‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire (volume 2)Chapitre 90 sur 97 · SÉVÈRE RÉGIME · texte numérisé non relu

SÉVÈRE RÉGIME

manque pas de se rendre chez elle.

Le hasard y fait aller, le même jour, un des Convives de la veille, et la Nymphe n’a rien de plus pressé que de lui faire part de la visite qu’elle a reçue le matin de P... Le Convive, “enchanté de la découverte court à l'instant chez le petit homme, et, de l'air le plus consterné, lui confie qu'il est dans | un état déplorable, et qu'il a reçu de cette fille es fruits cuisants de l'anoureux péché. — « Quoi? sérieusement, dit fort effrayé P...? — Hélas! « mon ami, cela n'est que trop vrai. Voilà où conduisent toutes « ces parties de débauche? Tu es bien heureux, toi, de n'avoir « eu aucune part aux faveurs de cette misérable, et nous « t’'avons rendu un grand service en t'obligeant d’être sage. “ Je n'ai jamais été si « maltraité de ma vie. »

A chaque parole, le visage du petit homme s'ailongeait, changeait de couleur. Pour l'inquiéter davantage, son ami, qui feignait de ne pas prendre garde à sa mine, paraissait étouffer avec peine de gros soupirs, qui s’échappaient quelquefois en cris de douleur. P..., après cette confidence, ne pouvant plus dissimuler, avoue sa faute, en pâlissant. « Que le diable t’em- « porte, » s’écrie en colère son charitable ami! « Comment « cacher cet accident à ton père? Nous autres du moins nous

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« ne dépendons de personne. Que dira principalement ta bonne mére? Pour le coup, je ne serais pas surpris que l’on te fit « mettre à Saint-Lazare. A qui confieras-tu ta guérison?

Connais-tu quelque Chirurgien? As-tu de l'argent? »

Le malheureux, aussi contrit qu'humilié, priait son ami de ne pas l’abandonner dans son malheur. Il croyait déjà ressentir les aiguillons du mal dont il était menacé. « Allons, lui dit ce bon « ami, il faut pourtant se consoler, et prendre courage. « Heureusement pour toi, te voilà prévenu à temps; tu peux, « avec certaines précautions et un bon régime, éviter une partie « des douleurs que j'éprouve par mon imprudente sécurité. Si « j'avais eu quelque méfiance, j'aurais arrêté le mal dans sa « source. Ce qui doit te rassurer un peu, c’est que ceci n’est « pas mon premier accident. Grâce à mon expérience, je suis « en état de me traiter et de te traiter toi-même aussi bien que « pourrait le faire le plus habile chirurgien. Viens, mon ami, « viens te renfermer chez moi; je suis prêt à te donner tous les 4 Soins. »

Le petit homme obéit. On le prévient en chemin de l’indispensable nécessité d'observer la plus rigoureuse diète, et de se noyer de tisane, sans oublier les lavements adoucissants et émollients. Point de vin surtout; point de liqueurs, point de café; aucune espèce de ragoûts. Tel fut le régime austère auquel P... fut assujetti pendant deux fois vingt quatre heures. De temps en temps, pour le fortifier dans l'habitude de ce régime, on ne manquait pas de redoubler ses.inquiétudes. Aussi prenait-il exactement avec la plus grande docilité, ce que son ami faisait semblant de prendre. Enfin le troisième jour, il fut question de visiter P... pour juger du progrès du mal, ou de l'effet des remèdes. P... apres s’être préparé à cette visite par une toilette convenable, se livre, en tremblant, à l'inspection de son compagnon de fortune. « Père Éternell » s’écrie aussitôt l'ami, en levant les épaules, « que vois-je! Je ne suis point « assez instruit pour des cas de cette nature. Je ne me pardon- « nerais pas de t’exposer, faute d'expérience, au danger de

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