‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 25 sur 97 · DUEL SINGULIER · texte numérisé non relu

DUEL SINGULIER

l'étais alors dans la mienne, et que j'avais mis dans la confidence, s’occupa toute la nuit à préparer ce qui nous était nécessaire pour le temps que nous devions passer à la campagne. Nous partimes enfin dans un fiacre, à la pointe du jour, pour aller à une petite maison que j'avais à ma disposition à une lieue de Paris.

La route fut une alternative de pléurs, de reproches, de caresses et de soufflets, que le souvenir du sujet de notre que- L relle m'attirait. Nous arrivâmes à cette maison, où nous ne | restâmes que trois jours qui se passèrent, tantôt bien, tantôt | mal.

| Il y avait dans le voisinage une petite paysanne, jeune et | assez laide, qui nous apportait du laït le matin, ce fut encore

pour Violentine un sujet de jalousie, parce que je m'avisai de la

complimenter sur la blancheur de ses dents et sur le beau noir

de ses cheveux. Ce compliment, tout simple de ma part, me | valut quelques soufflets, et à la petite fille, autant de coups de pieds dans le cul. Elle pleura beaucoup; maïs je l’apaisai heureusement par le moyen d’un petit écu que je lui fis donner par mon domestique.

Ce même jour je reçus une lettre de mon ami conçue en ces h ‘termes:

| « Vous pouvez, Monsieur, venir à Paris en toute sûreté. Un | « homme, de qui vous ne vous douteriez pas, à ma sollicitation, | « a obtenu votre grâce; je vous l’apprends avec bien du

« plaisir. Soyez plus sage à l'avenir, et plus fidèle à la belle

« Dame que j'ai vue chez vous. Présentez-lui mon hommage,

« et soyez bien convaincu du véritable attachement avec

« lequel je suis, etc. »

Nous revinmes à Paris : cette lettre calma pour quelques

heures la pétulance de Violentine; mais elle ne tarda pas à s’y

livrer de nouveau.

Enfin, après huit jours de patience, excédé de toutes ses fureurs, je me séparai d’elle, pour m'occuper d’affaires plus sérieuses. La direction des Spectacles de Lyon venait de m'être

accordée par le feu Duc de Villeroi, sous la condition que j'y établirais un Opéra. C'était le vœu du premier Magistrat de la ville, et de quelques personnes de distinction, qui, pour donner à Lyon plus de ressemblance avec Paris, avaient fait solliciter le Gouverneur pour avoir un Spectacle en musique.

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