ii|:iM>i9t
part combien le fardeau était inégalement jnéparli entre eux et les Hollaii(iUÎ6 y et voyaient que ee«x« gi avajient ironH moyieui , e^ laisant le 4»mmerc$ ATep leurs eBpemi$5 de ii^ tir^ qn^e 4« Ia efc»i«ar .de ceiea qmi réduisait les autres ^ ceadrea^ Loi £}al^ profitait d'une 61. jMHiMoqcgM^B d'épttifier J Vgent 4e TAngleterrer n'M^Uaieut point ji laWsj^r ypîjr qu'ils Toulaient qii^ue chose de piw q|]^ de cp03fdider Teiist^niçe 4e$ PaychOas^. «t de boruejr les eutr^riscis 4« rAnglet^me^ Le prince d'Oi^nge était w &ît uu ^teur çl^irgé de lews iiptérêls, ;et ue les fixait jemaisii bien aervb dam le tenips q^'i 1 était Uf^rsujet^ que depuis qu'il éiai t 4evenu souverain^ et qu'ep faisant de ia royauté la cheyiUe ouvrière du statboudérat^ il trausfoimait |e$ trois royaumes en provincesdes sept Previiiceis*- Unies, lia cbosç^llftiti ce pçiut que les marchaBda effilais étaient forcés d'attendre pour faire partir leurs eonvoisi qpe les DolUndais fussent prâts» et que tpute$ le^ lettres et avis passant par les mains de cçnxR'Ci^ il^ étaient les premiers avertis des «ar* ç\^^ ayantage^Y- Les amis du Roi paosaient que eette partialité en favetir des étrangers # et l'op* pression qu'on souffrait dans rintériaur ramèneraient le peuple k h raison» et qu'il ne verrait pas in^punémeot violer toutes les promc^&es qui lui ayaient été fyii^» et son argent employé à coiv rpmp» çenx k qni était ee«fié la pouvoir d'en
DE JACQTTBB II. 36i
dJtp6Mr. Lé prtnoe d'Orange n'Mtfait pas odt re* fuser tant de bîlls rëdîgës dans le seos de aa dédaratiao ^ et n'aurait pas parle « kardirnent ^'il ra«vait fait dans ces oGCasioBS, s'il n'avait cm pouToir prendre autorité anr des gens qu'il payait si luea» On satatt aussi que plusieurs de ceux qui , trop confians dans la siaeërite du prince d'Orange^ s'étaient d'abord laissés trop facilement entraîner à le seconder 9 Toyant maiu-^ tenant combien il remplissait mai ses promesses^ et recoouaissant les fiinestes conséquences de la rérolution^ se repentaient sincèrement d'ayoir perdu la paix 5 l'abondance et les anciennes lois^ et ne désiraient rien au monde autant que de Toir le royaume délivré de la servitude des Hollandais ^ el de la perspective d'une guerre coù^ tense 9 sanglante et interminable. La dernière réquisition sur les monnaies avait ajouté au malaise du peuple 9 toujours accompagné de mécontente*^ ment contre ses maîtres. Le Roi acquit donc la conviction qu'il était raisonnable de tenter un nouvel ^ssai^ d'autant plus qu'il trouva Sa Majesté Très-Chrétienne de la même opinion.
Mais , avant de commencer cette expédition , il éprouva quelque embarras à se déterminer sur les promesses que devait contenir sa déclaration (i), sur le nombre de troupes qu'il pou- Ci ) Il y uvaît dans Itf cabiaet de Jacques deax partbt lei
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yait et devait amener; car^ jusque-là.^ presque tout ce qu'il ayait fait et dit ayait été. blâmé, soit par ua parti , soit par l'autre , soit même par ses amis. Il prit donc grand soin d'éyiter autaot qu'il était possible d'en choquer aucun, pi^^isque tous, déclarés ies uns contre les autres, se prétea-^ daient tous eniméine temps de bonneyolonté ponr lui. Chaciln de ces partis poussait dans ua sens différent, avait des espérances diverses et des vues contraires, tandis que Sa Majesté était dans la nécessité de n'en épouser aucun de^manière à en négliger ou .éloigner d'autres. Les catholiques avaient peu de moyens , mais c'était ceux sur ies-
composons et les non^composans ; M iddleton était à la tête des premiers , et Melford des autres. Les composans lui conseillaient d'offrir , dans sa déclaration , un pardon général, et voulaient qu'il ne rentrât qu'à certaines conditions. Les autres voulaient qu'on le reçut sans restrictions , et que plusieurs personnes fussent exceptées des promesses de pardon. Ces derniers étaient probablement les favoris de Jacques; cependant, pour plaire à l'autre parti, Melford fut renvoyé avec les apparences de la disgrâce , et eut ordre de quitter
la cour. M. Caryll fut fait secrétaire d'État à sa place:
Melford déplaisait autant au ministère français qu'aux amis de Jacques en Angleterre. Middleton écrivait le 3 oc* tobre 1694 ^e Fontainebleau à M. Caryll : « Je souhaite que lord Melford ne vienne pas cracher dans notre potage ; car si les ministres pensent qu'il doive être instruit de ce qu'on a proposé , il ne faut plus y penser. ( Macpherson original papersj tom. i , pag. 4^4 ®t 497- )
quels il pouyait le plus compter; ses anciens amis de TEglise d'Angleterre parlaient depuis six anâ sans rien faire^ ses nouTcaux amis les républicains ou leS' presbytériens aTaient promis tout autant^ et n^avaient pas agi davantage. Ces divers partis se haïssaient par accès, et par accès se consultaient ensemble. Jaloux les uns dès autres, ils étaient toujours occupés à épier si le Roi ne favorisait pas l'un d'eux plus que les autres, et s^l avait le malheur de paraître se contredire dans ses différentes promesses, il en aliénait un sans se concilier l'autre; caria plupart de ceux qui cherchaient à négocier avec lui avaient beaucoup plus en vue leurs intérêts que celui du Roi, et beaucoup plus d'humeur .contre le gouvernement exis*tant que de goût pour le sien. Les autres ne voulaient pas que le Roi traitât en aucune manière. Ils craignaient qu'il ne suivit les principes du feu chancelier Hyde, négligeant ses véritables amis poui' tout donner à ces amis prétendus qui, disaient-ils, abandonnent le gouvernement, comme les rats abandonnent un vaisseau lorsqu'ils le croient prêt à couler à fond. Ces gens-là répétaient au Roi qu'il ne devait songer à aucun traité^ mais venir avec des forces capables d'accomplir la chose sans autre secours; qu'autrement il devait peu compter sur les promesses de ces genslà, pas plus que dans la situation où il se trouyait, ils ne comptaient sur les siennes; car lorsque
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Sa Majesté serait une fois e<i Âiigtet«rei on Mte de grâce ou un discours populaire feraient plus d'effet que n'en pourraient faire auparavant une quarantaine de promesses* On lui coaseillait done de s'en tenir autant qu'il le pourrait à des termes généraux, et de s'en référer ensuite' des détails au parlement suivant; l'assuranti pour le repos de son esprit ,1 qu'il pouvait promettire aa»6 au«* cune crainte , que ses ennemis savaient aussi biea que lui ce qu'il pouvait où ooo dire en oonaéience^ et ce qu'il ne pouvait pas> et que» s'il allail trop loin sur un point , on ne manquerait pas de soupçonner quelque équivoque i ce qui ôterail tôuts confiance au reste de ses promesses.
Le comte de Middtetoni alors seul seorélairs d'état, par l'éloignement de lord Melford, que le Roij à la soUicitalion de ses amis d'Angleterre, avait jugé à propos d'éloigner, pensait que le Roi devait, autant qu'il serait possible, s'en tenir aux termes de sa dernière déclaration, ohangeant sealement ce qu'il croirait ne pas pouvoir tenir en conscience, sans revenir sur le fond de on qu'il avait promis. Il lui représentait que toute la nation anglaise se trouvait intéressée aiit en-* gagemens qu'il avait pris, et qu ainsi il était obligé envers elle à les remplir, quoique ceui qui lui avaient demandé cette déclaration n'eus* sent pas de leur coté tenu leurs promesses ; que la France ne pouvait lui fournir des secours oa^
DE JACQVBÇ IL S65
pbfefi d^aecompltr seuls ToeuTre de ta restauration^ et qoe^ pottf armer en sa faveat* des milliers d^ommesy qni autrement s'opposeraient à )ai de tout leur pouvoir, il n'ayatt d'autre moyen <|ue là promesse contenue dans sa dernière déclaration, de pardonner tout ce qui s'était passé , et de gouverner à Favenir conformément aux lois* Quant au premier points il observait que la conscience de Sa Majesté n^y pouvait être intéressée en anucne ma^ nîère, et qu'après avoir une fois pardonné ce serait une cruauté que de se rétracter ; que la parole d'ttD prince est sacrée et la foi publique inviolable^ surtout dans un cas comme celui-ci ^ où un honnête homme pouvait être exposé à se voir puni comme tt-aitre; car on risquait ^ pour avoir payé les taxes, d'être considéré comme appui, complice et &ateur de la révolte : or, tous les Anglais les a^aieiit payées depuis la révolution , et les plus fidèles avaient payé double. Quant à la difficulté qu'on Élisait sur le dernier point, que cela pouvait emporter la nécessité d'élever le prince de Galles dans la religion protestante, il répondait que ceux qui avaient traité avec le Roi, ne l'avaient point exigé, et qtie puisque les serviteurs du prince ne prêtaient pas serment au Roi , ils ne tombaient point jSous l'acte du test ; qu'ensuite , quant à la présence des catholiques k la cour^ on n'y avait jamais pris garde , et cela n'avait jamais été compté parmi les prétendues infractions; qu'il
n^étaît pas même douteux qu'on ne permit actoellement d'en employer un certain nomjbre, puisqu'on l'avait précédemment ofiert; qu'on ne s'était jamais plaint que Sa Majesté eût upe chapelle; on comprenait que cela était nécessaire à un roi catholique^ .et on avait même regardé la manière dont le Roi avait établi la sienne comme une des actions les plus raisonnables de son règne^ et celle qui avait excité le plus d'applaudissement^ car sa sincérité et sa manière franche d'agir en cette occasion avaient donné toutes les assurances possibles de sa bonne foi dans tout le reste. Ce qu'on avait craint le plus^ c'était le pouvoir de dispenser; cependant on x\e croyait pas nécessaire de le lui retirer entièrement comme on avait fait au prince d'Orange^ mais on croyait . qu'il fallait le limiter d'avance^ de manière à ce que le Roi ne pût dispenser du test : car autrement^ si Sa Majesté promettait seulement en termes généraux de gouverner d'après les lois^ et que le pouvoir de dispenser fût considéré comme une partie des. lois y le peuple dirait que Sa Majesté étant autorisée à suspendre telle loi qu'il lai plairait^ se trouverait avoir légalement le droit de gouverner sans lois : c'est là ce qu'ils appel lent pouvoir arbitraire^ et la chose du mopde quils praignent le plus. Lord Middleton ajoutait que la promesse de passer tous.lesbills qu'on lui présenterait ne s'entendait que des bills judiciaires et des
causes ciyiles; mais qae cette promesse faite cte termes «généraux ramènerait beaucoup de gens à leurdevoir^etque plus le Roi se fierait à son peuple^ plus son peuple se fierait en lui ^ ainsi qu'on l'ayait vu dans le temp&de la reine Elisabeth* .
Cette diversité d'opinions embarrassait fort le Roi^ et il pensait que le meilleur moyen de ne choquer personne était de faire une déclaration aussi favorable aux libertés et à la religion du peuplequ'il croirait le pouvoir en conscience^ mais dene la répandre qu'après le débarquement; et comme ce débarquement n'eut pas lieu^ la déclaration ne devint jamais publique, ou du n^)ins^ si elle ne. put fair^ de bien , ne fit pas de mal y et échappa à la censure qui s'était exercée ^ur les autres.
L'entreprise étant à la fin résolue et la cour de France en étant d'accord^ les troupes commencèrent à filer vers Dunkerque et Calais, où elles devaient s'embarquer. Le 28 février le Roi luimême ijuitta Saint-Germain : la cour de France l'avait pressé de partir plus promptement qu'il ne coBtptait; cela donna trop tôt l'alarme, empêcha les partisans du Roi en Angleterre de faire ^ de leur côté^ ce qu'ils devaient, et finit par rui^ nertout le projet. Mais cette expédition^ sans compter le mauvais succès qui lui fut commun avec toutes les autres^ jeta encore sur le Roi le «soupçon fâcheux d'avoir consenti, à un projet
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eontte ia tie du prince d'Ofatige^ formée à ce qu'il parait, par qtretques gentilshommes qai erojaient en cela le servir très-utilement. La première idée atatt été de le surprendre et d'enlever le prince pour le conduire en France; mais, trouvant qu'il n'y avait pas moyen d'exécuter la chose si Ton se faisait scrupule de le tuer, itis en vinrent par degrés à la résolutioa de l'attaquer, lorsqu'il reviendrait de Harapfon-* court ou de la chasse, et s'ils ne* trouvaient pas moyen de l'avoir vivant de né point hésiter à s'en défhire* Ce n'est pas ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point, dans l'état des choses, ttn tel projet s'accordait ou non avec les règles de la conscience et de l'honneur ^ ni d'adopter ou ré^ futer les argumens d'un certain traité, publié du temps de Cromwell , sous le titre de tuer n^ est pas assassiner f car comme le Roi n'avait été nulle* ment instruit de ce projet, n'avait donné ni conn missions aux personnes ni approbation à là chose^ Sa Majesté n'a eu d'autre part à cette affiiireque d^en avoir souffert , sans le mériter, et dans sa réputation et dans ses intérêts* Cèa infortunés gentilshommes comprenant mal d'un côté les paroles qu'on leur avait fait passer, et de Tautre se laissant trop aller à leur zèle , la plupart d'entre eux perdirent la vie, fournirent aux ennemis du Roi une occasion de renouveler leurs calemoies contre lui, et rattachèrent plus que jamais aux
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intéFets du prince d'Orange le peuple et le paivlement qui commençaient a s'en détacher. L'effet fut tel que plusieurs soupçonnèrent le prince d'avoir été derrière toute cette affaire. Il est certain que personne n'en tira plus d'avantage que lui. Il est au moins probable que Crosby^ principal auteur du projet, avait e'té employé parle prince d'Orange à tâcher dy faire consentir Sa Majesté. Cet homme avait d'abord été envoyé à Saint-Germain par les amis du Roi. Arrêté à son retour en Angleterre, aussitôt qu'il fut sorti de prison, bien que seulement sous caution , il re-^ vint à Saint-Germain et pressa vivement le Roi de lui accorder une commission pour s'emparer du prince d'Orange. Sa Majesté le refusa positivement; ce qui ne l'empêcha pas , lorsqu'il fut retourné en Angleterre, de lui récrire sur le même sujets Le Roi ne voulut répondre autre chose si ce n'est qu'il pensait qu'il était fou, et de ce motoient tint sa fidélité pour très-suspecte; car il n'était pas naturel d'imaginer, s'il n'avait pas été gagné par le prince d'Orange , qu'après avoir été mis en prison et avoir subi un procès ou il allait de sa vie , il se hasardât encore , sous caution, à tenter un nouveau voyage, et dan^ un but si téméraire. Il n'était pas vraisemblable non plus que son procès eût tourné si doucement et si favorablement pour lui , s'il ne se fût engagé
d'ayance à quelque service digne de cette indulgence inaccoutumée.
La commission, donnée par le Rôi à sir Greorges Berkley et aux auti^s, avait pour objet Tinsurrection générale des jacobites, qu'il croyait devoirse déclarer aussitôt qu'il paraîtrait sur la côte de France avec le nombre de troupes convenu; la cour de France croyait la même chose et avait ordonné à ses troupes de ne se point embarquer jusqu'à ce qu'on eût des nouvelles de Pinsurrection. Mais les amis du Roi , ainsi que Sa Majesté' l'a su depuis^ avaient compris que le Roi débarquerait d'abord; en sorte qu'on attendait des deui côtés que l'autre donnât le branle, et qu'il y avait tout lieu de croire que l'entreprise se réduirait à rien. Alors quelques personnes crurent pouvoir étendre le sens de certaines expressions contenues dans la commission qu'avait donnée le Roi ^^^^ autoriser à prendre les armes contre le prince d'Orange età l'attaquer dans ses quartiers d'hiver, et dont le sens était qu'on pouvait l'attaquer par surprise et dans un moment où il ne serait accompagné que de sa garde ordinaire. Mais pour faire mieux connaître la source de ces diflerentes méprises , il est nécessaire de remonter à l'origine de la chose.
« Le Roi fut informé au commencement de Tannée i6g6 que les affaires du prince d'Orange
prenaient un aspect moins favorable; que !le parlement nouvellement (Composé lié répondait pas à son àXtehie'y mails se montrait récalcitrant en plusieurs points, et que malgré le nombre de personnes attachées à sa maison, d'officiers de son armée, d'honinièà dans sa dépendance et recevant dé lui des pensions^ qu'il avait fait entrer dans la chambre des communes pour dominer ses dispositions turbulentes, lé parti national avait pris lé dessus, et Itii donnait tant de trouble et de chagrin, que lord Sunderlând et d'autres qui lui àvàieVit cohkeillé, et enfin persuadé de dissoudre l'ancien pàHémènk, cominençaient a perdre sa fa vêtir et à être mal vus. Les amis du Roi, cotthùs Sbus^lé nom de jacobités, que leur donhait le pkfti tiàtiôhal et qu'on avait généralement adopté pciur lés distinguer, jugèrent que Toccasion était téti'ùé de souiller le feu autant qu'il sèrËiit éh leUr pouvoir, et , nialgré toutes leurs déconvenues et la négligence avec laquelle il leur paraissait que Sa Majesté Tres-Chrétietine avait laissé éSchapper plusieurs bonnes occasions, ils reprirent coiiragé et sollicitèrent vivement des troupëà et dès vaisseaux pour le commencement dii pHhtempS , ai^ri de les mettre en état de saisir les occasions favorables iqui pouvaient se préséritéi*. Att liétt qùé jusqu'alors ils avaient toujouH ihsikté pour qu'dn leur éiivoyât au moins yin^irtinq dû ti*ebte mille hommes, ils n'en de-
mandaient cette fois que dix ou douze ^ arec lesquels le Roi devait débarquer aussi près de Londres qu'il lui serait possible. Us ne doutaient pas que ce nombre ne fût suffisant pour le mettre en état de recouvrer son royaume ; car il n'y avait pas alors plus de quatorze mille hommes de troupes régulières en Angleterre; de sorte que le prince d'Orange ne pouvait dans l'espace de quinze jours en rassembler plus de six mille dans le voisinage de Londres ^ en quoi faisant ^ il laisserait le pays entièrement dégarni de troupes et libre par conséquent de se soulever ^ s'il en avait envie. Ils savaient qu'il y avait dans ces troupes beaucoup d'officiers et de soldats bien disposés, et qui dès qu'ils auraient la certitude que le Roi serait débarqué ^ viendraient sur-le-champ le rejoindre 9 et que si une fois les sujets du fH*iace d'Orange commençaient à l'abandonner , le torrent tournerait avec autant de violence en faveur du Roi qu'il avait tourné précédemment en faveur du prince^ et que les partisans du Roi s'accroîtraient dans la même proportion qu'on les avait vus diminuer. Il y avait parmi les jacobites quelques hommes très-prudens dont les espérances sur ce point étaient telles qu'ils écrivaient au Roi que ^ bien qu'ils n'osassent lui codseiller de venir seul et sans troupes^ ils étaient cependant persuadés que, si Sa Majesté pouvait seulement arriver à Londres ou dans quelque
autre ville considérable du royaume ^ la plus grande partie de la nation se soulèverait pour le remettre sur le trône. Le Roi donnait de temps i autre à Sa Majesté Très-Chrétienne communication dés avis qui lui parvenaient; ce qui à la fin l'encouragea tellement à tenter une nouvelle entreprise qu'ellerésolutd'accorder les troupesqu'ou lui demandait, et donna ordre de préparer tout ee qui était nécessaire pour faire une descente à ia fin de février ( nouveau style ). Cependant elle demandait toujours que les amis du Roi commençassent par se soulever et se mettre en possession de quelque ville considérable, ou du moins par se réunir sur quelque point assez fort pour leur donner la possibilité de s'y défendre jusqu'à ce que le Roi pût venir à leur secours.
« Sur quoi le duc de Berwick fut envoyé pour se mettre à leur tête dans le cas oii on pourrait leur persuader de se soulever d'abord^ et vers le même temps plusieurs officiers et autres qui avaient servi en France demandèrent la permission de rentrer en Angleterre et en Ecosse pour des affaires particulières; parmi eux se trouvaient plusieurs gentilshommes qui avaient été autrefois dans les gardes et s'ennuyaient de servir maintenant comme simples soldats. On autorisa ceux qui ne purent obtenir du gouvei> nement d'Angleterre la permission d'y rentrer, à. employer la voie des contrebandiers et tous
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les autres t^ojfems^ ^ÇÇrels qu'ils pourraient se procurer; et comme c'était pp^ur la plupart des homrnçs exp.ériuient4s., ijs çi^rent ordre de se joindre à quiconque se soulèverait et se déclarerait pour Iç Roi.
« Le duc de Berwick,en arrivant à Londres ^ ne vit qUj'un ou deux de ceux en qui le Roi pouvait avoir le plus de confiance. Il les chargea de conférer avec les plu§ considérables d'çntre les jacobitçs et de l€ur proposer de se soulever d'abord; le3 assurant qi?e Iç ftpi vieudraîtçn personne les SQutçnir ayec douzç i^nille bpiBPaes qui étaient prêts à Calais ainsi quç.l-es vaisseaux de.transport^ et s'embarqueraient aussitôt qu'on apprendrait qu'ils s'étaient déclarés; mais ils répondirent que dans Tétatdes choses il leur était injpossible de sic' soulever ayant que le Roi fût débarqué; car si après q,ii'iU auraient pris les armes, les yaiss.eaux ennemis s'opposaient à la descente, ils ^çraient cçrtainenient taillés en pièces, et par cop^éqvient pf^rdjus pour le Roi; mais que dès qu'il^ jurait mU IjÇ pjed ^ur le rivage, ils cour^ raieiil aqssitpt aux, arm^^ts. d,ap.s leups différens çppilés^et yicjÇîdraiept le. rçjoindre sans délai.
w La i^çpopseétaitsi raispn^nable qu'il n'y avait pa^ moyet^. d^'y i^épjiquer. ^K an feit. on aurait pu s'y aitçndjriç ; mais^ l'idéç qu'avaifc eue le Roi de leur faire cçItjB proposition venait d'une méprise dans laquelle il étaitjton^bé lors de son premier
entretieo aYÇC M. Powell , eo^c^yé par les prînci-* paux d'eotre les jacobites pour li;ii rendre compte de l'état de l'Angleterre 9 et lui faire comprendre que le Roi pouvait raisoiuiablement se hasarder à débarquer avec le pombre de troupes dont on a pairie.
