‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 7 sur 97 · MO D D NO TH) €} D L'AUOR D) EE · texte numérisé non relu

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peine de retour à Paris, il sut mettre dans son jeu M”*° Le Maure, ancienne actrice de l'Opéra (1), et même M" de Pompadour. Celle-ci lui accorda ou plutôt lui vendit son tout puissant patronage. Le roi autorisa le rétablissement de l’Opéra-Comique, et, le 20 octobre 1751, sa décision fut notifiée par d’Argenson au prévôt des marchands, M. de Bernage (2).

I n’y a de bonnes réputations que celles qu’on se fait soi-même. Monnet n’avait pas manqué d’appliquer ce principe qui réussit tout particulièrement en France. On le considérait comme un directeur de premier ordre, un peu parce que c’était vrai, beaucoup parce qu'il n’avait jamais laissé une occasion de l’affirmer (3).

Reconnaissons d’ailleurs, qu’il justifia bientôt la bonne opinion qu’on avait de ses talents et qu'il en avait lui-même.

D'abord il trouva de l'argent, et c’est une des choses les plus difficiles qu’il y ait au monde. Des amis très confiants lui préêtèrent 12.000 livres et une partie de cette somme servit à faire lever les scellés qui avaient été mis sur la salle de Pontau. Il recruta une très bonne . troupe. Il prit comme sous-directeur un homme fort habile, Anseaume, comme régisseur Favart, et il attacha à son théâtre, le créateur d’un genre nouveau, Vadé, dont les pièces en style poissard allaient avoir une grande vogue et bien souvent la méritèrent.

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(1) Mlle Le Maure avait quitté l'Opéra en 1750.

(2) Un arrêt du Conseil, le 23 août 1749, avait confié à la Ville de Paris, représentée par son prévôt des marchands, la direction de l’Académie royale de Musique,

(3) V. Collé, Journal, t. II, P. 126. — Les Prophéties du grand prophète Monnet, 1753. — La Muse limonadière ou Recueil d'ouvrages en vers et en prose, par M*° Bourette, ci-devant M°° Curé, 1755. (Mme Bourette tenait un café très fréquenté par les gens de lettres, le Café Allemand, rue Croix-des-Petits- Champs.)

Sans fracas, mais avec les sympathies très marquées de l’opinion publique, Monnet avait débuté le 3 février 1752, à l’ouverture de la foire Saint-Germain, dans ce modeste jeu de paume de la rue de Bucy, que l’Opéra-Comique occupait depuis 1726.

Il était revenu d'Angleterre avec des idées très intéressantes sur l’organisation matérielle d’un théâtre et avec le plus vif désir de les mettre en pratique, dès que l’occasion s’en présenterait. Cette occasion, le rétablissement de l’Opéra-Comique la lui fournit.

Il fit construire à la foire Saint-Laurent une vraie salle de spectacle, très habilement agencée, et qui passa longtemps pour un modèle. Boucher composa les dessins du plafond et les décors, Arnoult, machinisteingénieur du roi, la machinerie. La disposition intérieure était très commode et l’acoustique excellente (1).

La troupe comprenait une trentaine d’artistes plus ou moins réputés (2), parmi lesquels L’Ecluse (qui partit en 1753 et plus tard se fit dentiste), Le Moyne, Dourdet, acteur et maître de ballets, Parant, Deschamps, La Ruette, qui jouait les rôles de père et de tuteur, les demoiselles Desglands, Morphy, Rosaline, première amoureuse, Deschamps (rôles de caractère et de mère), Delorme, ancienne choriste de l’Opéra, qui faisait les soubrettes.

L’orchestre qui fut dirigé successivement par Mangeau, d’Avesne et Guillemant, comptait une vingtaine de musiciens, violons, basses et violoncelles, contrebasses, hautbois, bassons, cors et cors de chasse, timbalier, trompette et altoviola (3).

(1) Le plan de cette salle se trouve dans un ouvrage de Dumont, Parallèle des plus belles salles de spectacle d'Italie et de France. Paris, 1763.

(2) Le corps de baliet en avait à peu près autant.

(3) « L’alto ou altoviola, violon à quatre cordes, connu sous le nom de viole, est d’une dimension un peu plus grande que celle du violon, et tient, dans un

Le concierge s'appelait d'Amour, nom qui convient fort bien à un concierge de théâtre, et je note parmi les contrôleurs le sieur Ponsard (1).

Tout ce personnel était soumis au Règlement pour la police intérieure de l’Opéra-Comique qui, entre autres choses, condamnait à 6 francs d'amende tout acteur, musicien ou employé qui se présenterait au spectacle en état d’ivresse, et à 30 sols d’amende les danseurs ou danseuses qui « négligeraient la propreté dans leur chaussure ».

