une grande opposition. L'évéque de Meath fit contre cette proposition un discours long et travaillé^ où il soutenait qu'elle était à la fois injuste en ellemême et préjudiciable à l'intérêt du Roi et du royaume. Il croyait dangereux, dit-il, de révoquer un premier règlement, sur lequel reposait la paix publique ^ pour en mettre à la place un nouveau dont le succès était au moins douteux; il ne
contestait pas ^ dît-il , le droit des anciens propriétaires^ mais croyait que les possesseurs actuels en avaient un meilleur. La prétention des premiersétaitfondée seulement^ disait-il, aux yeux de Féquité, tandis que les autres avaient pour eux l'équité et la loi , puisqu'ils avaient acquis en vertu de deux actes du parlement et des lettres-patentes du Roi f et qu'ils avaient payé de leur argent. Il pensa que l'indemnité offerte n'était en aucune manière équivalente; car, en plusieurs cas, elle n'était qu'à vie pour des biens possédés à per* pétuité. Il était , dit-il , contraire à l'honneur de Sa Majesté de revenir sur tant d'actes de son père et de son frère, et sur la promesse qu'elle leur avait faite elle-même de ne point consentir à cette révocation. Il était contraire à ses intérêts de ruiner les plus riches de ses sujets , ceux dont les redevances lui fournissaient la plus grande portion de ses revenus; tandis que les anciens propriétaires, devenus pauvres, seraient trèslong-temps avant de pouvoir rendre autant. Il ajoutait que cela perdrait de réputation Sa Majesté auprès de ses sujets protestans d'Angleterre et d'Ecosse et ruinerait en même temps le commerce j parce que les marchands protestans emporteraient leurs effets hors du pays et détruiraient le crédit public sur lequel personne n'oserait plus se fier, si les actes du parlement n'étaient pas une sécurité. Le temps était de plusj» disait-il^
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très-mal pris; car ce n'était pas le moment de s'occuper des vignobles quand le pays était désolé par la guerre civile et nienacé d'une invasion : c'était vendre la peau de l'ours avant de l'avoir pris y et cette mesure devait nécessairement retirer du service de Sa Majesté beaucoup de gens qui auraient l'oçil et le cœur bien plus à leurs affaires qu'à celles du Roi. Il conclut que si Ton convenait qu'il y eût eu une rébellion au temps du roi Charles^ ce que le prince avouait lui-même dans son Eihôn basilikèy et s'il avait signé l'acte qui garantissait aux aventuriers l'argent qu'ils avaient fourni pour la raprimer^ il pensait qu'on devait faire du moins quelque différence entre les coupables et les innocens y et que le bill ne faisait aucune distinction.
Le lord grand juge Keating^ pour appuyer l'évéque^ fit une longue adresse au Roi dans le même sens. U y exposait tous les maux^ les incon venions et les troubles qu'apporterait une telle mesure^ disant que le commerce serait ruiné et tout espoir d'amélioration perdu lorsqu'une fois l'aicte d'établissement , ' qui avait été la garantie des achats ^.aurait été annulé ex post facto. Il représentait que les acheteurs catholiques souffriraient comme les autres > et demandait donc qu'on eût recours à quelques transactions et qu'on trouvât un moyen plu» modéré que de priver tantile gens de tout leur avoir ^ acquis légitimement et par
leur indtfistrie : il proposait qu'on nommât un comité des deux chambres pour examiner si l'on ne pourrait trouver quelqa'accommodement qui satisfît à la fois^ autant qu'il serait possible , les acheteurs çt les anciens propriétaires.
Il est certain (j[ue la plupart des catholiques ^ les plus sages et les plus judicieux^ ne croyaient nullement ces accommodemens impossibles. Les améliorations qui avaient été faites avaient tellement haussé la valeur du bien^ qu^en accordant aux anciens propriétaires un revenu égal à celui qu'avaient perdu, leurs pères ^ il restait encore une fortune suffisante aux acheteurs ; et dans des temps si agités et des circonstances si difficiles, il était juste que chacun des compétiteurs relâchât quelque chose de ses prétentions pour arriver à un accommodement général ; car tous les partis sont beaucoup moins disposés à murmurer lorsque tous partagent le fardeau^ surtout quand l'eflet d'une pareille transaction doit être de prévenir le mécontentement universel et d'assurer la, paix et le repos également in;iportans au bien<pêtre du peuple et aux intérêts actuels du Roî*
Il n'est pas douteux que le Roi ne fût disposé à penser de même* Il voyait les troubles que devait élever une pareille mesure^ et comprenait qu'elle allait irriter tous les protestans^ le priver du service des catholiques les plus propres à lui être
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utiles^ ruiner le commerce et diminuer le^reve* nus; mais il ne faisait point. entrer son intérêt dans la balance et cherchait seulement à faire ce qui lui paraîtrait le plus juste. Il écouta donc le mieux quUl put les raisons et les argumens des deux partis pour se faire une ide'e exacte de leurs prétentions» On lui représentait de l'autre côté sur quelles injustes bases avait été fondé Facte d'établissement; que s'il y avaiteu, au commen-cernent des troubles, des désordres en Irlande ^ la plupart des Irlandais étaient bientôt revenus à leur devoir et avaient souffert avec le Roi , tant dans le pays pendant la guerre qu'au dehors pendant son exil ; qu'ils avaient combattu pour lui et soutenu sa cause, et qu'en cette considération le roi Charles II , durant son exil , les avait, par un traité, délivrés de toute forfaiture encourue à ce sujet ; que le roi Très-Chrétien avait été témoin, si ce n'est même garant de ce traité; si bien que lorsque le roi Charles II avait passé l'acte d'établissement, ce prince lui avait reproché, par une lettre publiée depuis, d'avoir manqué à un engagement si solennel; que lorsque l'acte avait été fait, on n'avait pas donné le temps d'entendre, d'examiner et même de présenter les réclamations, en sorte que plusieurs innocens avaient été dépouillés sans qu'on les eût entendus ; que si les acheteurs avaient un droit, il était postérieur à celui des anciens propriétaires , et que
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daDS toutes les réclamations l'ancienneté est ua titre; que^ de plus^ les premiei^s aventuriers^ ceux de tous qui ^ en vertu des actes de la dix-septième et de la dix-huitième de Charles V"" y possé-« daient le meilleur titre légal, avaient très-peu de droits aux yeux de la justice et de Téquité ; car l'argent qu'ils avaient avancé sous prétexte de réprimer .la rébellion , avait été réellement employé à lever des troupes en Angleterre pour combattre le Roi , et cela du consentement des aventuriers eux-mêmes, ainsi qu'on Favait objiecté contre eux lors des conférences d'Uxbridge , et que les autres avaient ensuite avancé leur argent seulement sur des votes et ordonnances du parlement rebelle; que la dureté avec laquelle on en avait usé dans toute cette affaire envers les Irlandais avait été jusqu'à la barbarie; qu'on avait refusé de regarder comme innocent celui qui avait joui de son bien dans l'enceinte des quartiers ennemis, ne les eùt-il aidés en aucune manière, et qu'ainsi des hommes qui avaient vécu paisibles étaient en réalité beaucoup plus maltraités que des rebelles invétérés , car tels étaient les possesseurs actuels ; qu^il y en avait plusieurs milliers dont les réclamations n'avaient jamais été entendues et qui avaient ensuite été évincés par un acte d'explication ; mais qu'enfin , pour déjouer les espérances de beaucoup d'autres qui, eu dépit de toutes les rigueurs, avaient fait recon-
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naître leur innocence ou^ par leurs services si-^ gnalés dans l'étranger, avaient au moins mérite qu'on leur rendit justice > on avait déclaré qu'ils ne seraient pas mis en possession jusqu'à ce que les possesseurs actuels fussent dédommagés par des terres d'une égale valeur et vendues à un prix égal : le feu roi Charles s'était laissé persuader que cela se pourrait aisément , mais, au fait 9 cela n'était jamais arrivé; comme les grands personnages 9 tels que lord Ormond, Anglesey, Orrery, Codt, Kingston^ etc., avaient 'frauduleusement obtenu par concession les terres dont on aurait pu disposer^ il n'était rien resté pour dédommager les soldats de Cromv?ell , et ainsi on n'av^iit rétabli que très -peu ou point des anciens propriétaires. Enfin cette injustice criante qui souillait la source de la possession actuelle fut si fortement représentée au Roi que, comme en même temps on lui faisait à peu près entendre soi^s main que s'il né consentait pas à la révocation, la nation tout entière l'abandan-* nerait,il fut en quelque sorte obligé d'y consentir ; mais en même temps , pour le repos de sa conscience et pour éviter, dans une si fâcheuse alternative , toute apparence d'injustice. Sa Majesté prit en considération l'espérance qu'elle avait de pouvoir dédommager les acquéreurs sur les nouvelles confiscations; car^ en premier lien, le plus grand nombre d'entre eux prenait part
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k la rëbellioD actuelle ^ ce qui aDëatitissait leurs titrer ^ et les confiscations devaient suffire pour dédommager ceux qui n'y participaient pas.
On passa en conséquence un acte d'attainder contre tous ceux qui étaient actuellement en ré^ bellion on avaient quitté le royaume ^ à moins que , retournant dans leur pays ou à leur devoir avant une certaine époque ^ ils ne vinssent se remettre entre les mains de Sa Majesté. Ainsi ^ après avoir bien pesé les raisons de fous les par** fis , d'un côté la nécessité de ne point méconten-* ter ses sujets Irlandais son unique appui , de l'autre la perspective qu'il y avait de récompenser tous ceux qui souffriraient sans l'avoir mérité, déterminèrent enfin Sa Majesté à donner sou assentiment royal^ quoiqu'elle vit clairement que cela était hautement préjudiciable à son intérêt. Mais ce ne fut pas le seul exemple de la facilité de Sa Majesté à sacrifier ses intérêts à la satisfaction publique $ car elle consentit aussi à ce que l'acte d'attainder lui interdit la faculté de pardonner à ceux qui s'y trouvaient compris , à ce que les actes du parlement d'Angleterre ne fussent point obligatoires en Irlande, à ce qu'on ne pAt porter d'Irlande en Angleterre aucun writ d'erreur ou d^appel, choses qui diminuaient tellement sa prérogative qu'elles ne purent lui être arra<« chées que par la répugnance qu'elle éprouvait à mécontenter des sujets d'ailleurs affectionnés. Il 4. 8
eût été sans doute plas généreux aux Irlandais de ne pas pousser à ce point l'exigeance envers leur prince au moment où il se trouvait si f<urt à leur merci 9 et plus prudent de ne pas se précipiter pour tout reprendre avant d'être sûrs de conserver ce qu'ils possédaient déjà. S'ils eussent différé jusqu'après avoir chassé l'ennemi^ le Roi eût f^it la chose de meilleure grâce ^ et ils eussent été plus sûrs d'en retirer les avantages ; mais, quels que pussent être les sentimens du Roi à cet égard et sa répugnance à passer les actes qu'oa lui demaïïdait, du moins donna-t-il do bon cœur son assentiment royal à l'acte pour la liberté de conscience, accordant à tous chrétiens , quels qu'ils fussent, un libre exercice de leur rejligion sans aucun danger de peines, dommages ou vexa«tions quelconques. Les provocations qu'il recevait alors de la généralité des protestans, tant en Irlande qu'ailleurs, et la supériorité du nombre de ses sujets catholiques en ce pays, prouvèrent bien que dans les combats qu'il soutenait pour cette liberté il agissait d'après l'inébranlable conviction qu^elle était ce qu'il y avait de plus conforme à la raison, à la justice et à la véritable modération chrétienne.
j On jugea que c'était l'occasion favorable de rappeler aux Anglais avec quelle injustice ils avaient traité leur Roi, en calomniant ses intentions sur ce point. On publia donc une décla-
DE JACQUES li. Ii6
ration à cet effiet^ qui bien qu'elle ait été faite a l'insu du Roi, comme elle a été approuvée ensuite par lui, et qu'elle donne une relation véritabie de la conduite du Roi dans toutes ces affaires^ doit être insérée ici :
« Quoiqu'il ^oit maintenant reconnu que les « nombreuses calomnies et les suppositions siu nisires, au moyen desquelles nos ennemis se « sont efforcés de nous rendre nous et notre gou- « Yêmement odieux au monde entier, ont été « non - seulement dénuées de tout fondement, fc mais démenties par leur propre conscience^ u ainsi qu'ils le font connaître en ne se hasardant (# point à prouver ces accusations^ et bien que x< cette évidence doive, nous l'espérons, avoir « ouvert les yeux de nos sujets, et leur faire « comprendre à quel point leur en ont imposé <( ces hommes trompeurs qui, pour arriver au ic but de leur ambition, ne s'inquiètent point s'il K leur faut réduire le royaume en esclavage; cecc pendant nous ne pouvons que nous réjouir d'ai( voir eu l'occasion, depuis notre arrivée dans le i< royaume d'Irlande, de démontrer la fausseté « de leurs allégations , et la malveillance qui les « a dictées , en nous occupant plus particulièreu ment de prouver à nos sujets protestans que « nous sommes aussi occupés de la défense de leur a religion , de leurs privilèges et de leurs pro- M priétés, que du recouvremept de nos droits;
itS MEMOIIIËS
^ dans ce but ^ noas ayoûB promu ceux d'entre i( eui^dur la loyauté et affection desquels nous « pouvons (compter, aux premières dignités et ^c aux premiers emplois de confiance auprès de « nous et dans notre armée. En accordant ^ de t* plus, tiotre royale protection à ceux dont Tes- Tr prit avait été ébranlé par les artifices de nos su^ a jets rebelles , nous avons dissipé leurs craintes ^< et nous les avons effectivement mis à l'abri des ^ tentatives de leurs ennemis particuliers. Nos « oreilles ont toujours été ouvertes à leurs justes « plainte^, et notre royale miséricorde s'est éten** it due à ceûï qui sont en armes contre nous ^ telletfc ment que nous avons actuellement pardonné à it plusieurs centaines d'entre eux , et que les cri-^ HK minels les plus notoires n'éprouvent > ainsi <i qu'ils le reconnaissent eux-^mémes^ qu'un em<^ IV prisonnement peu rigoureux. Nous avons pris "(K soin que nos sujets de l'Église d'Angleterre ne a fussent point troublés dans l'exercice de leur fc religion ^ et là possession de leurs bénéfices et ^( propriétés , et que tous les protestans disstdens i< pussent jouir de la liberté de conscience sans « aucune vexation; et^ par suite de notre royale i< attention à la prospérité de notre peuple, <c nous avons recommandé à notre parlement, t< comme la première chose nécessaire à accom- « plir, d'établir, tant sur les affaires temp6l*elles <rque spirituelles, une liberté et une sécurité
tt telles qu'elles mettent fin aux divisioDs qui ont « été Itt source de tous nos malheurs , étant ré^ f sola d'établir^ autant qu'il est eq uous, la « liberté et le boubeur de notre peuple d'une a manière si solide^ qu'il soit hors du pouvoii' if de nos successeurs d'y porter aucune atteinte,. « Nous prenons Dieu à témoin que ce fut tou-i^ tx jo^rs notre dessein. Nos sujets de ce pays en « sont de plus en plus convaincus , comme uous « le voyons par le nombre de deux qui^ séduits a ou effrayés d^abord par les turbulentes soUici^ c* tatioos de nos ennemis , sont rentrés dans leur « pays et dans leurs habitations , et nous assurent « qu'il en reviendrait tous les jours davantage si « les.ports étaient ouverts ; mais les usurpateurs ir connaissent trop bien la sincérité de nos in^ « tentions pour laisser le passage libre à nos sutr « jets 9 craignant par-^dessus tout que l'épreuve ic qu'ils en feraient ne servît à détromper le r^te» ^ qui se laisse retenir beaucoup plus par ig^o<« n rance que par mauvaises intentions ; aussi leur «c refusent*ils cette liberté que nous accordons à « tous ceux dont il nous est prouvé que les inten*^ « tioDs ne soot point contraires au maintien de <f la paix.
« I^otre penchant na<urei pour la justice , et \i^ « désir de i:«ndre nx>tre peuple florissant , ont « pu seuls nous iuspir^er celte gracieuse et royale «( mesure ea Êivenr de nos sujets protestans eu
Iî8 MÉMOIRES
w ce pays, où la plus grande partie deshabitans w sont catholiques et ont ete exposés ainsi que c< nous aux dernières provocations de la part de « ceux de leurs compatriotes qui professent une « religion difTërente , et nos sujets d'Angleterre y (c reconnaîtront, je l'espère, ce qu'ils doivent « attendre de nous , et nous promettons et décla- « rons ici que rien ne changera jamais nos reso- « lùtions, de suivre en ceci et en toute autre « chose la marche que nos sujets réunis en par- « lement jugeront la plus propre à garantir notre « commune sécurité, paix et félicité; et, afin « qu'aucun ne soît empêché par la crainte que c( lui pourraient inspirer des fautes passées , de i< nous aider à recouvrer nos droits et à délivrer i< notre peuple de l'esclavage qu'il souffre mainci tenant, nous assurons ici nos sujets de quelque (c qualité qu'ils puissent être, et quelque grands u qu'aient été leurs crimes envers nous, que si <c dans les vingt jours qui suivront notre entrée « en personne dans notre royaume d'Angleterre, c( ils reviennent à l'obéissance , abandonnent nos i< ennemis et viennent se joindre à nous, nous i< leur accordons un entier pardon, et toutes les « fautes passées seront pardonnées, tant uous pre- « nous peu de plaisir à l'effusion du sang ou à « la ruine de notre peuple. Mais, si après cette « gracieuse condescendance, ils continuent d'as- (( sister nos ennenxis et les rebelles , nous les ren-
DE JACQUESIt H9
ff doDS devant Diea responsables eux et leurs adff hërens de tout le sang qui pourra ensuite être n versé, et nous ne doutons pas. que la bénédica tion de Dieu sur nos armes n'oblige les plus c< obstines à rentrer dans le devoir, bien que (f nous ayons manifesté par les moyens dont nous (V avons usé pour réduire en ce royaume nos re- H belles • sujets y que nous désirons n'employer 14 d'autres remèdes que la douceur et la misé* (f ricorde. Donné en notre cour du château de a Dublin,. le 1 8 mai 1689. ^^
Les alTaires du parlement finies, le Roi eut plus de temps à donner aux soins de la guerre dont la fortune commençait à se balancer et semblait même tourner un peu vers les ennemis.
• La garnison de Londpnderry , très-déterminée et presque aussi nombreuse que les assiégeans , rendait fort difficile Tentreprise tentée contre cette YÎUe. Les assiégés faisaient de fréquentes sorties, et quoiqu'ils fussent la plupart du temps repousses avec beaucoup de perte, les troupes du Roi ne laissaient pas de perdre aussi du monde; entre autres fut tué M. de Moumont, commandant en chef les ^forces de Sa Majesté. La brèche n'avançait que lentement , à cause de la petitesse des canoqs; cependant le 4 juin, les assiégeans donnèrent un vigoureux assaut à l'ouvrage dû moulin , ils revinrent plusieurs fois à la charge, mais furent eo&n forcés de se retirer ; ils n'en
lao MéfiiOiaËS
caotûinèreot pas moins à battre la viile et i jeter des bombes cfui y cottsèreot ua dégât considé-* rable ; mais les assiégés souffraient surtout de la disette 5 il en était résulté dans la yille une wa-^ ladie contagieuse 5 et ils commençaient à d6$espérer de tenir, lorsque le i5 juin ils virent pa^ raîtredana le Lough une flotte de trente voiles : ne doutant pas qu'elle ne vint d'Angleterre et ne leur apportât ce dont ils avaient besoin, les as* sièges redoublèrent d'énergie et de vigueur* Le lieuteoant-^général Hamilton^ auquel était alors dévolu le commandement de l'armée du Roi , fit porter de l'artillerie au fort de Charles, situé à l'endroit le plus étroit de la rivière, et en même temps fit étendre une chaine d'un bord à l'autre : il pensa que cela suffirait pour fermer te passage et leur offrit de se rendre , leur promettant amnistie pour le passé ^ sécurité et liberté de religion pour l'avenir; mais ils s'obstinèrent à demeurer sourds i toutes propositions. Cela en-* gagea M. de Rosen, qui venait d'arriver â l'armée, à une mesure extrêmement rigoureuse ; ce fut d'ordminer qu'on assemblât tous les protestans des environs et de les forcer d'entrer dans la ville, afin de consommer plus promplement le peu qui lui restait de vivres ^ menaçant en n^éme temps de brûler et ravager le pays pour empêcher qu'aucun secours T«nu d'Angleterre n'y pût trou* ver sa subsistance^et soumettant à l'exécution mi'
DE JAGQUISSII. tai
litaire noû^^seiil^iBeQt Ceux qui étairât 4o reWl-« lîoa actaelle^ mais lotira amis et leurs adhereiis. L'ordre était trop' rigoureux pour obtenir Tappcebation d'un prince aussi clément que le Roi. Lorsque les nouvelles en arrivèreht.à Dublin et que l'évéque de Mealh eut représenté à Sa Majesté la séTérrté de cette mesure^ elle lui dit qu'elle eQ avait déjà entendu parler et avait envoyé dés ordres pour en empêcher l'exécuiiûn; que M. de Rosen était nu étranger et peut-être accoutumé à des manières d'agir inouïes parmi nous » et que s'il eût été bon sujets il l'eût obligé à rendre compte de sa conduite (i)« Cependant les assiégés
(i) yi»di la \etXrs écrite par le Hm au zoaréobal de Bo^ seo : « Très-'*fldele et bieo aimé» aoua ayons reçu yotre plan et « aaribiis fort déliré leconisaitre ayant que yous donnauiea « aucun ordre pour )e mettre à exécution. Noua croyona « certainement ^ne vous ii'ayes yu aucune des dëdarationa " par le9quelle$ noua ayens promis pnHection iw»*9euiement « à ceux qui ae soumettent et demeurent paisiblement cbes « ÇQX , mais aussi k ceux qui reyienncnt dam leur maison « « en promettant de se conduire à Tayenir en loyaux sujets , « car nous sommes conyaincus que dans ce cas yous n'aurier « pu donné des ordres n contraires à nos intentions et à « «os promesses. Notre volonté pontiye est que Vous ne « met^ea {AS votre prc^t à exécutâott , en ce qui regarde « l^sbonvaesy femmes et enfans dont yoos parles, mai» •< qu'au coi^traire yous les renvoyiez dans leur demeure sans «< lenr faire souffrir aucune yiolence. Mais, quant k votre « projet de pîUer et de ravager les ^t virons de Londondeiry
étaient réduits à la dernière extrémité ; la garnison n'étaitgaère plus que de.deux mille hommes, et la famine si grande que la chair de cheval, les chats, les chiens et même les rats et les souris se Tendaient à très-haut prix, de sorte qu'on s'attendait à tout moment à recevoir la soumission de la Tille. : Lf&s secours qu'on Toulait y faire entrer y étaieiit commandés par le major -général Kerke, homme hautement faTorisé par le Roi tandis qu'il était encore sur le trône. H avait donné un des premiers en Angleterre l'exemple d'une ingrate rébellion contre un si bon maitre, et fut de même le premier qui arrêta le succès
« dans le cas où vous seriez obligé de lever le siège , nous u Tapprouvons comme nécessaire pour mettre nos ennemis « dans l'embarras. ÏNous croyons votre présence si nécestf saire au bien de nos armes devant Londonderry, que « notre plaisir est que vous y demeuriez jusqu'à nouvel « ordre. Donné en notre conr , au château de Dublin , ie 3 « juillet i68g. » (Macpherson, original papers ^ lom. i, pag. 207.) Jacques publia en même temps une circulaire portant défense d'obéir aux ordres du maréchal de Bx>sen ; et ses instructions à lord Dover , lorsqu'il l'envoya en France quelque temps après, portent ce qui suit : « Vous tâcherez, « avec toute la douceur imaginable, d'obtenir de notre « cher frëre qu'il raf^elle le marquis de Rosea , qiie sa « conduite à Londonderry rend incapable de nous servir « utilement. Vous exposerez, s'il est nécessaire , le mé- «c pris qu'il a fait de nos promesses de protections , ordon- « nant de chasser, et d'affamer non^seulement des gens
des arm€s de Sa Majesté en Irlande. Walkcr, gouverneur de Londonderry , avait trouvé moyen de rinformer de Textrémité où il se trouvait. Il se résolut de tout hasarder pour le secourir^ et le 3o juillet ordonna au Montjoy et au Félix j deux bâtimens chargés de vivres ^ et à la frégate hDarimouth, de foréer le passage s'il était possible. En conséquence 9 lorsque la marée devint favorable ils remontèrent vers la ville , et après avoir soutenu un feu terrible des deux bords de la rivière , arrivèrent enfin à la chaîne sur la«quèlle vint heurter le Montfoy» Il rebondit en arrière de la violence du coup , mais en même
« qui vivaient paisiblement chez eux , mais même ceux qui << avaient des sauves-gardes de nous; en sorte que, jusqu'à « ce que la vérité de cette affaire soit connue aux rebelles , « ils ne croiront point à ces promesses , ni à celles d'aucun « de nos officiers. Le nombre des r^ielles est fort augmenté « à InniskiUin, oii tout le monde se sauve pour se mettre « à l'abri d'une si injuste violence. Vous donnerez à con- « naître comment il a demandé d'être rappelé si onn'exécu- « tait pas son projet , comment il a offert de se rendre ga- « rant de la capitulation , déclarant que si on la violait il •« se mettrait avec les habitans : procédé que notre con- « sidération pour Sa Majesté Trës^Girétienne peut seule « nous avoir engagé à supporter ; et, puisque nous ne vou* " Ions pas revendiquer les droits de notre justice en le pu- « nissant , nous voulons au moins témoigner notre mécon- « lentement de sa conduite en le faisant rappeler. » (Ib» , tom. I , pag. 3i2. )
temps brisa la chaîne; en sorle que les trois hkiu mens arriTèrent à la yille sane avoir beaueoup souffert ^ et par oe moyen ôtèrent aux asstégeans tente e8përan<ïe de la réduire. Le lendemain , M. de Rosen leva le siège y emmenant avec lui les faibles restes de ses troupes harassées , afin de les mettre en qnaiptier quelque temps pour les fitire reposer. •
Le mauTais succès de cette entreprise changea le cours de la fortune de Sa Majesté ; elle corn** mença à décliner en d'autres lieux. Inniskillin arait suivi l'esemplede Londonderry et refusé les offres favorables que lord Galmoy lui avait faites par ordre du Roi; et bien que le duc de Berwîck eût 9 pendant le siège de Londonderry ^ défait un corps considérable des habitans d'inniskillin^ cela ne fit aucune impression sur ces opiniâtres et n'affaiblit point la résolution qu'ils avaient prise de se défendre, a On envoya donc contre eux lord Montcassel à la tête dé trois régimens d'infanterie, deux de dragons et quelque cavalerie ; ce qui était tout ce que le Roi pouvait rassembler de troupes en ce moment, n'ayant avec lui à Dublin qu'un seul bataillon des gardes, le régiment de Grâce, in-^ fanterie , et pas plus de deux compagnies de cavalerie et de dragons, sans compter sa compagnie des gardes qu'on ne faisait que commencer à monter. » Les habitans d'Inniskillin vinrent à sa rencontre jusqu'à Newton-Butler. Lord Montcassel
DE 2AGQ0ES II. I2l5
«yant pSLêsé une chaussée qui trmtersait un ms-^ rais f marcha sur Teimeini en bon ordre. Comme il avait placé son canon de manière à en faire très-bon usage ^ les rebelles ^attaquèrent avec furie de ce côté et s'en rendirent enfin les maîtres* Ainsi 9 quoique l'infanterie combattit ayec une grande opiniâtreté et que le général fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un officier brave et eipé^ rimenté , cependant la cavalerie du Roi ayant promptement lâché le pied y le reste fut totalement mis en déroute, et lord Montcassel , griève* ment blesâé , fut fait prisonnier.
Ces mauvais succès sur le champ de bataille augmentèrent) dans l'intérieur ^ le nombre des ennemis du Roi. Les protestans de Dublin et ceux de plusieurs autres parties du pays s'étaient sou** mis à lui à sa première arrivée ; mais à la nouvelle des succès de leurs co-religionnaires dans le nord^ ils donnèrent de tels signes de satisfaction qu'il eAt été dangereui de trop compter sur leur fidélité» Le Roi leur ordonna donc y par une proclamation , de remettre leurs armes et leur défendit de se réunir en grand nombre ; mais pour leur montrer qu'il n'avait pas en cela d'autre but quie de pourvoir & sa propre sûreté > sans la moindre ioteatton d'envahir leurs propriétés ou de gêner leur religion , il publia bientôt après une proclamation pour qu'on leur rendit toutes led églises protestantes qui leur avaient été enlevées par les
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catholiques^ et prit :grand soin de redresser tous les ^iefs de cette nature ; car bien qu'il eut lieu de. les. soùpcooaer de partager les disposîtioos de ceux de leurs correliglonnaires actuellement eu révolte coiitre lul/riea dans leur conduite ne l'obligeait à se départir de la fermeté des principes de justice et de clémence d'après lesquels il croyait devoir agir envers ses sujets lorsqu'ils remplissaient 9 du moins extérieurement^. leurs devoirs envers lui.
. Si lés affaires militaires du Roi étaient en assez grand déclin y ses affaires civiles allaientbien.plus mal encore* L'excessive rareté de Targent l'avait forcé, de l'avis de son conseil, k frapper une grande quantité de monnaie de cuivre de la valeur environ d'un demi-penny, à laquelle on avait donné cours pour un schelling , et le reste en proportion. Cela l'obligea de régler le change des gùinées^ et le prix des denrées dans les marchés. La chose fut faite avec tant de sagesse, que pendant quelque temps, le commerce n'en souffrit point et le Roi en tira un grand secours dans ses besoins; mais comme là ressource était trop facile et que les besoins de Sa Majesté augmentaient , on frappa de cette monnaie deux fois plus qu'il n'en fallait pour représenter le numéraire en circulation dans le pays, ce qui la réduisit à si bas prix, que les choses se vendirent le triple de leur valeur ordinaire j et qu'il en résulta une ex^
cessi?e rareté de blë^ d'étoffes d'habîllemeot et <Ie toutes les choses nécessaires à la yie; car nul ne se souciait , s'il pouvait faire autrement pour subsister^ d'échanger ses denrées contre uae monnaie si dépréciée; mais ce qui ruina tout-àfait le crédit de ce^tte invention, ce fut l'introduction de quelques monnaies de France envoyées en Irlande avec d'autres secours nécessaires. Cette ioégalité des différentes monnaies causa une telle confusion^ que l'importation de l'or et de l'argent étranger^ qui fait ordinairement un des profits les plus solides d'un pays, devint en quelque.sorte la ruine de celui-ci.
Ces secours avaient été apportés par une escadre française sous les ordres du comte de Château-* Renaud. Le prince d'Orange en ayant été instruit envoya l'amiral Herbert^ à la tête d'un nombre de frégates proportionné à l'escadre française, afin de l'intercepter. Mais l'escadre étant arrivée sur la côte d'Irlai^de , avant que les Anglais pussent être en vue, l'amiral français évita sagement de livrer bataille avant d'avoir exécuté sa commission, et mit à terre tout son chargement. Le lendemain matiii les Anglais gouvernèrent vers ia baie de Bantry où les Français étaient à l'ancre* Us se mirent immédiatement sous voiles et s'a- Tancèrent sur ïes Anglais avec une telle furie, que les Anglais quoiqu'ils se fussent bien défendus pendant quelque temps, et eussent à plu-
sieurs reprises essaye de prendre le dessus du • Tent^ âirent enfin forces de se retirer^ laissant maîtres delà mer en ces parages les Français y pour lesquels ils avaient eujnsques alors un si grand mépris (i). Le monde s'étonna de voir d'un côte les Anglais vaincus^ non-seulement comme sol* dats j mais comme marins ^ et de l'autre y que les Français laissassent échapper une occasion si &* Torable de transporter en Angleterre le Roi et Ion armée ^ auxquels il restait à peine les moyens de subsister dans le pays où ils se trouyaient. Mais les Français, en cette occasion» comme dans beaur coup'd'autres y ne tirèrent de leur victoire d^autre avantage que l'honneur de la remporter. Autrement > ils eussent empêché qu'on ne pût envoyer des troupes d'Angleterre » jusqu'à ce que Sa Ma* jesté eût eu le temps de rassembler ses troupes dispersées après les échecs qu^elles avaient éprouvés
dans le nord.
(i) «< Les officiers et marins anglais » à ce que prétend M Dalrymple ( tom. i , pag. 332 ) , appelèrent cette affaire « une défaite parce, qu'ils n'avaient pas vaincu sur lear « propre élément ; et les Français la comptèrent pour une « victoire parce qu'ils n'avaient pas été défaits. » Lorsque les noavelles de ce désavantage arrivèrent en Irlande, d'A* vaux , l'ambassadeur français auprès de Jacques , se hâta d'aller lui apprendre que la flotte anglaise avait été défaite par la flotte française. Cest donc bien la premihre fois , reprit Jacques, avec une vivacité dont il ne fut probablement pas le maître.
DE JACQUES II. ï2g
Le Roî n'eût pas ce Ibisir. Des avis d'Angleterre lai donnèrent la certitude d'une prompte invasion. a he$ troupes qui revenaient du siégé de London-» derry se trouvaient en fort mauvais ëtât. La longueur de ce siège, le mauvais temps, les fréquentes sorties des. assiégés dont le nombre égalait celui des assiégeans ; l'insalubrité du lien où l'on avait campé , et Id maladie contagieuse qui s'était mise dans l'armée, l'avaient en quelque façon dé-^ truite 9 et ne permettaient d'en espérer aucun service de long-temps. Lord Montcassel entiè-rement défait, le brigadier Sarsfîeld, qui commandait Sligo, et avait avec lui deux bu trois regimens d'infanterie, avec un peu de cavalerie et de dragons 5 fut obligé de quitter ce poste ^ sans attendre les rebelles d'Inniskillin^ qui mar*^ chèrent sur lui après la défaite de lord Mont<« casseL Le reste des troupes se dispersa par le pays. Le major- général Bohan fut laissé à Charlemont, avec un régiment d'infanterie, et quelques unsdes dragons de Purcell ; sir Charles Carny à Goidrain, avec un ou deux regimens sur ce point , et un autre plus haut sur le Ban , pour défendre cette rivière. Le colonel Maxwell commandait à Carrickfergus, à Belfast et dans tout le pays^ situé entre cet endroit et la Newry. 11 n'avait avec lui que deux regimens d'infanterie en mauvais état, une compagnie de cavalerie et un petit nom*bre de dragons mal armés. On laissa à Droghedah 4- 9
i3o MÉMOIRES
quatre régimens^ et à Athlone M. d'Ânglure avec quelque infanterie • Milord Cla re com mandai t dans le Munster, lord Tyrone à Waterford , lord Limmerick à Limmerick. Ces villes n'avaient pour se défendre , ainsi que Kingsale , d'autres troupes que leurs garnisons ordinaires. Toutes celles qui avaient dépassé Droghedah devaient rester dans les environs d« Dublin pour se reposer et se recruter, -et n'étaient pas encore arrivées dans leurs quartiers, lorsque le Roi apprit que le 1 3 d'août, M. de nSchomberg avait débarqué à un endroit nommé •Bangor , à quelques milles de Belfast , et que'M axwell, notant pas en état de s'opposer à l'ennemi avec si peu de force, avait laissé à'Carrickfergus le régiment de Mac-Carty-Moor, avec quelques compagnies de Cormach-Oneal, et s'était retiré sur la Newry,
« La nouvelle du débarquement d'une armée si forte et si bien équipée, dans l'état de dispersion et de délabrement oii étaient les troupes de Sa -Majesté, pour la plupart en ce moment éloignées de Dublin, jeta la consternation parmi la généralité des partisans du Roi, et ils regardèrent tout comme perdu; car il leur paraissait impossible de résister à une armée si puissante et de l'empêcher de s'emparer de Dublin en très-peu de jours. Outre ce que Schomberg amenait avec lui , les rebelles d'Inniskillin étaient fort augmentés en nombre par leurs succès, et la mauvaise volonté des
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protestans s'était montrée si clairement avant cet événement^ qu'on pensa qu'ils en profiteraient pour se soulever. D'après ces considérations^ plusieurs proposèrent au Roi de penser à sa sûreté; ce qui n'était possible^ disait-on^ qu'en rassemblant tout ce qu'on pourrait ramasser de troupes et en marchant sur *le-chanip à Âthlone , pour essayer de défendre le Shannon et couvrir la pro^ vioce de Connaught jusqu'à l'hiver^ époque à laquelle il pouvait espérer des secours de France. S'il ne prenait pas ce parti ^ les rebelles d'Innfskillin lui couperaient bientôt la route d'Athlone en même temps que Schomberg s'avancerait vers Dablin ; de sorte que si lé Roi tentait de marcher vers Droghedah , il se trouverait entre deux.
(( L^ambassadeurfrançais^M. de Rosen, et plusieurs autres officiers français , représentaient continuellement au Roi la nécessité de cette mesure et avaient tous l'imprudence^ l'ambassadeur finançais excepté^ d'en faire le sujet de leurs entretiens publics^ ce qui^ venant de ces hommes expérimentés et versés dans la guerre^ auginentait excessivement la consternation ; mais leurs craintes et leurs raisonnemens ne purent obtenir de Sa Ma j esté de prendre un semblable parti; elle résolut de ne point se laisser ainsi paisiblement pousser hors de l'Irlande sans avoir au moins tenté un effort. Lord Tirconnel , quelques uns des ofiiciers français et un grand nombre de ses
iSa MÉMOIRES
sujets partageaient sa résolution. Le Roi envoya donc le duc d^ Berwick prendre le commandement des troupes aux environs de Newry et s'y maintenir autant qu'il le pourrait; il ordonna à sir Charles Carny de quitter Coldrain et de y^ nir par la route de Charlemont, de crainte d'être intercepté par l'ejinetni. Le Roi lui-même se rendit le 26 août à Droghedah, pour encourager ses troupes et se trouver plus près de l'ennemi y afin de pouvoir mieux observer ses mouvemens. Il prit avec lui une centaine de ses gardes à cheval^ deux cents cavaliers du régiment de Parker y qui étaient tout ce qu'on avait alors en état de marcher > et laissa derrière lui y à Dublin y le duc de Tirconnel l^ui n'était pas encore entièrement rétabli^ pour qu'il le fit suivre le plus promptement possible par le reste des troupes aussitôt qu'elles seraient en état de partir.
« Quelques jours après le départ du Roi , un nommé Dean y officier d'artillerie de l'aroiée de Schomberg^ qui l'avait quitté le lendenriain de son débarquement^ vint trouver Sa Majesté et lui rendit compte des forces de l'ennemi. Il lui apprit que le prince d'Orange avait envoyé Bentinck à Chester^ où Schomberg se trouvait alors ^ pour le presser de partir; ce qui l'avait fait mettre à la voile huit jours plus tôt qu'il ne comptait Il lui dit ce qu'il y avait déjà de débarqué et ce qui restait à mettre à terre, le tout faisant
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TÎngt-deux bataillons eo comptant ce qu'avait déjà amené Kerke. Trois étaient Français ^ deux Hollandais et dix-sept autres Anglais; il avait , en outre 9 six régimens de cavalerie et deux de dragons y vingt pièces de canon et six mortiers ^ une forte somipe d'argent 9 et en proportion toutes les autres choses nécessaires à une pareille expé* dition. •
u Tandis que le débarquement s'opérait , Schomberg assiégea Garrickfergus^ et malgré la faiblesse de la place , il fut obligé d'y mettre le siège en forme ; elle se défendit huit jours, ce qui était beaucoup plus qu'on n'aurait pu l'imaginer^ et obtint enfin des conditions avantageuses; mais on ne les lui tint pas; car Schomberg souffrit que les protestans écossais des environs enle^^ vassept k la garnison ses armea, et aj^ès cela^ et beaucoup d'autres mauvais traitemens, la retinssent trois jours prisonnière près de Lisnegarvy avant de lui permettre de se rendre à Newry.
Aussitôt qu'il fut maître de Carrickfergus il s'avança à marches régulières avec toute son armée ^ qui était alors entièrement débarquée^ et que Kerjke aidait rejointe avec son corps. Cependant il commençait à arriver au Roi quelque peu d'in- &nterie ^ et si la cavalerie avait été en état de . le joindre en même temps, il était résolu de mardker eo personne à Dundalk et de disputer ce poste à l'ennemi» Ce projet^ s'il ail pu l'exécuter^
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eût eu des résultats fort importans. Le Roi eut non-seulement ainsi garanti la fertile contrée qu'il avait derrière lui , mais aurait retenu les ennemis de l'autre côté des montagnes ^ dont l'intervalle jusqu'à la Newry était entièrement ruiné , ou bien les aurait obligés, s'ils eussent voulu se rendre à Dublin^ à faire un grand circuit à travers les montagnes et la contrée stérile qui s'étend de là jusqu'à Ârmagh^ et on ne croyait pas que Schomberg voulût prendre ce partie qui l'aurait éloigné de la côte et séparé des magasins de vivres qu'il avait à bord de ses vaisseaux.
« Le Roi envoya donc , dans ce dessein^ le majorgénéral d'Escô à Bundalk avec deux régimens d'infanterie et les deux cents cavaliers de Parker pour reconnaître la ville et le pays envrronnant, et venir rapporter au Roi si le poste était aussi bon qu'on le croyait, et s'il pourrait le défendre contre l'ennemi. Sa Majesté voyait de plus, dans ce projet, l'avantage d'assurer la retraite du duc de Berwick de Newry s'il était trop vivement pressé. D'Escô, en arrivant à Dundalk, trouva que le duc avait déjà été forcé de se retirer; la ville se trouvant de l'autre côté de la rivière, et l'ennemi s'en étant iapproché à la distance de quatre milles, il l'a- . vait quittée après avoir brûlé ce qui s'y trouvait de fourrages pour empêcher l'ennemi d'en profiter , et s'était replié sur Dundalk. Le Roi , aussitôt qu'il le sut, lui ordonna de venir le trouver à
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Droghedah ^ attendu qu'il n'y avait pas assez de troupes à Dundalk pour le défendre; Tennemi en prit donc possession. M. de Schomberg^ les officiers généraux et quelques régimens pour les garder se logèrent dans la yille ; mais l'armée demeura sur la rive septentrionale de la rivière^ la droite vers la montagne Slugnelen j et la gauche vers la mer^ attendant la grosse artillerie^ qu'à raison des mauvais chemins il avait fait venir par mer de Carrickfergus à Dundalk^ On disait dans l'armée ennemie que le projet^ dès qu'on Vaurait reçue ^ était de marcher droit à Dublin; et ils se croyaient si sdrs d'y arriver sans beaucoup de résistance y qu'ils avaient marqué d'avance les jours de marche^ et même le jour de leur arrivée; et, pour effrayer et tromper encore mieux les troupes du Roi, ils envoyèrent dix ou douze vaisseaux faire mine de débarquer d'abord à Sherrys , puis à Dublin,, et répandirent qu'ils attendaient dix mille Danois, qu'ils prétendaient devoir débarquer dans le Munster avec quelques troupes anglaises venues des ports de Bristol et de Milford. La plupart des protestans de Dublin et des autres villes, tous prêts à se soulever, non-seulement croyaient ces nouvelles, mais leç , répandaient : ce qui engagea l'ambassadeur de France, M. de Rosen, à presser de nouveau Sa Majesté d'assurer sa retraite sur Athlone, lui disant que la Boyne était guéable en un si grand
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nombre d'endroits^ tant au-dessus qu'au-dessous deDroghedah^ qu'iUtait impossible de la défendre contre une arméc^si nombreuse et si bien équipée avec dès troupes en si petit nombre , aussi mal armées et aussi peu exercées que Tétaient celles de Sa Majesté ; que si M. de Schomberg ne voulait pas marcher directement sur le Roi , il lui était aisé de prendre la droite où il trouvait un pays ou* vert, de lui dérober une marche vers Trîm, et d'être ainsi à Dublin aussitôt que lui ,. et par ce moyen de lui couper la retraite sur Athlone. Il pensait donc que Sa Majesté devait, de toute nécessité ^ renoncer à l'idée de défendre la Boyoe, mais qu'il fallait qu'elle choisit quelque autre position entre cette rivière et Dublin, et ordonnât au duc de Tirconnel de quitter cette ville avec ce qu'il y avait de troupes, et de s'arrêtera 6w<>rds ou à quelque autre endroit également à mi-chemin, d'où il pût avoir toujours l'œil tourné vers Athlone ; et pour renforcer cet argument, il représentait que si l'armée demeurait h Droghedah, il suffisait à M. de Schomberg d'en- Toyer par mer deux ou trois mille hommes et de les faire débarquer près de Dublin, pour qu'à l'aide des protestans ils se rendissent aisément maîtres de la ville, les troupes du Roi se trouvant alors à une grande distance.
<v Mais ces raisonnemens, quelque spécieux qu'ils pussent être, ne faisaient aucune impression sur
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le Roi. Il répondait que s'il faisait une fois un pas ea arrière 9 le pays entier perdrait courage et abandonnerait tout; que les troupes de nouvelle leTee se fondraient et seraient bientôt réduites à rien , et que tous ceux qui avaient quelque chose à perdre courraient se mettre sous la protection de l'ennemi^ lorsqu'ils verraient le Roi prêt à les abandonner^ ce qu'ils auraient tout lieu de croire s'il h\>sait pas regarder Tennemi en face ; et que, s'il ne pouvait pas défendre la Boyne, il n'y avait pas plus de raison pour qu'il pût tenir dans aucune autre position entre cette rivière et Dablio.
i( Pendant ce temps , les troupes du Roi commençaient à arriver. Il forma donc un camp et trouva ses gens, officiers et soldats, pleins de cœur, résolus, et convaincus que la victoire seule pouvait les sauver de la perte de leur liberté, de leurs biens et de leur religion. Cependant les Français ne cessaient de presser le Roi de se retirer vers Athlone, et par conséquent d'abandonner Dublin. Le soir même du jour qui précéda celui oh le duc de Tirconnel arriva à Droghedah, amenant le reste des troupes, ils pressèrent le Roi avec plus de véhémence que jamais de prendre ce qu'ils appelaient une résolution, c'est-à-dire de tout abandonner; mais lorsque le Roi leur dit qu'il ne changerait rien à celle qu'il avait déjà prise , jusqu'à ce qu'il eÂt vu lord Tirconnel , ils
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redoublèrent d'argumens et d'instances ; ce qui fit que le Roi leur dît avec un peu plus de chaleur qu'il ne lui était ordinaire ^ qu'il ne consentirait jamais à une démarche aussi irréfléchie; qu'il était positivement résolu à combattre Fennemi^ et qu'il ne convenait ni à ses goûts ^ ni à sa réputation , d'abandonner Dublin et de se retirer si honteusement^ à moins d'y être forcé.
« Le lendemain , le duc de Tirconnel arriva et rendit compte au Roi de l'état et du nombre de ses troupes^ et de ce qu'il avait laissé à Dublin au gouverneur, M. Simon Lutterel. Sa Majesté fit alors appeler l'ambassadeur et tous les officiersgénéraux pour tenir conseil avec eux sur ce qu'il y avait à faire. Le duc de Tirconnel et le reste des sujets de Sa Majesté furent tous de son avis. Le duc les assura de plus qu'il n'y avait pas assez de blés dans le Connaught pour y faire subsister vingt mille hommes pendant Tespace de deux mois; sur quoi le Roi résolut, puisqu'il avait rassemblé son armée, qui approchait de ce nombre, de marcher vers l'ennemi qui ne s'avançait point vers lui mais demeurait à Dundalk, quoique ses canons et ses vivres fussent débarques, et qu'il edt été rejoint par les troupes d'Inniskillin, consistant en deux régimens de cavalerie, deux d'infanterie et un de dragons. En conséquence , le i4 septembre , jour de l'exaltation de la l^ainte-Croix, on marcha vers la ville d'Ardee,
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située sur une petite rivière^ environ à huit milles deDrogkedah^ et à la même distance de Dunddlk : à trois milles environ sur la gauche de la route s'étendait un pays très-fertile.