(( Il ëtait arrivé à Saint-Germain vers la fin de janvier qu le commencement de février. Dans la première conversation qi;i'avait eue le Roi avec lui en présehce de la Reine , il avait tellement insisté pour qu'on. entreprit sur*le-champ quelque chose et parlait avec tant de chaleur^ que le Roi et la Reine comprirent, d'après ses discours , que les jacobites offraient de se soulever de suite si le Boi était seulement prêt à s'embarquer. Sa Majesté n'ayant pas le loisir de demeurer assez longtemps avec lui dans ce moment pour entrer en explication, le pria de mettre par écrit la substance de ce qu'il lui avait dit, pour le communiq,uer à Sa. Majesté Très-^Chrétiènne; maisconime il arriva que les denik Rois se virent avant qu^ cet écrit edt été remis à Sa Majesté, elle rendi^t compte en peu da mots au roi de France d'un aperçu, de ce qui s'était passé et tasaura qu€^ l'Angleterre était prête à se soulever au premiet: signa,!., Quelques jours après, M» Powell nyfàiïi remis son écrit au. Roi, Sa Majestés'^perçiit de s^n erreur : cependant on. be jugea pgsà pn^Mifr de^ déaxentir ce. qui avait été dit;
précëdemment à Sa Majesté Très-Chrëtienne ; on eût craiot d'alarmer par là le ministère et de retarder au moins^ si ce n'est même d'empêcher toutà-faît les préparatifs. Le Roi se flattait que les mésinteUîgences augmenteraient entre le Roi et le prince d'Orange , et pourraient fournir une occasion si favorable qu'elle engagerait la France à faire partir le Roi sans attendre ^insurrection. Les préparatifs avançaient avec tant de célérité et Sa Majesté Très-Chrétienne avait été si bien obéîe par M. de Pontchartrain dans ce qui tenait au département de la marine , et par M. de Barbesieux relativement aux troupes de débarquement, que tout fut prêt à la fin de février comme îl avait été ordonné ; mats quoiqu'on observât le plus grand secret-, il n'était guère possible d'équiper et d'assembler, même en différens ports, trois ou quatre cents bàtimens , grands ou petits, sans faire quelque espèce de bruit. Les Hollandais en conçurent de l'inquiétude, et comme ils avaient appris par leurs espions qu'on réunissait vers la côte plus de troupes que de coutume , ils envoyèrent des troupes en Zélande, pensant que les Français pouvaient avoir des projets sur quelqu'une de ces lies. Ils ne soupçonnèrent aucun dessein sur l'Angleterre jusqu'au nioment du ils apprirent que le Roi était parti pour Calais. Sa Majesté Très-Chrétienne crut ce départ nécessaire , paj?ce.que tous les vaisseaux de tran^orf avaient
déjà mis à la Toile des différens ports où ils étaierit équipes ^ et devaient êtrerendus à Calais le ^5 février. Ce jour-là même. Sa Majesté Très-Chrétienne envoya au Roi M. de Pontchartraîn pour lui faire savoir qu'elle croyait que le secret ne pouvait être gardé plus long-temps y et que si lé Roi en était d'avis ^ elle croyait qu'il ferait bien de se rendre sur la côte^ mais sans faire embarquer personne que les jacobites ne se fussent soulevés en Angleterre. M. de Pontchartrain ajouta que le jour suivant Sa Majesté Très-Chrétienne viendrait elle-même à Saint-Germain prendre les dernières . mesures relativement à cette affaire. Elle y vint en effet, répéta ce qu'avait dit son ministre, et, regardant toujours comme convenu que le soulèvement serait commencé à Tépoque où le Roi arriverait à Calais , le pressa de se mettre en route sur-le-champ. Le Roi ne se souciait guère d'entreprendre ce voyage avant d'avoir des nouvelles du duc de Berwick , qui n'était parti que depuis quinze jours; mais ne jugeant pas à propos, pour certaines raisons, de dire au roi de France pourquoi il avait envoyé le duc en Angleterre, il consentit à partir, se mit en effet en route deux jours après, et arriva le 2 mars à Calais.
« Le 38 février, jour oîi Sa Majesté avait quitté Saint-Germain ^ elle rencontra à Saint-Denis un des domestiques du duc de Berwick, porteur d'une letti*^ de son maître au comte de Middletoti,
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pour lui apprendre qu'il ^'tail revenu ^ mais que sa chaise ^yant ça$^ 4 €ieraiont , \\ était obligé d'attendre qu'elle fût raccoiumodee; il lui disait qu'il viendrait ensuite le piusîprq^pteiuent qu'il le pourrait pour instruite le Ijloi du succès de sa négociat,ioj;i ; mais^ d'à prè^quelquesexpressionsde sa lettre, il était clair qu'elle u'avait pas réussi. Le Roi hésita s'il retoucJ^rait à Saint-Germain ou poursuivrait sa. route; mais eafin il se déter«mina à là continuer et à écrire de Saint-Denis à Sa Majesté Très -Chrétienne pour lui rendre conxpte de ce qu'il savait^ lui promettant plus de détails lorsqu'il aurait vu leducdeBerwick. Il le vit le soir même à Clermont, et après avoir appris 4^ lui oJLi içn étaient les. choses en Angleterre et (a raison qui l'avait £ait repartir si précipitamment (i)^ Sa Majesté l'envoya au roi cleFnuiceet cpniinua sa i^oute vers Calais, >h
Ce fut un grand mallieur pour le Roi< que Sa Majesté Très-Chrétij^nn/s n'^At pas su dès le commjçnc^meqt les choses cq^nie ellea étaient^ et que 1^ B,oi n'ei).i osé la désal^user dans ta crainte que les mini^tres^ toujours opposéssà ces e^édi- Vipns , UjÇ rooipî^pent tO;ut<es les mesures, sans même a;vLoir rien t^nté* U espérait tpujoursque
(i)Dalrympledit, tom. 3,pag. 77, que leducdeBerwick était parti pour éviter que sa réputation ne fàt compromise dans des projets d'assassinat qu'il ne pouvait approwror.
DE JACQUES IL 5j^
gaelque événement lui donnerait Toccasion de demander qu'on (îjt embarquer les troupes sans plus attendre 9 et ce fut pour cette raison qu'il continua son voyage vers C^^lais; mais il n'y fut pas plutôt arrivé que^ selon son bonheur ordinaire^ il trouva toutes ses espérances déjouées. Il apprit que plusieurs gentilshommes avaient été arrêtés pour une tentative contre la vie du prince d'Orange, et que cela avait élevé dans le royaume une telle fermentation , qu'il n'y avait pas moyeu que les jacobi tes açtigiçasiseQt à se soulever jBt encore moins, que leRoî songçàtà débarquer, les Français l'eussent-ils voulu; mais, outre qu'ils n'étaient nullement disposés à risquer leurs troupes, on a dit depuis que tout ce projet n'avait été de leur part qu'une feinte pour amuser les Anglais et se donner le temps de réunir leur flotte.
Le Roi vit avec un redoublement de chagrin son projet i^ompu , ses es|>érances détruites et ses aniijs. perdus par leur imprudence à agir sans son consentement et contre ses avis; car il avait été, comme on Ta dit, long-temps sollicité d'autoriser des tentatives de celte nature et l'avait toujours refusé. «Vers la fin de l'année 169S, ua homme no^veUel|;lent arrivé d'Angleterre avait proposé au Roi d'enlever le prince d'Orange et d'exciter un soulèvement à Londres et aux environs; mais Sa Majesté n'avait pas, voulu. y entendre, regardant le projet comme impraticable et trop dangereux
58o MÉMOIRES
pour ses amis^ dans un moment où il ne se voyait aucun moyen de les soutenir. La même chose fut quelque temps après proposée de nouveau et de nouveau rejetée (i). Cependant^ au commencement de Tannée lôgS, la proposition fut renouvelée une troisième fois, comme on Ta déjà dit, par un nommé Crosby ou Clench^ envoyé, disaitil^ par des gens bien intentionnés pour le Roi, bien que ce ne fût pas dé ceux avec lesquels il avait été jusqu'alors en correspondance, et qui se croyant assurés de pouvoir enlever le prince d'Orange et de l'emmener ensuite hors d'Angleterre, désiraient un ordre de Sa Majesté pour
(i) Macpherson , t. i , p. 56i , rapporte la lettre suivante du comte de Middieton au marquis de Torcy relativement à une de ces propositions. « Il est arrivé ici un Anglais qui « se fait nommer Vane ; il n'a ni passeport , ni recomman- « dation , et personne ici ne le connaît. Ce drôle a eu Vim M pudence de me proposer d'assassiner le prince d'Orange; « et comme j'ai rejeté avec horreur sa proposition, lacon- « versation a fini là ; mais lorsque j'en ai rendu compte au « Koi mon maître ^ il en a parlé au comte de Druis afin « qu'on s'empare de cet homme, de peur qu'il ne parvienne « à s'échapper avant qu'on ait reçu les ordres du Roi sur son « compte. Cest pourquoi le roi d'Angleterre vous prie d'in» a former sur-le-champ Sa Majesté de cette aventure. Il tt pense que ce Yane doit être mis en lieu de sûreté, mais « d'ailleurs bien traité ; car nous n'avons pas moyen d'é- « claircir d'une manière évidente s'il a été poussé à cela par M nos ennemis ou seulement par un zèle imprudent, m
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les y dutoriser. Le Roi le refusa de nouveau^ lui défendit de se mêler de rien 'de pareil^ et lui dit même qu'il ne voulait plus qu'il en filt question lorsqu'il retournerait en Angleterre ^ ce qui devait être bientôt parce qu'il n'était en liberté que sous caution; mais^ malgré cette injonction^ Crosby attira qui il put dans son projet , et eut même l'imprudence et l'insolence d'encourager les gens de sa coterie à se préparer^ les assurant qu'on leur enverrait bientôt un ordre : de plus ayant trouvé moyen de s'accointer à quelques hommes de l'autre coterie, tels que MM. George Porter^ Goodman, sir William Perkins etCharnock, il les engagea à se joindre à lui; et pour obtenir plus de confiance et se donner plus d'importance, les assura également qu'il allait bientôt recevoir un ordre pour l'exécution de la chose. Quelques uns refusèrent de le croire, mais d'au* très plus crédules et plus ^élés firent retenir un bâtiment. Cependant M. Charnock , doutant de la vérité de ce qu'avait avancé Crosby, écrivit pour s'en informer , et eut la certitude qu'il n'en était rien ; de manière que sa coterie se retira entièrement du projet. Cependant sir George Berkley étant arri%^ secrètement à Londres, chargé, ainsi que plusieurs autres, de pouvoirs qui l'autorisaient à prendre les armes et à se mettre à la tête de l'insurrection, on lui proposa l'ancien projet; il parait qu'il l'acoepta et se prépara à
382 MÉMÔlhÈé
attaquer le prince d'^Orarige, à la tété de quarante chèTaux, lorsquMl irait chaësèr à Richemont ou en reviehdtait; Sa ëàmnireiîbn tié Taùtorisait à rien de pareil; « niais poUr nletlreen lumière 9 d'une manière îhcohtestâble , tous les détails de cette tentative qui à fait tii^nt dé bruit dans le monde ^ il est nécessaire d'infelérer iti la relation e'crite de lli mâiri de sir Gteôrge Berkley. « En novembre lôgS^ le Rbî iti 'âyàrit fait ap- « peler dans son câbitlel , voViIut bien liïie dire î< qu'il était résolu de faire, dàtis le courant de H Fhiver suivant , Une nouvelle tentative jJbur w rentrer dans son royaume; que ses âdiià,ea K Angleterre, Pavaieiit convaincu que lés dispo- «f silions étaient très-favorablës et lé iTibniênl <r propice, mais que les troupes qiie lé roi de H France était en état d'ékltbyer, né suffiraient #c pas sans le secours de ses propres sajévi; 4^fc If plusieurs d'entre eux avaient prôhîis de stsou- « lever j particulièrement à Londres et dans lés « environs; mais qu'il leur fatldràil désdfflciert u qui eussent quelque expérience de la guerre. « Le Roi me dit donc qu'il atàlt lé prôfjet de in'enw voyer secrètement à Lbndr^ quelque te<iips « d'avance > pour m'etitehdre àvec^èé dnifs èî afin « que nous prissions de collcért IW HlésriW^ oe- « cèssaires pour que tout fût prêt à âë ibiitévfer If aussitôt qci'oti ed keràit avei-ti. Lé Roi %^^ w qii*il enverrait jt pour condhla^der ces letées
ff saofi eipërience^ ttû certain loombre d'officiers t< arec injonction de suivre les ordres qu'ils re- « cevraient de moi.
(c Avant que je quittasse Sôînt-Germàiti, le Roî n me donna une corn mission qai m'autorisait^moi ^ et tous ceux qui se joindraient à moi pour cora-^ « battre en sa faveur ^ à prendre les armes et à u nous mettre en guerre contre lè prince d'Orange (( et tous ses adhérens. Cette tônimission était « exactement conçue dans tes térfneis suivans:
« Jacques roi, tels étant notre volonté et plai- « sir, nous iaisotis passer,' par la présente à nos K affectionnés sujets^ pleine autorisation, injonc- « tion absolue et commandement exprès , dé « prendre les armes éf d'efitrèr eh guéi^re contré « le prince d'Orange, usurpateur de notre trône, M et contre tous ses adhérens j et dans cette Vue ic de saisir, pour notre usage, tous les forts, villes « ou lieux fortifiés, dans toute Féléndue de nos a états d'Angleterre, afin de se tnettre en état dé <( nous servir et de faire contre le prince d'Ow range et sesadhéréos tous les actes d'hostilité rr qui seront reconnus lés plus Utiles pour notre tr service $ regardant ce riioyeh comme le plus «f juste et le plus efficace pour effectuer notre res- « taureilion et leur délivrance t et noiis leur assu- « roB* ici le pardeact indencmité de tout ce qur'ils K attrôQi &it ainsi en obëissaDèe* de> tiotre royal « comnMknéemttiî. Donné à hotte côtLt dé Saint-
w Germai»- en -Laye, le 27 décembre t6g5.n
« Je partis ce même jour de Saint-Germain^ « accompagne seulement du major Holmes > et « j'arrivai à Londres le 27 (vieux style) (i).
« Peu de temps après mon arrivée , j'y fis con- (/ naissance avec M. Charnock^ qui dès notre precc mière rencontre se plaignit à moi de ce que Sa <c Majesté n'avait voulu jamais leur permettre i< d'exécuter un projet qu'il avait entrepris a?ec (c quelques autres , et qui aurait indubitablement « favorisé son retour.
« Peu de temps après Mé Charnock me fit faire w connaissance avec sir William Perkins qui était i< entré dans tous ses projets. Ils me les firent (( connaître 9 et m'assurèrent qu'il ne leur man- (( quait pour les mener à bien que la permis^ w sion de Sa Majesté. Leur intention était de reu- « nir une petite troupe, et de s'en servir pour w attaquer le prince d'Orange. J'approuvai fort (( la chose ^ dans le cas où elle pourrait être u conduite avec le secret et l'habileté néces- « saires à une chose de cette importance. Je leur (c demandai donc s'il serait possible de trou- « ver un nombre suffisant de braves gens capa-* « bles d'entreprendre une action courageuse sans ce s'informer de ce que c'était. Je présentai les
(l) C'est-à-dire style anglais. Il était parti le 17, suivant le style français , c'est*à-dire dix jours auparavant.
(( autres objections qui me vinrent à l'esprit^ et « ils m'assurèrent qu'ils connaissaient plusieurs « hommes de leur opinion , qui seraient très-aises i(' de saisir toutes les occasions qu'on leur offrirait « de servir le Roi au dernier pe'ril de leur vie. « Il me parut que la commission que j^avais « reçue de Sa Majesté ^ pour faire la guerre au u prince d'Orange 9 m'autorisait suffisamment à a m'associer à eux pour attaquer le prince d'O- (c range , lorsqu'il serait environné de ses gardes. « Je leur montrai donc cette commission , dont « ils furent touscontens; mais ils me dirent qu'il « fallait absolument que je visse M. Porter , qui « logeait dans la même maison qu^eux, et était K instruit de tous leurs projets. Je fus quelque <i temps sans vouloir y consentir, non que je me (c méfiasse de son loyalisme^ mais j'avais entendu (Y dire qu'il était fort adonné à la boisson et fort a indiscret, ce qui rendait impossible de se fier « à lui, dans une chose de cette importance. Ils n me dirent que leur vie leur était aussi chère a que pouvait me l'être la mienne, et que s'il « eût été tel qu'on me l'avait représenté ils n'au- « raient jamais eu rien de com mun avec lui. A la tt fin , je me fis conduire par le xuajor Holmes à (( la demeure de M. Porter, qui gardait le lit (c depuis quelque temps. Nous ne parlâmes cette (c fois de rien d'important; mais je les vis bientôt « après tous les trois ensemble, et ces réunions 4. ^5
n se renouvelèrent ensuite très -p fréquemment, (c Vers ce mêoie temps le capitaine Knightly, A qui avait eiitendu parler de luoi^ désirant fort H me voir ^ j'eus rendez-vous avec lui et le capi- « taine Huiigate. Le capitaine Knigthly médit <( que lui et quelques autres avaient le projet de a former une troupe pour attaquer le jyrince d'O- « range ^ et que lui et Durance^ brave partisan^ ti avaient vu plusieurs fois le terrain qu'ils trouce vaient propre à Tezécution de leur projet. Il déff sira que je visse Durance : je le vis en effet pour ce lâcher de reconnaître ce qu'on pouvait attendre (( de lui ; ensuite nous allâmes visiter le terrain: « c'était une maison de chasse tenue par un nommé (( M. Latten, et oùle prince allait souvent chasser. « On me proposa de nous y mettre en embuscade; u mais je n'approuvai pas leur projet, non qae « l'endroit ne me parût bien choisi , mais je leur ic représentai qu'il fallait que nos gens s'y plaças- (f sent durant la nuit , et que si le prince d'Orange « ne venait pas, ils seraient obligés d'y demeurer (( jusqu'à la nuit suivante, et seraient alors néu cessairement découverts par les gardiens ; et que « si le projet manquait , il se trouverait vingt perce sonnes dans le secret.
(c J'avais su plusieurs fois de bonne part, qu'un u capitaine Fischer, demeurant à Westminster, « dans Kingstreet, avait fait à différentes reprises (( de grandes propositions de lever des hommes
d ponr le service du Roi dans le cas où l'on croirait ^ a poaYoir s^ir. Je pensai qu'il n'y anrait pas de ir mal que je le Tisse ^ espérant qu'il ne me re^ u coniiaîtrait pas sous mou déguisement; mais « ses propositions me parurent si extravagantes (c qu'elles me mirent en méfiance^ Il me proposa M d'attat|Qer le prince d'Orange entre les deux ^ port^ , au mommit où il passerait de Hyde- « Park au parc Saint-^ James; c'est^àrdire qu'une c€ troupe derait attaquer la voiture aussitôtqu'elle (I aurait passé la porte^ tandis qu'une autre fermece rait la porte pour empêcher les gardes devenir « an secours. J'avoue que si le prince eàt passé (f la nait^ cela n'eût pas élé difficile; mais pen- K dant le jour^ il n'y avait pas moyen d'y songer. CI Le capitaine Fischer me dit que si on entrea prenait la choses il s'engageait à tuer un des « chevaux de la toiture^ dût-il y perdre' la vie. Cl II me fît encore plusieurs autres propositions. (( Cependant je ne lui dis rien de mon projet; je Xi te priai seulenlentde m'a veriir quand le prince K irait à la chasse , disant avoir envie de le voir ce chasser. Il me le promit^ et en conséquence «f me fit dire le jour où il devait y aller. Il me tf fit savoir ensuite qu'il avait changé de projet, n a}outaDt qu'on avait remarqué à Kensingtoi> « un homme qu'on soupçonnait être un espion : je « erMs que c'était Durance que j'avais chargé, c< ainsi qu'un autre, de m'informer de ce qu'il
^c( pourrait apprendre de cette cour; car aussitôt M après mon arrivée à Londres je m'étais occupé H de savoir quels étaient les jours de conseil da fc prince et ses jours de repos ^ et ce qu'il avait de (c gardes autour de lui quand il sortait.Mais depuis «r le moment où tout fut prêt pour l'accomplisse- (( ment de notre piM)jet , je n'ai jamais su qu'il fût If sorti la nuit, ni qu'il fût allé à la chasse.
i< Une fois engagé dans cette affaire^ je meré- (c solus de tenter les moyens d'en Tenir à bout; « mais je ne pus découvrir d'autre occasion de ce rencontrer le prince que lorsqu'il irait à la « chasse. J'allai avec le major Holmes à Ken- « sington , et dans tous les lieux des environs de « Londres oh. le prince avait coutume d'aller, afin u de reconnaître le terrain et de m'en former une ce idée d'avance dans le cas où l'occasion s'offrirait; ce mais je ne vis pas d'endroit plus propre à l'exé- (c cution de notre projet^ que Totnam-Green ; ce a fut dond à celui-ci que nous nous arrêtâmes.
(C Sir William Perkins devait nous envoyer (C cinq hommes bien montés , mais sans y venir ce lui--même. M. Porter et Charnock devaient y c( venir chacun avec le même nombre, d'hommes, ce Ih m'avaient donné leur parole d'honneur de u ne me nommer à aucun de ceux qu'ils engacc geaient dans cette affaire^ mais je devais avoir fc la liste de leurs noms , afin de ne pas être ex- (C pose à prendre les mêmes ^ car je devais aussi
fc en fournir cinq pour compléter le nombre de H vingt. Ils m'ayaient également promis de ne (( faire connaître notre projet à aucun de leurs « gens; mais ils devaient leur dire seulement « qu^il y avait une action courageuse à entre** « prendre' pour le service du Roi.
<c Tout convenu^ je donnai au major Holmes « et à Charnock de l'argent pour m'acheter vingt « chevaux et les harnais. Ce .qu'ils firent en peu « de jours. Les hommes étaient prêts , et la plua part recevaient uife paie. J'avais la liste de leurs « demeures y et ils devaient être prêts au moment « où on les demanderait. Us ne devaient pas même « savoir que j'avais des chevaux pour eux^ jus- « qu'au moment oii ils seraient prêts à les mon- « ter , et dans cette vue on tenait les chevaux en « différentes écuries.
