‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 18 sur 36 · AIR DE SANCHO-PANÇA DANS SON ILE · texte numérisé non relu

AIR DE SANCHO-PANÇA DANS SON ILE

Opéra-comique de Poinsinet.

Musique de Philidor.

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Je reviens aux Trocqueuts. Après le départ des Bouffons, sur le jugement impartial que des gens d'un goût sûr avaient porté de leurs pièces, je conçus le projet d'en faire faire, à peu près dans le même goût, par un Musicien de notre Nation. M. d'Auvergne (i) me parut le compositeur le plus capable d'ouvrir, avec succès, cette carrière; je lui en fis faire la proposition, et il l'accepta, Je l'associai avec M. Vadé, et je leur indiquai simplement un sujet de la Fontaine. Le plan et la pièce furent faits dans l'espace de quinze jours. Il fallait prévenir la cabale des Bouffons : les Fanatiques de la Musique Italienne, toujours persuadés que les Français n'avaient point de Musique, n'auraient pas manqué de faire échouer mon projet. De concert avec les deux Auteurs, nous gardâmes le plus profond secret. Ensuite, pour donner le change aux ennemis que je me préparais, je répandis dans le monde, et je fis répandre, que j'avais envoyé des paroles à Vienne à un Musicien Italien qui savait le Français, et qui avait la plus grande envie d'essayer ses talents sur cette langue. Cette fausse nouvelle courut toute la Ville, et il n'était plus question que de faire faire une répétition de la pièce. Feu M. de Curis (2), que j'avais mis dans la confidence, voulut bien me seconder : la répétition fut faite chez lui par les principaux Symphonistes de l'Orchestre de l'Opéra, et par quatre Sujets chantant du premier mérite, qui voulurent bien se charger des rôles. Dans cette répétition, où il y avait peu de monde, et presque tous amateurs de la Musique Française, les

(1) Antoine d'Auvergne, né à Clermont-Ferrand, le 9 octobre 17 13. Il était en 1739 l'un des violons de la chambre du Roi et compositeur du Concert spirituel. Il obtint plus tard la place de surintendant de la musique du Roi. Il mourut à Lyon le 12 février 1797.

(2) Intendant des Menus-Plaisirs du Roi. On lui attribue un ballet, Zélie, musique de Ferrand, qui fut donné en 1740 aux Petits-Appartements.

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vence (1). Le premier, Ballet national, étonna par sa singularité, et sa magnificence attira le plus grand concours. Les décorations étaient toutes de l'invention et du dessin de feu M. Boucher, premier Peintre du Roi. Elles furent peintes par MM. Guillier, Moulin et de Leuse. Les habits avaient été dessinés et dirigés par M. Bocquet, dont les talents dans cette partie sont connus. Ce Ballet fut vu de tout Paris. Je ne m'arrêterai pas aux autres compositions du même Auteur; les Réjouissances flamandes (2), etc., n'eurent pas moins de succès.

La Foire Saint-Germain 1755, fut soutenue par une nouveauté de M. Vadé, intitulé, Jérôme et Fanchonnette, ou Anacréon à la Grenouillère, Pastorale poissarde (3). Cette petite pièce, du plus

escalier qui conduit à un Palais situé sur une éminence. Cette première décoration change et laisse voir une place publique ornée pour une fête, et dans le fond un Amphithéâtre où seize Chinois sont assis. Par un rapide changement de place, au lieu de seize Chinois, on en voit trente-deux qui font un exercice pantomime sur les gradins. A mesure que les premiers descendent, seize autres Chinois, tant mandarins qu'esclaves, sortent de leurs habitations, et se rendent sur les gradins. Tout cela forme huit rangs de danseurs qui, en se baissant et se relevant successivement, imitent assez bien les flots d'une mer agitée. Tous les Chinois étant descendus, commencent une marche caractérisée. On y voit un Mandarin porté sur un riche palanquin porté par six esclaves blancs, tandis que deux Nègres traînent un char où est assise une jeune Chinoise. Ils sont précédés et suivis d'une foule de Chinois qui font entendre divers instruments de musique en usage dans leur pays. Cette marche finie, le ballet commence et ne laisse rien à désirer, soit pour la variété, soit pour la netteté des figures. Il est terminé par une contredanse à trente-deux personnes dont les mouvements forment une prodigieuse quantité d'attitudes nouvelles et parfaitement dessinées, qui s'enchaînent et se dégagent avec la plus grande facilité. A la fin de la contredanse, les Chinois se replacent sur l'amphithéâtre qui se transforme en un cabinet de porcelaine. Trente-deux vases, qui s'élèvent, dérobent aux yeux des spectateurs les trente-deux Chinois qu'on voyait auparavant. »

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Monnet appelle « national » un ballet qui n'était formé que de Chinois.

(1) 16 septembre 1754. 11 y avait déjà eu sous ce titre un opéra-comique de Carolet et Dupuy, joué à la foire Saint-Laurent le 28 juillet 1721 et qui n'obtint aucun succès.

(2) Ce ballet fut exécuté le 11 août 1755.

(3) Opéra-comique en un acte en vaudevilles, joué pour la première fois à la foire Saint-Germain le 18 février 1755.

C'est la parodie de *Dapbnis et Alcimadure , pastorale languedocienne en

bas genre, mais naïve et gaie, fut jouée avec tant de naturel et de vérité, qu'elle eut de suite 32 représentations.

La Foire Saint-Laurent de la même année n'eut de remar-

trois actes avec un prologue, paroles et musique de Mondonville, représentée pour la première fois devant la Cour à Fontainebleau, le 29 octobre de la même année.

La pièce de Vadé se termine par les couplets suivants que chantent Jérôme, Fanchonnette et Cadet :

Fanchonnette.

L'Amour a sur la rivière

Ben des droits, comme de raison :

Mais c'est a la Guernouyère

Qu'il a le plus d'revenant bon

Il y montre la magnière

Comme faut amorcer le poisson.

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