((L'ambassadeur français fut d*avis de cette marche^ mais non pas M. de Rosen^ qui^ selon sa prudence ordinaire ^ ne voulut jamais donner d'autre avis que de se retirer et d'éviter le combat. Ce n'était pas qu'il manquât de courage, car per-» sonne n'en avait davantage et plus d'expérience de la guerre; mais son malheur était un excès de circonspection. D'ailleurs il avaitécrit enFrance, ainsi que l'a su le Roi , qu'il serait impossible à Sa Majesté de rassembler une armée; et, quand il yit le contraire, il voulut croire qu'elle ne serait pas en état de rien faire.
Le Roi s'attendait à trouver l'armée ennemie avancée jusqu'à Ardee; car il avait su par ses détachemens et ses espions qu'on y avait vu quelques uns des gens d'Inniskillin que l'ennemi envoyait toujours en avant, et qu'ils avaient ordonné aux habitans, protestans pour la plupart ^ de cuire et de brasser pour leur armée. Il était d'ailleurs raisonnable de penser que M. de Schomberg avancerait jusque-là, pour être maître de ce fertile pays , et obliger le Roi à épuiser celui qu'il avait derrière la Boyne ; Sa Majesté ne put imaginer, et n'a jamais su quelles raisons Ten avaient empêché. On trouva donc la côte libre ,
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et ce pas fait , et le Roi apprenant par les déserteurs que plusieurs de l'armée ennemie , tant français que de ses propres sujets^ étaient disposés à venir le joindre à la première occasioB, il jugea qu'il ne serait pas mal à propos d'avancer encore 9 et pour leur donner le moyen de le joindre, et pour observer de plus près les mouvemens de l'ennemi. Il voyait ses troupes si animées qu'il désirait d'en venir aux mains ^ d autant qu'elles étaient aussi nombreuses que celles de l'ennemi 9 sa cavalerie meilleure ^ jet qu'il était mieux monté en dragons. M. de Rosen et plusieurs ofEciers français s'opposèrent encore à jcette résolution ; mais cela n'empêcha pas le Roi de sui* vreson projet. Cependant, considérant qu'il avait affaire à une armée si nombreuse et à un général aussi habile et aussi heureux que M. de Sckom- J)erg, il crut devoir agir avec précaution. Il partit le i6 d'Ârdee avec sa cavalerie et ses dragons seulement, et s'avança jusqu'au pont d'Affaio, à trois petits milles de Dundalk, puis marcha au pont de Mappletow^n , très-grand passage, et ensuite à Âllersiown 9 ordonnant à son infanterie et à son artillerie d'être prêtes à mareher une heure après en avoir reçu l'ordre, et au colonel Dorrîngton de s'avancer avec la brigade des gardes ^ jusqu'au pont de Ma ppletown. Après avoir reconnu le terrain , il résolut d'y camper, étendant sa droite vers Ailerstown , sur la faaujteur au-des-
SUS du pont d'AfFaiu^ éntiroti à une portée de canon de la rivière qui coule Tiers Largon; sa gauche atteignait presque le pont de Knock, et il envoya chercher aussitôt son in&nterie^ son canon et son bagage. La brigade des gardes consistant en deux bataillons arriva au camp vers onze heures du soir avec Gormenston et Creagh^ formant chacun un bon. bataillon; le reste y fut rendu le lendemain avant midi*
a Le Roi^ le jour de son arrivée, envoya le long de la rivière un parti qui fît quelques prisonûiers 9 an borabre desquels se trouvait un lieutenant d'infanterie qui lui dit que M. Schomberg avait commencé à fortifier Dundalk pour s'y mettre à couvert , que son armée était campée sar Tautre bord de la rivière , et qu'il avait avec lui dans la ville et en dedans des retranchemens auxquels il travaillait , deux bataillons des gens dlnoiskillin et lés dragons de Lewson ; que de^ puis que le Roi était arrivé à Âllerstown , on y ajoutait chaque nuit, pour faire la garde, un bataillon d'in£sinterie venu du camp et quelque cavalerie. Trois ou quatre jours après, le Roi, non content de s'être approché de si près, résolut de marcher vers la rivière avec deux de ses lignes seulement et six petites pièces de campagne , laissant à la garde du camp sa réserve qui consistait en trois bataillons d'infanterie et la cavalerie de cette ligne. Son intention était d'dfrir la ba-
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taille à Tennemî et de le provoquer , s'il était possible ^ à sortir et à l'accepter. M. de Rosen s'y opposa encore , persistant toujours dans ses conseils circonspect? ; mais cela n'empêcha pas le Roi d'exe'cuter ce qu'il avait projeté; il fit marcher la cavalerie et les dragons de son aile droite avec la moitié de l'infanterie vers le pont d'AfFain , et le reste vers le pont de.Khock. Il rangea ses troupes en bataille , la droite presque à portée du canon de Dundalk, et la gauche le long des hauteursy au-dessous desquelles est placée cette vallée marécageuse qui passe devant Dundalk et court jusqu'à la mer. Après y être demeuré plus de trois heures , voyant que M. de Schomberg demeurait renfermé dans ses retranchemens et avait seulement placé quelques gardes avancées aux passages qui se trouvaient devant lui , le Roi s'en retourna tranquillement dans son camp sans que l'ennemi envoyât après lui un seul homme pour troubler sa retraite (i) ; il ne tenta pas même une escarmouche^ bien que quelques uns des grena-
(i) Dans une dépêche datée du nS septembre, M. de Schomberg mandait au roi Guillaume : « Autant que ]é puis juger de la situation de l'ennemi, le roi Jacques, qui a rassemblé tout ce qu'il peut avoir de troupes dans ce royaume, désire en venir aux mains avant que les troupes se séparent, h cause de la mauvaise saison qui approche. Il me paraît , par cette raison , que si Votre Majesté l'approuve, nous devons demeurer sur la défensive.» Il ajoutait, dans une lettre
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diers du Roi se trouvassent à moins de portée dé mousquet d'un poste ennemi placé derrière une chaussée qui traversait le marais. Le Roi demeura dans son camp à Allerstown jusqu'à ce qu'il eût consommé tous les fourrages des environs. Quelques jours avant de retourner à Ardee, il envoya le duc de Berwick fourrager de Tautre côté du pont d'Affain. Le duc ayant laissé l'infanterie pour couvrir les fourrageurs , s'avança avec sa cavalerie et ses dragons et ne s'en retourna que lorsque les fourrageurs eurent repris la route du camp ; alors il brûla tout le fourrage demeuré sur pied jusqu'à une portée de mousquet des postes de l'ennemi. Ils le laissèrent faijre patiemment sans. s'y opposer le moins du monde-; il fit seulemeot sortir le régiment de dragons de Lewson qui marcba vers l'entrée de la chaussée^ mais n'avança pas plus loin ^ et ainsi le laissa se retirer sans envoyer personne après lui.
« Vers ce temps ^ le Roi eut avis qu'un nommé Rassel Allemand , qui avait été colonel d'un ré-
dâtëe du I2 octobre : « Si Votre Majesté était bien informée de l'état de notre armée et de. celle de l'ennemi , de la nature du pays et de la situation des deux camps , je ne crois pas qu'elle fût d'avis de risquer une attaque. Si nous ne réussissions pas , l'armée de Votre Majesté serait perdue sans ressource. Je rae sers à dessein de cette expression , car je ne pense pas que si elle était une fois débandée il fdt possible de la rallier. » ( Dalrymple , Append. , pag. 23. )
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gliuent de cavalerie en Irlande et gouverneur de Gallowày ^ était parti à la tête d'un détachement de cavalerie y de quelques dragons et grenadiers de l'armëe de M. de Schomberg^ avec ordre de se rendre à Sligo où Fennemi avait une garnison , pour y prendre le commandement de ce pays qu'il connaissait ti:ès«bien , car il avait même des intelligences secrètes à Galloway. Le Roienvoya donc le brigadier Sarsfield avec le régiment de cavalerie de Henri Lutterel ^ les dragons de sir Neal Oneal et les régimens d'infanterie de Charle-More et d'Ogarra pour empêcher le passage de ce détachement y et le 6 octobre il marcha avec toute son armée à Ârdee qu'il jugea nécessaire de fortifier pour couvrir la Boyne et tout le pays entre cette ville et la rivière. Le Roi campa son infanterie sur deux lignes ^ sa gauche appuyée sur la ville et la rivière d^Ârdee; derrière lui était sa cavalerie. Il posta deux régimens de dragons dans quelques villages- sur la droite avec cinq ou six bataillons pour les couvrir; il mit un régiment de dragons au pont deMappletown, et l'autfepas loin de la grande route de Tallonstown^ sur la même rivière. Les pluies et le froid arrivaient et obligeaient de mettre la cavalerie à couvert; car le Roi prévoyait qu'il serait obligé de rester quelque temps en ce lieu afin d'attendre que les travaux d' Ardee fussent assez avancés pour se trouver hors d'insulte. M. de Rosen s'y opposa comme à
toot le reste ^ u^ême ^prè^ la résplnlioQ prise , et sous prétexte d^ ménager les troupes» employa plusieurs petits artifices pour ^m pécher 1^ travaux d'avancer^ proposant ai; Roi poiir toiut expédient de brûlei^ et ravager son propre pays ; ce qui eût été, eoejOTet^ le seul praticable si l'pneiàt négligé Ardeeetxjii'oneAt pr^s la^oyne pour frontière.
u Le Roi , pendant $oq séjour à Ardee , apprît par des déserteurs > et par les prisoqDÎens <]u'oii faisait joujrnellemept , qw Tarçiée ennemie était grièvement tourmentée de Ja maladie de ce piays^ et que les soldats étaient tellement dévorés de poux qu'il en naourait un grand nombre^ auxtout des An^ais^ non^seulçment so^ldats^ mais offici^^^ commeM . Wharton^ :fîls du lord de ce nom» sir Edward Deering^ sir H^enri Iiigpldsby ^ G^i:e^ JBarring^ ton^ sir George Erwin çt plusi^^s autres; que sir George Hewît, lord Droghedaji, lord Rosoommon et plosieurs autres 5 étaient très-^mAlades. Cette circoi:istance^ et le séjour dii Roi à A^ee^contrai-i' gp\i;çi^lii» 4e Scho^tal^rg de songer;» quitter JDun^ dalk^ ei donnèrent ainsi^u Roi )e nipy^u d^ iog^r ses troupes plus à l'aide; mais^ avfHc^tde quûbler Axdpe^il £ipprit deiCop^Anght.que Sarsfîeld avait maccbé .droit à $lago p^r la Royx^^ et avait env^oyé Je colonel Hepi^i Jbutterel avec environ quatre^ TÎQgts cliei^a^x f œnt dragons e<t deux ceols hommes de pied^ faire un oircuitipoui: se piad^ entre un certain pont tenu pair Tennemi^ et la 4* ^^
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ville de Sligo; en sorte que lorsque Sasfield vint pour attaquer le pont avec tout son corps ^ l'ennemi, apprenant que Lutterel était sur ses derrières, quitta le pont après peu de résistance pour aller tomber sur liutterel. Celui-ci s'était alors avancé près de Sligo et était en présence de la garnison ennemie qui, avertie de son avriyéef était sortie pour le combattre. Il fut donc forcé, avec son petit corps, de faire tête des deux côtés; il chargea d'abord ceux qui venaient du pont, les battit, quoiqu'ils fussent triples en nombre, et ensuite marchant contre ceux qui venaient de Sligo y il les repoussa dans la ville, quoiqu'ils fussent commandés par le colonel ÂUeniand Russel et le colonel Lloyd, qu'ils appelaient leur petit Cromwell. Ainsi[, lorsque Sarsfield arriva, il trouva qu'ils avaient abandonné la ville de Sligo et n'avaient laissé dans le château ou fort neuf, qui était entouré d'un mur de pierre ; que quelques grenadiers anglais et français sous le commandement d'un nommé Saint- Sauveur, Français, qui fut forcé de se rendre après quatre jours de siège; Sarsfield prit donc possession pour le Roi de cette ville , qui était de ce côté la vé^ ritable clef de Connaught. La ville d'Ardec était alors en état de défense ; comme le défaut de fourrage ne permettait plus qu'on y tînt de la ca- Talerie, le Roi leva son camp le 3 novembre et , se rendit à Droghedah ^ laissant à Ardee six ba-
taillons d'infanterie et cinquante chevaux , sous Je commandement du major général Boileau, mit de petites garnisons d'infanterie à Nobber y à Loggan-Water^ à Carrickmancross^ situés à la gauche d'Ardee^ et quelques unes à la droite entre cette Tille et la mer , dans plusieurs châteaux et maisons des euTirons^^our défendre le pays des deux côtés« Il mit les trois vieux régimens de ca* Valérie et de dragons en quartier sur la Boyne> près de Neavan , Trim et Kells^ plaça de rin&nterie dans ces villes > garda avec lui à Droghedah six bataillons d'infanterie ^ et envoya le reste en quartiers d'hiver y car il avait appris par des dé* serteurs et des prisonniers que M. de Schombei^g avait embarqué son canon et se préparait à en-» voyer ses malades en quartier d'hiver sur ses derrières et à abandonner Dundalk. Le Roi rè«tourna à Dublin le d novembre^ ne laissant à Droghedah que trois bataillons^ et lorsqu'il eut appris que l'ennemi avait quitté D^mdalk^ il envoya la cavalerie et les dragons qu'il avait laissés sur la Boyne prendre leurs quartiers d'hiver plus avant dans le pays.
Ainsi finit cette campagne à l'honneur et à l'avantage du Roi. L'armée de terre des ennemis était détruite aux deux tiers > et une maladie contagieuse s'était mise dans la flotte anglaise qui devait^ de concert avec la flotte hollandaise^ faire une entreprise sur Corke; mais il mourait tant
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de monde qu'on fut forcé d'y renoncer, et, peu de temps après , les Français commencèrent à tenir les deux flottes tellement en respect qu'elles n'osèrent plus rien tenter de l'année; mais la campagne ne fut pas plutôt terminée, que la fortune, qui avait semblé jusques alors se déclarer en fiiveur de Sa Majesté , comrâença à traverser toutes ses entreprises et la rejeta dans une condition pire qu'auparavant. Les malheurs et les calamités temporelles sont souvent envoyés par la Providence , aussi bien pour éprouver les justes que pour punir les méchans. D'un côté, le camp eanemi était affligé d'une déplorable malad te, accompagnée de tout ce que présentent de plus dégoûtant la saleté , l'infection et une affreuse vermine qui fourmillait non-seulement dans les maisotis, mais même sous les abris où l'on couchait les naialades; marque visible du jugement de Dieu sur cette génération perverse et rebelle ; mais de l'antre côté il plut à la divine Providence de donner au Roi l'occasion de se purifier de plus en plus par le patient et pieux usage qu'il fit des humiliations dont fut affligé tout le reste de sa vie.
Son premier revers de fortune fut le mauvais succès d'une entreprise sur Belturbat. Les prépa^ratifs avaient été tenus si secrets, que l'ennemi s'imagina que les troupes qu'on rassemblait dans cette intention n'avaient d'autre objet que d'inquiéter les garnisons frontières, et que le maréchal
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de Schomberg marcha en personne vers Drum-* jnore ^ pour observer les mouTeinens de l'armée du Roi; mais le véritable dessein du duc ^e Berwîck^ qui commandait cette etpëdition^ était de prendre Belturbat ^ pour pouvoir faire delà^ tout rbiyer^ des incursions dans les quartiers en* nemis. Le colonel Ousley s'en étant enfin douté sortit deBelturbat^avec un corps considérable de cavalerie et d'infanterie 9 rencontra près Cavan les troupes du Hoi ^t les attaqua. Le duc de Berwick se conduisit avec beaucoup d'habileté et de bravoure, et eut un cheval tué sous lui; cependant il fut défait et l'ennemi mit le feu à la TÎJle, et une grande partie des vivres et des munitions qu'il avait rassemblées pour cette expédition fut consumée dans cet incendie , ce qui Toblîgeaà se retirer, Charlemont, place très-forte et. d'une grande importance pour les affaires du Koi, était aussi bloquée depuis long -temps : sir Tège 0-Regen, gouverneur de cette ville, la défendit jusqu'au 12 de m^i; mais enfin la famine l'obligea de se rendre. Une escadre de vaisseaux anglais était eqtrée dans le canal oii elle insultait à son gré la côte et avait pris à l'ancre, dans la rade de Dublin , le seul vaisseau de guerre qu'eùtleRoi.Cepepdantcesmalheursn'étaientrien en comparaison des chagrins que le Roi éprouvait de la part de la cour de France, où résidaient
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toutes ses espérances de secours. La Reîne n'e'par-gnait ni eJQTorts^ ni soins pour faire comprendre la nécessite de transporter i'armëe irlandaise en Angleterre , éî d*y établir le siège de la guerre. On espérait qu'elle s'y augmenterait bientôt de tous les partisans qu'ayait le Roi en ce pays^ et se trouverait en peu de temps assez forte pour que les Anglais voyant à leur porte tous les maux de la guerre 9 se lassassent de résister à Dieu et à leur devoir. La Reine représentait d'ailleurs l'impossibilité où était l'Irlande de fournir à la nourriture d'une armée , telle qu'on en avait besoin pour l'opposer aux forces puissantes que l'Angleterre se préparait à y envoyer.
Cela paraissait étrange h quelques personnes , vu la fertilité de l'Irlande; mais l'ennemi était maître de tout l'Ulster, et les catholiques qui l'avaientquitté lors dudébarquementdeSchomberg, avaient emmené avec eux une si prodigieuse quantité de bétail^ qu'il consumait la plus grande partie des herbages des autres provinces et détruisait même en grande partie le blé. Le comté de Lowth^ le meilleur pays à blé de l'Irlande^ et ceuxde M eath, de Roscommon^ de Leetrim et de Sligo étaient ruinés par les incursions. Les grands troupeaux de bétail appartenaient aux protestans^ et comme plusieurs d'entre eux avaient fui en*Angleterre, leurs troupeaux avaient été détruits et dispersés; ceux
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qui restoient étaient en grande partie ruinés par les Rapperees (i); ce qui occasionait une telle
(i) Nom sous lequel on désignait alors des bandes de paysans irlandais, réunies surtout pour piller. D'après la misère qui règne encore en Irlande parmi les dernières classes du peuple ,* on peut juger ce qu'elle était à cette époque , après tant de massacres , de dévastations et de dépossessions. La plus grande partie des gens de la campagne vivaient uniquement de pommes de terre , et demi-nus ; pour se loger, un paysan irlandais élevait un mur de boue ; puis des brancbes posées obliquement , l'extrémité inférieure enfoncée en terre , et l'extrémité supérieure, appuyée sur le haut du mur , formaient une espèce de toit que Ton recouvrait d'herbes 9U de broussailles ; c'était là sa hutte. Il est aisé de comprendre que durant les guerres civiles , qui détruisaient les moyens de subsistance et multipliaient les occasions de désordre, une pareille population dût être promptement jetée dans des habitudes de brigapdage, et s'y portât avec cette férocité, trop naturelle dans un pays oii depuis long-temps les fureurs de parti s'unissaient au^ brutalités de la vie sauvage. Le nom de Rapptrees ou Rap^ peryes , donné aux brigands irlandais de cette époque , est probablement le même que le mot anglais rapper ( qui frappe fort et subitement), et leur vint sans doute de la soudaineté de leurs apparitions, toujours acconipagnées de ce qu'ont de plus horrible ]e massacre et la dévastation . Habituellement dispersés sur la surface du pays , lorsqu'il s'agissait de se rassembler pour une expédition , ils choisissaient une nuit sans lune , se donnaient rendez-vous dans quelque Heu désert, oii ils arrivaient de tous les points du canton par des chemins connus d'eux seuls ; puis se séparant en j^Uts corps, grossis en chemin par ce.u\ de.s leurs qui sq
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disette qu^on ne pouvait trouver nulle part ni paîii,
ni viande , de quoi nourrir p6n4ant quelque temps
jcencontraieat sur la route, ilê âè rëtinisl^aî^nt dé nouveau stir le point destiné pour cette nuit à la dévastation. Tout à coup l'incendie éclatait , les cris des victimes annonçaient là présence dès meurtriers, rien n'était* épargné. On ponfàit les suitre quelque temps k la lueur des flammés , qui f^attout marquaient leuf passage ; mais là oii elles s'éteignaient , ils disparaissaient , dispersés de nouveau dans la nuit , dans lés sentiers inconnus et les marais ou ils s'en*sevelissaîent sôiis des herbes épaisses^ s'enfonçaient dans la vase, la bouche et le nez seulement dehors pour cfonsérver la respiration libre. Selon Dàlrymple, il4 ne tenaient à aucun parti. Employés souvent par l'un ou pas l'autre comme moyen de destruction contre ses ennemis ^ les Râpperees traitaient en ennemi tout ce qui létlr offrait l'espoit" du butin et la facilité de la surprise. Il y a lieu de croire cependant; et le passage même des mémoires que nous traduisons semble le prouver, «îjue iè^ ^rotestans, plus riches , plus industrieux que les Irlandais catholiques , furent d'abord et généralémèUt lès objets de leur rapacité, et selon tonte apparence, ce moyen de guerre plus facile et plus familier au* naturels du pays qu'à dés étrangers , fut beaucoup plus employé par les chefs de l'Irlande que pîar ctui de l'armée anglaise. Qtielqùbfbis on les voyait arriver atitour des cantonUemens , sans armes , portant toutes les apparences de la ft-ayfeuf et de la détresse; ils imploraient des sauvegardes. Ou bien, chassés, disaient-ils, de leurs habitations par une troupe ennemie , ils venaient auprès de celle-ci chercher un refuge. Oh ne supposait pas qu'on en pût avoir rieri'^ craindre; on les laissait errefr sians inquiétude autour des postes; mais la ndit arrivée, ils allaient retrouver leurs
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une armée > ni draps pour Rhabiller > ni cuiv pour lés souliers et les sèiles , tandis que d^un autre côte la monnaie de cuivre empêchait absolument l'importation. Il fallait donc que l'armëe fût transportée hors d'Irlande > bii que totites les choses dont elle avait besoin pour sa subsistance lui arrivassent de France. Il fallait aussi que ce pays lai «ivoyât un secours de troupes proportionné aux immenses preparati& que faisait alors l'An* gleterre^ mais la cour dé France semblait sourde à. toutes ces représentations. Les ôfEciers français et l'ambassadeur de France avaient envoyé d'Irlande des rapports si décourageans^ que bien que les Français ne pussent s'empêcher de voir le grand avantage d'une telle diversion ; cependant le peu de probabilité du succès leur donnait de la répugnance à risquer plus de secours qu'il n'était absolument nécessaire pour entretenir la
mousquets qu'ils avaient cachés dans des fossés, chargés, et la lumière et la houche soigneusement fermées avec de Técorce d'arbre , tandis que la platine avait été mise à l'abri de l'humidité dans quelque trou de vieux mur ; et des détâchemens se trouvaient ainsi détruits dans Tobscurité par vn ennemii d'ont au jour on ne retrouvait plus la moindre trace. Avides des plaisirs comme des profits de la cruauté , iesKapperees mutilaient les cadavres de ceux qu'ils avaient massacrés , et déterraient ceux auxquels ils pouvaient espérer de trouver un linceul. (Voyez Dalrymple, tom. i , pag. 454^ et Stojy passim. )
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guerre^ et ne pas paraître abandonner entière*ment le Roi. On obtint donc à la fin six mille hommes et quelques habiilemens pour les soldats; mais toutes choses tournaient d'une manière si contraire au Roi , qu'il eut le malheur de désobliger le ministre dans le choix du général qn'il nomma pour les commander^ et ce fut peut-être là la véritable raison pour laquelle ces secours furent accordés avec tant de parcimonie.
On a TU par la dernière campagne > que les idées de M. de Rosen ne s^accordaient nullement ayec celles du Roi , et il eût peut-être été heureux pour Sa Majesté que dans le cours.de sa vie elle eût suiyi son propre jugiement y ainsi qu'elle le .fit en cette occasion; mais le malheur du Roi ^ plutôt que son défaut^ était une certaine bonté de caractère qui le portait à trop bien penser des autres , et à se laisser ainsi trop fréquemment guider par des hommes sans mérite , ou ce qui lui fut encore plus funeste^ par des hommes sans foi. M. de Rosen ayant eu la permission de retourner en France , il devenait nécessaire de nommer un général à sa place. Le comte de Lauzun se présenta. Le secours qu'il avait prêté à la Reine pour se sauver en France^ l'avait fort ireconimandé auprès d'elle^ et quoiqu'on ne pût attacher beaucoup de mérite à ce service rendu en passant, il lui avait acquis auprès d'elle plus de crédit et d'intimité que ti'en aurait eu un simple étranger* La Reine
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n'ayant donc aucune raison de croire qu'il ne fiit pas un aussi grand général qu'il prétendait l'être , le choisit pour cette expédition y peut-être aussi dans la vue de faire une chose agréable à madame de Main tenon^dans lesbonnes grâces de laquelle ilétait alors , bien qu'opposé au puissant M, de LouTois. Celui-<:i craignit probablement que si M « de Lauzun réussissait dans cette entreprise y cela ne relevât son crédit auprès du Roi son maître ,. dont il ayait été le favori^ et qu'il ne se rappelât alors le mépris que lui avait toujours témoigné le ministre , ou peut-être , comme l'ont pensé quelques uns, M. de liouvois avait-il destiné ce commandement à l'un de ses fils. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de cei> tain, c'est que ce grand et puissant ministre n'aida pas le Roi des secours qu'il était en son pouvoir de lui donner, et qu'on en pouvait raisonnablement attendre. Les troupes qui vinrent de France ne furent, au fait, qu'un échange pour unnom<^ bre égal des meilleures troupes irlandaises qu'on lui envoya sous les ordres de lord MontcasseK Les armes qu'il fournit étaient si mauvaises qu'elles Défirent que peu de service, et les habillemens si mesquins et si grossiers , que la plupart des Irlandais aimèrent mieux garder leurs haillons que de s'en servir.
Outre toutes ces contrariétés , Sa Majesté avait à lutter contre la discorde et la désunion qui régnait parmi les siens, et qui ne manque jamais
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d'accompagoer les situations dangereuses, le comte de Lauzun ne fut pas plutôt débarque à Corke , que , s'y trouvant dépourvu de plusieurs choses, soit que le comté eût négligé d'y pourvoir, ou par la faute de lord Dover , que le Roi avait envoyé tout préparer pour la réception de ses troupes, il s'emporta violemment contre ia conduite de ce lord , probablement aussi peu propre à l'emploi d'intendant que l'autre à celui de général. Mais le Roi était forcé de se servir des instrumens qu'il avait, ou de ceux qu'on lui mettait entre les mains; et il fallait autant d'habileté pour les empêcher de se nuire l'un à l'autre, et par conséquent de lui nuire à luimême, que pour tirer parti d'un assemblage si incohérent et si discord. Il avait été obligé de renvoyer, avant la dernière campagne, lord Melford qu'il avait amené avec lui comme son seul secrétaire d'État, et qui remplissait nonseulement cet emploi, mais encore avait voulu se charger des affaires de la guerre , de l'artillerie, en un mot, s'était emparé de tout le pouvoir. Cet immense crédit avait soulevé contre lijii lord Tircoopel , et la généralité des Irlandais qui, naturellement jaloux des étrangers , ne pou* vaient souffrir que celui-ci , peu aimé même dans son propre pays, s'arrogeât toute l'autorité, et leur enlevât toute la faveur du Roi. Cette jalousie aVait passé jusqu'au comte d'Avaux^ ambassa-
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deur de France^ qui, de son côte, prétendant à la direction générale des affaires, ne prenait pas patiemment la confiance , ou plutôt la préférence que le Roi témoignait en presque toutes les occasions à lord Melford. Ces deux factiorfs s^étant enfin réunies contre lui , il ne fut pas de force à leur Élire tête , et le Roi fut contraint de l'éloigner de son emploi , et même du royaume. La même raison empêcha la Reine de le garder à Saint- Germain; car^ s'il y fût demeuré, et que toutes les affaires eussent passé par ses mains, cela eÀt accru les jalousies au lieu de les calmer. Pour éviter cela, et cependant ne pas écarter entièrement lard Melford, on l'envoya à Rome y né-, gocîer les affaires du Roi, et Sa Majesté Très-* Chrétienne lui donna une pension pour le mettre en état de soutenir son rang dans cette cour. lie caractère actif et entréprenant de ce lord avait soulagé le Roi dé beaucoup d'affaires , qui, après son départ, retombèrent en entier sur Sa Majesté» hors d'état de s'aider de ses serviteurs désunis; mais en même temps il l'avait engagée dans beau« coup de discussions où elle ne fàt pas entrée d'elle-même. Il s'en éleva une, particulièrement à l'occasion du droit de présenler^ux bénéfices ecclésiastiques, de telle sorte, que ceux qui eut seraient investis parussent être autorisés à agir ea vertu de la commission royale. On i^garda cette prétention comme un empiétement sur le
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pouvoir spirituel de l'Église; mais le Roi, qui, de sa nature, était toujours excessivement circonspect et scrupuleux sur les choses de ce genre, rectifia cet abus quelque temps avant le comïnencement de la campagne , et s'occupa aussi de pre'parer tout ce qui était nécessaire pour la commencer. Ces soins étaient en quelque sorte entièrement à sa charge ^ il prit des peines incroyables , et Ton s'étonna qu'il pût supporter une si prodigieuse fatigue. Il se serait trouvé beureai s'il eût été bien secondé^ ou même qu'on eût exécuté ses ordres comme il le fallait; mais comme il n'en était rien , presque tout ce qu'il faisait était du travail perdu. Il y avait à peine quelques magasins sur les frontières , bien qu'il eût pris des mesures pour en avoir, en sorte que non-seulement l'armée, mais la ville de Dublin étaient sur le point de manquer de pain, si l'on n'en eût fait venir du dehors. On lui avait fait accroire pendant quelque temps qu'il avait cinquante mille hommes , et il avait payé en conséquence; il n'en avait que dix-huit mille d'effectifs. Son artillerie et les munitions que M. de Lauzun avait apportées de France, demeuraient à Corke , faut? de moyens de transport ; tandis qu'il avait le chagrin de voir chaque jour les vaisseaux du prince d'Orange passer dans le canal sans être inquiétés , pour aller porter dans le nord des troupes , et tout ce qui leur était né-
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cessaire. Cela le détermina à presser les mioistres de la cour de France d'envoyer leur flotte dans le canal Saint-Georges y soit pour transporter sa petite armée en^ Angleterre , soit aa moins pour empêcher les Anglais de faire passer la leur en Irlande; mab les mauvaises dispositions du mi-* nistre^ augmentées peut-être par les lamentables récits que ne cessaient de faire passer M. d'Avanx et les officiers français^ firent que l'on continua de fermer l'oreille à toutes ces propositions.
I^ss Français > au lieu d'aider le Roi dans cette extrémité ^ poussaient chacun de leur côté , et n'étaient pas au fond très-affligés de voir les choses aller si mal, parce que cela justifiait leurs rapports, et faisait honneur à leur jugement* Enfin^ les besoins > la désunion et le découragement arrivèrent à tel point, que les affaires du Roi présentaient l'aspect de l'ancien chaos. Cependant son courage et son application aux affaires ne se ralentirent point. La Reine ^ de son côté, voyant ses sollicitations inutiles , voulait 'mettre en gage le reste de ses bijoux pour acheter les choses nécessaires. Elle avait déjà envoyé en Irlande une somme considérable qu'elle s'était procurée de cette manière; mais le Roi lui manda que les affaires étaient trop près de la conclusion , pour qu'il eût le temps d'attendre des secours obtenus par cette voie. Ainsi donc, malgré tant de présages défavorables , il se mit en campagne avec
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des troupes j la plupart de nouvelles levées ^ à moitié disciplinées 9 à moitié armées^ de moitié moins nombreuses que celles de reonemi^ avec une faible artillerie et très-p,eu d'argent^ pour tenter encore une fois la fortune contre un« armée de plus de quarante mille homjOEies 9 la plu* part vieux régimens, bien équipés , accompagnés d'une flotte et de trente pièces de canon de gros calibre. Tout ce que le B.oi avait à leur opposer, c'était la fidélité de ses troupe^. Conpime c'était la seule chose qui lui eiU manqué en Angleterre, et que faute de cela tout le reste avait été inutile, il se flatta que cette fidélité pourrait compenser ce qui lui manquait d'ailleurs; n^is^ vu feKessive inégalité des forces., il ne se proposa autre chose que d'essayer si , en défendant les postes et les rivières , il pourrait fatiguer et épuiser les forces des ennemis. Il avait éprouvé par la précédente campagne que rien ne leur était plus funeste que les délais; à la vérité , c'était un jea que la disette où il se trouvait de toutes choses lui rendait de son côté difficile à soutenir.
Telleétait la situation desaffaires du Rpî^ quand il eut avis^ par ses espions et les déserteurs, que le prince d'Orange et toute cette grosse armée allaient être bientôt sur lui. Il jugea donc à pi^opos de s'avai^cer avec st& troupes jusqu'à Dundalk, de détruire tous les fourrages des environs et de couvrir le pays qu'il avait derrière lui. Dans
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cette ruLCy il quitta Dublin le i6 juin^ et joignit cette partie de son armée qui s'était avancée à Castletowne-Bellew ^ sous le commandement de M. de Girardin^ un de ses lieutenans-généraux; il s'y campa en ayant de la montagne, à droite Ters la ville ^ ayant devant lui la petite rivière qui va tomber dans la mer à Dundalk, Les Français et la plus grande partie de son armée Tinrent le joindre dans son camp» En même temps leprince d'Orange ayant débarqué à Carrickfergus le i4 juillet^ fit sortir ses troupes deBelturbat et d'Inniskillin ^ et des autres villes du pays^ lais^ sant peu de monde dans chaque garnison; et aussitôt qu'il eut fait reposer ses soldats , et se fut de'terminé sur sa marche, il s'avança sur la Newiy. Trouvant le Roi toujours près de Dundalk avec son armée, il s'arrêta trois ou quatre jours pour attendre la sienne^ délibéra s'il irait droit àDandalk, ou s'il ferait un petit circuit et marcherait par Armagh. Pendant ce temps, il détacha des partis des différens côtés pour reconnaître le pays; et comme on avait remarqué qu'il en envoyait un toutes les nuits à un passage appelé le pont de Halfway, entre Dundalk et Newry, pour attaquer un poste de cavalerie et de dragons que le Roi y avait placé, Sa Majesté fit sortir un parti de cavalerie et d'infanterie sous les ordres du colonel Dempsy, et du lieutenant-général Fitzgerald, leur ordonnant de se pla- 4' II
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c6r en embuscade , et^ s'il était possible^ de surprendre Fennemi : ce qui s'exécuta avec ua tel succès que le détachement ennemi , composé àe deux cents hommes de pied , et de soixante dragons, tomba dans l'embuscade au point du jour^ et fut en grande partie taillé en pièces. Les quatre capitaines qui le commandaient et la plupart des officiers subalternes furent tués ou faits prisonniers. On ne perdit du côté du Roi que peu de soldats , mais le colonel Dempsy fut blessé , et mourut de ses blessures deux ou trois jours après. Ce petit avantage anima le courage dés soldats du Roi , et augmenta le désir iqu'ils avaient de combattre, mais ne changea rien à sa i:ésoltition d'éviter tant qu'il le pourrait une bataille. Apprenant donc que le prince d'Orange avait tout préparé pour sa marche , et était déterminé à venir droit à Dundalk, comme il ne pensait pas pouvoir y tenir contre une si grande armée, il se retira le aS à Ardee oii son artillerie vint le rejoindre; et ayant appris par ses^artîs et par les déserteurs, que l'ennemi avait passé lés montagnes entre Newry et Dundalk , il se retira le 27 à Dumlane, et le lendemain sur la Boyne* Il passa cette rivière, et campa de l'autre côté tout contre le pont, sa droite vers Droghedah, et sa gauclie vers la rivière. Comme la position était passablement bonne, et que le pays n^en offrait pas de meilleure, il s'y arrêta, et se résolut
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d'at(eodre FenDemiy quoiqu'il n'eût pas plus de vingt mille hommes ^ et que le prince d'Orange en eût entre quarante et cinquante.
(( Ce qui engage le Roi à risquer une bataille malgré l'inégalitë des forces ^ c'est qu'il vit bien que s'il ne combattait pas alors , il pouvait tout ])erdre sans coup férir et être obligé d'abandonner Dublin , le Munster , de se retirer derrière le Shannon , et de se trouver ainsi réduit! la proviûcede Connaught oii^ comme il n'avait pas de magasin y il. ne pouvait subsister long--temps , ca^^ c'était le.plus mauvais pays à blé de toute l'Irlande; d'ailleurs ses geps semblaient désii^r de eom^ battre^ et comm^ c'était de nouvelles levées^ ils se sera^nt découragés $1 ou les eût fait retirer continuellement devant Tennemi^ tandis qu'ils auraient vu preiïdre sous leurs yeux tout leur pays sans rien tenter pour le défendre. Us n'eussent pas manqué alors de se disperser et de tout abandonner^ reprochant au Roi de ne pas compter sur leur courage et l'assurant qu'ils eussent fait merveille s'il eût voulu seulement les mettre à l'épreuve. Ces raisons et quelques autres détermiaèrent le Roi à hasarder une bataille; il s'y prépara du mieux qu'il put^ et bien qu'on ne pût défendre le gué d'Old-Bridge , cependant pour empêcher, aussi long- temps qu'il serait possible , l'ennemi de s'en rendre maître, il plaççi dans le village un régiment d'infanterie qui se
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retrancha et se couvrit aussi Lien qu'il lui fat pos^ble^ Fennemi ayant de son côté les terrains les plus élevés.
H Le 3o au matin ; lendemain du jour où on avait passé la rivière y l'ennemi parut sur l'autre bord et se rangea en bataille^ sa droite vers Slane^ oùla rivière était guéable presque partout, l'in&nterie en face d'OId-Bridge y sa gauche vers Droghedah. L'aile droite de cavalerie était postée si près de la rivière sur une éminence , que le Roi ayant fait avancer quelques pièces de canon entre son camp et Old-Bridge , elles maltraitèrent tellement cette aile qu'elles l'obligèrent de quitter son poste et de se retirer derrière l'éminence et hors de vue. Cefttt là que le prince d'Orange fut atteint à l'épaule par un des deux premiers coups tirés; il ne lui fit pas d'autre mal que d'effleurer la peau(i).
(i) <}eiat à cette occasion qu'on répandit la nouvelle que le roi Guillaume était mort. On en fit des feux de joie,à Paris. Kalph prétend , volume 2 , page 219, que la nouvelle en étant arrivée à la cour au milieu de la nuit, on envoya des gens courir les rues de Paris, éveillant le peuple en criant « Levez-vous ! et faites des feux de joie ! »> — « Le boulet avait d'abord frappé sur le bord de la rivière, et ce fut en rebondissant qu'il alla frapper l'épaule droite du roi Guillaume , emporta le morceau de son habit , ainsi que la peau et la chair, et alla briser la tête du pistolet d'un gentilhomme qui se trouvait auprès. Lord Conningsbj ne vit pas plutôt Sa Majesté blessée , qu'il s'approcha et mit son mouchoir sur la blessure , pendant que le Roi remontait
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Vers midi le canon arriva et commença à jouer sur quelques parties de notre camp qui était exposé à son action; mais il tirait desilointque^ quoiqu'il y eût au moins cinquante pièces et plusieurs petits mortiers qui tiraient aussi y cela ne nous fit pas beaucoup de mal. Cependant le Roi^ pensant que l'ennemi voudrait peut-être marcher par sa droite vers Slane^ pour y, passer la rivière et tâcher de forcer le gué à Old-Bridge, ordonna que les bagages fussent chargés et prêts à marcher^ afin que le terrain sur lequel il campait se trouvât débarrassé lé lendemain matin. Il envoya le régiment de dragons de sir Neale O'Neale à Slane^ avec ordre de défendre le passage aussi long-temps qu'il lui serait 'possible sans exposer' ses gens à être taillés en pièces, car il pensait que les ennemis tâcheraient dele passer pour présenter ensuite la bataille au Roi ou marcher droit sur Dublin. Il leur aurait été facile au moins d'y envoyer un détachement de cavalerie et de dragons , étant fort supérieurs au Roi sur ce point ainsi que sur tout le reste.
« Le jeudi i". juillet, on entendit l'ennemi battre la générale avant le jour (i), et aussitôt que le
sur son cheval sans changer d'allure, et sans dire autre chose, si ce n'est : « Il h'aurait pas fallu que ce houlet « touchât plus fort. » ( Kennet , tom, 3 , pag. Sgg. )
(i) Ou a un petit volume appelé le Journal Rojral, trouvé
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soleil fut levé on vit son aile droite marcher vers Slane^ suivie d'une ligne d'infanterie. Le Roi ordonna à sà^anchede Marcher de même de l'autre .côté de la rivière et de faire filer les bagages vers .Dublin a vec l'artillerie^'à la re'serve de six pièces de canon qai eurent ordre de suivre l'aile gauche. Les dragons désir Neale O'Neâle firent bien leur devoir et disputèrent le passage pendant près d'une heure^ puis se retirèrent en bon ordre sans avoir perdu que cinq ott six soldats ; mais leur colonel reçut ua Coup de feu dans la cuisse et il y eut un ofScier ou deuxdèblessës. Les ennemis n'eurent pas plutôt passé là rivière qu'ils étendirent leur ligne sar la droite > comme pour nous prendre en flâne ou se placer entre nous et Ptiblin ; ce que voyant M. de Lau2tin^ il marcha à la tête de la gauche pour ne p^s se laisser déborder et observer leurs mouveméns. Pendant ce temps y le Roi se rendait à
parmi les papbrs du roi Gnillaume , et dont une partie atait été écrite de sa main. « On y voitque vers minuit il pArcoamt « à cbeval presque toute son armée à la lueur des torches, « puis se retira dans sa tente, attendant, comme il 1 e dit lui- . <( même avec impatience , la glorieuse journée qui s'appro- «< cbait. » Le mot d'ordre de cette nuit fut Westminster; et M Sa Majesté donna l'ordre que chaque soldat se fournit d'une provision de poudre et de balles, et que tout le monde fût prêt à marcher au point du jour, chacun portant à son chapeau une branche verte pour se distinguer des ennemis, qui portaient dans les leurs des morceaux de papier. » ( Troisième édition 1705, page 73. )
la droite pour faire marcher promptement les troupes à la suite de Lauzua, car ii croyait que le corps d'armée de TeDoemi suivait sa droite et avait passe la rivière à Slane^ et quand le Roi arriva^ il trouva le duc de Tirconnel avec sa droite de cavalerie et de dragona et les deux premières brigades de la première ligne en bataille devant Old-Brtdge. Il ne jugea pas devoir les retirer de 4e poste avant que son canon et son bagage fassent plus avances vers Dublin. Cependant le^ reste de Tinfanterie marcha eu avant ^ le flanc vers* Lauzun^ et le Roi prit la réserve formée de la cavalerie de Purcell et de Tinfanterie de Brovrn^ à h têle de laquelle il marcha et atteignit Farrière de rin&aterie q^î suivait Laui^un; là il oi'donna à sir Charles Carny 9 qui comoiandait la réserve^ de se porter à la droite de la première ligne^d'in-fanterie pour y faire une sorte d'aile gauche et marcher ensuite le long de la ligne ou il trouva Lau^un et l'eanemi rapgiQs en bataille, à demi— portée de canon en face l'un de l'autre* Le Roi ne jugea pas à propos de charger alors ^ parce qu'il attendait les troupes qu'il avait laissées à Old- Bridge ; mais pendant qu'il en conférait avee M« de Lauzun^ un aide-de^camp vint lui apprendre que l'ennepii avait forcé le passs^ge à Old-Bridge et que l'aile droite était battue. Le Roi le dit à l'oreiUe de Lauzun , ajoutant qu'il n'y avait plus ai^t^e chose à faire que de charger sur-le-champ
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renneml avant que ses troapes pussent savoir ce qui s'e'tait passe' à la droite et d^essayer par là si Ton pourrait recouvrer Tavantage.de la journée. En conséquence^ il envoya en avant M. de la Hoguette à la tête de l'infanterie française^ fit descendre les dragons de cheval et les plaça dans les intervalles de la cavalerie^ ordonnant à M. de Lauzun de marcher en avant; mais comme il commençait à se mettre en mouvement ^ Sarsfîeld et,Mackwel qui avaient été reconnaître le terrain entre les deux armées, rapportèrent qu'il était impossible à la cavalerie de charger l'ennemi à raison d'un petit ruisseau qui courait le long de la petite vallée située entre les deux armées , et avait de chaque côté un double fossé dont les bords étaient fort élevés ; en même temps les dragons ennemis montèrent à cheval, toute leur ligne commença à s'ébranler par le flanc droit, et un village nous cacha bientôt la vue de leur avant-garde, seulement à la poussière qui s'élevait derrière, ils semblaient s'efibi^cer de gagner la route de Dublin ; sur quoi le Roi , voyant qu'il ne pouvait les attaquer, jugea à propos de marcher aussi par la gauche vers la route de Dublin , et de passer à Dulick un petit ruisseau impraticable plus haut à cause du marais^ LeRoinefutpasplutôten marche, qu'il devint impossible de cacher plus long-temps à ses troupes la défaîte de l'aile gauche. Plusieurs cavaliers dispersés et blessés les atteignirent avant
qu'ils eussent gagné Dulick, sur quoi M. de Lauzun conseilla au Roi de prendre son- régiment de ca- Talerie^ qui faisait Tavant-garde de cette aile , et quelques dragons , et de se hâter d'arriver le plus promptement qu'il le pourrait à Dublin , dans la crainte que les ennemis^ qui étaient si forts en cavalerie et en dragons , ne fissent des détachemens et n'y arrivassent avant lui, ce qu'il ne doutait pas qu'ils ne tentassent. Le Roi, s'il arrivait le premier, pourrait, avec ce qu'il amenait de troupes et la garnison, empêcher l'ennemi de se mettre en possession de la ville jusqu'à ce que M. de Lauzun eût pu faire la retraite, dont il pria le Roi de lui laisser la conduite. Il lui conseilla de ne pas demeurer à Dublin , mais de partir en toute hâte pour la France, afin de ne pas tomber entre les mains des ennemis, ce qui serait nonseulement sa perte , mais celle du prince son fils. Tant qu'on vivait , disait-il , l'espérance n'était pas perdue. Le Roi une fois rentré en France, sa cause ne serait pas si désespérée puisque les Français seraient alors probablement les maîtres de la mer. Il ajouta qu'il donnerait une de ses mains pour avoir l'honneur de l'accompagner ; mais qu'il fallait qu'il s'efforçât de faire sa retraite de son mieux, ou qu'il mourût avec les Français dans le cas où il serait battu. Cet avis était tout-à-fait contre le goût du Roi, il s'y refusa à plusieurs reprises. M. de Lauzun ne cessant de
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le presser. Il reconnut^ par le compte plus dé^taille' de ce qui s'était passé à l'aile droite, que toute TaFiuée eoneinie avait traversé la rivière , ce qui forçait à la retraite les troupes mêmes qui n'avaient pas été battues^ et par conséquent l'y obligeait aussi.