«c Un matin on vint me dire que le prince d'0<<- « range devait certainement aller à la chasse , et « que son cuisinier était déjà parti. M. Charnock « avait eu le même avis ^ et me fit dire qu'il était « prêt ; alors je pris une voiture pour aller voir « si M. Porter l'était aussi : il avait quitté le u Strand oh il logeait pour aller demeurer à i< Berry-Street^ près de Saint-James. Je lui dis « l'avis que j'avais reçu de Kensingtpn^ et désic< rai savoir si lui et ses gens seraient prêts pour « l'après-midi. Il me dit qu'ils le seraient^ mais « me parut fort préoccupé de quelque chose, et
Sqo mémoires
fc me dit que si le prince n'allait pas à la ckasse M dans Paprès-midi^ il s'en irait à la campagne. u Je lai dis que je me croyais certain qu'il irait , (( mais que j'en saurais davantage quand je serais « retourné chez moi et que je l'en instruirais. On « me fît dire que le prince d'Orange montait en « voiture, et qu'on croyait qu'il allait à la mai- « son de chasse , tenue par M. Latten , et qui se a trouve située en /ace de Brainford, de l'autre u côté de la Tamise.
ce Ces messieurs étaient prêts et devaient se ce séparer, pendant l'après-midi, de manière i fx n'être pas plus de deux ou trois ensemble. Une « moitié devait se rendre à Brainford aux tavernes «r ou auberges qui auraient été désignées; le reste CY devait être à Totnam-Green de la même ma- « mère. Ceux de Brainford devaient observer le tr moment où le prince entrerait dans le bateau, « et alors revenir sur leurs pas , de manière à ce ce que les deux derniers eussent toujours l'œil ce sur la voiture. CeuxdeTotnam-Green devaient, ee aussitôt qu'ils verraient paraître ceux de Braince ford , se joindre h eux.
ce La route de Brainford, avant d'entrer à « Totnam^Greeti , est un peu resserrée des deux te côtés entre des haies et des fossés, de sorte ce qu^un carrosse à six chevaux ne peut aisément « y tourner au moins sur-le-champ, et à l'ence trée de la prairie se trouvent quelques brous-
DE JACQUES IL Sgi
« sailles^ derrière lesquelles', il est aisé de se « placer, de manière à ce que ceux qui viennent « de Bl*ainford ne puissent tous voir qu'ils ne « soient arrivés sur vous. C'était là que nous detf vions nous réunir , sans permettre à aucun de « nous d'aller du côt^ de Brainford, de peur de « nous faire remarquer. De trente-cinq hommes « que nous étions , car le nombre avait été porté « jasques-là, huit étaient chargés du prince, et « le reste devait s'occuper des gardes. On vint « me donner avis que le prince était retourné eu i( grande hâte à Kensington, oii ses chevaux étaient u arrivés trempés de sueur. Je soupçonnai que (( nous étions découverts , et le lendemain , en « effet y parut la proclamation qui ordonnait de - « se saisir de nous.
i( Maintenant je déclare que je n'ai jamais vu « La Rue ni Pendergrast, et que je ne pourrais « les reconnaître.
a Je déclare, comme j'en répondrai devant f( Dieu , que cette relation, écrite de ma main , « et contenant onze pages , est entièrement vraie , « et toutes ces choses à ma connaii^sance. En foi « de quoi je l'ai signée et scellée, à Paris, le 4 H août 1697. »
La découverte de ce projet excita dans la nation une telle fermentation, qu'elle mit fin à tout projet d'embarquement; car il était devenu impossible aux amis du Roi de s'assembler. Us
aYaienl assez à faire d'échapper aux rigoureuses recherchesqu'avait occasionnées cette découYerte. Le Roi, excessivement surpris des nouTelles qu'il en avait apprises , et voyant qu'il n'y avait plus rien à faire j retourna à Saint-Germain , impatient de voir sir George Berkley, et de savoir ce qu'il aurait à dire pour s'excuser; car ses pouvoirs pour commencer la guerre étaient en termes généraux, et quelque latitude que pussent laisser les expressions, il n'avait aucun prétexte pour les étendre à une chose à laquelle le Roi avait si souvent et si positivement refusé son consentement; mais le zèle de sir George et de ses associés les avait fai^ passer par-dessus cette considération. Ils avaient commencé par se résoudre à faire la chose, et avaient songé ensuite à la colorer le mieux qu'ils pourraient, en donnant aux expressions de la commission une extension qu'elles ne comportaient pas naturellement. Ce fut pour le Roi un double chagrin de se voir déchu de ses espérances, parce que ses ordres n'avaient pas été exécutés comme ils auraient dû l'être, et de voir périr un si grand nombre de ses amis : affliction plus grande pour lui qu'aucune de celles qui portaient sur lui seul. 11 parait que dans le nombre des hommes qu'on avait choisis se trouvaient les nommés Pendergrast et La Rue (1). Ceux-ci,
(i) Il paraît que les premiers avis furent donnés par le
DE JACQUES IL SgS
soit manque de courage ou pour en tirer profit^ dénoncèrent au gouvernement tout le complot; et il n'est pas hors de vraisemblance que Crosby eo avait déjà fait autant. Cependant le prince d'Orange ne jugea pas à propos de laisser connaître d'abord qu'il en fût instruit, mais voulut laisser aller la chose pour en faire plus de bruit lorsqu'il serait temps de la rendre publique ; il ordonna à ses gens d'entretenir le complot jusqu'à ce que le moment fût venu de se servir de cette découverte pour fixer les incertitudes du parlement et fermer la bouche à ce parti national , qui faisait tant de bruitdans la chambre. C'était toujours l'expédient auquel il avait recours pour échapper au mécontentement du peuple , et le tourner contre celui qui pouvait seul redresser les griefs sous lesquels il gémissait. Il fit donc publier tout à coup une proclamation, oii l'on détaillait au long tout le projet; elle contenait aussi une liste des noms de ceux qu'on disait y avoir pris part, et promettait mille livres de récompense à quiconque arrêterait quelqu^un d^entre eux. Plusieurs de ces gentilshommes purent reconnaître que tous leurs amis n'avaient pas été au-dessus d'une pareille
capitaine Fischer et Pendergrast , Irlandais de bonne famille. Ceux-ci , k rinsn l'un de Tautre, avertirent lord Portland. Guillaume fit peu attention à ces avis jusqu'au moment oii un troisième dénonciateur vint les confirmer quelques jours après. • -
tentation. MM. Porter et Goodman furent au nom-> bre des premiers arrêtés. Us confessèrent tout ce qu'on voulut; et comme les premiers dénonciateurs avaient mis dans leur marcKé qu'on ne les ferait pas servir de témoins > ceux-'Ci , incapables de supporter en face l'aspect de la mort ^ qu'ils avaient méprisée de loin (i)^ n'obtinrent leur pardon qu'^à condition de remplir cet office ; ils ne l'eurent même qu'après s'être long-temps traioës dans ce honteux métier^ portant témoignage contre leurs plus intimes amis> et même contre ceux qu'ils avaient attiré dans le complot; car M. For* ter avait été un des principaux fauteurs du projet^ et celui qui avait le plus conseillé de s'autoriser de la commission de sir George Berkley.
Le gouvernement se hâta de faire faire le procès à ceux qu'il avait pris. M. Chamock, M. Kiag, sir William Perkins^ M. Rookwood ^ M. Lo^ick, M. Keys et plusieurs autres furent mis à mort; tous ceux d'entre eux qui parlèrent erti peuple avant de mourir affirmèrent positivement que le Roi n'avait eu aucune part au projet de s'emparer du prince d'Orange, et dans une lettre à un ami^ écrite après sa condamnation , M. Charnock déclara solennellement, sur^sa parole de chrétien et
(i) Porter avait sollicité l'honneur de porter le premier coup à Gnillaume ; une fois arrête il sollicita Tavantage àe servir de témoin contre les autres.
DE JACQUES IL SgS
dé monrant j que lorsqu'il avait ëtë eiiToyé à Saint-^Giermain conime porteur de propositions relatives au débarquement du Roi, il n'avait été* imllement question d'aucune entreprise contre la personne du prince d'Orange , ce qui venait pro^ hablement de ce que ^ comme il l'avait dit aupa«ravant, lorsque de pareilles offres avaient été faites^ Sa Majesté les avait toujours rejetées ^ et c[ue c'était donc d'eux-mêmes qu'ils avaient haisardé ce coup (i). M. Charnock, dans cette même lettre^ s'efforce de justifier la légitimité de l'entreprise et de prouver que tout loyal sujet est au-toriséy en pareil cas^ à débarrasser le royaume d'un ennemi public qui ^ de la manière la plus perfide^ a^ par d'indignes calomnies^ débauché les SQJels de Sa Majesté et même ses enfans; qui^ sujet d'un état étranger et liéan Roi parles devoirs les plus étroits^ l'amitié de la parenté y s^est per-r mis de venir attaquer un souverain légitime^ son Qacle et son beau-père> de le chasser de son palais et de son royaume y d'usurper son trône ^ de faire peodre^ éventrer et mettre en quartiers ceux de ses *4oyanx sujets qui se sont soulevés en sa faveur. Il
(0 II paraît que Ghamock avait tenté de sauver sa vie en promettant , si Toa voulait commuer sa peine en un bannissement perpétuel , de révéler les noms de ceux qui Fa* vaient envoyé à Saint-Germain, et que Guillaume avait répondu : « Je ne désire pas Içs savoir. >»
3g6 MÉMOIRES
soutient que^ selon TertuUien^ tout homme a le droit de déclarer la guerre à un tel ennemi public, ' in puhlicos hostes omnU homo miles ^ q«ie son usurpation a été aussi injuste«et plus perfide que celle de Cromwell^ et que celui-ci a été reconnu et redouté des Etats étrangers autant et plus que l'usurpateur actuel : cependant il pense que tous les deux doivent être traités comme on traite un* brigand ou un Toleur ^ que tout homme a le droit d'attaquer et de tuer s'il n'a pas contre lui d'autre moyen de défense : il prie les partisans du prince d'Orange de lui dire comment celui-ci aurait pu légitimement, pendant une paix reconnue ^ agir frauduleusement et traîtreusement contre le Roi y n'étant lui-même qu'un sujet, tandis qu'il ne serait pas légitime aux sujets de Sa Majesté, si injustement opprimés par lui, de saisir les occasions qu'ils pourraient trouver de l'attaquer, surtout au milieu de ses gardes; queGrotins lui-même , dans son livre de Jure belli, a dit qu'il était loyal à tout sujet d'un prince dépossédé de tuer l'usurpateur du pouvoir souverain , Jure potest occidi a quolibet priifato. A la vérité , il faut pour cela une autorisation du légitime propriétaire; mais M. Charnock dit qu'ils l'avaient en termes généraux, et enfin allègue un grand nombre de raisons pour justifier leur entreprise; avouant cependant que l'excessive douceur et bont^ du Roi , qualités par lesquelles il surpasse
DE JACQUES IL Sgj
tous les autres princes du monde ^ ne lui avait pas permis d'y consentir; mais il ajoute qu'on ne doit pas même avoir égard aux scrupules de Sa Ma« jesté sur ce point , lorsque son intérêt et le bien public exigent si bien qu'on passe par-dessus.
Ce ne furent pas les seuls qui périrent pour cette affaire. Sir John Friend , bien qu'il n'eût été instruit que du projet de soulèvement , subit le mémesorty. et enfin on arrêta sir John Fenwick, gentilhomme d'une très-ancienne famille du Nord. Cependant y avant qu'on eût pu commencer son procès^ quelques amis du Roi avaient obtenu de M. Goodman de se retirer en France ; et comme on ne peut à moins de deux témoins condamner un homme pour trahison ^ le prince d'Orange se trouva fort embarrassé. Il avait contre sir John Fen^rick une inimitié personnelle , à cause de quelques expressions à son désavantage ^ que celui-ci s'était permises contre lui en Hollande où il avait servi ^ et en conséquence , selon sa clémence accoutumée 5 il était résolu à remuer ciel et terre pour avoir sa vie. Il fît donc porter contre lui un bill d'attainder dans la chambre des communes^ et quoiqu'il ne fût accusé que d'avoi» eu en général le projet d'exciter un soulèvement/ et qu'une très-grande partie de la chambre pensât qu'il n'y avait aucune espèce de raison pour user de toute l'étendue du pouvoir législatif pour faire périr un homme dont la vie
ne pouvait être fort dangereuse an repos public; le parti dé la coui* prévalut y Facte passà^ et sir John fut mis à mort an grand regtet de ptesqne tout le motAéy si ce n'est de l'asurpateiir et de ceux qui ëtaientpréts à sacrifier leur conscience, leurs devoirs et leur honneur pour servir les vues ambitiènsés et vindicatives du prince d'Orange. La condamnation de ce ge»tilhomme fut encore sons un autre point de vue funeste aux af- Êiires dé Sa Majesté. On l'avait fort travaillé pendant son emprisonnement pour obtenir de lai des revélations , et particulièrement sur les personnes en correspondance avec Saint*^ermaiii. Soit qu'il espérât par là sauver sa viè^ ou pensaot rendre service au Roi de dénoncer des hommes qu^il pouvait regarder comme traîtres à Sa Majesté, il nomma lord Godolphin, lord Churchill^ l'amiral Russel ef plusieurs autres. Au lieu d'apaiser le prince d'Orange, cela augmenta sa eor lère^ et ajouta le poids de ces hommes puissaos à la main déjà si pesante de leur maître^ Leur réputation était trop bien établie dans le gouvernement pour qu'on les soupçonnât d'infidélité, et les efforts de leur parti augmentèrent l'animosité dans les chambres y oii elle commençait à se refroidir. Cependant sir John soutint^ dans un discours prononcé à sa mort ^ la vérité de ce qu'il avait dit^ assurant qu'il Tavait su par des lettres de Saint-Germain. Cela prouva à ceux
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qui avaient en effet entretenu correspondance avec cette cour que le secret ne leur avait pas été gardé aussi bien qu'ils s'y attendaient* Ce fut la raison qu'ils dohnèrent ensuite pour refuser de continuer cette correspondance. Il serait difficile de dire si cela fut très-^fàcfaeux pour les affaires du Roi; car comme le prince d'Orange n'en fit pas ensuite plus mauvaise mine à lord Godolphin et à l'amiral Russel, il y ^ li^u de croire qu'il n'a-vait pas été étranger à leurs pratiques; mais cela en arrêta d'autres qui avaient peut-être meilleure intention. Lord Churchill doit-il être mis du nombre? C'est un mystère qui ne sera probablement jamais connu»
Le Roi était beaucoup plus affligé de ces exécutions que de ce qui le regardait lui-même* Il déplorait en particulier les persécutions que de pareilles découvertes excitaient contre les catho-* liques^ leur emprisonnement et les rigueurs qu'ils subissaient. Ainsi donc^ après tant d'essais tentés inutilement pour rétablir ses droits et ceux de ses sujets, il demeura de plus en plus convaincu que les afilictions lui étaient nécessaires y et qu'en ce sens toutes ces tentatives qui , aux yeux du monde^ paraissaient une peine perdue, lui étaient d'un grand avantage , par le soin qu'il prenait de les faire servir au gi^and but dont il s'occupait alors uniquement. A la vérité, la mauvaise santé du prince d'Orange qu'il regardait comme le seul
4oo MÉMOIRES
obstacle à sa restauration ^ lui donna quelque espoir passager d y parvenir. Le prince était atta^ que d'hydropisie , et ainsi ne pouvait vivre long* temps. Le Roi était résolu^ sHl lui survivait^ de mettre à Tépreuve le bon naturel de ses sujets ^ et de rentrer en Angleterre , n'eût-il pas même trois hommes à sa suite. Il n'était pas en lui d'imaginer que le peuple d'Angleterre pût vouloir blesser un cœur qui Taimaît si tendrement. Cependant si la volonté de Dieu était qu'il consommât ses souffrances sans aucun mélange de prospérité, et qu'il finît ses jours dans l'exil où il avait passé une si grande partie de sa vie^ il s'y résignait de bon cœur. Mais cette mauvaise santé du prince d'Orange, qui entretenait ses espérances, éleva un nouvel obstacle qui lui devint enfin aussi fatal que les autres. La princesse Anne, qui n'avait cessé de correspondre avec le Roi par des lettres remplies d'assurance de repentir et d'expressions du sentiment de ses devoirs envers lui , commença, par les mêmes motifs qui avaient déjà infloé sur elle , à se laisser toucher de l'espérance d'une couronne. Elle écrivit donc au Roi pour savoir si, en cas que le prince d'Orange mourût et qu'on la lui offrit conformément à V ordre de succession adopté, il lui permettrait de l'accepter. Cette requête était accompagnée dç témoignages apparens du sentiment de ses devoirs el de sa volonté , de restituer la couronne dès que l'occasion s'en pré-
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settiecmt^^lfiâtit que si elle la refusait, dans les 4î$posUioD$ actuelles du royaume , cela ne servirait qu'à recaler lès espérances de Sa Majesté , en mettant le gouvernement dans de plus mauvaises mainSy d'où il ne lui serait pas si aisé de le retirer. Eien ne pouvait moins convenir au caractère du RoL li ne pensait pas qu'on ddt permettre le mal pour en tirer le bien; il était capable de souffrir l'injustice avec patience et même avec plaisir, mais non de consentir à l'autoriser. Le Roi savait d'ailleurs que de toutes les restitutions , aucune n'est plus difficile à faire que celle d'une cou^ ronne* Il se refusa donc à cette proposition , qui fut d'ailleurs écartée par la résolution qu'il exprima de se risquer^ si le cas arrivait^ entre les mains de ses sujets*
Mais ce n'était là que des vues éloignées. Son intérêt actuel était de recueillir chrétiennement le fruit de ces afflictions que lui avait envoyées la Providence. Il était si bien parvenu à se résigner à ses volontés 9 qu'il recevait 1^ croix non-seulement avec soumission, mais avec joie, ainsi qu'on peut le voir par une prière qu'il répétait chaque jour, et qu'il a laissée écrite de sa main dans les termes suivans :
u Je te rends , ô mon Dieu , mes plus humbles
(c actions de grâces de ce que tu m^as ôté mes trois
« royaumes. Tu m'as ainsi réveillé de la léthargie
ti du péché; et si ta bonté ne m'eût pas retiré de
402 JkTÉMOIRËS
€< cet ^lât de misère 9 j^étais à jamais perdu. Je te (( rends aussi mes très-faumbles actioBs de grâces « de ce que, par ton infinie miséricorde , tu m'as u exilé dans un pays étraDger où j'^i appris mêû i< devoir et les moyens de le pratiquer. »
Mais tandis que le Roi apportait ainsi tonte son attention à gagner une couronne céleste > on lui en offrit 5 à sa grande surprise^ une sur la }erre ; non celle qui lui appartenait et qu'il désirait par cette seule raison^ mais nne autre dont ro£pFe était bien propre à donner au monde une juste idée de son mérite et à prouver combien il méritait de porter celle qu'on lui avait si injustement arrachée. « Vers la fin de cet été, Sa Majesté Très^Chrétienne envoya M. de Pomponne ao Roi pour l'informer que l'abbéde Polignac, son ambassadeur en Pologne, lai mandait qne le peuple de ce pays avait quelque pensée de le cboisir pour Roi , et que dans quelques unes des diètes assemblées pour la prochaine élection, il avait été question de lui. Il parut à la pretnicre vue que cette idée n'était pas à mépriser, et plasieura des an^is de Sa Majesté à la cqur de France voulurent l'engager à s'en occuper; mais le Roi leur répondit seulement qu'il serait toujours reconnaissant 4^ l'estime et de l'affeetion qu'on lui témoignait , et quand il vit Sa Majesté Très- Chrétienive, il lui dit qu'il ne pourrait accepter cette couronpe, lui fût- elle offerte, et beapicowp
laaios encore faire des démarches pour Fobtenir ; quecelaéqnivaudrait à une abdication de celle qui lui était réellement due; qu'il était donc résolu de demeurer comme il était ,. quoiqu'il eAi moins que jamais l'espoir de se voir rétabli ^ plutôt que de faire la moindre chose qui pût nuire à sa famille ou porter préjudice à sa religion* » Rien ne pouvait mieux prouver que l'amour du bien public et ses devoirs envers le prince son fils , et non lasoif de la domioation pétaient les motifs qui en*^ gageaient le Roi à continuer ses efforts pour ren-^ trer dans ses droits; et en même temps que cet événement tournera k la gloire de son nom , ce sera une tache éternelle auxÂnglats d'avoir rejeté un monarque héréditaire, si propre à le gouver^ ner qu'uu royaume électif avait ét^ disposé à le préférer k tout autre.
Ce désiotéres^eiaeot du Roi était d'autant plus remarquable k cette époque , que toutes ses espé^ ranecs de rétablissement étaieot y en quelque &çop^ anéanties; car, « quelques semaines avant cette O0re^ le Roi avait été averti que la paix qui venait de se conclure entre la France et la Savoie serait fi^iqefite à ses affaires. On aurait dû au contraire la regarder comme très-avantageuse à sa cause; » car, en délivrant Sa Majesté Très-Chrétienne d'une guerre si coûteuse, il semblait qu'elle la mit en liberté et ep état de presser §esennemisf et de poi»muivre stes projets sur d'autres points.
4o4 MÉMOIRES '
Mais le Roi vit où tendait cet accommodement; et ainsi quUl le dit d^ns une lettre à Pâbbe de la Trappe (i) : «c Quoique Sa Majesté Très-Chre- (c tienne ait pour moi autant d'affection et de con- « sidération que jamais, il est possible qu'elle se a croie obligée, pour le bien et la paix de son (c royaume, à une démarche qui, j'en suis sûr, « lui coûtera beaucoup à cause de moi et lui donu nera , par conséquent , autant et plus de chais grin qu'à moi, qui. ai été tellement accoutumé ce aux contrariétés. »
Le Roi ne se trompait pas dans ses conjectures: on entama bientôt après des négociations secrètes qui finirent par une paix générale. Il est vrai que l'hiver se passa en préparatifs de guerre plutôt que de paix^ et que la chose demeura quelque temps incertaine; mais l'envoi des pléuipoteu* tiaires au mois de mars, et le choix qu'on fit de Riswick, maison appartenant au prince d'Orange, ne laissa plus aucun doute que la paix ne dût se faire et que le Roi n'en fdt exclu. Le public fut aussi étonnq que lui de voir qu'au moment oh Sa Majesté Très-Chrétienne semblait par tant de victoires avoir acquis si complètement l'avantage
(i) Du 20 juillet 1696. Le passage prëcëdemiuent contenu entre deux guillemets est tiré de la même lettre, quoique arrangé par le rédacteur au ton de la narration.
{Note de P Editeur.)
sur ses ennemis, et après une paix séparée avec la Savoie, elle saisit l'espoir d'une paix générale avec assez d'avidité pour y sacriOer la cause d'un prince son proche parent, son ami et son allié, qa'ii lui était si glorieux de protéger, et dont la restauration paraissait être la seule illustration qui manquât à son caractère et qui pût coaronner l'histoire de son règne prospère. Le Roi avait perdu trois royaumes plutôt que de se [laisser forcer à entrer dans une confédération formée contre lui , et ceux des sujets de Sa Majesté qui l'avaient suivie en France, avaient beaucoup mérité de cette cour par la manière signalée dont ils avaient servi dans la dernière guerre; de plus, le roi de France était en quelque sorte condamné par ses propres paroles; car au moment où sa situation avait paru le plus difficile, ou il se vbyait le plus pressé par ses ennemis , il n'avait cessé de manifester publiquement la plus ferme résolution de soutenir le roi d'Angleterre jusqu'à la dernière extrémité; mais je ne sais par quelle fatalité attachée aux affaires du Roi , toutes ces résolutions s'évanouirent subitement sans qu'on ait jamais pu apprendre si cela vint de quelques secrètes intrigues de cour ou d'un désir de popularité qui s'empara des personnes dont s'entourait le roi de France, ou si, après la mort de ses vieux et habiles ministres, les jeunes ministres qui leur succédèrent ne se furent pas plus oc-^
4o6 MEMOIRES
cupës de leurs plaisirs et de leur repos que de la gloire de leur maitre et du bien de TEtal. La seule raison yisible qu'on ait pu reconnaître d'une telle détermination^ c'est que la Providence, qui a?ait jusques alors conduit le Roi h la perfection à travers les routes pénibles des malheurs et des codtrariétësy le destinait^ à ce qu'il semble^ à pour-' suivre jusqu'à la fin sa carrièi^ par les mêmes voies , et que les Anglais ne méritaient pas d'être gouvernés par un si bon roi. Ainsi Diea lear accorda des succès dans sa colère: vérité mystérieuse et inintelligible pour ceux dont les yeux ne sont ouverts qu'au bonheur de ce monde , mais précieuse et d'une valeur infinie pour celui qui, semblable à notre saint Roi, n'avait pas besoin de cet exemple pour être convaincu de rînsfabîlité de toutes les choses humaines, et avait, par conséquent, fixé ses regards sur une félicité plus sûre et plus stable.
