NOUVEAUX STRATAGÈMES, ET LEURS SUITES
Plusieurs de ces lettres, de part et d'autre, furent données *\ dans l'Église, à côté de la mère même, sans qu'elle put s'en ipercevoir. Le terme expiré, il fallut quitter la maison, dans aquelle heureusement je m'étais conservé une connaissance qui ne fut d'une grande ressource dans la suite; c'était la femme l'un Couvreur que j'avais su mettre dans mes intérêts. Elle me lonna un passe-partout de la maison pour pouvoir y entrer la liuit, aux heures qu'il me conviendrait, et y voir la personne jui m'intéressait.
Prévenu sur une noce qui devait se faire dans cette maison, e jour du mariage, à sept heures du soir, je me déguisai en ocher de fiacre. J'avais loué un carrosse et un guide pour la nuit : je montai sur le siège avec mon guide; j'allai me placer :>rès de la porte où se faisait la noce, dans le dessein de mener J2S personnes qui se présenteraient, et dans l'intention d'y voir ulie, comme j'en étais convenu avec elle.
Mon premier emploi fut de la mener elle-même avec la sœur ie la mariée : elles s'étaient détachées de la danse pour aller jrendre une de leurs amies qui demeurait fort loin. Ma course it payée généreusement par ma chère Julie, qui sut fort adroijîment profiter d'un quart d'heure où sa compagne l'avait lissée dans mon carrosse, pour aller chercher sa parente. [ Descendues l'une et l'autre, je repris mes fonctions, et je imenai mes pratiques. Je restai dans ma première place jusqu'à
deux heures du matin, et le temps ne me parut pas long. L'espérance que j'avais de revoir Julie qui, sur différents prétextes, quittait la noce pour rire avec moi de mon grotesque équipage, me faisait attendre avec patience le coup de minuit, heure où les pères et les mères se retirent ordinairement pour se coucher : c'était le temps où l'on devait m'introduire dans rassemblée, sous un habit de masque.
J'entrai dans le bal où, loin d'être reconnu, on me prit pour un Chevalier de l'Ordre du Christ, qui logeait dans le voisinage (i). Je passai le temps agréablement entre Julie et la sœur de la mariée. Celle-ci était une grande dégourdie, vive, enjouée, et de qui j'avais échauffé la tête par des chansons et de petits contes gaillards. Je les débitais singulièrement bien, à ce que l'on disait, et ils me valaient de temps en temps des compliments et des baisers très expressifs de la part de mes deux compagnes.
Cependant il fallut se quitter; je pris congé d'elles, je rejoignis mon fiacre; j'ôtai mon habit de bal et remontai sur mon siège, me flattant bien et avec raison, que le reste de la nuit me procurerait encore quelque aubaine. En effet, la sœur de la mariée se présenta avec un de ses cousins, en me disant : Cocher, êtes-vous loué? Je les fis monter dans mon carrosse, pour les conduire au faubourg Saint-Marceau; mais comme les succès sont assez souvent suivi de quelque accident, il nous en arriva un à la moitié du chemin. Une des roues du carrosse cassa, je tombai par terre, et, sans le secours de mon guide qui me retint par mon habit, je me serais sans doute cassé la tête ou les jambes; grâce à lui, j'en fus quitte jjour une légère blessure à la cuisse, et ceux qui étaient dans mon carrosse pour la peur.
Je laissai le soin de la voiture et des chevaux à mon guide,
(i) Les chevaliers de l'ordre militaire du Christ (fondé en 1317) avaient encore à cette époque un costume distinctif et portaient le grand manteau avec la croix brodée.