‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 59 sur 97 · EN I · texte numérisé non relu

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« que.je représenterai lorsque j'y serai requis. A Paris, ce premier no- « vembre 1758.

« (Signé :) PoINSINET LE JEUNE. »

Les années passèrent, et dans les derniers mois de 1767, Sophie de Crouzoul fit avertir Poinsinet qu’elle était en mesure de lui rendre l'argent prêté, et elle lui réclamait en retour sa montre.

L'avait-il vendue? C'est probable, car lui aussi avait eu souvent besoin d’équilibrer, par des procédés plus ou moins louables, son maigre budget.

Pour ne pas rendre le dépôt à lui confié — ou les mille livres que représentaient ce dépôt — il objecta qu’au moment de l'emprunt, il était mineur, et pour s’opposer à la saisie faite sur ses droits d’auteur par la danseuse, il invoqua un arrêt du Conseil du 21 mars 1749 en faveur de Crébillon le tragique, arrêt qui déclarait non saisissables les bénéfices littéraires, « les fruits du génie et de l'esprit ».

« J'avoue, répondait Mlle de Crouzoul dans le mémoire qu'elle s’empressa de publier et qui est trop bien écrit pour qu’on puisse lui en attribuer la rédaction — car les danseuses de théâtre en ce temps-là n'avaient avec le style et même avec l'orthographe, que de très vagues relations — j'avoue que je sais très peu de droit: mais je le crois fondé sur le bon sens. D’après cela, comment imaginer qu’un arrêt fait pour le grand Crébillon puisse servir au perit Poinsinet? Il est rendu sans contradiction, et cela rentrerait d’ailleurs dans une question de fait que le public semble avoir préjugée; c'est de savoir s’il y a en effet de l'esprit et du génie dans les paroles d'Ernelinde; c'est ce que le sieur Poinsinet devrait prouver avant tout, et j'avoue que je ne serais pas sans inquiétude, si on l’admettait à cette preuve, et qu'on fît entendre en témoignage tous ceux qui ont entendu ses paroles. »

Une sentence du Châtelet, rendue en 1767, débouta Mlle de Crouzoul de sa demande et la condamna aux dépens. La justice donnait raison à Poinsinet, mais l'opinion publique lui donna tort, et avec une extrême rigueur.

Tous ses amis s’écartèrent de lui. Il ne trouva plus aucun théâtre, petit ou grand, pour faire jouer ses pièces. L'Académie de Dijon, où il avait été admis en 1766 (1), le raya impitoyablement du nombre deses membres.

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(1) Le 13 juillet 1766 il avait fait iouer pendant la tenue des États de Bour-

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