« Il paraît q^'à Old-Bridge , les ennemis ayant aperçu que l'aile gauche et la plus grande partie de rinJGanterie avaient suivi Lauzun , étaient venus avec un corps çonsidcrabled'infanterie, tous étran- ^rs , attaquer 1^ régiment posté au village d'Old- ,Bridge , dont ils s'étaient promptement rendus les maîtres. Alors les sept bataillons de la pre- 4nière. ligne qui avaient été laissés de ce côté et s'étaient rangés en bataille un peu derrière l'énai- .nence qui les mettait à l'abri du canqn des Qnnemis^ marchèrent très-courageusement à la charge, et malgré lé feu continuel des ennemis arrivèrent à la portée de la pique. Le major Arthur qui était à la tête du premier bataillon des gardes, perça l'ofiicier qui commandait le bataillon; mais en même temps la cavalerie ennemie commença à passer la rivière. 1/ infanterie royale s'en apercevant lâcha aussitôt le pied, inalgré ce que purent faire pour l'arrêter Dorrington et les autres officiers. Il eu coûta la vie à plusieurs capitaines, comme Aruudel, Ashtop, Dungan, Fitisgerald et deux outrais autres, sans compter le marquis d'HocquincQurt qui fut tué avec plusieurs de s»
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briga<)e. fiarker , tteuteiiaiât-cdlonel des gankd, et le major Arthur^ furent blesses tous deux; be deruier mourut dans ta journée. Tous les efforts du duc de Tirconnel ini-méme ne purent parvenir à rallier Fiufanterie; cependant les dragons et la cavalerie de l'aile droite marchèrent en avant et chargèrent la cavalerre et l'infanterie de Tennenii pendant qu'il passait la rivière ; mais dès les premiers pas lord Dungan fut tue d'un coup decanoo^ en sorte qu'où ne put rien obtenir de ses dragons. Ceux de Clare ne firent pas beaucoup mieux. Ce-^ pendant la cavalerie fit son devoir avec beaucoup de bravdure^ et si elle ne put parvenir à rompre rinfûnterie des ennemis^ ce fut à cause du désa*vantage du terrain et non par aucun manque de tigttear; car, après avoir ëterepoussëe par Tinfànlerie, elte se'railia de nouveau, chargea la cavalerie efti^emie et la battit à toutes les charges. Les compagnies de Parker et de Tirconnel furent celles qui souffrirent le plus dans cette occasion. Powcll et Vaudrey, tous deux lieutenans des gardes , et plusieurs exempts et brigadiers des dent compagnies furent tués, ainsi que le comte deCarlitigford, M. d'Amande et plusieurs autres volontaires qui avaient chargé avec eux. Dans la compagnie de Tirconnel fiirent blessés MM; Nugént et Casanone; le major Mara et sir Charles Tûle furent tués, et Bada blessé. De la compagniede Parker le côbnel fut blessé , le lieutenant^
colonel Greén fut tué aiùsi que le major Dodiogton et plusieurs autreis officiers. Il ne resta pas de ces deux escadrons plus de trente homines-en état de service. Le régiment de Sunderland^ quoique son colonel fût blessé^ ne souffrit pas beaucoup; il n^avait eu affaire -qu'à la cavalerie ennemie qu'il repoussa promptemeht; mais enfin il fut si rudement mené et tellement accablé par le nombre^ qu'il fut totalement mis en déroute. Le lieutenantgénéral Hamilton fut blessé et fait prisonnier à la dernière charge. Le duc de Berwick qui avait eu son cheval tué sous lui^ demeura quelque temps parmi les ennemis; la cavalerie lui passa sur le corps et il en fut très-maltraité; cependant il s'en tira par le secours de l'un de ses cavaliers. Sheldou ' qui commandait la cavalerie eut deux chevaux tués sous lui. Les ennemis perdirent aussi quelques hommes de distinction y entre autres le maréchal de Schomberg, tué, dit-on, par sir Charles Take ou par O'Toule, exempt des gardes, au moment où il traversait le gué. Calimot fut également tué , ainsi que deux autres colonels et le lieutenant-*coloneI du régiment deSchomberg. Ce régiment souffrit beaucoup, ainsi que les gardes du corps du prince d'Orange; mais cette. perte était peu considérable pour une telle armée. Ce fut donc une grande faute à l'ennemi de ne pas poursuivre la droite de l'armée du Roi après l'avoir battue, car il pouvait ainsi arriver à Dulick avant
le Roi qui était avec la gauche , et ainsi il lui eût coupé la retraite et mis l'armée entière en déroute. Le Roi n'eut pas plutôt passé le défilé avec l'ayant-garde de sa gauche que , tandis quHl marchait vers Dublin , Tirconnel fît sa jonction ayec Lauztin au moment où il passait à son tour. L'ennemi parut alors et sembla vouloir attaquer l'arrière-garde ; mais, à la tête de quelque cavalerie, ils firent volte-face et si bonne conteuance, que les autres leur laissèrent passer tranquillement le ruisseau et emmener cinq pièces de canon des six de la gauche : la dernière demeura embourbée dans le marais et fut perdue. L'armée fit de là sa retraite en bon ordre jusqu'au Néal , autre grand défilé^ l'ennemi le suivant toujours, mais sans l'attaquer. Cependant la nuit arrivée , il cessa sa poursuite ; mais les troupes n'étaient pas délivrées de la terreur panique qui les avait saisies, et aussitôt qu'il commença- à faire nuit, la plus grande partie de l'infanterie irlandaise se dispersa ; plusieurs d'entre les Irlandais avaient déjà jeté leurs armes et déserté ; mais les Français se maintinrent en corps et firent leur retraite en bon ordre.
« Le Roi s'étantenfin rendu à l'avis de M. de Lau- Kun^ gagna Dublin cette nuit même. Il y rencontra le major Wilson, qui lui apportait des lettres de la Reine , et lui appi:it que le prince de Waldeck init été complètement battu à Fleurus, p^ir le
apkarëchal de liUxemWui^. Cette boii)B$ iK)Uy«lle Je confirma dans l'idée de retourner en France; mais avant de s'y décider complètement >. il es parla en particulier à chacun de œux de^membres de son conseil privée auxquels il se fiait le plus, .cpmme les deux chanceliers^ le duc de Powis^ le secrétaire Neagte^ le marquis d'Albeville^ Je lord grand^baron et d'autres : tou$ furefi^ d'avis qu'il ne devait pas perdre de temps à se repdi^e en France, et qu'il courait grand risque d'être pris par l'ennemi, qu'ils jugeaient devoir être à Dublin le lejodemain matin,
K Vers minuit, le duc de Berwick envoya un aide-de-camp donner avis au Roi qu'il avait rallié à Brasil environ is^pt mille hommes d'infapterie , et le prier de vouloir lui envoyer quelque cavalerie et quelques dragons pour le pselttre eo état de faire sa retraite* Sur quoi les six campa* gnies du régiment de dragons de LuUerel, et troisde la cavalerie d'Abercqm, les. seules qu'eût le Roij outre ce qu'il avait amené avec lui, eurent ordre d'aller rejoindre le duc de Berwick; mais sitôt qu'il fut jour, le duc s'aperçut que la plupart de ses troupes s'étaient dispersées de nouveau. Il en fiidonner avis au Koi, et vers le même temps M. Taaf^ chapelain du dup de Tirconnel, honnête et prudet^t ecclésiastique, vint de sa part presser le Roi de quitter Dublin , içt de retourner en France le plus promptem^nt qu'il lui serait
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possible, ri le priait en même temps d'envoyer sur-le-cliamp toutes les troupes qui étaient dans la ville à Leslip/oii il marchait, ainsi que M. de Lauzun^ avec tout ce qui leur restait , n'ayant pas le projet de venir à Dublin , d'où il leur serait peut-être ensuite difficile de retirer assez à temps leurs troupes fatiguées. Le Roi ordonna donc à Simon Luttérel de marcher sur Leslip , avec tout ceqii^ii y avait de forces.dans la ville : il ne garda auprès de lui que deux compagnies de son propre régiment de cavalerie. Cédant à Tavis de ses amis, il résolut d'aller en France pour essayer s'il pourrait agir de ce côté un peu plus efficacement qu'il ne pouvait l'espérer en Irlande avec des troupes dispersées et découragées..
V Au moment où le Roi montait à cheval, MM. de La Hoguette, Famechon, Chemeraut et Marode, tous officiers-généraux ou colonels, vinrent le trouver, et lui dirent qu'ils avaient reçu ordre de M. de Lauzun de le rejoindre, lui et le duc de Tirconnel à Bunbo.in , et que ne les y trouvant pas ils étaient venus les chercher à Dublin. Le Roi leur ayant demandé ce qu'e'^taient devenus leurs gens, ils répondirent que la faim et la fatigue les avaient dispersés, et qu'il était inutile de les tenir ensemble, car ils n'avaient plus de quoi tirer, et que l'ennemi était si près de la ville que Sa Majesté n'avait pas de temps à perdre pour se mettre en sûreté. Ils dirent au Roi
que leurs chevaux étaient fatigués^ et le prièrent de leur en prêter d'autres afin qu'ils pussent l'accompagner; mais comme le Roi^n'en avait point il les laissa à Dublin^ d'où il partit vers cinq heures du matin ^ et marcha 'sans se presser vers Bray^ environ à dix milles de Dublin^ où il ordonna aux deux compagnies qu'il avait avec lui de demeurer jusqu'à midi^ pour défendre ce pont aussi long-temps qu'elles le pourraient^ dans le cas où quelques détachemens des ennemis viendraient à les poursuivre. Il continua de là son voyage à travers les collines de Wicklovv , avec un petit nombre de personnes^ jusqu'à ce qu'il arrivât près d'Ârclo à la maison d'un M. Btacket^ où il attendit environ deux heures sa cavalerie; puis il poursuivit son voyage vers Duncannon.
i< Le Roi était à peine à deux milles de la maison de M. Hacket^ qu'il fut rejoint par les quatre officiers français qu'il avait laissés à Dublin. Ils l'assurèrent que s'il ne faisait pas plus de diligence^ il serait assurément pris; qu^ils avaient été poursuivis très -chaudement pendant plus d'un mille par un détachement ennemi^ qui ne pouvait être à plus d'un mille de là. Le Roi répondit qu'il lui paraissait impossible que les ennemis se fussent avancés si loin, que c'était probablement des gens du pays qu'ils auraient pris pour des troupes. Us répondirent qu'ils espéraient que Sa Majesté les croyait capables de distin-
guer des troupes de Cé qui li'eft était pas; qu'ils étaient trè^sû<*sd'*Vôîr reconnu celles-fâ, qu'elles formaient t^ois du quatre petits escadrons^ et avaient envoyé ëh avant un détachement qui les avait poussés et poursuivis près d'uh mille y tit ùe pouvait ètte demeuré pltKs d'un raille en arrière. Ils pariaient d'une maiiièrè si positive qne le Roi crut devoir hâter ïe pas, et, diaprés léui* conseil , laissa vers ta chute du j^ui' La Rile èl un brigadier des gardes à' un pont où ils avaient oindre d'arrêter rénnémi en cas de poursuite. Hs y demeurèrent environ une deini-heùrey et, li^ét^ tendant point pailler des ennemis y se rendirent à l'a suite du Roi , qui , ayant voyagé foute la huit, atteignit l)uncannon vers le feVér du ^étéil'.
«r M.- de La Hoguètte et ses Compagnons se rendirent tout droit au Passage, où ils trouvèrent le Lauznrii bâtiment de Saint-Malo, de vingïhuit cataons , nouvellement arrivé â^vec un cteirgement die blé et d'autres denrées pour rirlàtidé. Ils obtinrent du capitaine de mettre sous Voilé et dé deâK^endre avec la' marée à Duucannon. Ils viil* rent trouver le Roi vers niidî, et lui rendirent compte de ce qu'iris aVâieùtfaitetluiconseillèrenf de nyonter' à bord de Ce bâtiment , pensant qu'il hiî serait plus aisé par ce moyen d'ailer par mer àr Kingsale que de s'y rétidre par Watérfort; que le vent était bon et la côte libre, et'qiié si Sa Majesté pouvait partir le soir, elle serait à Kingsfile le 4- ' i^
lendemain matin de bonne heure* La proposition plut au Roi : il monta sur le vaisseau aussitôt qu'il fut arrivé^ et passa la barre avant la nuit. Lorsqu'il fut en mer^ ces messieurs voulurent lai persuader de se rendre droit à Brest; mais le Roi ne le jugea pas à propos. Il arriva donc le lendemain de bonne heure à Kingsale^ ou il trouva M. Foran^ chef d'escadre, à la tête d'une escadre de sept petits bàtimens français accompagnes de quelques vaisseaux marchands charges de blëset de vins. Il y trouva aussi M. Duquesne avec trois petites frégates. »
La Reine avait obtenu qu'on envoyât en Irlande > pour y être aux ordres du Roi, ces vais-> seaux qui se trouvaient là si à propos, et elle ëtaît parvenue à intéresser tellement M. de Seignelay, ministre de la marine , qu'il était animé d'un graiid zèle pour la cause du Roi, et avait mis en mer une flotte suffisante pour disputer , comme on le vit bientôt après , l'empire des mers aux Anglais et aux Hollandais réunis , en sorte q|ie si le Roi eût pu retarder de quelques semaines l'affaire décisive de la Boyne, il aurait vu cette flotte maîtresse du canal de Saint- Georges , et en état de le transporter en Angleterre , lui et son armée, ou d'empêcher le prince d'Orange de recevoir en Irlande aucun secours. C'était là le projet de ce ministre; mais la vie du Roi, dans ses dernières années, ne devait offrir qu'un en-
chainement de malheurs et de contrariétés. Les aTantages remportés par les Français ne lui seryirent à rien, et ses malheurs furent doublés par le tort qu'ils lui firent auprès de ses amis aussi bien qu^auprès de ses ennemis , com me on leyit en cette occasion.
Le Roi, avant de s'embarquer, écrivît à lord Tirconnel que, d'après son avis, celui de M. de Lauzun et du reste de ses amis, il partait pour laFrance,d'où il espérait leur envoyer des secours plus considérables. Il leur laissa cinquante mille pistoles qui étaient tout ce qu'il avait d'argent* Après quoi il s'embarqua, et arriva le :2o juillet à Brest, d'où il envoya un exprès à la Reine pour l'informer de son retour, et du malheur qui lui était arrivé dans le pays d'où il venait. Il lui disait qu'il sentait bien qu'il serait blâmé d'avoir risqué une bataille avec une telle infériorité de forces, .mais qu'il n'avait pas d'autre position aussi avantageuse pour la donner, et que sans cela il aurait fallu tout abandonner sans coup férir, et se voir enfin repousser dans la mer.
Mais comme les actions des malheureux sont toujours critiquées de plus d'une manière, tandis que quelques uns blâmaient le Roi d'avoir trop hasardé , d'autnres le blâmaient de n'avoir pas hasardé davantage , et d'avoir sitôt quitté l'Irlande. Il n'est pas douteux qu'il n'eût pris ce parti trop précipitamment, et l'on pouvait s'étonner que lord
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Tirconnel l'en eût pressé si vivement, à moins que ce ne fût par afFection pour la Reine, qu'il voyait si effrayée des dangers da Roi, que sa vie était une agonie perpétuelle. Elle Tavait frëquemnient conjuré da veiller par-dessus tout à la sûreté du Roi, et lui avait dit qu'il ne devait pas s'étonner de ses instances réitérées à cet égard; car, à moins de voir son cœur, il ne pouvait imaginer les tourmens qu'elle souffîrait, et elb le priait de continuer ses soins, quelque cbose qui pût en arriver. Elle a avoué depuis que , biea ' que la perte de la bataille l'eût miise au désespoir, et qu'il lui fût bien triste de s'épuiser à penser au malheur du Roi, au sien et à celui de seâ amis, et à s'en désoler, sans être en état de les soulager, cependant c'avait été pour elle un soulageixtôflt inexprimable d'appreùdre que le Roi était en sûreté ; car si elle eût été instruite de la perte de la bataille avant de savoir que le Roi arriérait , elle ne savait ce qu'elle serait devenue. Elle ne pouvait donc s'empêcher de savoir gré à lord Tirconnel et à M. de lauzun de l'avoir pressé de revenir; car , bien que ce fût, elle en convenait, une chose cruelle que de le voir aussi malheiirieux qu'il Tétait en France, cependant, eii dépit de sa raison, son cœur, disait* elle, se réjouissait de l'y revoir. Cette sollicitude pour la sûreté du Roi qui remportait en quelque sorte sur toutes les autres considérations, n'était pas seulement pardonnable,
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mais louftble chez la Reine ; mais ceux qui de* valent s'occuper de Tavantage du Roi ainsi que celui de ses sujets et de sa réputation dans le monde ^ n'auraient pas dû se tant presser de lui donner ces conseils décourageans qui l'engageaient à paraître ainsi abandonner une Cause capable d'offrir encore tant d'espérances. La perte de la bataille l'obligeait seulement à suivre le conseil que lui donnaient depuis long-temps M. de Rosen et d'autres (aciers expérimentés. Il avait toujours derrière lui les meilleurs ports et quelques unes des plus fortes places du pays ; il pouvait donc se dpnner lé temps d'attendre pour voir si l'armée^ que la bataille avait très-peu diminuée^, ne viendrait pas à se rallier^ ce à quoi sa présence aurait grandement contribué. Mats cette fuite si prompte était un grand motif de découra-jgement, et il devait étreassuré que ses sujets/ et> surtout la cour de France ^ se détermineraient avec peine à soutenir une guerre qu'il abandonnait si précipitamment ; mais , d'un autre côté , \Y n'y avait pas lieu de s'étotmer que le Roi s'y fût déterminé ^ quand il voyait son conseil et ses généraax mêmes ^ ainsi que tout ce qui l'entourait, lui donner les mêmes conseils. Cette terreur panique genéride qui faisait voir à des officiers français y gens habitués à la guerre , des troupes ennemies là où certainement il n epouvait y en avoir à plus de vingt milles^ rendait Le Roi fort excusable
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du mauvais parti qu'il prit alors. Tout cela cependant n'eût pas suffi pour le déterminer à quitter l'Irlande, s'il n'eût cru que c'était là le meilleur moyen de réparer ses pertes, au moyen d'un projet qu'il avait formé et qui lui avait en effet été proposé par la cour de France.
he prince d'Orange était alors en Irlande avec la fleur de ses troupes. Malgré sa dernière victoire, le pays était loin d'être soumis : il ne pouvait donc, sans s'exposer à perdre tout le fruit de cette victoire, songer à le quitter de long-temps. D'un autre côté, les Français, après l'avantagé qu'ils ;aviEiient remporté sur Içs Anglais à la baie de Bantry , étaient regardés comme maîtres de la mer, et on ne pouvait douter qu'ils ne fussent également les maîtres sur terre, surtout depuis l'entière défaite du comte de Waldeck à Fleurus. Toutes ces considérations firent imaginer au Roi que le plustot qu'il iraitenFrance serait lenrieux, ne doutant pas qu'il ne pût convaincre Sa Majesté Très-Chrétienne que le moyen le plus prompt et le plus efficace de le rétablir sur le trône et en même temps de rompre cette ligue redoutable formée contre la France , ne fût de le transporter en Angleterre avecr une armée proportionnée à l'entreprise ; que le pays était alors vide de troupes, et que le peuple paraissait disposé à réparer sa faute aussi bien que son erreur dont il commençait à rougir également. Il pensait qu'il fau-
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drait en même temps envoyer une escadre dans Je canal de Saint-Georges pour empêcher le prince d'Orange cie retirer ses troupes d'Irlande ou d'en transporter quelques unes en Ecosse. Ce fut là principalement ce qui disposa le Rot à quitter si promptement l'Irlande^ et la nouvelle qu'il reçut^ en arrivant à Brest , d'une victoire signalée que les Français avaient remportée dans la baie de Bantry^ sur les Anglais et les Hollandais réunis^ lui donna lieu de penser qu'il devait se féliciter extrêmement du parti qu'il avait pris.
Le Roi était instruit de ce projet de livrer .bataille aux Anglais et aux Hollandais dans le détroit; il savait que M. de Seignelay, qui en était Fauteur, comptait que M. Château-Renaud se rendrait en même temps dans le canal Saint- Georges avec une flotte de vingt-cinq frégates légères et brûlerait tout ce qu'il y trouverait de vaisseaux , excepté ce qu'il fallait pour emmener le Roi et quelques troupes, et par ce moyen retiendrait le prince d'Orange et son armée en Ir-» lande. C'était certainement le projet le plus sage et le mieux combiné et ce qu'on avait jamais pu imaginer de mieux pour le rétablissement du Roi ; ce fut là surtout ce qui l'engagea à repasser en France , oîi il espérait arriver assez tôt pour se trouver au moment de l'exécution; mais l'affaire était faite, comme on l'a dit^ avant son arrivée. Les Français, après avoir remporté la victoire^
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en tirèrent pe^i d'avantagie^ soit pour te Roi, soit pour eux-mêmes. M, de Sicîgnelay s'était trouvé malade^ ce qui IWait empêché de se Fendre sur la flotte, comme il parait qu'il en j^Yaitriatention^et lavait forcé 4'eu donner le commandement au claevalier de Tourville, qui exéçutasa commission, jusque-là qu-il battit la flotte , mais ne poursuivit passa vicitoire, et ne brûla pas les vaisseaux anglais comme il en avait reçu l'ordre. Lorsqu'à son retour M. de Seigneiay lui demanda pourquoi il ne l'avait pas fait, il dit pour excuse que les Anglais, en enlevant les balises, avaient rendu l'entrée de la rivière si dangereuse, qu'il n'avait osé s^y hasarder. M. de Seigneiay, qui avait épousé avec beaucoup de chaleur la cause du Roi, chagrin au dernier point de voir son projet manqué , dit à M. deTpurvUIequecMtait par sa seule lâcheté qu'il avait laissé échapper une occasion si favorable de ruiner la flotte anglaise et de rétablir le Roi. L'amiral, qui ne manqujEiit pas de courage , prit feu à ces paroles et commença à témoigner son Pressentiment. M. de Seigneiay, pour adoucir ce qu'il avait dit , l'assura qu'il n'avait point eu l'intention de jeter le moindre doute sur sa bravoure personnelle, qu'il savaitque personne n'en avait davantage, qu-il n'avait voulu parler que de sa eonduite, et qu'il y avait beaucoup d'hommes, et qu'il le croyait 4o ce nombre, poltrons de tête quoiqu'ils ne le fussent pas de cœur.
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Ceitç bataille avait été donoe^ la veille de celle de la Boyne^ et quoique les Anglais n'eussent pas beaucoup souffert dan$ cette alTaire, doût le poids tomba particulièretoent $ur hs HoUfindaifi^ le Roi in^agioa que puisque la forée maritime des deux nations réuiaies s'était trouvée trop faible contre les Français , les Anglais seuls ne seraient pas eu état de leur résister, d'autant plus qu'il n'étaient pas très-rdispo^és à se battre lorsqu'ils n'avaient diaire qu'aux Français. Le Hoi se flatta que Tin* téiêt quMl aurait eu au succès de la flotte fran* çaise n'augmeqterait pas l'ardeur des Anglais à lâttaquer.
U est au moifîs probable que le pripce d'Orange Le sQupçopna de m^n^e; car, à la surprise géné^ raie, il quitta son arrué^ aussitôt qu'iU'eut conduite jusqu'à CarriçH , sur la route de Limmerick, et retourna k Dublin avec le projet de passer en Angleterre; mais là, ayant appris que les Français, après leur victoire ^^ s'étaiept coutentés de brûler uu seul petit villa^ dans l'ouest de l'Angle-*terre, et s'eq étaient ^llés ensuite ^ il eut une grapde joie dç sç voir quitte de ses craintes à si boa marché, et retourna à son armée deux ou trois jours avant qu'elle arrivât devant la ville. Il demeura ensuite deux mois en Irlande , mais probablement toujours poursuivi de la même crainte; autremept il n'eût pas hasardé, comme il le fît, de se mettre en mei" par une tempête
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pour retournet en Angleterre ^ laissant aux Irlandais plus de chances de regagner ce qu'ils avaient perdu que d'être proinptement remis sous son obéissance. Le lendemain de l'arrivée du Roi à Saint-4îermain , Sa Majesté Très-Chre'tienne vint lui rendre visite^ et lui promit^ en termes généraux, tous les services possibles; mais lorsque le Roi lui exposa son projet > il le reçut foidement, et lui dit qu'il ne pouvait rien faire jusqu^à ce qu'il eût reçu des nouvelles d'Irlande. Le Roi, peu satisfait de cette réponse^ demanda au roi de France un nouvel entretien; car, au fait, on n'avait nul besoin de savoir ce qui se passait en Irlande pour convaincre le monde que l'Angleterre était en ce moment dégarnie de troupes , et que les Français , qui avaient alors la supériorité sur mer, pouvaient y transporter le Roi, faire de ce pays le siège de la guerre , et détruire ainsi le véritable nerf de l'alliance; mais, soit par elle-même ou par les insinuations des ministres , Sa Majesté Très- Chrétienne était probablement alors mécontentede la conduite du Roi et de sa trop grande précipitation à quitter l'Irlande, et voyant qu'il n'était pas de caractère à s'obstiner long-temps à une même entreprise , répugnait à hasarder une nouvelle expédition qu'elle craignait de voir abandonner aussi prûmptement que la première. Mais comme la proposition du Roi était si raisonnable qu'il n'y avait pas d'objection à y faire, si ce n'est
celle que pouvait permettre la civilité y Sa Majesté Très-Chrétienne xj^mil^ sous prétexte d'indisposition, de voir le Roi jusqu'à ce qu'effectivement il n'y eut plus rien à faire; car la promptitude aurait dû être l'âme d'une pareille entreprise , et la surprise eût fait plus de la moitié de l'ouvrage. Le Roi démêla le vrai motif de ce délai ; et il est certain que^ comme il l'a ensuite avoué à une personne qui était dans le secret y jamais sa patience n'avait été mise*à une si rude épreuve. La défection de ses sujets^ ses défaites, la désertion de ses favoris ne l'avaient jamais jeté dans le désespoir; mais que dans un moment si critique l'unique ami et le seul appui qu'il eût au monde refusât de recevoir les épanchemens de son cœur et la communication de ses projets , c'était une telte preuve de mécontentement , et l'annonce si positive de la résolution de ne plus rien hasarde^ sous sa •direction.^ que ses espérances tombèrent d'autant plus bas, que l'occasion favorable qu'il voyait d'exécuter son projet les avait d'abord portées plus haut; mais la Providence l'avait destiné à UQ perpétuel sacrifice de patience. Ses amis et ses ennemis l'y exerçaient tour à tour; et si les desseins du Roi avortèrent dans cette occasion^ il n'en fut pas de même de ceux de la Providence qui^ en lui refusant dans ses afflictions toute autre consolation que celle dont il put jouir dans sa famille 5 et qu'il lui fut extrêmement doux de re-
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trouverai rendit son sacrifice plus parfait et plus pur. Le Roi ne négligea pas d'en faire un usage chrétien 9 et si son devoir de Roi et de père ne l'eussent pas obligé à épier continuellement les occasions de se faire rendre justice ainsi qu'à son peuple ^ frustré comme lui de ses droits > il aurait probablement pal^é le reste de sa vie libre de toute idée de regagner un trône terrestre , tandis que ses pensées tendaient toutes à obtenir celui que ne peuvent atteicudrè les usurpateurs.
Lorsqu'il ne fut plus possible a«i roi de France de différer plus long-temps l'entrevue, le Roi fit usage de la première occasion pour demander qu'il lui fût permis de se rendre sur la flotte; mais Sa Majesté Très-Chrétienne répondit qm cela ne signifierait rien si on n'y joignait pas des troupes de terre, et qu'on n'en avait point dont on pût disposer pour le moment , le duc de Brandebourg ayant menacé de joindre ses troupes à celles. du comte de Waldeck. C'était éluder misérablement les argumens du Roi qui lui démontrait qu^en débarquant en Angleterre^ il empêcherait le prince d'Orange et les quarante; mille hommes qu'il avait avec lui de rejoindre les ennemis en Flandre à la campagne suivante; ce qui probablement casserait le cou à tous ses projets et iB^ettrait les ennemis de la Francei à sa discret tion. Le Roi ne négligea point de le représenter, mais là cour de France était si découragée de rien
entreprendre de ce côté que tout ce que put dire le Roi ne parvint pas même à lui procurer un léger secours d'armes et de munitrons pour i^frlande. Sa Majesté Très-Chrëtienne regardait tout comme perdu, et dit que tout ce qu'on y enverrait serait comme jeté dans Feau. Tout te qu'elle jugea pouvoir ùtire fut d'envoyer quelques vaisseaux vides pour ramener ses troupes et ceux qui voudraient revenir avec elles. En conséquence le Roi fut donc obligé d'envoyer ordre à lord Tirconnel de venir le retrouver s'il le jugeait à propos /de nommer à son départ un commandant en chef ^ et de mener avec lui tous ceux qui voudraient l'accompagner ou de traiter pour qu^ils demeurassent dans le pays s'ils le préféraient.
Cependant la perte qu'o^ avait éprouvée dans la dernière bataille, et le découragement des Irlandais n'étaient pas tels que la cause du Roi fût aussi désespérée qu'on le croyait à la. cour de France. Le duc de Tirconnel et le comté de Lauzun avaient rassemblé la plus grande partie de l'armée , et ^ en se retirant vers Li m merick, continuaient de faire tête au prince d'Orange ^ et luttaient av<ec tant d^énergie contre leur mauvaise fortune > et le dénÀment complet auquel ils étaient réduits^ que non-seulement i!s rendirent les événemfins de la campagne très-diver^^ mais la terminèrent plus à l'avantage du Roi et à Thonnear des Irlandais qu'il nWrait été possible de Pimaginer
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d'aTanCe. A la vérité , les grandes villes devant lesquelles se présenta l'ennemi firent très-peu de résistance. La perte de la bataille et l'exemple de Dublin qui , aussitôt que le Roi l'eut quitte' , envoya une dëputation au prince d'Orange^ les disposa à ne consulter que leur sûreté à laquelle la faiblesse de leurs garnisons et leurs mauyaises fortifications ne leur laissaient guère espérer de pourvoir autrement que par une prompte soumission. Kilkenny ne fit donc point de résistance. Droghedah , Waterfôrd et Duncannon capitulèrent à la première sommation; mais Athlone, où commandait le colonel Grâce ^ soutint nonseulement un siège en forme, mais obligea l'ennemi de le lever après y avoir perdu beaucoup de monde. Il parut bien par là que si les autres garnisons, entre autres celle de Droghedah, avaient fait leur devoir, elles auraient fort affaibli l'armée du prince d'Orange et retardé ses progrès; mais le gouverneur dit pour sa justification que la défaite qu'on avait éprouvée en vue de la ville avait tellement découragé la garnison qu'elle était peu ^sposée à une vigoureuse défense; qu'elle ne s'élevait pas à plus de treize cents hommes en état de service , et qu'ils n'avaient entre eux tous que sept cents aribes à feu et sept pièces de quatre en fer; que les murs étaient vieux et bas, point garn\^ de remparts ni d'ouvragés qui se servissent mutuellement de défense. Il avait donc pensé que
ce serait une imprudence de résister à une armée victorieuse, et en conséquence,. aussitôt qu'il vit paraître le canon dé l'ennemi, il fit une très^mauvaise capitulation , ne stipula que pour la garnison et abandonna les armes, ce qui, sans compter la honte , fut une très-grande perte , yu le dénûment où était alors sur ce point l'armée du Roi. Le prince d'Orange, voyant donc en quelque sorte tomber tout devant lui , avait , comme on l'a dit, dirigé sa marche vers Limmerick, où le duc de Tirconnel s'était retiré avec le reste de l'armée. C'était la place la plus forte et la plus importante qui demeurât alors au Roi , mais elle était fort loin d'offrir des fortifications aussi régulières que celles qu'on voit à présent; il n'y avait donc que bien peu d'espérance de pouvoir la défendre contre une armée nombreuse et victorieuse , munie de tout ce qui était nécessaire pour un siège régulier. Cependant la garnison ne se découragea point. Aux premières approches de l'ennemi elle entreprit de défendre un étroit passage qui conduit à la ville, et ne se retira que lorsqu'elley fut forcée par la grosse artillerie; mais ce ne (îit pas encore sans défendre chaque haie et chaque fossé*. Enfin le prince d'Orange, par l'a- Tantage du. nombre , s'étant rendu maître de deux postes avantageux nommés la vieille Chapelle et le fort de Cromwell,,et ayant alors assis son camp devant la ville*, la fit , le 9 août , sommer de
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se rendre. Il y ent quelques discussions sur la réponse qu'on avait à ftfîre,- ce qui dans la âilua- . iion n'était pà^ étéûtiant ; in&is enfin on se rësolnt de défendre la plaee. Lé gouverneur, &f.. deBoi- }eau, repolit au secrétaire^ du prince d'Orarige, pour érilçr de trop choquei' le prince eqi ne lui donnant pas te titre de Roi, et lui manda qu'ilcroyait mériter mietix son estime par une vigoureuse déiensé que par une hônteu*se reddition de la place qui lui avait été confiée. Il se prépara donc en conséquence , et tâcha en premier lieu d'empêcher les ennemis- de passer la rivière et de prendre position de ce côté de la ville; mais ii ne put y réussir long*temps* Ih forcèrent le passage au gué d'Armaghbeg 9 que cependant tes Irlandais défendirent jusqu'à ce qu'ils eussent construit quelques forts , l'un à la porte dû midi , et l'autre à celle de l'ouest^ qui leur furent ensuite' trèsutiles/ Lc^ siéjge ne pouvait avancer jusqu'à ce que l'eniiemi eût reçu ^artillerie nécessaire pour battre les^ murailles^ et qui n'était pas encore . arrivée. Les Irlandais en eurent avis , ainsi que de la rout^ p&i' oii elle devait passer. Le colonel Sarsfield fiit détaché avec un corps considérable de cavalerie et de dragons pout essayer dte l'intercepter. C'était une entreprise véritablement dé^espéi^e, vu la situation du camp ennemi et la Béé^ssité où? il étjftit de travef se^f là rivière y ce qui dëv]BL\t rendre sa retraite extrêmement difficile;
mais aussi prudent que courageux , il passa le fleuve à neuf milles au-dessus de la ville ^ et inarcha avec tant de secret et de diligence ^ qu'il sarprit le train d'artillerie à sept milles du camp ennemi 9 dans un endroit nommé Balanedy. Il défît promptement l'escorte > et rassemblant alors en un monceau tous les chariots, charrettes et munitions, ainsi que les canons qu'il remplit de poudre et dont il fixa la bouche contre terre, il y mit le feu; ce qui eut lefFet qu'il en attendait. IjCs canons éclatèrent, et tout le reste fut brûlé. L'ennemi , suiBsamment averti du lieu où se passait raffaire , par le bruit ou l'éclat de lumière que cela avait produit, avait pris l'alarme et avait envoyé cinq cents chevaux en quête de lui; mais il sut éviter adroitement leur poursuite et rentra sain et sauf dans la ville, à la grande joie de la garnison dont cet avantage signalé anima extrêmement le courage.
Cependant les ennemis ne manquaient pas des ressources nécessaires pour réparer une telle perte, il n'en résulta pour eux qu'un peu de retard , et quelques discussions entre ceux qui auraient dd pourvoir à la sûreté du convoi ; mais le prince d'Orange, résolu à continuer le siège, envoya chercher à Waterfort un autre train d'artillerie. IjC 17 il ouvrit la tranchée, et aussitôt que le canon de siège fut arrivé, il commença à battre furieusement la place. On eut bientôt abattu les 4. i5
hautes tonrs d'où les assiégés tiraient dans les tranchées. L'ennemi s'empara aussi 5 mais non san$ perte ^ d'un fort important que la garnison disputa pied à pied avec toute la yaieur imaginable. Le 20^ elle fît une vigoureuse sortie qui i*etarda les travaux des ennemis^ et ne fut repoussée qu'après avoir fait un grand carnage des assiégeans; ceux-ci ne cessèrent durant tout le temps de jeter dans la ville des bombes et des boulets rouges^ chose toute nouvelle pour les habitans^ Cependant ils ne perdirent point courage^ et concoururent généreusenient avec les troupes à tqut faire et à tout souffrir pour une si juste cause ^ plutôt que de tomber entre les mains des cruels ennemis qui voulaient leur enlever leurs lois> leurs libertés et leur religion*
Malgré toi(t le courage de leur défense ^ le 24 l'ennemi avait fini ses batteries de trente pièces de canon ^ et les deux jours suivâns poussa ses tranchées à trente pas du fossé. Il y avait alors une grande brèche dans la muraille^ près de la porte Saint-" Jean j une partie de lia palissade de la contrescarpe étsiit abattue 5 la ville était tellement ouverte que le lendemain 279 le prince d'Orange donna l'ordre de l'assaut. Il fut coi^duit avec toute l'habileté et le courage qu'oq pouvait atten* dre de troupes qui^ ou^re les motifs ordinaires^ avaient^ pour s'exc^tpr à vaincre^ Témulation nationale qui devait r^gnçr naturellement entre les
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Anglais, l)anoîs 9 Brandebourgeois et huguenots français, dont e'tait composée cette arme'e. Nonseulement ils e'iaîent entres dans le chemin couvert, et avaient pris la plupart des forts qu'ils attaquaient en même temps , mais les grenadiers du comte de Droghedah étaient déjà sur le rempart. Cependant les Irlandais firent une défense si obstinée , que bien que Tennemi fût en quelque sorte maître de la brèche, ils le forcèrent de se retirer après un combat fort chaud et fort sanglant, qui avait duré plus de trois heures, et le repoussèrent jusque dans les tranchées avec une perte d'au moins deux mille hommes tués ou blessés. Cela découragea tellement les Anglais, que trois jours après le prince d'Orange leva le siège, et ayant laissé le gouvernement de l'Irlande à Sidney et à Coningsby, et le commandement de l'armée au comte de Salm , qui , bientôt aprè&, quittant le pays, le remit au général Ginkle, il s'en retourna avec toute la diligence imaginable en Angleterre, où il arriva le 5 septembre suivant. Cette grande protnptitude venait sans doute de quelque crainte que le Roi n'effectuât ce qu'il ^ait projeté , et que la glorieuse défense de Limmerick devait encourager à tenter , d'autant plus que Corke et Kingsale étaient toujours entrç les mains du Roi, ce qui laissait la porte ouverte aux secours^de France : le prince d'Orange avait lieu de croire en effet que la conduite ré-
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ceote des Irlandais ^el Favantage manifesté d'une telle diversion engagerait le roi de France à en- . voyer de prompts secours. C'est pourquoi, bien que la saison fût peu propre à une telle expédition, dès qu'il fut arrive' en Angleterre, il équipa une flotte qu'il chargea de toutes les choses nécessaires pour un siège, et envoya, sous les ordres de lord Churchill, assiéger par mer Corke et Kingsale. Ces deux ports étaient peu en état de se défendre, et quoique les garnisons fissent bien leur devoir, et tinssent aussi long -temps qu'il leur resta quelque espérance , ils furent enfin forcés de se soumettre. Le. courage des amis du Roi fut très-abattu de voir ainsi fermer la voie aux secours qu'ils attendaient, et qui leur étaient si nécessaires; de plus, la garnison de Corke, qui était fort nombreuse, s'était rendue prisonnière de guerre, ce qui diminua beaucoup les forces du Roi. Le colonel Maceligot, qui la commandait, avait refusé aved plus dé courage que de prudence les conditions avantageuses qui lui avaient été ofTefrtes d'abord. A la vérité, le duc de Berwick espérait si peu qu'il pût soutenir un siège, qu'il lui avait ordonné de brûler la ville, et de si retirer avec sa garnison dans le Kerry; mais, au lieu de cela , il se laissa assiéger, et quoique hors d'état de résister définitivement, tint si long-temps qu'il ne put capituler, et, forcé»de se rendre à discrétion , trouva peu de compassion chez les enkie-
mis^ qni, entre antres barbaries , refusaient d'enterrer ceux qui mouraient de misère en prison jusqu'à ce qu'ils fussent au nombre de trente ou quarante. Négligence ou paresse affectée^ mais dont le but réel était de parvenir, au moyen de l'infection de ces corps corrompus, à faire périr tous les autres.
Sir Edward Scott, après avoir fait une vigoureuse défense à Kingsale^ ne laissa pourtant point passer le moment de capituler, et obtint ainsi un traitement plus favorable. Ses gens furent conduits à Limmerick; ce qui augmenta, mais renforça très-peu la garnison de cette place qui commençait à avoir besoin de toute autre chose que d'une addition de troupes. L'ennemi perdit assez de monde dans ces deur sièges , entre autres le duc de Grafton. Après avoir traîtreusement abandonné le Roi, qui l'aimait comme un père, toute sa récompense fut d'aller se faire casser la tête comme volontaire au service de l'usurpateur, lui qui s'était cru si fort en droit àe se plaindre, parce que le Roi ne lui donnait pa$ le commandement de la flotte , de préférence aux officiers les plus habiles et lerf plus expérimentés qu'il y eût dans le royaume.
Aussitôt après la levée du siège de Limmerick, le duc de Tircbnnel jugea nécessaire d'aller en personne en France solliciter des secours^ espérant que la honteuse retraite du prîoce d'Orange et de
son armée victorieuse devant une place qui méritait à peine le nom de forteresse lui serait uû titre pour les obtenir ^ et un moyen de persuader qu'il ne serait pas très-difficile de le chassei* à la fin hors du royaume , si la -cour de France Voulait consentir à seconder les efforts des Irlandais.
Lorsqu'on avait appris, en effet, que Limmerick se défendait, et que Sarsfieid avait surpris leconvpi d'artillerie. Sa Majesté Très-Chrétienne avait de nouveau comnaencé à concevoir quelques espérances, et, i la sollicitation du Roi, avait proinis des armes, des munitions, et les autres secours nécessaires. Cependant, en même temps, l'ordre avait été donné à ses troupes de revenir, soùs pré-* texte de mésintelligence entre elles et les Irlandais; mais il est probable que cet ofrdre venait surtout du malaise qu'éprouvaient alors le général et les officiers français. Aussitôt que l'eânemi avait paru devant Limmerick, M. de Lauzun avait marché avec ses troupes droit à Galloway , emportant si'^ec lui une grande quantité de mubitions , etc«; de manière qu'au lieu de secourir les Irlandais pendant le siège, il les avait fort affaiblis en épuisant les magasins dont ils avaient besoin pour leur défense. A la vérité, après la levée du siège, le comte de Tirconnel obtint de M. de Lauzun de rendre la plus grande partie des munitions devenues nécessaires en raison de la consommation qui en avait été faite. Cependant
c'était quelque chose de si étrange que d'abandonner ainsi le pays qu'ils étaient venus secourir et que là France avait tant d'intérêt à soutenir^ au moment où les Irlandais jouaient de leur reste, et s'étaient déterminés à faire une vigoureuse défense, que réellement on avait peine à l'expliquer. Quelques mécohtens disaient que M. de Lauz.un et les Français excessivement las du pays, avaient grande envie qûeLimmerickfùt pris afin d'avoir excuse pour l'abandonner, et que par conséquent ils ne s'embarrassaient guère de la manière dont allaîeDt les choses, et ne se gênaient point pour commettre des désordres; que Boileau avait ordonné pendant Fassaut à plusieurs bataillons de se retirer de la jbrèche , et que si on lui eût obéi la ville était perdue ; que le mépris des Français pour la monnaie de cuivre l'avait tellement décriée , qu'il n'avait plus été possible ensuite d'en maintenir le cours, et que c'était un des coups les plus funesfes qu'eût reçu depuis long- temps le parti du ftoi; car il le faisait dépendre des secours d'argent de France , qui étaient si difficiles à obtenir., si longs à venir, et si exigus qu'ils ne servaient qu'à faire traîner un peu plus longtemps à ce parti une vie languissante, mais ne pouvaient l'empêcher d'être enfin abattu. Le désaccord et la désunion qui commençaient aussi à se manifester parmi les Irlandais eux -mêmes faisaient désirer davantage aux Français de s'en
aller^ et donnaient aussi aux Irlandaii^ moitls de crainte de les voir partir; et il n'y avait que des anîmosités personnelles^ capables d'aveugler sur toutes les autres considérations , qui pussent faire CQmprçndre. comment ils renonçaient si Facilement à ees secours, au moment où ils en demandaient d'autres; mais peut-être n'était-ce pas d'hommes que manquaient les Irlandais, et pourvu qu'ils eussent eu les«autres choses nécessaires^ ils n'en demandaient pas davantage.
Leurs dissensions intestines étaient arrivées à tel point qu'aussitôt que les ennemis comniencèrent à leur donner quelque répit ^ ils ne pensèrent plus qu'à se faire la guerre les uns les autres. On avait formé un grand parti contre le lord lieutenant^ et on se préparait à envoyer quelques personnes représenter les griefs qu'on élevait contre lui^ et y s'il était possible, engager le Rpi à Téloigner; nxais lui, de l'autre côté, considérant combien la promptitude était nécessaire non -seulement à sa propre défense, maisà l'accomplissement ides choses dont il était chargé, saisit l'occasion de passer la mer avec le comtQ de Làuzun^ et prévint si bien ses adversaires qu'il finit son affaire avant que les députés, envoyés après lui , arrivassent à Saint-Germain. A la vérité, le Roi lui avait préparé son succès , en faisant comprendre à la cour de France que c'était grande pitié de ne pas seconder la valeur des Irlandais >
quand elle donnait de telles espérances de pourvoir maintenir une utile diversion. Il né resta donc ail duc de Tirconnel <Ju'à obtenir rexëontion des promesses déjà faites. Il se montra en cela, qiioiq[ue vieux et infirme, très-habile et très-actif à la cour, et réussit au point auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne qu'elle lui donna une audience personnelle à laquelle assista son ministre, et qu'il obtint en grande partie ce qu'il désirait, comme habillemens, linge, blés, armes, oificîers , et un peu d'argent, mais à condition qu'il retournerait sur-le-champ en Irlande , où Ion promit de lui faire passet* ce qui était convenu. En conséquence MM. deSaint-Ruth,de Tessé, d'Usson et plusieurs autres furent envoyés^ quelque temps après, avec une grande partie de ce qui avait été promis; mais les ordres de Sa Majesté Très- Chrétienne furent eh cela si mal observés, que les Irlandais n'en reçurent pas le soulagemenx dont ils avaient besoin et qu'on avait compté leur donner.