Le Roi, qui voyait s'avancer l'orage, jugea de son devoir de lutter encore pendant qu'il restait quelque force d'opposition , et de chercher un refuge de tous côtés. Ainsi donc au mois de décembre 5 avant qu'on eût choisi le lieu des conférences, iï envoya secrètement à Vienne, avec le consentement de la cour de France, un agent chargé d'abord d'exposer à l'Empereur ce qu'il avait souffert et avec quel le injustice il avait été opprimé par la confédération ; combien il paraissait
choquant et iacompréheosible auxyeux du monde chrétien ^ qae Sa Majesté impériale et les autres princes de la maison d'Autriche > si fameux pour leur piété et leur zèle religieux, contribuassent à détrôner un prince catholique et à lui substituer un ennemi déclaré de l'Eglise, au moment où l'on allait traiter de la paix. On devait donc s'eâbrcer à lui faire corn prendre combien le rétablissement de Sa Majesté serait conforme , non^seulement à la justice et aux intérêts de la religion, mais encore à ceux de cette paix à laquelle on aspirait avec tant d'ardeur; et, dans le cas oîi l'Empereur serait sourd à ces raisons , on devait lui proposer une paix séparée avec Sa Majesté Très-Chi^'tienne qui promettait en ce cas des conditions plus avanta-> geuses qu'on ne pouvait l'espérer d'un traité général.
L'agent du Roi, en arrivant à Vienne , s'adressa à un père Edera, jésuite de sa connaissance, qui y était en grand crédit et auquel il donna une note relative aux affaires du Roi, demandant que l'Empereur lui accordât une audience particulière; mais cela lui fut refusé sous prétexte qu on venait de recevoir du prince d'Orangé une lettre où il exprimait un profond ressentiment de ce qu^on avail; reçn un homme envoyé de Saiut<-Germain , d'accord avec la cour de France > pour traiter d'a^Eaiiies très-préjudiciables à ses intérêts. L'Ëm^ pereur fit donc savoir à J'agedt du Roi, par ^ort
confesseur le père M illidgatti , qu'il n'avait rieD fait que ne lui permit sa conscience et à quoi il ne fût autorisé par la commune pratique des princes chrétiens; que c'était pour sa propre défense et pour s'opposer à une injuste agression , qu'il était entré dans là ligue contre la France; qu'il n'arait point attaqué le roi Jacques et ne s'était point porté à usurper ses droits ^ mais qu'il avait usé des moyens que lui donnait sa puissance pour préserver soù pays de l'oppression et de la ruine; qu'en reconnaissant pour roi le prince d'Orange, il n^avait fait que s'unir au consentement de toute TAngleterre et suivre l'exemple des autres princes qui avaient également reconnu la reine Elisabeth et Cromwell; qu'il ne s'était point allié au prince d'Orange que celui-ci ne fût établi en Angleterre; que ce n'était pas la première fors que des princes catholiques avaient fait de pareilles alliances et qu'il ne s'était jamais engagé avec ce prince par aucune convention à le maintenir dans son usurpation^ mais seulement à se joindre à lui contre la France; qu'il regardait toujours son invasion comme injuste et impie, et priait sincèrement pour là restauration du roi Jacques.
Je laisse aux théologiens qui se prétendent initiés aux raisons d'Etat à juger ces obscures suhtilités; mais tout cela ressemblait fort à Charles-Quint faisant prier publiquement pour la délivrance du Pape qu'il retenait lui-même prisonnier dans» le
château de Saint-Ange. On ne put obtenir d'autre réponse. Quant à la seconde proposition relatÎTement à un traité de paix séparé , l'Empereur paraissait insister surtout sur la restitution de la Lorraine ; mais il y avait des deux càtés une telle méfiance que, comme la personne qu'on avait envoyée n'avait pas été chargée par la cour de France d'instructions ou de pouvoirs suffisans, la chose n'eut aucun résultat ^t le Roi fut renvoyé aux conférences pour la paix générale» dont il était facile de prévoir quel serait Tesprit. Cependant comme il ne lui restait plus d'autres ressources , il se résolut d'en tirer au moins tout le parti qu'il lui serait possible, et insista vivement pour que son ministre fût au moins admis aux conférences* N'ayant pu l'obtenir, il publia un récit soihmaire de la révolution, adressé aux princes de la confédération , dans la vue de les convaincre de la criante injustice qu'il avait soufferte jusqu'alors et dont il avait toujours remis à se plaindre, parce qu'il prévoyait que l'espérance trompeuse dont les amusait le prince d'Orange, de réduire la France par la force aux conditions qu'ils désireraient, leur fermerait Toreille à tous ses argumens; mais comme maintenant^ convaincus de la vanité de ses promesses, ils étaient forcés d'avoir recouis aux négociations pour tâcher de mettre fin aux calamités publiques, il espérait qu'ils seraient plus disposés à écoater ses raisons, à redresser
tous les toris et à coDtribaer à Èon réfablîsMmeat sur le trône de ses ancêtres y dont il avait été si injustement dépossédé. Le Rçi » dans cet exposé^ s'adresse d'ahord aux princes catholiques^ leur fait connaîtra ce qu'il a souffert pour la religion, tandis qu'il n'était encore que due d'York, ce qui n'a pourtant pas empêché que son avènement au trône ne fût célébré par les joyeuses acclamations du peuple : il s'fst efforcé, continuent- il, de reconnaître l'affection et la fidélité des Anglais eu pardonnant à ceux même de ses ennemis qui auraient voulu l'exclure du trône. Il représentequ'il étaitdansla meilleure intelligenceavec les princes et Etats voisins et parfaitement tranquille dans rintérieur, lorsque des méfiances au sujet de sa religion, auxquelles il n'aVait point donné lieu^ liiais que fomentait le prince d'Orange, commencèrent à agiter le peuple. Les craintes populaires furent fort augmentées par la naissance du prince de Galles, et le prince d'Orange , tellement impatient de posséder le trône, que, même avant cet événement, il ne paraissait pas disposé à attendre son tour , le fut beaucoup ntoins encore lorsqu'il se vit rejeté si loin. Lors de la descente en Angleterre, au moment où Sa Majesté se voyait trahie et abandonnée par ses sujets, les princes confédérés seoondèreot l'usurpation du prince d'Orange en renvoyant de leur cour, contire le (droit des gens et le respect dû aux têtes couronnées,
les ministres de Sa Majesté; et cela sans avoir fait précéder cette démarche d'aucune déclaration de guerre et sans aucune ombre de prétexte pour traiter le Roî eh eftnemi.
C'étaient les perfides calomniés que le prince d'Orange et ses énrissaires a valent répandues contre lui 9 qui lui avaient attii^' cet injuste traitement ^ de la part de ses sujets et des états étrangei^ , et l'avaient obligé de se léfugier en France. On l'avait faussement accusé d'avoir violé les lois du pays, et d'atoir supposé un prince héréditaire; on préten-* dait qu'il avait manqué à ses devoirs de garant de la paix de Ninoègue , et s'était ligué avec la France contre la maison d'Autriche et là Hollande. Quant au premier point 9 il répondait qu'il n'avait rien fait que ce que les juges du pays avaient dédaré être en son pouvoir de faire ;'que c'était eux, et non le souverain, qui étaient responsables^ devant la loi , des avis pernicieux qu'ils avaient pu lui donner; que cependant le prince d'Oi'ange et le peuple ne leur en avaient pas demandé compte. Quant au second point, c'était une si noire et si ridicule calomnie, que l'univers avait été stupéÊiit qu'on pût lui accorder la moindre confiance. Jamais prince n'avait eu plus de témoins de sa naissance, et le prince d'Orange n'avait ja* mais essayé, quoiqu'il l'eût promis dans sa déclaration, de prouver une accusation si infâme. Quant à ce qui concerne la paix de Ntmègue, il
était évident, disait Sa Majesté^ quelle n^avait point à cet égard les devoirs qu'on lui supposait; que les Hollandais avaient d'abord fait à Nimègae leur paix séparée ^ sans en instruire les plénipotentiaires anglais; que les Espagnols avaient suiyi leur exemple, et que, pour cette raison ^^ le roî Charles II avait défendu à ses envoyés de signer, même en qualité de médiateurs; mais que même se fût-il rendu garant de la paix, il n'avait rien fait de contraire à cette situation , qu'il était en* fré dans une alliance défensive avec les Hollandais, qui, au lieu dé faire ce qu'elle exigeait d'eux, avaient secondé l'injuste invasion du prince d'Orange , et avaient trompé le Roi en lui affirmant constamment que leurs armemens ne l'avaient point pour objet. Quant à la prétendue alliance avec la France, la preuve que cette accusation était fausse et mal fondée , c'est que lord Sunderland lui-même avouait le contraire dans la lettre qu'il avait publiée pour se réconcilier avec le pays, et jeter tout l'odieux qu'il pourrait sur ie Roi son maître ; qu'au contraire , plutôt que de donner le moindre ombrage à ses sujets on à ses voisins , Sa Majesté avait refusé des troupes que lui avait offertes le roi de France, au moment ou elle était menacée d'une invasion. Le Roi s'était, à la vérité , refusé à entrer dans une alliance contre la France , dont il n'avait aucun motif de se plaindre , et avait voulu d'ailleurs épargner à s6n peu*
DE JACQUES II. 4i5
pie une guerre coûteuse et sanglante , qu'il Voyait près d'accabler le reste de l'Europe. Il pensait donc que l'Empereur et le roi d'Espagne , au lieu de s'en tenir à de si yains prétextes , auraient dû demander des raisons meilleures et mieux prouvées pour consentir à concourir avec un usurpateur hérétique, pour détrôner un prince catholique son oncle et son beau -père; mais il leur rendait la justice de croire que leur premier projet avait été d'abord de le forcer à entrer dans l'alliance , sans s'occuper des moyens qu'emploîrait le prince d'Orange pour parvenir à sou but^ et qu'ils avaient été aussi circonspects ^ au moins^ que lesHoliandaisqui, dansla note publiée par eux au mois d'octobre 1688, avaient déclaré qu'ils prêteraient au prince leurs troupes^ à condition qu'il ne tenterait pas de détrôner le roi d'Angleterre , ni d'altérer la succession : ce qui était cependant la première chose qu'il était venu faire; car il avait emprisonné le Roi , et l'avait forcé de fuir, pour sauver sa vie, et avait ensuite fait déclarer que sa fuite était une abdication. Sa Majesté espérait donc que les princes confédérés , par égard pour leur propre sûreté, décourageraient de si coupables entreprises sur les droits de la souveraineté, et s'efforceraient pour l'amour de la vérité et de la justice^ si visiblement outragées, pour leur honneur^ la paix publique et le bien de la religion, d'effectuer sa restauration, seule répa-
44 MÈBiaiRES
rutiopproportioiiiiée à Toppression cruelle qu'il $vait soufferte, '
Op voudrait peuMtjre so^uteoir, couMnaait le Roi^ qii^e la reUgion n'avait rieû perdu à c€ chan^^mciQt; mais, il suffisait, pour montrer le coutr^ire/ di| si p) pie récit de ce qui s'était passé depuis;. U .était clair C{ue la prétendue (;r?;it)te di* papisme était ja cbeville ouvrière de to^te cjBttQ réFiolution , et. qu'elle avait ppur bat r^ué^Qttssement de cette religion.; car ^i le Roi ^vait voulu faire élever le prince sou fils dans la religion protesta^nte^ les projeta d.u pripce 4'Qrange eussent ét|â entièrement déjoués •• ce n'était donc pas seulement lui et son fils qai avaient souflfert pour la religiou; mais loua les princes catholiques ou même ceux qui époujseraiept des pripce&se^ catholiques^ étaient^ ea Jiaine de la religion > déclarés incapables de succéder fiu trône d'Angleterre , ce qui changeait les lois fondamentales de l'État- Pepuis la révolution 1^ liberté de conscience avait été accordée k toutes les sectes, excepté au;: c^àtholiques* A la vérité 5; quoique taup les jours pu vît e» Augleterre des Cë^thoUques ri^ipâS et mis à ijo^rt 5 eu punition ile leur loyauté > qui est pour eux uue oliligatiaD (Iç ccH^Sciei^ce et upe portfeop de lepr religion^ le priiK^e d^Or^nge prétendait ne perséiQjmte»* aucun Anglais., puireme«t pour p^use» dtf v^liginu ; «lais s'il cro3rait encore nécessaire de garder. quelque
DEJACQUESII. 4«5
merare^ G*était uniquement parce qu'il les voyait^ pour ainsi dire^ sous le nez des ministres ëtran^ gers. En Ecosse ou ils étaient plus élois;ués de leur Tue 5 des prêtres avaient éle.ennprisonné& pendant plusieurs années^ avaient été bannis ^ ou avaient përi par suite de la cruelle oppression âous la-^ quelle ils gémissaient; dans rirlande^ toujours regardée en quelque sorte comme un piEiys catholique ^ de nouvelles lois avaient défendu aux catholiques de siéger en parlement^ et de faire élever leurs enfaos .dans les universités étran-* gèi^s : ce qui avait pourtant anéanti ou anéantirait entièrement la religion dans ce pays ; et même ces apparences de douceur qu'on avait cru devoir montrer dans quelques occasions pour les princes catholiques^ disparaîtraient bientôt lors*» que la paix serait &ite j et que^ plus maître de ses actions, le prince serait d'ailleurs poussé par le peuple lui-même à les abjurer.
Quand les membres protestaos de l'alliance ob-*. jecteraîent^ disait le Roi ^ que le prince d'Orange est rirrécoociUableenoemi de la France^ et qu'à ce titre il doit être soutenu, ils ne pourraient se justifier d'avoir violé toutes les lois humaines et divines, d'avoiroppriroé Tinuocent etautorisé toutes sortes de crimes dans des vues politiques que la moindre réflexion fait évanouir eu.fmwée; car quelle raison pouvaient avoir les alliés de se mér fier de la sincérité de la France qui, dans une si
4i6 MÉMOIRES
favorable situation ^ après avoir été victoriense cluraot tout le cours de la guerre » après une paix séparée avec la Savoie^ dans un état de neutralité avec l'Italie 9 et dans l'abondance de toutes choses 9 tandis que la Hollande, l'Anglelerre et l'Empire étaient épuisés^ offrait d'honorables conditions de paix?De (juel motif pouvait venir cette offre, si ce n'est d'un sincère.désir de l'observer? Les confédérés ne pouvaient donc se croire obligés pour plus de sûreté à soutenir leur usurpateur; rien, au contraire^ ne pouvait donner à la. France plus de motifs de défiance que leur union avec un homme d'un esprit si turbulent^ qui ne devait. son injuste grandeur qu'à la guerre 9 aux divisions et à une cruelle tyrannie, et devait la soutenir par les mêmes moyens. lis eussent pu beaucoup plus raisonnablement fonder leurs espérances d'une paix durable sur le rétablissement d'un prince pacifique , que sur l'appui qu'ils donnaient à un usurpateur ambitieux dont la constante pratique avait été de sacrifier l'honneur, la religion et la conscience à l'accomplissement de ses desseins.
Quant au prétendu expédient de laisser au prince d'Orange la couronne sa vie durant, et de lui donner pour successeur le prince de GalleSf rien ne pouvait être plus contraire à la raison et ' aux devoirs de Sa Majesté envers elle-même, sa postérité et son peuple, puisque ce serait con-
sentir à ce que les lois fondamentales du ray^tume fussent altérées par une assemblée tumultueuse de sujets révolte's, se laisser déposer elle-même^ et souffrir que son fils reçût d'eux en don ce qui lui appartenait par droit de succession^ et par les droits incontestables d'une monarchie héréditaire. Le. Roi était donc incapable^ disait -il^ d'une action si lâche et si indigne de sa race^ et sentait qu^un prince ne peut que par un esprit supérieur à la couronne se rendre digne de Ija porter; et dût-il en être privé pour toujours et souffrir sans fin ^ il était résolu du raoin$ de souffrir en Roi 9 et il espérait de l'invisible main qui lui envoyait ses afflictions^ qu'elle daignerait l'y soutenir^, et ne lui permettrait jamais d-ofTenser sa propre conscience, de trahir la justice de sa cause, ou d'avilir la dignité de son caractère par aucune action^qui en fût indigne.
On aurait dû raisonnablement espérer que cet exposé si clair d'une série d'injustices criantes, ç^t la fausseté manifeste des raisons sur lesquelles elles étaient fondées, auraient engagé les princes confédérés à faire obtenir au Roi quelques réparations; mais, d'après quelques règles de politique, comprises seulement de ceux qui les pratiquent et en prennent la responsabilité', il fut totalement négligé. Les confédérés demeurèrent unis à l'usurpateur qu'ils avaient aidé à monteir sur le trône, et Sa Majesté Très-Chrétienne e|lc^- 4- ^7
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même desirait tellemetit la paix, qu'elle oublia ses premières résolutions et le reconnut ainsi qtie les autres pour roi d'Angleterre. Sa Majesté n'aif^ait donc plus autre chose à faire que d^ protester publiquement et en forme contre toute convention ou accord fait à son désavantage ou Tcontre sa j>arttcîpatîon, de quelque manière que ce fût j ce qu'elle fit dans les termes suivans :
« Jacques^ par la grâce de Dieu , roi d'Angle* « terre, etc. ^ à tous les princes, potentats^ etc.
u Après une gu-erre si longue et si ruineuse i< pour la chrétienté , convaincu que toutes les « parties contendantes sont disposées à la paix et « même sur le point de la conclure sans notre pa^ i< ticipation, nous croyons nécessaire, dans cette « conjoncture, de faire usage des seuls moyens w demeurés en notre pouvoir pour constater nos « droits incontestables au moyen d'une protesta- (i tion solennelle contre ce qui pourra être fait i< à taotre pi^éjudîce.
« Notre projet n'est pas d'entrer en discussion « sut «ce qui s'est passé; lêls fsiits sont trop connus a pour que (iela soit nécessaire, et nous pouvons H supposer que personne ne coinserveun' doute sur (Y la justice de notre cause. La condition à la- H quelle nous sommes réduit depuis que le prince H d'Orange a pris possession de nos royaumes u n'est pa^ fH)tre seul motif de chagrin ; car tel « e^t notre inaltérable amour pour nos peuples,
(( que fions tie pouvons sans tristesse voir leur « sang et leurs trésors prodigues dans une cause « si impOSSîWe à justifier, et nous ne pouvons « nous einpether de penser que si l'on fait la paix (( à notre préjudi<!e, ils déviendrout la proie des « <{trangers auxquels ils seront nëcessairement (f soumis tant que durera Tusurpation. Nous H sorames aussi sensiblement afflige de n'avoir . ti pas été en situation de maintenir , conformé- (7 ment à nos inclîtiations et à nos intérêts, hà paix « de la ehréticnté, et de prévenir les maux, fruits cr inévitables de la guerre; et comme nos ennemis « ont malicieusement prétendu que nous avons (( fait une ligue secrète avec la France , nous dé- H clarons sur notre parole de roi que nous n^avons. t< jamais fait aucune alliance avec cette couronne, H beaucoup moins contre les princes confédérés •r pour cette guerre.
« Nous prions ces princes de considérer à quel « point Fexemple qu'ils donnent peut leur deve- « nir dangereux à eux-mêmes; et comme nôtre M causeest la cause commune à tous les souverains, «r nous réclamons leur assistance pour recouvrer « nos royaumes. QuMls songent combien serait «f glorieuse une telle résolution; combien elle se- « rait conforme au véritable intérêt de ceux qui « s<Mit nés pour gouverner ; qu'ils jugent si les u anciens traités que nous offrons de renouveler «r avec eux ne seront pas plus solides , si la paix
« qu'on négocie actuellement ne sera pas mienz (( assurée par notre garantie que ne le peuvent « être leurs engagemens avec un prince qui n'a « ni titres^ ni héritiers; car^ dût-il avoir des en- (c fans, l'acte même de succession établi depuis i< son usurpation les exclut de tout droit imme- (( diat à la couronne. Mais voyant que les puisce sances confédérées insistent pour que cette « usurpation soit reconnue comme la base de la « paix qu'on va faire ^ nous ne croyons pas dea voir permettre qu'on interprète notre silence (( comme un assentiment tacite à ce qui pourra « être conclu à notre préjudice ou. à celui, de nos w héritiers légitimes.
« Nous protestons donc solennellement y et le cr plus fortement qu'il soit en notre pouvoir, con- « tre tout ce qui pourra être négocié, régie ou « stipulé avec l'usurpateur de notre royaume ^ H comme nul par défaut d'une autorité légitime.
c( Nous protestons en particulier contre tous « traités d'alliance^ confédération et commerce « faits avec FAngleterre , depuis l'usurpation, « comme nuls par le même défaut d'autorité^ et ce par conséquent incapables de nous lier nous et (( nos légitimes héritiers, successeurs et sujets.
« Nous protestons, de plus ^ en général contre il tous les actes quelconques tendant à confirmer, K autoriser ou approuver directement ou indirecu tement l'usurpation du prince d'Orange , contre
i< tous les procëdéâ de son prétendu parlement^ a et tout ce qui tend à la subversion des lois fonce damentales de notre royaume i particulîèreu men^t des lois relatives à la succession de nos <f couronnes.
u Nous protestons également et déclarons qu'auii cane omission ou défaut de formes ne peuvent a tourner à notre préjudice ^ ni à celui de nos i( légitimes héritiers^ royaumes ou sujets, réser- (c Tant et constatant par les présentes, passées V sous notre grand sceau , tous nos droits et titres c< qui demeurent et demeureront dans toute leur « force, et qu'aucune extrémité ne pourra nous (( obliger à abandonner ou compromettre.
c( Enfin, nous protestons qu'après ceci nous « ne nou3 croirons aucunement responsable de- <c Tant Dieu et dcTant les hommes, des funestes i< conséquences qu'attireront sur notre royaume if et sur toute la chrétienté les injustices qui nous ft ont été faites ou nous seront faites par la suite.
