‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 3 sur 97 · UNE · texte numérisé non relu

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charmes, le sieur LANGUICHER, seul danseur de corde des ROYS de France et d'Angleterre, se promet d'y mêler des saults aussi périlleux que ces postures extraordinaires, avec une gigue digne d'admirer l'attention de tout Paris, sans oublier lincomparable petit GILLES qui tient le premier rolle dans la pièce.

L'on commencera à trois heures et demye précises, et l’on ne prendra que 7 sols au parterre, 15 sols à Pamphithéâtre et dans les galleries, et 30 sols aux loges.

Cest à la foire Saint-Germain, dans le grand Jeu de Paulme du dauphin, rue des Quatre-Vents et des Boucheries ; les billets se distribuent à la porte. »

Un événement qui se produisit en 1607, fut l'origine d’une longue guerre entre les forains et la Comédie-Française. Un roman venait de paraître en Hollande, la Fausse Prude, rempli d’allusions satiriques à M°° de Maintenon. Les comédiens italiens préparaient à ce moment une comédie nouvelle, La Fausse Belle-Mère, d'un de leurs fournisseurs attitrés, Nolant de Fatouville. Pour allécher le public, ils jugèrent bon, le 3 mars, d'annoncer la pièce sous le titre de Za Fausse Prude. La réponse de l'autorité ne se fit pas attendre.

Le 4 mai, à onze heures du matin, le lieutenant de police d’Argenson, escorté par une troupe d’exempts et de commissaires, se transporta à l'Hôtel de Bourgogne — où s'étaient installés en 1680 les comédiens italiens — au nom du Roi, déclara le théâtre fermé, et fit apposer les scellés sur toutes les portes. Arlequin, Scaramouche, Pulcinella, Colombine et leurs compagnons furent brutalement expulsés, pour ne pas avoir assez respecté les puissances. Une estampe de Watteau représente leur départ involontaire et précipité (1)

(1) La Comédie-Italienne ne fut rétablie qu’en 1716.

Ce départ eut des conséquences imprévues. « La suppression de la troupe des Comédiens italiens, offrit un vaste champ aux entrepreneurs des jeux de la foire, qui, se regardant comme héritiers de leurs pièces de théâtre, en donnèrent plusieurs fragments à cette foire, ajoutant à leur troupe des acteurs propres à les représenter. Le public qui regrettait les Italiens, courut en foule voir les copies et s’y divertit beaucoup. Alors on construisit des salles de spectacles en forme, théâtre, loges, parquets, etc. (1). »

Un répertoire nouveau, des salles plus commodes, des acteurs meilleurs, recrutés à l’étranger ou en province (2), voilà ce qu’on put voir aux foires Saint- Germain et Saint-Laurent en 1608. Elles attirèrent un public encore plus nombreux que les années précédentes, un public que le répertoire classique ennuyait considérablement-et qui n’allait au théâtre que pour se distraire.

La Comédie-Française commença à s'inquiéter de cette concurrence (3). Elle engagea les hostilités et, de procès en procès, obtint que le dialogue serait absolument interdit aux théâtres forains. Ceux-ci, que soutenait et à juste titre l’opinion publique, ne se déclaraient pas vaincus. À chaque sentence prononcée contre eux, ils opposaient, avec une obstination inlassable, quelque procédé ingénieux qui irritait leurs puissants adversaires et amusait le public.

La surveillance jalouse que faisait peser sur eux la

(1) Mémoires pour servir à l'histoire des Spectacles de la Foire. T. 1, p. 11.

(2) De Toulouse par exemple où un des acteurs les plus réputés de la Comédie- Italienne, Pascariel, forma de très bons élèves,

(3) Déjà en 1690 elle avait fait fermer le « Jeu des Victoires » d'Alexandre Bertrand, à la foire Saint-Germain. C'était un petit théâtre où l’on donnait de véritables pièces, sans intermèdes de sauts ou de danses. Alexandre Bertrand revint à ses marionnettes, mais pas pour longtemps.

Comédie-Française, n’avait pas diminué le nombre de leurs théâtres. On en comptait sept à la foire Saint- Germain en 1706, où étaient donnés des spectacles de tout genre, y compris des farces, mêlées d’italien et coupées par des danses et des intermèdes (1).

Lorsqu’en 1707 on leur interdit le dialogue, ils adoptèrent aussitôt ce qu’ils appelaient l’ Art de parler seul, inventé par la Comédie-Française. Une pièce n'était qu’une succession de monologues et le plus souvent dès qu’un acteur paraissait, l’autre rentrait dans les coulisses.

Nouvelles plaintes de la troupe privilégiée. Elles furent suivies de nouvelles condamnations, et cette fois la justice, qui n’y allait pas de main morte, fit démolir les théâtres forains et brûler les décors. Huit Jours après les théâtres étaient reconstruits, tant bien que mal, et les décors repeints. Le+Conseil privé se décida à intervenir et le roi interdit à ces danseurs de corde, qui voulaient absolument être des acteurs, de parler sur la scène.

Ceci se passait en l'an de grâce 1710. Il y avait alors parmi les auteurs dramatiques qui travaillaient pour les foires, deux hommes d’esprit qui, en leur qualité de Parisiens, étaient assez difficiles à prendre sans vert, Remy, greffier à l’hôtel de ville et Chaillot — nom. prédestiné — aide d’un mouleur sur bois. Ils imaginèrent, pour ennuyer Oreste et Britannicus, les pièces à écriteaux.

« Chacun des acteurs avait dans sa poche droite son rôle écrit en gros caractères sur des rouleaux de papier qu'il montrait successivement aux spectateurs, selon

(1) On avait joué l'année précédente à la foire Saint-Germain une pièce à grand spectacle : Le Ravissement d'Hélène, le Siège et l'Embrasement de Troie (par Fuzelier). Paris, Antoine Chretien, 1705.

les besoins de la pièce, et qu’il remettait ensuite dans sa poche gauche au fur et à mesure qu’il s’en était servi. Lorsqu'il y avait des couplets, l'orchestre jouait

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