Lord Tirconnel ne fut pas plutôt parti pour retourner en Irlande, que les mécontens de l'armée dépêchèrent à Saint -Germain l'évêque de Corke, le colonel Symon, Henri Lutterel et le colonel Nicolas Purcell pour solliciter son rappel. Us représentèrent à* Sa Majesté que, comme avec les restes de l'armée défaite , ils avaient arrêté une armée victorieuse, et qu'ils espéraient; l'an-
née siïîvatitè en nïettre une autre* en campagne d'envitt)nvitogt mille homiAeis de pied, et neuf mille hommes de cayateirie et de dragons; ih HTaient besoin* d^nn génëral en état de commander à de tels corps, et qui ne reçût d'ordre que de Sft Majesté; que lord Tirconoel fe^e'tait pas propre 4 la surintendance générale, qu'il avait exercée jusqu'alors; que son âge et ses infirmités exigea ieqt plus de sommeil qu'il ne convenait à de si grandes affaires; que son défaut d'expérience militaire le rendait excessivement lent à résoudre, et incapâfble de former des plans; qu'-anictin officier généi^al ne consentirait à lui en donner pour avoir d'abord une peine exti*ême à les lui faire comprendre et ensuite les voir rejeter, ou s'ils réussissaient , de n'en avoir pas l'honneur; et qu'au contraire lés ennemis(, auxquels ils avaient affaire ^ ne manquaient pas d'officiefs de beaucoup de talent , et qui avaient fait long-temps la guerre* Ils insinuaient aussi que dans la distribution de l'argent et les emplois on avait eu beau-' coup plus d'égard à des intérêts particuliers qu'au service du Roi; qu'enfin l^dministration de lord Tirconnel était généralement désapprouvée, et que S'il i^evenait avec la mêMe autorité que par le passé, cela découragerait toute' la nation. Us se plaignirent des rapports sinistres qu'il avait fait passer au Roi après la' bataille de la Bo3rne, et qui avaient engagé Sa Majesté à quitter le
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royaume^ tandis quesi ellefûtdemeurée seulement gueiques heures de plus à Dublin, elle y aurait vu tant de belles troupes qu'elle aurait été tentée de ne les point abandonner. Ils disaient que, pendant le siège de Lipimerick, on ne fournissait aux soldats que des fèves et de Tavoine qu'ils portaient dans leurs poches et mangeaient crues, pendant qu'il y avait assez de blé dans la ville. Ils témoignaient un grand mécontentement de la conduite de ceux qui dirigeaient cette partie, surtout de MM* Antony et Richard Hamilton, et avaient obtenu èa duc de Berwick de destituer,, pendant Fabsence du lord lieutenant, le colonel Macdonald^ gourernêiur de Gallovray, et lord Riverston^ secrétaire de la guerre. Lé duc dé Berwick avait écrit au Rôi qu'il avait pris cette mesure sur l'avis qu'il traitait avec l'ennemi pour lui livrer GallowayeiLimmerick. Là requête finissait par des réflexions personnelles contre l(»rd Tirconnel en particulier et contre tous ceux qui prenaient son parti*
Quoique lord Tirconnel, lorsqu'il apprit le départ de ces députés, eût fini son affaire et fut en route pour Brest , cependant il s'alarma extrêmement et il écrivit au Roi qu'il s'étonnait que le duc de Berwick pût être assez imprudent pour souffrir qu'Henri Lutterel vint à Saint-Germain , à moins que ce ne fût jdans les mêmes vues qu'il avait eues lui-même précédemment, en y enr
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voyant lord Montjoy^ et espérant ainsi parTentr à led traverser 9 il conseilla au Roi de les garder maintenant qu'il les avait ^ l'assurant que les affaires n'en iraient que mieux pour lui en leur absence : car, disait-il , quoique le de'sir de la popularité eût tout-à-fait mis Sarsfield hors de son assiette naturelle ^ cependant il espérait à sod tour le ramener à son bon sens , si on pouvait tenir écartés de lui ses conseillers Henri Lutterai et le colonel FurcelL II /priait donc Sa Majesté de les garder^ l'assurant qu'il emploierait les moyens les plus doux qu'il pût imaginer pour remettre les Irlandais à la raison^ et que s'il n'y pouvait parvenir^ il était résolu à s'assurer des plus difficiles et à les envoyer en France. Il mit en effet cette méthode en pratique avant même d'en être sorti ; car , pendant qu'il attendait à Brest le vent favorable 9 ayant entendu parler d'un homme envoyé en Irlande par M. Randdl Macdonald^ et soupçonnant qu'il portait des instructions pour les gens de l'autre partie il obtint de l'intendant de Brest de l'arrêter jusqu'à ce qu'il edt reçu à son égard les ordres de Sa Majesté.
Ces considérations et quelques autres prévinrent tellement le Roi contre les députés qu'à leur arrivée à Saint-Germain , il refusa d'abord de les voir : mais comme c'étaient des hommes adroits et insinuans ^ et soutenus tant à IVriiiée qu'à la cour par des gens considérables^ ils ob-^
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tinrent enfin assez de crédit pour rendre le Roi incertain sur celui dès deux partis qu'il devait tâcher de satisfaire. Cependant lord Tirconnel e'tant déjà de retour en Irlande ^ il ne jugea pas à propos de le rappeler^ ni de revenir sur/des mesures arrêtées avec la cour de France^ de peur que cette instabilité dans les résolutions ne lui fît tort auprès du ministère^ déjà trop pea disposé en sa faveur. Il se résolut donc de soutenir son autorité dans la personne de lord Tirconnel > et de laisser les choses sur le pied convenu; se flattant qu'il pourrait adoucir assez les envoyés de l'armée pour obtenir qu'ils vécussent en paix avec lord Tirconnel. Il y prît beaucoup de peine et n'y réussit point; mais tel était le malheur du Roi y qu'il lui fallait nonseulement souffrir de la part de ses rebelles sujets^ mais se voir mal servi par ses alliés et tourmenté par les disgentimens des siens y comme si ses ennemis ne lui donnaient pas assez d'inquiétude, sans que ses amis vinssent encore les aider à exercer sa patience et aggraver ses peines.
Les affaires d'Ecosse furent bientôt aussi embarrassantes et aussi malheureuses que celles de l'Irlande ; cependant, au commencement de cette année, elles avaient présenté un aspect plus favorable qu'on n'aurait pu l'espérer, d'après la manière fâcheuse dont s'était terminée Tannée pré-, cédente. Le colonel Cannon était demeuré tout
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rhiver tranquille dans le Ldchaberi Au priatèmpis^ à Tarrivée^ du inajor- général Buchan , comme ôà n'ayait point d'espérance de secours ^ quelques uns proposèrent de faire leur paix ^ mais d'àtitres s^y opposèrent en alléguant ique le Roi était toujours à la tête d'une arniée en Irlande^ et que' ce serait un déshonneur de traiter isans sa permission ; d'ailleurs on se disait à l'oreille qu'il pourrait bien ai^river des secours du côté d'où l'on en attendait le moins; et voici d'où venait cette espérance.
Plusieurs personnes en grand crédit dans le royaume parmi les presbytériens et qui avaient donné avec violence dans la révolution , se trou* tant ^4 ce qu'il paraît, frustrées dans leurs espérances , et ayant été désobligées par le prince d'Orange > éprouvaient cette disposition naturelle qu'ont les hommes à se repentir des crimes gui leur ont mal réussi, et s'étaient résolues à se démêler s'il était possible de cette oeuvre d^iniquité^ qu'ils avaient avec tant d'ardeur contribué à accomplir. Les chefs de cette entreprise étaient le comté d'Ânnendale, lord Ross et sir James Moogo^mméry deSchermarly, V\xn de ceux qui avaient porté au prince d'Orange la couronne d'Ecosse. Comptant sur leur influence dont ils jugeaient par le succès de leur dernière entreprise, ils ne doutaient point qu'eu se réunissant aux autres amiis du Roi, ils âe pussent ruiner, même par
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Toîe parlementaire^ le parti du prince d'Orsloge en Ecosse; mais ils ne considéraient pas qu'iLest plus ^isé de faire le mal que de le réparer^ et que des hommes en état d'en rassembler des mil-^ liers d'autres au cri d'une liberté faasse et imaginaire , se trouvent seuls d'ordinaire lorsqu'après y avoir mieux regardé^ ils veulent revenir à la paix et à lo, justice^ qui sont les véritables in-térêts du peuple aussi bien que du prince. Us paraissaient cependant assez sincères^ et ayante avant de quittei' Londres y fait part de leurs des-» seins à plusieurs des amis du Roi ^ ils reçurent une somme d'argent considérable^ qui leur fut envoyée par la Reine pour les aider dans cette affaire. Ijis n!eurent pas de peine à persuader de leur bonqe foi le parti loyal , toujours prêt & s'atlacher à la plus faible branche pour se sou*« tenir. CGintre le danger de périr qu'il voyait tous les jours approcher davantage.
Ces nouveaujx convertis , pour renforcer leur psirti> avaient obtenu du gouvernement ^ avec lequel ils continuaient à conserver les apparences^ d'envoyer en Ecosse le comte d'Ârran prisonnier à la Tour ^ sous prétexte qu'il était contraire aux privilèges d'un noble Écossais d'être jugé devant uoecQur de justice anglaise. Lorsqu'ils arrivèrent i Edimbourg^ ils employèrent tous les raisonnemens imaginables pour engager les amis du Roi à prêter les sermons > afin de pouvoir siéger au
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parlement pour y trayerser les desseins du prince d'Orange , surtout relativement aux levées d'argent; car le défaut de commerce ayant rédait presque à rien en Ecosse les droits de douane et d'excisé ^ l'armée de M ackay avait vécu en quelque sorte à discrétion pendant un certain temps; ce qui avait tellement augmenté le mécontentement général du pays y que s^ils pon- Taient empêcher qu'on n'accordât un subside |ik ne doutaient pas que tout le royaume ne se déclarât à un certain point contre le gouvernement actuel.
Au moment oii ils avaient pris cette résolotion^ ces trois gentilshommes ^ connus sous le nom du dub^ avaient écrit au Roi pour l'informer de leurs intentions ; et comme l'intérêt avait été le premier motif d'abord de leur défection , ensuite de leur retour au devoir , ils prirent soin de faire leurs demandes d'avance^ afin de n'être point trompés dans leur attente cette fois comme la première. Le Roi, de son coté, croyait devoir encourager leur retour, et pensait qu'il était sage de satisfaire des gens si puissans. Il consentit donc à ce qu'ils demandaient , et en conséquence nomma le comte d'Ânnendale son commissaire , et sir James Moutgommery secrétaire d'Etat, ajoutant aussi plusieurs promesses pour leurs, amis et créatures; mais conime ils savaient que les anciens amis du Roi seraient mécontens de se voir préférer ces
nbayeaux convertis^ ennemis si peu de temps auparavant^ ils eurent soin de tenir ces promesses secrètes 9 si ce n'est à ceux qu'ils savaient prêts à sacrifier en cela comme en tout leurs intérêts ad service du Roi.
Quand le parlement fut réuni , ils suivirent leur pointe avec assez de vivacité : le duc de Queensbnry , le marquis d'Âthol , le comte d'Argyle et plusieurs autres de la plus grande qualité mârchaieiït avec eui; et si le reste des partisans du Roi en eût fait autant , ils auraient probablement réussi : mais un grand nombre de lords et de gens de qualité, quelques uns par conscience^ quelques autres par méfiance de leurs nouveaux associés , refusèrent soit de prêter les sermens , soit d'^agjv decofieert avec eux ^ ce qui donna de grauds avantages au parti de la cour. Mais ce qui décou^ ragea le plus les hommes du nouveau parti, ce fut de recônoaitreque les presbytériens dont iFs avaietit été jusqu'alors les chefe, s'a percevant de leur changement, commençaient à les abandonner. Annendale, Ross et Schermarly n'en furent pas plutôt convaincus, que certains de ne pouvoir Remporter par cette voie, totomt il leur était plus aisé de changer de parti qti^ de changer le gouvernement y ils firent leur paix en découvrant tout ce qui s'était passé, et en souffrant même que les papiers relatij^ à cette afiaire et la eommis$ion qu'ils avaient reçue du Roi tomibassait einti'e les 4. 14
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mains de MelVil, alors <:oinmissaire pour le prince d'Qraxige. Lord Ross etsir James Montgom* mery^ bien qu'ils eussent informe le goayerno« ment de presque tout ce qu'ils savaient , refusèrent de porter témoignage y et par ce moyen se ^conservèrent^ surtout le dernier^ en assez bonne réputation auprès du Roi. Lord Annendale se cacha quelque temps; mais ^nfin il revint et dît non^seulement tout ce qui s'était passé dans le club^ mais eut la perfidie de dénoncer IVL Fer-^ gusson et quelques autres qui avaient été assez généreux pour le cacher dans lé moment ou il craignait d'être pris. Il apprit aussi au gouvernement ce qu'était venu faire en Ecosse M. Nevil Pain qu'il y avait lui-même attiré^ contribua à le faire prendre :dans sa propre maison^ après quoi on le mit à la torture selon la loi qui régnait alors en ce pays (i) ; ce qu'il supporta avec beaucoup de courage et de constance. Cette défection des chefs porta un grand nombre de gens \ suivre leur exemple^ attira de grandes méfiances sur ceux qui s'y refusaient et les rendit beaucoup moins capables de servir le Roi.
Ce projet manqué > les amis du Roi lui repré-* sentèrent qu'il n'avait plus en Ecosse d'autre moyen à employer que la force; qu'il pouvait être
(i) Dalrymple prétend que ce fut la dernière fois que la torture futinflî^e e» Ecosse, ( Tom; i , pag. 4^6. )
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assuré qfie la plus grande partie du pays était disposée à se déclarer pour lui, mais que les troupes et les garnisons ennemies le tenaient en respect, tellement qu'on n'osait rien tenter et que, quaitd on l'eût voulu , il eût été impossible de rassembler un corps un peu considérable ; que le major-général Buchan> le comte de Dumferliog, Cannon et d'autres étaient toujours dans les montagnes à la tête de quelques petits détachémens pour entretenir le parti ; mais qu'à moins que SaMajesté n'envoyât de l'argent, des armes et des troupes nombreuses, il n'y aurait pas moyen de réussira rien. Le Roi répondit qu'il n'était pas sans espérance de faire ce qu'on lui demandait, si les choses tournaient passablement en Irlande où il était alors; que,. malgré la difficulté de lever des forces proportionnées à l'armée formidable qu'amenait contre lui le prince d'Orange, il avait préparé un corps de troupes , cavalerie et dragons, tel que le demandaient les Ecossais; mais que n'ayant point obtenu les vaisseaux - qu'on lui avait promis pour les transporter, il n'était pas moins affligé qu'eux de ne pouvoir leur faire passer ce secours. Cependant il leur envoya sir Georges Berkley avec de l'argent et plusieurs autres choses nécessaires. En arrivant dans le Kintail, il trouva les partisans du Roi réduits à de telles extrémités, que plusieurs d'entre eux avaient fait leur paix, et que les
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autres^ enfermes de toutes parts > ne pouTaient rassembler leur petite troupe. De plus^ huit frégates qui croisaient continuellement sur la côte 5 empêchaient non-seulement plusieurs klans ^ comme celui de sir Jones Maclane y de sir Donald de Macdonald et autres ^ d'envoyer leur contingent, mais faisaient de continuelles descentes, brûlaient les maisons et détruisaient le bétail de ceux qui refusaient de se rendre ou de donner au moins leur parole de ne pas inquiéter le gouver-* nement. On se plaignit au Roi de ce que le comte de Seaford tardait à joindre Buchan , quoiqu'il fût placé de manière à le pouvoir. U s'excusa sur le même motif que les autres; il dit que l'ennemi avait un grand nombre de garnisons dans le cœur de son pays et occupait ses deux maisons, ce qui lui rendait impossible de remuer: qu'il espérait, par le crédit du comte* de Le-* Ten son parent, venir à bout de s'en délivrer, et qu'alors il aurait au service de Sa Majesté deux mille hommes de pied, quelque cavalerie, et six maisons avec de bonnes garnisons; mais que pour le moment tout ce qu'il pourrait assembler ne s'élèverait pas k plus de trois cents hommes, que cela ne servirait pas à grand'chose et lui ôterait tout moyen de se mettre en état d'en lever davantage. Malgré la lenteur de ceux qui étaient le plus en état de servir utilement, lema" jor-^énéral fiuchan et les autres avaient formé
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durant Tété Une sorte de camp volant^ plos dan^ l'espérance des secours qui pourraient leur venir dlrlande^ que dans l'idée de faire quelque chose par eux-iâêmès^ réduits comme ils Tétaient à un dénùment absolu. Cependant le comte de MeWil, homme timide , et qui craignait qu'il ne sui> vint quelques troubles pendant son gouverne <* meut 9 fit proposer une suspension d'armés qui aurait été' avantageuse au parti du Roi et lui ao^ rait donne le temps d'attendre une saison meil-^ leure ou des secours plus abondans. Sur ces en^ trefaîtes, on conseilla à Buchan de tenter une in^cursicn dans le Cromarty ; mais sir Thomas Levihgston 9 alors à Inverness , en fut averti par quelques uns des gens de Buchan y et vint le surprendre pendant la nuit. Buchan se défendit mieux qu^>n ne pouvait s'y attendre^ et perdit fort pea de monde. Cependant il fut forcé de se retirer et de renoncer à son entreprise avec quelque pré^ cipîtatîohi
Ces mauvais succès en campagne et dans le parlement disposèrent les amis du Roi à écouter les propositions de paix qu'ils avaient rejetées ait commencement de l'année ; car le prince d'Orange d^irantextrémement laisser la Grande-Bretagne tranquille avant de passer en Irlande ^ avait offert au comte de Breadalhane cinq mille livres^ sterling et plusieurs ai:|ti:ies avantages s'il voulait faire la paix. Le comte s'y était refusé^ parer
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qm le parti, du. Roi était alors fort contraire à toute pensée de ce genre ; mais les circonstances étaient changées > et ils avaient aussi changé d'a- TÎs. Lord Bréadalbane voulut aller trouver le prince d'Orange à Chester pour lui proposer. au moins une. suspension d'armes; mais le prince étant parti avant l'arrivée da comte ^ il n'y eut ^'ien.de feit et le parti royaliste demeura donc sous l'oppression de ses ennemis , qui , le pressant tous, les jours davantage^ le réduisirent aux dernières extrémités > et le poussèrent dans les derniers recoins du pays. .
Ils représentèrent leur situation au Roi qui était alors revenu en France , et lui exposèrent les projets de ses amis dans tes deux royaumes : ils pensaient qu'il valait mieux débarquer en Ecosse qu'en Angleterre où le corps de la nation était contre lui^ et le. serait bien davantage encore 5 lorsqu^on y aurait introduit une armée française, tandis qu'en Ecosse il étiait manifeste 9 disaient-ils que les trois quarts du pays désiraient sa restauration et y concourraient dé bon cœur s'ils avaient un corps de tix)upes pour les soutenir; que sur neuf cents paroisses que contenait le royaume , il n'y avait pas plus de quatre-vingt-dix ministres qui eussent prêté le serment; que les quatre universités s'étaient publiquement déclarées contre le gouvernement ; qu'il n'y avait pas plus de vingt meitibres de la haute noblesse qui siégeassent
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dans le parlement , et que la plds grande.partie de la moyenne noblesse avait refusé les ser-mens; que le plus grand nombre dés partisans de Sa Majesté en Angleterre habitaient les comtés de Lancastre et d'York et. les parties septentrio*nales du royaume ^ d'où ils se joindraient facile^ ment aux Ecossais , et qu'il n'y avait pas de nation qui s'entendit mieux avec les Français que les Ecossais ; qu^il ne leur fallait que six mille hommes de pied;, mille; chevaux; des sellés > des brides ^> etc^:^ pour trois mille dragons^ des armes et des munitions pour dix mille hommes de plus> et que si cela convenait aux arrangemens de Sa Majesté Très-Chrétienne , H faudrait que l'em*barqnement eût lieu à Brest plutôt qu'à Dunker^ que j et que le convoi fût conduit. dans là Clide> a^n que les vaisseaux qui porteraient ces troupes > pussent s'opposer à ce que le prince d'Orange fît passer les siennes d'Irlande en Ecosse. .
Le Roi ne mettait. pas moins d'instances à^de^ mander ces secours aux. Français que les Ecossais à les solliciter près de lui. En attendant^ il leur envoya par un. vaisseau de Nantes quelque argent^ de l'eau-de-vie^ des armes ^ du sel^ de la poudre et d'autres chosesdontilsavaientbesoin. La Âeine avait aussi ordonné , avant que le Roi, revint d'Irlande , qu'on leur payât en Angleterre cinq mille livres sterling^et leur en «avait destiné dix mille de plu.s; mais ^ quant aux troupes qu'ils de-
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man4aîent , le Roi ait oblige de leur dire qa'il n'avait jusqu'à ce moment rien pu gagner sur Sk Majesté Très-Chrétienne; que cependant les avantages qu'elle avait récemment remportés sur mer ^ et deux TÎctoires signalées sur terre ^ lui avaient donné une si grande supériorité , que cela donnait lieu d'espérer qu'on les obtiendrait bientôt. M. de Seignelay^ secrétaire de la marine^ avait fait son plan en conséquence, et avait résolu de monter lui-même à bord de la flotte pour le faire eiécuter; mais le Roi dans les routes difficiles de la vie ne devait reoconti^r que traverses et mécomptes« Cet habile ministre^ le seul qui prit intérêt à lui y mourut peu de temps après ; ce qui mit un terme à ses projets > précisément au moment oii ils allaient recevoir leur exécution.
Tandis que l'Ecosse réclamait ainsi des secours d'usa manière si pressante^ l'Irlande n'en demanr dait pas avec moins de vivacité; ainsi le Roi se trouvait sans cesse dans un état violent , ne saidiant pas à quel besoin il lui fallait pourvoir d'abord^ et encore moins comment se procurer des fonds pour pourvoir à aucun. Lord Tireonnel avait à la vérité obtenu^ comme on Va dit^ une promesse de secours y mais ils étaient longs à venir, et pendant ce temps > il n'était pas possible d'imaginer tout ce qu'avaient à souffrir les soldats irlandais. Au dedans, la famine , au dehors, un ennemi nombreux, ne leur laissaient ni
paix, ni relâche. Les Anglais avaient fait, durant r&î^er , une tentative pour passer le Shannon , eu même temps, à Lanesborough , James^TôWn et Banaker^Bridge ; mais le duc de Berwtck ^Tait enToyë des partis qai les avaient prévenus, et avait fait ie son côte tout ce qu'il avait pu pour les inquiéter à son tour, pendant toute la di)rëe d$ l'kiver; mais rien n'y réussissait autant que les rapperees, qui firent plusieurs actions auda^ dacieuses, particulièrement 0-Connor, qui avec soiiçanle cavaliers et autant de gens de pied , surprit deux compagnies de grenadiers qu'il tailla en pièces, puis se rendit à Philipstown, danîs la province de King, y tua cent vingt dragons, brûja la ville, et emmena une quantité consfdérable de chevaux.
Ce& actes d'hostilité n'apportaient aucun soulagament réel aux souffrances des troupes, et lé lord lieutenapt à son arrivée, en janvier 1691', trouva nos soldats dans un tel état de dén^ment que cela faisait pitié. L*s officiers n'étaient pas mîeax. Il jugea d'abord devoir habiller ceux-ci , ce qu'il comptait faire pour cinq louis d'or la pièce, et pour qu'ils ne se pl^îgqîssent pas d'être trop mal vêtus, il avait résolu de s'habiller comme eux; mais comme ils aimaient mieux avoir l'ai^ gcot, il envoya un homme en France su:heter seuilement du linge, et leur distribua la plus grande partie de l'argent qu'il avait apporté. Il ne pou-
â'iS MÉMOIRES
vait dopner moins de cent couronnes à un colonel pour son habillement > ses équipages et autres choses n^essaires^ et aux. moindres officiers en proportion. Il donnait deui cents couronncis à un brigadier^et quatre cents à un major-^géneral. Il lui en coûta treize mille louis d'or. Il n'en avait apporté que quatorze mille avec lui ^ sans compter dix mille autres qu'il avait laissés à Brut^ pour acheter de la farine, etc. Il ne restait donc que mille louis d'or pour toTutes les autres choses nécessaires, caissons, chariots^ charrois pour l'artillerie^ etc. Il ne pouvait avoir ni faire marcher rien de tout cela sans argent. Dans cette si- ,tuation^ le nombre des hommes au lieu, d'augmenter les forces, ne servait qu'à multiplier les difficultés et accroître le fardeau. Balderick 0-DonneIl s'était érigé en chef indépendant, et ayant rassemblé jusqu'à huit régimens de nouvelle levée, sans compter une troupe de gens non enrégimentés qui couraient de côté et d'autre^ il vivait avec tout cela presque à discrétion : cette multitude ravageait le pays> ruinait les habitans, et empêchait ainsi les forces régulières de trouver chez le peuple les secours de subsistances que sans cela elles auraient pu en tirer. Il n'y avait moyen de remédier à cet inconvénient qu'en payant. Cependant pour faire aller les choses aussi long-temps qu'il serait! possible , on chargea les commissaires, de régler les logemens des' soldats^
DE JACQUES II. ai9
et d'aToir soin que les réquisitions^ Vins» etc.^ pour l'usage de l'armée se fissent avec autant d'égalité qu'il serait possible^ et de la manière U moins onéreuse pour le peuple. La seule conso-^ lation qu'eût lord Tirconne 1 ^ fut de se voir asses^ bien reçu à son retour^ malgré les manœuvres factieuses de ses ennemis. Il avait apporté auco«lonel Sarsfîeld des lettres patentes dé comte; cela le mit de bonne humeur, et comme il était réelle^ ment zélé pour le service du Roi , il s'engagea à contenir les mutins^ et agit sincèrement d'accord avec le lord lieutenant; tant que ses conseillers furent absens. C'est pourquoi lord Tirconnel pressait vivement le Roi de les retenir près de lui; mais Sa Majesté était dans l'obligation de ménager tout le monde ^ et de traiter .avec, égard et complaisance des hompoes opposés^ à. la vérité» les uns aux autres, mais également attachés à son parti y et soumis à ses volontés. Lord M ontcassél^ honorablement et avantageusement employé en France oit il était établi, et qui! commandait le premier corps d'irlandais envoyé en ce pays> avait toujours été du parti opposé à lord Tirconnel, et faisait tout ce qu'il pouvait pour traverser ses démarches à la cour. La tâche .du Roi était donc très-difficile, car il avait à ménager un grand nombre d'intérêts différens , et de partis opposés , tant parmi les Français que parmi ses propres sujets , et était obligé de conserver des égards
pour lont le monde. Il exhortait tord Tireonael à suivre la même méthode y à ne pas. traiter les peuples trop rudement^ mais à fâcher de tes gagner par la douceur^ et celni^-ci le promettait à Sa Majesté tout en âTouant que cela n'était pas dans son caractère. Le Roi avait d'ailleurs d'autres raisons pour user de niodération. Il était inquiet pour le duc deBerwick^pàr le consentement duquel éfa ient venus les commissaires ; ceux-ci avaient à peu près dit au Roi : qu'ils regardaient le duc comme une espèce d'étage pour leur assurer un bon accueil 4;t un traitement favorable. Sa Majesté se résolut donc de le faire revenir, à la première occasion; ainsi lord Ti^connel étant retourné en Irlande y le Roi manda au duc de Berwick de revenir en France : ce qu'il fit.
Ce qu'il y a d^étpnnant , c'est que l'extrême misère de l'armée Irlandaise et le dénAment de toutes choses oiielle était réduite^ n'empêchait pas les ennemis d'y arriver en foule. Cette disposition était si générale^ que lord Tircennel assurait le Roi y que s'il avait seulement assez d'argent pour payer une pistoleparhomme^ et les faire vivre ensuite, il ne doutait pas q^'un tiers de l'armée du prince d'Orange ne vint le rejoindre; mais> disait-il : « Ce sont M paroles perdues que celles des pauvres, on ne les « croi|plus,dèsqu'ilsdisentqu^itsontbeso!n d'arw gent. i> De plus, l'ennemi s'étanl aperçu de cette désertion, commença à traiter un peu mieux ses
DE JACQUES II. aai
soldats : jusqu'alors il s'était conteiité dé lés noniv rir^ sans leur donner un .sou de pai^; mais il ptit ]e parti de les traiter plus libéralement. Il eu ' avait le moyen , et pouvais toujours contenter $es gens quand cela lui convenait ^ car il s'inquiétait peu d'écraser les gens, du pays dont il était à peu près le maître ^ et n'hésitait pas à les traiter en esclaves lorsqu'il le £illait pour pro^ curer des soulagemens à ses soldats. On en. peut juger par l'artifice dont usèrent les généraux pour racheter trois mille prisonnier^ que leur avaient faits les Français^ à Fleuras et en d'au* très lieux. Ils prétendirept qu'ils en avaient ua nombre égal en Irlande^ qu'ils rendraient en échange , tandis qu'il n'y en avait pas réellement un millier. Le reste était de pauyres gens de cam«« pagne qu'ils rassemblèrent et firent partir de force. Les Irlandais s'en plaignirent comme d'une cruauté dont ils se seraient fait scrupule d'user envers des Indiens ^ envers Içs nations du monde les plus barbares.
Cependant le besoin et la misère augmentaient tous les jours dans l'armée Irlandaise^ et quoi*^ qu'on fût à la fin de n^ars^ la flotte chargée de vivres qu'avait promise M. de Louvois^ n'était pas encore arrivée. Le lord lieutenant fut oblige d'en presser le départ avec de grandes instances, et lorsqu'elle arriva enfin , de représenter son in^ suffisance ; car les besoins étaient plus grands qu'on
ne l'avait imaginé. Ils avaient occasionné des révoltes en plusieurs lieux. La garnison entière de Thurley avait déposé ses armes , disant qu'elle ne voulait pas servir pour n'en retirer d'autre avantage que celui de mourir de faim. A force de persua* 'sions et de promesses, on était parvenu à l'engager à les reprendre; mais c'était le seul moyen qu'on eût de tenir les troupes dans le devoir , car il n'y avait pas moyen de châtier, oumênie de réprimander un officier; il s'écriait aussitôt qu'il ne voulait plus servir, et il n'y avait pas moyen d'y obliger les gens sans les payer. On ne pouvait non plus tenir les soldats réunis, au rnoins sans les nourrir, et cependant avant l'arrivée de la flotte de France, ils avaîentété réduits long-temps à une demi-livre de pain par jour. Le bois même était devenu si rare, que l'intendant français à Galloway avait proposé d'envoyer du biscuit au lieu de farine, parce qu'on n'avait plus de quoi cuire; pour faire du pain avec le peu de faribe qu'on avait encore, on avait été obligé d'acheter des débris de maisons et de vieux vaisseaux; si bien qu'au lieu de voir arriver des déserteurs, on <;ommençait à éprouver, dans l'armée irlandaise, une très-grande désertion. Ces nouvelles causaient au Roi une vive affliction, et il pressait de tout son pouvoir le départ de la flotte; mais M. de Léuvois, hautain et dur, faisait peu d'attention à ses plaintes. Il était surpris, mandait-il à lord
Tirconnel^ de le voir mëtontent de h. nature ou de la qualité des secours qu'on lui enroyait, et s'étonnait surtout qu'il le fatiguât de ses plaintes contre lord Montcassel et de leurs querelles entre eux; c'était à lui , disait-il ^ à gouverner les choses avec assez de prudence pour que la cause commune ne souffrit pas de ces animosités personnelles; les secours qu'il avait déjà reçus, et ceux qu'on lai envoyait encore , méritaient bien ^ ajoutait M. de Louvois, qu'il passât par-dessus le petit nombre d'obstacles qu'il pouvait rencontrer sur» sa route : ainsi donc, on avait lieu de compter qu'ilen ferait le meilleur usage qu'il pourrait. Le ministre proniettait à la vérité, par cette même lettre, qu'aussitôt qu'il aurait reçu les douze cents recrues qu'on lui envoyait pour les troupes irlandaises actuellement en France, il mettrait les demandes de lord Tircounel sous les yeux du* Roi son maître, r
Le ministre avait soin de vendre ses faveurs aussi cliér qu'il lui était possible. Les troupes Irlandaises déjà arrivées et les recrues qu'on at-' tendait payaient en grande partie les secours qu'il rendait en échange; mais le Roi était obligé de passer par là-dessus, et se crut heureux de' l'avoir mis en si bonnes dispositions. A la vérité lord Tirconnel avait contribué à ce changement par une manœuvre qu'il avait faite, seulement dans l'intention d'affermir son propre crédit , mais'
i^4 MëMOIllES.
qui avait €a; d'ailleurs un boii effet. Il paraît que lorçqu^ lui et M. de Lausun étaient revenus ensemblé d'Irlande^ lord Tirconnel , à leur arrivée à Brest y lui avait dit qu'ayant tous deux beau** coup d'ennemis > Us seraient iofailliblenaent fort ceiisui*és> et couraient le risque de se perdre s'ils ne. se soutenaient et justifiaient mutuellement. Cela était trop raisonnable pour n'être pas adopté par M. de Lauzun ^ celui des deux qui àvait^ en cette occasion , le plus besoin d'appui. Lord Tirconnel lui dit ensuite que comme son âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de voyager vite, et que cependant tout délai était dangereux , il le priait de ne pas l'attendre^ mais de se rendre k plus tôt qu'il le pourrait h la cour^ oii en arri* vant 9 conformément aux plans convenus entre eux> il }u$tifia sur tous les points la conduite du lord Tirconnel , et lui prépara ainsi tellement les voies que celui-ci^ en arrivant ^ reçut le. plus gracieux accueil ; mais quand vint son tour de répondre à certaines questions relatives à la éoD^ duite de M. de Laua&un , il dit que véritablement il le croyait bien intentionné^ et qu'il avait £iit de son mieux, mais ne put excuser certaines fautes^ trop évidentes pour être palliées» Lorsque M. de Lauzun le sut > il entra dans une violente colère; mais il n'y avait pas moyeu. de rétracter ce qu'il avait dit pour la justification de lord Tircoimel. Celui-ci se souciait peu de son resseatimeiit après
DE JACQUES II. à2S
s'être servi de lui si adroitement panr rétablir
son crédit près du ministre , qui fnt charme de
Toir jeter le blâme sur un homme qu'il n'aimait
pas.. Le Roi , si la fortune ne se fût pas toujours
appliquée à tromper ses espérances, eût pu reti-*
rer de cette ruse d'assez grands avantages ; ear s'il
s'était. nui Anprès du ministre par le choix qu'il
avait fait de M. de Lauzun , l'humiliation q\i^
venait dâ subir celui-ci devenait un moyen de le
ramener: maisM. de Louvois mourut subitenleni
peu de temps après , et son fils , qui lui succéda ,
hérita du caractère dur et impérieux de son père,
et de son éloignement pour Sa Majesté et pour sii
caase<^ .
Au commencement de mai on n'avait pas en«core de nouvelles de la flotte; il y avait un mois que Jes soldats étaient réduits à la chair de chevalet n'avaient pas vu un morceau de pain : depuis plus long<<- temps encore ils n'avaient eu que de l'eau pour toute boisson. De plus , d'après ce que sayait lord Tirconnel du chargement de cette flatte, il voyait clairement qu'elle serait loin de leur apporter tout ce qui leut* était nécessaire ,. et en quelque sorte indispensable. Il y avait si peu. d'argent, et les vivres y étaient en si petite quantité, que toute l'ambition de lord Tirconnel était de. pouvoir donner aux soldats chacun un sou par jour, indépendamment de leur pain, et aux officiers en proportion» Cependant il avait Gal>^ 4- i5
Gnlë qu'il ne pimrrait même. les tenir à ce taux pendant deux mois^ à moins que le Roi n'envoyât cent pistoles de plus ; cequ'il le pressa instamment de faire > d4t-il le prendre sur son petit revenu et sur les dépenses nécessaires de sa maison*
Ainsi le Roi se voyait presse et tourmenté avec plus; de véhémence à mesure qu'il devenait plus difficile d'accomplir ce qu'on lut demandait C'était pour lui un grand chagrin de n'être pas en état de soulager de tels besoins y mais il ne pouvait faiitr l'impossible; cependant il faisait infiniment plas en ce genre qu'on n'eût pu l'attendre de sa situation : jamais prince n'avait mieus su lutter contre le besoin et la pauvreté, ni employer le peu qu'il avait aux usages les meilleurs, les plus charitables et les plus utiles. Encore se serait-ril trouyé heu^ reuz Sf'il n'eût eu que ce fardeau à supporter; mais les plaintes continuelles^ les dissensions y les ani^ mosités qui régnaient parmi ses serviteurs l'embarrassaient plus que tout le reste dans un temps oii il était si important de conserver l'union» Les services signalés du duc de Tirconnel lui donnaient le droit d'être conservé dans la dignité ou on l'avait placé; cependant ceux qui lui eu vou-^ laient ne manquaient pas de représenter qu'il se s'entendait pas aussi bien à la conduite d'une ai> i mée et à la direction des affaires militaires que les gens dont c'était l'unique profession, et lut ri^rochaie&t aussi de certaines partialités doot il
était dUBcUe que se garantît up homme revêtu d'un tel pouvoir^ et attaqué de tant de manières» Cela ep^b^rrassait fort liç Roi, qui ne savait dé quçl côté p'encher ou çomfnent tenir la balance assex ég^le pour parveiiir^ s'il ne pouvait réconcilier las partis , à les tenir du moins toujpvir^ attache/s à ses intérêts» Qnjtr^ l^s plaintes des envoyés da rarmé^f on avait &it parvenir au Roi des reiDontr£(nç#s contre le dnx;^ I^e comte de Lau^un se rangeait puverteuient avec les mécontens^ et lord TircQnnel s'en étonnait pfçu, quoiqu'ils se fussent assez hii^n entendus en Irlande : il comprenait la raison d^ ee changemept. Mais ce qui l'inqiiîélait le plus, c'était, disait^ il ,^ de s'apercevoir, à la froideur de Sa Majesté, qu'elle avait doané trop de créance aui: insinuations de ses enioemis, De Leur coté ils étaient mécontens de n'en pas obtenir davantage, et la cour de France était toujours moins disposée à seconder des gens qui poussaient ainsi chacun dç leur côté. Toi^tes ces çontiriiidictions et discussions retombaient en définitif si^r leJIU^i : c'était à lui que venaient d^mai»dar justice ceu^ qMÎ croyai/çnt avoir iioii de ^ plaindra; c'était près de lui qu'ils réclar- »iaï?9t de^ ^ûours dans tous leurs Iiiesoins et le redres^epi^ont de tous leurs griefs ^ tandis que ceux dont il pouvait senls attendre de l'aide étaient prévenus contre lui et contre hs seuls moyens capal)!^ de le tirer d'afiaire* Cela mit les Irlan-*
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dais dans la nécessite d'équiper, payer, vêtir et approvisîonneip une armée , en quelque façon sans argent, sans habillemens, munitions ou vivres, autres que ceux qu'on recevait de France , ce qui était si peu de chose et si long à arriver, qu'il était vraisemblable qu'ils seraient tous morts au- [ paravant ; et en même temps il fallait qu'ils répa-
rassent leurs fortifications, tandis que les pauvres soldats trouvaient à peine, lorsqu'ils revenaient harassés de leur travail, un morceau de pain k manger ou une poignée de paille pour se coucher; c'était un miracle que dans un tel dénûment de N tout, avec le défaut de discipline et la désunion qui régnait entre eux, on pût faire encore tout ce qu'on faisait. . .
Les tristes récits de leur situation étaient one grainde affliction pour le Roi, mais ce n'était pas la seule. Il semblait que la Providence ne lui eût donné des Etats si étendus que pour augmenter ses peines; car l'Angleterre y fournissait aussi sa part. Les partisans du Roi n'étaient pas de force, dans ce pays, à résister au gouvernement. Cependant leur nombre augmentait chaque jour de tous cetix qui commençaient à être mécontens du nouveau règne. Cela engagea plusieurs d'entre eux à se consulter sur les moyens de remédier aux maux qu'ils s'étaient attirés; mais leurs ei^ forts, trop faibles pour les délivrer, ne servirent qu'à appesantir leurs chaînes et à affliger le Roi
par de continuels récits. de la chute de leurs espérances^ et de l'oppression de ses amis , qui périssaient en Angleterre par de prétendues cours de justice, comme en Ecosse et en Irlande par 1^ fer et la famine.
Les protestans partisans du Roi avaient eu en Angleterre plusieurs conférences sur les moyens de le rétablir sur le trône , de remettre en hon*neur l'Eglise d'Angleterre, et de pourvoir en même temps à sa sûreté, de manière à ce que le retour du Roi fût sans danger pour la religion protestan te, à laquelle ils tenaient autant qu'à leurs devoirs envers leur prince. Cela leur faisait craindre une armée française , et cependant il leur pa*raissait impossible de s'en passer; car ils avouaient que la majorité des Anglais était toujours au$si absurde et aussi traître, et que la crainte seule pourrait les faire changer; qu'ainsi donc , à moins que le Roi ne leur en donnât des motifs suffisans , il ne devait pas espérer qu'ils revinssent jamais •à lui, ni qu'on les pût gagner par des bienfaits. D'un autre côté, il avait à considérer à quel point serait désagréable à la nation le secours d'une armée française ; il sentait qu'on ne pouvait songer à une conquête absolue, et que s'il l'entreprenait elle serait plus sanglante que celles des Romains, des Saxons ou des Normands.Pour tâcher de concilier ces contradictions, on se résolut d'envoyer au Roi lord Preston, John Ashtpn et M. El^
^5o MBMOlftEà
lîot, pour lui pfôposeï:* d^adôpter d'abot^ les mëthodeâ capables de plaire au peuple , de àoû* ner des emplois > autour die sa personne , aux prolestans par prëféi*ence aux cathbliques^ et parce moyeu de faire connaître à la nation ce qu^elIe devait attendre de lui lorsqu'il retttreraît dans son sein. On devait rengager, tout en observant dans ses dévotions la foi catholique, à régner en protestant. Le plus qu'il pût attendre , disait-on, pour les catholiques, c'était la liberté de Conscieace légale ; le moirts qu'il dût accorder aux prôtestans , c^étaît de leur remettre entre les mains toute l'admirtistratroh ; car ils étaient plus de deux cents pour un, et ils avaient de leur côté la richesse , l'influencé -, et toute la force du pays. Il fallait que même^ durant sou séjour en l^rance, il eût aii tnoins dans son conseil huit ou neuf lords ou gentîlshoihmes protestant, pour montrer qu*il s'était remis entre leurs mains; d'uti autre côté, il fallait qu'il obtint une armée, mais à cette condition, que le h>i ÎVès- Chrétîétt eugageraît sa parole d'aider Sa Majesté, seulement coinme auii et tuédiateur> et ne ren^ verrait pas le prince offensé sous l'odieux aspect d'un conquérant; qu'il voudrait bien péï^mettre aux pirôtestans âtiglais d'avoir en France des chapelles à leurs frais, ce qui prouverait au monde que ses rigueurs enrers les hugueuots étaieut Tenues plutôt des craintes que lui inspiraient leur esprit
DEJAGQUBSII. :i5i
de résistance et leurs priocipes anti-monarchiques qne d'aucun dësir de persécution; que le Roi voudrait bien publier dans sa déclaration qu'ïl n'amenait cette armée avec lui que pour sa dé^ fense et pour la sàreté de ceux de ses sujets qui Tiendraient se joindre à lui^ mais qu'il comptait les renToyer aussitôt qu'ail aurait débarrassé le royaume des étrangers qui raTaientenTaki.VoiU,. en substance^ ce que les enToyés étaient chargés de traiter avec le Roi; mais leurs projets ayant étë découverts^ ils furent pris à bord du vais8ea1l^ qu'ils ayaient loue pour cet objet. Dans le trouble de cette surprise , lord Preston oublia ses instruc** tioDS et ses autres papiers^ et les laissa liés en^ semble comme ils l'étaient à un morceau de plomk dans l'endroit où il couchait^ M. Ashton s'en étant aperça 9 les prit aussi secrètement qu'il lui fut possible et les mit dans son sein y dans l'inteotioa de les aller jeter tout doucemeat dans la rivière; mais on le vit^ on le prévint^ et les papiers furent saisis^ ce qui leur devint très^fuùeste^ ciar c'en tait runiqifte preuve qu'on eût contré eux. Il ne parut pas de témoins contre M. Ëlliot^ mais lord Preston et M, Ashton furent mis en jugement ^ condamnés , et le dernier exécute. Ce fut 1^ premier qui périt par jugement pour là cause royale. Ce fut un nouveau sujet de douleur pour le Roi : attaqué par les lo^s aussi bien que par Tép^'e^. il voyait périr comme traîtres leâ hommes ie&
a32i MÉMOIRES
pins distingués par leur fidélité et leur loyauté; sans savoir où cela pourrait s'arrêter. Lord Presr ton obtint à là vérité son pardon , mais ce fut en confessant sinon tout ce qu'il savait^ au moins la plus grande partie. Il avoua qu'il avait con^ fêté de la restauration du Roi avec lôrd Clarèhdon , l'évêque d'Ely et M. Pen , et que M; Pen lui avait dit que le duc d'Ormond y les comtes de Devonshire , de Dorset et de M aclesfield , lord Brandon, etc. , y étaient fort disposés. Il confirma le rapport qu'avjait déjà reçu le gouvernement siir le complot écossais où était entré Nevil Pain; il dit aussi que l'état de la flotte qu'on avait trouvé dans ses papiers lui avait été fourni par lord Dart-^ mouth; mais lord Danby^ chargé de son interrogatoire, trouva qu'il n'y en avait pas assez, et pensant qu'il avait de quoi accuser plus corople'-^ tenietit des personnes dont il prétendait savoir seulement les noms pour les avoir entendu dire à M. Pen, voulait qu^on né lui pardonnât qu'à cette condition; mais il est probable que le prince d'Orange ne jugea pas prudent d'attaquer à la fois une si grande partie de la haute noblesse, et crut que ce qu'il savait suffisait pour lui donner les moyens de se tenir en garde contre ceux qui se trouvaient ainsi compromis^ ou pour les gagner par une apparence de clémence. Cela lui réussit si bien que , quels qu'eussent été à son égard, par le passé, les sentimens d«s lords nommés par M. Pen,
ils jd^vinrent ensuite les plas YÎoIens ennemis du parti de Sa Majesté.
Cette découverte n'empêcha pas que d'autres ne témàigoaâsent la disposition où ils étaient de rentrer dans le devoir , et , à la très^gratïde sar-«prise du Hoi, lord Churchill (i) et lord GodoU phin furent du nombre* Il est difficile^ d'après ce qui s'est passé depuis ^ de juger bien sûrement quelles furent en ceci leurs intentions^ et s'ils en avaient une autre que de se mettre à l'abri du juste ressentiment d'un prince offensé^ dans le cas où il viendrait à remonter sur le trône par d'autres moyens 5 ainsi que leur donnaient lied de le craindre les succès de la France^ le mauvais état des affaires du prince d'Orange , et le mécontentement général. Quoi qu'il en soit y il est certain que leurs témoignages de repentir, surtout ceux de lord Churchill ,. eurent toutes les apparences de la sincérité. M, Bulkley , emprisonné à son re*tour de France, ayant promptement obtenu son élargissement par la médiation de ses amis, allçi , sitôt qu'il fut en liberté , trouver lord Godolphin , et voyant qu'à sa première visite il ne lui parlait pas du Roi, lui dit qu'il s'étonnait de trouver sa
(i) Lord Churchill portait déjà le titre de lord Marlhorough. Cependant les Mémoires de Jacques continuent à le désigner sous le nom de Churchill , comme le roi Guillaunle soîis le litre 4e prince d'Ori^nge,
aS4 • MÉMOIIIES
seigneurie renti^ëe dans le» afTaires, tu qu'ayant son départ d'Angleterre elle l'avait assuré ne vouloir plus prçndre d'emploi. Lord Godolphtn lui répondit qu'il avait promis au prince d'Orange d'y rentrer à son retour d'Irlande , et qu'il tenait «a parole* Cependant il demanda des nouvelles 4e la cour de Saint-Oermain, mais d'un air dé*couraj^é; M, Bulkley s'efiorça de le détromper de l'opinion oik il était sur l'état des affaires de cette cour, et alla un peu plus avant pour tâcher de savoir quelles assurances il pourrait donner aa Roi de sa disposition à le servir; sur quoi le lord se leva de sa chaise, efn disant qu'il se démettrait de son emploi aussitôt qu'il le pourrait, et quitta aussitôt M. Bulkley. Ce commencement promettait peu; cependant , sans perdre courage, M. Bul-^ kley voulut tenter fortune, au moins avec d'autres. Il alla trouver d'abord lord Hallifax , qui le reçut à bras ouverts, et se déboutonnant tout-à-fait, lui dit qu'il ferait tout ce qui serait en son pouvoir ppur servir Sa Majesté et hâter son retour. Il parait <que par caractère ce lord ne pouvait jamais être content dès qu'on le contrariait sur la moindre chose : c'était là ce qui l'avait éloigné du Roi tan*^ dis qu'il régnait encore; et comme le prince d'Orange avait trouvé, à ce qu'il parait, sa politique très-^fine et très-subtile dans la spéculation, mais rarement bonne dans la pratique, ils n'avaient pu long-temps faire affaire ensemble* Quoi qu'il
DE JACQUES ÏI. ^55
en âoit des motifs de cette déclaf atbti 5 joiale k celles que recevait M. Bulkley de plusieurs autres lords mécontens, elle doDna coutage aux plus craiotifs ; et lord Haliifax ayant pefuiis àf M. Bulkley d'informer lord Godolphindê seà â«â^ timens et la disposition oh. il ëtait de le sec^oâdeîr en tout ce qu'il entt^prendrait pour le service du Rôi^ lord Godolphin s'enhardit^ fil toutes les protestations imaginables de bonne Tolontë pour te Rûî^ promettant qu'aussitôt que le prince d'Orange serait revenu de La Haye, où il e'tait allë pour le congrès, îl quitterait tout , et serait entièrement à la disposition de Sa Majesté; mais il se faisait conscience, disait-il, de trahir ks devoirs de l'emploi dont il était chargé : scrupule auquel îl aurait été assurément fort heureux qu'il eût toujours eu autant d'égard. Il avait donc résolu , dil-il , de rompre tous ces liens. Il montra à M. Bulkley une lettre que le prînce d^Orange luî avait écrite de La Haye, où îl se plaignaît des embarras dont Taccablaient tant les confédérés que ses autres affaires; il ajoutait cependant que rien ne le chagrinait autant que la pensée qu'avait lord Codolphin de quitter son service en de telles conjonctures , vu qu'il était l'homme en qui il avait le plus de confiance, et de tons les Anglais celui quMl aimait le mieux. Il lui enjoignait donc de n'y plus penser; mais lord Godolphin assura que tout cela n'était rien pour
lui auprès des devoirs qui le liaieut à son souve-r
raiQ légitime.