« Donné, etc., le 8 juin 1697. »
Bien que personne ne puisse blâmer le Roi d'avoir entièrement désavoué tous traités et négociations, par lesquels les princes confédérés re-' fusaient de lui rendre justice, on avait stipulé un article secret qui , si le Roi ne Teût pas rejeté avec trop de précipitation , pouvait terminer bientôt les peines de ses enfans et rendre ses peuples heureux* Sa Majesté Très- Chrétienne^
4^3 MÉMOIHES
avait obtenu sous main à^ prince d'Oraage de consçDttij* à ce qve le prince de Galles siiecédât aprèâi sa mort au trôoe d'ADgleterre(i). Cc.prînce mercenaire n'avait pas eu beaucoup d'égaitl^ à ce qu'il paraît, au but prétendu de soq expëditioa ni aux actes du parlement , qm e^luaient de la succession le prince de Galles et tofua ceux de sa croyance. U avait usurpe le royaume sous^ prstezie de sauver FËglise d'Àugletejrre; m^ist us^ frâ par* venu au trôaie ^ ses scrupulesi d# coDScicDce s'éTa- D^ouissaiçnt. H se moutraU forti facile à eet égard, et tout prêt à lai&sçr à la Providâne^ le soin de
(i) Seloa Dalrymple , tom. 3, pag. 87 y Gmllauroe mettait pour condition que le prince de Galles fût élevé dans la religion protestante. Ce qu*il y a d'étrange , c'est qu'il parle de ce fait comme long-temps inconnu , et révéfé réeeauBent au puUic par tes Mémoires de Jacques, déposés , dit-il, aurCoUé@edes£coasai^ de Pa^is. Qr, le passagers» Mémoires j tels qu'il nous somt paryeiius , parait faire, eatcadre positivement qu'il n'était question de rien de pareil. On concevrait assez facilement que Dalrymple, qui ne paraît pas avoir vérifié le fait sur le manuscrit de Jacques ou de son rédacteur, e4t adopté , d'après )e bruit public , la version vraisemUabk plutôt <pta la vraie ;.mai&po«rraLt-ott concevoir que Guillaume eût voulu laisser retomber le rojaumc entre les mains du fils de Jacques , demeuré catholique j qu'il eût cru même la chose possible ? Ne serait-ce pas là une méprise dû Roi dépossédé du genre de celle qu'on a déjà vue dans son affaire avec Çowell ? N'aura-t-il pas pris u«e tdée de Louis XIY posr um concession déjà oBtemie deQuillflume? CNoiG de E Éditeur.)
DE JA^GQuks IL 4^5
cette église > sans s'embarrasser en quelles mains elle tomberait après lui , pouryu qu'il fût assure du trône durant, sa vie. Il ne montra donc pas grande répugnance à accorder au prince de Galles la préférence sur ceux qu'appelaient au trône le prétendu acte de succession. On ne sait eeniment il aurait fait passer cette afialre dans le parlement 9 car il ne fut jamais mis à l'épreuTe j mais lorsqu'on proposa au Roi cet arrangement j^ en apparence avantagi^uxà sa famille y il dit qu'il ne pouvait soutenir la pensée de rendre son propre ^is complice de son injuste expulsion^ et répondit à Sa Majesté Très-Chrétienne 9 qui lui avait fait à cet égard les premières ouvertures r que s'il pouvait supporter avec une patience chrétienne l'usurpation du prince d'Orange ^ il ne pouvait consentir à &ubir celle de son fils. C'était un point trop délicat pour qu'on pût insister dès que le Roi montrait la moindre répugnance. On ne lui en parla donc plus ; mab s'il se fût donné 1« temps de peser mûrement la chose , il aurait peut-être trouvé moyen d'adoucir cette inconvenance apparente^ et| pour l'amour de sa postérité ^ aurait passé par-dessus l'injustice qui lui était faite; mais le Roi savait mieux souffrir les injures que s'y prêter^ et la moindre apparence d'injustice suffisait pour lui ôter toute envie d'adopter le plan le mieux conçu.
On aurait dû croire que le Roi avaiti passé par
toutes tes contrariétés possibles; mais il lui en restait une à subir qu'un empire absolu sur luimême pouyait seul lui donner les moyens de supporter de bonne grâce. Il arriva que la paix fut conclue précisément à cette époque de Tannée oîi Sa Majesté Très-Chrétienne avait coutume d'aller à Fontainebleau. Elle y invitait ordinaire^ ment le Roi et la Reine pour dix ou quinze jours. Sa Majesté reçut l'invitation comme à Tordi* naire^ et elle arriva le jour même où était arrivée la nouvelle de la signature de la paix. Le Roi avait depuis long-temps prévu le coup, il n'ea fut donc point surpris, et, loin d'éclater en plaintes et en reproches, s'oubliant lui-*méme , il ne parut songer qu'à plaindre Sa Majesté Très-Chrétienne, comme si elle en eût souffert la première et même la seule, a Je suis sûr, dit-il à cette occasion ce dans une lettre (i), que Sa Majesté Très-Chré- « tienne a été plus mortifiée de me le dire que w moi de rapprendre. — Elle m'a assuré, à la i( yérité, qu'elle ferait tout ce qu'elle pourrait a pour m'adoucir cette amertume; mais si le a Roi des rois ne m'accordait la résignation que ce je dois à sa volonté, je ne supporterais pas « si aisément la chose. » De plus , son séjour à Fontainebleau l'obligeait non-seulem'éûtà se mon-* trer avec sa sérénité ordinaire, mais à s'imir aox
(i) A Vahhé de la Trappe , 4 octobre 1G97.
réjouissances publiques de la cour au sujet de la paix. Il était difficile de dorer une telle pillule; mais rien n'était malaisé à un prince si rompu aux afflictions. La paix et le bien jpublic étaient toujours ce qu'il désirait et cherchait. Il avait une telle répugnance à faire verser le sang que> dans tout le cours de ses malheurs ^ ses affaires avarient extrêmement souffert de ce caractère d'humàuité qui ne lui perniettait pas de brûler et de ravager^ ou d'exposer la vie des hommes; lorsqu'il n'avait que des espérances faibles ou mal fondées d'en tirer un résultat avantageux. II se réjouit donc dans son cœur de voir apporter un terme aux désordres qui accompagnent nécessairement la guerre , et poussa la sincérité et le désintéressement jusqu'à se mettre à la place du roi Très-Chrétien , et le regarder comme le père de son peuple dont il devait préférer' le bonheur et la tranquillité à toute autre chose; et puis-* qu'il croyait que la paix qu'il venait de conclure était le meilleur moyen d'y parvenir , il était loin de le blâmer d'avoir pris ce parti. Le Roi était, quant à lui, d'une autre opinion. Il sentait que son rétablissement aurait fondé d'une manière bien plus sûre la paix non-seulement de la France, mais .même de toute l'Europe; cependant il savait soumettre son jugement à celui des autres, même dans les cas où il avait plus qu'en ceci le pouvoir de s^opposer. Ainsi donc lé sentiment de
4a6 MEMOIRES
ses malheurs u'altëra point la sérénité babitoeUè de son maintien et de sa conduite. Il savait nonseulement soufirir^ nmis s'accommoder aux maiiières de ceux qui n'avaient jamais souffert; de telle sorte que, oonime les plus éclatantes vertus ne. sont pas à L'abri de la censure , la patience du Roi et Taisance de sa conduite furent traitées d'iasensibillté^et il encourut jusqu'à un certain point le mépris pour ce qui lui eût mérité les plusgrands éloges; mais il savait supporter cela comme ses autres peines, et disait à cette occasion^ à onepersopoe d'une grande piété ^ qu'après avoir perdu tout le reste ^ il était bien aise que l'occasion lui fàt si souvent offerte de sacrifier sa réputation.
Cependant ses ennemis ne pouvaient se dépouiller de leur haine aussi, facilement qu'il en perdait le souvenir. Aus&itdt après la paix^ lepriace d'Orange ayant envoyé en France son favori Bentinck en qualité d'ambassadeur ^ celui-<i saisit cette occasion de pousser à de nouvelles rigueurs contre Sa Majesté. (< Il paraît que^ dans la première conférence qui avait eu lieu avant les négociations entre ce ministre et le maréchal de Boufflers^ il avait insisté jxiur que le Roi fât éloigué de France; mais Sa Majesté Très-Chrétienne avait coupé court à cette demande i en disant que si le prince insistait sur cet article^ il renoncerait à toul;e pensée de négocier avec lui« » Il c'en bA donc pas que.stioi> ^ Riswîck j mais le prince d'O-^
rMge> apiés le succès de cas négodattoàd , crat o€ 4evoir désespérer de riea et ordonna à Ben-^ tinck de rem^uvelw aes soUicitatioBssiir ce point. JUk waitTaise conscience du prince et de son parti nepoiiTaitsupporter devoir si prèa celui dont la pr^ence leur reprochait leur injustice et leur infidélité et detueurait suspendue sur leur tête cornue UQ »uage annonçant la tempête (r). Mais Sa Majesté Très-Chrétienne fut inébranlable sur ce point : èll£ regardait son honneur comme trop engagé pcmr le laisser ainsi fouler aux pieds par l'usurpateur; elle ne s'était d^ que trop abaissée
(i) Il était désagréable aux Anglais y que la paix rame^ nait en France et à la cour à la suite des ambassades , de se rencontrer sans cesse en face de leurs anciens ministres ; et k» efforts de Jacques pour se v^pprocher ^enx rendait leur aituaticm embacriusante so4s tous lea rapports. I/an^hassa-deor d'Angleterre assistant, peu dejoiits aprë» ^b atrivée^ à une revue de la maison du Rot , oiz se trouvaient aussi Jacques et son fils « celui-ci ^ par l'ordre de son père , tâcba d^entrer en conversation avec lord Woodstoct , à qui son pire, l«cd BorUand, qui sVtait aperçu de Pîntention du jeune priace , avait ordonné de l'éviter. Jacque» échoua de même dans se» efforts pour se rapprocher de Iprd Cavendiaîk et des autres lords présens à la revue. Tous eurent également le soin de s'écarter de tout ce qui tenait à la cour de Saint-Germain. Ils évitaient, autant qu'ils le pouvaient lorsqu'ils étaient prévenus d'avance , de se trouver exposés à ces reacontMi.
devant lai> et l'on était étonne qu'il lai inspirât tant de crainte. Ce ne pouvait être que par ce motif qu'elle s^âbstint de demander le douaire de la Reine; car^ puisque le peuple d'Angleterre avait traite son Roi avec si peu d'égards que de le regarder comme mort pour lepays^ laconséquence était que. la Reine avait droit au moins à son douaire, dont, par les lois d'Angleterre, elle avait le privilège de jouir même pendant la vie du Roi. Il n'y avait pas de réponse à faire à'ceia: ainsi par un article secret on conyint de le lui payer. La chose fut confirmée dans le suivant parlement, tellement qu'une somme d'argent fut en secret affectée à cet emploi ; mais lorsqu'on en vint à toucher cette somme , le prince d'Orange éleva de nouvelles difficultés et de nouvelles demandes, et particulièrement celle d'éloi<- ^nerle Roi de Saint-Germain. Bentinck prétendait que le maréchal de Boufflers y avait secrètement consenti : le maréchal, le niait positivement. Quoi qu'il en soit , Sa Majesté Très-Chrétienne était si peu disposée à discuter ce point avec le prince, qu'elle aima mieux lui laisser cet argent entre les mains comme un prix de sa complaisance.que de risquer de l'exaspérer en le pressant trop vivement sur un point qu'il n'avait pas l'intention d'accomplir. Le Roi et la Reine eurent donc la mortification de vivre entièrement des bieofaits d'un prince étranger^ et dans la même
dépendance sur tous les points que s'ils eussent fait Toeu de pauvreté et d'obéissance.
Le Bill de bannissement ^ qui suivit iiûmë-^ diatement la paîx^ fut pour le Roi un nouveau sujet de chagrin qui augmenta de beaucoup ses charges. Le parlement d'Angleterre passa un acte qui non*seulement déclarait crime de haute trahison toute correspondance avec le Roi^ mais contraignait même tous ceux qui avaient été à son service ou étaient seulement venus en France depuis la révolution, si ce n'est avec un passeport du gouvernement^ à quitter à jour fixe tous les Etats de la Grande-Bretagne^ sous peine d'être accusés de haute trahison^ ex post facto y et sans aucun moyen d'y échapper. Jamais aucun gouvernement n'avait rien fait d'aussi cruel ni d'aussi injuste. « Le Roi avoua que ce chagrin passait pour lui tous les autres. Il sentait que les souffrances qui lui étaient personnelles n'approchaient pas du châtiment qu'avaient pu à juste titre lui mériter ses désordres passés; mais voir ses loyaux sujets traités de la sorte en raison de la fidélité qu'ils lui avaient témoignée, c'était pour lui une peine qu'un secours extraordinaire de la grâce pouvait seul le mettre en état de sup^ porter. Les nouvelles d'Irlande lui étaient égaler ment douloureuses : le prince d'Oratige, , maigre toutes ses belles protestations aux princes confédérés > avait ^ même durant le cours des confé-
4So MiMÛiRES
rences àe Ri«irick , feAt tendté en Fi^ânde une nouvelle loi pour l'extinction totale du papisme , -ordonnant entré autres articles le bannissement ^ tous les eccléâiastiqttes réguliers. M. de Ruvigny, qui commandait dans le pays, ne manqua pas de mettre Tordre à exécution. Ils arrivèrent donc bientôt en France en foule ; H en vint plus ide quatre cents dans l'espace de quelques mois. » La nécessité de secourir leur détresse et celle dé tous les autres catholiques, que les bills de bannis-sement faisaient sortir du royaume ^ augmenta, ûomtne on l'a dit , de beaucoup les charges du Roi. <a tl éul le chagrin, après leur avoir distribué jus- <(u'à son nécessaire , d^en voir un grand nombre prêts à périr de besoin, a sans qu'il fAt en son pouvoir de lei secourir.
Mais il arriva que cette paix fut accompagnée de quelques mécomptes , même pour ceux qui n'eu attCiâtdaient que gloire , satisfaction et contentement; et si les pieuses dispositions dans lesquelles se trouvait le Roi lui eussent permis de prendre plaisir à là vengeance , le traitement qu'éprouvait en Angleterre le prince d'Orange eût été capable de lui donner cette jouissance. Ce prince avait à la vérité remporté, si l'on peut le dire, une grande victoire sur Sa Majesté Très-Chré^ tienne, eu Tobligeant, après l'avoir traité avec tant de mépris , à le reconnaître pour roi d'Angleterre, et même à faire alliance avec l^i; mais
DE JACQtJESII. 45i
lorsqu^il en vînt à discuter avec les chambres , le parlement lui arracha ses lauriers pour s*ea couronner, le contraignit à rendre compte comme iia intendant de l'argent qu^on lui mettait entre les mains 9 et cependant ne lui fixa point de revenu et l'obligea non-seulement à licencier son armée , mais à renvoyer se$ troupes hollandaises ^ ce qu'il marchanda long-temps au point d^écrire à la chambre des communes une lettre qui était réellement une sorte de pétition pour demander qu'on lui laissât du moins ses gardes hollandaises (i). La chambre ferma l'oreille à ses sollî-
(i) a II dûvoya à la <ihkmhte des cpmmiliiei» par \ùtd Kanalagh, grand payeur des troapefty le liiessage suivant écrit de sa main. « Sa Majesté veut bieo informer la chambre « qu'on a fait tous les préparatifs nécessaires pour transie porter les gardes qui sont venus avec elle en Angle- « terre, à moins que, par égard pour elle, la chambre ne « é^ït disposée à trotivet» mbjen d« les conserver au série vice de Sft Majesté , ce dont elle lui sam>«t beaucoup de « gré. » Mais le^ comn^uiles demeurèrent inébranlables , et les troupes étrangères furent embarquées. Cette fois , et cette sei^e fois , Guillaume perdit patience : une tradition bien attestée rapporte que lorsqu'on lui vint apprendre le refus des communes d'avoir égai»d à son dernier message, il 88 promena quelque temps dans la ckambre en silence, les jeux fixés sur le plancher, puis s'arretant, jeta se3 regards autour de lui, et dit : « Si j'avais un fils , de par Dieu « ces gardes ne me quitteraient pas. » (Dalrymple, tom. 3^ pag. tag. >
43^ MÉMOIAES
citations^ méprisa sti^ lâches requêtes^ en même temps qu'elle se riait des menaces qae faisaient sous main ses créatures. On lui rappela son origine^ à quelles mains il devait son élévatioD. On lui fit entendre qu'on l'avait appelé pour être le serviteui* du parlement et non |>as son maître; que si l'on découvrait dans sa manière de gouverner la moindre chose qui parût menacer la liberté et la propriété > le peuple saurait bieo sacriûek* son propre ouvrage , et si ses vénérables droits l'exigeaient > le remplacer par un nouveau goùviérnement. Ce fut une terrible humiliation pour un prince dont lés vues et la conduite portaient si fort l'empreinte de la conquête^ que les pamphlets qui semblaient soutenir cette pré* tention> avaient été non-seulement répandus avec profusion, mais avoués même par l'autorité. A Ja vérité, le fàcheuï accueil fait au traité du docteur Ëurnett sur ce sujet, que la chambre fit brûler par la main du bourreau , mit un terme aux tentatives de ce genre, et obligea l'usurpateur à re^ connaître que comme création du pouvoir toutpuissant du4)arlement, c'était de lui seul qn'il pouvait attendre appui et subsistance.
Mais ce n'étaient pas là les consolations auxquellesaspirait le Roi dans son affliction. Unecherchaità prendre vengeance que de lui-même et n'était jamais content des pénitences qu'il pratiquait, ni des mortifications que lui envoyait ^oui*nelle-
iiïftît la Providence; mais ^ à Texeniple du Roi prophète , il avait sans cesse ses pêches devant les yeux et ne pensait qu'à apaiser la justice de Dieu et qu'à donner^ s'il était possible^ une plus grande latitude au pieux penchant qu'il sentait k poursuivre tout ce qu'il j ugeait devoir conduire au bonheur futur^ qu'il avait toujours regardé comme le principal intérêt de sa vie et dont il avait fait maintenant sa seule afiaire. Ainsi le récit le plus vérîdique qu'on puisse faire du reste de cette vie, qui ne fur pas très-longue, consistera dans la véritable peinture de sies vertus, et quelques exemples de ce zèle et de cette ferveur qui s'efforçaient de tourner toute chose à son avancement spirituel , et à gagner une courbnpe à l'abri de l'usurpation.
