‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 17 sur 36 · IF.. » 8 I · texte numérisé non relu

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ces deux époques différentes qu'il faut rapporter le goût d'une partie de la Nation pour ces nouveaux Spectacles en musique. On sait combien de partisans leur fit principalement à Paris, le fameux Intermède de la Serva- Padrona : ouvrage immortel d'un

rian et Collé, musique de Blavet) sur des airs de la Serva Padrona, du Giocatore et du Maestro di Musica. Cette parodie fut chantée par les acteurs italiens en français.

23 mars : La Scaltra Governatrice (la Rusée Gouvernante), musique de Cocchi.

19 juin : // Cineso rimpatriato (le Chinois rapatrié), musique de Selleti, et la Zingara(h Bohémienne), musique de Rinaldo di Capua.

23 septembre : Gli lArtigiani arrichiti (les Artisans enrichis), musique de Gaetano Latilla.

Les principaux acteurs de la troupe étaient Monelli (basse comique), Guerrieri, Lazarri et les demoiselles Anna Tonelli (soprano), Catarina Tonelli, Lazzari et Rossi,

« Quelque temps avant qu'on donnât le "Devin du Village, dit Rousseau dans ses Confessions, il était arrivé à Paris des bouffons italiens (appelés bouffons parce que leur répertoire consistait en opéras-bouffes) qu'on fit jouer sur le théâtre de l'Opéra, sans prévoir l'effet qu'ils y allaient faire. Quoiqu'ils fussent détestables, et que l'orchestre, alors très ignorant, estropiât à plaisir les pièces qu'ils donnèrent, elles ne laissèrent pas de faire à l'Opéra un tort qu'il n'a jamais réparé. La comparaison de ces deux musiques entendues le même jour, sur le même théâtre, déboucha les oreilles françaises ; il n'y eut personne qui put endurer la traînerie de leur musique après l'accent vif et marqué de l'italienne; sitôt que les bouffons avaient fini, tout s'en allait. On fut forcé de changer l'ordre et de mettre les bouffons à la fin. »

La lutte entre les partisans de la musique italienne et ceux qui défendaient la musique française, la Guerre des Bouffons, fit surgir une énorme quantité de brochures plus ou moins spirituelles, parmi lesquelles il y a deux chefs-d'œuvre, le Petit Prophète de Grimm, et la Lettre sur la {Musique française, de Rousseau.

L'engouement provoqué par les Bouffons chez beaucoup de Parisiens, dont les connaissances et les aptitudes musicales étaient plutôt médiocres, a été assez bien caractérisé par cette épigramme :

Lully n'est plus à l'Opéra Le favori de Polymnie :

Rameau bientôt s'éclipsera, Malgré sa profonde harmonie.

Jelyot n'a rien d'étonnant :

11 faut des Bouffons d'Italie.

Aujourd'hui, tout Français galant Ne se montre qu'en fredonnant, E Si, e No, e Piou, e Giou.

C'est à qui sera le plus fou.

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