Pendant ces conférences particulières avec lord Godolphin> M. Bulkley le rencontra un jour dans le parc avec lord Churchill ^ qui parut fort aise de le voir et les invita tpus deux à dîner. Il reçut M. Bulkley avec beaucoup d'ouverture, lui fit le premier les avances sur les points par où celui* ci s'était proposé de l'aborder , et le prévenant de. toutes manières envoya chercher le colonel Saekville. Celui-ci l'alla voir avec quelque répugnance et fut grandement surpris de lui trouver toutes les apparences de la plus parfaite conversion. Lord Churchill le pria d'aller ti^ouver le Roi pour lui faire connaître son sincère repentir et implorer sa miséricorde; il était prêt, disait-il , à i*éparer son apostasie au risque de se perdre. Ses crimes lui paraissaient si horribles que le chagrin l'empêchait de dormir et de manger. Il lui parla longtemps sur ce ton. Le colonel Sackville ayant informé ses amis de ce qui se passait, ils jugèrent nécessaire d'encourager lord Churchill de tout leur pouvoir, sentant bien qu'un homme si en crédit dans l'armée et si puissant dans le conseil serait très-important aux affaires du Roi; mais ils résolurent en même temps d'y bien regarder et de voir s'il voudrait les informer de tout ce qu'il savait, de manière à ce qu'ils pussent compter sur sa sincérité* En conséquence le colonel Sack-«
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Yilie et M. Lloyd eurent avec lut plusieurs con-férences. Le colonel s'apercevant qu'on avait remarqué les premières ^ lui dit que s'il partait si promptement après , cela pourrait donner des* soupçons^ et qu'en conséquence il valait mieux charger M. Lloyd de son message. Le lord y consentit très-vblontiersj et leur rendit compte sans la moindre hésitation de l'état de toutes les forces^ des préparatifs et des projets relatifs à l'Angle^ terre^ l'Ecosse et l'Irlande. Le prince d'Orange ^ leur dit-il 5 comptait se rendre en personne en Irlande 9 si les Français ne serraient pas de trop près les confédérés de Flandre ^ et il espérait réduire l'Irlande assez promptement pour pouvoir , dans Cette même campagne ^ conduire dans le( Pays-Bas une partie des troupes qu'il avait en ce pays. Il leur rendit compte également de l'état de la flotte y et enfin de tout ce qu'on comptait faire soit sur terre soit sur mer. Ce renseignement s'accordait avec ceux qu'ils avaient eu d'ailleurs et leur fut un grand motif de croire à sa sincérité. Ce qui parut la prouver aussi , ce furent les constans avis qu'il leur donna des dénonciations portées à la secrétairerie contre les jacobites^ et entre autres contre eux, par où ils évitèrent beaucoup de dangers et d'embarras» Il désira savoir par quel moyen il pourrait se rendre/utile saris entrer dans les secrets du Roi, avouant que ses perfidies lui ôtaient tout-à-^fait le droit d'es-
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^ perer une telle confiance. 11 ne doutait ptÉ y dit«ily qu'il ne pût amener au parti du Roi beaucoijip d'hommes împortanst II dédira $ayoir d'il fallait qu'il tâchât de ga^er lord I)atiby ^ qui était dlprs^ dit<-il, le principal appui du gouvernement^ oa se joindre aux lords et membres des çomnoiupes qui trayaillaient à sa perte , assuradt que Tmpé^ rance du pardon en rameoerait beaucoup à l#af devoir. C'était par désespoir que ça lord et 1^ autres se montraient ai violeos : ils combattaieat en quelque sorte pour leur vie^ le mal qu'ils a vai^ot &it ne leur laissant aucune espérance de pardon^ Il offrit de ramener> si le Roi le demaudgiti les troupes anglaises qui se trouvaient en Flandre > maisproposa d'agir plutôt de concert avec ungrand hombre d'autres qui travaillaient au même but^ c'est-à-^lire à obtenir dans les sessions siMvywte^ que l'on fit renvoyer du royaume tous |esëtrsa-r gers; ce qui ramènerait beaucoup de troupes an-« glaises y sur lesquelles il espérait e;icef cer son ia« fluence d'une manière plus utile. $i les Français avaient des succès en Flandre^ et qu'il arnvl^t quelque accident i&clieuK au prince d'Orange, la restauration deviendrait^ à ce qu'il croyait) très-aisée; il pensait que le parti républiqaîo tenterait alors quelque chose ^ et que cela serait plutôt favorable que nuisible aux intérêts de Sa BÏajesté. U conseilla au Roi de ne pas rentrer en Angleterre avec une armée trop nombreuse ; les
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troupes françaises étaient 9 disait-il , Tol^jèt de la terreur du peuplé. Cependant il sentait biéa la nécessité d'amener un nombre dé troupes suffis* saot, et qu'il ne serait ni loyal k lui de proposer^ ni prudent à Sa Majesté d'essayer de se fier entière-^ ment à peux qui l'avaient trahi âyec tant de perfidie; mais vingt mille hommes ^ à ce qu'il disait , suffiraient pour rétablir le Roi et ne seraient pas asse£ nombreux pour effrayer le peuple , pourvu que Sa Majesté promit dt les renvoyer de» qu'elle serait rétablie sur son tr4ue> Il ajouta qu'il était nécessaire que le Roi continuât à soutenir l'Ir^ lande ^ que le prince ferait un grand effort pour réduire^ afin d'avoir plus de moyens d'attaquer la France; il pensait, di$ait*»il, que le Roi devait ordonner à lord Godblphin dé ne point donner sa défuissiou; qu'il pouvait être plus utile dans ses emplois de commissaire du trésor et de mem-^ bre du conseil du cabinet que comm;e simple particulier; enfin il se montra aussi ardait qu'on puisse l'imaginer pour le parti du Roi^ l'homme le plus repentant du inonde pour la faute quHl avait commise^ exprimant de mille manières l'horreur qti'ilaviait de ses perfidies envers le meii^ leur des rois, et répétant qu'il lui serait impos^ sible de vivre en repos jusqu'à ce qu'il les eût en quelque façon expiées, en s'efforçant au péril de sa vie de remettre sur le trône ce prince, traité avec tant d'inj;ustice, et son bien^imé maiire;.
Enfin il parut de si bonne foi et si sincère dans sa pénitence > que les amis du Roi jugèrent nécessaire de l'en informer, et que M. Lloyd vint pour cet objet à Saint^Germaîn y oh il raconta tout ce qui s'était passée
Le penchant du Roi à la clémence le disposait à pardonner les plus grands torts dès qu'on lui montrait la moindre apparence de repeùtir, et il y a lieu de croire que ce n'était pas autre chose que des apparences. Lord Churchill ne laissa pas de continuer à écrire dans les mêmes termes, témoignant sans cesse son chagrin sur ce qu'il avait fait et son zèle à le réparer; déclarant qu'il sacrifierait sa vie de bon cœur pour rappeler le passé ; qu'il était si entièrement revenu à son devoir et à ses sentimens d'afiection pour la personne de Sa Ma-^ jesté, qu'il abandonnerait avec joie ^ au premier ordre, sa femme, ses enfans et son pays pour re^ gagner et conserver son estime. Mais cependant le Roi n'éprouva jamais l'effet de ces brillantes promesses : Sa Majesté ayant insisté sur l'offre qu'il lui avait faite de ramener à son parti les troupes anglaises, alors en Flandre, comme sur le plus grand service qu'il pût lui rendre , il s'excusa , sous prétexte que le message avait été mal compris, et qiie.ce serait tout perdre que de détacher les troupes par petites parcelles; que ce qu'il av^it de mieux à faire était d'obtenir sur elles un pouvoir absolu afin d'accomplir l^ chose en une
fois, et cependant^ comme s'il eût beaucoup mérite, il augmentait chaque jour de prétentions. Il n'avait d'abord demandé que deux lignes dé ht maînduRoisanssignature, p(Xrtant promeMedeltii pardonner , à lui et à tous les grande coupables qui le mériteraient par leur conduite future. Il disait que cela aurait de l'influence sur la princesse Anne ( i ) elle-même, surlady Church i 11 et d'autres* Le Roi y consentit volontiers; mais Churchill ne s'en tint pas là ; voyant le Roi si bien disposé, il lai demanda ensuite de vouloir bien écrire à lord Godolphin pour Tassurer également deson pardons 11 voulait aussi que la Reine insérât dans la lettre quelques paroles, témoignant qu'elle ne lui en voulait plus, et qu'eii même temps on lui or^ donnât de garder ses. emplois^ prétendant qu'il aurait par Jà plus de .moyens de se rendre utile* 11 parait qu'il avait oublié les scrupules qu^éprouvaît son ami à trahir les devoirs du poste qui lui
(i) L'indication de la personne est laissée en blanc dans le texte anglais; mais 6n ne' petit guërcTs douter qu'il né 9-âgisse de la princesse. Il en sera plusieurs fois question dans le cours de cette intrigue ^ mais sans qu'elle soit jamais nommée ni indiquée. La même réserve est observée plus tard à l'égard dé plusieurs autres noms , tels que celui de Churcbill, Godolpliin et autres, qu'on ne fait pas ici difficulté de donner. On avertira par une note du moment oii se fait remarquer ce changement^ qui semblerait en indiquer un dans les rédacteurs*
était confie^ et, au fait^ ils voulaienl ^'on kur pardonnât de mamère à se trouver en sûreté si le Roi revenail^ et cependant n'avoir rieu à souffrir dans l'intervalle 5 tet ne donner d'autre preuve de leur sincérité cfne desimpies paroles et de Taines promesses 5 que , sous prétexte d'éviter les so»p« çons ou de demeurer en état de servir ensuite plus utilement^ ils ne trouvèrent jamais le moment d'exécuter. Cependant le Roi jugea devoir se prêter à cette duplicité de conduite ,■ et comme lord Cburchill commençait à perdre dans la &veur du priiiee d'Orange , il se flatta qu'il finirait par le servir» U accepta donc ses excuses et continua de correspondre avec lui de temps en temps jusqu'à la fin de sa vie^ mais sans qu'il en résultât guère autre chose qu'une augmentation de dépense > causée par la nécesaité de tenir en Ai^eterre des personnes chargées d'agir sous la direction du lord^ et accrut aussi les embarras qu'oe^ casionnaient au Roi les plaintes continuelles deses autres partisans^ qui, professant diverses religions et conduits par différentes vues^ au lieu de sWr pour son service s'appliq^uaient de tout leur pouvoir à se contrecarrer les uns les autres.
Lord Bartmouth fît également passer au Roi par M. Lloyd des offres de service qui , bien qnc probablement plus sincères , ne furent pas fws utiles que les autres ; car, ne pouvant point aaiener devaisseaux,toutce qu'il pouvait fiiire était, dit-il>
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de venir lui-ttiêmé; eeh qnoi il iïkii pféi si on lui p^omettail; te CùmmmùAemem d^ufie es<2adi^ de Yftisseftiix de guerre franvçai»^ dont il d'enga» geait à composeir les ëqurpgé» d'ofiicrers et de soldat^ ailglâia; mais l» cour de France n'ëfàiit poiel d'kumèiir à CMifiier' ses vaisseoitfi k des mains si peu ferme». Celte <^re û'ent do^c pa$ plus de réaallat que les autres; il f«t d'atltiÉilrd reakrmé d»B» la Tour biéatôt après^ i ce qu^oil supposa, sur Im deuonciàtron ée lord Pre^drif.
AraDt le moment oit ^e passait tout ceci, T»^ œée ao^aise s*'était préparée k eutrefi^ en^ ûstm-*^ pagne en Irlande^ et les Iiiaiidais rédui4ls à 1^ dernière eittrémltë^ n'enteàdaiyt point parter de flotte de Franèe^ mandèrent an Roi que si elte n'arlÎ¥ait pas dana peu de jou^rs il n'y aurait plus besoin d'ennemis po«r les détruire. Le duc de Tircsonnet uTait fuit cependant, durant cet înter^ vftUe, tous les préjparadifs qui anraient été en son po«Toîr, et atait tracité meyeh, avec de grande (Ëfficnlléa^de se proeurer pour chaque soldat d'in&nterte, deux paires de souliers (i), une paifC' de ealotlea et une paitfe^de bias y te qui avec les kiatihs' et lea ehem^ises^ qu'ils étendraient dé France, déviait au moîiis> les* couvrir. Il A'tait dîs* tribiié lô peu qu'il possédait ^ tant q*ué ctH avait «' ■ t i " ■ «I -....■ (i) ÊrogutàSf espèce tfô souliers gfôssîers que portent le»
dure^ avec la plus grande égalité. Il ataitentoyé une partie de ce qui se trouvait à Galioway, à Sligo par mer> et à Athlone^ à dos d'hommes faute de charrois : enfin le 8 mai , la flotte française parât dans la rivièi^ de Limmerick. Dans la détresse où l'on était ^ cela équivalut à une victoire ; on claota le Te Deumy et aussitôt qu'elle arriva ^ on se mit de grand cœur à l'ouvrage pour tout préparer dé manière à pouvoir entrer en campagne. La flotte apportait bien à la vérité quelques armes, des habits > des munitions et des vivres ^ mais il paraît qu'elle n'apportait point d'argent ^ ce qui mit dans un grand embarras pour se procurer des charrois et autres choses nécessaires qui manquaient encore. Cependant en payant les marchands et les ouvriers^ partie en argent^ partie en objets d'habillement , partie en bon nés paroles et partie en promesses dont on était fort libéral, on obtint qu'ils fissent de leur mieux ^ et on parvint à rassembler cent soixante-dix ca&so'osj quatre cents petits chariots, et des trains pour dix pi^' ces de canon. On partagea le peu d'argent qn'on avait > de manière à pouvoir payer un sol à chaque soldat pendant trois semaines^ ce qui était le , plus loin que les moyens pussent s'étendre, ctie lord lieutenant réitéra ses vives instances au Roi pour le conjurer d'envoyer mille pistolesdeplus^ ce qui permettrait de continuer la paie pendant trois mois, époque à laquelle, disait-il, l'aff^'^
serait entièrement dëcidëe; ajoutant que puisque le sort d'un royaume en dépendait ^ il prenait la liberté de lui dire qu'il devait vendre sa dernière chemise plutôt que- d'y manquer. Le Roi n'avait pas besoin de tant de sollicitations pour être tou^. chë des besoins des Irlandais et en comprendre toute rimportance> et pour travailler de toutes ses Jforcesà leur procurer de nouveaux secours; mais €n même temps il se trouva tellement pressé d'un autre côté, qu'il ordonna à lord Tirconnel de payer la valeur de mille livres sterling à un gentilhomme écossais qu'on lui envoya pour cet ob-^ jet. Lord Tirconnel parut extrêmement surpris de ce message 9 et s'excusa sur rimpossibilité ; mais cependant faute d'un secours si nécessaire aux amis qu'avait le Roi dans les montagnes d'E-r co^se, leur malheur fut cdnàommé et. les.espé*? rances de ce côté à pea près perdues^
Sur la flotte française était arrivé M^ de Saint*^ Ruthavec d'autres officiers français^ ainsi que les gentilshommes qui s'étaient rendus en France pour y solliciter . le ' renvoi du duc de Tirconoel. Le Roi n'avait pas consenti à leur demande ^ cependant ils avaient obtenu dé lui qu'il ôtât des mains de lord Tirconnel la direction des affaires militaires dont Saint-Ruth fut tout-à-fait chaîné. Ainsi 5 lord Tirconnel , qui jusques-là avait pu nommer un Ueutepant-général, n'avait plus le pouvoir de faire un colonçl^ ce qjùiJe discrédita
t^llem^fitdans rarmee» qu'on n'y itespeetait plus guère «son autorité* U eut la prudence de se soumettre , et laissa la conduite de tout à Saint-^Rnth qui gardait avec lui les apparences 5 mais au fond était prévenu contre' lui par les Irlandais qu'il avait amenés de France, et qui avaient eu à cet égard tout loisir et toute facilité; ainsi lorsque Saint-rRuth écrivit au Roi pour demander de nouveaux secours d'argent , il prî^ qu'on ne les remît pas entre les mains de lord TirconBei.
Tandis que les Irlandais étaient ainsi occupés de leurs préparatifs et de leurs disputes^ on vint leur donner avis que l'ennemi, oonsidérablemefit augmenté par la jonction des troupes d'Ecosse sous les ordres de Mackay , était arrivé le 6 juin devant Ballimore, et que le lendemain matin, . soit lâeketé> soit trahison, UlikBurke gouverneur delà ville s'était rendu à discrétion, sans fa irebeaueoup de résistance, quoiqu'il eût avec lui dans la place près de huit cents hommes bien armés. Ils furent tous &its prisonniers? ce qui affaiblit beau- €Oup les régim^is dont on lés allait détachés. Le général Ginkle demeura à Balliraore jusqu'à ce qu'il eût été rejoint par le duc de Wurtemberg et le reste des troupes, et le 18 juin parut devant Ajthlone. Le gouverneur, le colonel Fitz-Gérald, «nvoyo quelque^ grenadiers disputer les passages et les défilés pour retarder leur approche : ils s'acquittèrent de i^ur mission avec oourage et pru*
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àeùtey et âe retirèrent toujours devant reonemien luitu^nt beaucoup de nu>nde.«Mais à la fin toute l'aroiiee et toute TartUlerie étant arrîvëea, l'ennemi dressa le lendecnaio une batterie et eut bient&l fait brèche dans le faible mur de la ville y et le 20 un détachement de quatre mille honunesfut commandé poujr donner Tassant. Il n'y ein avait pas pins de trois ou quatre cents dans la ville dû cdté de Limpster; cependant ils défi^dirent la brèche quelque temps ; mais enfin deux cents d'entre eux ayant été tués ou blesses ^ et le reste épuisé d'une action continuelle ^le quarante-huit heures, tandis que les forces de rennemi étaient continuelle^ ment renouvelées par son armée , ils furent for-ces de se retirer au pont, où ils soutinrent toutes les forces des rebelles jusqu'à ce qu'ils eussent coupé dent arches, et par là rompu du moins toalecommunication avec Vautre ville (i).
L'armée irlandaise était alors passablement en état de marcSher. Elle arriva pendant cette af- ■ ■■ * ' ""' " ■ -■ ■ "' » ■ ' ■ ■ • '
(4) tt AtSilone^ dit Dttliyinple^ tome i , page 470-*- 4?' > était ,8ép«rë« jen d^ux villes par le Shaanon. Le^ Anglais occupaient l'im^ et les Irlandais l'autre. Ces deux.portioos com-^ moniquaient par un pont de pierre et par un gué, situé un peu au-dessus du pont. Pendant neuf jours elle offrit le spectadle le plus singulier qu'ait jamais présenté l'histoire , celui de deux armées se livrant combat dans les murs d'une TÎfie qu'elles mettaient en ruine , et où chaque boulet élevait les imprécations des habitaas contre ks deux partis. »
iaire^ et se campa à une petite distance de ta vitte; du côte du Gonoaught. Si elle eût pa entrer pitis tôt en campagne^ elle eût empêché qu'on ne perdit la première moitié de la ville; mais la récente arrivée delà flotte , et d'autres embarras inévitables ne lui avaient pas permis d'être prête plas tôt, Cependant on ne douta point qu'on né pût arrêter les progrès des ennemis et lés empêcher die passer, la rivière ; 'mais eux de l'autre côté, encouragés par le succès , poursuivant leurs avantages , avaient sur-le-champ commencé un pont de baleauj( auquel ils travaillaient âT l'abri de leurs canons qui pendant tout ce temps battaient avecfu* reur le château. Cependant les Irlandais , quoiqu'ils ne possédassent qu'un petit nombre de pièces de canon 9 parvinrent à empêcher les travaux. Alors l'ennemi tâcha de jeter des planches sur les arches rompues du pont. Il avait déjà réussi en grande partie > lorsqu'un nommé Gustumé offrit avec huit ou dix hommes d'aller les jeter i bas. On y consentit de grand cœur ^ et en conséquence ils y allèrent; et avec un courage et une vigueur qu^on aurait cru au-dessus des forces de l'homme^ malgré te feu continuel de l'ennemi^ ils jetèrent à ba,s les planches et les poutres et ne quittèrent point qu'ils n'eussent achevé Içur çntri^prisct La plupart furent tués dans l'action, Cela obligea les ennemis d'essayer une antre méthode 9 et de s'efforcer d'établir sur le pont une
[galerie couTerte pour protéger leurs travaux; mais les Irlandais trouTèrent moyen d'y mettre Ile feu ^ ce qui découragea tellepient les Anglais^ I quMls tinrent un conseil de guerre pour délibérer I s'ils ne lèveraient pas le siège , et ils l'eussent cer- Jaiçement levé sMls n'eussent alors^ partm grand trouvé un gué dans la rivière. Cette découTéH^^les engagea à un nouvel effort. Leurs irant d'une rive à l'autre, avaient fait de kes dans les murs de la ville, qu'elle n'a* lutre défense que la rivière. Ils résolu^ le toute leur armée tenterait le passage lyant tout disposé pour Tattaque, ils >itement le 3o de la partie de la ville raient , descendirent le long de la riimencèrent à passer le gué tandis que batteries faisaient en même temps un
rentdoncc dttgaéj en sortirent i qu'ils occjj vièreetcf toutes
fea terjHble. Cela troubla extrêmement la gar*nisoD ; Jcependant elle incommodait beaucoup |ai passaient la rivière. Mais d'autres pro* fitwikde cette diversion , mirent des planches sur Imirches rompues et firent en même terapsun nt de bateaux dans un autre endroit : alors les lis commencèrent à lâcher le pied. Far un effet de ce nialheur auquel les ennemis devaient toujours leurs succès plutôt qu'à leur valeur ou à leur expérience, il arriva que les deux régimens de service ce jour-là se composaient en grande partie de recrues qui ne firent qu'une faible rési^
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tance 9 de manière que rennemi se rendit bientôt maître dn. passage et eotra dans la yille^ ce qui obligea la garnison à se retirer dans le camp.
Ce malheur arait en grande partie son origine dans cet esprit d'opposition et de contradiction ^ que ne manque jamais d'eleyer la différence des caractères et des intérêts > là où personne n'a une autorité suffisante pour se faire obéir. D'un côté, le gouveroeur^ M. dlJsson^ aurait voulu une garnison régulière composée d'hommes d'élite , et à demeure dans la place et propre à la défendre; mais d'un autre côté^ Saint-Ruth dans l'intention d'accoutumer ses nouTelles troupes au feu et à la discipline les y faisait passer chacune à son tour. Il avait proposé aussi , com me. les ouvrages de la place étaient de peu de défense y et que les armées se trouvaifflit si rapprochées^ de démolir la courtine du côté du Camp^ afin qu'un bataillon entier pût entrer à la fois dans la place pour relever la garnison 9 et défendre le passage de latrivière; mais M* d'Usison^ à son tour^ s'y opposa, disant qu'ils étaient vexms pour défendre les forts ^ et non pour les démolir, et il était si convaincu que les Anglais ne tenteraient jamais une action si hardie , que lorsque l'ennemi vint donner l'as*saut , il était à déjeuner à une portée de canon de . la ville. Si Saint-Buth eût vécu plus long^temps , il l'eût fait mettre en jugement pour ce fait. I^Usson accourut ^ à la vérité , dans la ville à la première
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ala*rioe ^ tnais il fut renversé par les fuyards qui lui passèrent sur le corps ^ et les détachemeos qu'avait envoyés Sàint«Rutk à leur secours ^ n'ar^ rivant que lorsque les ennemis étaient maîtres du passage 9 furent à leur tour aisément repoussés. Saint-Ruth jugea alors devoir décamper. Il fit cette nuit même un mille du côté de Balinasto, passa la rivière de Suck, dem^ira trois jours au même lieu^ puis continua sa marche sur Acrim.
Lord Tirconnel quitta alors l'armée^ et de cette ville retourna à Limmerick : les anîmosités crois*saient) comme il arrive d'ordinaire dans le malheur, et il jugea plus prudent de céder un peu que d^augmenter le mal par son opiniAtreté. Les regimens du Gonnaught s^étaient si fort éciaircis pendant cette retraite ^ que la désertion et ia maraude avaient réduit rinfanterie^ de dix-sept mille hommes, à onze environ. Quelques uns conseillèrent donc de passer le Shannoii à Ba&acker ; on repreqait par là tous les maraudeurs qui n'eussent pas osé demeurer en arrière; on interceptait à l'endemi la route de Dublin ; on se rendait maître de la fertile province de Limpster, et on portait l'armée au nombre de cinquante mille hommes» L'eunemi ne pouvait suivre les Irlandais dans cette marche avec son artillerie , en quoi consistait sa grande supériorité. De plus^ son armée devait nécessairement diminuer , soit par la nécessité de mettre des garnisons^ soit par
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d'autres causes^ et il est ceHaîn que les délais devaient être plus funestes aux étrangers qu'aux naturels du pays. La seule objection ^ c'est que par cette marche on laissait Galloway à de'couvert; mais on ne pouvait pas supposer que Ten-nemi abandonnât Dublin pour cette ville, dont les environs étaient d'ailleurs entièrement épuisés; cependant quelques officiers français s'opposèrent à cet avis^ et Saint^-Ruth^ un peu piqué du dernier échec^résolut d'attendre l'ennenî i à Âcriiu, oii il trouva use position avantageuse. Il plaça soh.campsur deux lignes au haut d'une éminence, et ayant devant lui un marais qui n'offrait que deux passages, l'un au vieux château d'Acrini} à là gauche, de l'infanterie^ l'autre environ à trois cents verges au-delà de la droite; et comme c'était dans sa cavalerie qu'il avait lé plus de confiàuce, il rangea l'aile droite de cavalerie sur la première ligne, derrière la droite de la première ligne d'infanterie. Le dimanche 12 juillet, l'ennemi fit avancer son infanterie en colonne le long du marais, tandis que la cavalerie faisait un grand détour pour prendre la droite en flanc. H n'avait pas le projet positif d'en venir à une ac-^ tion générale, mais voulait seulement observer la contenance de l'armée du Roi , et la forcer s'il était possible, à coups de canon, à quitter ses positions; mais une fois engagé et encouragé pa^? le premier succès, il rendit bientôt l'affaire dé'»
cisive. lyuQ autre côté» les Irlandais regardant cet effort coinme le dernier qu'ils eussent à faire pour rétablir l'autorité du Roi et assurer les biens > les propriétés , et les libertés d'un peuple opprimé» attendirent les Anglais avec une grande constance» et leur prouvèrent qu'ils avaient af-^ faire à des gens non moins décidés qu'eux-mêmes^ Jamais donc on ,n'attaqua avec plus de furie; ja-» mais on ne se défendit avec plus d'opiniâtreté » surtout l'infanterie» qui non-seulement garda ses positions et défendit les haies avec une grande valeur» mais repoussa plusieurs fois l'ennemi» particulièrement au centre» et fit quelques pri-* sonoîers de distinction : tellement qu'on crut eu quelque sorte la victoii'e certaine » et Saint- Rttth était transporté de joie de voir l'infanterie» dont il aTait eu si mauvaise opinion ^ se conduire si bien 9 et accomplir des exploits dignes d'un meilleur sort. 11 paraît qu'au commencement de la journée 9 Saint-Ruth^ s apercevant que l'ennemi était beaucoup plus nombreux que lui» avait étendu sa gauche à tel point quHl craignit d'être débordé et ordonna ht la seconde ligne de la gauche de. marcher vers la droite. Celui qu'il chargea d'exécuter cet ordre fit filer avec Je reste un bataillon de la première ligne» supposant que le marais empêcherait les ennemis d^avancer ; mais tenus en respect par ce bataillon» ils reprirent courage dès qu'il fut parti » et à l'aidé
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de fascines, trouTèrent moyen de pstsser le maf-^ rais; en mêinetemp% la Cft^valerie Bfitût passe sur uiM chaussée eommeneaTt à se former de Fantre edté du défilé. Aussitôt que le général faf inf<yrmé de la faute qu^on aTaîl faite^ il ordonna à toute sar cavalerie de marcher, et se mit à ta féte^ Gomme cette CftTalerie était très-boinie , elle aurait faci-' lemeut dispersé ce petit nombre d^escadrons encore occupés à se Sormev} mais malKeùreusement il fut tué d'uu coup de canch», au moment où il disait à eeux qui Tentouraient : u Us sont battus^ (c battons-p-les comme il faut (i). » Cet a'ccident causa un graod déser4re« On essaya de cacher sa mart; mais le premier escadron des gardes, qui se trouvait près de lui ^ s'étant arrêté sîir le coup, le reste eai fit autant^ ce qui occasipnna un grand
(i) Jacques avdit envoyé Saint-Rutli ppm* mettre un terme aux jalousies de pouvoir qui sMtaient élevées entre Tîrconnel et Sarsfîeld. C'était un bon officier ^ et qui avaik d'ailleurs pour les Irlandais le grand mérite d'avoir sijgnalé sou ih\e Coniye fcs prote^fdns de France j mais on n'avait envoyé aymc lui aucufle ^s choses néeessafres à l'armée ir« landaise j dispersée par d^autd'n^nt, de imiaîtioiis et de vivres. Il fut donc vu d'assez mauvais €Bil , « et les Irlandais^f dit Dalrymple ^ se plaignaient également et de la parcimonie des Français et du manque d^égards de Jacques qui y en récompense de leurs services , finissait par leur envoyer un étrmi^ pour enlevetr Ite pouvoir à leurs compatriotes* » (Tow- ï,pag.465.)
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délai dont Feimeiiii eut soin de profiter^ et faisant passer un corps considérable de caTalerie à travers les défilés^ attaqua et rompit les deux lignes d^infanterie irlandaise : cela fat d'autant plus aisé que la cavalerie au lieu de s'avancer pour la soutenir^ jugeant tout perdu 5 ne pensa qu'^ se sauver , et donna ainsi aux Anglais une victoire complète^ quoique la nuit qod survint empêchât la poursuite. Les Irlandais perdirecA près de quatre mille hommes, et les Anglais* guère moins. S'ils eussent profité de leur yietoire et marché droit sixr Limmerick/ la guerre finbsait d'an coup; dans la consternation oii étaient les Irlandais , les troupes dispersées dans les mon-^r tagaes et les marais ^ et les fortifications de la ville encore imparfaites , elle n'eût pars eu la posr* sihilité de tenir devant une armée victorieuse ; mais l'ennemi s'étant porté sur Galloway, donva» aiii Irlandais le temps de rassembler leurs forces dispersées ,■ et de proloAger encore quelques mois lenr destinée.
U n'y avait pas lieu d'attendre qu'après cette défaite 9 Galloway fît une grande résistance* Ce«« pendant elle pouvait retarder quelques jours les progrès des ennemis, et donner le temps d'ache-» ver les fertifications de Limmerick ; ce qui ^ vu l'approche de la saison des pluies > aurait infaillvblement sauvé cette ville, du moins pour la cam^ pagne. Mais lord Oanrickard et les autres^ 00-
Gupés seulement de leur sûreti , eurent tant de hâte de se rendre^ qu'ils n'attendirent seulemeot pas l'arrivée de l'artillerie de l'ennemi encore à Âthlone , et sans laquelle il ne pouvait forcer la place. Us la livrèrent 5 et eux en mêmelerpps, car lord Clanrickard et plusieurs autres/ taot officiers que soldats , demeurèrent dans la yille quoique la garnison eût liberté d'en sortir : elle fût conduite à Limmerick#
Lord Tirconnel y était déjà et se préparait aussi bien qu'il pouvait à la défense^ car la mort de Saint-Ruth commençait à lui rendre toute soo autorité. Il dépêcha donc sur-le champ un exprès à Saint-Germain pour demander ou de prompts secours 9 ou la permission de faire leur pait< Le Roi, excessivement affligé de ce malheur qui Tenait d'arriver, et vivement sensible à la cruelle situation des Irlandais, ne manqua pas de mettre leurs besoins sous les yeux de Sa Majesté Très- Chrétienne; illuiditqu'aprèstoutce qu'ilsavaient souffert et toutes les difficultés qu'ils avaient eu à combattre, il était temps de prendre à leurég«tl une prompte décision ; que si d'un côté il était résolu à ne consentir à rien qui pût être au désavantage de la France i de l'autre il ne convenait ni à ses sentimens ni à la cause pour laquelle il souffrait, de laisser ses meilleurs et ses plus fidèles sujets lutter en vain contre une force si supérieure, sans autre perspective que d'être ennu
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cruellement massacres par les ennemis déclares de l'Angleterre et de la France. La requête était trop raisonnable pour n'y pas faire droit. On prépara donc un convoi^ et on ordonna de faire passerquelqueargent; mais lesennemis pressaient trop vivement la guerre, pour laisser beaucoup d'espémnce qu'on pût tenir jusqu'à l'arrivée de secours provenant d'un pays siëloigaë. Cela donna lieu à lord Tirconnel die craindre que Tarme'e ne capitulât en dépit de lui , et plusieurs hommes considérables y étaient si disposés , que la chose fut près de se faire même avant que l'ennemi pardt devant la ville.
Le colonel Lutterel était à la tête de ceux qui désespéraient le plus. Il fut envoyé par hasard à la tête d'un détacliement du côté deSix-M ile-Bridge, et y arriva précisément en même temps que la garnisoii de Galloway qui se rendait à Limmerick escortée par un détachement des ennemis. Il entra en pourparler avec l'officier qui commandait ce détachement , pour savoir quelles conditions leur seraient accordées s'ils consentaient à se soumettre. Cela fut quelque temps sans se découvrir; et disposa grandement les partisans qu'il avait dans Tarmée à négocier leur paix. Lord Tircon-^ net rétabli en quelque façon dans son autorité ^ quoiqu'il ignorât encore la trahison , voyait bien le mal et ne pouvait l'attribuer qu'aux factieux dont ïi se plaignait depuis si lorig-tenips. Il ré-
crîyit donc au Roi qu'il lui était impossibie de fliire ce qu'il dovait,. tant qu'on souffrirait ces gens-là diansTarmée. C'était ep se laissant égarer par leurs conseils que Saint-Ruth s'était perdu et avait perdu le royaume; ils avaient exalté lord Lucan uniquement pour le lui opposer, au préjudice de l'autorité de S^ Majesté. En effet, il était arrivé peu de temps après la bataille d'Acrim une chose qui dénotait amplement des intentions fort criminelles en ce. genre. Un coloqçl de l'armée était venu un jour dans la tente de de lord Trimilston , et parlant de ces dissensions, avait dit qu'il obéirait à lord Lucan, ^ans s'embarrasser de l'autorité' du Rqi : tellement que sice lord lui commandait de tuer qui que ce fût dans l'armée, il lui obéirait sur-lei-champ. Lord Trimilston crut de son devoir d'info rmçr le ge'néral de ce coupable propos; mais on étouffa la chose, et le colonel ne fut pas puni. Cependant Iqs pétitions séditieuses qui se rédigeaient à cette époque dans. l'armée, et les manœuvres cachées de Baldéric O'Donnel firent connaître ensuite qu'il y avait un projet de mettre le royaume entre les mains d'un ancien Irlandais, et sur le même pied que l'Angleterre. C'était là ce qui avait rendu O'Donnel si populaire et lui avait attiré cette foule nombreuse de partisans à la tête ^ejsquels il yécut ea quelque sorte à discrétion tant que dura la guerre, et fît ensuite sa paix^ans ent instruire le Roi.
DE JAÇQUESIL aStj
Slhis lord Lucah danit les iolentions étaient droites et toujours «ëlé pour le Roi ^ fut le premier à s'apposer à ses aôciens amts , lorsqu'il s-aperrçttt qn'Hs voulaient se: soufetràire à leurs devoirs et à leur allégeance. .Gefbt aussi par! son moyeu ' que se découvk-it la correspondance aVee Lutter^K. Une lettre venue des quartiers ennemis et adres^* sée an colonel Lutterél ayanf; été par hasard re^ miseéntre sesmains, il soupçonna quelques ma* nœtlTres cachées 5 l'ouvrit et reconnût qu'elle Te«* naît d'un nommé- Sébastien , favori du ge'^néral Gink\e , et était une suite de négociations ouvertes avec le colonel à Sik-^Milè-Bridge. Il alla trouver sar-ile-champ le Idrd lieutenant. Luttbriel fut pris et mi^ en jugement; son procès ne fut pas loj}g: comme il avait trop d'amis pour être con^ damné à mort ^ on le contdàm'na à rester en prison tant qu'ïl plairait à Sa Majesté ; mais la priise de la pWe quelques jours après 5 le remit eh libertéavant qu^ao pat Gotiuaitré Ik volonté' du Roi à 'cet
Oucropail que cet acte de justice réunirait les esprits flôttans et apaiserait l'éspi'it de révolte qm régnait parmi les troupes; mais les derniers; malheurs n'avaient fait qu'amortir le feu sans l'éteindr^^et lord Lucàn, depuis qu'il s'était riangé du parti de lord Tirconnel , n'avait guère plus de crédit que lui. Tous ces obstacles n'empochérent pas le lord lieutenant , quorqu'alors très-*in-:
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firme /^ otftarelieaient lent dans ses mouvemens comme dans ses résolutions^ de faire tout ce qu'il était possible pour -mettre la ville en état de défense. Il assembla les troupes^ en forma un camp sous Je canon de la place ^ et l'entoura de r^tranchemens. Il envoya des détacfaemens chercher au dehors du bœuf^ etc.; et^ donnant luimême Texeraple, fit prêter à tous les officiers et soldats un serment de fidélité exprimant la résolution de défendre jusqu'à la dernière extré-r mité les droits de Sa Majesté ^ et de ne jamais se vendre sans son consentement. Malgré ce serment^ plusieurs officiers pensèrent bientôt à parler de négociations; disant qu'il était probable que l'af- &ire serait finie de iuanière ou d'autre y avant qu'on pût avoir la -réponse du Roi; et pendant qu'il se débattait ainsi contre la malheurease situation des ajBTaires de son pays 5 il fut frappé d'une attaque d'apoplexie ^ le jour de saint Laurent^ comme il venait de faire ses dévotions. 11 recouvra la connaissance et la parole y mais ne languit ensuite que deux ou trois jours ^ et mourat au nioment oii il allait , du moins , faire cesser parmi les sieus^ cette désunion ^ le pire des maux nombreux dont ils étaient affligés.
Cependant l'ennemi avait bloqué le port, et était arrivé avec son armée à cinq milles de la ville, dans l'attente d'une bataille^ parce que les. Irlandais étaient toujours de ce côté de la rivière»
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quoique dans leurs< relranchemens ,. et avaient lear cavalerie^- peu de distance. Gtnkle pour nr* river plus vite , était venu sans artillerie^ comp^ tant probablement sur le succès de sa négocia-» tien avec M* Henri Lutterel. La chose ayant man^ ' que 9 et M, d'Usson^ à qui était tombé le corn-» mandement des troupes^ ayant ordonné à rinfan-<^ terie de rentrer dans la i^Ue^età la cavalerie de repasser sur le bord du côté deClare^ rennerat^ fut obligé de se préparer à un siège en forme et d'attendre son artillerie;* il ne put donc prendre position devant la place avant le sS-aoàt. La saison était avancée-^ les Irlandais avaient trente*oinq bataillons passablement armés > un côté de la ville demeurait libre, et il. fallait pour Ten* fermer que les ennemie partageassent leurs forces^ et alors les assiégés eussent été en état de les attaquer partiellement. Les fortifications étaient en meilleur état qu'au dernier siège, Fennemi plus faijbieet le .temps commençait à devenir plniFieux ; tout cela donnait lieu de( croire qjae.Ginkle nô s'obstinerait pas au siège, »et M. d'Usson ainsi que les officiers français* avai^at généreusement dé-^ ciaré quQ 00 qu'Us avaient d'argent^ montant à^. cinquante ipille frai)cs , selrait partagé entre les> soldats, ce qui les avait très-fort satisiaits et en^ courages. L'ennemi,, de son côté, n^ouvraitpas lar tranchée et semblait seulement vouloii^, bom-*: barder la place ^ ce qu'il faisait^ il est vrai, aveci
toute la violence imaginàhie ;qdaif{inte piètesde canon tiraient à ta fois et dfëtruîsAient des quaotitës de maisons et d'ëglises« Ehfiii ils onyrirent près fiît Vtthikye Saint^l)oniihique une si .large brèche , que l'arraee €htitni\é fit mine àe vouloir donnier Vassaut ; ihais ils trotivèrent là gft*nison si Hieb prëparè'o à lea t6C€^voir, que trop bien Iih fermés pour risquer ^n^ tentative si désespérée» ils ëtaieiit sur le point d'abandonner leur ealit^ prise lorsqtie jClifford^ par S4 négligence, ])Our ne pas dire pis î l&ci|' laissa &ire tid peét de bàtèdui 8tlr léqpaef leof ca'^^ateHe et léu^s dregotis pâSr sèrentle Shanhon à Annt^ghbeg, et «épatèrent ainsi la cavalerie irlandaise de la vilfe; Od atalt prévu ce darigér ^ e!t c'était poui* le préveair qu'on avait J)OSté Clifford avec quinze cents dpagoiis à dedx milles db cafmp de cavalerie comiâàftdepar le ihajbiCgénéral âkèldon^ ëtà trois mitte^dela ville : mais au lieu de s'opjîoBer à ce que feistfit Fennèmi oit du moitié d'en avertir, îl'j}èrmit à Fenneki de faire le ponfe à sa» barbe, et tes pnniîères nx>isive{les qu'en apprit le mâjof^général Sheldort, e*eàt que Tetïnemi avait passé et que Cliffbrd^fl peWf^it veris lui- To*tcequ'il ptttdwîc feirè dans cette su/^prise, ce fut ail moyen <*'*" piquet dé cavalerie d^trêtef* Fem^iftl à Uft pafôage jusqtfà ce* qu'il eût gagné* les mo^agries ifyec sa catàleriè, ses dragons et quelque infanferîc, et tfitfd se rendre kSdi-Mllé-Bri4g«, Qil^i*pa(rvï«*»^^^
DE^JACQUÈS II. ':ï65
beaucoup de peicre ; mais hors d'ëtet d'y subsister, iteat drdre de revenir vers Claré. Alors ItÉ en- Demis ayatit fait passer sûrieur nouveau pôiit vlU corps considérable de cavalerie et de dragond> arrivèreiit devant la polrfè de Thomoâd. A leur approclie le colonel Lascjr^ avec six bu sept centi bommes^ eut ordre dé les empêcher d^avancer^ ce (|m'il ûi quelque tentkps avee beaucoup dç cou^ rage et de succèsi Enfin ^ accable par lé Aombre des ennemis qui se renouvelaient fôns cessée il fut farce: de. céder ; oepetidant il rallia encdre se$ troapciset rept^it possession dû terrain qu'il avait peid«r,;mais l'ennemi était trop noinbreux poûf cja'ba si petit détachement SM en état de lui té^ stster, et! dés Irbnpes fraîches snrviedant sans cesse à lachar^, il fut obligé de se retire^ vête la potl:e delaivlUè. Le major^ craignant que les Anglais n'entrassent pêl&«méle avec lès: iiens , eut l'inï-i- {iradeace de lai leur faire fermier^ de sorte qu'îU furent taillés en piècèsv Cela dëcouriagea-telle-^ ment les ofiltiers généramx qu'ils commencèrent à dé^spërér; Us voyaient les ennemis placés entré eux et leur cavalerie qUi> prête h périr faute de fourrage > allait être bientôt forcée de se rendt^ 4 discrétion ; et en supposant que la ville pût tenir^ quels moyens^ disaient-ils , de faire la campagne suivante sans cavalerie et sans dragons? et même le siiége* fùt^il leve^ ilsf n!avaient plus aucun moyen denourrir rinfanterie,vtique l'ennemi était maître
a64 M£MOIR;ES
de tout Iq pays^ et se voyaient saos espérance d'être secourus par Balderic O'Donnel qui avait fait sa paix avec Ginkle, quoique peu des sieos eussent consenti à le suivre. Ou n'avait pas de nouvelles d'aucun secours venant de France , et enfînil était arrivé dans la rivière quarante vaisseauxdeguerre anglais. M . d'Ussou et les autres ^officiers- français proposèrent de traiter. Les officiers irlao* dais, et lés lords juges. firent d'abord quelques difficultés à cause de leur serment; mais lesévéques ^et les théologiens qu'ils, consultèrent leur dirent que 9 bloqués comme ils l'étaient de tons cotés, quand il arriverait une réponse du. Roi, il leur serait impossible de laconnaitre; qu'ainsi ils ne pouvaient, tenir leur serment. à la lettre, et que dans l'extrémité où ils se trouvaient , on pouvait rt^isonnablement présumer que le Roi leur permettrait de' traiter. On convint donc de demander à M ^ Ginkle un sauf-conduit pour quelques uns des officiers de la cavalerie irlandaise afin qu'ils pussent entrer dans la ville, et il leur fut accordé. On commença les négociations (f)» et malgré la fâcheuse situation où se trouvaient les royalistes, leurs forts pris , une brèche à leurs
(i) Peu de jours après la capitulation, on vit arriver sur la côte une flotte française de dix-huit vaisseaux de ligne, chaînés de trente mille armes , de vivres et de munitions (Dalrymple, tom. i , pag. 48î.)
murailleSj^ en un mot, leurs affaires désespérées^ \h eurent, le courage dMnsister non-seulement sur les (Conditions qu'exigeait leur propre sûreté, mat» sur celles que demandait Tilitérét du royaume , et rhabileté de les obtenir. Occupés en premier lien de rhonneur et des intérêts du Roi^ ils obtinrent la permission de se rendre lén France^ eux et tous ceux qui voudraient suivre la. fortune de leur prince et s'attacher à son Isenrice. Leur nombre, en comptant ce. qui: y avait déjà passé, se monta à près de trente mille hommes ; ils stipulèrent ensuite Texercice libre de la religion catholique comme sous le irègne de Charles II, et il leur fat promis des garanities ultérieures contre toute veûr tien à cet égard. On convint que tous les habi tans de Limmerick, tous les officiers, soldats, etc., del'arinée, des garnisons ou des comtés d^Limmerick, Clare,Kerry, Corke et May oseraient, en se soumettant, irétablis dans les biens qu'ils possédaient du temps du roi Charles If; que tous auraient la permission d'exercer leur commerce ou leur profession, de jouir paisiblement de leurs biens, troupeaux, etc., comme avant la .^erre, et enfin d'une amnistie générale pour tous ceux qui y avaient pris part. Si les Anglais eussent tenu ces conventions aussi religieusement qu'ils l'auraient dû, le inonde n'eût pas vu tant d'exemples crians d'anciennes et nobles famille^ réduites au dernier degré d'indigence ^ uniqueâient pour avoir défendu les droits
b66 RîfiHOtRES-^
iéptimt$ dû iear priâcé , teiitt ëh pe^sboné leur démandet* des secoure i|uèi toiiièé les loi$ divines et liumaibès iefi oblig^liieAtdé luidétirtieir ; car même tetabfifixifde tniÀ d'âbdicâtiôtt , ttni^tiè éï misérable exettse de$ Angliifs-^ tie pouvait fournir aux Idandais Pôrabre d'uû prëtèïte pour se tëvolter cc^atte leur ptiiice^ à inoinâ t|ute > d'iiprès la iogiqiiô patl«ilieîitaire dé tn)& j^urâ, ce lâtabandofiit«r un paiys qixe d'y ^eûir pour là j^tëtuièrè lUis et de le gauvèrber eti perdOni^ àtt littt dele £iiré riégir pkr:uii dépule'. ' ' Gê fut ainsi qu'après une rëBi&tance opid&m pt^oloûg^è pendant trciiâ ahnée$ 5 d'Irtotide , àrt^ t^é€r à sdii soùYer^iti fiktdfi^t , ^tfee<$l$l^ ^tfô les rtcbesâeB et la pûisiâaricô de FÂt>g)eierFe^âidéè lie la révolte des' Jrlatidais prôiestàaâl. Màis/eo eîilèv^ut ftù^Roi ce. pays, on nelui eâtmpâs «titièreiueot le peuple; cat k ^plupart de cclii qui ëtaient ajors armés pouV-la dîfèrtiè déses tîi*oit^> fi^ù ^îfi'ïït^^ûs des services qu'ils lui' ataiéôt Feudu$; derDfitidèrentyeomitie on Fa déjà dtt^ qaHl ieut fût permis d^'al 1er ïni doÀtier iétir vib aff^^ avoir perdu leurs hiehi pour sc^uieâir son titre, et formèrevit èfu France un corps d'botiimés qui» par la généreuse mbdéràtion avec TaqûeHe ilà se soumirent à ne recevoir que la paie des *nililaires français, au Heude ceMèf qu^ett cô flaysoB accorde d'ordinaire tfUxétrângeri/ et pair letir inimitable vàWt et leurs bMS à0t^e^ dûfant tool
DE JAldQtrJES IL 267
le coUPà cette guerre, firent en qtiëlc|liè sorte de leur farinée Ykllié plntôt^titte (e périâlônnAÎre dû î»oi Trèà-Cbrëtiènj bieii qti'à là solde de ce princ^^tls tendaient leur côiîïiïiisîiidii du Rdi letiir maître selotl l'ubisige dés trbnfies atixiliàtred (i).