Telle avait été, je puis le dire, son unique occupation depuis son retour d'Irlande; car^ si les intelligences qu'il entretenait, et ses tentatives répétées montraient qu'il ne négligeait pas l'affaire de sa restauration, cependant tous ces mécomptes et ce surcroit de mortifications qui le rejetaient toujours plus en arrière relativement à ce mondé , avançaient ses progrès dans cette routé heureuse qui le conduisait à la félicité de l'autre. Il avait recueilli en ce sens de tels avantages de son, premier voyage à la Trappe., qu'il y retourna ensuite chaque année jusqu'à sa mort. On ne peut mieux expriiper l'effet qu'avaient sur lui 4. 28
ses visites que par le récit qu'il eu a laissé Iniluême. cf J'y allai d'abord , dit-il , en partie par curiosité et pour savoir si cette demeure répondait à mou attente^ aux discours que j'aurais entendus et aux récits que j'avais lus en Angleterre, et si l'abbé, qui avait commencé la réforme, méritait tous les éloges qu'ion lui donnait. tJn de mes anciens amis , le maréchal de Bellefond , m'y conduisit ; je n'ai cessé de Yen i^mercier tant qu'il a vécu, et il me sembla, dès ce taoment, que je me sentais amélioré par degrés; car jusqu'à ce que j'y eusse été plusieurs fois 'et que j'y eusse fait chaque fois une retraite de trois ou quatre jours, comme j'ai continué de le faire au moins une fois par an depuis mon retour d'Irlande, je n'avais pas trouvé en moi Je changement nécessaire. Ce fut là que jeconçasua véritable sentiment de la vanité de toutes les grandeurs terrestres, et compris que rien ne méritait d'être convoité que l'amout de Dieu; qu'on ne devait désirer que de s'efforcer à TÎrre selon ses lois et de se mortifier par tous les moyens permis. Je sentis combien il était nécessaire, au moins à une misérable créature, telle que je Fai été pendant tant d'années, vivant presque dans une continuelle série de péchés jusqu'à ce que Di^u, 'dans son infinie miséricorde, m'ait rappeléil»^* par la voie des cfaâtimens , combien il était nécessaire , dis'je, de^continUer à visitei* ce saint Iî^û
pour y gagoér la force dont j'ai tant tièsaîn. >i Le Roî saisissait donc toutes les occasions que lui avait fournies la Providence en l'amenant dans un pays catholique y pour parvenir à un plus haut degré de perfection. Il recherchait la conversation des hommes ëminens par leur savoir et leur piété^ et» outre ses retraites annuelles à la Trappe, il se tendait fréquemment à Paris aux grandes solennités de TEglise, recherchait les paroisses et les couvens oit les devoirs du christianisme étaient accomplis avec le plus de régularité et de dévotion, et, recueillant le miel de toutes ces fleurs, laissait après lui une odeur de piété qui édifiait ceux mêmes dont la vie s'était passée tout entièrei en exercices spirituels î ils étaient étonnés de trouvet' chez un prince né pour commander, élevé dans le tumulte de la guerre et les dissipa^ tiens de la conr, des. idées de soumission et de résigaation au-dessus de tout ce qu'ils avaient jamais connu. Peu après l'affaire de la Hogue, un jour qu'il était en conversation avec la supélùeure d'un couvent de religieuses , elle lui témoigna son chagrin de ce qu'il n'avait pas plu à Dieu d'écouter les prières que lui avaient adressées tant de gens pour qu'ici réussit dans cette expédition. Le Hoi nefaisant pas de réponse, elle s'imagina qu'il n'avait pas entendu et commença à répéter ce qu'elle avait dit. Alors il répondit : K Madame, j'ai 4rèsr»bien entendu , ce que vous
K avez dit , et la raison pour laquelle je n*ai pas i< répondu y c'est que je ne voulais pas vous faire « connaître que je ne suis pas de votre avis lorsque w vous croyez que ce que vous avez demandé à « DieuëtaitmeilleurqueceqVillui a plu défaire; <f car je pense que ce qu'il ordonne est ce qu'il y u a de mieux , et qu'il n'y a rien de bien que ce i< qu'il fait lui-même. » Ainsi donc ^ tous les efforts qu'il fit pour rentrer dans ses droits^ avaient principalement pour but le bien public qui lui tenait si fort au cœur^ et qu'il lui était défendu d'abandonner^ de même qu'il était obligé de supporter avec patience le mauvais succès de ses efforts. Aussi déplorait-il les souffrances de ses sujets^ en même temps qu'il se réjouissait des siennes^ et se dédommageaitautant qu'il le pouvait den'étre pas à portée de les secourir , , en subvenant aux besoins de ceux qui se trouvaient près de lui; que si l'on considère leur nombre et le. peu qu'il avait à donner^ cela fera comprendre que pour étendre aussi loin sa bienfaisance^ il fallait et toute sou habileté d'économie et toute la générosité de sa compassion. Il aimait mieux se priver de choses qui , en plusieurs occasions ^ lui eussent été nécessaires que de manquer à secourir les besoins de ceux qui pouvaient avoir le moindre droit a sa bienveillance (i). - -* '
. (i) Il paraît que Jacques recevait , ou du moins sollicitait,
DE JAGQUeS-Il. 457
Sa charité ne se bornait point à ses amis^ ses plus grands ennemis y avaient part y quoique d'une autre manière; car les regardant comme les instrumens de la justice de Dieu^ choisis pour exercer sa patience et lui faire faire pénitence de ses péchés^ il était si loin , lorsque l'occasion s'en présentait^ de s'exprimer avec sévérité ou amertume contre ceux qui lui avaient fait le plus de mal ^ qu'il ne voulait pas le permettre auxautres^ et on. ne pouvait lui faire plus mal sa cour que de blâmer même les plus noirs de ses ennemis^ ni lui plaire davantage qu'en trouvant quelque excuse pour pallier leur trahison. Semblable à David ^ qui ne permettait pas qu'on blâmât Semeï
des secours des royalistes d'Angleterre pour Fàider à soutenir ceux qui TaTaient suivi en France. M acpherson donne , tome I , page 488 , la lettre suivante du comtede Middietou» datée du i5 juin 1694, et adressée à un membre de la chambre des communes. « J'ai reçu votre lettre du 23 mai ; « il est certain que le marchand à qui appartiennent les H marchandises 368 ( chiffre convenu pour désigner Te roi « Jacques ) se trouve dans un grand Besoin d'argent , ce « qui n'est pas étonnant , si l'on considère les grandes pertes « qu'il a éprouvées et sa nombreuse famille. Il serait donc (« fort aise que quelques uns de ses amis ou de ses anciens M chalands lui avançassent ce qu'ils pourront , qu'il leur « rendra ponctuellement, avec les intérêts, aussitôt qu'il a sera en situation die paraître sur la place ; mais il faudrait tt qu'on lui donnât las moyens de soutenir ses pauvres ou-* « vriers qui sont dans une grjande misère. »
pour ravoir maudit y noi^^eulenietit il piermet- ^lait qu'on: lût devant lui les pamphlets qui blâmaient son gouvernement ou censuraient sa conduite > mais il y prenait même plaisir et considé-rait toutes les circonstances de sa vie , en ce point seulement qu'elles le conduisaient à la sanctification de son krùe, et ainsi bénissait Dieu des infortunes qui lui avaient donné l'occasion de con« naître la vérité dans sa jeunesse et d'y obéir dans sa vieillesse. S^ns ces dou£& années d'exil aux^ quelles l'avaient contraint les guerres civiles, it aurait pu, disait-il, passer toute sa vie dans l'ignorance des vrais principes et dans les préventions défavorables que lui avait données sur de point son éducation ; mais il s'était bientôt aperçu que les idées qu'on lui avait fait prendre de la religion catholique étaient fausses, et que ceux qui ia professaient n'étaient point coupables debeaucotipde choses dont on les accusait faussement. Il était si sensiblement touché de ce bonheur, que comme il ne cessait de rendre grâce au Tout-Puissant des choses auxquelles la nature aurait dû répugner, ildésirait que d'autres recueillissent comme lui le fruit de ses observations , et écrivit en conséquence, pour l'instruction des nouveaux convertis , un petit traité où il porte si loin le zèle et l'humilité y qu'il n'invite pas seulement les autres à l'imiter dans ce qu'il espère avoir fait de bien , mais les avertit d'éviter ce qu*il avoue
Dfi JACQUES II. 45^
avoir fait de mal^ ne craignant point de sacrifier sa réputation pour contribuer à leur édification et le^ engager à vivre dans les maximes du christianisme : « ce qu'à ma honte ^ dit-^il ^ Je n'ai pas fait aussitôt que je fus convaincu de la vérité de la religion que je professe actueUemenf ; j/e dér sire donc être en ceci non un exenuple , mais \m avertissement. »
Les humiliations que lui envoyait la Provi-> dencç ne suffisaient pas k son ardent désir de faire pénitence de ses péchés; il ajouta donc à ses longues et assidues prières plusieurs mortifica-n tions corporelles 9 comme le jeûne, la discipJ:ine et Tu^ge de porter 5 en certains temps , sur. sa chair 9 une chaîne de fer avec de petites pointes qui lui perçaient la peau; et si la prudence de son confesseur n'eût pas> sur ce point , retenu son zèle y\l l'aurait certainement porté à l'excès; cav l'horreur qu'il avait conçue de ses désordires passés le portait à croire qu'il ne pouvait faire asse:^ pour les réparer* Comme on lui demandait un jour pourquoi il ne profitaîtt pas de la per-» missian qu'accorde la coutume de Farts de faire gras les samedis entre Noël et la Chandeleur ^ et quje la Reine semblait le blâmer de se singulariser sur ce point 9 il ne répondit pas grand' chose jusqu'à ce que la Reine appela M. Inès ^ l'aumoniér de service , et lui demanda s'il faisait là-des$ti$ autrement qu'on ne &isait à. Paria? U
4'io • MÉMOIRES
répondit que non certainement^ et qu'il usait sans scrupule de la permission. Alors le Roi dit tout bas à Toreille de la Reine : « Si j'avais vécu ec dans ma jeunesse comiâe M. Inès, je ferais à H présent comme lui. » Mais son humilité né per« mettait pas qu'on le rangeât parmi ceux qui pouvaient sembler exempts de mortifications particulières ^ et il s'écriait souvent ^ comme il le fait dans une de ses prières écrites : « Je me déteste ce et m'abhorre quand je réfléchis combien j'ai a souvent offensé ub Dieu si bon et si miséri- (c côrdieux^ et combien d'années j'ai vécu dans <r une habitude presque perpétuelle de péchés u non-seulement aux jours de ma jeunesse et lors- (c que j'étais emporté par la chaleur de l'âge et K le mauvais exemple y mais lors même que je fus ir arrivé à l'âge de discrétion et après que tu eus « daigné , ô Seigneur ! me retirer de l'abime de « l'hérésie et ouvrir mes yeux à la connaissance « et à la pratique de ta véritable religion , toi qui tf avais si souvent garanti ma tête dans les jours (€ de combat^ qili m'avais si souvent délivré des u dangers de la mer^ du tumulte de ses vagues « et dé la fureur du peuple. » •
Mais quoiqu'il ne craignit pas de publier ses désordres passés /il faisait tout ce qu'il pouvait pour cacher sa pénitence. La Reine disait ne Tavoir jamais vu si confus qu'une fois qu'elle avait ^ par hasard^ aperçu sa discipline. Il avait
ddnc soin que sa conduite, aut yeux du monde, parût aiftant que possible telle qu'elle avait toujours été. Il entretenait ses sujets et les personnes de la Cifur de Frabce avec la même affabilité et le même enjouement qu'à l'ordinaire^ continuait d'aller à la chasse, et, de peur de singularité ou d'affectation , n'évitait point les divertissemens de la cour , tels que bals et autres , lorsqu'il y était invité; mais il était loin de les chercher, non plus qu'aucun de ceux qu'il pouvait éviter sans inconvénient, car, bien que cela passe pour desamusemens nécessaires^ il pensait autrement et aurait voulu que l'autorité publique • retranchât tous ces dangereux divertissemens , comme le jeu , l'opéra , la comédie et autres semblables , et ceux qui n'auront pas lu ce qu'il a écrit sur ce sujet, ne sauraient s'imaginer à quel point il s'élève judicieusement contre de tels plaisirs. Ainsi armé et prémuni , il ne trouvait qu'une nouvelle source de ferveur dans ces amusemens qui nourrissent si fort l'esprit de vanité et étouffent en quelque façon dans les autres tout sentiment de chrétien. Le poison devenait pour lui une sorte de nourriture spirituelle, et semblable au rocher, ces vagues qui troublent et dérèglent d'une manière si fâcheuse la généralité des hommes non-seulement ne pouvaient l'ébranler, mais servaient mémeà le laver. Lorsqu'il était laissé à son propre choix, il cherchait les occu-
patipQS.les plus oopformes à la vie de pénitence ou la Providence Tavait fait entrer , et évitait ai acrupuleusement de mal employer son temps, qu'il a écrit à ce sujet certaines règles de distribution Doa moins judicieuses et prudentes qu'elles sont pieuses tt édifiantes; mais il n'est pas nécessaire de faire ici mention des lettres et traités de dévotioD^qui nous restent de sa main et qui suffiraient pour composer un volume , je ferai seulement connaître 9 par un petit nombre d'exemples né-^ cessaires à l'histoire de sa vie y de quelle manière il employait géhf^ralement ses méditations.
L'année, qui suivit la pai«. Sa Majesté Très- Chrétienne, partie pour l'amusement et Tins-, traction de ses petits-enfans > et partie pour convaincre le monde que c'était un motif chrétied et non le besoin d'argent qui l'avait rendue si facile sur les conditions, forma un camp à Corn-* piègne. Jamais on- n'a. vu uii plus grand. luxé de bonne chère ni une telle somptuosité de vêtemeus et d'équipages. Le Roi y fut invité, et à son retour, selon sa coutume, il tourna le tout au profit de la spiritualité, « Je viens ^ dit-il, du camp de Compiègqe, jamais rien en ce genre ne fut plus digne d'être vu, jamais il n'y eut une armée de cinquante ou soixante mille hommes si bien choisie, si bien vêtue, si bien montée; que de soins et de peine n'ont pas pris les officiers, que d'argent n'ont* ils pas dépensé poar se dis-
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^tinguer enx, leurs régimens^ ou même chacune de leurs compagnies ^ afin de gagner la faveur dr leur|>rince ! Ils me'rilent d'en être loués, et n'ont fait que leur devoir; mais en même temps je ne puis m'abstenir de cette triste réflexion : combien peu d'hommes de cette redoutable armée songent à leurs devoirs envers le Roi des rois, qui a fait tant d'honneur à leur profession que de se dire lui-même Dieu des armées I » Et il continue de la même manière^ déplorant le peu de confor-r mité qu'on aperçoit dans la vie et l'entretien de la généralité d'entre eux avec la religion qu'ils prafessent , la peine qu'ils prennent pour des bagatelles, et leur négligence irréfléchie sur ce qui est seul important et durable.
Ce zèle, qui le portait à tâcher de faire sentir au2 autres leurs obligations envers Dieu et h les engager à vivre selon la raison et la religion, s'^ tendait jusque sur les personnes du plu$ haut rang. Sa reconnaissance et son attachement personnel pour Sa Majesté Très-Chrétienne , en qui il reconnaissait le sentiment de ses devoirs, ^o-^ bligèrent à lui représenter, aussi fortement que le permettait la décence, ce qu'il croyait voir en . elle dcrepréhensible; il prit plus de liberté encore avec le duc d'Orléans son frère , et le poussa avec véhémence suir certaines faiblesses dont il dé^iirait vivement de le coriger. Ces pieuses exhortations étaient secondées par des prières journalières; sefi
ennemis^ qu'il n'était pas en situation d'exhorter, y avaient au moins leur part: Il comptait dans le nombre^ d'abord ses sujets^ l'Empereur, le roi d'Espagne, lord Sunderland nominativement; il priait même pour le prince d'Orange, et suppliait le Tout-Puissant de le prendre en misëricord<;, de toucher son cœur , de le conduire à un prompt repentir, en telle sorte que, véritablement converti , il pût obtenir la vie éternelle. Ainsi la mémoire des injures qu'il avait souffertes était si loin de lui inspirer aucun ressentiment , qu'il voyait seulement les avantages spirituels qu'il en avait recueillis, et «c'était pour cela qu'il remerciait Dieu si souvent de ce qu'il appelait ses malheurs apparens, a de l'exil qu'il avait subi dans sa jeunesse, et ensuite de la perte de ses trois royaumes, sans quoi , disait-il ^ il n'aurait jamais connu la vraie religion , ni vécu conformément à ses préceptes. » Sa ferveur pour satisfaire la justice de Dieu sur ses désordres passés ne lui permettait pas de se contenter des souffrances qu'il subissait en cette vie. Il désirait que ces peines s'étendissent dans l'autre , et il demanda à son confesseur si , comme son âge et son rang ne lui permettaient pas de faire de ses péchés une pénitence conforme à l'horreuret l'aversion qu'ils lui inspiraient, il ne devait pas se réjouir de souffrir plus long-temps les peines du purgatoire, et en conséquence s'abstenir de demander les prières de l'Eglise pour sa
prompte délivrance ; mais son confesseur et Tabbé de la Trappe, qu'il consulta aussi sur ce point , bien qu'étonnes et édifiés de son zèle ^ lui dirent qu'on ne pouvait désirer de voir Dieu trop tôt, et qi^'il était plus parfait de désirer d'en jouir que de souffrir pour lui.
Ces pensées et ces méditations l'avaient tellement familiarisé avec l'idée de la mort que toutes ses terreurs ne pouvaient l'empêcher de la désirer, non par la crainte de souffrir en te monde , car c'était là ce qu'il cherchait , mais par la crainte de retomber; il connaissait la faiblesse des hommes et ne se méfiait de personne plus que de lui-même. Cela lui faisait dire souvent qu'il désirait de niourir, quoique, selon ses propres expressions, il consentit à vivre. Les paroles de Saint-Paul sur ce sujet , et un grand nombre de passages des Pères, le confirmaient dans cette appréhension des dangers continuels auxquels sont exposés les hommes les plus saints. Il se rappelait souvent comment Saûl et Salomon, si hautement favorisés de Dieu , en avaient cependant donné de terribles exemples; que David était retombé dans de graves péchés, et que St. -Pierre avait renié le Christ. C'était donc^ selon lui, une jgrande présomption dans un faible roseau de ne 'pas désirer de se voir à l'abri des terribleis tem- . pêtes qui avaient renversé ces superbes cèdres. D^ïilleurs sa reconnaissance envers le Tout-Puis-
âant qui, dans le temps où il vivait comme en guerre contre sa sainte loi, l*avait conçlùit par la main datis les voies du salut, lui faisait dé^ sirer de se voir hors du danger de Toffenser; et puisque cela ne pouvait s'obtenir tant qu'il vivrait en ce monde, il désirait, pour cette rai- ^son , en sortir. Il ne voulait pas convenir que la terreur des jugemens de Dieu dût s'opposer à ce désir; car puisqu'il fallait y arriver à la fin^ plus tôt on y venait, plus tôt on cessait d'être en pouvoir de l'offenser. Il avait souvent là-dessus des contestations avec ses amis : ce qui l'engagea à écrire à ce sujet plusieurs traités ; mais persoinne n'était plus alarmé de ces pensées que la Reine, qui, incapable de supporter Tidée d'une pareille séparation , s'afSigeait vivement des sentimens du Roi, et craignait que ses prières ne fussent exaucées. Elle lui représentait combien il était nécessaire au public, et surtout à ses enfans; mais il était impossible de lui persuader que sa vie fût importante pour les autres. C'était, di- , . sait-il , une haute présomption à un homme, quel qu'il fût, de se croire nécessaire en ce monde^ comme si .Dieu ne pouvait pas acconaplir son œufvre sans lui. Et un jour que la Reine, disputant avec lui sur ce point, lui disait, les. larmes» aux yeux : w Est-il possible. Sire, que vous sont( giez si peu à moi et à vos enfans? Que devien- K drions-noussi vous n^y étiez plus? — Madame,
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« répondit-il , Dieu prendra soin de tous et de u nos enfans. Que suis-je? un homme faible et « misérable , incapable de rien faire sans lui y c< tandis qu'il n'a pas besoin de moi pour*exé- (c cuter ses desseins. » Et lorsque quelqu'un , qui se trouvait présent > voyant combien te discours affligeait la Reine ^ le pria de n'en plus tenir de pareil devant elle, il répondit : ce Je le fais à « dessein de la préparer; selon toutes les pro- « babilités et le cours de la nature je dois mourir a le premier 9 et un coup attendu fait une moins ce forte impression. » Il demeura donc inébranlable sur ce point; y trouvant cet avantage , ainsi qu'il l'avait souvent représenté à d'autres^ que c'est un grand point de gagné lorsqu'à force de désirer la mort on peut la regarder en -face d'un maintien ferme, et paraître se réjouir de ce qui naturellementporteavec soi la plus grande terreur. Ainsi ce pieux prince sanctifiait ses souffrances et en faisait les germes féconds d'une immortalité bienheureuse. Elle commençait à s'apprpcher de lui; car, le 4 mal*s 1701 (i)> il se trouva mal
(i) <% Ce fut, selon Sommers, le Yendredi-Saînt qu^il se trouva mal , au moraent où , il chantait les deux premieFS versets du dernier chapitré des Lamentations : Rappelez'» vous y 6 Seigneur ! ce qui nous est arci^é. Considérez et voyez notre opprobre ; notre héritage est passé aux étrangers y et notre maison a ceux qui ne nous' sont rien. Le Roî en l'eçiit une telle impression que, malgré son voyage auK
dans la chapelle : cependant ^ revenant à lui pende temps après , il parut^ au bout de quelques heures, parfaitement rétabli ; mais huit jours après il fut frappe d'une attaque de paralysie comme il s'habillait. II eut un côté tellement frappe qu'il avait de la peine à marcher, et perdit, pour quelque temps, l'usage de la main droite; mais les ventouses, re'métique, etc., le lui rendirent, et il put rçcommencer à marcher assez bien. Les meV decins jugeant que les eaux de Bourbon le rétabliraient parfaitement, il y alla environ trois semaines après. À son retour il ne boitait presque plus, mais il se plaignait d'une douleur dans la poitrine et crachait de temps en temps le sang. Cela avait commencé même avant son départ pour Bourbon , et donna lieu de craindre que l'émétique, qui pouvait lui avoir été bon pour sa paralysie^ m'eût occasionné une lésion au poumon.
eaux de Bourbon , il ne se releva jamais entièrement. » (V. Sommers stracts^ tom. ïi, pag. 34i > édition i8i4-) Si ce fait est vrai, il peut paraitreT assez singulier qae le rédacteur des Mémoires de Jacques n'en ait pas fait mention^ d'autant plus qu'on verra plus tard qu'il remarque que la mort de Jacques arriva un vendredi, précisément à l'heure de la mort de Notre Seigneur : ce qu'il paraît attribuer aux dévotions particulières que Jacques avait attachées à cette heure de la passion du Seigneur, afin d'obtenir la grâce d'une heureuse mort.
{Note de V Editeur.)
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Cependant il parut recouTter des forces ; il pi^it l\iir comme à Tordinaire, et monta quelquefois à cfieval; mais le vendredi, 2 septembre, ilfut pris dans la chapelle d'un évanouissement setnblable au premier. Il revint à lui lorsqu'on Teilt transporte dans sa chambre» Ce fat une cruelle vue pour la Reine désolée, d'autant qu'il retomba évanoui dans ses bras une seconde fois. Il fut cependant assez bien le lendemain; mais le dimanche* il tomba dans un nouvel évanouissement et fat quelque temps sans mouvement. Enfin on lui ouvrit la bouche de force et il vomit une grande quantité de sang, ce qui jeta dans le dernier effroi la Reine et tous ceux qui étaient là, excepté lui. Ses longs désirs de la mort lui en avaient rendu la pensée si familière, que ni les terreurs, ni les tourmens qui accompagnent son approche, ne lui donnèrent la moindre anxiété ni le moindre trouble. Il n'y eut pas besoin de l'exhorter à «ci résigner ni à se préparer comme il le devait; ce fat la première et Punique chose dont il s'occupa. La veille précisément du jour de son attaqipie, il avait fait une confession générale. Aussitôt que son vomissement eutcessé, il pria son confesseur d'envoyer chercher le Sàint-Sacremènt, et , pensant qu'il n'avait pas long-temps à vivre, l'engajgea à se presser, lui recommahdant d'avoir soin de ne manquer à aucun des rites de l'Eglise. En même temps il envoya chercher le prince son 4. 29
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fils^ qui^ au momeat oii il entra ^ voyant le Roi pâle et Tair mourant ^ et le lit couvert de sang, laissa éclater I ainsi que tout ce qui Tentourait, la plus violente douleur. Le Roi^^ lorsqu'il arriva au chevet de son lit > étendit , avec un air de satisfaction , ses bras pour ^embrasser, et lui pai^ lant avec une^ force et une véhémence proportionnée à son^zèle et à l'état de faiblessje où il se trouvait, le conjura d'adhérer fermement à la religion catholique, quoi qu'il en pût arriver; d'être fidèle au service de Dieu, respectueux et obéissant envers la Reine , la meilleure des mères, et à jamais reconnaissant envers le roi de France, à qui il avait les plus grandes obligations. Ceux qui se trouvaient là craignant que la vivacité et la ferveur avec lesquelles il parlait ne lui fissent mal engagèrent le prince à se retirer. Le Roi en fut chagriné , et dit : « Ne m'ôtez pas mon fils fc jusqu'à ce que je lui aie donné ma dernière (( bénédiction. » Lorsqu'il la lui eut donnée, le prince retourna à son appartement, et on amena près de son lit la petite princesse, à qui il parla dans le même sens. Elle, en même temps, par Tubondance de ses innocentes larmes , montrait combien elle était sensiblement touchée de l'état de faiblesse où elle voyait le Roi son père. Non content d'avoir parlé à ses enfans, il fit, avec la plus grande ferveur et toute la piété imaginable, une sorte de courte exhortation à tous ceux qui
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l'entonraient^ et surtout à lord Middleton et à ses autres serviteurs protestaus , qu'il exhorta à embrasser la religion catholique. Il apporta dans cette exhortation tant de force et d'énergie , qu'il leur fit beaucoup d'impression; et il leur dit qu'ils pouvaient croire sur ^assurance d'un mou*^ rant^ que lorsqu'ils se trouveraient dans le même ëtat que lui, ils éprouveraient une grande consolation d'avoir suivi son exemple et ses avis.
Lorsqu'il vit arriver le Saint -Sacrement, il s'éoria : « L'heureux jour est enfi:n venu! » puis il se recueillit pour recevoir le saint viatique. Le curé s'approcha de son lit, et, selon la coutume en pareille occasion > lui demanda s'il croyait en la présence réelle et substantielle du corps de Notre- . Seigneur dans le Saint-Sacrement? A quoi il ré-** pondit : (c Oui, j'y crois, j'y crois de tout mon cœur; n puis ayant passé quelques momens dans un recueillement spirituel , il désira recevoir le sacrement de l'extrême- onction, et porta dans toutes ces cérémonies une piété exemplaire , et une sin«gùUère présence d'esprit.
