MAIS QU'IL N'AVAIT PAS
P... vivait encore à Paris chez son père et sa mère, qui ne devaient pas, comme on le voit, se louer beaucoup de sa bonne conduite; aussi, pour échapper à leurs remontrances, s'éloignait-il le plus qu'il pouvait de la maison paternelle. Mais c'était éviter Carybde pour tomber dans Scylla ; car il se livrait de plus en plus à une Société qui n'avait, en l'accueillant, d'autre but que de se divertir de ses ridicules, et de lui en donner sans cesse de nouveaux.
On lui propose un jour un souper de filles, à condition qu'il y sera sage. On lui dit, avec une apparence d'intérêt et de bonté, que, vivant chez ses père et mère, il a plus de ménagements à garder qu'un autre, et qu'il ne doit pas, surtout, exposer sa santé, si précieuse à ses amis. Il promet de se contenir. Le souper s'arrange, et l'on prend en sa présence, avec les filles, toutes les petites libertés d'usage avec elles. Sa lubricité s'enflammait par la violence même qu'il était contraint de se faire; et l'on n'avait ici d'autre but que de s'amuser en effet de la continence forcée qu'on lui faisait observer dans le lieu même de l'incontinence.
Cependant le petit libertin, tenté par le Diable ou par son propre esprit, trouve le moyen d'avoir l'adresse d'une de ces Nymphes. Le lendemain, sans en rien dire à personne, il ne
SÉVÈRE RÉGIME 0r„
manque pas de se rendre chez elle.
Le hasard y fait aller, le même jour, un des Convives de la veille, et la Nymphe n'a rien de plus pressé que de lui faire part de la visite qu'elle a reçue le matin de P... Le Convive, enchanté de la découverte court à l'instant chez le petit homme, et, de l'air le plus consterné, lui confie qu'il est dans L ,.. un état déplorable,
et qu il a reçu de cette fille les fruits cuisants de Xamioureux pecue. — « Quo,? sérieusement, dit fort efïraye P . ? — Hélas i « mon ami, cela n'est que trop vrai. Voilà où conduisent toutes « ces part.es de débauche? Tu es bien heureux, toi, de n'avoir < eu aucune part aux faveurs de cette misérable, et nous >< avons rendu un grand service en l'obligeant d'être sage. * Je n ai jamais été si « maltraité de ma vie »
A chaque parole, le visage du petit homme s'allongeait -hangeait de couleur. Pour l'inquiéter davantage, son ami, ou «gnait de ne pas prendre garde à sa mine, paraissait étouffe* vec peine de gros soupirs, qui s'échappaient quelquefois en •ns de douleur. P..., après cette confidence, ne pouvant plu, Lssimuler, avoue sa faute, en pâlissant. « Que le diable t'emporte, » s écrie en colère son charitable ami! « Comment cacher cet accident à ton père? Nous autres du moins nou,
, ne dépendons de personne. Que dira principalement ta bonne « mère? Pour le coup, je ne serais pas surpr.s que 1 on te fit « mettre à Saint-Lazare. A qui confieras-tu ta guer.son? « Connais-tu quelque Chirurgien? As-tu de l'argent? »
Le malheureux, aussi contrit qu'humilie, priait son am, de ne pas l'abandonner dans son malheur. 11 croyait de,a ressentir les aiguillons du mal dont il était menacé. « Allons, lu, d.t ce bon /ami, il faut pourtant se consoler, et prendre courage. « Heureusement pour toi, te voilà prévenu à temps; tu peux, « avec certaines précautions et un bon régime, ev.ter une partie « des douleurs que j'éprouve par mon imprudente sécante. Si « j'avais eu quelque méfiance, j'aurais arrête le mal dans sa « source. Ce qui doit te rassurer un peu, c'est que ceci n est « pas mon premier accident. Grâce à mon expérience je su,s « en état de me traiter et de te traiter toi-même aussi b.en que « pourrait le faire le plus habile chirurgien. Viens, mon am. « viens te renfermer chez moi; je suis prêt a te donner tous les
« soins. » . , Pî-wiic
Le petit homme obéit. On le prévient en chemin de 1 md.spensable nécessité d'observer la plus rigoureuse d.ete, et de se noyer de tisane, sans oublier les lavements adoucissant e| émollients. Point de vin surtout; point de liqueurs, point de café aucune espèce de ragoûts. Tel fut le régime austère auquel P .. fut assujetti pendant deux fois vingt-quatre heures. De' emps en terni, pour le fortifier dans l'habitude de ce régime, on ne manquait pas de redoubler ses inquiétudes. Auss,, pTenait-il exactement avec la plus grande docilité, ce que son ami faisait semblant de prendre. Enfin le troisième jour ,1 fat question de visiter P... pour juger du progrès du mal ou de Je et des remèdes. P... après s'être préparé à cette v.s.te pa une toilette convenable, se livre, en tremblant, à 1 inspection de son compagnon de fortune. « Père Eternel! » s'ecne aussi o •ami en levant les épaules, « que vois-je! je ne suis po.n lassez instruit pour des cas de cette nature. Je ne me par on « nerais pas de f exposer, faute d'expérience, au danger d<