‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 60 sur 97 · DUT TI · texte numérisé non relu

DUT TI

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Il essaya de réagir et de lutter. Profitant de ce qu’on avait joué à Fontainebleau devant la Cour, à la fin de l’année 1768, sa comédie du Cercle, il composa quelques vers aussi élogieux que possible en l’honneur. du roi de Danemarck qui visitait alors Paris. Mais partout, même à la Cour, où il avait souvent trouvé des encouragements et des appuis, le malheureux se heurtait désormais à ce terrible verdict provoqué par sa maladresse plus encore que par son improbité.

Quitter la France, c'était sa seule ressource. D’ailleurs il aimait les voyages, même quand la montre d’une danseuse ne l’obligeait pas à les entreprendre.

En 1759, il avait été à Ferney rendre visite à Voltaire [1).

En 1760 il avait voyagé en Italie à la suite d’un jeune Anglais, lord Talon, fils de la comtesse de Lismore.

Lord Talon — qui prit plus tard le nom de lord Lismore — était plein d’esprit et complètement dénué de scrupules. Il s’attribuait, pour faire plus facilement des dupes, des richesses immenses qui n'étaient en réalité que quelques domaines hypothéqués bien au-dessus de leur valeur, et il avait pour principe d'emprunter beaucoup et de ne rendre jamais.

Un beau matin il regagna l'Angleterre, laissant ses créanciers désespérés, ses domestiques non payés, et Poinsinet en panne. C’est à cette époque, en 1761, que Casanova, le célèbre aventurier, rencontra à Rome l’auteur dramatique qui se demandait comment il pourrait revenir en France. Il le juge dans ses Mémoires en quelques mots. « C'était, dit-il, un tout petit jeune homme, laid, plein de feu, plaisant, et qui avait du talent pour la scène. »

Le départ subit de son compagnon laissait Poinsinet sans un sou vaillant.

«Je n’ai pas une seconde chemise, avoua-t-il à Casanova, et je ne connais personne ici : je suis tenté d’aller me jeter dans le Tibre. »

gogne, à Dijon, et à l'occasion de l’arrivée du prince de Condé qui devait présider ces États, un divertissement en un acte (prose et vaudevilles), le Choix des Dieux ou les Fêtes de Bourgogne. C'est à la suite de cette représentation qu'il avait été nomme membre de l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon. Cette Académie de Dijon avait été fondée en 1740 par Hector-Bernard Poussier, doyen du Parlement de Bourgogne. Elle comptait parmi ses membres honoraire$ Voltaire, le président de Brosses, Buffon, Daubenton, Piron et Lalande. (1) I publia en 1761 une Étbitre à Madame Denis et à Mademoiselle Corneilie.

Ce n'est pas dans le Tibre qu'il devait finir ses jours. Un peu d’argent prêté par Casanova lui permit de continuer son voyage, et, à Parme, un ministre de ce petit État, M. du Tillot, l’accueillit fort bien et le rapatria.

Voilà dans quelles conditions Poinsinet visita l'Italie. Il n’en rapporta que le titre de membre de l’Académie des Arcadus.

En 1769, complètement discrédité en France pour les raisons que nous avons indiquées, il se décida à partir pour l'Espagne. Pour sauver la face, il prétendait avoir été nommé intendant des menus plaisirs du roi.

En réalité, il avait l'intention de former une troupe théâtrale et de jouer à Madrid et dans les grandes villes espagnoles quelques-unes des meilleures pièces françaises, à commencer par les siennes.

Malheureusement l’argent manquait à l’impresario pour réaliser son projet, et l’histoire de ia montre avait franchi avec lui les Pyrénées. Acteurs et actrices refusaient de traiter avec un homme d’une solvabilité douteuse et d’une réputation médiocre.

Il se trouvait à Cordoue le 7 juin 1769. Il eut l’imprudence d'aller prendre un bain dans le Guadalquivir peu de temps après avoir mangé, et il se noya. C’est du moins une des versions qui furent données. Il paraît à peu près certain que le pauvre Poinsinet, lassé d’une vie pleine de déboires, jugea bon de s’en débarrasser — à trente-quatre ans — par un suicide discret.

Quoi qu’il en soit, l'opinion publique, en France, jusqu’à la fin le jugea sans indulgence et même sa mort, si tragique, fut raillée.

Les Mémoires secrets (à la date du 29 juillet 1769) firent ainsi son oraison funèbre.

« Le sieur Poinsinet, appelé depuis son voyage d’Espagne, par dérision, Dom Antonio Poinsinetio, nouvelle dénomination qu'il s'était donnée lui-même, croyant se décrasser par là et acquérir un vernis de noblesse catalane, après avoir déjà parcouru plusieurs villes de ce royaume avec sa troupe de comédiens, et cherché à établir en différents endroits des opéras-comiques, sorte de spectacles fort à la mode aujourd’hui chez toutes les nations, cet auteur en était devenu le coryphée, il s'enflait de ses succès et se regardait déjà comme un conquérant littéraire, lorsque par un accident malheureux, il s’est enseveli, lui et toute sa gloire, dans le Guadalquivir à Cordoue... Cette ville est, comme on sait, celèbre par la naissance des deux Sénèques et le va devenir encore

plus par le trépas de l’auteur dont nous parlons. Le défaut de fortune et l’inconduite avaient forcé ce bouffon de la littérature à s’expatrier. C'est un des personnages les plus singuliers qu’on puisse voir, qui, à beaucoup d’esprit et de saillies, joignait une ignorance si crasse, une présomption si aveugle, qu’on lui faisait croire tout ce qu'on voulait en caressant sa vanité. La postérité ne pourra jamais comprendre tout ce qui lui est arrivé en pareil genre : les tours qu'on lui a joués et auxquels il s’est livré dans l'ivresse deson amour-propre, sont d’une espèce si singulière et si nouveile qu'il a fallu créer un mot pour les caractériser : notre langue lui doit de s’être enrichi du terme de Mysfification.…. »

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