U ne pouvait y avoir de meilleures occasions de déclarer publiquement qu'il mourait en parfaite charité avec tout le monde , et qu'il pardonnait du fond de son cœur à tous ses ennemis; et^ de peur qu'on ne pût douter de sa sincérité à l'égard de ceux dont il avait plus à se plaindre que des autres > il nomma spécialement le prince d'O-
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range , la princesse Anne de Danemarck sa fille; et s^adressant à son confesseur d'une manière encore plus particulière^ lui dit : ce Je par-* f< donne aussi de tout mon cœur à l'Empereur. » Mais^ dans la Térité^il n'avait pas attendu ce rao-'ment pour accomplir le devoir chrétien du pardon des injures. Son cœur avait été si éloigné de tout ressentiment^ qu'il regardait ceux qui les lui avaient fait subir comme ses plus grands bienfaiteurs ^ et déclarait souvent qu'il avait plus d'oblîg^ions au prince d'Orange qu'à qui que ce fut au monde. Pendant tout ce temps^ la pauvre Reine^ hors d'état de se soutenir, était tombée à terre auprès du lit, en bien plus grande angoisse que lui, et autant que lui privée de toute apparence de vie. Le Roi fut sensiblement touché de l'excès de sa douleur, et parut en souffrir plus que de toute autre chose. Il lui dit tout ce qu'il put pour la consoler et l'engager à se résigner en ceci, comme elle le faisait en toute autre chose, à la volonté de Dieu ; mais elle demeura incopsolahle jusqu'à ce que voyant un mieux sensible^ elle Roi ayant assez bien^passé la nuit, il lui parut qne son état n'était pas désespéré > et qu'on pou* Vait concevoir quelque espoir de guérison.
Le lendemain , Sa Majesté Très - Chrétienne vint voir le Roi , et descendit comme tout le monde à la porte du château, pour éviter à Sa Majesté le bruit de la voiture. Le Roi la reçut avec an-»
tant d'aisance et d'affabilité qu'à l'ôrdinairfî. It était mieux ce soir-là, et^ quoique dans la nuit suivante il se trouvât de nouveau assez mal, le mercredi ayant rendu beaucoup de sang par en bas, il fut soulagé, la fièvre tomba et l'on eut de grandes espérances de voir son état s'améliorer. Le dimanche , Sa Majesté Très-Chrétienne lui fit une seconde visite. 11 la reçut , ainsi que les princes et les personnes de distinction qui ve-^ naient sans cesse le voir, avec autant de présence d'esprit et de civilité , que s'il n'eût senti aucun mal. Mais le lundis il tomba dans l'assoupissement, et tout espoir de rétablissement s'évanouit'. La Reine était près de lui quand la maladie com<^ mença à tourner ainsi ; ce fut aussi pour elle une sorte d'agonie. Le Roi le vit et en fut touché, et, malgré l'état d'affaiblissement où il se trouvait , il lui dit : u Madame, ne vous affligez pas; je vais, « j'espère, à la félicité. » A quoi la Reine répondit: i/i Sire , je n'en doute pas» Aussi n'est-ce pas votre « situation que je déplore, c'est la mienne. » Alors > surmontée par la douleur, elle fut au moment de s'évanouir. Le Roi s'en apercevant , la pria de se retirer^ et ordonna à ceux qui se trou* vaient présens deia conduire à sa chambre. Après quoi l'on commença les prières des £(gonisans. Le Roi demeura cependant à peu près dans le même état toute la nuit, durant laquelle il reçut de« nouveau le Saint-Sacrement , avec là piété la
piiis exemplaire. Il renouTela sa déclaration de pardon, nommant à haute voix le prince d'Orange, }a prince&se Anne sa fille, et TEmpereur; il dit qu'il désirait qu'ils sussent qu'il leur pardonnait. Les médecins lui avaient pendant tout ce temps fait prendre du quinquina, et, quoique ce fût la chose au monde qu'il eût le plus en aversion, il pe refusa jamais de le prendre. Ils jugèrent à propos de lui mettre les ventouses en plusieurs endroits, ce qui le tourmenta beaucoup; cependant il le SOufFritsans jamais se plaindre, et sans en montrer la moindre déplaisance, non plus que de rien de ce qu'ils lui ordonnaient. Ce n'était ni l'espoir de guérir, ni la crainte de la mort qui l'engageaient ainsi à se soumettre. Il désespérait de sa guérison et souhaitait de mourir; mais il croyait que la perfection était dans l'obéissance , et que sa patience à souffrir ces remèdes inutiles à son corps tournerait au profit de son âme.
Il passa toute la journée du lendemain dans le inéme assoupissement. Il ne parut prendre garde à rien, excepté lorsqu'on disait les prières; il y était toujours attentif, et par le mouvement de ses lèvres semblait lui-même prier continuelle^ ment. Le mardi i3, vers trois heures, Sa Majesté Très-Chrétienne vint une troisième £bîs, et lui déclara ses résolutions à l'égard du prince: elle ne jiui en avait rien dit dans sa première visite, et A^avait mjême encore rien déterminé à cet égard.
Mais^ voyant le Roi à l'extrémité , elle avait jugé devoir prendre un parti , et avait assemblé son conseil. La plupart de ceux qui le composaient crai-* gnaient que si^ aprèsla mort de Sa Majesté, le roi de France reconnaissait le prince pour roi d'Angleterre, cela ne pbngeàtla nation dans une nouvelle guerre, dont elle avait Ik plus grande terreur,. On chercha donc dea expédiens pour éloigner au. moins la chose; mais le dauphin, le dlic de Bourgogne et tous les princes trouvèrent si injuste et si contraire à la dignité de la couronne de France d'abandonner un prince de leur sang qui deman«daitet méritait à si juste titre leur protection,, qu'ils furent tous d^avis contraire (i); et comme le roi Très-Chrétien en jugeait de même , il était venu pour ledéclarer^à Sa Majesté. Il alla d'abord trouver la Reine, et l'informa de sa résolution , ce qui lui donna quelques consolations dans Ta profonde affliction où elle était plongée. Il envoya ensuite chercher le prince, et lui promit que s'il plaisait à Dieu d'appeler à lui le Roi son père , il lui en servirait. Le prince exprima sa recon- Baissance d'une faveur si signalée , et lui dit qu'il le trouverait aussi soumis et aussi respectueux que s'il était son fils. Après quoi il retourna dans
(i) Le dauphin s'éleva le premier et très-vivement contre. Favis des ministres; lorsqu'il eut parlé, le Roi dit : Jesuù^ dfi tavis de Monseigneur , ce qui entraîna tout le restç.
SOQ appartement. Sa Majesté Très^Chrétienoeeii' tra alors chez le Koi^ et^ s'approchent de qqzi lit^ lui dit : « Sire 9 je suis venu savoir comment se Cl trouve aujoui^d'hui Votre Majesté ; » mais le Rcii, qui n'entendit pas , ne fit pas de réponse. Uu de ceiuc qui étaient auprès de lui lui dit que le roi de France était là ; alors il se souleva en disant : « Où est-il ?» et commença à le remercier de toutes ses bontés^ et particulièrement du soin et de ratt^hement qu'il lui avait témoignés durant sa maladie; à quoi Sa Majesté Très-Chrétienne répondit-: « Sire> cela qe v?ut pas la peine fc d'en parler, j'ai à vous dire quelque chose de « plus important. » Alors ceux qui entouraient le Roi 5 supposant que le roi de France voulait lui parler en secret , pai^urent vouloir se retirer, car la chambre était pleine de monde. Sa Majesté Très- Çjirétienne s'en apercevant dit fort haut : «Que peri< sonne ne s'en aille; )i puis continua ainsi : «Je ff cuis venu , Sire, pour vpus ftiire connaître que w lorsqu'il plaira à Dieu d'appeler à lui Votre ce Majesté, je prendrai voire famille sous ma <c protectiou, et traitera votre fils, le prince de ii G^Ues, comme je vous ai traité, le recoi^nais- « sant pour roi d'Angleterre comme il le sera <( alors. » A ces paroles , tous, ceux qui étaient là, tant Français qu'Anglais, fondirent en larmes, ne pouvant autrement exprimer le fnélange de joie et de douleur qui s'était si singulièrement
emfMiré d'eux. Quelques uns cependant se jetèrent aux piads de Sa Majesté Très-Chrétienne; d'autres par leurs gestes et leur maintien , beaucoup plus expressifs en certains cas que ne pourraient Tétre des discours^ exprimèrent leur reconnaissance pour une action si généreuse. Sa Majesté Très- Cbrétienne en fut si touchée qu'elle ne put ellemême s'empêcher de pleurer. Le Roi s'efforçait^ pendant ce temps > de dire quelque chose; mais le bruit était trop grand dans sa chambre^ et il était trop faible pour se faire entendre (i). Sa Majesté Très-Chrétienne prit alors congé et s'en alla. En retournant à sa toiture elle appela l'officier de garde chez le Roi^ et lui ordonna ^ aussitôt que le Roi serait mort^ de faire auprès dn prince de Galles le même service > et de lui rendre les mêmes honneurs qu'au Roi son père.
Le lendemain le Roi se trouvant un peu mieux y on permit au prince de venir le voir, ce qu'on ne lui permettait pas souvent, parce qu'on avait remarqué que lorsque le Roi voyait son fils, cela lui donnait une émotion capable, à ce qu'on
(i) Sommers prête à Jacques, dans cette occasion et en deux oa trois autres, des discours beaucoup plus suivis que ue pouvait le lui permettre sou ét^t , et qui difïerent d'ail-^ leurs assez de ce récit, beaucoup plus authentique, pour qu'on n'ait pas cru devoir le rapporter ici. Un Anglais , nominé Richard Westall, a fait de cette dernière scène un tableau, à ce qu'il parait assez estioié en Angleterre.
cr9ignait^ de lui faire mal. Aussitôt que le prince entra dans la chambre^ le Roi étendant l^s bras ▼ers lui pour l'embrasser^ lui dit: « Je ne tous « ai pas vu depuis la visite de Sa Majesté Très^ if Chrétienne , et la promesse qu'elle m'a faite de cr vous reconnaître après ma mort. J'ai envoyé « lord Middleton à M arly^ pour l'en remercier. » C'était ainsi que ce saint Roi parlait de l'approche de sa mort^ non-seulement avec indifférencemais avec satisfaction , depuis qu'il savait que son fils et sa famille n'en souffriraient pas , et se préparait à la recevoir3 s'il était possible^ avec plus de joie encore qu'auparavant. Cette heure bien-' Jieureusé était peu éloignée^ car le jour suivant il s'affaiblit beaucoup, fut pris de continuelles convulsions ou tremblement dans les mains, et le lendemain vendredi i6 septembre, vers trois heu* res de l'après-midi , rendit son âme pieuse entre les mains de son Rédempteur, à l'heure même de la mort de notre Sauveur, à laquelle ilavait toa^ jours eu une dévotion particulière pour obtenir une heureuse mort.
Il serait sans fin de rapporter tous les exemples qu'il donna, durant sa maladie, d'une dévotion et d'une piété exemplaire. Il ne cessa pas de prier aussi long-temps qu'il en eut la force, et lorsque tombé dans l'assoupissement il semblait d'ailleurs ne prendre garde à rien, il parut par ses réponses et par la manière dont il suivait les^
prières 9 que son assoupissement ne s'étendait pas jusque-là; et quoiqu'à la fin il eût presque tou* jours les yeux fermes pendant la messe qu'on disait tous les jours dans sa chambre*, il se montra aussi vigilant et aussi attentif que s'il eût été en parfaite santë, et cela jusqu'au jour même de sa mort. Il ne se plaignit jamais d'aucun remède ni d'aucune opération, quoiqu'il eût un extrême dégoût pour le quinquina, et que les ventouses le fissent beaucoup souffrir. Il se soumit entièrement aux volontés des médecins; seulement il disait quelquefois que si ce n'avait paa été pour Tamour de la Reine et de son fils , il n'eût paâ; consenti à tant souffrir pour une chose dont il se souciait si peu.
Il demeura ainsi quinze jours entre la vie et Ja mort. Le triste maintien de ceux qui entouraient continuellement son lit, eût élevé danâ l'âme d'tin homme de moindre foi, de terribles craintes sur le coup fatal qui s'approchait; mais il parut, durant tout ce temps, indifférent à ce qui se passait, si ce n'est qu'il s'efforçait d'emjployer avec plus de ferveur que de coutume les précieux momens qui lui demeuraient encore pour travaillera sou bonheur éternel. Ainsi tandis (que ses forces déclinaient , la foi et là piété semblaient Fanimer au-dessus des forces de la nature. Jusqu'au dernier moment, le nom de Jé'^ sus Pavait éveillé de sa mortelle léthargie; sourd
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en apparence à tout le reste , il entendait toutes les prières 9 en même temps qu'il supportait les souffrances qui précèdent la mort comme si sod corps avait perdu toute sensation; car ^ lorsque lui demandait comment il se trouvait , il répondait toujours qu'il était bien^ et à la civilité^ à l'aisance avec lesquelles il recevait les princes et gens de qualité qui venaient sans cesse lui ren* dre visite^ on eût cru effectivement qu'il en était ainsi. L'avant-veille de sa mort, la duchesse de Bourgogne étant chez lui , il ne voulut pas qu'elle s'approchât de son lit à cause de la mauvaise odeur. Le jour suivant , paraissant déjà à 1 agonie , il souleva encore sa tête pour saluer le duc de Bourgogne, et en fit autant à quelques autres personnes. Enfin , tant qu'il eut l'usage de la parole, il l'employa à prier Dieu, à pardonner à ses ennemis et à proférer sa profession de foi> commç il le fit trois jours avant sa mort, avec {oute la fermeté et la ferveur imaginables, en présence du nonce du Pape , qui l'était venu voir.^ Il exhorta continuellement ses sujets, ses seryi** teurs, mais surtout ses enfans, à servir Dieu, et à ne se laisser entraîner par aucune considération terrestre «à abandonner la vraie religion et les voies de la vertu. Quand il lui devint pénible de parler, on continua de voir par ses gestes, ses regards et même $on silence, que son esprit était fi:ii:é sur Dieu, et qu^il conservait sa connaissanceeo
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quelque sorte jusqu^au dernier moment; ilpârut^ an moayement de ses lèvres > qu'il pria jusqu'au moment oh son âme se sépara de son corps^ La Reine^ qui durant sa nialadie avait été elle-même dans une continuelle agonie, lorsqu'elle apprit qu'il Tenait de rendre le dernier soupir^ fut égale'' ment prête à expirer; car jamais on n'avait vu Un plus parfait eiemple d'affection conjugale que dans cette vertueuse princesse : aussi le tourment que lui causa la séparation fut-il inexprimable; elle ne semblait vivre que lorsqu'il y avait qnel-^ que espérance de guérison, et lorsque cette espérance fut perdue, elle s'abandonna à un tel excès de douleur, qu'elle méritait réellement plus de compassion que le Roi qui, par une vie Sainte et sanctifiée, avait heureusement terminé une vie de mortification et dç dévotion chrétienne. Elle se rendit sur-le-champ à ClSillot, couvent de religieuses, où elle avait coutume de faire de fré^ quentes retraites, pour y pleurer dans l'amertume de son âme la perte qu'elle venait de faire et demander des consolations à celui qui lui avait envoyé l'affliction, et pouvait seul lui donner les moyens de les supporter. Dès que la première angoisse de sa douleur fut apaisée,, elle ne man« qua pas d'obéir au dernier commandement du feu roi , et écrivit à la. princesse de Dànemarck la lettre suivante :
« Je regarde comme \in devoir indispensable
(f de m'acquitter^ sans plus tarder y' de la corn-** (c mission que m'a laissée pour vous le meilleur « des hommes et le meilleur des pères. Peu de «jours avant sa mort,. il me chargea de trouver « les moyens de vous faire connaître qu'il vous « pardonnait du fond du cœur tout ce qui s'était « passé 9 et priait Dieu de vous le pardonner égaie lemént; qu'il vous doanait sa dernière béoé-* « diction , et priait Dieu de convertir votre cœur (c et d^ vous confirmer dans la résolution de réw parer envers son .fils le tort qui lui a été fait fc à lui-même. J'ajouterai seulement que je joins u de tout mon cœur mes prières aux siennes, et « quejemettrai toute mon application à inspirer « au jeune homme laissé à mes soins les senties mens de son père, car personne n'en saurait ce avoir de meilleurs. 27 septembre 1701. n .. On ne saura itdoùtCT que la princesse de Danemarck ne fût touchée de cette lettre ; elle était ou prétendait être depuis long-temps disposée à réparer , jusqu'à un certain point , les torts.qa'po avait eus envers son père; mais le prince d'Orange étant mort p$u de temps après , l'ambition étouffa les bpnnes semences qjii'eussent peut-être pu faire gernier en son sein les charitables et pieuses ex-^ hortations de son père mourant, et effaça le souvenir de toutes les protestations qu'elle avait faites de réparer des injustices reconnues par elle-même au moment oii elle se trouvait dans l'affliction,
mais qu'elle oublia lorsque son tour vint de re* cueillir les fruits de la commune désobéissance* Le corps du Roi demeura exposé vingt-quatre heures dans la chambre où il était mort. On chanta toute la nuit près de lui FciBce des morts ^ et toute la matinée on dit des messes à deux autels élevés des deux côtés de la chambre. Telle avait été pendant sa vie son humilité y qu'il avait résolu qu'elle le suivrait au tombeau ^ et avait ordonné ^ par son testament , qu'on enterrât son corps dans la paroisse sur laquelle il mourrait j sans plus de dépenses qu'on n'avait coutume d'en faire pour un simple particulier. Il ne voulait^ pour tout monument et pour toute inscription ^ qu'une simple pierre avec ces paroles : Ci-git le roi Jacques. Il avait informé le curé dis ses intentions, et lui avait ordonné d'insister pour qu'elles fussent accomplies; mais Sa Majesté Très-Chrétienne dit que c'était la seule chose qu'il ne pût lui accorder. Il fut donc embaumé dans la soirée : une partie de ses entrailles fut portée à l'église de la paroisse y et le reste au collège anglais à Saint-Onier. La cervelle et la partie charnue de sa tête furent placées au collège écossais de Paris > où le duc de Perth (i) fit élever^- à ses frais ^ un beau monu-^ meqt , témoignant combien le collège se sentait honoré de posséder ces précieuses reliques.
(i) Ji^cquesl'iaYaît nommé «n 1696 gouverneur de son fils^
Sitôt que la distribution en eut été faîte , et que tout fut prêt pour emporter son corps, on partit ▼ers sept heures du soir pour i'e'glise des Bëoédtclins anglais de Paris. Le cortège était compose du duc de Berwick^ du comte de Middleton, des chapelains de Sa Majesté' ^ et de quelques autres de ses domestiques. Partout sur son passage il était accompagné des pleurs et des lamentations non*seulement des sujets du Roi , mais des habitans des lieux qu'il traversait. On laissa don cœur à Chdiliot> comme il Tavait ordonné , et on s'arrangea pour n'y être que vers minuit^ afin que la Reine n'entendit pas le bruit ^ et ne sût pas l'heure de l'arrivée, et de lui épargner an surcroît de douleur qui aurait fait saigner de nouveau ses blessures si récentes: mais ni le silence de la nuit, ni la précaution qu'on avait prise de cacher l'heure à la Reine ne l'empêchèrent d'éprouver une sorte de pressentiment dec« qui allait se passer , et , quoiqu'elle ne le sût pa$ certainement , elle demeura tout le temps de la cérémonie dans l'angoisse et la douleur. Le secret qu'on avait gardé n'empêcha pas le peuple de se porter en foule à sa rencontre dans les rues de Paris ^ montrant , par des expressions à la fois de joiç et de douleur, l'affliction que causait sa mort et la satisfaction de conserver ces précieuses reliques. Lorsqu^on fut arrivé au couvent, le docteur Ingleton, aumônier de la Reine, remit son corps an
prièvi'^ JSiproDonçaun discours latiû élégamment écrit , aiofii qu'il l'avait fait en déposant son coôki' à ChailUt. Le /Corps fut .placé dans une^xies c4à- :y
pelles Utéralea.die l'/egUstt pour y de^i^tfèr jAisqVà ce quMLpJjaise^à Dîeuds disposer lësÂDg{àit$ à réparer eti quelqu&sorte leuirs torts envers Ittil durant sa.TÎQ pdrlesiioiuieurs qu'ils* jugeront k. proppSr de lui. rendre apràs sa:;niMMrt. ; , ^ - *
Il était un peu au-»dessus:de la taille moyevt^ëy bieû feit> t*-ès^nèrv«ax «t très^^fort. Il* avait ië visage l(m^9 le teint fbeau €t la physionomie ^^ gagpan.t^. j^^mluiliè^es étaient un peu'rdides et coptrainlje6^ îce qui le^. rendait rooids grâreiease^ que polieis et obligeaiûtes* Il était affjable^t^de facile accès; car^.ibîien que personne pe 0ocméi mieui: l'étiquette et ne l'observât plus esacteme^ii lorsqu'il. étoît .nécessaire ^ il neildnait point aîliC formes. Dia-ns la coi^ersation ella di^g^bri il s'ejQGo^çaît de convainore plutîàt |iapd<é bonnes rjsi i-^ sQns qx^ padrdies>ezpr6Ssioii^s choisies. Il hësilait tih petu t^n parlant 5 ce qurjnenllai^ son langage iueiiis agréable t^uO' solide et judicieax; lï^bhorrôi!'lia[ duplicité d^SiCdurs : eB^pouvaitcompter'sùr sbn amitié quand ilia prpcaettait^ et Ibrsq^fil n'était pas en élatderendnéservîeeauaigens:, il avait toii-< jours la £ra»éhi9e de le leur dirie. il étâitftya tùWllement violent et èalère$ inaiséuria'fiiïde'saf vië^ la vertu s'était parlaîlteiiieiit /rendue liiahtiesse'dé de ces dispositions ; aet^ da«rà sa jetfnéàse'Mi^nië dtés' 4. 5p
avaient eu jrarement assez d'empire. sur lui pour Fentraîner à aucune action malséante à son rang. Le feu et la Tivacité de son caractère s'étaient plus £siit Toir dans sa conduite à Tarmëe que dans celle qu'il avait tenue envers ses ennemis. Trop cou-' rageux pour marchander avec eux, il avait tou' jours été assez généreux pour leur pardonner^ mais trop prudent pour se fier à eux. Cependant it s'écarta^ à son préjudice , de cette dernière maxime au moment où elle lui aurait été le plus nécessaire, lise confia à des hommes qui l'avaient déjà trahi, et apprit bientôt, par sa propre expérience^ qu^ib . ne pouvaient être ni convertis par la clémence, ni gagnés par les bons traîtemens. Ainsi pendant le temps qu'il passa sur le trône , il fut aussi peu heureux à reconnaître ses ennemis qu'il lavait été précédemment dans le choix de ses amis.
Il aimait beaucoup l'exercice, particulièrement la promenade et la chasse; mais ce dernier diver-* tissement n'était pas capable , non plus qu'aucun autre , de lui faire négliger'les affaires auxquelles il avait une si grande application qu'elles paraissaient être du nombre de ses plaisirs. Il était en cela si remarquable, que dans sa jeunesse, malgré Tincertitude de sa situation pendant tout le temps de son exil, les distractions de la guerreet lesdésordres auxquels. il. s'était trouvé exposé d'iine manière si inévitable /non-seulement il accomplit toujours avec une grande exactitude les devoirs de ia situa-
lion où il se trouvait, raais tint un compte exact dé toutes les circonstances de sa vie; en sorte que k postérité lui doit des mémoires de sa main, les meilleurs peut-être qu'on connaisse avoir été laissés par aucun prince souverain.
