‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 20 sur 97 · RUPTURE FORCÉE · texte numérisé non relu

RUPTURE FORCÉE

USSITOT que j’eus ma liberté, mon premier soin fut de courir À où était Julie. Je la trouvai dans les pleurs, bien résolue de ne plus me quitter et de me suivre partout où je voudrais la . mener. Je lui fis des représentations sur son âge; je lui conseillai de retourner dans la maison paternelle; je lui promis d'employer mes protections et mes amis pour gagner la bienveillance de ses parents. Je fis tout, enfin, pour la persuader, et nous nous quittàmes en nous faisant, de part et d'autre, les plus belles promesses, qui n’empêchèrent pas que huit jours après elle ne fut mise dans un Couvent. Feu M. le Prince de Carignan, M. le Duc de Gesvres, et le Curé d’une grande Paroisse, qui m’honoraient de leur protection, employèrent leur crédit auprès du père; mais toutes ces démarches furent inutiles.

Je me croyais assuré de la constance de Julie, à qui j'avais trouvé le moyen de faire parvenir de mes lettres, et d'en recevoir d'elle; mais l'absence, toujours fatale aux Amants, l'éloignement qu’on lui inspirait pour ma personne, les désagréments du Cloître, le temps enfin, tout la détermina à épouser un homme de finance que lui avait procuré la Supérieure du Couvent.

Cette perte, irréparable pour moi, ne me laissa que des regrets, et le souvenir d’une femme que je n’oublierai jamais. Un malheur, assez communément, conduit à un autre; jeus celui de faire un mariage qui a empoisonné la plus grande partie de ma vie. Cette union, qui dura peu, eut des suites funestes, sur lesquelles je crois devoir tirer le rideau.

SR ARE guur ve que veus diries,

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