» ■ ' • I I . I I . . . . . . • mm m I, '. . ■ ■ .1 ■■ ■< ■■■ J l h .*.<,* ■ I ■ !■■
(0 tl se forixi& aus^ tm corps dé cent cincîuaiite officiers , dé cent ({tÀ àvàîenl suivi le tîconité déDihidee. << Ne irottltfnt pas demeurer à i« chargé du Roi ^ dont lég finances pouvaient à peine suffire à ses propres besoins, ils demandèrent à. ce prince la penziiçsion de former entre eux une compagnie de simple^ soldats, désirant, pour toute fayeur, qu'on leur laissât la faculté de se' choisie leurs officiers. Jacques y consentit. » Ils se rèndireAt 'à Saint-Germain ponr qii'îl les passJt'en revue avant .^qn^ fiitent incorpores dans l'année française. Peu de jonrjf après ;ledr ar|iyé^ « ayatit emprunté des uniformes d'un régiment français , ils se rangèrent sous ce costume dans, un lieu par oii il devait passer pour aller à la chasse. Il demanda ce que c'était , et fut surpris die reconnaître des hommes qu'Sl avait. vus la veille k son lever sous des liâbtts plus eotafof-inerâ leur rang. Frappé dttcoûuaiie qn'offiràit k partie de |>)aisir. oà il se rendait, javèp lad^isëiée de. cenic qui souffraient pour Im' , il retourna pensif au palais. Le jour oii il les passa en revue, en parcourant les rangs , il écrivit de sa main , sur son agenda , les noms de chacun ^e ces gentilshommes, les remercia chacun en particulier I, pai^, retournant au front de la compagnie', la salua lé chapeau k la main* En s'en allant, il pensa ne leorivoir pas encore rendu assez d'honneur , se retourna et salua de nouveau^ mais en ce moment fondit en larnies. Toute la compagnie mit un genou en terre , la tête et les yeux baissés , puis déiila devant lui avec les honneurs de la guerre. (DaU rymptey'tom. 1 , jîag. 358.) • • I ^ '
Aussitôt que le Roi fut instruit de leur arrivée; il écrivit aux chefs pour leur témoigner combien il était satisfait de la conduite et de l'habileté àe& ofBciers, et de la valeur ainsi que de la fidélité des soldats 9 et çpmbien il serait toujours sensible à leurs services , qu'il ne manquerait pas de récompenser aussitôt qu'il* en aurait le pouvoir. Ce fut pour lui dans cettie conjoncture une nouvelle mortification de voir combien ses peuples passaient facilement à un usurpateur ^ des extensions de pouvoir qu'ils avaient si violemment refusées à leur prince légitime ; car le droit que s'arrogeait en cette occasion le prince d'Orange d'accorder de sa seule autorité tant de latitude par rapporta l'exercice de la religion , le port d'armes , une dispense des sermons , et en un mot, toutes les concessions, stipulées par le traité de Limmerick^ était un plus grand pas vers le pouvoir de dispenser qu'aucun de ceux que s'était permis le Roi^ si violemment persécuté pour ce fait que rien ne paraissait pouvoir expier. Au reste, ces conventions, ayant ensuite été confirmées par un acte du parlement, auraient dd être mieux observées , et plUs exactement accomplies qu'elles ne le furent à l'égard des Irlandais en plusieurs occasions.
En même temps que les espérances et le pouvoir du Roi prenaient en Irlande une si triste fin> sa cause périssait de même en Ecosse. Au com^
mencement de cette année ( 1 6g i )> les loyaux montagnards, qui continuaient à combattre pour lui en Ecosse , araient envoyé au Roi lord Dumfermelîng pour lui rendre compte de l'état des affaires en ce royaume. Us se plaignaient du peu d'ardeur des grands personnages qui auraient dà les seconder, et disaient qu^à moins que ceux du midi ne se joignissent à eux , et que Sa Majesté n'enyoj^àt de prompts secours, il leur serait impossible de tenir plus long-temps; mais^ avant même d'avoir reçu ce rapport, il était si sensible à Tëtat où ils se trouvaient, que bien que les pressans besoins de llrlande eussent épuisé son industrie et son crédit à lui fournir des secours , cependant il avait trouvé moyen d'envoyer en Ecosse, par un vaisseau de Nantes, un chargement de farine^ de sel, d'eau-de-vie, de tabac, de drogues médicinales , de pierres h fusil , etc. Ce vaisseau avait ordre, comme on l'a dit, de s'adresser à Galloway et à Limmerick, où le duc de Tirconnel avait ^té averti de lui payer dix mille livres (i) ; mais cet article , quoique le plus important, ne pvt être rempli. Le duc devait aussi remettre vingt barils de poudre au colonel Charters, envoyé sur ce vaisseau et chargé de les
(i) On a déjà parlé de cet ordre , mais enpprtanl la somme à mille livres sterling : il paraîtrait qu'il s'agit ici de livres^ de France. 11 y a erreur dans l'un ou l'autre cas.
pprtfip »uii U#S 4ci jSfcy I o^ ep qu^lqtiQ Heu qp'il trc^yât Buçitri, Ca^flo» el'l^ (^pmte d« pamfermeling» ofi.la. plnpi^rt deç antres Qffîqiei^Sy afin* qu'ils $e dist^ibu^fil^^Qt cette p(Hidlie ^lon qu'eu déçid^taît le coQ90il de guerre* Maîstout ealje» secoiiraot pat* qn sentiment de conipa^sÎQa pour la fâcheuse situation pu i)s $e tfpuvaiept, le jloi était trop occupé de ménager leur vie ppiir le$< exposer à des entreprise^ désespérées >- eu leur faisaut croire qu'il pouv£)it pour eux plus, qu'il n'était réelletuept eu état de faire. U les iustrui^it doiio en mênïe temps de la position de. ses a^^irés,. leur manfla qu'il ue pouyai^ rien de pi 4s m Içur faveur, ni leur envoyer des troupes jusqu'à ce que. Sa Majesté Très-Chrétienne se trouvât maltresse, de la mer et disposée à risquer ses vaisseaux à. pareille distance; que, lorsque qela arriï»rait, il les en avertirait, et que, si daqs; l'iuterYalle. ses amis ne pouvaient résister plus long- temps aux vexations des rebelles et étaient cibligés pour vivre en repos à quelque acte de soumissiofl exr térieure» il plaindrait leur peine et se larderait de les blâmer > bien assuré de leur cœur dans tous les temps , et convaincu qu'il retrouverait leurs bras lorsque la situation de ses affaires leur demanderait de se montrer ppur lui;, que, quant à ceux des officiers qui ne pourraient se résoudre à ces apparences de soumission ^ ou qui auraient à cra'mdre qu'elles ne fussent jiaar
DE J^CiQflEftil. 371:
accpRtfi^ p^u» tes T^belle^^ U 1»$ (engageait i profiter de ce vaiss^u pour gç rëodre en Iriaiuk, et Ty servir ju^f^'à nouvel prdt'e. Et en tfimoi-» gqagè dp >oû imparti^lq af&otioD et de fa cha:rîié.> pour tous ^s sujetfî ^a^:^ distinction de croyance , il eayqya 4çux ce^te Uvrçs steriiog pour être distribuéç^ ^ ^'^près la direction des. archevêques > de Saint-Ândrews et de Giascow» aux ministres protestans et ëpiscopaux persécutés. Il les laissait donc en liberté de continuer la, guerrç^ ou d'at-' tendre patiemment, s'ils le jugeaient à propos ^ une meiileif re oçcasioii de manifester leur loyauté; . d'où il résulta que le parti du Roi se .dissipa insensiblement en Ecosse. Ses amis, forcés bien-* tôt après de se soumettre, reçurent l'assurance* guen déposant leurs armes ^ et promettant de. yivre paisriblement^ ils, auraient an^uistie pour le : passié et protection pour l'avenir; mais, au con-' traire, par un ordre dont Néron lui-même au-^ raît eu horreur, le prince d'Orange ordonna à un colonel Hill et au lieutenant colonel Hamilton de mettre à mort GlencoCj, et tous les mâles de sa, race, q^. nombre de soinnte-dix (i)* En eonsé-. quence, le vieux gentilhomme fut inhumaine*-
(i) Cette boucherie est connue soua' le nom de massacre de Gleacoe. << L'ordre fut eiLéciuté. dans tous ses détails avec une excessive rigueur. Sir John Da]r;^mple (apparemment un des parens de Tauteur) défendit que l'exécution en fût*
2ya MÉMOIRES
ment assassiné dans son lit^ et la plupart des hommes de sa famille massacres de sang^^froid delà manière la plus barbare > par des soldats , qu'on avait mis paisiblement en quartier chez eux , et cela dans un moment où ils ne pouvaient nullement s'attendre à un traitement pareil; car ils avaient tous accepté le bénéfice de l'amnistie ou
précédée d'aucun avertissement. Dans cette vue ^ on envoya au mois de février deux compagnies de soldats prendre leur logement , non comme ennemies , mais comme amies , dans la vallée de Glencoe , oit vivait tout le Klan , vallée fameuse parmi les montagnards pour avoir été ^ selon h tradition ,' la résidence de Fingal , et dont le nom , par une bizarre coïncidence, signifie la vallée des larmes. Poar mieux cacher le projet, on avait envoyé des soldats de la même race : c'étaient des montagnards du régiment de lord Argyle , et l'officier qui les commandait , le capitaine Campbell de Glenlyon , était oncle de la femm<e d'un des fils de Glencoe. Ils furent reçus avec l'hospitalité grossière, mais amicale qui appartient au pays ; ils y demeurèrent quinze jours, puis, serelevant une nuit, massacrèrent leurs hôtes. Le capitaine Campbell avait, la veille au soir, soupe et joué aux cartes avec la famille de Glencoe. Il y eut trentehuit hommes de tués ; le reste aurait eu le même sort si l'alarme n'avait été donnée par un des fils de Glencoe , qui avait entendu un des soldats dire «* que cette besogne lui « déplaisait; qu'il ne craignait pas les Macdonald sur le M champ de bataille., mais qu'il avait grand'peine à se sentir «i le courage de les tuer endormis^ que c'était , au 'surplus, « leurs officiers qui auraient à répondi-e de cette action, et H non pas eux. ».
DEJ400U£«iI. :ij^
élateot itott^is de' sauve-^drdè qui ic$ mettaient 90tt$ h protectîoada goavernemeut. li est difficile de croire qiM lé pribce d'Oraoge pût redouter aucun danger delà part de Cette poignée d'hooi-mes. €rttt-^il c«tO séiréritë neeeldsatre pour effrayer l$s antres /ou f^t4l dir^é par quelque àmiuoaité particulière Gontre ce Clàtl? C'est c6 qu'on igfidrei Maîâ app^iremiiieat que l^Uoe ou l'autre de œs raisons lui parut sufiisàDtè poUi\ justîâar aut yeui de Ak amorale une action si bat*-baie; Car, s^it que Ton mit obâtade à son am-^ biti^i^^ oiî qu'on roflfensât personn^lleiiieet ^ oli. s exposait également à son implacable vengeante; C'était là cependant ce pi-eteudu dëienseùr d« la vie et de là liberté dûs Anglais^ à <jui oh avait sacrifié^ |)aur obtenir qu'il régnât Sur cuij tous les sermetis^ tous les liens des devoirs et de la religion*
Il ne dem^sura donc au Roi en ÈcosSe d'autre' coin de terre, ai même on peut l'appeler ainsi , que le Bass, petit fort situé sur un rocher dan$ le comtéde Leithi Un petit nombre d'hommes loyaux et courageux bravèrent de là tout le reste du, royaume. Comme ils étaient en grande disette dç vivres, le Roi trouva moyen, par quelques armateurs français , de fournir à leurs bespin^s* C était ut)e sorte d'état indépendant d'un genre tout-à-fail singulier ; il se <M>mposait d'environ quinze ou vingt personnes dont la manière d'exister
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étftit un sujet de ourîosité pour d^ gens de toutes elasses. Ils avaient un bateau qui leur était fort utile peur aller chercher des -vivres* ou se procurer d«s nouvelles de leurs amis. Ils changeaient ce baiteau touteslesibis qu'ils en trouvaient l'occasion. Us parvinrent enfin à en avoir un très-grand et plus utile sous ce rapport^ mais qu'ils. ne pouvaient plus hisser dans le ibrt comme les autres^ du moyen d'une grue. Etant donc obligés de le laisser flotter au pied du rocher^ il leur fut enlevé une nuit par surprise. Le gouvernenoent pensa alors qu'ils consentiraient peut-être à se rendre; on leur envoya donc un sergent et quelques soldats pour leur offrir une amnistie s'ils voulaient se soumettre; maisau li^u de cela ils eurent l'adresse de se servir de cette occasion pour réparer leur perte. Ayant prié les envoyés d'approcher^ sous prétexte qu'ils n'entendaient pas bien ce quMls îeur disaient y ils parvinrent à les attirer jusqu'à la portée de leurs armes à feu , et alors les menaçant de tirer, les obligèrent d'entrer dans le fort. Aussitôt ils désarmèrent les soldats; s'emparèrent du bateau et obligèrent les prisonniers eux-mêmes à les aider à le hisser, assez du moins pour ne pas courir le risque qu'il leur fût pris comme l'autre. Peu de temps après, un vaisseau danois ayant passé à la portée de. leur canon, ils le forcèrent aussi d'amener, levèrent dessus un petit tribut de vivres et des autres choses dont ils avaient besoin,
comme une rédevance appartenant à leur pietit état indépendant; puis mirent à bord les prisonniers qu'ils venaient de faire et qui aiiraieht consommé une partie des vivres dont ils commençaient à tnanquer. Ils tinrent de cette manière jusqù^aù commencement de 1694 , que la famine les obligea enfin de se rendre.
Après la nialheureuse fin de la guerre y soit en Irlande, soit en Ecosse^ le Roi ^ se soumettant patiemment à son sort y songea à s'établir à Saint-^ Germain et' à régler sa maison et son genre de vieaioisi que le permettait la pension de 600 mille livres par an qu'il recevaitde la cdur de France. Il ménagea ce revenii avec -tant* de prudence et d'ëcononàtè , que non-seulement il conserva autour de lui les apparences d'une cour, en entretenant à son service la plus grande partie des officiei^quienvironnent un roi d'Angleterre, mais secourut aussi un nombre infini tie personnes dans Ja détresse, comme, des officiers vieux oti blessés, les veuves et les enfens deeeùx qui avaient perdu ia vie à son service. Les salaires et les pensions qu'il accordait, étaient à la vérité peti consi)(iérablés j .mais il. ne laissait guère le mélife sans récompense , et ses serviteurs avaient de quoi vivre décemment: si bien qu'à l'aide des gardes' que Sa Majesté Trèsî-Chrétienné lui donhait pour raccompagner ainsi que la. Reine et le primée son^ fils, sa cour^ malgré son eiil, conservait un air
^j6 MÉMOIUES
de dignitë cooTeiiable à un prîoccî. Outre les gens de sa maison et plusieurs autires de seà kyaui sujets, tant catholiques que protestans, quiariaieDl Toulu suivre sa fortune > il avait ordinairement autour de lui , surtout en hîyer ^ tant d'officiers de l'armée qu'un étranger aurait pa oublier la situation où il se trouvai! et se ciboire tottjoui^ i WhitehalL Ce n'était pas la seule dliose qui rappelât le passé : sa conduite envers ceui qui l'enviroïmaiept était ce qu'elle avait été en Aogb terre. On n'y voyait aucune dislinctîèn entre let personnes de différentes croyances; les prôtcstads étaient solitenu$ ^ protégés <»t eiliployés toatanui bien que les autres» A la -véritéy lesJois de France ne leur accorda;ient pas les mêmes. privilèges relativement aux priè|*es publiques^ en ten!eraèDâ> etc^y mais le Roi trouvait )»oyfen d'obtenir. «pour ent des adoucissemens à ^e. qu'il ne poiivaittotiikiment empêcher. Sa iconveraation jetait aus^i telle'' ment semblable h ce qWelle avilit toùjburè i^i que sous ce rapport dn l'aurait cra edcore sa milieu de ceux qui l'avarient abandonné et tfiihi- Jamais une réOeiion d'au^rtnme et de bUimèsar le peuple ovL le paya (|ui Tavait si indign^i»^^ traité. Qn ne pouvait lui faire plus mal sa cent que de déclamer. centre l'ingratitude de ce!ixqa> s'étaient motitré$ U» pl^a crinsihelâ eô té foînf* Si l'on pouvait leur trouver quelque apparence d'excuse;^ il ne manquait pas de la faire valoir
et sb iH^dàit ta plapart du temps l'avocat declai^ de ses plus gmnda eimemis. Il raisonnait sur les, mcfsures du gouvernement d'Angleterre^ les votes et ia marche de son parlement y la valeur et la conduite de ses troupes ^ avec autant de calme et de modération que s'il eût encore ëtë à leur tête', et ne paraissait pas prendre moins d'intérêt à là réputation dps soldats et des marins anglais que dans Je temps qu'il était témoin de leurs, efforts et partageait leur gloire. Il né pouvait renoncer aussi aisément à sa tendresse pour son peuple que ee peuple à sa loyauté et à aes devoirs envers Jûi ; et lorsque dans quelque acte ou déclaration publîcsy il se voyait oblijgé d^exposer les toHs de ses sujets ; il ne le faisait que par la nécessité oii il était de se justifier , et non par l'effet d'aucune atgrear oii amertume que lui eût laissé lé souvenir dés troubles. Ainsi quoiqu'il sût, en cer* taines occasions^ convaincre le monde qu'il n'était pas ÎDsensïblè aut injures qu'il en avait reçues, il montrait bien par la conduite de toute sa vie qu'il désirait letir repentir^ non leur perte ou sa propre vengeance.
La Reiûe étant devenue grosse > peu après que leBoi' fut revenu d'Irlande, ilaaisit ciotte occasion de convaincre hti sujets de la fausseté de cette ealoàiiite qui avait si fort contribué à les ën^ traîner dans les vues du prince d'Orange. U pensa qu'une invitation aux membres de son conseil pri-
vé 9 et à plusieurs autres personnes de qualité, de Tenir assister aux couches de la Reine, serait le moyen le plus efficace de prouver que quatre années auparavant, Sa Majesté n'avait pas encore passé Tâge d'avoir des enfans. Il écrivit donc aui lords et autres personnes de son conseil privé la lettre suivante :
« Très-fidèles , etc- Les Rois nos prédécesseurs <r ayant été dans l'usage d'appeler tous ceux de w leur conseil privé qui se trouvaient à leur por- <v tée , pour être présens aux couches de la Reine ic et à la naissance de leurs enfans, et comme nous IV avons suivi leur -exemple, à la naissance de <c notre très-cher fils , le prince de Galles , qaoiu que cette précaution n'ait pas suffi ppur noas « préserver des malicieuses calomnies de ceux « qui avaient résolu de nous dépouiller de nos .(droits. dé roi, pour ne pas manquer à ce que a nous devons à nous-mêmes , dans cette occasion « où il a plu au Tout-Puissant, défenseur de la « vérité, de nous donner l'espérance d'un. autre ce enfant, la Reine notre très -chère épouse > se « trouvant grosse et près de son. terme, nous avons « cru devoir requérir tous ceux de notre conseil c< privé , qui en auront la possibilité, de se ren- « dre auprès de nous à Saint-Germain, pour être ce témoins des couches de la Reine, notre très-^ ^ chère épouse.
(( Noua vous^ signifions donc par ces présentes
DE JACQUES II. ai^
ti notre royale Tolonté^afio que vous emidoyiflti: « tous les moytm possibles pour yenir aussi (( proroptement que vous pourrez^ la Reine de-^ ((irant accoucher vers le milieu de mai prochain « (style anglais (i) )• Et afiu qu'il ne vous reste K aucune crainte de notre part^ notre très- cher (c frère, le roi Très -Chrétien y a consenti à ce t< que uous vous promissions, comme nous le M faisons ici , toute sûreté pour venir ainsi que (( pour vous en retourner après les couches de la (( Reine, notre très-chère épouse. Quoique Finiu quité des temps, la.tyrannie des étrangers, et « rarement d'une partiede nos sujets, nous aieiit « mis dans la nécessité d'employer ces moyens « inusités, nous espérons que cette déinarchr c< convaincra le monde, à la confusion.de nos (( ennemis, de la sincérité et de la candeur de « notre condniter^Nedoutant pas que vousne vous (t reûdiez à cette invitation, nous vous saluons a sincèrement. Donné en notre cour de Saint-* cf Germain, le & avril 169a, la huitième année « de notre règne. >i
Ces lettres furent adressées aux duchesses de Sommerset et de Beaufort , à ladys Derby, Mulgrave, RuUand, Danby, Nottingbam, Brooks,
(0 Outre que Tanaée. anglaise commençait au mois de mars, le calendrier anglais était de dix foiu^ exk arrieresor Ifi calendrier franç^.
^8o MEMOIRES
Lu)lliey> Fitzliarding et Fretfrurell , à str Jobn Tretor^ orateur de la chambre des eoiiimttnes, et h 4a femme 9 a ladys Seymour» Masgrave^ Blont, Guise et Foly, à la femme An maire de Londres, ant femmes des deux shérifis^ et au docteur Hugh; mats le prince d^Orange y qui avait obtenu tout ce qu'il attendait de cette infôme calomnie, ^'embarrassait alors assez peu qu'on jugeât la chose Traie ou fiiusse* An lien donc de fiiire ce qu^il fallait pour éclairer lé monde sur un point d'une si haute importance, il prit tous les soiirs possibles pour em pêcher ces lettnes d^arriver à leur adresse^ et consentit si peu à donner les sauf-con^ duits qu'en oflratt de l'autre côté> que soit qu'on en eAt ou non le dësir> il est certain que personne n'osa entreprendre ce voyage qui déplaisait ^i évidemment au prince et à la princesse d'Otwg^- Cela fournit, à la vérité, aux amis de Sa Majesté, l'occasion de publier les criaDte$ ihjostîoes qu'il avait souffertes sur ce point, et sur plusieurs aa-^ très; mais ce n'était point par des arguraens et des raisonnemens que le Roi pouvait espérer d'arracher son Sceptre des mains de rusurpafeur; la force seule pouvait y réussir, et Sa Majesté n'était pas encore sans espérance de se procurer celles dont il avait besoin.
Malgré la vipleoice du torrent^ qui , lors de la rémlatiom, avait loiit emporté en Angleterre, îl restait encore en ce royaume on grand nombre
DE JACQUES IL O&t
de (Personnes inébranlables dans leurs prracipes' fie hfViVLié'f et ddnt le cœilr demeurait fidèle I leur devoir 9 quoiqu'elles eussent les mains Iréei (Bl fasitot dans ^impossibilité d'agi^. Ciiaquejour d'aiiieui^s déroilaît quelques-unes de ces noires ^t secrètes itlanœuvres qui ayaient obtenu un si coupable succès ; cela augmentait journeHe^ m^ le nombre des partisans de Sa Majesté; Hs ne cessaient de lui proposer des moyens^ et de lui promettre leurs secours pour. l'engagera ten«> ter de lés délivrer. La Correspondance continuait ^ avec lord Churchill {i) f quoique sa précédente trahison et le peu de preuves qu'on avait d'une conversion qui ne se témoignait que par des par
(0 Une note de Pédîteur anglais noas apprend c[iie ce nom, demeuré en blanc dans le manuscrit, y a été rétabli par une main qui n'est point celle du fils de Jacques , et à oe qi^il paraît h une époque fort postérieure. A compter de ce monuot, la jnémt réMrve a été constamment obseirv^ pv'^r Je FéA^ç$eur 4e^ mémoires à Tégard dp Ifi plvparM^ noms qui se trouvent mêlés dans cette correspondance , et particulièrement de celui de la princesse Anne. Plusieurs de ces lacunes ont été remplies par la même main que la pre* mière ; cependant \\ en reste encore plusieurs, dans le text^ anglais. On les a remplies toutes les fois qu'on a cru pouvoir le faire avec certitude, mais en ayant spiif d'indiquer piir des caractères italiques les mots ou noms ainsi rétablis^ et ceax qui ont été insérés après coup dans le manuscrit par une main étrangère.
{Ifùtederiïdileur,}
;>Sâ MÉMO LUES
rôles et des protestatioQs> pussent reodresesintentioDS sus^pectes; cependant il savait donner à ses raisons une apparence si plausible, que ses actions, si elles n'étaient pas sincères àvaieot Tair de rétre.Ce qui devait par-dessus tout (i) contribuer à le faire croire, c'est que non-sieulementlui; mais avaient perdu la faveur du prince d'Orange > et ne retiraient de leur infidélité , et de leurs perfidies passées que la honie de les ayoir commises. On peut croire aisément, au repentir des hommes les plus soumis à leur intérêt, lorsqu'ils peuvent raisonnablement espérer qu'ils trouveront > à réparer leur faute, un avantage pour leur fortune.^ et qu'ils amélioreront lear condition en revenant à leur devoir.
La princesse Anne(j2)9^m ne pouvait être alors soupçonnée de dissimulation , bien qu'elle ait ensuite fort mal rempli ses engagemens, avait écrit au Roi une lettre pleipe de repentir et de sentiment de ses devoirs. Si l'on considère le grand pouvoir quWaient sur elle lord et lady Churchill,
(i) On ne saurait déterminer de qui il s'agit ici. Le texte
porte his ...., ce qui indique une relation avec Marl-
borough ou ' Churchill , comme on l'appelle ici, mais ne détermine ni le genre , ni le nombre de la personne , ou des personnes. Il y a lieu de croire qu'il était questionne u princesse Anne » assez mal alors avec Guillaume.
{Note de l'Éditeur )
(2) Le texte^prësente ici une lacune de plusieurs lignes-
DEJJLÇQDBSII. sSSi
rien n'était plue propre à faire croire à la sincérité de ce lord. M. Lloyd, récemment revenu de Saint-Germain en Angleterre avec des instructions pour les partisans du Roi, avait été chargé de l'apporter 9 et quoique les vents contraires, et la garde exacte qu'on faisait sur les côtes > eussent empécké de la remettre à Sa Majesté avant son arrivée à La Hogue, cependant l'on connaissait si bien les sentimens qu'éprouvait à cet égard celle qui Vapcàt écrite, ainsi que l'intérêt qu'elle portait à celte eoti^rise> que ce fut un grand motif pour animer à la tenter.
« Jai fovt désiré >disait-e//&, quelque occasion i< sûre de vous présenter mes humbles et sincères if devoirs et soumissions ^ et de vous prier d'être « assuré que je . suis véritablement affligée du tf malheur de votre situation^ et sens comme je « le dois combien il est cruel pour moi que vous << puissiez m'accuser d'y avoir contribué. Si nos <( souhaits pouvaient rappeler 1^ passée j'aurais f( depuis long-temps réparé ma faute. Je sens ^^ 9^^ j'aurais .éprouvé, un grand soulagement w à pouvoir trouver les moyens de vous faire » connaître plus tôt mon repentir; mais j'espère ^< que ce retard aura l'avantage de rendre ma « sincérité moins suspecte que peut-être elle qe f< l'eût été précédemment. Mon âme serait bien tf plus soulagée encore par cette confession sin-^ fi çèvOy si j'étais assez heureuse pour apprendre
^ MBMOIRfilS
« que too9 en recevrez une satisfection réelle yet «r que TOUS êtes assez indulgent et assfz faclk ' « pour receToir mes humUes soumissions , ainsi (f que je tous les fais réellement , coinne un avea « libre et (tësintëressë de ma faute^ sansaatre fc "rue que de mériter et obtenir TOtre pardon.»
« J'aurais un grand désir de tous prier d'ofu frir mes complimens à quelqu'un ; mais craia gnant que les expressions, qui me conyienci draient à son égard, ne pussent être sans inconfc Ténient employées dans une lettre ^ je dois oie a contenter, pour le présent, d^espérer que le m porteur y suppléera. — i'*. décembre 1691. »
On ne saurait dire si ce furent les prëparatifi qu/on faisait alors pour une descente en Angleterre, qui éloTèrent ce repentir dans l'âme de la princesse , ou si pu contraire la France se dé" termina à cette tentatÎTC en Toyant renifcrdaus le dcToir une personne si puissante sur le parti de TEglise, ou sur qui le parti de l'Eglise exerçait une telle puissance, ce qui était alors la même chose. Quoi qu'il en soit, la cour di France commença enfin à ourrîr Toreille aux représentations de Sa Majesté , et résolut de lui prêter des secours proportionnés à une telle entrepose. Les ministres sentaient combien les forcesdèlcurs ennemis aTaient été augmentées par l'imprudence qu'ils aTaient eue de laisser tomber la gaerrc dliiandeet de négliger celle d'Ecosse; et, voyant
DEJAGQUBftII. a65
qu'il serait ausf t ayaotageux à la Pranee qne.glpr rieuz à son Roi de rétablir un prince maUrfitéi et de rompre Talliance formidable qu'on avait formée contre eux , iljs s'étaient déterminéis à laire encore^n essai ; et quoique les papiers qWon avait pris sur M. Ashton» eussent donné l'alartnç air gour Temement et l'eaBsent missur sesgardesj et qM les teif iversatijONas » m>ttr |M| pus dire pu»,; ^u Jov4 Freslon , eussent découvert un grand nombre, de ceux qai' étaient disposéis à favoriser cette entrew prise^la ï^rance ne comiiieaça pas rootngses pré^ panitîil^« Les troupf s désignées pour cette expédi** tiofi s'assemblèrent au eomfdencement d'atril k Cherbourg et à La Hùgae , çk se ti^ouYaient des vaissssmi.et let autres choaee Bee^saîre$|K^9if le transport! de quinze ou vingjl mille hommes eu Angleterve* Plusieurs personnes avaient été 0n^ Tayëes pour avertir ceux qui étaient disposés k assister le Roi àjson débarquelnent de se teoitl ptêt&k^tf so^)ever pour en prendre le cpi<iin^pder ment lorsqu'il en serait temps» Les catholiques et d'autrea loyalistes avaient sec^ètem^t fait por|ert un grand Aombfe d'aripes. Ot^ atait etirdlé des bommes et formé desrégimens; dans quelques Uns des ^oipfi tés septentrionaux, particulièrtment ceux de Laocastre , h zèie était tel qu'on avait déjà huit ré^mens de cavalerie et de drains' co«i-r plets; les officiers étaient nommés ^ les soldat^ enrôlés et les capitaines de chaque compagnie^
286 MËAloiRES
étaient passablement approTisionnës d'armeâ pour lears gens. Les choses se trouvaient donc assez avancées pour que le Roi' quittât promptement Saint-Germain et se rendit sur la côte; il jtigea nécessaire pour préparer les voies, et tranquilliser Tesprit du peup(e sous le rapport dé la liberté et de la religion, de publier et d'envoyer cfevant lui en Angleterre la déclaration suivante. • (« Le roi Très-Chrétien, conformément aux obli- (f géantes promesses qu'il nous a faites pliis d'une ff fois de nous aider efficacement è recouvrer « nos royaumes , aussitôt que Pétàt de ses afiTaires H le lui permettrait /nous a mis en meâure de le cr tehter maintenant, et dans cette vue nous a c(' prêté assez de troupes pour suffire grandement fc à délier les mains de nos sujets, et leur don- « nei: les moyens de revenir sans crainte à leurs «r devoirs et dé rejoindre notre étendard ..Gepenfc dant , d'après notre désir, il n'a point voulu u pour le ihoment et ne veut point, âl moins qu'on « n'en vît plus lard la nécessité, envoyer des forces cf assfôc nombreuses pour faire craindre à nos « ifidéles sujets qu'il ne veuille leur ôter lesoia ff de cette entreprise, ou priver aucun Anglais « de la part qu'il peut espérer dans une oeuvre fr aussi glorieuse que celle de irctabtir «on Roi « légitime et son ancien gouvernement. Déplus, (T nous promettons ici de renvoyer ces troupes is étï'apgères aussitôt qiie nous serons (entière-
« ment rëtâbli dans la tranquille et paisible a possession de nos royaume»^ et de les tenir en (( attendant sous une discipline si exacte que nul « de nos sujets ne recevra d^aucnn soldat ou offi- « cier la moindre insulte dans sa personne ou « ses propriétés. Quoiqu'une affaire de cette na- (( tare parle d'elle-même ^ et que .nous ne nou$ « croyions pas obligés de dire autre chose en cette (( occasion^ si ce n'est que nous venons revendi- « quer nos justes droits et délivrer notre peuple « de l'oppression sous laquelle il gérait^ cepen- (( dant quand nous considérons combien , lors de (c la révolution^ plusieurs de nos sujets ont été (f trompés d'une manière déplorable^ par les (( artifices d'hommes pervers, et, en particulier, (c par la déclaration du prince d'Orange, reçue (( alors de confiance et crue sans peine, mais qui (1 depuis a été reconnue notoirement fausse dans « toutes ses parties, et renfermant non moins: (( d'assertions ensuite évidemment démenties, a que de promesses qu'on n'avait .jamais eu l'in- « tention de tenir j pour éviter donc qu'il puisse (( être trompé à l'avenir, et pour dessiller autant « qu'il est en nous les yeux de tous nos sujets , « nous voulons leur exposer le tout aussi claire-^ « ment et en aussi peu de mots qu'il sera pos- <i sible , afin qu'ils ne puissent prétexter de mal- « entendu , ni plaider cause d'ignorance pour les^ « fausses dém.arches qu'ils viendraient à se per^
aSft MÉMOIRES
fr niettre ensuite au préjudice d( leUr propre
(c bonheur et de celui de leur piiys.
(( Four reprendre dobc les choses du commeo- (T cernent, on ne dpit point oublier qu'aussitôt ce que nous eûmes Tavis certain des prqjets àé^ c( natures qu'avait formés le prince d'Orange y de ce venir envahir nos royaumes à la tête de toutes « les forces des Provinces-Unies, nous pourvûmes (c k notre défense avec autant de soip qu'il nous fut « possible*Nous crûmes faire assez de mettre notre (< flottç et notre armée sur un pied respectable^ et « pensâmes ainsi pouvoir refuser le^. secours cod- 9 sidérables, par terre et par mer, que nous offrait fi Sa Majesté Très -^ Chrétienne , pénétrant dès (c lors le fond de ce projet contre nous, contre a elle et contre le repos de rEiirope. Nous étions (c résolu à ne vouloir d'autre appui , après ia pro-& « tection divine, que le coura^^ et la fiâélité (C de notre armée anglaise^ formée et traitée par « nous avec tant de soin et d'g0ection ; et oons (C étant ainsi préparé à opposer U force à la cr foi^ce, nous nous appliquâmes ensuite à éclai- K rer la raison de nos fidèles sujets , en pous ef- (t formant de les détromper , et en leur disant (C comprendre 9 pendant qu'il était encore, temp^ (( de prévenir le mal, quelles funeste^ calamités « ils allaient attirer sur le pays> s'ils se laissaient ce séduire par les vains prétextes dçnt le prince ((d'Orange cherchait â couvfir sou invasion.
DE JACQUES II. :2d9
a CepeQilant tel était alors Taveugleineot gérerai « qtt'onne voulut nouscroireque lorsqu'il n'eu fut « pli:^ temps ; mais lorisquo le prîi^e d'Orange (( f^t obligé de jeter lé luasque par degrés > et « que Ton couimeuça à recoonaitre évidemuieut « que son but u'eVit pas la réforme du gouyer/* (( nemeuty dont au (ait il ne lui appartenait HuIt» «c lement de se méler^ uiais sa subversioQ ^ et qti'il « fondait lès espérances de son ambition siir les u ruines de l'Angleterre ; lorsque le poison sjefut t( insinué dans les parties vitales du royaume, et « se fut répandu sur toute l'armée^ qu'il eut V pénétré jusque dans notre cour et dans notre 'u Êimille^ et eut non-seulement corrompiu quelx< ques uns dé ceux de nos serviteurs qui teur* « chatent de plus près à notre personne , et nous « avaient le plus d'obligation , mais. quUl n'eut K pas même épargné nos propres enfaus; lorsque ,« nous ^îmes d'un coté notre armée déserter <( d^aque jour > et de l'autre les désordres et les ic émeutes s'aûcroitre sur tous les points du « royaume; enfin , lorsque bientôt la révolution (r fit des progr^ si rapides, que nous nous trou- <^ vâmes entièrement au pouvoir de nos ennemis, M d'abord enfeitné par eux dans notre propre il palais, et ensuite brutalement forcé d'en sor^ « tir seus une garde d'étrangers |. aloirs averti K par le sort de quelques un$ de nos prédéces- (( sei&rs^ en de pareilles circonstances , du danger 4- .î9
^9^ MÉMOIRBS
« où nous nous trouvions ^ nous dàm^s penser
w qu'il ët&it grand temps de pourvoir à la sûreté
ntc de tiotre personne > afin de nous réserver pour
le des temps plus fayorables et une meilleure oc-
« casion. Nous y avons beureusement réussi en
w nous' dérobant à Rochester à'ia garde qui nous
tf avait été donnée^ eten nous réfugiant en France,
« le seul pays de l'Europe où nous pussions nous
u retirer avec sûreté, et où, par la grâce de
ce Dieu y l'occasion que nous désirions nous est
x< maintenant offerte* On sait assez à quel point
« la justice et le sens commun désavouent les rai'
c< sonnemens par lesquels la faction du» prince
a d'Orange en Anjgleterre a voulu faire passer
« pour une abdication le parti que nou3 *avons
f« pris de nous échapper des mains dé nos enne^
\t mis* Le mot d'abdication , quand on l'applique
(f à un prince souverain , n'a jamais signifié autre
ir chose qu'un abandon volontaire de la couronne,
ce comme dans le cas de l'em<pet*eur Gharles-Quiot
•ce et de la reine de Suède. On doit voir de même
it aiséfnient la bizarrerie des conséquences qu'on
« a voulu appuyer sur un si fragile fondement.
<c Et une société d'hommes illégalement réunis-,
ce qui, de son aveu , et ne s'étant pas même en-
(t core déclarée parlement, n'avait pas le pouvoir
«de toucher aux intérêts du dernier sujet de
ce l'Angleterre, a pris sur elle de détruire toute
« la constitution du gouvernement, de changer
DE JACQUES II. ^gi
« une ancienne nionarchie héréditaire en une « monarchie élective, et de s'arroger ensuite le (( droit d'élection^ et pour régler la succession ii de la manière la plus étrange et la plus exf( trayagante ! Ce sont là des faits qui n'ont pas « besoin d'être rappelés; ils sont trop bien cona nus du monde à la grande honte de la nation « anglaise ^ et les bases sur lesquelles on les ap- (1 paie sont trop yaines et trop frivoles pour « mériter une réfutation f II n'est pas un franc (c tenancier d'Angleterre qui ne soit en état de (f porter un jugement à cet égard ; et sans doute <c on examinera un peu mieux qu'on ne Ta fait c( jusqu'à présent > quelle certitude les particu- « liers peuvent avoir de conserver leurs proprîérr tés si les titres du Roi à sa couronne ne sont (c pas jugés plus solides.
(c Cependant quelques hommes hors d'état de a défendre la justice de Cfis mesures ont pris K beaucoup de peine à en démontrer la nécessité^ « et fait pressentir les effets extraordinairement fr avantageux qu'on devait attendre d'une cause « si criminelle; mais nous ne douton» pas que « la nation n'ait maintenant arrêté ses idées à cet (c égard , et quand elle aura bien considéré les K merveilles qu'on aurait pu accomplir au prix (( de beaucoup moins de sang qu'il n'en a été « inutilement prodigué dans cette querelle^ tt quand elle comptera les vaisseaux de guerre
ag3 MÉMOIRES
« perdus et détruits dans ces trois dernières ance nées 9 en nombre suffisant pour composer à eui H seuls une flotté considérable; quand ou songera tf que 5 dans cet intervalle de temps ^ on a épuise V les bourses de nos sujets de plus d'argent que ({ n'en ont leyé plusieurs de nos prédécesseurs ^ pendant la durée de leur règne^ et que cet argent u n'a point été^ comme par le passée dépensé dans H l'intérieur du pays et rendu à la circulation H de l'Angleterre , mais transporté en espèces ff dans les pays étrangers et à jamais perdu pour ce la nation; quand on attra calculé toutes ces K choses > il paraîtra clairement ^ aa bout du u cdmpte y que le remède a été bien plus fàcheui u que le mal dont on s'imaginait aToir à se ce plaindra > et que du moins ^ jusqu'ici^ le (f royaume n'a pas beaucoup gagne au change*
« Examinons maintenant ce qu'on peut raison^ f< nablement en attepdre pour l'avenir* La meil- (ç leure manière d'en juger c'est de considérer le ce passe* Sans aucun doute, si l'on juge dtt caracce^tère et des dépositions, des méthodes et des ce maximes de l'usurpateur d'après les mesures ee qU^il a déjà prises dans le temps où il lui était iT' le plus nécessaiire de ne pas exciter la méfiance « dû peuplé; si l'on réfléchit aussi à la nature Il propre de l'usurpation, qui est de ne pouvoir « sfe soutenir que par les moyens d'artifice et de ce yiolende qui ont aidé à l'aoeomplir^ il y a
DE JACQUES II. agS
(f toulM les raisons du monde de croire que , u semblable aux premières années de Néron , le (( commencement de cette tyrannie en sera la « partie la plus dottcey et que ce qu'on a déjà (c Souffert ti'est que le prélude dés maux que sont (( destinés & Tôir et à sentir les koùimes qui ont « le plus poussé à la réyolutton et qui recon— « naîtront alors les effets du gouYernement tyrancf nique imposé par eux-ntiêmes à FAngteterre.
M Et la réflexion ne doit point s'arrêter là 5 car « tout homme sage doit , et tout homme de bien « >rMdra sans nul doute > songer à sa postérité. Il tt faut dbnc se rappeler ici que s'il plaisait au H Tout-Puissant y dans ses plus. sévères jugemens « sttr ce royaume ^ de permettre qu'en punition « de la finéquetîoë de ses révoltes et de ses parce jures ^ l'usurpation révisât à ce point que nous « ne pu^ioiîs être du reste de notre vie rétabli « smr le trône > nos droits^ incoâtestai>les à là cou-> « rOMie nous «unrivraient en la personne de tiotre « très-^et^ file le prince de Galles, notre héritier (T pi^Mmptif actuel, et dans sa postérité, et à son H définit dans la postérité des autres fils que nous <f dVODfé ioilt lieu d'espérer de laisser après nous , « la Rein^ se trouvant maintenant enceinte. Les^ « conséquenCéis de ce faîf seroùt aisément corn- « priées de quiconque n'e^t pas étranger aux « lougues et sâiiglàntes CoiiitestËtiens des maisons « d'Yërk et de Lancastre ; de qtiicddtjue lira les
« histoires de ces, temps et y Terra d'un coup « d'œjl le spectacle de toutes les misères que ,«. réunit une guerre intestine. Le pauvre peuple, « continuellement écrasé de troupes pillant et « vivant à discrétion, un grand nombre de nobles (( familles détruites par la multiplicité des exe-: u entions, et les attainders^ la force du royaume « .dépérissant dans l'intérieur en même temps « qu'il perd les avantages qu'il devrait retirer de c^ ses relations au dehors : tels sont les effets na- « turels des luttes et des convulsions auxquelles « est nécessaireinent dévoué le pays où s'établit « une contestation entre le droit violé et la pos-. « session illégitime«
. « Il est une autre considération importante aux « yeux de tout chrétien : c'est l'état malheureux « de l'Europe , presque universellement comi< promisé dans une guerre entre toiis les Etats « qui la composent , au moment même où se préii sentaient les plus {grandes espérances de succès « contre l'ennemi commun et la plus belle persw pective de l'agrandissement de là chrétienté i< qui se fût jamais offerte depuis là décadence de (c l'Empire romain ; et il est si impossible ^e^ce pérer qu'une paix générale se puisse, établir « avant notre restauration , qu'aucun projet de « négociation à cet effet ne saurait être fondé sur « des bases nationales; mais une fois que nous i< j^erons remonté sur le ^rone ^ là chose dç-*
« viendra facile et nous serons prêta o0Vir notre u médiation et à . faire intervenir tous nos bons (T. offices pour l'obtenir de Sa Majesté Très-Chrét (( tienne.
(( Venant donc avec de si bonnes intent ionset pouc i< une si bonne cause si bien fondéeen justice sur (( toutes les lois divines et humaines.^ et dont le (c succès intéresse la paix de l'J^urope aussi bien <c que celle de tous nos royaumes et la pirospérité (( des siècles. présens et à venir ^ nous espérons « rencontrer peu d'obstacles et nous nou$ flattons « que y conformément à leur devoir et à leur se|> «. ment d'allégeance et à notre réquisition et com- « mandement ici exprimés ^ tous nos afiectionnés (( sujets se joindront à nous et nou3.s^ssisteront « de tout leur pouvoir*.