Au moment où Monnet redevenait directeur, éclatait la guerre des Bouffons. I] fallait à cet habile homme tout le flair dont la nature l’avait généreusement gratifié pour lutter contre cet engouement un peu puéril que provoquait alors la musique italienne. Son mérite, qui n’est pas mince, est d’avoir su attirer parmi les faiseurs d’opéras-comiques de bons musiciens, comme d'Auvergne, et d’avoir, comme nous l'avons déjà remarqué, attaché à son théâtre un homme dont le talent original conquit très vite le public.

Ce public, un peu blasé, voulait du nouveau et Vadé était très capable de lui donner satisfaction. « Dès qu’il eut rencontré ce modeste commis du vingtième (2), qui ne rêvait que vers et théâtre, Monnet le devina,

orchestre, le milieu entre cet instrument et le violoncelle ou la basse... L'alto nous vient des Italiens qui excellaient dans la fabrication de cet instrument, » Organographie. Essai sur la Facture instrumentale, par le comte Ad, de Pontecoulant. Paris, 1861, t. I, p. 257.

(t) « La garde de ce spectacle, dit Ducoudray dans sa Correspondance dramatique, était composée de douze hommes et d'un brigadier commandés par MM. d'Hemery, lieutenant de robe courte, et Saint-Marc, lieutenant du guet. » En 1755 la garde fut portée à trente hommes, un sergent-major et quatre caporaux.

(2) Vadé avait été nommé à dix-neuf ans, en 17309, contrôleur du vingtième — c'était un impôt — à Soissons. Plus tard, vers 1746, ses amis, pour lui permettre de s'occuper de littérature sans trop de souci du lendemain, le firent placer à Paris dans les bureaux du vingtième,

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courut à lui, et se l’attacha. Tout de suite il avait apprécié l’entrain, la gaîté grasse de cet enragé viveur, l’aisance avec laquelle il tournait le couplet en l’honneur du roi et des forts de la Halle, des belles dames de la Cour, des paysannes et des marchandes de poissons, et son talent très particulier pour entremêler, dans un parler pittoresque, le jargon des campagnes et l’argot des faubourgs. Les pièces très variées, contes, fables, épigrammes et chansons, dont la verve, la gaillardise et la trivalité amusaient les hautes classes de la société, avaient ouvert au poète les salons les plus aristocratiques et fait de lui le professeur-ès-langue poissarde des grands seigneurs et des grandes dames, contenaient tous les éléments des nouvelles comédies populaires. Vadé était donc une précieuse recrue (I). »

On l’a dit très justement : en France rien ne réussit comme le succès. Monnet heureux, Monnet prospère, devint un homme à la mode, qui mérita d’être chanté par l’abbé de Lattaignant :

Peau bise et poil brunet, Dents blanches comme lait, Le regard d’un furet, Le corps bien fait, L'air guilleret, Et folet; Ni trop sec, ni trop replet, Grand ni basset, Beau ni laid;

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(1) Maurice Albert. Les Théâtres de la Foire. Paris, 1900, p. 194. « Tout en cultivant l’ariette, et sans avoir recours aux vieux systèmes d’équivoques, Vadé s'appliquait à faire naître un rire franc et honnête par la peinture des ridicules ou par une naïveté exempte de sous-entendus. De spirituelles et fines comédies comme le Suffisant ; un poissard, très réaliste et pourtant de bonne compagnie, comme Jérôme et Fanchonnette, prouvèrent a tous que la gaieté foraine n'était ennemie ni du sentiment, ni de la décence. » Barberet. Lesage et le Théâtre de la Foire. Nancy, 1887, p. 57.

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Râble nerveux de mulet, Ami reconnais-tu ce portrait?

Oui, trait pour trait, Voilà Monnet.

En amour volage et coquet Comme un roquet, Sémillant et vif comme un frisquet.

Toujours, pour remplir son gousset.

Allant au fait, Et jamais distrait de son objet, Industrieux, sage et discret.

Aussi ribaud qu’un baudet, Aussi futé qu'un minet, Aussi flatteur qu’un barbet, Conduisant bien son bidet.

Sachant donner le torquet, Plumant sans bruit le poulet, Trompant Suzon et Babet. Engeôlant par son caquet Ami, maître, maîtresse et valet.

Oui, trait pour trait, Voilà Monnet.

La mort de Vadé, le 4 juillet 1757, frappa Monnet en plein succès et en pleine vogue (1). Ce coup fut très sensible au directeur et à l’ami. Dans un prologue joué à la foire Saint-Germain en 1758, on lui faisait dire à un de ses comédiens :

« Oh! mon cher ami, nous avons perdu un auteur qui était la plus belle rose de notre chapeau.

ARERAS

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