Cette disposition le rendit toute sa vie trèsennemi de la boisson, dtt jeu et de tous les plaisirs opposés aux affaires, qui d'ordinaire en rendent incapable ou perdent du moins un temps qu'il a toujours regardé comme précieux et qu'il ménageait avec beaucoup de prudence. Aussi , ^uoiqu'emporté long -temps par des désordres qu'il a ensuite déplorés avec une si violente douleur, il ne s'en laissa jamais dominer au point de négliger ses affaires , de se laisser aller à des dépeoses extravagantes , ou d'oublier totalement ses devoirs , même dans le tetnps oh il les remplissait le moins. Cette disposition élevait dans son esprit de continuels combats, et mêlait tant d'amertume à ses plaisirs, qu'il a souvent avoué depuis , et en particulier dans ses conseils à son fils , que ses désordres lui avaient toujours donné plus de tourment que de satisfaction ; que durant tout le temps qu'il avait été adonné à ce vice il n'avait jamais joiii de lui-|aême, et n'avait jamais été deux jours entiers sans qu'il s'élevât pour lui , de cette source , quelque inquiétude ou quelque chagrin . Ce fiit un des motifs qui le retirèrent de ces plaisirs séducteurs, dont la plupart des
hommes 9 et. surtout des princes ^ se laissent si
difficileroent rappeler.
Il ayait été bon mari , métne durant le temps des faiblesses de sa jeunesse; mais il le devint surtout à la fin de sa vie, et répara ses infidélités passées par la plus tendre ^(Tection, mêlée à un sentiment de respect et de déférence pour les incomparables vertus de la Reine. Il trouva dans ces senliinens tant de douceur et ihéme 4*avantage, qu'il aTOua n'avoir jamais été véritablement heureux qu'alors; et,, de même que Jacob> compta pour rien ses souffrances et ses afflictions,» puisqu'il avait pour lés soutenir l'appui d'unetelle compagne. Il fut le pluâ imlulgent dts pères et le plus malheureux dans quelques uns de ses enfans* II fut le meilleur des maîtres et cependant le plus mal ^ervi. Il fut le plus cptistant des amis > et jamais prince ne trouva moiu^ d'amis dans ses jjlus grands besoins. Il était, comme je l'ai dit, si bon père, que non^seulement il cbérit ses. deux filles 9U-delà de toute expre^^ion, tant qu'elles denieurèrjent fidèles à leur devoir , n>ais ses soins et ses sollicitudes les suivirent même dans leur abandon. dénaturé; car lorsqu'il revint deSalis-^ bury et trouya la prince$se Anne partie, au lieu d'exprinxer le ressentiment que méritait une semblable injure, il parut; plus occupé jde sa santé que de la nionstrueu^e indignité de sa conduite; et 9 oubliant ^ quel point cette démarche pouvait
DE JACQUES il. 469
avoir une fâcheuse influence sur cette affaire^ il exprima la crainte qu'un voyage , entrepris si mal à propos, ne lui occasionnât une fausse couche. Ce qui prouve à quel point il était bon maître et bon ami, c^est que non-seulement il accumula les faveurs sur ceux qu'il avaîten affection, mais ferma l'oreille à tout ce qu'on put lui dire contre eux. Cela donna à ses favoris toute facilité pour le trahir, et ils purent faire tout le mal qu'il leur pliit à un maître qui ne voulait jamais croire le mal qu'on lui disait d'eux; tellement que dans cet âge d'ingratitude, sa clémence et sa bonté contribuèrent plus à sa perte que ne l'auraient pu les vices des plus cruels tyfans, et ils lui firent faire une pénitence plus sévète de ses vertus vraiment divines , que d'autres ne la font de leurs péchés ; en sorte qu'il put dire comme C|^ar mourant: Mené hos serpasse, ut èssent qui nîeperdetent.
Tant que vécut le Roi son frère , il fut un modèle d'obéissance; et lorsqu'il devint roi, luimême put servir d'exemple à tous les autres princes de toutes les quaUtés propres à faire fleurir une nation et à rendre un peuple heureux, si le malheur des temps, les méfiances à Tégard de la religion et la violence des mécontens, ne leur eussent fait tourner en. poîsons les alimens les plus salutaires , et ne le^ eût déterminés à se perdre eux-mêmes , plutôt que de ne pas perdre le meilleur des princes ; car 4'a bord ses infatiga-
bles travaux^ son application à s'instruire des fautes commises dans les régnés prëcédens, mettaient ses talens pour le gouvernement à Fabri de tout reproche, et s'il manqua en quelques uns de ces points, sur lesquels il avait si bien garanti les autres, ce fut faute d'avoir pour lui-même un aussi bon conseiller qu'il l'avait été pour le Roi son frère: car il n'est pas toujours aussi aisé de prendre un bon conseil que de le donner, surtout pour un prince qui, comme Je Roi, avait trop bonne opinion des autres, et une opinion trop modeste de lui-même. Cela le rendit moins prudent qu'il n'aurait dû l'être dans le choix de ses amis et de ses favoris, et lui fit moins prendre garde à ne s'en pas laisser tromper. Toutefois les erreurs de gouvernement qu'il put commettre furent moins de n^re à intéresser le bien-»etre de ses sujets que lc*sien propre.
Sa justice était tellement irréprochable, que ses plus violens ennemis, dans leurs innombrables calomnies, n'osèrent jamais lui reprocher la moindre faute en ce genre. Ce grand principe de faire aux autres ce que nous voudrions qu'on nous fit, fondement de toute société comme de toute vertu chrétienne ou morale , était toujours dans sa bouche et paraissait toujours également dans ses actions. Il avait une telle horreur de Tinjustice, que la crainte de faire tort aux autres ne lui permettait jamais d'agir d'après de simples soup-
çons, et qu'ainsi il différait le remède jusqu'à ce que le mal ne fut devenu incurable, et il était si loin de tendre au pouvoir arbitraire comme l'en ont accusé ses ennemis ^ que par ses scrupules à ne pas employer à leur égard lé pouvoir que la loi avait mis dans ses mains ^ il s'est enfin laissé tomber dans les leurs*
L'amour de ses sujets était si profondément empreint dans son cœur^ que jamais leurs infiiiéiités ne furent capables de l'en arracher; tant qu'il fut sur le trône , leur bien-être fut sa plus grande étude ^ et leurs souffrances sa plus grande peine. Lorsqu'il n'y fut plus, il était moins affecté du coup qu'il avait reçu, que de la main qui l'avait donné , et ne pouvait s'empêcher de prendre plaisir au spectacle de leur valeur ^ même quand elle s'employait contre lui avec le plus de violence (i). Ce fut dans la vue du bien de son peuple , et afin qu'il pût augmenter ses richesses, tandis que d'autres nations prodiguaient les leurs avec leur sang, qu'il ne voulut pas se laisser entraîner à cette fureur d'invasion qui dirigeait quelques autres puissances, et tourna contre luimême le coup dont il avait cherché à les garantir.
(i) Lorsqu'à la bataille de la Hogue il vît les marins anglais s'élancer en foule de leurs chaloupes pour grimper le long des flancs des gros vaisseaux de guerre français , il s'écria : « Il n'y a que mes braves Anglais qui puissent faire « une chose si courageuse ! »»
47^ MÉMoiaES
Il mettait un intarêtparticttirer au commerce dont les avaBtâges sont si grand» pour TAngléterre : aussi jamais priâcô ne è^y entendit ,iaieux et ne le fit pias prospérerv Rien ne lui échappait de ce qui y atalit rappQrt, et ce fut un de se3:grands motifs pour accoï'der la liberté' de conscience qui ramena, eft effet, en Angleterre tant de dissidens qui, éloignés par la crainte de la persécution , avaient porté à Leuwarden , à Lunebourg et dans la Frise, les manufactures d'étoffes de laine. Ce fut donc, comiiie on Va dit, pour l'amour an commercé qu'il se montra si éloigné d'entrer dans l'alliarice contre la France, voulant par le moyen de sa neutralité attirer entre les mains de ses sujets t0Ut le Commerce de l'Europe^ Anssi fut-ce un des grands motifs de l'hu- ]AeurdesHollandais,etC6quiles engagea, en dépit de leur avarice , à aid^r si libéralement et avec tant de perfidie à l'expéditiô^n du prince d'Orange. Ainsi , quoi qu'on e^ puisse dii^e , le Roi a été en grande partie le martyr de là partie commerçante de la nation, qui, enrichie par ses soins, a été la première à sedétacher dé lui ; et des hoiiimes jetés dans le dérèglement à force d'abondance, contribuèrent à faire peser sur lui, comme des çfimes, les choses auxquelles il s'était détermine' dans la vue de Içs rendre opulens et heureui.
Son économie était telle, que non-^-seulement il faisait les dépenses dé la liste civile sans aïoir
recours ami subsides parlementaires ^ mais encore Hsunissait d'armes et de vivres- les ports et les forteresses. Jamais les magasins n'avaient été si bien pourvus de provisions navales , les vaisseaux de guerre en si bon ordre, et les marins si bien payés. L'armée, quoiqu'elle blessât les yeux du peuple, ne lui était pas une charge, non-seulement il la payait ponctuellement vers le milieu de décembre, mais avait fait la dépense extraordinaire de l'équipement de la flotte, de l'augmentation des troupes et toutes celles qu'avait occasionnées l'invasion du prince d'Orange, Cependant il lai^a cent cinquante mille livres dans l'échiquier, et quatre cents millç de taxes arriérées; mais quoique le peuple vécût ainsi exempt de taxes, comme on ne lui donnait pas de parlement, il murmura de son bonheur, et crut sa liberté enchaînée jusqu'au moment où, par de fréquentes sessions , on lui donna le plaisir de payer quatre ou cinq millions par an. Ainsi cette augmentation de liberté pour laquelle lY a tant combattu, et dont il s'est si fort glorifié depuis la révolution, n'a été 'pour lui que le pouvoir de donner tout ce qu'il possédait.
Le courage du Roi faisait la terreur de ses ennemis, la force de sfes amis , et l'admiration de tous ceux qui le connaissaient. Dès son enfance, la guerre avait été sa passion dominante , et dès son enfance ilayait commencé à s'y exercer. Elle
fut son plaisir et devint dans son exil son grand moyen d'existence. Il eut deux grands maîtres dans cet art^ le prince de Condé et le maréchal de Turenne, dont il avait si entièrement gagné l'estime et l'amitié^ que le premier disait que si jamais un homme avait été exempt de peur, c'était le duc d'Xork, et que Tautre l'aimait et l'honorait à tel point, que lors d'un projet de descente avant la restauration , il avait résolu de lui prêter un corps considérable de troupes sans la permission de la cour , quoique le duc d'York fût alors au service d'Espagne, contre lequel ce généreux capitaine commandait l'armée française. Son courage après avoir honoré la nation dans l'étranger, la défendit lorsqu'il fut rentré en Angleterre, et devint à lui-même son principal appui, contre les innombrables traverses auxquelles l'exposa ensuite sa religion^ qui le rendît l'objet de la fureur du peuple dont il avait été le favori. A la vérité, ses ennemis ont prétendu que sa retraite d'Angleterre, sans avoir tenté un seul effort, et soii départ trop précipité de l'Irlande, avaient à un certain point terni sa réputation en ce genre ; mais quiconque examinera avec soin les circonstances plaindra son malheur, plutôt que de blâmer sa conduite, et se convaincra que la trahisoo et la désertion qui le surprirent en Angleterre , ainsi que les espérances d'une descente en France, au moment où il quitta l'Irlande, purent bien en«
traîner le plus sage et le plus courageux des ca^ pitaines à prendre le plus mauvais parti ^ comme il est certain qu'il le prit en cette occasion.
Mais malgré son goût pour la guerre^ sa pru-dence lui fit toujours^réfe'rer la paix. Il sentait bien^ quoique tout le monde ne fât pas de cet avis^ que^ moins un roi d'Angleterre aime la guerre, plus son peuple s'en trouve bien. Il voyait que le royaume n^avait tire des conquêtes d'Edouard III et de Henri V, d'autre avantage qu'une occasion perpe'tuellé de déplorer l'immense effusion de sang et la prodigieuse dépense qui se faisait en ces expéditions^ pour les finir à la honte et à la ruine de l'Angleterre. Il pensait que des entreprises sur le continent ne lui promettaient pas plus de succès ou d'avantages que n'en pouvaient prometti^e aux puissances continentales des entreprises sur l'Angleterre, qui , par conséquent , ne devait pas craindre qu'on voulût tenter rien de pareil. Il lui paraissait que les trois royaumes formaient ensemble un empire circonscrit, qui ne pouyait ni être envahi par le continent^ ni s'y éteudre. L^accroissement de commerce et de richesses était, il le savait bien , un avantage plus durable qu'une vaine renommée , et c'était là encore son motif pour ne pas entrer dans une gueri*e contre la France. Il calculait que le tiers des dépenses qu'il prévoyait que devait entraîner la guerre, pouvait , 31 on les mettait à accroître les forces m^-*
ritiroes de FAngletèrre , rendre la nation invincible , non-seulement pour la France, mais pour tout le reste du monde. Il fut déjrfué en ceci par l'obstination de quelques uns, Timprudence des autres 9 et l'artificieuse perfidie de plusieurs : ce qui joint aux flatteries d'abord des gens d'Eglise, et ensuite des fanatiques, le rendirent incertain de savoir de quel côte il devait tourner, et donnèrent à des ministres corrompus le moyen de l'entraîner dans des mesures qui amenèrent enfin la révolution.
Il e'tail de la pliis exacte véracité, et méprisait généreusement toutes sortes d'artifices et de dissimulation. Il avait en aversion cette ignoble haoileté, qui consiste à employer des termes équivoques, dédaignait de cacher ce qu'il croyait, et de dire Ce qu'il ne pensait pas, et était bien loin de mériter le reproche qu'on lui avait fait, d'être revenu sur les engagemens qu'il avait pris en faveur de la religion et des libertés du peuple. Il n'avait pas fait un pas dans cette affaire, sans avoir reçu des hommes savans dans la loi, et dans les anciens usages, l'assurance qu'il le pouvait faire sans manquer à sa parole ni aux lois, et si sa prérogative a été poussée au-delà des bornes légitimes, ou du moins convenables, il en faut accuser la corruption de quelques courtisans, et la faiblesse de quelques hommes trop disposées à flatter les princes, dans la vue de leur propre
intérêt^ et l'on ne doit point penser que le Roi ait eu en cela Tintention de manquer à ses engagemens; car il se rappela toujours sa promesse de mainteiiir ses sujets protestans de l'Eglise d'An* gleterre^ dans la tranquille possession de leurs privilèges 9 de leur religion , etc. Il renôuTela cette protuesse en toute occasion , mais ne pou* vait cependant renoncer à toute clémence envers^ d'autres 9 que malgré le préjugé populaire il ne croyait pas impossible à ramener. Il avait éprouvé par lui-même la perséciltion pour causé de re^ ligion y et il était naturel autant que glorieux à un si bon prince de donner à d'autres la liberté qui lui avait manqué ^ et dé compatir chez lîn si grand nombre de ses sujets à des souffrances qu^il avait lui-même éprouvées.
Tel était son zèle pour la religion^ qu'il y sacrifia non-seulement la faveur du peuple^ ses emplois et son pays^ mais enfin sa couronne même.. S'il a jamais manqué aux règles de Thumàitie prudence, ce fut pour l'amour de la religion, et son unique tort aux yeux du monde, si cela peut s'appeler un tort, fut d'avoir mis le service de Dieu au -dessus de toutes les considérations personnelles; mais comme ide là étaient venues ses peines, là aussi il trouva de quoi l'aidei' à les supporter, et il en tira uôe telle égalité d'esprit dans toutes les. fortunes, que le succès ne pu|L t'éle^ ver ni l'adversité l'abattre, et qu'on ne l'a jamaisi
tu verser des larmes sur un intérêt temporeL Lorsque trois couronnes vinrent à lui ëcheoir, it fut beaucoup plus touché de la perte du Roi son frère 9 que charmé de la possession des royaumes que lui laissait sa mort. Cet événement lui fit connaître les extrémités de ta bôtme et de lat ^ mauvaise fortune; et quoiquHl eût pris Fune avec modération^ il but l'autre à plein calice^ mais conserva en toutes deux la même égalité d'âme ; se faisant de l'incei^titude des choses humaines un sujet de réflexions morales^ plutôt que de re* grets ou de ressentimens> ce qui le rendit asseas humble pour pardonner à ceux qui avaient causé ses malheurs > et assez désintéressé pour tout sa-* crifier à la t^i^oyidence^ La conduite de ses cfer^ nières années offrit un mélange de la majesté d'un VQÏ et de rhumilité d'un chrétien^ qui le releva tellement dans son infortune , que ceux qui semblaient le plus vivement touchés de sa situation , ne pouvaient s^empêcher d'être charntés de lai manière dont il la supportait^ Si quelque ehosef avait été capable de surmontet* sa patience , c'était les souffrances de ses sujets ^ non les siennes. Il était affecté au dernier point des malheurs de chaque individu en particulier^ comme si ceux de la nation n'avaient paè épuisé sa compassion et son intérêt; il donnait jusqu'au dernier sou de ce qu'il pouvait épargner sur son pur nécessaire, pour soulager les pressans besoins de ceux qui
l'avaient suivi. Il eut une fois l'occasion d'économiser une somme considérable^ et on le pressait de le faire, lui disant qu'elle pouvait dans un momenj: critique lui fournir les moyens de regagner sa couronne, mais il aima mieux s'en remettre sur ce point à la Providence, que de laisser dans la détresse aucun de ceux de ses sujets, tant qu'ir conservait les moyens de pourvoir à leurs besoins. De peur que dans une distribution , ou partiale ou mal entendue, on n'oubliât les plus méritans ou les plus nécessiteux , il prenait la peine d'être lui-même, à un certain point, son jpropre aumônier , et par sa prudence à prendre des renseignemetis, et la justesse de son gouver-* neqsient, manqua rarement à placer ses charités là oh elles étaient le plus nécessaires. Son admirable économie, au moyen de laquelle il sut se soutenir dans la mauvaise fortune aussi bien que lorsqu'il avait eu à disposer des revenus dqs» trois royaumes, lui donna le moyen d'étendre sa bienfaisance à un point extraordinaire.
Sa charité et sa bienveillance ne se bornaient pas à Ves amis et à ceux qui l'avaient suivi ; ses ennemis y avaient part. Il était si loin de leur reprocher leur infidélité, qu'il ne souffrait pas que d'autres le fissent. Il s^étudiait à trouver en public des excuses à leurs crimes les plus noirs, et ne manquait point de prier pour eux en particulier. Par une ingénieuse et charitable adresse
48o MÉMOIRES
il trouvait moyen de bénir ses ennemis comme ses plus gfamls hîen&iteurs; car c'était eux qui l'avaiçp^ i^omiuîjt dans les voies de l'affliction , le plus sûr cheHiin du saliit. Il savait distinguer, dé la main visible iqui portait le coup, l'invisible décret ^ui le permiéitait; et ainsi , sca lieu c}e blàifiier l'une »; se so^niettaità: l'autre et l'adorait ^ef:. allait nêmê^ dia«ij&«a resignatio», jusî{u'à prendre pUisir à «es peidesà
^ Jusqu'au mx^œent où je vous a^i vu, mandaî4c( il à l'abbéde la Trappe (i), je n'avais pascoiinu n ce mépris du ti^ndedoia4 je jouis maintenant, (c Je me $ers<de cette expiTes&ioji parce <|ue je nVi (( jamais été viraimeiit heureux jt^squ'aù momeiit cr dix je suis p«<rvequ k me reckdre eiRtiè^e9l|e»t « conforme à la velouté de Dieu ^ et juscpu^à ce <f que j';aie iUé convaincu qu'il .étatt imposiiÀie M d'obtenir de as^tbi^ctievifett ceinionde qiue ^r « ifi mépr^p dji^ qiOQidei .y . :* / '
.11 ne craignait rieii rtantiqûe la flatterie; ca»r elle l'avait 5uivi jusque dws sa dî'sgrâoe. H m*gardait |a calomnie ^mmé moins .dangereuse que la lou^i>ge et pi^rd(^i%»it. aiîsément ufie îd^ JAwre, mais n'était pai$ Mr de pouvoir effacer, avec autaat defaciiiAé, rimpressîoo cfu'avait ÊBiite sii,r mn esprij l'^^tisie rpubliquèyét il consulta l'abbé de -la Ttappç surki manière de saèoDclaire
, (i) HP juillet 1692, et 9 juin 1695.
à cet égard» UévifaU^ autant qu'il lui était possible^ les eon^pUmens dçs prédicateurs et les éloges des personnes pieuses ^ eussent^ls pour objçt dé l'encoiirager à la vertu. U demanda un jour k ^n prédicateur comment il pouvait justifiei' les. élqges aç^cor^és h des princes sans qu'ils les méritassent. Celui--ci répondit que la situation élevai; des princes ne permettant pas qu'on prit la |^}>ef^té 4e les réprimander conime les autres hommes, c'était eq les louant de ce qu'ils n'étai^qt P^s qu'pp }(3ur eus|aignait ce qu'ils auraient d4 étfef Cette réponse ingénieuse plut au Roi, mç}^ il dit à ccilui qui la lui avait faite ^ qu'il pe voYiliEijt pgg être conduit à son devoir par des cginplimensj et qu'il trouverait très- bon qu\)a \\\\ montrât ouvertement ses fautes. Il avait aussT opulum^ de dire aux prédioateurs qu'il désirait leurs prières et non leurs éloges. Il ne se las-** «ait jamais d'entendre [des sermons et des discours spirituels etd^ lire de bous livres, et, outre liç gpût quHl ayait à ces pieuses récréations, son humilité lui faisait penser qu'il en avait plus besoin que d'autres. « Les continuelles distractions (( de ceux qui vivent dans le mpnde, mandait-il « à l'abbé de la Trappe (i), font qu'ils ont be- (( soin d'être çoutiii^il^lljsineni réveillés par de « fréquentes admonitions qui les rappellent à
(i) 7 août i6g5.
« leur devoir. J'en al plus besoin que d'autres, « mioi qu^ ai commence si tard à m'ap.pliquer à « Toeuvre de mon salut. »•
C'était ainsi que ce prince pieux et pénitent sanctifiait ses souffrances et s'efforçait de sanctifier même ceux qui les lui occasionnaient. « Il n^y a (c pas de jour, mandait-il encore à l'abbé de la w Trappe (i), que, comme il est de mon devoir, (c, je ne prie pour la conversion du malheureux « prince d'Orange et de tous ceux qui m'ont of- H fensé , de quelque manière que ce soit. » Il n'avait plus d'autre ennemi que le péché, qu'il combattait eh lui-même et déplorait dans les autres; mais ce serait un travail infini et une entreprise téméraire que de vouloir donner une idée complète de. ses vertus, que le ciel a daigné publier lui-même par le prodigieux concours qui s^est pressé aussitôt après sa mort autour de* ses précieuses reliques, et les nombreuses cures qu'il a plu au Dieu tout-puissant d'opérer en témoignage de la sainteté de sa vie, cures si publiques et si bien attestées, que nous pouvons espérer, a^ant peu, de voir cette sainteté proclamée par une décision du siège apostolique.
(2) 28 avril 1700.
^Jfi^
*Jfe^