(( JNpus défendons ici formellement à aucun de. « nps sujets d'aider ou soutenir la. présente usur^ « pation^ soit en levant ou. payant aucune de$ « taxes illégales dernièrement imposées à la na^ (f tion ^ ou aucune des sommes comprises dan^ tf quelque branche que ce soit de notre revenu^ (( ou par aucune autre voie; et afin d'attirer, « par tous les moyens possibles , tous nos sujets « à notre service , désirant ^ s'il se peut , n'a- « voir affaire qu'à l'usurpateur et à ses troupes a étrangères^ et pour que personne ne soit forcé tf de persister dans sa rébellion par désespoir M d'obtenir le pardon du passé , nous déclaroqs
SigÔ . MI^MOIltES
u et promettons îeî , sur nôtre parole de Roi , «r qf€ie(âaiif ied exceptions ^nlyàntes, savoir : le it duc d'Ormoiid, le mar<|Qi9 de Winchester, le « comte de Sunderland , le comte de Danby, il le comte de Nottingliam , tord Nevrport , l'ëw vêque de Saint <*Asapk > lord Debinière^ lord n Wiltsliirc, lord Golehesler, lord Gornbary, tff lord D!inblaifi^Jo];in lord Churchili, sirRow bex't Howard^ sir John Worden, sir Samuel ff Ori mston , sir Stéphen Fox , sir George Treby , «< sîr Basile Bîxwell , siy James Oxenden , ledoc- «. tenrTiilolson, doyen deCantorbéry, ledocfleur « Gilbert Bumet , François Russel , Hiehai^ Le- « vison, John Trenohard , écuyer> Charles Duna comb, citoyen de Londres^ Edwiard Nappketon, ce Hunt > les pêcheurs et tous lés autres qui nous « ont persotmellement insulté^ Fetersham, fous <i ceux qui, en qualité de juges ou de jurés ou u autrement , ont eu part au meurtre barbare de « M. Ashton et de ]\L Crdss ou de toutes autres «r personnes illégalement condamnées ou etécui< tées pour leur loyauté envers nous; enfin les << espions et ceux qui , depuis notre départ <FAn- « glèterre, ont trahi le secret de nos conseils) ^ tout individu, quel qu^il soit, quelque coupable t( qu'ilaitpuétre, qui nous manifestera la sincérité ^ de son repentir par un prompt retour à son de- (t voir et par quelque marque signalée de son 7k\e, « comme de s'emparer pour nous ou de remettre
DE JAGQtffiS IL 297
H en HM maim quelqtt^iie ût nos fbi^teiissses ott t( de ttoaBr&meDeir quelque Vaidâeiitid^ guerre^ otl tf de JTarriBi passer soas nds^r&f^eàuï quelque trôupe (( de l'arittée de Tusurpatetti* ou autres nouvelle^ (c ment levées et armëes^ soit qu'il les ait ou nou ff levées lui^^oéitie , ou efifin par quelque autre « serrkii ëmîneut pt^oportiooné à ses moyens et (f aux otc^êiùûÈ qu'il àUra pu trouver , obtiendra « DOD'seulement sur-le*-champ son 'paidon y re* «r yétu des grands sceaux d'Angleterre, mais sera a de plus cOMidéré et récompense par nous stloù H quele^ requerra le mérite de son action . Et quant flr à tous ceux qui 9 après l'époque de notre débar- (( quemeut^ ne se montreront pas en armes contré (( nous et ne ferdut rien pour s'opposer à notre ic reftauratîon > nous aurons soin que notre pre- « Biier parlement > que noui avons intention de « rassembler aussi promptement qu'il sera pos^ V 8ible> passe pour eux tous ( les personnes sus- « nomméesseules exceptas ) un acte général d'dm* <r iiîstîe tel qu'il tranquillise Fesprit de tous nos y si^ets et leur procure un repos pareil à TinVioi< lablesAretédont jouiront^ sous notre gouvefti ncraent^ leurs personnes et leurs propriétés.
n II est ordtoné cependant à tous les magistrats «f qui voudront jouir du bénéfice de notre gra- «<^ cietix pardon d'avoir soin> aussitôt qu'ils aU-- «r ront est avis de notre débarquement » de mani<- « fcster publiquement leur loyauté en vers nous él
:i9^ ^MÉMOIRES
u leur soumission à notre autorité et de faire ^a* c( lement publier et proclamer la présente décla-*' (c ration aussitôt qu'elle parviendra entre leurs (( mains; ordonné aussi à tous les geôliers et (( gardiens de prison de mettre sur-lerchamp en u liberté toutes les personnes.confîées à leur garde ce en punition de leur fidélité et affection, pour <c nous^ et cela sous peine d'être escclus du bénéc< fice du pardon.
« Nous promettons et déclarons ici que. nous « protégerons et maintiendrons l'Eglise d'Ânglecc terre , ainsi qu'elle est maintenant établie par « les lois , dans tous ses droits y possessions et pri- « viléges 9 et lors des yacances des évêchâ et « autres dignités ecclésiastiques ou bénéfices à {< notre disposition^ nous aurons soin qu'elles (c soient remplies par les plus dignes ministres (c de cette communion.
« Et comme dans tous les pays du monde > e{ <( en Angleterre plus que partout ailleurs^ les ce motifs de religion ont causé plus d'émeutes et (C de révoltes que tous les autres prétextes mis (( ensemble , qu'il faut donc rattacher au gouver- « nement les hommes de toutes opinions en ma^ « tière de religion^ afin quUls ne le regardent « plus comme leur ennemi ^ mais se croient aussi « intéressés à sa conseryation que le reste de leurs (C concitoyens , parce quUls en seront également « bien traités ; et comme nous sommes convaiar
K eus que la liberté de conscience est ce qu'il y « a de plus conforme aux lois et à l'esprit de 1^. (( religion chrétienne , et de plus propre à favo- (( riser la richesse et la^ prospérité de notre « royaume , en encourageant les hommes de tous « les pays et de toutes les croyances à venir s'é- « tablir parmi nous et commercer avec nous^ <r par ces raisons nous sommes résolus à recom- M mander très-instamment à notre parlement (c l'établissement d'une liberté de conscience si H bienfaisante qu'elle devienne un avantage perte pétuel pour le royaume.
« Enfin nous mettrons tous nos soins^avec l'avis « et secours de notre parlement ^ à réparer les « brèches et guérir les blessures occasionées par « nos derniers troubles , à rétablir le commerce , n en mettant à exécution les lois sur la naviga- (( tion ^ si fort violées depuis peu en faveur des « étrangers , à remettre notre marine et nos ma-^ « gasins en aussi bon état que nous les avions « laissés , à trouver les moyens de faire rentrer « dans, le royaume la richesse et les valeurs d'or « et d'argent 9 dont il a été épuisé depuis quelque « temps; et généralement nous nous plairons à (c employer le reste de notre règne^ ainsi que nous i( en avons* toujours eu le projet depuis notre « avènement à la couronne^ à étudier et à ac- « complir tout ce qui pourra contribuer au ré- K tablissement de la grandeur de la monarchie
300 MÊMOlUÉS
(c âDgkiige sur se^àti^^iei^neâ basés /rûnioii et
c< l'afibclipti de nos petipies.
u Après nùùs êtrfc ainsi efltorcé de répondre à « toutes les objections et de donner aux hommes tf dé tèus les partis et do toutes les classes toutes cr les 6afisûictidns que nous avons pu iniàginer, <# nous atiroiis du moiils potit^ noù£l-tnânié celle (f d'avoir fkit tout ce <jul était en notre pouvoir, « quel que ptiisse être ènsutte rëvénemetit ddnt a liOuS nous reniettdiis avec la plus grande té^i- (f gtiatiou et Soumission à ce que déciidera la « volonté de Dieu^ et de l'autre côté, si qiielqtieà u uns de Uos sujets demeurent ensuite as^xob- « stioésdausieur rétôlté pour prendre lé^ armes t< Contre nous 9 comme ils ne peUtent mànqUèr, « après atoir refusé dé èi graéîéUsès offres de clétx meiice^ de retomber sous Ilmpîtoyable sévé- (i rifé dé notre justice, ils sérout responsables cr envers le Dieu fout-puîssàot dé tout le ^ng qui <c pourra être répandu et de toutes les misères « tJt désordres dans lesquels leur résistance in- M sensée plongera peut-être nos royaumes tout ti ètntiets.
« Donné, etc. , le 20 avril 169:2 ei la huitième « année dé nôtre règne. »
Cette déékration avait été rédigée par lô lord chancelier Herbert , bien certainement disposé à soigner les intérêts des protestaHS, homme d'ailleurs très^éloîgoé de tout esprit dé yeUgeancé, et
DE J4CQUES H. Soi
selcor qii^lqfres nm piu$ iadulgent qu'on n'aûnît dû raifO0aabljE|i»eQt $'y nttondra , d'après les pro« Tûcatiqns qu'avait reçues le Roi de toutes les classefii de la nation* On avait fait de^ excep« tions à l'amnistie beaucoup plutôt pour la forme que daus l'ipteptiqu de punir* Le Roi avait pris soin de pi'évenir en particulier lord Churchill ^ â qui non^eulement il avait promis de pardonner^ jnais qu'il regardait à cette ëpoque comme son pripcipal agent 9 ainsi qu'il l'appelait toujours dans ^s lettres* U lui manda donc que s'il ne l'eût pa$ excepté ^ cela aurait trop clairement découvert quel parti il servait* On fit cependant plusieurs obj^tiQn$ contre cette déclaration. On disait qu'elle aurait dû faire entendre que le Roi venait , encourage plutôt par l'invitation de ses sujets que par l'assistance que lui avait promise le roi de Fr^nee; on se plaignait qu'il n'y fût pas fait mention en détail des faussetés contenues dans la déclaration du prince d'Orange; qu'on n'y dûunât pas les raisons qui avaient déterminé le Koi à quitter Londres la première fois^ vu que c'était là-dessus que se fondait le parlement pour prétendre qu'il avait abdiqué. On pensait que c'était s'abaisser beaucoup pour Sa Majesté que de faire descendre sa colère jusque sur la popu-^ lace de Feverstam; qu'il y avait cinq cents personnes exeepttées 9 et que le pardon n'était réellement accoixlé qu'à ceux qui le mériteraient par
quelque service , et qu^en faisant passer les pardons au grand sceau ^ il semblait qu'on n^eût d'autre intention que de faire entrer de l'argent dans la poche de quelque favoris Enfin beaucoup de gens furent mëcontens de ce que la déclaration n'avait pas été publiée à temps; mais personne ne parut si mécontent que Vamiral Russel, et comme il avait le commandement de la flotte anglaise et se prétendait toujours dans les intérêts du Roi^ il semblait nécessaire de faire tout ce qu'il était possible pour contenter un homme qui tenait tellement entre ses mains la couronne d'Angleterre, qu'il pouvait s'il voulait réellement la remettre sur la tête de Sa Majesté.
M. Lloyd, son ami particulier, avait eu plusieurs conférences avec lui ayant d'apporter la lettre de la princesse. Il lui avait exprime' un vif désir de servir le Roi , lui avait dit que Toa était assez disposé à revenir vers Sa Majesté' si elk prenait les bons moyens j mais que pour pouvoir régner, lui roi catholique sur une nation protestante , il fallait qu'il oubliât tous les torts passes et accordât un pardon général, et qu'alors , pour son propre compte, il contribuerait de tout son pouvoir à ça restauration, sans insister sur aucune condition qui lui fût personnelle; et lorsque Ï(I. Lloyd voulut lui faire quelques propositions de ce genre, il refusa d'y entendre, disant que c'était le bien général et non son avantage parti-
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entier qui Foccupait dans cette affaire. Il Ini dit donc que , sUl rencontrait la flotte française , il la combattrait 9 le Roi lui-même se trouvât- il à bord / mais que le moyen qu'il comptait employer pour servir le Roi .était de se mettra hors déroute de la flotte anglaise^ afin de laisser au Roi la facilite de débarquer^ ou bien de choisir > pour recomposer une escadre d'hiver , des vaisseaux dont il pourrait diriger les ofiiciers à sa volonté 9 et avec lesquels Userait en état de&ire ainsi ce qui lui plairait.
Cette résolution de combattre même le Roi était un singulier moyen pour le remettre sur le trône : et. bien que l'amiral se prétendit dans l'im'^ possibilité d'engager la flotte tout entière à se conduire autrement^ cela avait tout-à-rfait l'air d'une manœuvre imaginée pour élever sa fortune de quelque ;niauière.que tournât une affaire que les préparatifs du Roi dans l'étranger et les mécontenteinens intérieurs commençaient à rendre in-^ certaine* Il était sûr, en attaquant les Français^ de se maintenir auprès de §on gouvernement; mais s'il les manquait par hasard ou s'il lui arrivait d'être battu > il s'était préparé les moyens de se faire un mérite auprès du Roi .de ce qui était arrivé par accident ou contre sa volonté* Cependant le Roi fut forcé de paraître satisfait de ce qu'il avait plu. à ces gens-là de lui promettre^ et d'user des instrumens qui s'offraient à lui ^ sans
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les presser trop fort et seulement i teiir commodité.
Il est plus que probable tpxt, voyant le roi de France y aller debon jeu^ plusieurs d^ offîeiers de la flotteaDglaisecommençaientà hésiter ; du moins la chose paru^elle ainsi à la princesse d'Orange. Le prinoe était alors en Flandre; pour elle> fei<gnant par une générosité affectée de ne pas croire ce qu'elle ne pourait empêcher^ elle leur fit dire qu'elle se reposait avec nne entière confiance sur leur zèle et leur fidélité^ et qu'elle regardait tous lea bruits contraires comme une invention de ses ennemis. Cela lui attira une adresse de la flotte où les marins déclarèrent vouloir défendre^ au dernier péril de leur vie^ les incontestables droits de' Leurs Majestés (c'était ainsi qu'ils ap* pelaient le prince et la princesse d'Orange)^ ainsi que la liberté et la religion de leur pays , con-^ tre les attaques de tous étrangers papistes quels qu'ils fussent. Cette adresse^ quoique peut-être elle ne fût pas plus sincère de la part de ceux qui la signaient que ne l'étaient con^munément alors les choses de ce genre ^ put cependant, effrayer assez les personnes bien intentionnées pour les empêcher de s'embarquer dans une affaire à laquelle elles, pouvaient craindre raisonnablement Ae rencontrer une opposition générale. Cependant le Roi formait des espérances sur. plusieurs offi-ciers^ et parficulièrement sur Carter, contre*
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âBiipal de l'escadre bleue ^ niais tâchait de s^ir-* ranger de manière à ne pas faire reposer uni- ^ement ses projets snr une base si incertaine > et particulièrement sur les faibles assurances que lui donnait Vantiral JRussel; il savait bien que la crainte seule pouvait lui ramener ces âmes mercenaires, et que- les pre'paratifs qtii se faisaient en France étaient Funiquc moyen de leur en inspirer.
Ce projet était i^i bien combiné > que si là foi*tune ne Peut, comme à l'ordinaire, ti^avérsé dé beaucoup de manières dlflerentes , on n'aVait pas lieu de craindre d'échouer. La manière dont il a tourné indique évidemment un dessein particulier dé la Providence de punir les Anglais par des succès apparens , et de sanctifier le Roi pat de cotttini>ell6s souffrances* car la flotte française avait été prête de si bonne heure à Brest*, que si lés vents contraires et la violende des tempêtes ne l'eussent retenue pendant près de six semaines f elle eût été dans la Manche avant que la flotte anglaise pût être frété, ou du moins aVanjb qu'elle eût pu faire sa jonction avec les Hollandais > en l'absence desquels les Français étaient en état de lui foire tête^ et si l'esCadre de Toulon n'eût pas été également empêchée par les vents contraires de passer le détroit de Gibraltar, les Français auraient été de force à se mesurer aux forces réunies des ennemis: mais tout tourna si 4v ^o
uial auK Français et si £sitdraUkimaiit fx^tir las Âpglals, que l^s mêaies Yje«t9 <|ui ratedai^nt 1^ premiers dispersés faTorisèrent la réa^ion de k flotte enoemie. Cela intimida tellçmiîiit ceux des officiers de la flotte anglais qui se troutaieot disposés à servir le Jlloi^ qu'il n'en obtint nul seîcours; car tel était le malheur de la situation du Roi ^ à ce que lut assuraient ses ainis^ que s'il n'était pas en état de faire son affaire à lui tout ^vA, il ne devait pas espérer d'avoir pour lui d'autits gens que ceux qu'il amènerait : qu'en iin mot il nedeyaît se promettre aucun secours de ses p«r- Usans secrets j à moins qu'il ne fût aascasi fort ppor pouvoir se passer d'eu3(.
Comme lé prince de (ialles avait alors près de quatre ^na, le Roi jugea à propos^ avant de partir pour cette expédition 5 de le revêtir de l'ordre de la Jarretière ; il le donna en même temps au àm de Powis et au comte de Melfort» U av^H fait quelque temps auparavant le même honneur au comte de I^auz^nn^ en recanipense des services qu'i^ lui avait r^dus en Irlande > et de^ aeeo^rs qu'il avait prêtés à la Reine pour s'échapper d'Aagleterre^ Après cette cérénionie^ le Roi partit pow Cannes en Normaqdie^, ait il 4^rriva le ^4 ^^^1 (pouveau style) 9 accompagné du maréchal de B^Uefond et suivi du duc de Berwick et d^ pln«« siears attires officiers de distinction. Le Roi wmmença à faire embarquer ses troupes le lendemain
de son arriimi sur la c6te; mais ies Taisseaux de tranaport&reotsi long-tempsà se rassembler (i)^ et œuKqui i^enaientdu Hâyre si cruellement battus par la tempête » qu-avàut qu'ils fassent ai état de mettre à la Toile > qo apprit que les Anglais et les HoUaadaîs à^aieiit fait leur jonction* On emveyn des corvettes à l'amiral français M« deTourville^^ pour l'avertir de celte jonction; mais comme il av^it de« ordres^ pour ckercher la flotte anglicise qu'on supposait alors séparée de celle des^ Hol^ laodiais , il se trouva en présence avant d'avoir reçu ce nouvel avis; et piqué du reproche qwi luî awt été fait de u'avQÎr pas poursuivi sa ipictom
(t) « Pendant cet intervalle , l'amiral Russel renouvela sa correspondance avec Jacques ; illuî fit deux propositions dont il lar laxssaiil'aUerndttve : ¥\me était de remettre Tinvasion à l'bWeP f «t i^ lui pron^tstt , dans l'iatervalle , de renvoyer plnsieoT^ de ses csrpît^in^», et d? pcn^qieT à leur pl«ce des oifir ciers mieux disposés pour Jac<|ues ; l'antre proposition ^taity si l'invasion avait lieu sur-le-cbapap, que Ton consentît à ce que pour donner k la flotte française la facilité de faire voile pour l'Angleterre, î! employât la sienne â opérer un débar- ^ement sur la céte df France. Four prouver sa sincérité ^ il demanda efi> Angl^^rfr la permission de débarquera Saia|r]VI^lo ; mais ^an$ to^te cette correspQndaqce il coajo^ rait Jacques d'empécber que les deux flottes ne se renqoar trassent, et l'avertissait, comme officier et comme Anglais^ qu'il ne pourrait s'empêcher de faire feu sur le premier vaisseau fbançftis qu'il rencontrerait, vit-il Jacques lui^ jfAésst^ $iip le pont. ( Dah-ymple^ tom. i , pag. 497- ) »»
3o8 MEMOIRES
dans la baie de Béachy , jugea à propos d'accain* plir ses ordres à la lettre maigre l'arrivée des Hollandais. Ainsi ^ nonobstant l'inégalité do nombre^ il gouverna le 19 mai au matin sur la flotte ennemie^ au sudK>uest du cap de Barfleur^ et il soutint le combat assez également jusque vers quatre heures de l'après midi. A cette heure il survint un calme ^ et les Français qui se voyaient trop inférieurs en nombre et n'apercevaient aa-^ cun signe de défection dans la flotte anglaise y jugèrent à propos de se faire remorquer par leurs chaloupes. L'amiral Carter ayant été tué au commencement du combat y on n'a jamais pu savoir avec certitude s'il avait eu réellement le projet de servir le Roi;. on a également ignoré de quelle main il était morjt. Cependant les Français n'avaient pas encore beaucoup souffert ;.mais le vent étant redevenu frais vers les six heures , les Anglais renouvelèrent le combat^ et l'amiral Tour-^ ville ^ par un courage hors de saison^ empêcha les Français de le refuser et leur occasiona ainsi une très^grande perte; car^ regardant comme un déshonneur de montrer la poupe à l'ennemi^ et se fiant sur la force de son vaisseau le RqyaIrSoleily paissant bâtiment de cent vingt canons , il se résolut de soutenir l'attaque et demeura comme une citadelle au milieu de la^'mer^ bien qu'attaqué de tous les côtés ; car il était trop bien monté en équipage pour que les ennemis voulussent venir
à l'abordager Lui et ceux qui crurent de leur devoir de ne pas abandonner leur amiral ^ perdirent ainsi l'occasion de s'échapper du milieu de la flotte anglaise y et furent réduits à cette cruelle alternative ou de se laisser prendre ou de s'échouer. Une partie de la flotte française entra dans le courant d'Aldernee, entre le promontoire et l'ile de Guernesey, et se sauva de cette manière à Saint-Malo; mais Tourville^ avec seize gros vaisseaux^ fut obligé de se jeter à la côte : il n'aurait pourtant pas été impossible de les sauver si on eût suivi le conseil du Roi y car les frégates et les brûlots que Russel envoyait pour les détruire ^ ne pouvaient les approcher assez pour leur faire aucun mal. Alors le Roi proposa de mettre à bord des troupes de terre qui les défendraient contre les chaloupes armées des ennemis y seul moyen qu'ils eussent de les attaquer dans les bas-fonds où ils se trouvaient alors; mais l'amiral pensa que ce serait pour lui un déshonneur de confier Je soin et la défense de ses vaisseaux à d'autres qu'à ses marins. Ceux-ci, découragés par leur défaîte , abandonnèrent leur poste à l'approche des chaloupes anglaises qui, malgré le feu continuel de plusieurs batteries dressées sur le rivage , brûlèrent tous les vaisseaux de guerre qui s'étaient jetés à la cote.
Ce triste spectacle exerça au dernier degré la patience etle courage du Roi. Ses espérances dé-
3fô nrEMOiRfifiî
jouées par de si noihbrenses traversés > n'étaient encore que ia moindre partie de son chagtiki; mais voir ainsi son malheur s^étendre sur ïë roi dé France 9 jusqùes alors heureux et victorieux ^ c'était là ce qu'il aurait eu à peine lia force Ae supporter^ si là main de Dièu^ qui avait jugé à propos de le sanctifier par les afflictions , ne lui eèt départi une patience et une résignàtioh proportionnées aux épreuves qu'il lui faisait su^ir. h Moi ù et mes sujets> mândait-il à l'ablué dé lia Trappe, «r nous n'avons pas jencore as^z Ëouffétl jpour dos i< péchés. » Il déplorait les succès apparens des Anglaiis autabt pour eux que pour lui^méme^ et songeait douloureusement àl*efl%isioh de sang, aux taxes ^ à l'oppression et aux atitres maux qui de-* raient être ia suite d'une guerre dont ils Se glorifiaient avec tant d'irréflexion. Dans i'atkiertume de son âhie il ne put s'èmpêchet» ée feire connaître au roi Très-Chrétien k douleur qu'il ressentait des pertes dont il venait d'être roccasion ; cependant il savait trop son devoir pour déclarer jamais que son malheur l'engageât à abandonner sa propre cause ^ ou à con^ntir qu'elle Mt abandonnée par Sa Majesté Très-Chrétienhe, comme #n ne craignit point de l'assurer dans une lettre f^bliée à cette époque , & ce qu'dn a crû , par un huguenot français. Quelque temps après, un ecclésiastique ayant detoaïidé au Roi si c'était lui qui avait écrit cette lettre , îl se crut obligé de
DE JACQUES U. 5tt
faire la réponse suitante : tf Je ne sanfais re-* « conn(dtrie assez les obligations que j'ai à Sa «. Majesté Très-Chrétienne; mais je suis père et a Roi^ et il né m'est pas permis d^abandonnei^ « les intérêts de mes enfiins ni ceux de mes sujets, fc Je ferai dont ce qui sera en mon pouvoir et « m'en remettrai de l'événement à la Providence, u aux ordres de laquelle je conserverai toujours « une parfaite résignation» » Il n'avait pas besoin de cet événement pour le porter à se retirer du monde si sa situation ie lui eût permis ; son penchant l'y disposait depuis long<-temps. « Vous aveï « quitté le monde^ écrit-^il à l'abbé de La Trappe^ « pour travailler à votre salut t heureux ceux qui (c le peuvent ^ ce sont les seuls que j'envie I n Ce fut donc un véritable sentiment de son devoir et non un désir des grandeurs terrestres qui le força à lutter contre sa fortune^ sachant bien qu'heureux ou malheureux ce devoir était toujours le même. Cette dé&ite était trop considérable pour qu'on pût la réparw et trop affligeante pour s'arrêter à la contempler ; il n'y eût pas même eu sûreté à s'y arrêter long-traaps , car on eût dit que tout devait conspirer à augmenter les malheurs et les périls du Rm ; et ses propres vaisseaux à leur dernier soupir , si l'on peut s'exprimer ainsi , eussent mis sa vie en danger^ s'il u^eût pas été averti à temps de s'éloigner. En effet , le feu ayant gagné les canons^ chargés pour la plupart, ils partirent
3l3 MÉMOIRES
de tous cotes ^ balayèrent le lieu que veôatt de quitter le Roi, et causèrent quelque dëgât sur le rivage, si peu l'on. avait prévu un tel accident.
Après le. malheureux succès de cette expe'ditien, les troupes furent renvoyées à leurs difFërens postes, et le Roi retourna à Saint-Germain, où Sa Majesté Très-Chrétienne , avec sa générosité accoutumée, lui renouvela les assurances de sa protection et de son secours malgré ce malheur et tous les autres^ Pour montrer d'ailleurs qu'il n'était ni découragé ni ruiné par cette perte, leroi de France ordonna , malgré les dépenses de la guerre, qu'on reconstruisît autant de vaisseaux qu'il lui en avait été brûlé. En effet , dans le cours d'une année, on les eut reconstruits de la. même grandeur et du même chargement : ce qui fit hautement admirer la richesse, la puissance et l'administration financière de son royaume.
Un mois après que le Roi fut revenu de La Hogue, la Reine mit au moiide une princesse : ce qui leur fit éprouver du moins les consolations domestiques. Elle fut baptisée sous le nom de Louise -Marie et tenue sur les fonts par le roi Très-Chrétien; la cérémonie fut faite avec beaucoup de magnificence et de solennité. Personne n'était venu d'Angleterre pour se rendre à l'invitation, du Roi; mais la Reine eut à ses. couches, outi^e les princesses et les principales dames de la cour de France, le chancelier , le premier prési*
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dent du parlemefnt de Paris, rarcheyêque, etc. ; on y appela aussi la femme de l'ambassadeur de Danemarck, madame Meereroon, comme une personne dont le témoignage devait avoir du poids auprès de la nation anglaise; et, bien que contraire au parti du Roi, elle ne put refuser, d'après le témoignage de ses propres yeux, d'avouer le ridicule de ces fausses et malveillantes insinuations qui lui avaient causé tant de mal.
Les continuelles contrariétés qu'avait subies le Roi, l'avaient tellement dépouillé de toute pensée de bonheur eh ce monde, qu'il ne s'occupait gaères plus que d'assurer sa félicité dans l'autre^ auquel il voyait bien que la Providence voulait le conduire par la voie de l'affliction et des souffrances, la plus sûre de toutes, surtout pour ceux que pénètrent de douleur «et "^d'a version le souvenir de leurs fautes passées. Le Roi était trop humble pour ne pas reconnaître les siennes, et trop juste pourne pas penser qu'il dût en être puni. Il accepta donc de bon cœur et avec joie les châtimens qu'il plut à Dieu de lui envoyer, et en ajouta même de son choix, qu'il eût' poussés à Fexcès si la prudence de son directeur n'eût pris soin de modérer son zèle. Cela ne l'empêcha pour-* tant pas de profiter, comme il le devait, de toutes les occasions que pouvait lui offrir la Providence de rentrer dans ses droits. Il savait comment appliquer aux peines, la patience, aux mauvais
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succès > la 'perbévët*an<îe. Le derniei' échcié qu'il aVait é|)rouYë ne Tehipêclia dodc pas dé continuer aa correspondaBce attc ses partiisans d'Angleterre qùi> surtout avant TafFaire de La Hogae^ étaient ou se disaient fort nombit)ux ^ non-seulement parnii le^ personnes du premier rang, rnaûs même pbrmi les employés du gouyernement : peut-4tre étaient-*ils moins animés par un pur zèle pour le rétablisseihent du Roi ^ qu'effrayés dé la perspective d'une jguei^re interminable et d'un gouvemement sans stabilité^ tel qu'ils deyaient l'attendre jusqu'à Ce que les choses eussent repris leur cours naturel. Us voyaient le roi Très -Chrétien épouser sincèrement les intérêts de Sa Majesté ^ et ses âernieré succès contre les forces unies de toute l'Europe > interrompus seutemeUt par sa dernière défaite, montraieUf cequ'il était éapable de faire^ même lorsqu'il aVait à lutter colitre un si grand nombi^ d^ennfemis ; et à plus forte raison ce qu'on en devait attendre, si quelque accident venait à rofaipre l'alliance qui , formée de tant de pièces différentes > ne pouvait, selon toute apparence, durer long-temps. Voyant donc quelque apparence qu'ils seraient un jour forcés de retourner à leur devoir, ^ùsieuris d'enli'e euï pensaient qu'il valait l^aucoup mieui y i^venir volontairement, et en oQTrant au Roi de certaines conditions > s'assurer dei garanties contre ce qu'ils croyaient avoir à eraiadre pour la religion, lés lois et la liberté^ mab
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méiHe obteoir du Rot sur ces divers poiats de nouvelles conciessions que l'état fâcheux de ses affigiires pouvait le disposer à leur accorder.
(c Ce fut d'après ceÉ motifs que^ comme oh l'a dît, M. Lloyd fut envoyé au Roi , deux mois ayant la bataille dé La Hogué; mais il fut si long-tempg retardé par la sévérité avec laquelle se faisait dlors la garde des po'rts> qu'il n'arriva qu'au nu>«mentou les Français venaient d'être batttis^ et oii par conséquent <m né pouvait rien entreprendre. Cependantondemeura en correspondanceavec/oni Churchill, etc* , et kous ceux qui l'avaient envoyé J mais ayant été vu pAr hasard à La Hogne par quelqu'un de sa cènbaissànce^ il n^osâ retouxtie^ tn Angleterre comme il en ayiait eu le projet/ Ainsi donc le R6i^ quelque temps après soti retour à Saiot^rmain^ trouvant nécessaire d'envoyer une àut^ personne ji la place de M. Lloyd ^choisit M. Cary^ auquel ^ quoique prêtre, ses correspond dans consentirent à se fier* Il fut donc envoyé avec des instructioùs à lord Middléton : » en même temps , M. Lloyd, par l'ordre du Roi, écrivit à l'amiral Russel, pour savoir si après cette victoire, qui était à la* vérité une pauvre preuve de sa sincérité, il prétendait persévérer dans lei mêmes intentions. Il avait ordre de lui dire que leRoi^ conformém^it k ce qu'on avait désiré^ coa<sentait k Isideorder un pardon général ou à laisser au parlement à décider les exceptions; que cette
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cléoiehce était ce qui convenait le mieux à ses penchans^ et qu'il l'aurait manifestée dans sa dernière déclaration, si on lui eût représenté qu'il était nécessaire de donner quelques marques d'assentiment; que dans le cas où il paraitrait, par sa réponse, qu'il persévérait dans les mêmes sentimens de devoir envers le Roi , et continuerait à désirer son retour, il serait autorisé à assurer tous ses amis, que le Roi, dans unenouyelle déclaration , accorderait le pardon tel qu'on le demanderait. Il lui rappela qu'il avait dit qa'il ne serait pas malheureux pour le Roi, que lés Français fussent battus, et lui fit observer que maintenant qu'ils l'avaient été, il était au pouvoir de l'amiral de jouer le personnage d'un autre général Monk, et non -seulement de rétablir le Roi snr son trône , mais de rendre au peuple l'abondance, et la sûre possession de ses propriétés. L'amiral Russel répondit à cela, qu'il était toujours dans les mêmes intentions, et que si l'on pouvait lui montrer uA moyen de servir le Roi sans se déshonorer, il le. ferait avec empressement; mais à condition qu'on mettrait au pouvoii: royal, des limites capables d'empêcher à l'avenir les me- $ures illégales et les actes qu'on s'était permis par h passé, qu'il regardait comme injustes en euîm^mes, et comme contraires aux intérêts du Roi. Gn^ui répondit qu'on aurait soin de lui donner, à lui el au royaume, pleine satisfaction et garanties
DE JACQUES IL Si^
contre tout abus du pouvoir royal , et tout ce qui pourrait être désagréable au peuple. On le priait de communiquer ses idées à cet égard , ce qu'il promit de faire aussitôt qu'il aurait l'occasion d'enyojier.une lettre assez longue pour cela; mais quelles que. fussent, dans cette correspondance^ les intentions de Vamircd Russel , il perdit bien<« tôt, au moins pour un temps, les moyens d'agir en cette affaire autrement que comme simple particulier : car, aussitôt après sa victoire sur mer, il proposa une descente en France; le gouvernement y consentit , et des troupes de terre furent embarquées . sous le commandement de M. de Schomberg. Mais cet embarquement dura si long^ temps, que comme on avait choisi la baie de Biscaye pour le lieu du débarquement, lorsqu'on ouvrit les ordres qui ne devaient s'ouvrir qu'en mer , V amiral et les autres officiers se résolurent de retourner à la rade de Saint-Hélène; ce qui fit grand bruit dans le suivant parlement. On reconnut bien que. la saison était trop avancée pour que d^aussi grands vaisseaux que ceux de la flotte de Tamiral Russel pussent tenir dans la baie de Biscaye , et le parlement le remercia du soin qu'il a^ait montré en ceci, ainsi que de sa précédente victoire ; mais cela n'empêcha pas le prince d'O-f range de le priver de son emploi, et de donner h commandement de la flotte à Killigrew , Délavai et Âshley*
iiS MÉMOIRES
Fendant la durée de cette négociation ayec fa^ uniratRueiely op ne négligeait pas les autres ^ et particulièrement lorld Churchill {^) j qui prétendait demeurer aussi âinderêment atcacké au Roi nprès là bataille de La Hogue qù^àuparavant. Et au fait y ce qui put faire croirè à cette sincérité^ c'efrl qu'il fut epyoyé cette ineme année à la Tour, ayec IqihI Huntingdon^lordScarsdjell^ eto* Mais la obamiitre haute s'étant plainAd de cette arrestation.^ attendu que les priviliéges de; la pairie ne permettaient pas d'emprisonner un pair^ autres* me«.t qi^ sur la déposition :de denx témoias^il lut bientôt relâché. Gependant lord Middlet«Mi qui a^ail: aussi été mis à la Toor^ et à qui était pria- ^ipalenbent confié le soin d'éproaTor la force et la Botidité deeesroseauiçà et là dispeirsé8> jugea que \fy petit désagrément qu'avait épreuve hrii Chur^ nbill^ devait être un motif de rencHter des. négo* ciations^ ayee. lui. Il le trouva fraae et cordial^ et n^w-* seulement consentant de bonne gr4ee à tout C^ qu'on lut proposait^ mais eb général, allant ^il-devant de toutes les euyertures qui pouvaient lui ^trie fkiteaieci faveur de &{| Majesté. LordMié-
dleton eonsultisi aussi Iwd , et plusieurs autres
qui stokblèrent tous désirer le rétablissement du
(i) Le warrant de son arrestation portait qu'il était accuse de haute trahison , et de prêter appui et adhésion a» ennemis de Ça Majesté.
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Roi , mais se montrèrent &rt rigoureux dans lea conditions qu'ils proposaient^ et sans lesquelles il y aTatt^ disaient^ls, impossibilité de rien faire ; donnant d'ailleurs^ dans le cas où elles seraient accep*tees^ toutes les assurances possibles de sùocèis* Lord Middleton > quoiqu'il ne fût pas tout-à-fait d'^^ vis des choses sur lesquelles les lords insistaient si poiritiTement ^ j^g^ cependant qu'il était do son devoir de rendre compte au Roi de leur de-*^ mande; en conséquence on fit repartir M. Cary: mais il n'arriva à Saint-Germain qu'au mois de janvier suivant (ifîgiS). ff II apporta huit proposi-»^ tiens aeeompagoées de l'assurance que s'il plai-^ sait à Sa Majesté d'y consentir, ses amis ne dou-r taieht point qu'ils ne la pussent rétablir aussitôt sur le trône : ils promettaient, dès qu'ils seraient instruits de son consentement, de lui envoyer lord Middleton pour lui faire connaître tout le projet* Le leodeiciainde l'arrivée de M^ Cary, le Roi envoya, à Yeriailles lor4 Melfprd pour montrer ces pro-r posfitioDsà Sa Majesté Très-Chrétienne, et en avqir son ftvis^ qui fut de les accepter toutes. Le joiir suivant le Roi ordonna à M* Cary d'aller trou-^ ver M. dei Croissy pour ViniEbrinër du tout plus en détail; M, de Croissy fi^t de l'avis die son maître, et dit que le Roi n'avait rien de mieuj à faire que de les signer. En conséquence, le courrier suivant, qui était le lundi 13 janvier «u le Roi fit passer à Lord Middleton son consente-»
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ment aux articles qui lui avaient été envoyés. »
Là-dessus lord Middleton envoya une déclaration rédigée par les lords dont on a parlé ^ conformément aux articles portés. par M; Cary, qui la suivit lui-même bientôt après. Le Roi jugea à propos de publier cette déclaration -dans les termes suivans : « Comme nous sentons que rien « n'a tant contribué à nos malheurs et à ceux de K notre peuple que les fausses et malicieuses cacc lomnies de nos ennemis 9 nous avons toujours ce été et sommes toujours très-disposé à condes^ «cendre aux choses, qu'après . mûre délibéra- « tion , nous avons jugé les plus propres à les c< écarter ^ et à donner à nos sujets^ de tout rang ce et de toutes classes 5 la plus complèle satisfaccc tion et les sûretés les plus évidentes pour l'ace venir; et^ comme nous désirons devoir notre ce restauration à l'amour de nos sujets plus qu'a ce tout autre moyen, nous avons jugé à prdpos ce de leur faire connaître d'avance nos royales et ce sincères intentions , et de les prévenir que ce lorsque , par le concours des désirs du peuple ce et d'une occasion favorable , nous nous trouve- <e rons en possibilité de venir revendiquer nos ^ droits, nous apporterons avec nous la de'clac\ ration suivante :
ce Considérant les calamités de notre royau-' c< tue, nous ne voulons négliger aucune tenta* ce tive pour ramener nos sujets à leur devoir, et
(« quoiqae nous ne puissions entrer ici dans Je « détail de toutes les grâces et preuves dé bonté « que nous sommes disposé à accorder, cepen- « dant nous assurons tous nos afièctionnés sujets
«qu'ilspeuventétre^erlainsd'obtehiMenoustout « ce que, d'après leurs représentations, nous ju- « gérons propre à faire k bohheur de nos royau- « mes; car nous nous somriies proposé comme « notre plus noble but, de faire pliis en faveur « de leur côtistitufionqtie n'ont fait les plus re- « nommée de Mé ancêtres, et nous regardons « comme botre. f*emie/ intérêt de ne laisser « subsister aufeun ombrage relativement à là « religion , à la liberté et à là propriété.
« Çt pottr encourtger tous ûo4 affectionnés « 8oj^, de quelque rang et qualité qu'ils puis-
« jentêtre,àcootribaerdeleurcteuretdeIeurs « bras à l'accpmpîisséméût d'une si belle œuvre « et à s'unir à cet tttilqne moyen de rétablir là «t patiet k prospérité de ces royaumes, nous « avons jugéà propos de publiêret déclarer que « i»us voulons mettre de c6té toute pensée d'a- «r ntmosité et de tessçntiraent sur le passé, dé- « sitajit par-dessus tout qu'il pût être enseveli « dans un éternel oubli. Ainsi donc, par cette dé- « claration donnée s»as notre grand sceau, nous « promettons solennétlement et tolontaîrement « purddtt et amnistie k feus ceux de nos aff-ec- « twnàés sujets, de^quèlqué raûg et qualité qu'il»
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« soient 5 qui ne s'opposeront point à nous par « terre ou par mer, et à ceux qui jugeront né* « cessaire de nous accompagner dans cette juste w tentative, entreprise pour recouvrer nos droits^ <( ou qui, passe' un certain nombre de jours cic( après désigne , après notre débarquement, « n'auront point résisté â ceux qui, dans quelque << j)artie: que ce jsoit de nos Etats , soutiendront t< et maintiendront , comme il est de leur devoir, « la justice de notre cause; priant Dieu de dirii< ger tellement les cœurs de nos peuples , que i< toute eflfusiçnde sang puisse être prévenue, et u qu'on ne voie se manifester que la droiture et a la clémence. Dans cette vue nous promettons à (< tous ceux qui viendront à nous et noaspréte- (c 4*ont secours de les récompenser selon leur « rang et mérite respectifs.
« Nous déclarons que nous convoquerons, avec <c la plus grande promptitude, le corps représeo- <( tatif de notre royaume et nous informerons près cf de lui des intérêts généraux et des désirs de « notre peuple, et qu'avec son concours nous nous (c empresserons de redresser tous les griefs et de « donner toutes les garanties dont on pourra ce avoir besoin.
(c Nous déclarons aussi sur notre parole royale (( que nous protégerons et défendrons l'Eglise (( d'Angleterre, telle qu'elle est maintenant éta- « blie par les lois , et assurerons à ses membres
u la possession de toutes les églises ^ universités > (¥ collèges et écoles^ ainsi que leurs immunités > w droits et privilèges.
(c Nous déclarons aussi que nous recommandeu rons aussi instamment qu'il sera jpossible à ce « parlement l'établissement d'une impartiale li- « berté de conscience, telle qu'il la jugera né- (( cessaire pour le bonheur de la nation.
(i Nous déclarons encore que nous ne violeï*ons (( point !e test et n'en donnerons point de dis^ (( pense; et que quant au pouvoir de dispenser c( sur d'autres points , nous laisserons au parle- « ment à l'expliquer et à le limiter. . .
« Nous déclarons aussi que nous donnerons t( notre royal assentiment à tous les bills nécesu saires pour assurer la fréquente convocation et « tenue desparlemens, la liberté des élections, « et la sincérité des rapports sur l'élection des « membres; que nous pourvoirons à ce que les (( procès soient conduits avec impartialité, et u ratifierons et confirmerons toutes les lois faites K sous la présente usurpation , qui nous seront « demandées par le parlement.
« Nous consentirons aussi dans ce parlement « à tout ce qu'il pourra juger nécessaire pour (( la réintégration de l'acte d'établissement fait w pour l'Irlande sous le règne de notre très-cher « frère, et nous aviserons avec le parlement aux « moyerts de récompenser, selon le degré de
« kars souffrances , ceux des Irlamlaîs qai nous ce ont suivi jusqu'à la dernière extrémité, sans u porter cependant atteinte audit acte d'établisi< sèment.
« Et si l'impôt des cheminées/ ou quelque a autre partie des revenus de la couronne, a été ff à charge k nos sujets , nous serons prêts k les « changer contre toute autre taxe<{ue l'on pourra ce juger moins onéreuse*
c< Nous avons ainsi déclaré sincèrenaent dos « royales intentions dans les expressioos^ que nous n avons jugées nécessaires, pour tranquilliser « l'esprit de nos sujets et conformément aux avis « et insinuations que nous avons reçus d'un graod <i nombre de nos affectionnés sujets de tout rang « et de toute classe, avec lesquels nous avons c( concerté la manière dont nous voulons revenir ce pour repriendre nos droits, et délivrer uotre cf peuple de l'oppression et de la servitude.
(c Nous supposons après cela qu'il ne sera pas Cl nécessaire d'énumérer les attentats et fardeaux ce tyranniques sous lesquels ont gémi nos royaaff mes , et qui vont cesser d'avoir lieu.
ce E)t comme nos ennemis s'efforcent d'effrayer ce nos sujets de l'idée des grosses sommes qu'il ce faudra, disent-ils, payer à la France, nous les i< assurons positi vemeut que notre très-cher frère « le roi Très-Chre'tien n'attend de ce qu'il a fait H pour nous d'autre récompense que la gloire
(t d'avoir secouru trn printe lësé dans ses droits*
tf Nous ajouierons seulement à ceci que nous « vekions pour revendiquer nos droits et affermir a les liberté de notre peuple ^ et puisse Dieu n nous accorder le succès de notre entreprise en « raison de la sincérité de nos promesses !
c( Bonne ^ etc., 17 avril 1695. n
(f Le Roi sentit qu'il serait bl^iné par plusieurs de ses amis poui^ avoir accepté d'aussi dures con<ditions; il n^ëtait pas étonnant qu'elles scâo-^ dalisassent ceux qui ne connaissaient pas le véritable état de ses affaires; mais, après tout^ il u^àvait pas d'autre parti à prendre. D'abord ^ raiscmnabiem^it parlant, ceux qui les lui im^ posaient étei^it les seuls qui pussent agir pour lui. Les jàcobites pouvaient bien, l'affaire une fois en train , rasseâibler un nombre d'hommes considéi^bles, mais ils n'étaient pas en état de'commencetf. Quant à k Franee, tout le royaume était las de la guerre)E^ufôî bien que l^s ministlres; le pays était presque ruiné par l'énormité des taxes et la disette de vin et de blé , suite des pluies conti«» nuëllëS' de l'année précédente , tellement que le Ret ne pouvait avoir d'espérance que dans la vigueur personnelle de Sa Majesté Très^Chrétienne etsofi' amitié pour lut, et que: s'il eût refusé tes propostiioiis <|ui hii étaiedt faites , quelque dures <|ii'6lles parussent:, les clameurs du pays eussent été telles que Sa Maji^Mé Très-C&rétienne
n'eût pas été en état d'y résister ^ et que le Roi aurait été probablemeut renvoyé de France comme un bigot opiniâtre^ qui préférait quelques parties de sa prérogative, dont peut-être il eût pu se ressaisir plus tard, à la paix et au repos de toute la chrétienté.
« Le Roi craignait aussi que, Sa Majesté Très- Chrétienne ne fût choquée d'un second refus ^ en ayant déjà éprouvé un de sa part au mois de novembre précédent. Sa Majesté Tj^ès-Chré tienne avait voulu à cette époque l'engager à écrire au parlement une lettre dont il lui montra la minute, et que ceux qui l'avaient rédigée assuraient; lui dît alors le roi de France , devoir, selon toute apparence , empêcher le parlement d'aCoorder au prince d'Orange un droit d'excisé général , ce que l'on craignait alors. Sa Majesté Très-Chrétienne ayait fait précéder cette proposition d'un long préambule pour montrer au Roi combien il était nécessaire d'entraver les mesures du prince d'Orange, surtout relativement aux affaires d'argent, et il avait poussé les précautions jusqu'à demander au Roi de ne dire à personne ce qu'il lui avait proposé, et de ne point insister. pour connaître l'auteur de cette idée , quand même il l'approuverait. Le Roi , fort surpris à la lecture de cette lettre , dit à. Sa Majesté Très-Chrétienne qu'il ne pouvait s'empêcher de croire qu'elle venait de gens sans crédit et incapa.bles de tenir ce
qu'ils promettaient; ainsi l'affaire en demeura là» » Maisy en voyant le roi de France s'attachera de telles chimères» Sa Majesté comprit à quel point il fallait qu'il se sentît surchargé du fardeau qui pesait sur lui, et combien , par conséquent^ il devenait indispensable qu'elle se prêtât à toutes les concessions qui n'iraient pas directement contre sa dignité ou sa conscience , de peur qu'on l'accusât de ne point aëder aux efforts que Ton faisait pour la rétablir sur le trôhe.
Telles furent les raisons que donna ,Sa Majesté pour se- justifier y et elle ne s'en tint pas à son propre jugement* Elle consulta les savans théologiens finançais qui^. tout en déplorant-la^nécessité d'une si humiliante condescendance» ne virent pas, dirent-ils» que d» la manière dont on leur exposait le cas». sa conscience dût la lui défendre; mais il est certain que d'autres» comprenant mieux l'état de l'affaire > furent d'un avis différent» et la plupart même des théologiens français en changèrent lorsqu'ils vinrent à être mieux informés.
Mais ce qui avait entraîné le Roi à ce consente**^ ment trop précipité» c'était d'abord le peu d'espérance qui lui restait d'obtenir qu'après une si grande défaite sur mer et de telles pertes» Sa Majesté Très-Chrétienne voulût entreprendre encore quelque choseen sa faveur. Il avait donc cru devoir prêter l'oreille à toutes les propositions qui lui pourraient venir de ses peuples» désespé-
Saê NIMOUICS
raai eo quçlqiœ 50r.tfe (U pouvoir être rétabli an* tren^Dt que par leur céBsentement et leur moyen; de pluS) le miuiiBtre qu'il avait alors , le comte fde M/elford , /était l'objet de ra¥ersion de tous les sujets de Sa Majesté. Les Ecossais ses compatriotes a^aiest montré le plus grand mécontentement de sa condttttei lesIrlandâisayaléntobligéleRoi^dans le peu die temps qu'il était demeuré au miliea d'eux, à Télciigper diss aflaires^ et les Anglais, pa^ ticulièremept les protejslans^ avaient aussi petite opinion de ses talens et aussi grande aversion pour sa personliQ que pbuTaieht l'aToir tous les autres^ Ce u'ost pas ici lé lieu de discuter* à quel poiqt ce senti niept pouvait être fondé; car ^ bien qu'une aversion générale soit un fàcheuk préjugé /cepenà^ni on np doit pets toujours la faire entrer en considération dans lé jugement qu'on porte des ministre^, ^e cardinal de Richelieu les comparait aux msilfaitenrs» et disait que> comme la vie de ceuxrci e^X sacrifiée à la justice publique, la vie et la réputation des autres le sont égaletnent au sb\\\1 public , et qu'ils sont souvent plus haïs pour avq'^r f^jt leur devoir que pour y avoir manqué. Quoi qu'il eu $oit, lord Melford jugea l'occasion favor^l]|le pour se remettre en crédit auprès des Anglais protestaus. Tuut ce qu'il avait fait jusquela pour y parvenir n'avait réussi qu'à élever des plaint^ sur ce qu'il ne venait en Angleterre personne dte la part du Roi qui n'apportât quelques
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instructkms (siarticalièrès en farear cle lord Meltort, comme s'il était audsi nécessaire d'établir sou wûaeoice dans le pays, que de remettre Sa Majesté sur le trâne. Le Roi , disaient-^ils encewi^ leur avait fait dire^ pendant qu^il était en Irlande, qu'il ne se servirait plus de lai ni du père Peter, et ifs regardaient comme une grande injustice pour la' Reine qu'en assurant tous les protestans d'Angleterre que c'était à lui qu'ils devaient toute ]a bonne volonté que leur témoignait récemment le Roi y il les disposât à attribuer à l'influence de la Reine la froideur qu'il leur avait montrée précédemment. Melford donc, outre qu'il pouvait regarder ce moyen comme le seul capable de rétablir le Roi., jugea cette occasion la plus favorable qu'il put jamais trouver de regagner les protestans qui , pour première demande, avaient insisté sur son renvoi; mais il les assura qu'ils reconnaîtraient , par ses efforts pour porter Sa Majesté i ce qu'ils désiraient , qu^il méritait une meilleure place dans leur faveur et leur estime. U pressa donc la ckose avec plus de précipitation et de secret qu'il ne convenait à une affaire si délicate et d'une telle conséquence, et sans s'être informé d'abord des moyens dont ceux qui proposaient ces conditions comptaient se servir pour accaralplir leurs engagemens , et dans le cas oà le Roi c^BStentirait à leur demande, opérer la grande œuvi^ de sa iriestattration.
A là yérité il demanda à quatre théologiens anglais si le Roi pouvait faire les promesses sut- Tantes : !<>. Nous déclarons et promettons que nous protégerons et maintiendrons l'Eglise d'Afigleterre telle qu'elle est maintenant établie par la loi , et que lors de toute vacance d'évêcbé ou d'autres dignités et bénéfices à tiotre disposition , nous prendrons soin que les places soient remplies par les plus dignes de cette communion ; 2^. Nous déclarons sur notre parole royale ^ que nous protégerons et défendrons l'Egltse d'Angfeterre telle qu'elle est maintenant établie par la loi^ et assurerons à ses membres la possession de toutes les églises^ universités 9 collèges et écoles^ avec leurs immunités , droits et privilèges ; 5?. Nous promettons de consentir à toutes les loisqu'on pourra demander ultérieurement pour lasûreté de l'Eglise d'Angleterre. Ceux à qui on proposa ces questions^ furent le père Sanders^ confesseur du Roi ; le docteur Betham, précepteur du prince; Mi Inès, aumônier de la Reine , et le docteur Fenwick. Tous répondirent négativement et dirent que la» chose n'était pas rédigée comme elle devait l'être; que tout ce qu'on pouvait demander raisonnablement était possible à accorder, mais en d'autres termes ; car ils dirent d'abord que le Roi ne pouvait promettre de protéger et de défendre une religion qu'il croyait fausse^ ce qui répondait à la première et la seconde question, et que quant à la troisième*
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promesse elle lui était également impossible^ car il pouvait arriver que les protestans crussent qu'il était nécessaire , pour la sûreté de leur religion , d'y élever le prince de Galles ou d'exclure tout catholique de la succession au trône ^ ce qui avait autrefois été jugé nécessaire par rapport à lui-même; mais ils convinrent que le Roi pouvait promettre d'assurer et protéger ses sujets de l'Eglise d'Angleterre^ telle qu'elle est établie par les lois ^. dans le libre et entier exercice de leur religion et dans la paisible possession et jouissance de leurs évêchés^ dignités ecclésiastiques et autres, bénéfices ^ et promettre aussi que lors de toute vacance on aurait soin de remplir les places de membres de leur croyance propres à les occuper f car il était , disaient-ils , tout-à-fait différent de promettre de maintenir la religion elle-même ou de maintenir ceux qui la professaient dans leurs possessions^ bénéfices^ etc.; et comme c'était là toute la garantie que désiraient les protestans , lord Melford pouvait raisonnablement s'en contenter; iqais cela ne lui suffisait pas. Il proposa donc^ les deux premières questions seulement^ à cinq théologiens français qui^ n'ayant pas une juste idée de l'affaire et ne connaissant pas bien les lois du pays , donnèrent trop précipitamment leur approbation ; sur quoi on fit partir la déclaration pour l'Angleterre , et on s'ôta ainsi le pouvoir de ta révoquer* Cependant bientôt après ^
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les théologiens français ^ mieux instruits de Taiflaire^ retinrent sur leur premier avis, et, après aroir vu la déclaration et Facte du test , jugèrent devoir consigner dans un long écrit les motifs âç leur rétractation. L'évêque de Meaux, qui avait été aussi consulté , était d^opinion que le Roi pouvait légitimement promettre ce qu'on lui demandait, le comparant à ce que le rôi Très- Chrétien avait promis aux huguenots par son édit die Nantes. Il en écrivit les raisons, à Rome, au Cardinal de J'ànson , et il n'y fut fait aucune réponse. Il persista dans cette opinion un peu plus longtemps que les autres , niais à la fin aVoua sa méprise. Cependant, comme tout était? alors fiiii et que lès espérance^ fondées sui* cette déclaration n'existaient plus, il ne jugea pas nécessaire de se rétracter par un écrit public.
On ne doit donc pias s'étoniîer si les motifs qu'avait donnés le Roi de la publication d*unc telle déclaration, n'étaient pas assez gédérafcment approuvés pour empêcher les clameurs de plusieurs de ses amis, serviteurs et? Cdnipagnons d'infortune. Cela lui occasiona une nouvelle espèce de tourment à laquelle il n'avait pas ebcore été exposé. La difficulté d'accommoder ses démarches à la divet'&ité de sectes et d'intérêts qui régnaient dànà le royaume , te jeta dans une naultiplitit'é d'enibàrt^âS, et, dé quelque côté ^u'îl se tournât, fiû oflFrrt partout de cantinûelles . con-
trariélés. Cependant il fat le premier à condamner sa précipitation dans celte affaire y et usa pieusement de ce chagrin comme il ayait fait des autres; ce il avoua qu'on s'était trop fHressé d'imprimer la déclaration^ qu'elle aurait pu être mieux rédigée et qu'on aurait dû en retrancher quelques expressions di0iciles à passer; mais il avait été^ dit-il y tellement poussé par ceux qui lui avaient envoyé les propositions et par les ministt^s de la cour de France, qui jugeftient l'occasion trop favorable paûr être négligée , qu'il n'avait pas eu le temps de la corriger comme il l'aurait dû : cependant il espérait, en tenant sa promesse, d'aussi près qiiele lut pourrait permettre sa conscience, engager ceux qui l'avaient exigée à faire de leur côté quelque chose pour la lui faciliter. » Il ajoutait que le maintien du test ne fiiisait aux catholiques d'autre tort que de les écarter des emplois, tandis que c'était toujours pour eux un grand avantage que d'avoir un roi catholique sur le trone#
Le mauvais succès de cette déclaration ne fit qu'augmenter les prétextes de mécontentement et de plaintes. C'était ce qu'il ne pouvait prévoir, et il croyait de son devoir, se voyant si près de périr, de s'accrocher à toutes les branches; mais soit que le9 circonstances eussent subitement changé, et que ceux qui lui avaient fait de si grandes promesses, ne fussent pas en état d'en-
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4reprendre la moindre démarche pour l«s âccom- .pUr ^ soit qu'on les eût dégoûtes par de fausses insinuations, leur disant ^e la cour de Saint- Germain avait assure sous main , à des personnes .mécontentes de la déclaration , qu'on trouverait «moyen d'e'luder ce qui avait été promis ^ soit encore qu'aussitôt que lord Middleton , qui avait plus contribué que personne à faire nakre en «eux cette disposition de loyauté , se fàt éloigné d'eux 9 ils fussent retombés dans leur première «infidélité^ ou qu'enfin ils n'eussent eu d'autre but dès le commencement que de prendre leurs sûretés? en cas d'événement^ il est certain que tout le fruit que retira le Roi de cette déclaration, fat le blâme de ses amis , le mépris de ses eaflejiiis, et son propre repentir. Sans lui rattacher les protestans d'Ângletei:re , elle lui aliéna les princes catholiques de l'Europe. Le prince de Vendôme^ grand favori du prince d'Orange , en £t non-seulement du bruit à la cour de Vienne^ déjà trop susceptible d'impressions défavorables contre le Roi , mais étant bientôt après allé à Rome, peut-être en partie dans cette vue, il fit grand usage de la déclaration pour convaincre Sa Sainteté que la religion souffrait très-peu en Angleterre de l'absence dû Roi , et gagnerait très -peu à sa restauration , puisqu'il «'était ainsi ôté tout pouvoir de rien entreprendre pour elle. Ainsi la déclaration fit grand tort au Roi
parmi les catholiques qui connaissaient sa tcracite% et ne lui fit aucun bien parmi les protestans ^ à qui elle était suspecte. Quelques uns même de ceux qui la lui avaient demandée, furent les premiers à Ten mépriser. Lord Danby dit qu'il ne concevait pas ce qu'ils avaient fait depuis la précédente déclaration oii ils étaient si maltraités pour mériter qu'on leur montrât tant de faveur; et, au fait, il avait raison en cela^ aussi bien que les autres qui^ pour la plupart, pensèrent comme lui. Ce ne fut pas là tout le mal qui en résulta : cette affaire fît naître la mésintelligence dans l'intérieur de la maison du Roi en même temps qu'elle diminuait sa réputation au dehors. On blâma lord Middleton d'avoir envoyé au Roi de telles propositions; il répondit qu'il avait fait peu d'attention à la manière dont elles étaient exprimées, ne doutant pas que le Roi n^en corrigeât les termes selon sa volonté^ qu'il se réservait à soutenir lorsqu'il serait ^ùr de défendre ce qui aurait été approuvé par le Roi. Il jeta donc le blâme sur lord Melfort qui, en sa qualité de catholique, était le plus en position défaire des objections; lord Churchill luimême avait clairement montré qu'il s'attendait à ce que le Roi modifiât les propositions. « S'il y « a y écrivait-il> dans ces propositions (i) quelque
(i) Lettre au Roi en date du 23 août.
5^6 MÉMOïnÊs
« chose qui vous seniïble un peu dur , veuilles « n'en point paraître trop offensé^ et ce que vous « ne pourrez accorder , démontrez que votre rë- (( sistance vient de ce que^.lat chose est inapraw ticalîle; car, si vous refusiez positivement de (c consentir h ce qu'on vous propose , vous perce driez quelques uns des plus capables de votre « conseil 9 ce qui mettrait en danger de perdre « fout lé reste. » On iie voyait donc de danger que dans un refus absolu ^ et méme^ dans ce cas> lord Churùbill disait à Sa Majesté qu'il n'aurait pas pris la liberté de lui donner cet avis s'il ne pouvait l'assurer d'ailleurs, ainsi qu'il l'avait déjà fait, que, pour son compté, il irait en avant , quelque mesure qûVn voulût prendre* S'il est douteux qu'il dût être cru dans cette généreuse assurance, du hioins pouvàit-ph penser qu'il disait vrai, par rapport aux nio(ïifications qui n'auraient pas changé le fond des propositions, et pour lesquelles on aurait eu à donner quelques bonnes raisons; mais on, fît croire au Roi qu'en ne changeant rien , il disposerait ceux qui s'engageaient à lui à mieux accomplir leurs promesses. Cela eut un effet tout contraire, car cette facilité à céder sur tout fut régardée par eux comme l'indicé d^ùne intention dé tout éluder. Ainsi les gens d'esprit en firent des satires, et des hommes d'État s'efforcèrent de persuader au public que ces changemens de résolution dénotaient
un projet de n'en tenir aucune : ce qui était leur calomnie ordinaire contre le Roi. On publia à la déclaration plusieurs re'ponses enfremèlëes de réflexions a mères, où l'on donnait à entendre que lorsqu'il en faudrait venir au fait^ rien de tout cela ne s'accomplirait. On établit en principe, qu^un Roi qui avait une fois manque à sa parole> et> ainsi qu'ils osèrent le dire, auxsermens de son couronnement, ne méritait plus d'être cru. Ils ne manquèrent pas de calomnies spécieuses pour soutenir l'imposture dont ils avaient fait usage lors de la révolution; et plutôt que de né^ gliger un moyen de faire comprendre qu'on ne devait jamais, en pareilles occasions, croire aux promesses des princes , ils arguèrent , dans leurs entretiens particuliers , de ce que le prince d'Orange n'a Vait pas tenu un seul des engagemens con* tenus dans sa déclaration. Mais ceux qui connaissaient mieui le Roi étaient d'une autre opinion : ils voyaient avec quelle sollicitude il cherchait à s'éclairer sur ce que sa conscietice pouvait l'autoriser à promettre , ce qui montrait bien le dessein de tenir sa parole; car celui qui ne se fait pas scrupule de la violer ne s'en fait pas de là donner; et^ de ce qUe ces concessions lui étaient en quelque sorte arrachées, ils ne concluaient pas qu'il fàt disposé à les révoquer : car les princes justes et religieux sont, en pareille conjoncture, comme les villes assiégées qui acceptent ou re- 4. ^2
338 MÊldOIRES
jettent les condition» qu'on leur propose selon la situation où elles se trouvent^ sachant que^ bonnes ou mauvaises , elles doivent être toujours tenues avec là même exactitude. Plusieurs donc des amis du Roi^ même parmi les protestans, étaient aussi mécontens de sa déclaration que les catholiques, quelque favorable qu'elle fût à leur religion. Ils trouvaient que le Roi s'y était beaucoup trop relâché de sa prérogative^ et disaient que toutes ces concessions lui avaient été extorquées par des hommes y dont la plupart n'aimaient y disaieotils , ni le Roi ni la royauté , et qui croyaient avoir trouvé l'occasion favorable de saper les fondemens de la monarchie y et de s'attribuer le pouvoir d'élire qui il leur plairait , soumettant celui qu'ils voudraient choisir aux conditions qu'ils jugeraient à propos de lui imposer; ou si Je Roi remontait sur le trôné , de lui interdire l'exercice de son pouvoir^ et les moyens de punir.leurs méfaits.
« En conséquence^ un M. Taylor , ministre non jureur , arrivant d'Angleterre quelque temps après, dit au Roi que les évêques de Noi'wich, de Bath et Wells, d'Ély et de Peterborough, ainsi que le marquis de Worcester et les comtes de...... de
Clarendon, et le reste du parti anglican priaient Sa Majesté de ne pas s'engager plus avant ayec les républijcains , dont le projet était au fond , disaiënt-ils, de détruire la monarchie , ou au moins
DE JACQUES IL SSg
de réduire lé roi d'Angleterre au rôle du doge de Venise^ et que s'il reyenait aux conditions stipulées dans la déclaration^ lui et les loyalistes seraient perdus; et qu'en attendant^ la promesse d'un pardon général ferait courir à ceux*ci de' grands dangers^ les juges ayant déclaré qu'ils aTaient leur pardon dans leurs poches^ quoi qu'ils pussent faire jusque-là. » Et en réalité , eux ou d'autres , eussent-ils commis dans l'absence du Roi toutes les énormités possibles y rien ne les empêchait de demeurer tranquilles à son retour^ s'il avait jamais lieu; car ils étaient, d'après la déclaration^ aussi parfaitement lavés de tout que s'ils n'avaient jamais commis le moindre crime.
Le Roi vit par là qu'il s^était fait tort de plus d'une façon par sa déclaration. Comme il n'a jamais été dans le cas de l'exécuter , on ne peut savoir quel expédient il aurait trouvé s'il fiit rémonté sur le trône pour ne bleèser ni sa conscience ni son honneur j mais ce qu'il y a de certain-, c'est que les partisans de l'Eglise anglicane croyaient pouvoir l'absoudre d'avance de ces promesses, et lui avaient fait dire quq^ d'après le préambule et les expressions mêmes de sa déclarailion, il n'était nullement obligé de s'y conformer, du moins à la lettre, et que tant qu'il accomplirait ce qui en avait été le but principal, le changement de quelques expressions ambi-
goës ne pourrait le faire accuser de revetiir sur cette déclaration , pas plus qu'une nouvelle édition d'un livre ne peut être regardée comme un nouvel ouvrage^ parce qu'elle contient des changemens et des corrections^ et que dans la réalite le préambule prouvait qu'il n'avait rien promis que conditionnellement ji et que ceu$ qui avaient reçu sa promesse , ne remplissant pas les leurs ^ le Roi ne pouvait se trouver lié. En effets lord Middleton avait mandé que , si le Roi signait les déclari^tions^ ceux qui lui avaient été envoyés s'engageaient à le rétablir dans les trois ou quatre mois suivans. Le Roi avait fait de son côte ce qui le concernait;* inais^ en manquant du leur à qe qu'ils avaient promis^ ils le déliaient de tonte obligation.
Le Roi commençait à s'apercevoir que moins il lui restait de partisans^ plus ils étaient difficiles à contenter. Les querelles et les animosités des partis le mettaient presqi^e dans l'impossibilité de rien proposer ou adopter qui ne rencontrât de part ou d'autre quelque opposition. Il n'y avait pas moyen de faire un pas sans déplaire à plus d'une personne ; cependant si la cour de France eût embrassé avec zèle les intérêts du Roi, jamais on n'aurait eu plus d'espérance de forcer par la crainte les Anglais à rentrer dans lenr devoir. Les avantages que la France avait remportés sur les alliés à 1^ fameuse bataille de
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Landai ou Nerwinde en Flandre ^ à celle de La Marsaille en Piémont^ la prise de Charleroi^ de Roses et de Heidelbèrg^ la flotte anglaise de Smyrne presque détruite dans la baie dé Lagds y offraient à Sa Majesté Très-Chrétienne l'occasion la plus favorable -de seconder les désirs et la bonne volonté des partisiEinfi. du Roi , et peutêtre aui-ait-on Vu s'effectuer alors plus avantageusement les promesses , au prix desquelles on avait arraché au Roi sa dernière déclaration. Mais^ au lieu de cela^ les Français commençaient à être si las de la guerre^ ils étaient si effrayés de l'extrême disette qui régnait cette année, que Sa Majesté Très^Chrétienne jugea à propos de faire offrir la paix* par la médiation de la Couronne de Danemarck. Il s'adressa d'abord à l'Empereur, puis au prince d'Orange, et, quoiqu'il offrît de reddre plusieurs villes fortifiées et d'abandonner ses prétention» sur la Flandre , en cas que lé roi d'Espagne mourât sans enfans, ces propositions furent refusées des deux côtés. Il est assez vraisemblable qiié les Anglais, voyant les Français découragés à ce point, après les avantages qu'ils avaient obtenus, commencèrent à craindre moins qu'on ne les forçât de reprendre le Roi, ef par épnséquent à se inoins empresser de le rétablir eux-mêmes; car il est certain que ce n^était pas sur l'affection, mais sur la crainte q«e se fondait en grande partie la loyauté de ces
hommes qui s'étaient engages depuis peu à faire en sa faveur de si grands miracles. Lors donc qu'ils ne virent plus de raison de crainte ils oublièrent promptement ce que ce seul motif leur avait fait promettre.
Cependant le Roi croyait de son devoir de ne pas négliger le moindre rayon d'espérance, et apprenant qu'on avait rendu à Vamiral Russel le commandement de la flotte , il se résolut de le faire sonder de nouveau. Il lui envoya donc secrètement de Saint-Germain M. Lloyd, vers le milieu de mars, pour s'informer si, maintenant qu'il avait recouvré le même pouvoir, il était dans les mêmes intentions, et s'il voulait, ainsi qu'il l'avait précédemment proposé, s'écarter avec la flotte anglaise , pour laisser à Sa Majesté la possibilité du débarquement. L'amiral eut plusieurs conférences avec M. Lloyd, prélendit avoir tout aussi bonne volonté que jamais; mais refusa de suivre cette marche , disant qu'il voulait faire la chose lui - même. Cette promesse était si vague , que M. Lloyd le pressa de lui dire par quel moyen il se proposait d'y parvenir; il répondit qu'il ne pouvait le dire, mais' jura, en frappant sa poitrine de sa main , qu'il ferait tout ce qui serait en son pouvoir. M. Lloyd , peu satisfait de cette réponse , le pressa de proposer quelque plan ou moyen d'exécution. Alors il de-manda à M. Lloyd ce qu'ilferait s'il était à sa place^
et qu'il eût le commandement déjà flotte. M. Lloyd lui répondit que ce qu'il avait de mieux à faire, c'était de nommer durant Tété autant de nouveaux capitaines qu'il le pourrait , et vers la fin de l'été de faire partir pour les convois ceux qu'il verrait les m.oins disposés à favoriser son projet; réservant, pour l'escadre d'hiver, les vaisseaux commandés parses créatures; quede plus,en faisant paraître la ûoite anglaisé sur les côtes de France dqrant l'été , OQ' donnerait prétexte à y rassembler des troupes françaises comme pourprévenirune descente,mais que ces troupes, destinées à l'expédition, aussitôt que la flotte^ anglaise serait rentrée et les convois partis , pourraient se préparer à s'embarquer; que certainement, au premier bruit de cet embarquement^ on ferait sortir l'escadre d'hiver que l'amiral aurait gagnée d'avance ; qu'il pourrait alors se déclarer pour le Roi , et qu'il était impossible que le projet manquât. M. Russel ne trouva rien à dire à ce plan : cependant il refusa de s'engager à l'adopter. Il s'en tint toujours à promettre en termes généraux de faire tout ce qu'il pourrait, appuyant cette promesse d'un serment. M. Lloyd n'en put tirer davantage. Il eut plusieurs conférences avec les lords... Goaolphin et Churchill. lUeur représenta qu'ils avaient manqué à ce qu'ils avaient promis; alors ils s'en excusèrent sur de prétendues lettres écrites de Saint-Xjrermain , en citèrent une de la. Reine au
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lord Peterborough, oublie Tassurait, disaient* ils, qu'on trouverait moyen d'éluder ce qu'on avait feint de promettre. Rien ne pouvait être plus tanXp et une telle lettre^ si on Ta jamais produite , avait cei'tainement été supposée pour servir d'excuse; car la Reine a protesté qu'elle n'avait jamais écrit, ni pensé rien de pareil. Ils prétendirent cependant qu'elle avait tellement éloigné tous ceu^ qui s'étaient éngagéis dans dette affaire, qu'ils s'étaient résolus de né jamais re-* mu^r )a mpin pour' le service du Roi. Mais ils sa* vaient trop bien k quel point le Roi et la Reine étsiient éloignés d'une telle duplicité pour quecela n'eût pas tout-à-fait l'air d'une évasiob de leur part. D^ailIeurs,/orrf Churchill y dans sa lettre du j3 décembre précédent, n'avait rien allégnéde semblable; il y disait simplement au Roi qu'il ne devait pas espérer de sa déclaration d'autre avantage quç celui de disposer le peuple à lé recevoir quand il arriverait avec des forces suffisantes^et priait donc Sa Majesté de ne se poipt hasarder avec moins de viugt-^ciuq mille hcmimes, et des armes, etc. , pour sept mille de plus. C'était ainsi que ces prétendus amis du Roi trouvaient moyen d'éluder leurs promesses. Ils ne lui avaient jamais rendu aucun service réel, etavaient eu grand soin de ne se jamais nuire à eux-mêmes : sortaientiU des emplois, ils prétendaient que c'était par aversion pour le gouvernement , et s'en faisaient
un mérite; s'ils trouvaient moyen d'y rentrer, c'était, disaient-ils, un très-grand ayantage pour le Roi qu'ils fussent en situation de lé servir. Ainf>i dans la lettre qu'écrivit ensuite an Roi lord Churchill 9 il lui disait que lord Shrewsbufy était tellement sollicité de rentrer dans son emploi de secrétaire d'Etat, qu'il craignait qu'il ne lui fàl pas possible de résister, m^i& qu'il pouvait assu-rer le Roi que ce changement de situation n^ changerait rien à ses dispositions. Dans la réalité, c'était surtout lord Churchill qui l'y poussait pour qu'il lui ouvrît la voie à rentrer lui-même en faveur. Aussi, dprès avoir assuré aii Roi dans cette mêtne lettre que, quoi qu'il en pût penser, il était réellement de son intérêt que lord ShreiPs^ bury redevînt secrétaire d'Etat, il lui disait que ses amis lui donnaient la certitude, s'il voulait leuT permettre dé le demander, de le faire rétablir dans le commandement de l'armée; mais ajoutait qu'il n'y consentirait point sans la per** mission et l'approbation de Sa Majesté, et à moins qu elle ne le jugeât utile à ses intérêts : « car, écri- « vah-il, j'ai été si malheureux et vous si bon^ « qu'il m'est impossible de prendre plaisir à rien, ti h moins que je n'aie la certitude que vous 1/ap- (i prouvez. » Lord Shrewsbury, à la vérité, n'accepta qu'avec répugriarnce; mais on n'a pas su si cette répugnance venait ou non d'aucune inclination pour le service du Roi. Il avait d'ailleurs
des raisons suffisantes pour ne pas vouloir s'attacher au gouvernement^ et la princesse d'Orange fut obligée de mettre en œuvré plusieurs machines pour le persuader : ce qui fit reconnaître en lui, sôit une sorte de tendance à revenir à son devoir, soit au moins un assez grand mécontentement des mauvais succès de son infidélité. Il avait ^ h ce qu'il paraît^ consenti peu de temps auparavant i recevoir une visite de sir James Mbntgômery,qui lui avait parlé avec une apparence de tristesse des malheurs du Roi : quoique lord Shreipsbury répondit avec beaucoup de circonspection, le prince d'Orange , qui en fut bientôt instruit, en prit ombrage^ et jugea que c'était le cas de faire au moins un dernier effort pour le gagner. L'ayant donc envoyé chercher, il lui dit qu'on s'étonnait beaucoup dans le public qu'il refusât si soûVeiiit l'offre qu'il lui avait si souvent renouvelée de lui rendre sa place de secrétaire d'Etat, et que c'était montrer qu'il faisait peu de cas de son service. Lord Shrewsbury répondit que sa mauvaise santé ne lui permettait pas d'accepter. <c Ce n'est pas là la seule raison , « lui répliqua le prince d'Orange. — Non, sire, a dit-il , ce n'est pas là la seule ; mais vous avez « recula couronne à des conditions que vousn'ac< vez point accomplies, et je ne peux aller aussi « loin qu'iront beaucoup d'autres. » Le prince d'Orange ne jugeant pas à propos de discuter
avec lui ce poiiit^ lui dit simplement qu'il y avait encore une autre* raison , et aussitôt il demanda s'il y avait long-temps qu'il n'ayait vu sir James Montgomery; il répondit qu'il l'avait vu souvent depuis qu'il . avait apporté au prince la couronne d'Ecosse. Alors le prince d^Orange lui dit quel jour il l'avait vu pour la dernière fois, et quels discours ils avaient tenus. LordShrewshuryîvii forf troublé; mais se remettant : « D'après cela;, sire, dit-il, vous pouvez (( voir que je n'encourage pas ceux qui cherchent « à ébranler ma fidélité. » A quoi le ptince d'Orange répondit: « Non, je sais que vous êtes un w homme d'honneur, et que si vous vous y*en- « gagez, vous me servirez fidèlement. » Enfin il le tourna si bien, qu'il en obtint la promesse de prendre les sceaux à son retour de la campagne oii il se préparait à aller. Il les prit en effet (i), et, une fois rentré dans les affaires, s'ef-
(i) Voici le compte que rend Lloyd au roi Jacques d'une conversation qu'il a eue à ce sujet avec la comtesse de Shrewsbury. « J'allai voir la comtesse de Shrewsbury qui était malade; je lui fîs^ ainsi que vous me l'aviez ordonné , des compliniens de la part de Votre Majesté et de la B.eine ; elle y répondit par tous les témoignages possibles de fidélité et d'attachement à vos intérêts; elle me dit ensuite comment son fils le comte de Shrewsbury avait été forcé d'accepter un emploi : le prince d'Orange l'avait envoyé chercher pour lui oflfrir là place de secrétaire d'Etat^ qu'il avait refusée.
348 MÉMOIHES
força d'y faire aussi rentrer lord Churchill ; mais le prince d'Orange n'ayant pas le même goût pour sa personne ou la même opinion de sa sincérité^ les eflPbrts de lord Shrewsbury en sa faveur n'eurent aucun succès. Ce fut là la meilleure preaye qu'on eût de sa fîdëlitë envers ie Roi. Il en dooda cependant quelques témoignages , qui du moins permirent de penser qu'il n'aimait pas le prince d^Orange ni son gouvernement.
Il écrivait au Roi le 4 'uai 169S : u Je ne sais f< que d^aujourd'hui ce que je vais vous mander^ u qui est que, les bombardes et les douze régi-
s'excusant sur sa mauvaise santé ; mais le prince d'Orange lui avait dit qu'il lui connaissait d'autres motifs, et lui avait répète un entretien qu'il avait eu au sujet de Votre Majesté. Le comte de Shrewsburj , fort étonné , avait compris qu'il y aurait pour lui danger à refuser, et comme il s'attendait sous peu de jours à une descente en Angleterre, il avait demandé , avant de prendre les sceaux , quelque temps pour aller à la campagne , ainsi que l'exigeaient l'état de sa santé et quelques antres affaires pressantes. Le j^riace d'Orange le lui ayant accordé , il se rendit à la campagne, accompagné de quelques arais, tous bien montés et déiei^ minés à aller rejoindre Votre Majesté si elle avait fait une descente, comme on s'y attendait et comme on le désirait; mais la chose ayant manqué , à son grand regret, il fut obligé , à son retour , d'accepter le& sceaux : ce qu'il n'avait fait , me dit-elle de sa part ^ que pour avoir les^ moyens de servir dorénavant Votre Majesté d'une manière pli» utile. > ( Macpher^oa original papers , tom. i , pag. 480. )
« méas actueUeinent à Porismouth^ avec les deux « ragimeos de marine ^ dotrent aller , sous les (( ordres de Talmach y brùlèr le port de Brest et « détruire les yaisseaux de guerre qui s'y t^ou- (( vent. Ce serait ua grand ayantage pour l'An* « gleterre; mais aucune considération ne pourra (( jamais m'empecher de vous communiquer ce K que je crois qu'il vous est utile de savoir. Faites « donc de cet avis l'usage que vous jugeres à « propos j vous y pouvez compter avec eerti-*^ (( tude (i)^ u Le mauvais succès de cette entre-* prise prouva combien cet avis y que le Roi avait également reçu de lord Arran , avait été avantageux aux Français.^ et la méfiance que témoigne lord Ghurcbill à l'égard de l'amiral Russel qui , selon toute apparence, trompait le Roi avec la perœtssioa du prince d'Orange y fait bien con*«
(i) Marlborough continuait ainsi : « Mais \e vous en coq* jure, pour votre propre intérêt , n'en faites part à personne qu'à la Reine et an porteur de cette lettre.
« Russel met demain à la voile avec quarante vaisseaux seulement , le reste de la flotte n'étant pas encore payé ; mais on dit que le tout doit le suivre dans dix jours, ainsi que les troupes de terre. J'ai tâché , il y a quelque temps , de savoir la chose de l'amiral Russel; mais il me Ta toujours niée , quoiqu'il y ait plus de six semaines , j'en suis sûr , qu'il en est instruit : cela me donna mauvaise opinion des intentions de l'homme. Je serais bien aise d'apprendre que cette lettre vons ait été sûrement remise. » ( Macpherson original papers , tom. i , pag. 487. )
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naître qu'à cette époque au moins il n'agissait pas dans les mêmes vues : mais comme de tels hommes sont toujours conduits par l'intérêt, on ne peut jamais compter sur eux qu'aussi long- temps que cet intérêt leur parle pour vous. Cependant celui-ci continua , tant que vécut Sa Majesté , à correspondre avec elle , sinon par lettres , au moins par messages; mais le prince d'Orange étant mort peu de temps après le Roi ^ il s'x>uvrit pour lord Churchill une nouvelle carrière dans laquelle il étonna le monde de sa conduite et de sa fortune. Cependant il se prétendit toujours disposé à réparer en quelque sorte , envers le fils^ ses infidélités passées à Tégard du père.
TandisqueleRoiétaitainsibercjé parsesanciens ennemis d'assurances de service pour l'avenir, il avait le chagrin d'apprendre continuellement les souffrances et l'oppression de ses véritables amis. Ceux qui s'étaient hasardés à s'enrégimenter, à enrôler des hommes et acheter des armes dans l'attente du débarquement pour lequel le Roi s'était . rendu à La Hogue , avaient échappé par miracle au ressentiment de l'usurpateur;- car de plusieurs milliers d'individus entrés dans ce projet, il ne s'en trouva pas deux qui fussent tentés de faire leur fortune en trahissant tous les autres ; il n'y eut donc personne de puni. Mais si le gouvernement n'avait pu trouver assez de témoins pour entamer des procès , il fut si bien
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instruit de tout que cela le disposa à croire ensuite les contes même les plus absurdes qu'on pût lui faire contre ceux qui avaient pris part à ce projet. Deux ans après , quelques pauvres hères mourant de faim prétendirent qu'ils avaient à révéler un grand complot et s'entendirent pour composer une histoire au moins assez probable ^ invention très-fort pratiquée et encouragée à cette époque y on le gouvernement avait toujours à sa solde un grand nombre de ces sanguinaires instrumens de ses projets politiques. Ces gens-là donc accusèrent jusqu'à cent soixante personnes d'un projet de soulèvement en faveur du Roi , imputant à chacun en particulier quelque acte déclaré de ce qu'ils appelaient trahison. Les soupçons qu'avait déjà le gouvernement contre les accusés lui firent aisément ajouter foi à cette dénonciation^ et la poursuite fut commencée avec beaucoup de chaleur et d'âpreté ; mais quelques gentilshommes des comtés de Lancastre et de Chester ayant été pris et mis en jugement les premiers de tous> envoyèrent un ou deux de leurs amis âe mêler parmi les témoins ^ sous prétexte d'appuyer l'accusation. Us apprirent parce moyen de quoi ils étaient accusés et se munirent de preuves incontestables , par lesquelles ils démontrèrent la fausseté des dépositions faites contre eux. Ainsi ^ malgré la rigueur dont on usa envers eux et plusieurs procédés illégaux employés dans leur
procès, ils s'en tirèrent et arrêtèrent lés poursuites contre tout le reste. Il est probable que sans cela cette affaire eût laissé des traces sanglantes, carie gouyernement semblait disposé à se montrer se- Tère, et instruit d'ailleurs que ces gentilshommes travaillaient contre lui , se rendait moins difficile sur la confiance personnelle que pouvaient mériter les témoins produits à leur charge. Cela rendait l'afTaire des accusés l>eauGOup plus mauvaise; car si une accusation mal fondée est facile à écarter lorsqu'on en a été prévenu^, lorsqu'pn n'est point instruit et préparé d'ayance 9 il est beaucoup plus difficile de se défendre contre un faux témoin que contre un véritable; car on ne peut se munir de témoignages pour démentir <une accusation qu'on ignore^ et il est trop tard au moment an procès pour envoyer > à des distances éloignées, cheretier des témoins qu'on puisse confronter à ceux qui ont été produits devant U cour.
Les dangers auxquels le Roi voyait qu'il exposait ses amis et le caractère implacable du prince d'Orangé, le rendaient extrêmement circonspect à les engager dans de nouvelles tentativei». Ainsi> bien que là mort de la princesse d'Orange, arrivée peu de temps après, eût dû Traîsemblablement produire un changement. Sa Majesté, dan^ cette occasion si favorable, ne fit aucun effort particulier, craignant d'un côté pour ses amis, et de-Fautrc ne désespérant pas qwe U mort de la princesse.
dont les drdil9]^r^iidu8 a^s tent été la base de ton c ce qui s'ëtait fah , n'ëbraniàt et ne désorganisât le goaTerneinenf et ne disposât rAngfeferre à rap* peler celui qui pouvait senl assurer son repos sur un fondement inébranlable. Mais il s'aperçut que le temps avait éndurei les peuples dans leur conduire criminelle, et il eut tout lieu de croire que h princesse de Danemarck^ en dépit de ses récentes démonstrations de repentir, aimait mieux , malgré les mauvais procédés du prince d'Orange, ht permettre d^usurper seB droits que de laisser un père qui l'avait toujours chérie au-dielSr de réimpression se remettre en possession des siens (i). Ainsi tout ce que le Roi y gagna ce fut ce sur-* crott à ses chagrins de voir une fille qu^ aimait si tendrement y persévérer jusqu'à sa mort dans cet état insigne de désobéissance et de déloyauté , et d'entendre des fkrtteurs mercenaires exalteir cette conduite comme la plus haute vertu et la peindre des plus brillantes couleurs. Ce fut au poiat que cet imbécile docteur Tennison , alors archevêque deCantoribéry^ dans sa froide oraison funèbre {2), prononcée beaucoup plutôt an diver*
(i) GitiiUume, après la mort de sa femme , se réooacilia irec sa belle-sœur. Ce fui lord Sunderland fui opéra le raccommodement. 11 ût donner à la priactesse le palais de Saint-James et une partie des bijoux de la Reine,
(1) Dans la pré£ice d'un discours qu^il a composé tnr la '4. 35
tissementqu'à Tédification de l'assistance^ mit au nombre de ses premiers me'rites d'avoir' su , par de longs et pénibles combats, surmonter rafiection qu'elle devait à ses parens en faveur de ses devoirs envers sa religion et son pays ; elle fut donc canonisée pour une sorte de parricide, pour avpir usurpé le trône de son père et l'avoir envoyé, ainsi que la Reine et le prince son frère, errer dans le monde en vagabonds, si la giénérosité d'un monarque voisin ne les eût reçus, soutenus et secourus dans le temps que leurs sujets et leurs enfans ne sentaient plus pour eux ni compassion ni fidélité.
Si quelque chose avait été capable de troubler la tranquillité que le Roi avait trouvée dans sa résignation, c'était ce qu'on vient de dire, surtout lorsqu'il sut que « sa pauvre fille était telJement dans l'erreur qu'elle avait déclaré à sa mort que sa conscience ne la troublait: en rien , et que si elle avait fait quelque chose dont le monde put la blâmer, c'était d'après l'avis des plus savans hommes de son église , et que c'était donc à eux
mort de la Reine, le docteur Fowler, évêque de Glocester, raconte que lorsqu'on l'avertit du danger oii elle e'tait , elle répondit •: «J'ai appris des théologiens de noire Église com- « bien il est dangereux de compter sur le repentir du Ut « de mort. Je n'en suis donc pas k commencer le grand u ouvrage- de me préparer à la mort , et, grâce à Diea , ]€ « ne la crains pas. »
seals à en répondre. Le Roi l'apprenant s^ëcria : (( misérables argumentations, si* funestes à « celui qui trompe et à ceux qui se laissent i( tropjper I » Elle découvrait ainsi, à ce qu'il semble^ les craintes et les scrupules qui l'avaient agitée,. mais n'en avait pas moins suivi aveuglé^ ment ces guides dont l'Ecriture nous enseigne la fin tragique ainsi que de ceux qui s'en laissent conduire.
Le prince d'Orange, voyant les peuples donner avec tant d'empressement dans toutes les mesures que lui dictaient son ambition et sa cruauté, ne se contenta pas de les avoir soustraits à l'obéissance du Roi, il refusa à Sa Majesté les privilèges appartenant à un prince étranger. Il paraît que le Roi avait accordé à plusieurs de ses sujets des commissions et des lettres de marque dans la forme usitée. Les Anglais en ayant pris quelj^ues uns, le prince d'Orange ordonna qu'on fît Je procès comme pirate à un certain Golding, porteur d'une lettre de marquedu Roi. Un nommé, je crois. M.. Oldish, jurisconsulte en grande réputation en Angleterre , ayant déclaré qu'il était contre toute loi et contre toute justice de traiter comme voleurs ceux qui agissaient avec l'autorisation d'une tête couronnée, le prince d'Orange, peu accoutumé à se voir ainsi contrarié dans ses projets de vengeance^ le renvoya de son emploi et mit à sa place un homme plus disposé à ac-
commoder ses doctrines aux vues de l'asurpateur. Ainsi^ contre toutes les lois de Dieu et des nations^ il souffrit une inj^iste mais glorieuse mort. Cependant l'iniquité sur laquelle reposait sa sentence adoucit à quelques ëgards son châtiment; car ceux des Anglais qui portaient des lettres de marque du roi de France furent pendus^ eurent les entrailles arrachées et furent coupés en quartiers comme traîtres; tandis que Golding,doât la lettre de marque fut considérée comme nulle ^ fut seulement pendu comme pirate y sans qu'on y joignit les autres circonstances qui^ bien qu'elles ajoutent peu de chose aux souffrances d'un mourant^ sont regardées par la loi comme tine addition â la peine.
Le mauvais succès qui accompagnait tous les efforts du Roi Favait convaincu depuis long-teitops que Dieu ne lui réservait pour se sanctifier d'autre voie que celle des souffrances; aussi les tentatives auxquelles il s'était livré en dernier lieu avaient eu pour motif les sollicitations de ses sujets et le désir de ne pas manquer à ce qu'il devait à son fils et à son peuple , plutôt qu'un désir véritable de reprendre dans le monde le rang qu'il y avait occupé; il cherchait, au contraire, bien plus qu'il ne les évitait, les humiliations qui ne tombaient que sur sa personne; et non content de l'abaissement oîi Tavait plongé la haine de ses enneniis^ plus touché des erreurs en morale dont
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il s'étail rendu coupable^ que des injures qu'où avait faites à sa réputation , il s'occupait beaucoup plus à faire pénitence des unes , qu'à repousser les autres. Il fit donc de Saint - Germain une espèce de solitude^ et celle-là ne lui suffisant pas ençore^ il alla plusieurs fois chercher la retraite aux lieux où il la pouvait trouver dans la plus grande perfection.
Ce ne fut pas la curiosité seule, bien qu'elle eût pu avoir part à son premier voyage, qui l'engajigea à aller à la Trappe ^ couvent de Bernardins réformés qui ^ vivant selon toute la rigueur des règles de leur très- sévère fondateur^ montraient depuis quelque temps un exemple étonnant du degré d'austérité corporelle, de renoncement à soi*««iêfne et de perfection éminente où peuvent arriver, aidés de la grâce, les hommes occupés avec une ferveur chrétienne de la gloire de Dieu et du soin de leur salut. Un silence per-pétuel, excepté lorsqu'ils chantent l'office divin, tient leur pensée d'autant plus continuellement fixée sur Dieu, qu'il n'est permis à leur langue de proférer autre chose que ses louanges; leur surprenante abstinence de viande, de poisson, d'œufs, de lait, de vin, enfin, de toute autrechose que des herbes, des racines et du cidre, met cette nombreuse communauté de reli^eux en état de vivre en quelque sorte du travail de ses makis et du produit d'un jardin ; ces mor-
tifîcations^ la manière dé se vêtir de ces religieux; et ce qu'ils supportent de veilles, de travail, de froid, de cbaîid, joint à leur obéissance, à leur humilité et à leur assiduité à lieur devoir y bien qu'ils soient presque continuellement malades, fit penser au Roi que ce devait être une ve'ritable école de patience chrétienne. Il se résolut donc, malgré les railleries auxquelles il sentait que cela devait Texposer, à y faire une retraite spirituelle dans le cours de la première année*, après son retour d'Irlande, et les avantages qu'il en retira l'engagèrent à recommencer tous les ans^ sans s'embarrasser de la censure des gens du monde ^ dont les jugemens rarement justes, et presque toujours mal fondés, doivent toujours être méprisés en des choses pareilles.
Quoiqu'il semblât impossible d'élever cfes pieux religieux à un plus naut degré de vertu, que celui auquel ils étaient déjà arrivés, ils avouèrent que c'était pour eux un nouveau motif de ferveur, que de voir un si grand prince se soumettre non-seulement à leurs longs offices, à leurs méditations, à leurs conférences spirituelles, mais même à leurs austérités corporelles; car, à moins que le Roi ne fût indisposé, il mangeait toujours au réfectoire, sans souffrir qu'on ajoutât au régime austère de la communauté, autre chose que des œufs. L'abbé de la Trappe ne put s'empêcher d'en exprimer son étonnement dans l'édifiante et
élégante lettre qu'il ëcmit à ce sujet au maréchal de Bellefond.
' C'était ainsi que le Roi employait son temps et ses pensées >4orsque yers le commencement de l'année 1696^ réveillé parles sollicitations de ses amis d'Angleterre, il se laissa persuader de tenter encore une fois la fortune. Le royaume paraissait mieux disposé, et la conjoncture plus fayorabte qu'elle ne l'eût jamais. été pour une pareilte entreprise. On lui faisait dire continuellement d'An* gleterre que le parlement commençait à se quereller avec l'usurpateur; que l'a iatigue d'une longue guerre et le poids des taxes avaient guéii le peupledeson aveuglement; qu'on commençait à s'apercevoir que le zèle apparent de tant de prétendus patriotes pour délivrer le royaume du papismeet de l'esclavage, et tous ces autres grands inots dont on avait quelque temps amusé le pu^ bKc, n'avaient eu d'autre objet que de débarrasser la nation de son argent > dont la plus grande parrtie avait été partagée entre eux. C'est pourquoi ils étaient I>eaucoup plus attentifs à écarter les hom-» mes que les motifs de plaintesyet s'inquiétaient peu desavoir qui gagnait le plus à la guerre, de l'Angleterre, des alliés ou même des- ennemis > tant qu'elle leur donnerait les moyens de plumer le peuple, et qu'ils jouiraient de places assez- honorables et assez profitables pour les rendre iù^^ sensibles & l'oppression sous laquelle gémissait liî